Le Carnet d'Ysengrimus

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Posts Tagged ‘guerre d’Irak’

Jessica Lynch: le parti de ne pas mentir… sans trop en dire…

Posted by Ysengrimus sur 1 avril 2013

LYNCH

Il y a dix ans aujourd’hui avait lieu le «sauvetage» de la soldate américaine Jessica Lynch en Irak. Va alors se mette en place un exercice très étrange –parfaitement inouï, en fait– de désamorçage de la machine-spectacle de propagande de guerre américaine. Et, comme toutes les démarches engageant une modestie authentique, le tout laissera finalement bien trop peu de traces utiles sur nos mémoires et sur notre pensée. Rappelons les faits.

Été 2000: Jessica Lynch, 17 ans, s’engage dans l’armée américaine. C’est une des nombreuses personnes de condition modeste que l’armée arrive à embringuer pour des raisons plus économiques que patriotiques. Aspirant à payer ses études universitaires et percevant l’entrée dans le service comme une sorte de gestus bureaucratique sans danger réel (c’était avant le onze septembre 2001), la jeune étudiante de secondaire originaire de Palestine (Virginie Occidentale) se «spécialise» dans le travail d’entretien. Elle sait abstraitement qu’une guerre est toujours possible mais ne croit pas vraiment qu’elle se retrouvera un jour au front.

23 mars 2003: Jessica Lynch est au front. Elle fait parti d’une équipe d’entretien rattachée au service d’une batterie texane de missiles Patriotes. Elle prend place, en compagnie de la petite équipe de la 507ième compagnie d’entretien, dans un long convoi de six cent (600) véhicules qui s’étale dans le désert, lors de l’avancée sur Bagdad au sein de l’opération Iraqi Freedom. Son segment du convoi prend un mauvais tournant et se retrouve sur la route menant à Nasiriyah. La bataille de Nasiriyah fait rage et les troupes américaines sont concentrées sur la prise de la ville. Le convoi dans lequel prenait place Jessica Lynch tombe dans une embuscade. Onze soldats sont tués et six sont fait prisonniers, dont Lynch. Le véhicule dans lequel elle prenait place a fait une embardée et la soldate est gravement blessée. Son arme s’étant en plus «enrayée», elle n’a tout simplement pas pris part aux combats.

Entre le 23 mars et le premier avril 2003: Jessica Lynch, gravement blessée aux jambes et à une hanche, est soigné par du personnel irakien à l’hôpital de Nasiriyah. Le témoignage ultérieur de la soldate est très explicite, ferme et limpide sur le fait qu’elle fut traitée avec humanité par un personnel soignant manquant de ressources mais faisant tout son possible pour la réconforter et réduire sa douleur. Le 30 mars, une tentative aurait même été faite de conduire Jessica Lynch en ambulance au camp d’occupation américain voisin mais il aurait fallu renoncer à mener cet effort à terme, les soldats américains ayant tiré sur l’ambulance irakienne. Un certain nombre de citoyens irakiens (le Pentagone les décrira ultérieurement comme des informateurs irakiens) font éventuellement savoir à l’occupant américain les détails de la localisation de la soldate Lynch et des cinq autres prisonniers. Il est clair qu’on cherche à régler cette affaire assez délicate sans y surajouter de complications supplémentaires.

Premier avril 2003: Dans une opération filmée, dont il est reconnu aujourd’hui qu’elle procédait plus de la mise en scène que de l’action réelle (certains observateurs affirment même que les flingues étaient chargés à blanc), des fusiliers marins, des membres du groupe tactique SEAL et des Rangers procèdent au «sauvetage» de Jessica Lynch. En un de ces implicites dont seules les armées en campagne ont le feutré secret, les militaires irakiens s’étaient repliés la veille, laissant le champ libre, dans l’hôpital de Nasiriyah et ses alentours, aux militaires américains. Dès le lendemain du «sauvetage» (2 avril), une bande vidéo dudit «sauvetage» est émise par les services de relation publique de la défense américaine. On y raconte notamment que la soldate Lynch a été blessée par balles. Cette affirmation sera plus tard infirmée par le personnel soignant de l’hôpital de Nasiriyah, par les soigneurs de Jessica Lynch et par Jessica Lynch elle-même. Elle ne souffre en fait que des séquelles d’un grave accident de voiture.

