Le Carnet d'Ysengrimus

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AUGUSTE RODIN, LA VIE À PLEINES MAINS (Denis Morin)

Posted by Ysengrimus sur 1 octobre 2021

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L’écrivain Denis Morin est à installer le genre, original et exploratoire, de la poésie biographique. En découvrant le présent ouvrage, on prend d’abord la mesure de l’art poétique, en soi, de Denis Morin. Le texte est court, lapidaire quoique très senti. La sensibilité artistique s’ouvrant vers les arts plastiques s’y manifeste d’une façon particulièrement tangible.

 Tôt ou tard

La vie émerge
De la matière
En apparence inerte
Comme le plâtre
L’argile
La pierre
Des êtres immobiles
Se faufilent
Sous la surface déserte
Se déroulent des choses
Se jouent des histoires
Que les ciseaux révéleront
Tôt ou tard
(p. 30)

Et alors, dans les replis de cette versification sobre et dépouillée, soudain, Rodin nous parle. Son ton est parfois intimiste, parfois plus professionnel, pas nécessairement dans le bon sens du terme. On est devant une sorte de prosopopée en soliloque. Cela se joue comme si on s’installait tout doucement dans la tête de Rodin, guidés par les discrètes hypothèses biographiques de Denis Morin. Certains faits solidement étayés historiquement (mais toujours mal discernés, au sein de la mytholâtrie dans laquelle on entretient assez ouvertement le grand public sur les artistes éminents) sont mentionnés, comme tout naturellement. On pense par exemple au fait que Rodin faisait travailler une foule de subalternes, dont l’action et le savoir-faire contribuaient anonymement à son art. Le statuaire à la longue barbe et au monocle était littéralement un chef d’atelier.

 Chef d’atelier

Je suis devenu peu à peu
Sans le savoir
Chef d’atelier de la Renaissance
On trie les blocs de pierre
On gâche le plâtre
On chauffe l’âtre
Sur les surfaces
Je trace
Une ligne
Une courbe
Je marque des points
«Jeune homme, accentuez ce trait,
Puis polissez-moi cette épaule
Ma main n’apprécie guère
Quand elle s’y frotte…»
(p. 48)

L’analyse du travail collectif des hommes et des femmes de l’atelier de Rodin, parfaitement étayé historiquement donc, se complète d’une hypothèse plus personnelle de Denis Morin sur les conceptions et les tourments intérieurs du statuaire. Littéralement, le poète se fait biographe et, ici, il amène Rodin, sur un ton semi-confidentiel, comme auto-réflexif, à nous narrer certains segments de sa vie. Le personnage-narrateur ne se justifie pas (quoique parfois, c’est bien proche) et ne se décrit pas non plus exhaustivement (comme si, par exemple, la prosopopée imitait une entrevue). C’est plutôt une sorte de réflexion intérieure, de bilan doux-amer, allusif, furtif. Le tout résulte sur une manière de synthèse personnelle (de Rodin? de Morin?) qui se susurre du bout des lèvres.

 Le tout entremêlé

Je me suis fait moi-même
Ou presque
Je voulais étudier aux Beaux-Arts
Destinée grotesque
Je me suis retrouvé aux Arts décoratifs
À façonner des objets
Vanité des maîtres
Et savoir faire des artisans

Je joue et déjoue la critique
Rodin doit être pris
Comme il est
Avec ses aspérités et ses rondeurs
Et ses éclats de modernité
Et de classicisme
Le tout entremêlé

Dans la cité
Je n’ai eu que le regard tourné vers Dieu
Les cathédrales
Et une admiration sans borne pour Michel-Ange
Et chair de femme
Retrouvée dans les tourments de marbre
(pp 5-6)

