Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Posts Tagged ‘fleur’

Doctrine florale

Posted by Ysengrimus sur 15 décembre 2012

Une rose oui, certes, mais une rose adéquatement doctrinale…

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Quidam de sexe masculin, ces quelques lignes s’adressent à toi. Si ton œil s’y attarde, c’est que tu as décidé de t’autocritiquer. Si tu n’as pas spécialement envie de t’autocritiquer, replie ces feuillets tout de suite et passe les à un ami mâle de ton acabit, un autre quidam dans ton genre. Il les lira, t’en reparlera, et dira à ses comparses de se les procurer. Observe ensuite leurs actions, puis reprend ce texte. Médite. Compulse. Mûrit. Prend ton temps surtout.

 Il s’agit, sur un cas d’espèce microscopique, de t’inviter à penser avant d’agir en matière galante. Il s’agit de cesser de gâcher la beauté. Il s’agit de laisser l’incurie au vestiaire. Il s’agit d’entrer dans le siècle. Il s’agit de se hausser au mieux. Lis, lis donc. Je te parle ici d’homme à homme, de façon frontale, comme un père à son fils. Mais ne nous illusionnons pas. Je me parle à moi-même en fait et je n’ai pas fini de devoir me répéter. En matière galante donc, puisque le mot est lâché, tout est complètement à refaire. La catastrophe est omniprésente, la faillite est entière, la ruine est intégrale. Comme il faut commencer en faisant simple (pour toi comme pour moi) on se contentera céant pour le moment de la doctrine florale. Étudie ceci consciencieusement et qu’on ne réplique pas.

L’amour des femmes pour les fleurs est un mystère insondable. Assume-le sans chercher à le comprendre, il te dépasse de toute façon. Ne le discute surtout pas, ne le remets pas en question. Des remarques comme: Je ne vois toujours pas ce que vous trouvez à toute cette broussaille épineuse, odoriférante et aux couleurs criardes sont prohibées, d’urgence. Trop faible intellectuellement ou émotionnellement que tu es pour en être intimement tributaire, tu te dois de trancher le dilemme floral en chirurgien aveugle. Il te faut donc en passer, sur ce mystère, par les voies de la basse recette comportementale, vu que, je te le redis, la nature et la culture t’ont cruellement privé de sa ci-devant compréhension intime. Et il n’y a, dans tout ce fatras floral, qu’un fait qui te concerne vraiment: il te faut à un moment ou à un autre offrir des fleurs à l’aimée. Et là, la doctrine exemplaire en dix points que je t’expose ici est implacable. Suis-la fidèlement ou grille, ton petit bouquet inepte à la main.

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 1-    Ne jamais donner de fleurs pour se faire pardonner, ou à la suite d’une dispute. Jamais, ce qui s’appelle jamais. Le plaisir de recevoir des fleurs se corrompt si on le détourne en baume pour cautériser la colère. L’aimée pourra réagir positivement en surface, mais au fond d’elle-même elle sera amère, car elle sentira bien que tu cherches à étouffer sa révolte en lui forçant la main vers un moment de plaisir détourné, trahi, truqué.

2-    Ne donner des fleurs à la Noël, à la Saint Valentin, ou à l’anniversaire de l’aimée qu’une seule fois à vie ou jamais. Te forcer plutôt les méninges pour donner un présent original à chacune de ces occasions sensibles. Il faut prudemment éviter de se débarrasser d’une obligation convenue en y gaspillant la fleur. Pour que son potentiel séduisant reste intact, le don d’une fleur doit apparaître comme libre des contraintes extérieures de la convenance festive.

3-    Ne pas donner trop de fleurs à la fois. Rien n’amplifie l’impact émotionnel d’une rose unique.

