Le Carnet d'Ysengrimus

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Le JULIUS CAESAR de 1970, avec Charlton Heston et Jason Robards

Posted by Ysengrimus sur 15 juin 2020

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De nouveau la problématique de Shakespeare au cinéma. De nouveau l’embarras du choix. De nouveau mes fils Reinardus-le-goupil et Tibert-le-chat… Ascèse romaine oblige, nous voici, avec nouilles au tofu et copie modernisée du texte de la pièce de Shakespeare en main, devant le remarquable Julius Caesar de Stuart Burge. Il existe quinze versions cinématographiques majeures du Jules César de Shakespeare. La plus vieille date de 1908, la plus récente, de 1994. Nous arrêtons, une fois de plus, notre choix sur une version des années 1970 et cette fois-ci nous en payons le prix, pour des raisons techniques un peu chiantes. Ce disque vieillot n’a pas les sous-titres anglais pour malentendants. Il va donc falloir se taper le salmigondis shakespearien acapella exclusivement. Dressons bien l’oreille alors… Ce petit ennui est vite oublié. La cinématographie incroyablement léchée, intermédiaire heureux entre le grand déploiement de nos américains-romains des années 1950 et le remarquable Macbeth de Polanski, déjà en cours de tournage à ce moment, s’allie à une distribution et une direction d’acteurs hautement satisfaisantes. Anecdote savoureuse pour les téléphages de ma génération. Il est particulièrement piquant et charmant de voir des étoiles des séries télévisées populaires de notre jeunesse donner leur mesure dans le drame shakespearien. Robert Vaughn (le Napoléon Solo de Des agents très spéciauxThe man from U.N.C.L.E.) et Diana Rigg (la Madame Peel de Chapeau melon et bottes de cuirThe Avengers) nous prouvent, si nécessaire, que s’ils furent des cabotins télévisuels de haute volée, ils furent aussi des acteurs cinématographiques de parfaite tenue.

C’est le dilemme, douloureux mais crucial, des options politiques fondamentales. Jules César (fragile, presque gracile dans le traitement discret et effacé qu’en propose John Gielgud) revient de ses fameuses campagnes victorieuses de 44 avant Jésus-Christ et Rome lui fait un triomphe. Cassius (Richard Johnson, tonitruant) voit, dans la popularité quasi-irrationnelle de César un cul-de-sac politique et un danger ouvert pour la profonde logique républicaine de Rome. Il approche Brutus (à la fois passionnel et stoïque dans l’interprétation initialement glaciale puis de plus en plus ardente de Jason Robards) et lui expose le problème avec une vigueur dénuée du moindre calcul personnel. Cela n’empêche pas Cassius de manipuler ouvertement les émotions de Brutus, lui faisant valoir qu’un César ne mérite pas plus de tenir Rome qu’un Brutus. Cassius, politicien méthodique et calculateur, établit donc sa jonction avec Brutus, qui aime César personnellement et doit mettre en place en lui-même une douloureuse hiérarchie des priorités. La chose ne s’arrangera pas pour Brutus quand son épouse Portia (Diana Rigg, sublimement shakespearienne) lui réclamera l’inexorable équilibre matrimonial des connaissances de la trame politique en cours d’occulte déploiement. Calme mais intérieurement tourmenté, les cheveux presque aussi blancs que ceux de César même, Brutus est déchiré. Il doit faire la part du feu au sein de ses émotions douloureuses. Rome se trouve devant le danger tangible de régresser vers la monarchie. Il faut agir. L’inquiétude, l’angoisse palpable de Cassius et de Brutus culmine quand le vif et subtil Casca (Robert Vaughn, aussi brillant et chafouin que méconnaissable) vient leur faire rapport du triomphe de César, dont, des trois futurs conspirateurs, il est le seul témoin visuel. Superbe aptitude de Shakespeare à faire passer le tout d’une tempête historique dans l’échange verbal de trois acteurs. Dosage équilibré de la cinématographie de Burge qui montre les scènes de foule en ne montrant rien, préservant, amplifiant même, l’impact du texte shakespearien. Casca explique à Cassius et à Brutus que, lors du défilé du triomphe de César, trois fois le peuple de Rome a proposé la couronne à son populaire triomphateur et que trois fois le puissant général l’a refusée. Le dilemme cardinal de Rome, de son peuple, de ses légionnaires, de son Sénat, de son dictateur potentiel est entier dans ces trois offres populaires, suivies de trois refus. Couronner, ne pas couronner? Voilà la question. Tout Rome tremble. Tout Rome hésite. Mais le calcul de Cassius et de Brutus n’échappe pas à l’inquiétude politique panique. Ils voient surtout, dans ce rapport circonstancié de Casca, la vive propension monarchique régressante du peuple romain. La conspiration est décidée.

