Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Posts Tagged ‘Cuba’

L’assassinat politique de JOHN FITZGERALD KENNEDY – un survol parcellaire et ancillaire du corpus kennedologique contemporain

Posted by Ysengrimus sur 22 novembre 2013

JFK et LBJ

John F. Kennedy (JFK) et son futur successeur Lyndon B. Johnson (LBJ) — Cherchez à qui le crime profite…

.

Coupe la queue du chien, la tête du chien pourra encore te mordre. Coupe la tête du chien, la queue du chien ne pourra plus rien te faire…

d’après Carlos Marcello (1910-1993), caïd louisianais expatrié à deux reprise sous Kennedy

.

Il y a cinquante ans, le président des États-Unis John Fitzgerald Kennedy (1917-1963) mourrait assassiné, dans ce qui allait devenir l’un des événement les plus cuisants de l’imaginaire collectif américain de la seconde moitié du siècle dernier. Sur le chose kennedologique tout a été dit et autres choses. Mais le problème est que la mémoire chirurgicalement sélective a tendance, comme dans tous les cas de lancinance, à entrer constamment dans le même réseau rituel et à y tourner en boucle. Oublions un petit peu, si vous le voulez bien, la limousine décapotable, et la tête du président qui éclate, et Madame Kennedy à plat ventre sur le coffre arrière, et l’expertise balistique, et le décompte des détonations, et la Commission Warren, et Lee Harvey Oswald et Jack Ruby. Prenons tout simplement un peu de champs en… regardant la télé, comme au bon vieux temps, tout simplement. Une poignée de francs-tireurs (le mot est facile, je sais, mais il fallait que je le place) discrètement irrévérencieux et suavement mythoclastes nous ont donné, en 2011, l’occasion du prendre un petit peu du champ sur la légende et la souffrance, avec le remarquable petit télé-théâtre THE KENNEDYS, du réalisateur canadien Jon Cassar, sur un script de Stephen Kronish.

Jack (Greg Kinnear), Jackie (Katie Holmes) et Ethel (épouse de Robert Kennedy, jouée par Kristin Booth)

Jack (Greg Kinnear), Jackie (Katie Holmes) et Ethel (épouse de Robert Kennedy, jouée par Kristin Booth)

.

Archétype de l’empilade graduelle et générationnellement étagée du pouvoir des grandes familles, la délétère concoction kennedyenne a commencé longtemps, très longtemps, avant les tragiques détonations du 22 novembre 1963. Laissons-nous un petit peu emporter par la réflexion que nous instilles ces huit épisodes de quarante-cinq minutes chacun. Il est fortement recommandé de lire (sinon de mémoriser) cette petite fiche de présentation avant visionnement. Elle est un compendium des implicites dont dispose, imparablement et massivement, l’auditoire américain de 2011-2013.

