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Il était une fois, SYMPHORIEN

Posted by Ysengrimus sur 28 mars 2017

Aurore Sylvain (Juliette Huot), Symphorien Laperle (Gilles Latulippe), Éphrem Laperle (Fernand Gignac), Berthe L’Espérance (Janine Sutto)

Aurore Sylvain (Juliette Huot), Symphorien Laperle (Gilles Latulippe), Éphrem Laperle (Fernand Gignac), Berthe L’Espérance (Janine Sutto)

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Aurore Sylvain (Juliette Huot): Mon Dieu, Symphorien, Éphrem, mademoiselle L’Espérance, vous devinerez jamais ce qui vient d’arriver. Janine Sutto vient de mourir.

Symphorien Laperle (Gilles Latulipe): Pas vrai!

Éphrem Laperle (Fernand Gignac): Terrible.

Berthe L’Espérance (Janine Sutto): Oh elle, la vieille fatikante. Je vas pas pleurer pour elle. A l’avait pas mal faite son temps.

Aurore Sylvain: Ben voyons donc, mademoiselle L’Espérance, vous pouvez pas parler d’une façon aussi frivole d’une des figures les plus achevées de notre belle culture théâtrale.

Symphorien Laperle: Une figure achevée pis aboutie aussi.

Éphrem Laperle: Aboutie, pas mal aboutie… pis pas mal au boutte mais, bon, passablement au boutte de sa corde aussi, hein, y faut ben l’dire.

Berthe L’Espérance: Ben je vous le fais pas dire, Éphrem. Voyons donc, madame Sylvain, Janine Sutto, c’est une figure d’un autre temps. En quelle année qu’on est, donc? Un instant que je regarde au haut de la page là, juste au dessus de la belle photo de nous quatre en gris rosâtre et blanc, là. 2017. Ben franchement était pas mal due, la madame Sutto, bon… enfin.

Madame Sylvain: Hein, quessé ça, cette date là. Êtes-vous en train de me dire qu’on est projetés quek quarante-cinq ans dans le futur?

Symphorien: Ça ben de l’air que c’est pas mal ça.

Éphrem: Ben là c’est clair et net: on est tous morts.

Mademoiselle L’Espérance: On dirait ben. La Sutto a été la dernière de nous quatre à y passer.

Madame Sylvain: Les restants seront toujours les restants, je suppose.

Mademoiselle L’Espérance: Ben je vous demande ben pardon, madame Sylvain. Vous êtes mal placée pour parler de restants. Je vous permets pas.

Symphorien: Hey! Woupélaille, Hey! Ça me rappelle une blague. Euh… Savez-vous comment on appelle ça, des chaussures d’enterrement?

Éphrem: Sais pas.

Mademoiselle L’Espérance: Je ne vois pas.

Madame Sylvain: Aucune idée

Symphorien: Des pompes funèbres!

Éphrem: J’a pogne pas.

Mademoiselle L’Espérance: Oh, elle est bonne celle-là, Symphorien. Il va falloir que je la raconte à Oscar Bellemare. Il va bien la rire, je pense.

Madame Sylvain: C’est une boutade de français, ça, Symphorien.

Symphorien: Pis? On sait pas exactement où c’est qu’on est, icitte. On est toute ben dans un espace cyber super branché francôphônie.

Éphrem: On est sur un blogue. Veux-tu ben me dire quessé ça?

Mademoiselle L’Espérance: Oh! C’est un site de rencontre, peut-être!

Madame Sylvain: Ben voyons donc, mademoiselle L’Espérance. Calmez-vous un peu.

Symphorien: À ce que je comprends. C’est une sorte de journal cybernétique mondial du futur. Des milliers de lecteurs nous découvrent icitte, toute en même temps, ça ben d’l’air.

Éphrem: Ah oui! Ah bon! Ben d’abord Il faut absolument que je leur raconte ta boutade… euh… funéraire là, Symphorien. Une blague sur un blogue, franchement, ça s’impose…

Symphorien: Vas-y, mon frère.

Éphrem: Euh… Hum… Savez-vous comment on appelle ça, des cordonniers funéraires?

Symphorien: Pas des… non…

Mademoiselle L’Espérance: Je vois pas.

Éphrem: Des pompiers funèbres. Ha, ha, ha, ha…

Madame Sylvain: Elle est pas drôle du tout, votre blague, Éphrem. Et elle est bien macabre, en plus

Symphorien: Tu viens d’en flopper une autre, mon Éphrem. Non, franchement… Bon, laissons faire ça. Mais, bon, euh… si on lâchait les blagues et si on revenait au sujet du blogue, ce journal cybernétique mondial du futur où des milliers de lecteurs nous découvrent.

Mademoiselle L’Espérance: Mon dieu, tous ces gens, tous ces hommes. J’espère au moins que ma coiffure est en ordre.

Madame Sylvain: Vous inquiétez donc pas, mademoiselle L’Espérance, vous pouvez pas être ni meilleure ni pire que vous-même.

Symphorien: Je pense quand même qu’on devrait se présenter.

Éphrem: Ben voyons donc, on se connaît depuis tellement longtemps.

Symphorien: Non, Éphrem. Je pense qu’on devrait se présenter aux lecteurs et lectrices du blogue.

Éphrem: Ah bon… Ah bon…

Mademoiselle L’Espérance: C’est une excellente idée, ça, Symphorien. Il faut d’abord dire qui l’on est. Nous sommes quelques-uns des personnages d’un feuilleton télévisé du Québec du siècle dernier intitulé Symphorien (1970-1977).  Euh… ben continuez donc, madame Sylvain, vous êtes bonne là dedans, vous, les présentations.