4-    Entre donner des fleurs trop souvent et pas assez souvent, vaut mieux pas assez souvent. Trop souvent assassine l’impact du don floral sans espoir de retour et la récipiendaire rage à chaque fois intérieurement de se faire gâcher un tel plaisir par ta bêtise. Ne pas en donner assez souvent a ses risques aussi mais ils se ramènent tous à laisser languir, ce qui est, l’un dans l’autre, fondamentalement bon. L’idéal évidemment est de trouver le juste dosage mais un peu vaut toujours mieux que trop en matière florale.

5-    Donner une ou quelques fleurs de façon complètement fortuite, sans raison particulière détectable. Elle cherchera presque toujours une raison. La laisser chercher. Ne pas trouver ladite raison augmentera immensément son plaisir car elle finira par croire que la seule raison, c’est elle et ton sentiment pour elle. C’est seulement alors que l’impact floral comme indice attentionné du sentiment amoureux se convertit en séduction effective. Ceci est crucialement corrélé au point 1.

6-    Éviter de donner tes fleurs en public comme quelque pharisien ostentatoire. Le don d’une fleur est un acte intime. Les personnes y étant conviées doivent donc faire partie du cercle des intimes de l’aimée, pas du tien. Agir seul à seul est toujours le cas d’espèce préférable.

7-    Les fleurs cueillies dans les champs sont hautement recommandées. C’est bucolique à souhait, et quand tu les offres, elle rêve de toi les cueillant juste pour elle. Conséquemment, les cueillir en son absence. Ou encore les cueillir en sa présence mais là, de façon ostentatoirement prémédité (Marchons vers cette clairière secrète, chère amie, il s’y trouve quelque chose que je vous réserve à vous seule depuis un petit moment). Il s’agit moins ici de donner des fleurs que de montrer, grâce aux fleurs, qu’on pense toujours à elle, même enfin seul au champ. Aussi, l’erreur à ne pas commettre, c’est celle d’apercevoir subitement une fleur au champ et de la lui cueillir hâtivement, alors que vous étiez en promenade et que tu ne pensais à rien de précis, surtout pas à ces fichues fleurs. Tu seras alors suspect d’avoir pensé à lui offrir une fleur uniquement parce que tu en as vu une au bord du chemin et ta bêtise éclatera encore une fois au grand jour. Dans un tel cas, ne rien dire, ou dire: Oh, la jolie fleur! sans y toucher. La laisser la cueillir elle même, sauf si elle te demande d’aller la lui chercher. Ces deux cas de figures ne valent alors pas comme don de fleur réel, car cette fleur est désormais comptabilisée par elle comme ayant été cueillie par elle-même, même si tu te couvres de boue pour la lui capturer. Autrement, si tu as la chance qu’elle la contemple et l’admire sans la cueillir, là par contre, tu tiens ton affaire. Attendre alors le soir, aller la lui cueillir en douce et la lui rapporter le lendemain.

8-    Si tu donnes des fleurs à deux femmes en même temps (seuls cas autorisés: l’aimée et sa mère, ou l’aimée et sa fille — cas fortement prohibés: l’aimée et sa sœur ou l’aimée et sa meilleure amie) que les fleurs soient identiques en nombre et en beauté. Compter de toute façon ce coup hasardeux comme ne valant pas comme don de fleur réel à l’aimée. Faut-il te dire aussi de ne jamais donner de fleur à une personne du beau sexe autre que l’aimée, en sa présence, sauf si cette personne est une petite fille.