1- A FATHER’S GREAT EXPECTATIONS [LES GRANDS ESPOIRS D’UN PÈRE]. On découvre d’abord Joseph Patrick Kennedy Senior (1888-1969), le pater familias des Kennedy et un des instigateurs mal connus du vaste drame qui s’enclenche. Ancien commis de banque de souche irlandaise ayant racheté l’institution d’épargnes où il bossait, avec du fric emprunté de main à main à sa famille élargie (son père Patrick Joseph Kennedy, 1858-1929, avait été politicien local et propriétaire d’une petite chaîne de tavernes à Boston, officiellement mise à mal par la Prohibition), Joe Kennedy va construire une fortune pharaonique dans les secteurs bancaire, immobilier, industriel (acier), commercial (alcool, pendant et après la Prohibition) et cinématographique (il est, entre autres, à l’origine de la fusion d’entreprises ayant mené à la création du studio RKO). C’est en siégeant sur le comité d’administration de la Bethleem Steel qu’il s’acoquine avec Franklin Delano Roosevelt (1882-1945). Devenu président, ce dernier nomme Joe Kennedy, en 1938, au poste international le plus prestigieux de la diplomatie américaine de l’époque: ambassadeur en Grande-Bretagne. Mais Joe Kennedy commettra l’erreur politique d’adhérer aux vues conciliantes de Chamberlain face à Hitler (la fameuse politique de l’apaisement). Proche du mouvement America First de l’aviateur Charles Lindbergh (1902-1974) et en même temps antisémite avoué, le milliardaire irlandais ira raconter, en pleine Bataille d’Angleterre, que l’ère de la démocratie est révolue. Roosevelt va s’empresser de le dézinguer de son poste d’ambassadeur et Joe Kennedy envisagera alors de se présenter à l’investiture démocrate contre Roosevelt, pour empêcher ce dernier d’obtenir un troisième terme et, surtout, pour devenir, lui-même, président des États-Unis. Après l’échec de cette demi-tentative d’investiture, Joe Kennedy comprend que ses chances présidentielles sont passées. Il va donc très méthodiquement transposer ses espoirs sur ses fils. Cela va se faire dans l’ambiance la plus dynastique imaginable. On envisagera d’abord de promouvoir —et de largement financer— les espoirs présidentiels du fils aîné, Joseph Patrick Kennedy Junior (1915-1944). Avec sa gueule d’acteur et son éloquence naturelle, il a toutes les chances. Il est pilote de bombardiers mais, malgré ses vingt-cinq sorties de combats victorieuses, il est sans médaille. Pendant ce temps, son frère puîné, John Fitzgerald Kennedy (1917-1963) a vu le feu, presque fortuitement, en servant, dans les Îles Salomon, sur un croiseur de patrouille vaguement pilonné par un destroyer japonais et, pour avoir sauvé un camarade, il se retrouve chamarré de la Médaille de la Navy et du corps des Fusiliers marins. Le puîné fait de l’ombre à l’aîné, en quelque sorte. Démobilisé, Joe Junior décide donc de rempiler et s’intègre, en 1944, comme pilote, à l’Opération Aphrodite, une étrange tentative de faire sauter des forteresses canonnières allemandes du nord de la France en les onze-septembrant avec des vieux coucous bourrés d’explosifs, le pilote et le co-pilote étant censés se parachuter in extremis avant l’écrasement volontaire. Joe Kennedy Junior prend place dans le premier avion de ce convoi de kamikazes bizarres et ce dernier pète en vol au dessus de l’Angleterre, tuant Kennedy et son co-pilote (erreur humaine ou autre chose? – le surréalisme du moment est amplifié par le fait que le colonel Elliott Roosevelt, 1910-1990, un des fils de FDR, le suivait à bonne distance dans un Mosquito pour filmer l’opération). Émoi atterré chez nos rupins bostonnais. En bonne cohérence dynastique, le pater familias, assez vite remis de ses émotions, se place alors, pour la future course présidentielle, derrière John alias «Jack» qui, pourtant, a super mal au dos (sa blessure de guerre a compliqué un mal chronique qui était déjà là) est timide, peu confiant, pas très chaud, un tout petit peu bègue et, conséquemment, bien mauvais orateur.

2- SHARED VICTORIES, PRIVATE STRUGGLES [RÉUSSITES COLLECTIVES, ÉCHECS PRIVÉS]. Un John Fitzgerald Kennedy bien vacillant, tenu financièrement et émotionnellement au fond de culotte par son papa Joe, devient membre de la Chambre des Représentants en 1946 et sénateur en 1952. Il fait la connaissance de la jeune photographe new-yorkaise Jacqueline Bouvier (1929-1994), en 1953 et l’épouse un an plus tard (1954). On prend alors conscience d’un gros problème que Joe (papa) et Jack (fiston) ont en commun. Ils sont des coureurs de jupons invétérés, convulsionnaires, acharnés, impénitents et incurables. En cela, ils contrastent totalement avec le troisième fils (et septième enfant) de Joe Kennedy et de Rose Elizabeth Fitzgerald (1890-1995 – la fille d’un ancien maire de Boston, le fin du fin de la gentry de Nouvelle-Angleterre), le bien nommé Robert Francis «Bobby» Kennedy (1925-1968). Ce dernier se marie en 1950 (après cinq ans de fréquentations) avec une solide chicagoane irlando-hollandaise, Ethel Skakel (née en 1928), dont il aura onze enfants. Fidèle comme un pilier de temple, heureux en ménage, amoureux sans mélange, Bobby n’est pas trop enthousiaste des constantes escapades sentimentales de son frère Jack. La mièvre mais lucide Jackie non plus d’ailleurs, qui envisage froidement de lui coller un divorce sur le dos, juste avant la naissance de John Kennedy Junior dit John-John (1960-1999). Maman Rose et surtout papa Joe s’en mêlent et les affaires se rabibochent. Y-a-t’il eu de l’argent engagé dans le coup, c’est pas clair. Il est évidemment pas possible de se présenter au portillon de la gloire électorale avec un candidat présidentiel divorcé. On écrase donc le coup et on comprend vite que ce couple ne sera jamais vraiment une association heureuse. J’en profite pour faire observer que Katie Holmes nous campe une Jackie Kennedy de haute volée et que l’actrice canadienne Kristin Booth nous fait découvrir une Ethel Kennedy éclatante, dont le bonheur conjugal tonique et rayonnant avec son Bobby mettra plus cruellement en relief l’insondable vide amoureux du pâle tandem de convenance Jack-Jackie.