Du côté de César, ça ne marche pas trop fort non plus. Flanqué de la vivante incarnation des ses incomparables légions, son fidèle acolyte Marc-Antoine (Charlton Heston, gigantesque et, mystérieusement, roux comme un fauve) et de toute une camarilla au sein de laquelle les espions sénatoriaux pullulent, César s’avance pour son bain de foule historique. La parade de son triomphe commence sur un couac bizarre en la personne d’un mystérieux vieillard qui lui hurle, à travers la foule, de se méfier des Ides de Mars. Le matin desdites Ides de Mars, César s’apprête à se rendre au Sénat. Son épouse Calpurnia (Jill Benett, qui sait nous transmettre épidermiquement sa vive terreur) lui relate un cauchemar sanglant qu’elle a eu et César en décide presque de rester au logis. Presque… car, quand un des conspirateurs se pointe et lui fait valoir mensongèrement que le Sénat aussi entend lui proposer la couronne que le peuple lui a déjà offert, César se retourne comme une crêpe et rabroue la pauvre Calpurnia, qui n’en mène vraiment pas large. Il est intéressant de noter que Brutus et César sont les deux seuls personnages de ce drame que l’on nous montre en interaction avec cette facette féminine d’eux même que sont ici leurs épouses. La scène de l’assassinat en plein Sénat est à la fois sobre et sanglante. C’est la fragilité personnelle de César, en contraste patent avec la puissance de la dictature qu’il risque d’établir, qui ressort. Pour abattre la dictature il faut percer les chairs du dictateur, aura marmotté Brutus plus tôt. Pour tuer l’esprit de César, il faut le frapper dans sa chair. Les conspirateurs s’en chargent, sans joie, sans haine, mais drapés d’une gravité épidermique et d’une intense peur contenue. César tombé sous les traits des séditieux, c’est la panique au Sénat tandis que les tueurs se rincent stoïquement les mains du sang de leur victime, si innocente et si coupable.

C’est alors que l’aigle, aussi puissant que patient, Marc-Antoine va ouvrir ses formidables ailes. Les sénateurs qui ne sont pas de la conspiration se sont égayés en panique. Marc-Antoine entre dans l’hémicycle et vient serrer les mains sanglantes des conspirateurs. Le fidèle sbire de César, le statuesque soldat, costaud mais d’allure si naïve, s’engage à rappeler au peuple la remise en liberté de la république romaine que l’on doit aux dagues involontairement coupables de Cassius et de Brutus. Soulagement immédiat des conjurés. L’investissant dare-dare de cette mission cruciale de communicateur, on s’entend pour charger Marc-Antoine du discours funéraire de César. Ce sera exactement la tribune requise pour le légionnaire exalté. Et ce sera la trahison des traîtres, bien dosée et bien tempérée, à grand déploiement. Véritable problème de logique en forme de poème, le discours de Marc-Antoine devant le peuple romain répond au paradoxe du meurtre du dictateur pour tuer la dictature par la rhétorique récurrente et antithétique du compagnon d’arme endeuillé, culminant dans la description de Cassius et de Brutus, ces deux hommes honorables perçant César de leurs dagues hypocrites et celle de César dont ils ont dit qu’il était ambitieux mais qui, la veille, a pourtant refusé trois fois la couronne que le peuple romain lui offrait. Montés ainsi par Marc-Antoine, les romains sont vite exacerbés contre les conspirateurs. Les demeures des sénateurs insurgés sont mises à sac et incendiées. En une envolée unique et terrible, Marc-Antoine a brutalement fait basculer la fragile tendance qui favorisait les républicains séditieux. Brutus avait pourtant insisté dès le début auprès des conspirateurs pour qu’ils épargnent Marc-Antoine. Inconscience, autopunition, ultime soumission à l’ordre de César? Ondoiement complexe du fils putatif meurtrier tourmenté face à son frère putatif sereinement dogmatique? Marc-Antoine soulève durablement le peuple de Rome contre Cassius, Brutus et les autres conspirateurs. Dans la guerre civile, hautement cinématographique avec scènes équestres et glorieux foutoir des chocs de combat, qui s’ensuit, Marc-Antoine s’allie à Octave et pousse Cassius et Brutus à l’autodestruction. Brutus dira en agonisant que l’ordre de César est, de fait, toujours en place, que de tuer son corps n’a fait que perpétuer et répandre la densité de son esprit.