Un certain nombre de questions de philosophie des arts sont ainsi abordées, comme en passant. On peut penser notamment aux intéressantes références au fait que Rodin utilisait, et instrumentalisait dans son travail, une technique toute nouvelle à l’époque et pas encore autonomisée artistiquement: la photographie. Il semble qu’il faisait prendre des clichés de ses pièces et retouchait ensuite ces derniers, au crayon feutre, un peu comme on retoucherait des blueprints, des croquis, ou des plans, avant de retourner à l’œuvre même, le regard investi de ce nouveau traitement visuel. Il s’appuyait sur la technique pour peaufiner son art. Cela nous amène, plus largement, à toute la problématique de la virtuosité en art. Celle-ci est abordée ici, par le biais d’une réflexion sur le fameux scandale de la statue L’âge d’airain qui lança la notoriété de Rodin. Ici, le Rodin de Morin n’avoue rien sur ce fameux dilemme artistique du moulage sur nature. «Notre» Rodin louvoie ici, il reste évasif, mais il formule sans concession les prémices du problème.

L’âge d’airain

Lors d’une exposition
On expose l’âge d’airain
Le public et les critiques
N’y ont vu que du feu
Certains ont vu trouble
On a caressé les muscles saillants
La taille fine
Remarqué la patine
Effleuré la peau
Longé les veines
Causé une momentanée déveine
En m’accusant d’avoir moulé sur nature
Je les entends crier à l’imposture
Je me souviens
D’avoir vu l’éphèbe nu
Sa posture
Jeunesse revêtue
De sa virile beauté
Toute au printemps
Sans ride aucune
Or la fatigue de la pose
Le faisait frémir
Mais nullement agacé
Par ma présence mature
Il se tenait là, si beau, si pur
Bien étrange rumeur de plagiat
De la nature
Que j’aurais fait en plaquant de la glaise
Sur son corps soumis
Je me suis mérité
À la fois la réputation de falsificateur
Et d’habile sculpteur
(pp 21-22)

Dilemme, tension. Autre tension quand on touche aussi la question de la réception (souvent moralisante et aux vues étriquées) des œuvres commandées à Rodin. Le Monument à Victor Hugo, refusé par ceux qui en passèrent la commande, et surtout le fameux Monument à Balzac, dont le rejet par ceux qui en passèrent la commande et par une portion significative  du grand public accéda à une véritable dimension de crise esthétique en art sculptural.

On joue donc, dans la poésie de Morin sur Rodin, entre ce qui est professionnel et ce qui est personnel, dans la multiforme problématique du maître. Une place importante est aussi donnée aux femmes, notamment Rose Beuret et Camille Claudel. Sans s’appesantir, on passe en revue les différents avatars de la relation de Rodin avec ces deux personnes, cruciales chacune à leur manière. Dans le cas de Camille Claudel, c’est le rapport de force entre les deux statuaires de Giganti. C’est aussi le conflit artistique et les manœuvres avec Paul Claudel pour faire interner sa sœur, à raison ou à tort. Dans le cas de Rose, on pense plutôt aux inattentions matrimoniales du vieil amant qui n’épousera sa femme-servante que quelques mesquines semaines avant que la mort ne les emporte tous les deux. La sensibilité masculine (intérieure toujours) qui s’exprime alors dans le propos du Rodin de Morin ne se formalise pas outre mesure du fait de jouer un petit peu de l’anachronisme. On passe sinueusement de Si Rodin nous confiait ses pensées intérieures à Si Rodin se mettait un petit peu à penser comme un homme de notre temps.

Rose la sage

Rose
Motus et bouche cousue
Témoin
Faisait celle qui n’a rien vu
Rien entendu
Je ne t’ai pas appréciée à ta juste valeur
Pendant que je travaille
Pendant que j’explore
Des corps
Des matières et des manières
Tu m’attends Rose la sage
Dans notre domestique décor
Touillant la soupe ou le potage.
(p. 49)

C’est toujours subtil mais c’est pas nécessairement empêtré dans le factuel conjoncturel que l’on retrouvera, bien en ordre, chez les biographes conventionnels. Au corpus des hypothèses de Denis Morin sur Rodin s’ajoute tout doucement le corpus de ses émotions.