3- FAILED INVASION, FAILED FIDELITY [UNE INVASION RATÉE SUR FOND DE FIDÉLITÉ DÉFICIENTE]. On comprend vite que, ploutocrate assumé et démocrate strictement nominal, Joe Kennedy envisage sans complexe d’être l’éminence grise de cette fameuse présidence à venir. Il a d’abord un tête à tête frontal avec son fils Bobby. Ce dernier est un tout jeune avocat qui ne s’est pas encore mis à la pratique du droit et papa Joe exige de lui qu’il devienne tout de suite, tout simplement, à trente-cinq ans, attorney general des États-Unis (procureur général, ou garde des sceaux, ou ministre de la justice), une fois Jack élu. Sans frémir, Jack le sélectionnera et ce sera cela, rien à redire. Bobby préférerait retourner à Boston pratiquer le droit et s’occuper de sa famille nombreuse, surtout que, pendant la campagne électorale de 1960, Joe, qui coordonne tout depuis son bureau d’affaire, traite Bobby ouvertement comme un pauvre portefaix sans grande envergure. Les deux frères s’insurgent bien un peu, en faisant valoir au père que cela risque de faire chiqué, népotisme et tout et tout. Rien n’y fait. Joe Kennedy impose son idée. Une fois élu, Jack retient son frère Bobby comme attorney general. Celui-ci ne le sait pas encore mais il est un véritable surdoué de la politique qui deviendra littéralement la colonne vertébrale de la présidence Kennedy. Mais la route sera bien raboteuse. Le jeune et irrévérencieux Bobby devra d’abord s’efforcer de mettre au pas l’influent directeur-fondateur du FBI, le tout puissant John Edgar Hoover (1892-1972). Ce dernier dirige la police fédérale américaine depuis 1932 et s’avère être le dangereux potentat, aussi discret que non révocable, d’un véritable état dans l’état. Voici un premier grand ennemi intérieur mortel (noter ce mot) que se feront les Kennedy: le chef du FBI et, à travers lui, un segment important du corps policier conservateur. Comme Jack a déjà l’irrésistible habitude de rencontrer des femmes dans un petit salon discret de la Maison Blanche (Jackie est au domaine familial des Kennedy au Massachusetts avec les enfants), il appert qu’une certaine Judith Campbell Exner (1934-1999), femme de vie perçue comme proche des milieux mafieux, est prise en photo par les sbire de John Edgar Hoover dans les corridors du palais présidentiel. Hoover présente cette série de clichés aux deux frères Kennedy comme pièces à convictions confidentielles et il fait bien sentir qu’elles resteront ainsi confidentielles si (et seulement si) tout se passe correctement. Bobby ne se laissera pas pour autant intimider. Et tandis que Bobby continue de s’efforcer, de jours en jours, de mettre ce rétif mastodonte de grand flic au pas, Jack est subitement confronté à sa première crise internationale majeure (qui sera aussi sa première opportunité de constater que les éléments factieux de son administration ne sont pas les moins dangereux de ses ennemis). Isolé de Bobby en une cellule de crise agissant en temps réel, et sur la foi de rapports fumeux de la CIA en Amérique Latine, Jack se voit forcé d’autoriser l’invasion de la Baie des Cochons (Cuba, 1961) par deux petits milliers de partisans anticastristes (sans appui logistique américain détectable – il s’agit de faire la chose avoir l’air d’une «libération» de Cuba par des cubains). Lesdits partisans anticastristes se font promptement aplatir par les troupes cubaines régulières. C’est un désastre militaire et politique. L’état-major affecte alors de vouloir aller sauver ces vies humaines cruellement broyées par le communisme en envahissant ouvertement Cuba. Bobby, cette fois présent à cette seconde réunion d’état-major, flaire le coup fourré et encourage un Jack, encore vacillant dans ses bottes de commandant en chef, à refuser tout net de procéder à l’attaque frontale sans sommation de cet allié direct de la Russie soviétique, sous prétexte de calfater une opération… quoi, prévue pour sciemment se casser la gueule et déclencher, comme fatalement, l’implication américaine? Sur le conseil de Bobby, Jack procède à un tonitruant mea culpa télévisé qui lui gagne tout de go une opinion publique américaine peu habituée à autant de sincérité ingénue chez ses dirigeants. Et les faucons du Pentagone sont forcés de ranger leur fourbi guerrier jusqu’à la prochaine fois. Voici un second grand ennemi intérieur mortel (noter ce mot) que se feront les Kennedy: l’état-major ardemment va-t-en guerre des années d’avant le conflit du Vietnam ainsi que les services secrets compradore internationaux des USA (la ci-devant CIA, dans laquelle ils feront un grand ménage après le fiasco de la Baie des Cochons). Encouragé en sous-main par papa Joe, Bobby devient le véritable homme-lige de Jack et, sur un ton revêche et ferme, il tient la dragée haute aux flics, aux espions et aux soldoques qui se mêlent encore un peu de prendre les Kennedy pour des petits joueur falots et malléables.