Cette remarquable pièce de Shakespeare, écrite en 1599, pourrait en fait s’intituler Brutus. C’est lui qui en est en effet le pivot central. Sur la gauche de Brutus se tient Cassius, défenseur décidé des valeurs civiles de la république romaine. Cassius imposera en ouverture la cardinale notion de liberté et les catégories politiques anti-monarchiques qui sont censée fonder de longue date le dispositif du pouvoir romain. Et César y sera sacrifié. Sur la droite de Brutus se dresse Marc-Antoine, défenseur décidé de la fidélité à César, de l’esprit de corps semi-factieux soudé autour du chef, de l’âme ardente des campagnes militaires, et des relations d’homme à homme. Il dira en point d’orgue de Brutus aussi, qu’il était un homme. Entre Marc-Antoine et Cassius, décidés et fermes dans leurs options et leurs certitudes, se dresse Brutus, déchiré par le dilemme. Et César, joué par l’acteur qui jouait justement Brutus dans la fameuse production de 1953 du même drame, s’installe dans un effet de ressemblance physique (notamment capillaire) et comportementale avec le Brutus de ce jour. Jeux de reflets de par une tradition cinématographique, transmission d’échos de par un texte. Cela laisse deviner que le dilemme explicite de Brutus est possiblement le dilemme implicite de César même. C’est aussi le drame durable de toute la société civile, de ses grands serviteurs et de ses dirigeants admirés qui se déploie ici devant nous. Plus que Rome jadis, c’est le monde d’aujourd’hui qui en est tragiquement tributaire.

Julius Caesar, 1970, Stuart Burge, film britannique avec Charlton Heston, Jason Robards, John Gielgud, Richard Johnson, Robert Vaughn, Diana Rigg, Jill Bennett, 117 minutes.

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Il était une fois (une femme) dans l’Ouest

Posted by Ysengrimus sur 7 février 2018

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Je m’appelle Jill McBain (je suis jouée par Claudia Cardinale) et, pendant un certain temps, j’ai exercé le plus vieux métier du monde dans une maison close chic de la Nouvelle Orléans. Puis j’ai rencontré ce type, ce Brett McBain. Ah, c’était pas le plus beau gaillard du coin mais il y avait quelque chose en lui, comme une vigueur, une ardeur et une passion. Il m’a chanté la chanson qu’ils chantent tous: Tu mérites mieux que ça, ce métier là c’est pas pour une femme comme toi, etc… Mais, je sais pas pourquoi, quand ces phrases convenues tombaient de ses lèvres à lui, elles sonnaient soudain incroyablement juste, comme une musique. Elles me faisaient entendre une musique justement, dans ma tête. Une sorte de rengaine endiablée de piano de barrelhouse dansant, comme celles qu’on entend, en fond, dans les saloons de l’Ouest.