9-    Si l’aimée s’est fait donner des fleurs par quelqu’un d’autre ou si elle se les ai procurées elle-même, remarquer les jolies fleurs, les humer, les complimenter sans questionner sur leur origine, et écraser le coup. Ne surtout pas en donner alors, ça ferait doublet, plagiat, suivisme. Il faut savoir attendre patiemment la disette des fleurs. Elle finira toujours par venir. Une femme se procurant régulièrement des fleurs aura toujours la subtilité indéchiffrable de cesser un temps de s’en procurer, pour te laisser le champ libre et observer comment tu négocies ce passage. Déchiffrer l’indéchiffrable ou simplement attendre le bon temps creux et bien la voir venir, cette satanée disette. Qu’elle soit effective ou planifiée, tu t’en moques, ce détail t’indiffère. La susdite disette venue, donner des fleurs différentes et plus modestes que celles qu’elle se procure elle-même ou par une autre source. Jouer alors éventuellement des proximités mais non des identités. Si elle avait sept roses rouges, donner trois roses blanches, ou l’inverse. Il faut savoir s’inspirer sans avoir l’air d’imiter. Il faut aussi savoir innover radicalement, risquer, ça paie toujours. Mais surtout: éviter très soigneusement d’entrer dans la compétition des fleurs. On perd toujours, uniquement d’y être entré. La fleur n’est pas une marchandise quantifiable. C’est une mystérieuse et délicate manifestation de la spécificité irréductible de ton amour pour elle. La fleur la plus charnue, la plus belle, la plus mémorable sera toujours la fleur remise au bon moment et en bonne conformité avec la doctrine florale.

10- Et surtout, par dessus tout, ne jamais lui révéler qu’il existe quelque part une telle doctrine florale, écrite, transmise, méditée froidement et peut-être même —hideur funeste— conceptualisée avec un petit doigt de cynisme arriviste. Comme partout ailleurs, elle adore la séduction bien huilée, ce qui veut dire qu’elle a profondément horreur d’en sentir grincer la méthode.

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Voilà. Tout simple. À toi de jouer maintenant, en cette première d’une longue série d’étapes sainement réformatrices. Et, je te le redis, garde bien présent à l’esprit qu’en matière galante, tout est désormais à refaire, jusque dans les moindres détails, de cette exacte manière.

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La Petite Fleur du Fascisme Ordinaire

Posted by Ysengrimus sur 15 novembre 2009

La petite fleur du fascisme ordinaire

Elle est revenue. Elle est parmi nous. La Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

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Les deux premières semaines de novembre sont les deux semaines d’éclosion de la fameuse Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. D’un seul coup d’un seul, tous nos suppôts tranquilles et confortables du militarisme onctueux, moelleux, et mielleux s’affichent ouvertement et sans pudeur, en arborant à la boutonnière un pseudo coquelicot de plastique en référence à un poème, non pas pacifiste mais cessez-le-feu-iste (c’est crucialement différent), écrit par quelque troupier anglo-canadien des années de la Grande Guerre (son nom est John McCrae et le titre du poème en question est In Flanders Fields, pour ceux que ce genre de zinzin fascine). Nés et élevés à Toronto (Canada), mes deux fils Tibert-le-chat et Reinardus-le-goupil se sont particulièrement fait bassiner dans tous les sens, annuellement, notamment à l’école, par les promoteurs gentillets et suaves de cette exécrable Petite Fleur du Fascisme Ordinaire et de tout l’endoctrinement militariste insidieux qui vient avec. Je me souviens avoir dû moi-même, un certain nombre de fois, payer de ma modeste personne en demandant, à la porte de quelque supermarché, à de jeunes cadets ahuris fringués en troupiers de guignol bleus poudre, qui cherchaient à me la fourguer, de bien daigner s’épingler dans le cul ce faux symbole floral de paix. Disons la chose avec toute la candeur requise. Le champ de coquelicots flamands du soldoque brunâtre qui nous barba avec le barda de sa poésie larmoyante de bidasse d’autrefois, je chie dedans copieusement et, qui plus est, maintenant que nous voici installés à Montréal, je suis bien curieux de voir si la prégnance ethnoculturelle de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire est aussi gluante et toxique ici que dans la portion anglo-rouge-blanc-blême de notre beau Canada bicéphale. Je décide donc de tenir ce bref petit journal, consignant, une fois pour toutes, mes observations et mes réflexions concernant l’haïssable coquelicot conformiste. Le petit bêtisier éphéméride ici présent s’intitule: Elle est revenue. Elle est parmi nous. La Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

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1 novembre: Je ne pense pas du tout à la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. Je ramasse des feuilles mortes avec mes voisins. Il fait doux, c’est l’automne, on est bien. On jacasse politique politicienne locale. Pas de Petite Fleur du Fascisme Ordinaire en vue, au milieu de l’harmonie polychrome des feuilles mortes de ce tout petit début de novembre.