27 août 2003: Après plusieurs opérations chirurgicales et au milieu de la mise en place d’un long programme de réhabilitation physique, Jessica Lynch, âgée maintenant de vingt ans, est démobilisée. On la chamarre des décorations suivantes: l’étoile de bronze, le Purple Heart, la médaille des prisonniers de guerre, la médaille du service national, la médaille de la guerre contre le terrorisme et le ruban du service militaire. Le gouverneur de Virginie Occidentale lui alloue une bourse d’étude. Entre son «sauvetage» et sa démobilisation, l’histoire d’une héroïque combattante tirant du flingue sur l’ennemi et se battant sans peur a eu le temps d’être mise de l’avant par le Pentagone puis complètement éventée par les différents observateurs et par le public. Le Pentagone est donc forcé d’émettre des communiqués de presse niant ouvertement sa propagande initiale et adhérant à l’idée acceptée aujourd’hui d’un accident de voiture au cours de l’offensive et d’une soldate n’ayant absolument rien pu faire pour se défendre. Aussi, ultérieurement, Jessica Lynch n’avait plus vraiment besoin de s’échiner à éventer le mensonge propagandiste de son «héroïsme» car c’était déjà fait (et lui valait même déjà de recevoir un certain nombre de lettres haineuses, dans le flot débordant de la correspondance que lui avait valu sa mésaventure). Restait, par contre, le mythe de son «sauvetage»…

Automne 2003: Jessica Lynch commence à parler et à donner sa version des faits. Elle ne se gênera pas pour bien cogner sur le clou déjà enfoncé. Elle niera tout héroïsme, toute implication dans la moindre action de combat. Elle insistera sur le caractère humain et respectueux de son «incarcération» à l’hôpital de Nasiriyah. Elle parlera, toujours en termes très sobres et modestes, de ses compagnons et compagnes, morts au combat. Ses vues, discrètement critiques, s’exprimeront avec la même cohérence lors de sa collaboration à l’ouvrage racontant son histoire, paru fin 2003. To Jessi and the soldiers of the 507th, it was like trying to run in the rain without getting wet. Where were the happy, liberated people they were supposed to meet, those who would throw flowers, not grenades. Jessi had not bought that line completely, but she had hoped it was true. [Pour Jessi et pour les autres soldats et soldates du 507ième, ce fut comme tenter de courir sous la pluie sans se mouiller. Où donc était ce peuple heureux, ce peuple libéré, qu’ils étaient sensés rencontrer, ces gens qui devaient leur lancer des fleurs, pas des grenades. Jessi n’avait pas cru complètement à cette version des fait mais elle espérait quand même un peu que ce fut vrai.] (Rick Bragg, I am a soldier too – The Jessica Lynch Story, 2003, pp 71-72). Mais le plus loin où Jessica Lynch ira, en direction de la remise en question de la réalité effective de son «sauvetage», ce sera quand elle se demandera ouvertement pourquoi ils ont bien pu aller filmer toute cette affaire? Autrement, elle se cantonnera dans l’idée qu’elle n’est pas une héroïne, qu’elle est juste une survivante. Il est aussi important de noter, pour la bonne compréhension du tableau, que Jessica Lynch ne basculera pas dans le petit vedettariat de tabloïds. Elle restera discrète, presque secrète, et ne deviendra pas la Roxie Hart du conflit irakien. Certes, elle fera la première page du Time au moment des événements (il s’agissait de rétablir la vraie histoire… si tant est), mais ensuite, elle verra à pudiquement retourner à sa vie anonyme.

La VRAIE histoire de Jessica Lynch

La VRAIE histoire de Jessica Lynch

24 avril 2007: Quatre ans après les évènements, Jessica Lynch témoigne devant un comité statutaire du Congrès américain sur les négligences administratives et la réforme du gouvernement (United States House Committee on Oversight and Government Reform) et, une fois de plus, elle déplore fermement qu’on aie tenté de la faire passer pour la Rambo de Virginie Occidentale. Sa déposition se concentre cependant strictement sur le fait qu’on a menti en cherchant à faire d’elle une héroïne et qu’elle ne comprend pas ce qui a pu «les» motiver à fabriquer de la propagande fallacieuse à partir de son histoire sans gloire, en négligeant les vrais actes héroïques de nos glorieux soldats. Témoignage léché, soigneusement scripté. Art de la litote… Dire moins pour faire entendre plus. Dire: on a menti… on a menti… on a menti sur moi. Voilà, tsoin-tsoin, ouvertement je vous le dis: le Pentagone a indubitablement dit des fausseté au public me concernant… Et tout le monde au Congrès de tirer une tête catastrophée, et la galère de continuer de voguer…