Puis ce Brett McBain s’est mis à me raconter que, là-bas, dans l’Ouest, il avait fait un coup d’argent mirifique, qu’une fortune colossale l’attendait. Je n’ai jamais douté une seconde de ses propos. J’avais raison d’ailleurs. Mon nouvel amoureux était parfaitement sincère. Il était fou, visionnaire, foutu mais sincère. Alors, sur un coup de tête aussi fou et visionnaire, on s’est mariés (en reportant le repas de noces à un peu plus tard). Puis il est retourné en Arizona. Nous sommes alors en 1870 et l’Arizona est encore un territoire. C’est le Far West, au sens absolu et mythique du terme. Au sens réel aussi. Quelques temps après notre mariage intime et son départ, je suis allé rejoindre Brett, par le chemin de fer. J’ai débarqué dans un petit bled méconnu (parce que fictif) du nom de Flagstone. C’est dans le coin de l’extraordinaire Monument Valley, vous savez, cette grande zone désertique avec ces incroyables pitons rocheux sur l’horizon, tellement typiques du Far West. Eh ben, c’est là. Comme personne ne m’attendait à la gare, je me suis fait reconduire sur la propriété de mon mari. Je les ai trouvé là, lui, sa fille et ses deux fils du premier lit, criblés de balles et couchés en posture pré-funéraire sur les tables qui devaient servir pour notre repas de noces. Les invités étaient là, eux aussi, mais tous vêtus de noir…

Me voici donc subitement veuve, seule et parfaitement paumée dans l’Ouest. J’hérite de cette manière de ranch bizarre, en plein désert. La propriété s’appelle Sweetwater («eau douce» — rebaptisée La Source Fraîche dans la vf du film) mais pour le coup, il y a que du roc et du sable. Si c’est un pactole, c’est pas un pactole agraire ou pastoral, en tout cas. L’ambiance ici est passablement désâmée, terrifiante pour tout dire. Il y a comme une violence latente dans ce pays. Tout y est étrange, fou raide en fait. Je ne sais pas quelle pègre locale a bien pu assassiner mon pauvre mari mais je ne souhaite en rien subir le même sort. Ceci dit, tout semble aussi confirmer cette idée cinglée d’un trésor étrange profondément enfouis en ces lieux. Mais où est-il? Par acquis de conscience, je me mets à fouiller la maison. Je ne trouve ni pièces d’or ni billets de banques. Je ne trouve que des maquettes. Des maquettes en bois, fort jolies, d’édifices publics et de maisons. Comme une manière de ville jouet. Je suis motivée par l’appât du gain, je le dis sans complexe. Mais je suis aussi motivée par une curiosité dévorante. Qu’est ce que c’est que ce coup d’argent mirobolant de Brett McBain, son trésor, sa vision, sa passion?… Cela a quelque chose à voir avec ce lieu, cette propriété, ce bled. Mais où creuser, où fouiller pour dégotter le gros lot? Je ne sais pas comment faire et je manque de temps.

Je manque indubitablement de temps parce qu’il y a ici toute une faune humaine qui traîne dans les coins. On se croirait vraiment dans le fin fond du Far West. Y a toujours dix pistolets qui rôdent. D’abord il y a ce type sang-mêlé. Les autres l’appellent Harmonica (joué par Charles Bronson), parce qu’il est toujours à jouer de son harmonica à la noix. Enfin, jouer… disons qu’il respire dedans, sans plus. Il faudrait vraiment un grand compositeur pour construire un thème musical à partir de ça (musique du film composée par Ennio Morricone). Je ne comprends pas les motivations de ce type, Harmonica. C’est pas le fric ou le pouvoir, en tout cas. Il s’est fait tirer dessus, en plus, il a un trou de pétoire dans une des manches de sa veste. J’ai assisté, au relais de poste (roadhouse) de Flagstone, à sa rencontre hiératique avec un autre des oiseaux de mauvais augure du coin, un dénommé Cheyenne (joué par Jason Robards). Lui, c’est certainement un repris de justice. Mazette, lorsque je l’ai vu la première fois, il portait une grosse paire de menottes. Il venait au relais de poste pour se faire couper les chaînes et retirer les menottes des mains, par le maréchal-ferrant. Il est entouré d’un halo musical lui aussi. Une sorte de petite ballade de banjo enlevante et très bien orchestrée: l’air du Cheyenne. Barbu comme un satyre, assez bel homme, ce Cheyenne est en plus toujours flanqué d’une sarabande de sbires. Ils portent tous des cache-poussières caractéristiques, le signe distinctif de leur bande, certainement. Cela a d’ailleurs attiré l’attention de l’homme à l’harmonica, qui a laissé entendre qu’il avait eu maille à partir avec des cache-poussières analogues, troués de plomb depuis. Cela a bien interloqué le Cheyenne qui semble ne pas trop apprécier que des types fringués comme ses séides fassent le coup de feu en ville, sans qu’il n’en sache rien.