2 novembre: Toujours sans avoir la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire à l’esprit, je me rend chez un fleuriste du quartier et y fait l’acquisition joyeuse d’une belle rose blanche à la tige longiligne. Il n’y a rien de plus joli dans une maison à l’automne qu’une rose blanche fichée dans une vieille bouteille à vin. La chose est un pur et simple petit plaisir concret, exempt du moindre symbolisme. Et surtout, la coïncidence florale est ici parfaitement fortuite.

3 novembre: Mon amie Lindsay Abigaïl Griffith me téléphone depuis un parc du centre-ville de Toronto. Observant les toutous (qu’elle aime) et les humains les tenant en laisse (qu’elle aime bien moins déjà) déambuler, elle constate tristement qu’elle est revenue et qu’elle est parmi «eux», la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. Lindsay me le signale alors et j’ai un sursaut. Je n’y avais même pas pensé, à cette vilaine insupportable petite fleur, mais c’est bien que trop vrai. Je décide ipso facto d’ouvrir l’œil et le bon, et de procéder à la rédaction de ce court journal.

4 novembre: Je me rends chez un boulanger un peu éloigné, pour me procurer du bon pain boulangé du jour. Une solide demi-heure de bus dans un quartier populaire, vu qu’il faut ce qu’il faut. Nombre de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans le transport en commun et dans les rues de cette section de l’urb montréalaise: zéro. Lindsay Abigaïl a eu la gentillesse de faire un pointage analogue dans le métro et les rues de Toronto, pour cette même journée. Son décompte des Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire: trente-quatre (incluant sur le col du tailleur d’une de ses collègues – c’est pourtant beaucoup moins, me dit-elle, que ce qu’elle voyait sur Toronto dans son enfance). Lindsay Abigaïl note aussi que, dans un dispositif urbain pourtant hautement multiculturel comme celui de Toronto, tous les arborateurs de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire sont de race blanche.

5 novembre: Promenade dans le Quartier Latin montréalais. Pas de Petite Fleur du Fascisme Ordinaire à l’horizon entre le Carré Saint Louis et la rue De Montigny. Déjeuner dans une petite gargote rue Saint-Denis avec un copain de la maison d’édition. Néant floral. Mais, mais, mais… dans un supermarché un peu plus loin, j’ai vu, sur un comptoir d’accueil du public, un petit présentoir de carton isolé rempli à ras bord de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire et personne qui ne s’en occupait. Il y avait aussi une boite de conserve fendue, pour faire tinter sa petite obole militariste. J’ai discrètement soupesé la boite de conserve, elle était pleine de piécettes aux trois quarts. Oh, oh, oh… le fascisme ordinaire est donc à nos portes… J’ai justement mandaté, depuis le trois novembre, mon amour de fils adoré Reinardus-le-goupil (qui n’y pensait absolument pas, lui non plus) de surveiller les manifestations de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, dans l’espace scolaire et parascolaire de son école secondaire montréalaise. Absolument rien à signaler. Pas de fleur. Pas de ronron sur «nos» troupes. Pas de rhétorique du ruban jaune-caca-trouille. Pas de mention de quoi que ce soit de factieux ou de militaire. Rien. C’est la cas de la dire: la saudite paix… J’ai pu confirmer de visu l’observation de mon fils lors de la rencontre parents-enseignants, tenue le soir même. L’école était bondée et absolument personne, ni parents, ni enseignants, ni administrateurs de l’école n’arborait la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