Aujourd’hui: Comme le montre bien cet entretien accordé par Jessica Lynch à CNN en 2011 (en anglais), on continue d’avoir affaire au profil bas d’une blessée de guerre qui ne tire absolument aucune joie (patriotique ou autre) de sa traumatisante équipée. Aujourd’hui mère d’une petite fille et diplômée, Jessica Lynch redit mollement ses lignes désormais convenues. Elle n’a toujours pas ouvertement nié avoir été «sauvée» d’éventuels geôliers irakiens, par ses jeunes collègues de l’armée américaine, en ce fameux premier avril 2003. Discrète, presque sibylline, prudente, américaine aussi, elle a pris le parti de ne pas mentir sans trop en dire. Sauf que, une fois de plus, la preuve est faite et refaite que le grand ennemi de la société civile ment au public, qu’il y a effectivement une chose qu’il faut continuer d’appeler propagande de guerre. Jessica Lynch est officiellement la seule et unique prisonnière de guerre, depuis la Seconde Guerre Mondiale, à avoir été «sauvée» dans une opération s’étant déroulée avant la fin du conflit (d’habitude on libère les prisonniers de guerre après la conclusion effective des hostilités). Alors, bon, sur ce «sauvetage» d’il y a dix ans, dont on ne nous dit plus rien, conclueurs, concluez…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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États-Unis: rédemption, piège à con

Posted by Ysengrimus sur 1 février 2009

Saint Obama

Obama, figure rédemptrice, joue à fond le jeu de la pureté éthique et de la candeur intellectuelle.

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Je trouve finalement l’un dans l’autre que notre bon vieil impérialisme américain l’a pas mal facile au bout du compte en remplaçant ainsi, sous les viva! planétaires, un président mannequin (terme limpide) par un président acteur (terme volontairement ambivalent) et en se tapant la formidable rédemption que cela entraîne…

C’est un spectacle cyclique, en fait. Un manège circulaire des symboles. Une scintillante poudre aux yeux tricolore. Regardons de plus près cette «nouvelle donne» du fameux retour du président qui agit par lui-même (par opposition, croit-on, au président qui se laisse ballotter par les groupes d’intérêts). Dans les derniers soixante ans, le Parti Démocrate a produit les grands présidents acteurs. Tu ne peux pas aligner FDR, JFK, WJC et BHO sans que les astres ne bougent un peu… Chez le Parti Républicain, marionnettiste invétéré ayant piloté beaucoup plus de présidents, deux autonomies ressortent: celle de Richard Nixon et celle de George Bush Senior. Ces deux figures fétides ont d’ailleurs en commun d’être deux vice-présidents devenus ensuite présidents en un tout nouveau mandat (donc pas comme Harry Truman, Lyndon Johnson ou Gerald Ford qui finirent le mandat du président précédent, mort ou démissionnaire, ce qui, sauf dans le cas de Ford, les fit rebondir aux commandes). Signe criant de comment ces gars de droite marchent, le marionnettiste des débuts finit, avec eux, par attraper le manche et devenir (un peu) acteur… Ces Républicains sont des manipulateurs de grands pantins sans complexe et leur peuple le sait parfaitement. Le dernier grand président mannequin avant George W. Bush fut incidemment Ronald Reagan (un ancien acteur… de cinéma, je veux dire). Cet ample président vide, qui fut surnommé le président de 9 à 5 (avec sieste l’après-midi) reposait lourdement sur l’équipe et surtout sur son VP et futur successeur, Bush Senior… Il est certes piquant de constater que de placer le fils de l’éminence grise de jadis sur le trône du vieux mannequin d’autrefois s’avéra la suprême combinaison ratée de la dernière décennie. Ils ne la referont pas de sitôt, la passe de la marionnette aux commandes, on peut dire cela sans risque… Et subitement, aujourd’hui, patatras, les USA ridiculisent haut et fort ce George W. Bush Junior, poupée à la tête creuse… mais, ce faisant, ils n’effacent en rien son action catastrophique. Cette dernière ne s’inversera pas pour autant. Salvador Allende ne revint pas en vie après la démission de Richard Nixon