Enfin, vous voyez l’ambiance. Et ça risque pas de s’arranger ou de se simplifier, attendu que le chemin de fer s’en vient, parait-il. Oui, oui, le Transcontinental, rien de moins. Et ça, le chemin de fer, ça a bien l’air de traîner toute une pègre dans son sillage. J’envisage donc de vendre au plus vite cette propriété au mystère insoluble et de rentrer en Louisiane, sans demander mon reste. Pas si simple, malheureusement. D’abord, quand j’ai le malheur de rester dans cette maison quelques temps, on m’y rend visite. Le plus assidu (le plus sympathique aussi, il faut l’admettre), c’est justement Cheyenne. Il me regarde avec des yeux à la fois tendres et dévorateurs. Il me dit que je lui rappelle sa mère, il me demande si j’ai fait le café. Enfin, vous voyez le genre. Malgré le fait qu’il est un bandit, il y a une droiture chez cet homme, comme une sorte de rigueur archaïque. Il s’est d’ailleurs toujours comporté comme un parfait gentleman. Un peu âpre, un peu campagne, mais l’un dans l’autre, charmant. Mon autre visiteur, Harmonica, est resté très correct, lui aussi d’ailleurs, enfin, dans son registre… Il est plus intelligent, lui, plus pervers et hargneux aussi, plus mystérieux, surtout.

Mais le seul visiteur que j’appréhende vraiment, celui que j’attends avec une terreur dissimulée, c’est le tueur inconnu qui a trucidé froidement mon mari et ses enfants. Il finit par se pointer, du reste. C’est un grand cruel du nom de Frank (joué par Henry Fonda). J’ai vu des hommes dangereux dans ma vie de putain mais celui-là les dépasse tous d’une longueur, dans sa hauteur. C’est un crotale tranquille. Quand Frank fait son apparition, il ne me reste qu’une seule solution pour sauver mon existence: faire la putain, justement. Je le séduis charnellement. C’est ni intéressant ni inintéressant. Du travail de pute, sans plus. Mais au moins, ça me permet de gagner du temps, car Frank envisage froidement de me tuer comme il a tué McBain. C’est à cette petite propriété complètement pourrie qu’ils en ont. Mais pourquoi donc? Bon tant pis, on verra plus tard. Je retourne en ville. Il faut absolument que je prenne un bon bain. Il fait si chaud dans ce trou.

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Il y a cinquante ans, Sergio Leone nous donnait son western le plus léché, le plus achevé: C’era una volta il West — Once upon a time in the West — Il était une fois dans l’Ouest. Misogyne maladif, habituellement incapable d’installer significativement la femme au cœur de ses histoires de cow-boys en bois brut, Leone y arrive ici magistralement, avec l’aide solide et articulée de Sergio Donati, Dario Argento et Bernardo Bertolucci pour l’écriture du script. Claudia Cardinale, amie de Sergio Leone, s’est lancée dans cette aventure en toute confiance, sans même lire ledit script. Elle nous campe une Jill McBain plus grande que nature. On a ici un des très intéressants regards de femme sur le monde enfumé, mythologique et pétaradant de l’Ouest. Madame Cardinale est aujourd’hui (2018) la dernière survivante de la prestigieuse distribution de ce film, considéré comme un des grands chefs d’œuvres cinématographiques du siècle dernier, tous genres confondus.

Il était une fois dans l’Ouest, 1968, Sergio Leone, film italien avec Claudia Cardinale, Henry Fonda, Charles Bronson, Jason Robards, Gabriele Ferzetti, Frank Wolff, 180 minutes.

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Jill McBain (jouée par Claudia Cardinale)

Jill McBain (jouée par Claudia Cardinale)

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