4- BROKEN PROMISES AND DEADLY BARRIERS [DES PROMESSES ROMPUES ET DES OBSTRUCTIONS MORTELLES]. Petit recul dans le temps. On se retrouve à Chicago, en 1960. Joe Kennedy travaille alors par tous les moyens à la réussite de la campagne présidentielle de son petit Jack. Joe se rend à une rencontre feutrée tenue dans un bistrot borgne avec Salvatore «Sam» Giancana (1908-1975), important caïd de la mafia chicagoane. Joe voudrait que Sam use de son influence dans les syndicats, le patronat et tous les replis divers de la bonne et moins bonne société de Chicago pour aider Jack à remporter l’Illinois. Le pégreux italien n’est pas chaud chaud: il préfère le candidat républicain, Richard Milhous Nixon (1913-1994), plus compatible avec sa propre sensibilité sociale, pour dire les choses pudiquement. Les deux hommes (Joe et Sam) se quittent sans parvenir à un accord mais ils restent en contact via le canal de communication d’un truchement fort improbable en la personne du chanteur de charme Frank Sinatra (1915-1998). Il semble qu’éventuellement Sinatra en tartine plus épais que le client n’en demande, en faisant accroire à Sam Giancana qu’une entente a été conclue via Joe avec les Kennedy et qu’une administration Kennedy laisserait les opérations mafieuses du clan Giancana intactes. Giancana lance donc finalement sa machine d’influence dans la balance, au profit de la candidature de Kennedy. Quand, après la victoire, Bobby, ministre de la justice ardent, rigoriste et doctrinaire, décide le plus important coup de filet sur les grandes opérations pégreuses de l’histoire américaine, Sam Giancana fait jouer, tout naturellement, son réseau pour réclamer l’impunité que semblait lui avoir pourtant promis, via Sinatra, ce cher papa Joe, au bon temps du moment Illinois de la campagne électorale. Maldonne. Embrouillamini. Sinatra en a trop mis. On s’est mal compris. Rien de ce genre n’avait jamais été promis. Sinatra se fait vertement savonner par Joe Kennedy. Bon, ce dernier cherche bien, d’autre part, à influencer Bobby, à lui faire mettre la pédale douce sur la pègre, mais celui–ci reste intraitable. La mafia sera mise au pas sous son administration et ce, en commençant par ses caïds les plus puissants. Un point, un petit blanc. Sam Giancana finira éventuellement à ricaner de gêne face aux questions que lui posera en rafale l’intransigeant Bobby, présidant personnellement sa vigoureuse commission d’enquête sur le crime organisé. Voici un troisième grand ennemi intérieur mortel (noter ce mot) que se feront les Kennedy: le crime organisé et, à travers lui, la portion criminellement corrompue du corps administratif. Assez vite une table d’écoute téléphonique, mise en place par les services de John Edgar Hoover, et captant une conversation passablement acide entre Sam Giancana et un autre mafieux du nom de John Roselli (1905-1976), fait surface dans le bureau des Kennedy. Elle incrimine Joe Kennedy, en laissant supposer qu’il a pu cultiver des ententes de coulisses avec la pègre pour aider Jack à remporter l’Illinois en 1960. Dans une des scènes les plus puissantes de ce télé-théâtre, Jack et Bobby convoquent leur père Joe à Washington et, désormais hommes d’état d’abord fils ensuite, ils exigent que Joe leur dise la vérité sur cette sombre affaire et puis ensuite, ils coupent tous liens avec lui, pour éviter de compromettre leur croisade en cours contre le crime organisé, pour ne pas dire la crédibilité intégrale de toute la présidence. Les créatures semblent alors s’autonomiser de leur créateur. Ceci dit, cet intense purisme anti-crime n’empêche pas Jack Kennedy de bien virevolter aux frontières de la chose criminelle lui-même. Souffrant de maux de dos chroniques, il devient un des patients assidus du terrible Doctor Feelgood (Max Jacobson – 1900-1979), médicastre mondain peu regardant qui gave les personnalités qu’il traite d’injections d’amphétamines et autres potions suspectes, imparablement illicites (sa licence médicale sera révoquée peu avant sa mort, en 1979). Critiqué pour ce genre de solution curative peu reluisante, Kennedy aura ce mot: «Même si c’est de la pisse de cheval qu’il m’injecte, je m’en fiche. Ça fonctionne et c’est tout ce qui compte». Jackie se met aussi aux injections d’amphétamines du Docteur Sentezvousbien et elle devient la super première dame qui pète le feu. Et pendant ce temps, les soviétiques bâtissent un mur à Berlin et l’état-major va-t’en-guerre pousse sur les Kennedy pour qu’on fonce sauver les pauvres berlinois du carcan communiste. Bobby n’a pas à aboyer trop fort contre les factieux cette fois-ci. Le président Kennedy est déjà plus solide dans sa fermeté anti-belliciste. C’est une bonne chose, car il va vachement en avoir besoin sous peu.