Madame Sylvain: Eh bien je vais poursuivre en me présentant moi-même, si vous me permettez. Je suis Aurore Sylvain, jouée par Juliette Huot (1912-2001). Je suis propriétaire d’une pension de chambres dans l’est de Montréal. C’est autour de ma pension que gravite une kyrielle de personnages. Je suis un peu la coordonnatrice de ce grand cirque, en quelques sortes. Mon cher et chambranlant fiancé, monsieur Jules Crépeau, est joué par Jean-Pierre Masson (1918-1995)… et la bonne et cuisinière de ma pension de chambres, mademoiselle Marie-Ange Boisclair, est jouée par Janine Mignolet (1928-1994). À toi, Symphorien.

Symphorien: Ben moi, je suis Symphorien Laperle, joué par Gilles Latulippe (1937-2014). Je suis concierge et homme à tout faire de la pension de Madame Sylvain. Mon épouse s’appelle Marie-Madeleine et elle est jouée par Denise Proulx (1928-1993). J’ai quatorze enfants, un mode de vie prolétarien et simple et une forte propension à servir de souffre-douleur à toutes les figures de mon cher petit univers, et notamment au constable Placide Beaulac, joué par Yves Létourneau (né en 1928). J’ai aussi —fatalement— une belle-mère, madame Agathe Lamarre, jouée par Suzanne Langlois (1928-2002), sur laquelle je n’épiloguerai pas.

Éphrem: Ben, moi, pour ma part, je suis Éphrem Laperle, le frère de Symphorien. Je suis joué par Fernand Gignac (1934-2006). Je suis reconnu pour faire co-exister les onomatopée monosyllabiques les plus vides et niaiseuses avec les orchidées acrolectales les plus relevées, sophistiquées et parfumées imaginables. Je m’adonne usuellement à la manducation de bonnes boutades et blagues diverses et je les régurgite avec de singuliers et insolites effets de ratage qui rehaussent tant la dimension surréaliste de ces saillies que mon statut indécrottable de grand incompris sociétal.

Mademoiselle L’Espérance: Voilà qui est superbement bien dit, tous autant que vous êtes. Je vous reconnais tous bien là. Mon nom à moi c’est Berthe L’Espérance, jouée par Janine Sutto (1921-2017). Je suis reconnue pour mon durable potentiel séducteur. Ce dernier est si durable, du reste justement… euh… que, voyez-vous, je suis restée assez longtemps célibataire, entourée de frelons aussi bourdonnants que fascinants, comme une toute mielleuse reine abeille. Les choses sont cependant en train de changer vu que je suis intensivement courtisée par l’entrepreneur de pompes funèbres local, monsieur Oscar Bellemare, joué par Jean-Louis Millette (1935-1999). Ce dernier est entravé dans sa pulsion attractive envers moi par une mère excessivement enveloppante du nom de Blanche Bellemare, jouée par Béatrice Picard (née en 1929). Celle-ci, ma trépidante Némésis en fait, ne parvient pas à se faire adéquatement distraire par son mariage récent avec le millionnaire du West Island Dollard Tassé, joué par Léo Rivest (1913-1990). J’étais, pour ma part, anciennement associée en affaire avec madame Sylvain mais j’ai fini par ouvrir ma propre pension de chambres, histoire de voler de mes propres ailes. Mon existence est…

Madame Sylvain: Bon, ça suffit comme ça, mademoiselle L’Espérance. Vous avez pas besoin de tapageusement vous étaler sur les détails infinis de votre petite existence. Il y a encore bien d’autres choses à dire sur notre feuilleton d’autrefois à ces bonnes personnes du futur qui ont la patience et la mansuétude d’encore un peu s’intéresser à nous.

Mademoiselle L’Espérance: Mais quelles choses donc (autres que des choses me concernant directement) y a t’il à dire tant que ça?

Madame Sylvain: Bien par exemple que les 269 épisodes d’une demi-heure de notre feuilleton ont vu circuler, en sept ans (1970-1977), une ribambelle d’acteurs et d’actrices venus du monde du cabaret et du burlesque montréalais autant que du théâtre institutionnel le plus caparaçonné. Le très populaire feuilleton Symphorien a incorporé, dans sa fluctuante troupe, des acteurs et des actrices de cinéma…

Symphorien: Des comédiens de la scène des variétés…

Éphrem: Des chanteurs de charme…

Mademoiselle L’Espérance: Ainsi que des théâtreuses carabinées à la longévité tenace…

Madame Sylvain: Voilà. Nous sommes donc littéralement une sorte de who’s who du petit monde du spectacle québécois des années 1970.

Symphorien: Bien dit. C’est très bien dit, ça, madame Sylvain.

Éphrem: Je seconde.

Mademoiselle L’Espérance: Et tout ça, ça se perd tout doucement dans la nuit des temps.

Madame Sylvain: Exactement. La mort récente de Janine Sutto marque une étape importante dans la délicate et implacable fermeture du mausolée de toute cette époque.

Éphrem: Oui… oh moi, j’ai encore une chose à dire concernant madame Janine Sutto.

Mademoiselle L’Espérance: Quoi donc, Éphrem.

Éphrem: Ben on peut dire qu’al a finalement fini par se faire pogner par l’entrepreneur de pompes funèbres qui lui courait après depuis tant d’années… Hu… hu… hu…

Mademoiselle L’Espérance: Ha, ha… très drôle. En tout cas, je vous embrasse tous et toutes et je remercie le public assidu et fidèle qui nous a assuré des moments si beaux, si mémorables, si drôles et si durables.

Madame Sylvain: Bon, Symphorien, va me chercher une boite de mouchoirs. Je sens qu’elle va me faire brailler celle-là.

Symphorien: Tout de suite, Madame Sylvain.

symphorien_generique

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