Nos bons ricains se tapent tout simplement une petite table rase émotionnelle en mondovision, une petite rédemption à grand déploiement centrée sur ce retour «nouveau» du président acteur. Ils diffusent quelques rubans YouTube bouffons du bouc émissaire politique du jour et continuent de rouler, droits dans leurs bottes. Oh, oh… Méfiez-vous de ce genre de défoulement rédempteur inane. George W. Bush, agneau pascal, moi, je ne mords pas. Son départ laisse le vivier washingtonien (sans parler de celui de Wall Street) parfaitement inaltéré… C’est d’ailleurs pour cela qu’Obama compose tant… C’est un vieux truc de politicien de centre-droite que de faire ridiculiser le prince droitier déchu par les nouveaux thuriféraires. Une figure publique très modérément progressiste attise les réactionnaires extrêmes sur cette cause spécifique en leur jetant des morceaux de viande ironiques bien poivrée pour les faire aboyer dans leur clos, chiens hurleurs qu’ils sont. Les idiots mordent, gueulent et réitèrent leur cause foutue que le prince droitier déchu ne peut plus porter et notre personnalité publique de centre droite parait soudain fort avancée en se projetant devant ce choeur d’arrière-garde, manufacturé et entretenu par elle. L’art discret de ne pas avoir à trop innover, en inculpant en sous-main le prédécesseur.

Obama, figure rédemptrice, joue à fond le jeu de la pureté éthique et de la candeur intellectuelle. Toujours aussi générique sur les affaires non-domestiques, il incarne sereinement l’ignorance abyssale que l’Amérique a du monde. Son atout majeur, pour le moment, est que, comme Socrate, il sait qu’il ne sait rien et il l’admet… et il dit à ses émissaires diplomatiques de commencer par écouter. Il veut laisser les idées préconçues bien entassées dans le placard du passé tragique. Nouveauté fondamentale d’un impérialisme en amorce de rétrécissement? Oui? Non? Cela fait nouveau, nouveau, nouveau, certes, mais il reste qu’Obama est fondamentalement un centriste, donc, en fait, un chef cuisinier matois qui apprête les restes en les amalgamant en un subtil mélange réchauffé, qui fait nouveau… Il ménage la viande et les patates, la chèvre et le chou, la gauche et la droite, le Likoud et le Hamas, les tartuffes et les athées, le capitalisme et le socialisme. C’est une balançoire, un pendule qui oscille au dessus des questions. Ce n’est pas qu’il brette ou hésite, c’est qu’il englobe, qu’il embrasse. Or, qui trop embrasse, mal étreint… Obama admire tout le monde (du moins en parole), n’a pas d’ennemi (du moins en apparence). Tout le monde est beau, gentil et un génie. De par cette dynamique, très Nouveau Monde primesautier dans le style, très Amérique joyeuse dans le ton, Obama est bien plus américain et bien moins impérialiste que plusieurs de ses prédécesseurs, du moins, encore une fois, en apparence. Et que fait Obama de fondamental dans la dynamique qu’il tente de mettre en place ainsi? Il manifeste, publiquement et politiquement, de l’HUMILITÉ. La même humilité qu’il avait justement annoncée dans son discours inaugural. De là, deux choix s’offrent à l’analyse. Soit il s’agit d’une humilité de Tartuffe et qu’on a affaire, comme du temps de Jimmy Carter, à l’insertion de la vieille main de fer de l’impérialisme américain dans un nouveau gant de velours. Soit il s’agit d’une humilité effective, symptôme sociopolitique réel et profond du fait que l’impérialisme américain du siècle dernier s’approche le plus en douceur possible de la piste d’atterrissage de ce siècle-ci. Deux choix possibles. Le charme d’Obama nous masque subtilement l’option effective… alors gardons l’œil ouvert.