Le recueil est composé de quarante-deux poèmes (pp 5-69). Il se complète d’une chronologie détaillée de la vie de Rodin. (pp 70-82) et d’une liste de références (p. 83). Le CD-ROM, pour sa part, a deux plages. La première plage dure trente-six minutes et est un récitatif de l’intégralité du recueil, en continu (sans formulation des titres). L’ordre des textes de cette version orale diffère légèrement de celui de la version écrite. La prosopopée intérieure de Rodin est assurée par la voix masculine (Jean-Claude Barral) tandis que la voix féminine (Jacqueline Barral) fournit les brefs éléments descriptifs et narratifs des actions de Rodin évoquées et de son contexte physique. De menus bruitages (déclics d’appareils photo, marteaux de sculpteurs) discrets et bien placés, complètent l’ensemble, sobre et très bien produit. La seconde plage du CD-ROM est le récitatif du recueil Camille Claudel, la valse des gestes, aussi de Denis Morin, récitatif assuré principalement par Jacqueline Barral.

On trouvera ICI une autre intéressante recension de l’ouvrage Auguste Rodin, la vie à pleines mains.

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Extrait des fiches descriptives des cyber-libraires:

Une façon inédite de raconter Auguste Rodin! Denis Morin, auteur québécois, a choisi de compter l’artiste par des petites biographies poétiques. Les principales étapes de la vie du sculpteur prennent vie au fil des mots. C’est la pensée de Rodin qui s’exprime ici. Et pourquoi Auguste Rodin, la vie à pleines mains? Bien sûr à cause du sculpteur qu’il était, mais aussi pour son énergie, sa vitalité, sa force, comme si un flux remontait de ses mains vers l’ensemble de son corps. Denis Morin s’est inspiré ici du principe du journal intime pour faire parler Auguste Rodin et ainsi créer ces poèmes biographiques. Rodin raconte ainsi d’abord les «Beaux Arts». Il nous parle de ses amours et aussi de ses œuvres dont il est fier. Rodin est conscient de son génie. Il nous parle aussi de l’Italie qui a vu naître les plus grands sculpteurs.

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Denis Morin, Auguste Rodin, La vie à pleines mains — poésie biographique, Éditions VOolume, 2017, 83 p. et un CD-ROM (textes du recueil lus par Jacqueline Barral et Jean-Claude Barral).

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L’Art Singulier

Posted by Ysengrimus sur 1 mars 2020

LA MORT DE GEORGES HARRISON de Claude Bolduc, 2003

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On dit Art Singulier, comme on dirait Art Étrange, Art Bizarre, Art Paumé ou même Art Cinglé. Il s’agit d’un courant complexe et passablement éclectique en art pictural et en art plastique contemporains. Ses sources d’émergence sont diversifiées et disparates. Si l’Art Singulier puise principalement ses origines dans l’Art Brut, on peut aussi mentionner, au nombre des courants l’ayant influencé, l’Art Visionnaire, la Nouvelle Objectivité, l’Art Naïf et même toutes les formes rurales et urbaines d’art populaire.

Historiquement, l’Art Singulier se développe principalement à partir de l’Art Brut, un mouvement ayant pris corps vers 1945, dans l’environnement asilaire. Un certain nombre d’observateurs en étaient alors venus à s’intéresser à la dimension artistique de la production picturale des patients d’institutions psychiatriques. Chez des artistes en art visuel, ce phénomène avait alors déclenché un désir de retourner à un mode d’expression artistique plus cru ou brut. Quelque chose d’intensément pur, abrasif et authentique paraissait émaner du travail de ces «fous» et de ces «folles». L’art de ces «marginaux», de ces «non-artistes» eut alors un impact puissant. On peut dire que c’est l’approche spécifique de l’Art Brut adopté par des peintres de la seconde moitié du vingtième siècle qui fit apparaître l’Art Singulier. On se doit aussi de mentionner l’impact crucial du ready-made sur l’Art Singulier. Depuis son introduction vers 1913 par Marcel Duchamp, l’idée d’investir un objet industriel préexistant, en lui assignant des qualités artistiques (le ci-devant ready-made ), a progressé. L’utilisation d’objets préfabriqués industriellement, dans les arts plastiques, en vint graduellement à donner naissance au ready-made assisté, un ready-made qui agence un ensemble de composants préexistants, dans des combinaisons nouvelles. Un grand nombre d’artistes ont adopté la pratique consistant à s’approprier des objets manufacturés de la vie de tous les jours et à les incorporer dans leurs travaux —délibérément ou un peu moins délibérément— comme un matériau faussement brut, investi dans de nouvelles combinaisons. Une fois de plus, c’est la très ostensible dimension non-artistique ainsi que l’incongruité d’une telle pratique qui ont apporté leur contribution à l’émergence de l’Art Singulier comme mouvement artistique.