6 novembre: Intrigué par mon acrimonieuse animosité sur la question, mon fils Reinardus-le-goupil se croise les bras, s’adosse au mur de la cuisine et me demande ce qu’il y a de si mal, finalement, avec la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire? Elle commémore une victoire légitime de la Première Guerre Mondiale, non? Ma réponse: j’imagine (sans en être complètement certain, côté légitimité des victoires militaires du vieil Empire Britannique). Sauf que, depuis deux générations, on nous raconte et nous re-raconte qu’on s’en va sauver l’Europe… en Corée, au Vietnam, en Irak et dans toutes les guerres impérialistes de théâtres auxquelles on s’associe, on sauve et re-sauve la redondante vieille Europe de la ritournelle des guerres mondiales…  puis on sauve le Vietnam du «communisme»… puis on sauve les femmes Afghanes, puis etc… On sauve toujours, les armes à la main, le coutelas entre les dents, quelqu’un ou un autre ou une autre et son père, et le carnage se poursuit, imperturbable. Le Canada étant un pays fondamentalement mollasson, confortable, fallacieux et hypocrite, il se donne une propagande militariste fondamentalement mollassonne, confortable, fallacieuse et hypocrite. C’est pour cela qu’au lieu de promouvoir nos guerres de théâtres avec des baïonnettes en sucre d’orge et des maquettes de chars d’assaut scintillantes, on nous endoctrine doucereusement via des commémorations de toc, mobilisant notamment la sempiternelle Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

7 novembre: Je me rends à Pointe-Calumet par le train de banlieue. Ma toute première petite fleur effectivement arborée l’est par une jeune guichetière des chemins de fer. J’ai un sursaut déçu et lui annonce, faussement mièvre: Vous êtes mon premier coquelicot… Elle me regarde comme si j’étais Jack L’Éventreur, dit, sans aménité, en touchant légèrement sa boutonnière: Ah oui, le coquelicot… et me file mon billet en me faisant la tronche. Je vais apercevoir une douzaine d’autres Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans l’immense Gare Centrale de Montréal, qui est bondée. Elle est revenue… elle est parmi nous… Un autre employé des chemins de fer d’age mûr, quelques vieux caucasiens bien blanc cassis (dont un dans le train, portant béret), deux élégantes hautaines, des cadors en trench-coat, un baba-cool de notre temps en barbe et cheveux et un jeune homme bien mis, de race noire. Pointe-Calumet a une portion de sa population qui est anglophone. Il y fait un froid vif. La seule anglophone que j’arrive à y rencontrer est une conseillère municipale aux longs cheveux noirs, aux yeux brumeux et sans petite fleur. Sinon, pas d’anglophone et bien peu de coquelicots dociles dans ce patelin (deux dames d’âge mûr, aux cheveux gris, courts et au manteau épais forment le tout de mon bilan floral Pointe-Calumetesque). De retour, je constate que ça y est, par contre. Nos folliculaires électroniques se mettent graduellement à se gargariser avec les effets visuels et intellectuels (si tant est) de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. Journaleux minables, suppôts convulsionnaires de l’ordre établi et du conformisme pense-petit, copieusement, je vous conchie.