Car, dans les faits, si le vaste dispositif militaire US cessait simplement de tuer des gens un peu partout au monde, de ci de là, de gauche et de droite pour des raisons qui, on l’a souvent dit,  ne correspondent même pas à la volonté effective du peuple américain, ce serait déjà un développement bien plus effectif que tout le flafla rédempteur auquel on assiste en ce moment. Ils peuvent même garder leur collets cravates si ça les amuse, mais simplement qu’ils cessent de reporter la paix au calendes, en changeant les soldoques de place, en rebrassant le paquet de cartes et en maintenant le bellicisme de service bien actif sans vraiment s’informer d’avantage… De fait, à ceux qui voudraient nier l’ignorance que les américains ont de la complexité du monde qu’ils oppriment, je dirai simplement ceci. Les élites «savantes» de ce pays l’ont mis dans le fossé et l’ont enfoncé dans le discrédit international le plus profond de son histoire moderne. Obama, lui, c’est clair, s’inscrit en faux devant ces «savants» que le tout venant admire tant. Il se rapproche de son peuple, lui ressemble, le sert, l’incarne même, en disant: «Je n’y voit goutte, je ne crois pas savoir, je ne sais pas. Il y a là une complexité qui m’échappe, il me manque des éléments. Informons nous d’abord car notre savoir antérieur est probablement un faux savoir». Obama tombe la veste (y compris au Bureau Ovale) et joue de mimétisme populaire. Je ne sais pas s’il agit, mais il montre qu’il agit. Cela, d’ailleurs, avec la stricte rigueur de sa doctrine centriste, n’est pas sans rappeler Juan Domingo Perón (1895-1974). Perón (un peu d’ailleurs comme René Lévesque) fut d’abord un homme d’état oeuvrant au beau risque de mélanger gauche et droite, un peu comme on mélange soufre et salpêtre dans la poudre à canon. Dans le cas de Perón, cela a fini par péter de travers, d’ailleurs, populisme, militarisme, dictature, etc. Ici, l’affaire est inévitablement à la fois plus compliquée et plus grandiose, mais il reste que le jeu d’Obama (aussi au sens de son jeu d’acteur…) engage un risque politique qui n’a pas grand-chose à voir avec de la nouveauté neuve, neuve, neuve… Il veut camper une Unité Nationale, comme le voulait le Perón des débuts (c’est habituellement un indice du poids de l’adversité extérieure…). Souffre – Salpêtre. Il faudra voir où ça ira, mais c’est ça.

Sauf que, Rédemption Globalisante d’Extrême Centre ou pas, le monde ne s’arrête pas de tourner pour autant. Les Talibans résistent de mieux en mieux et il va falloir dix mille fois leurs ressources pour espérer les planter. Pourquoi? Est-ce comme au Vietnam? Et pourquoi avoir oublié le Vietnam? Et pourquoi tous les esprits savants, expérimentés et subtils des états-majors n’ont-il pas vu celle-là venir non plus? Mais que sait-on du monde, finalement, bon sang? Approfondir ce conflit, comme Obama prétend le faire, est-il une nouvelle erreur, à la fois impérialiste et moraliste, résultant directement de l’ignorance qu’il a eu la candeur de nous avouer? Quelle est la profondeur de sa mécompréhension du genre de racaille locale sur laquelle, en tant qu’occupant, il s’appuie pour gouverner indirectement un pays qu’il tient sous sa botte. La rédemption obamesque ne peut tout simplement pas demander à son segment compradore afghan de se dé-corrompre quand son propre dispositif d’occupation repose crucialement sur le segment corrompu de la société. Prier les collabos de se dé-corrompre c’est les prier de s’autodétruire, vu que le fond de leur corruption repose sur le service à l’occupant… et que c’est parce qu’ils sont corrompus à la base qu’ils collaborent! Les USA tournent leur marionnette en bouc émissaire de leur propre impérialisme, en faisant cela… S’en rendent-ils compte seulement? L‘action d’Obama masque t’elle l’inaction implicite de la force d’inertie de l’immense machinerie qu’il chevauche? Silence planant de ses critiques et de ses suppôts. Et ce silence planant est un solide indicateur de tendance. Soudain, sous la rédemption d’Obama, l’Amérique lave plus blanc. Il ne faut plus la critiquer, elle est purifiée. Holà, holà… Non merci. La rédemption US est le plus formidable des pièges à con imaginable de ce début de siècle… et veut veut pas, Obama construit gentil sur les acquis salauds de ses prédécesseurs…

Le 20ième siècle s’est terminé en septembre 2001 sur une brutale légitimation. Le 21ième siècle s’est amorcé en novembre 2008 sur une doucereuse rédemption. À chacun son piège à con et les réveils seront douloureux mais, au moins, lucides.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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