Il est important de comprendre que des étiquettes comme Outsider Art ou Art Marginal ne sont pas à interpréter comme étant définitoires. Ces formulations sont bien loin de décrire le principe artistique en cause ici. Elles font plutôt référence au développement hors-institution de ces formes d’expression artistique. Il faut donc, d’autre part, décrire ces modes d’expression spécifiques sur la base de leurs caractéristiques internes plutôt qu’en référence à leur émergence socio-historique, toute transitoire. L’Art Singulier est un courant contemporain en art pictural. C’est un développement tardif de l’Art Brut et il peut être défini comme un des nombreux provignements modernistes de la peinture néo-figurative concentrant son attention sur l’étrangeté du sujet vivant. On peut citer Goya et Bruegel l’Ancien comme des précurseurs de ce courant. Largement symboliste, l’Art Singulier exprime la douloureuse tourmente de la vie contemporaine. Pour ce faire, il incorpore d’importantes distorsions mythologiques et oniriques de la figuration, de façon à présenter et subvertir, dans le même mouvement, l’expression picturale de la crise permanente de la condition humaine.

Circonscrit initialement au dessin et à la peinture, l’Art Singulier s’étend de nos jours à tous les segments des arts plastiques. Malgré son intense diversité et variabilité, il est possible d’observer un certain nombre d’éléments très stables en Art Singulier.

  • L’Art Singulier implique très souvent une grande précision et une grande virtuosité. Il n’est pas naïf ou brut.
  • Habituellement, il met en scène des figures vivantes. Ces figures peuvent être zoomorphes, anthropomorphes ou les deux. Elles tendent à exister dans un monde fictif ou mythologique mais elles bougent et elles agissent. L’Art Singulier ne cultive pas particulièrement la nature morte.
  • Les entités vivantes présentées évoluent habituellement au sein de collectifs complexes. Le portrait ou le buste isolé sont rares en Art Singulier.
  • L’Art Singulier est en même temps néo-figuratif et antiréaliste. Il présente des entités vivantes qui sont radicalement problématiques et bizarres. Mais aussi, il tend à construire un monde de fiction qui se donne à l’interprétation symbolique et qui, donc, est compréhensible.
  • Dans son ton, l’Art Singulier est ironie, désespoir et dérision. L’Art Singulier décrit une condition humaine douloureuse et tourmentée et il formule toujours des prises de parti fermes au sujet de la tragédie de l’existence.
  • La multiplicité polymorphe est la clef. Hautement onirique de nature, l’Art Singulier raconte très rarement une historiette unique. Il tend plutôt à faire converger un vaste ensemble de narrations et de configurations.
  • Il n’y a pas de paysages isolés en Art Singulier. S’il représente un dispositif paysager, un champ ou une ville, ce champ ou cette ville sera peuplé, envahi, investi, bordélique, carnavalesque.
  • Ce mode d’expression n’est ni excessivement formaliste, ni géométrique. Il est plus descriptif et figuratif que décoratif ou «abstrait». Si des éléments non-figuratifs apparaissent, ils sont habituellement subordonnés à des narrations ou a des prises de parti explicites.
  • L’Art Singulier tend à être plus «laid» que «charmant», plus «amer» que «doux», plus «malpropre» que «net».
  • Quand des éléments ready-made sont incorporés dans l’Art Singulier, cela se fait toujours en mode ready-made assisté. Cela signifie que les ready-made se manifestent comme des amas d’objets préexistants qui ne sont pas mis en place de façon isolée (comme dans le cas du ready-made classique) mais bien agencés par l’artiste et mis au service d’un dispositif, d’une prise de parti ou d’une narration plus larges.