8 novembre: L’enseignante d’histoire de Reinardus-le-goupil leur a fait un laïus fort négatif sur la guerre au vingt-et-unième siècle et sur ceux qui la commanditent. Les soldoques ne défendent pas leur pays, mais les intérêts financiers de la bourgeoisie de leur pays. Les soldoques d’un empire meurent pour que leur bourgeoisie s’approprie les richesses de la bourgeoisie d’un autre empire. Il n’y a absolument aucun honneur, aucune valeur et aucune décence à cela. Merci ma bomme dame. Les femmes et le militarisme n’ont jamais fait très bon ménage. La civilisation, la vraie, nous viendra bien des femmes, allez… Toujours pas trop trop de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans les rues de Montréal, à ce jour. Elles sont en minorité, c’est indubitable. J’en ai vu, aujourd’hui, une seule, à la boutonnière d’un jeune dandy avec barbichette navy cut et chapeau canaille, dans un disquaire chic de la rue Sainte-Catherine. Lindsay Abigaïl, qui continue de scruter la chose avec attention sur Toronto, me signale aujourd’hui que, believe it or not, dans le bureau de son patron, un haut fonctionnaire provincial de l’Ontario, elle a aperçu, pieusement encadré, un article écrit par ledit haut fonctionnaire, dans un canard national anglophone, le mettant lui-même en vedette, oeuvrant scrupuleusement à «conscientiser» son fils sur les vertus mémorialistes de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

9 novembre: Vive le Québec Pacifiste. Il est de plus en plus observable que la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire n’a pas d’existence significative dans la culture québécoise. Lindsay Abigaïl est en déplacement sur Ottawa (capitale du Canada) et me téléphone de là-bas. Son décompte quotidien de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans ce recoin canadien hautement cocardier: quarante-trois. Bande de crypto-militaristes, vous fourmillez en notre capitale en transportant vos pétales rouges sang de fleurs dénaturées et mortes. Je suis vraiment suprêmement écoeuré qu’on confonde la paix avec la fin de la guerre. La paix n’est pas la fin de la guerre mais l’absence de guerre, c’est radicalement différent. La fin de la guerre c’est un armistice et un armistice c’est rien de plus qu’une trêve. On occulte cyniquement cette vérité toute simple. On en vient insidieusement à agir comme si la troupe contrôle la paix, vu qu’elle contrôle l’armistice, vu qu’en fait, elle contrôle la guerre. Et pourtant l’armistice est indissolublement lié au conflit qu’il coiffe, momifie et anoblit. Fondamentalement, rendre hommage à un armistice ce n’est pas rendre hommage à la paix mais à la guerre. Ce n’est pas pour rien que la majorité des arborateurs de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire sont des soldoques parcheminés, avec bérets factieux malodorants et xylo de médailles.

10 novembre: Vive Henri Barbusse, Abel Gance et Charles Yale Harrison. Ne les injurions surtout pas en leur collant un prix Nobel sur le dos, brimborion tout aussi fallacieux et inepte que la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. D’ailleurs, puisqu’on en parle, moi les caciques toxiques du Nobel, ils se sont irrémédiablement coulés à mes yeux quand il l’ont donné au gros antisémite Lech Walesa en 1983, vile moustache droitière totalement décotée, que certains commentateurs français appellent fort judicieusement: l’ancien gonflé devenu gonflant. Cela, après le Nobel de littérature à l’autre gros antisémite Soljenitsyne en 1970, a parachevé pour jamais le naufrage Nobel… En fait, pour tout dire, il faudrait créer un Prix Nobel à Enquiquiner-les-Régimes-qui-indisposent-l’Occident. Beaucoup des prix «de la Paix» passés et présents devraient ensuite y être reclassés en absolue priorité… Tout comme la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, le Prix Nobel de la Paix est un symbole complètement faux, fallacieux, faussé, saboté et distordu.