L’Art Singulier apporte inconfort et malaise. Ce n’est pas de la musique d’ambiance ou du divertissement léger. On se retrouve au centre d’une expérience esthétique incroyablement ardue et inconfortable. La priorité est donnée aux thèmes obsessionnels de ces différentes démarches. L’Art Singulier, c’est l’art de ce qui est mauvais, de ce qui est esquinté, de ce qui est blessé, de ce qui est malade. Ceci n’est ni décoratif ni charmant. Les artistes qui le pratiquent formulent une prise de parti ferme sur l’humanité, sur la société, sur l’histoire. Ils ne produisent pas un art laid. Ils se contentent de procéder à la reproduction d’un monde laid. Et pourtant, comme le démontrent solidement ces artistes, l’Art Singulier est très profondément humaniste. Il place l’humain, ainsi que sa douloureuse aliénation, au centre de la réflexion philosophique déclenchée par l’intervention artistique. Les animaux sont cruciaux, eux aussi. Ils sont avant tout des transpositions simplifiées de l’humain mais ils sont aussi des entités autonomes. Et, comme tels, ils témoignent aussi de l’impact destructeur et polluant qu’impose l’humanité à son environnement proche. Humanité et animalité, masculinité et féminité, individus mécanisés et objets mécanisés, crise de nos actions pratiques et déroute de nos représentations intellectuelles sont au cœur de l’Art Singulier. Quelque chose s’est mis à vraiment mal tourner et ils veulent en parler, notamment pour partager avec nous leurs émotions, au sujet de cette expérience fort étrange et fort perturbante qu’est le simple fait d’exister.

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Note sur le peintre auteur du tableau supra. Claude Bolduc est peintre et dessinateur. Sa vision résulte exclusivement de son imagination. Son œuvre présente des figures zoomorphes et anthropomorphes qui sont souvent enchevêtrées dans des collectifs complexes autant que dans des formes et des structures géométriques. Un symbolisme très riche émane de son travail. La dimension religieuse de certains de ses tableaux et dessins procède habituellement moins du sacré que du profane. Sexualité, mythologie et onirisme sont aussi des éléments clefs de son œuvre. C’est un peintre canadien réputé dont la production, volumineuse et diversifiée, construit des univers complexes et tourmentés. Bolduc se rattache donc à l’école picturale de l’Art Singulier, ce courant artistique contemporain dont une des fonctions essentielles est une subversion active des canons réguliers, notamment sur la question cruciale de l’anecdote picturale. Outre ses qualités plastiques spécifiques, le travail de Bolduc déploie une grande richesse narrative. Le trait précis, voire ciselé, construit des univers interactifs complexes, peuplés de figurines étranges aux modus operandi multiples et fréquemment indéfinissables. Les tableaux de Bolduc, qui sont souvent conceptualisés comme des récits visuels, font fréquemment l’objet de scripts ou de synopsis, rédigés par le peintre, antérieurement à la mise sur toile de l’œuvre. De plus, les œuvres de Bolduc, sont souvent des fresques polymorphes, faisant appel à un large héritage ethnoculturel. Mythologie, paganisme, imagerie judéo-chrétienne, tarots etc… toutes ces facettes visuelles et symboliques sont mobilisées et forment régulièrement le fond allusif ou la trame centrale des tableaux de Bolduc. Plusieurs des toiles se répondent entre elles, comme le ferait, par exemple, un chemin de croix ou une tapisserie médiévale.

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Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Peinture, Québec | Tagué: , , , , , , , , | 31 Comments »