11 novembre: Je n’ai absolument aucun respect pour la soldatesque, passée ou future. Conscrits de Panurge autrefois, mercenaires insensibles aujourd’hui, les soldoques sont des tueurs en tous temps. Le fond militariste de ce Jour Apologue de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire me répugne profondément. Mon père, ancien combattant, ne le commémore jamais et il a bien raison. Né en 1923 (encore vivant, toujours aussi charmant), mon père avait donc dix-neuf ans en 1942. C’est l’année où il se portait volontaire sur les navires de marine marchande canadiens chargés de livrer des armes en Angleterre et en Russie. Il y a goûté. Navire torpillé, séjours dans Londres rationnée et bombardée, bref, le folklore WWII en cinémascope et quadraphonie, le vieux, il connaît. Et, pour coiffer l’affaire, le gouvernement canadien, seul gouvernement allié à ne pas avoir indemnisé ses anciens combattants volontaires (sous prétexte qu’ils étaient «volontaires»… partez moi pas là-dessus, comme on dit ici), niaisa ensuite cinquante ans avant de pensionner cette catégorie d’anciens combattants… Un jour, Je demande à mon père pourquoi donc il s’était porté volontaire, comme ça. Il me répond alors, avec cette simplicité désarmante des gens naturellement modestes: «Bien, pour aller combattre le nazisme. Il fallait y aller. Ça ne pouvait pas continuer comme ça…».  Voilà. Distordre l’action modeste, directe et circonscrite de ces gens ordinaires pour la transmuter en ce type de militarisme hypocrite indissolublement associé, par notre petite société de planqués, à la symbolique fétide de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, c’est une cynique promotion belliciste qui ne dit tout simplement pas son nom.

12 novembre: Je suis pour un moratoire militaire universel, immédiat et inconditionnel. Abolissons toutes les armées. L’armée est NOTRE ennemie. Non à cette sarabande faisandée de célébrations absurdes pour boutefeux nombrilistes de l’arrière, ayant eu lieu hier. Les troupes m’horripilent profondément, surtout les «nôtres». Leur «protection» me fait vomir. La Petite Fleur du Fascisme ordinaire et la Fleur au Fusil sont EXACTEMENT la même fleur. Le coquelicot haïssable et haineux, des Flandres ou d’ailleurs, ne promeut pas la paix, il entérine vénalement les guerres passées et actuelles.

13 novembre: J’écoute Jacques Brel. Dans la sublime chanson Jaurès, il transforme l’expression pompeuse et inepte mourir au champ d’honneur. Sous sa plume, elle devient: s’ouvrir au champ d’horreur. Bien dit. Noter qu’on nous bassine constamment avec nos cent cinquante-sept petits gars qui s’ouvrirent au champ d’horreur de la résistance afghane mais on ne nous informe nullement sur les hommes, les femmes et les enfants que nos petits gars massacrent en silence et en toute impunité, dans ce coin du monde. C’est tout simplement inique.

14 novembre: Je conclus ce hargneux petit exercice d’observations et de réflexions sur les guerres absurdes de notre temps en me fredonnant intérieurement ce couplet crucial de L’Internationale. Tous en chœur:

Les rois nous soulaient de fumée.
Paix entre nous, guerre au tyran.
Appliquons la grève aux armées.
Crosse en l’air et rompons les rangs.
S’ils persistent, ces cannibales
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux…

15 novembre: Je publie le présent billet au petit matin, dès potron-minet. Ma belle grande rose blanche n’est pas du tout flétrie. Elle dure bien. Déjà, par contre, plus personne ne porte en boutonnière la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, même (surtout) au Canada anglais. Émanation bien rodée d’un gestus traditionnel, suiveux, conformiste, la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire est tombée, abruptement, comme tombèrent les masques d’Halloween deux semaines plus tôt et tomberont les décorations de Noël après (ou avant) les Rois… On se reverra dans un an, pour une nouvelle montée circonscrite de rougeole belliciste. Il y a deux jour, Lindsay Abigaïl a vu, sur le quai de la gare du train de banlieue la menant au boulot depuis Mississauga (Ontario), une Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, face contre terre, salie, aplatie et abandonnée, le canon miniature de son aiguillette pointant dérisoirement vers le plafond de la gare, lui tenant lieu de ciel blafard des Flandres contemporaines. La portion de saison de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire est bel et bien de nouveau révolue. Conclueurs, concluez sur la prégnance en nos systèmes de valeur si mécaniquement chronométriques de cet objet ethnoculturel crypto-militariste, intégralement répréhensible et sidéralement non avenu.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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