5- MORAL ISSUES AND INNER TURMOIL [ENJEUX MORAUX ET TOURMENTS INTÉRIEURS]. Nous sommes maintenant en 1961-1962. Les tensions raciales culminent dans le sud des États-Unis, tant et tant que Jack doit faire appel à son vice-président, le très omnipotent et fort ombrageux texan Lyndon Baines Johnson (1908-1973) pour qu’il tienne la délégation des congressistes sudistes en contrôle. Le président Kennedy, qui a déjà eu le front d’embaucher le tout premier membre des services secrets de race noire, en la personne d’Abraham Bolden (né en 1935), entend maintenant permettre à l’étudiant universitaire afro-américain James Meredith (né en 1933) de s’inscrire à la très ségréguée Université du Mississippi. Comme il est le premier noir à le faire, c’est le foutoir au Mississippi ainsi que dans la délégation sudiste du Congrès. Le bouillant Bobby, libéral et anti-raciste jusqu’au trognon, ne porte pas le vice-président Johnson dans son cœur et ne se gène pas pour vertement l’intimer à bien garder le contrôle de ses Jim Crow rageurs. Les sudistes du Congrès ne prennent vraiment pas de bonne grâce ce rappel à l’ordre «universel» des droits civiques qui rouvre les vieilles plaies sécessionnistes. Voici un quatrième grand ennemi intérieur mortel que se feront les Kennedy: le vice-président TEXAN (noter ce mot) Lyndon B. Johnson et sa solide phalange de suppôts sudistes. Comme les choses dégénèrent et tournent à l’émeute dans le sud, le président Kennedy finit par envoyer la garde nationale et James Meredith s’inscrit en fac flanqué d’une escouade de constables, au grand dam de ses compatriotes blancs. 1961, c’est aussi l’année où Joe Kennedy, âgé maintenant de soixante-treize ans, est frappé d’une attaque de paralysie cérébrale qui le laissera grabataire, muet et estropié jusqu’à la fin de ses jours. Rose, en le voyant ainsi, se remémore sa première fille et seconde enfant Rose Marie «Rosemary» Kennedy (1918-2005), une déficiente mentale fort agitée que Joe fit lobotomiser en 1941 croyant que cela la calmerait. Oh, cela la calma indubitablement… au point qu’elle ne reconnut plus jamais son père ni sa mère et, aujourd’hui, vingt ans plus tard (1961), sa mère Rose garde sur la patate l’affaire de sa fille transformée en légume, à son insu en plus. Les rapports de maman Rose avec Joe perdurent avec de plus en plus d’amertume accumulée pendant toutes ces années, sur cette histoire sordide de lobotomie. Le grabataire est soigné par son ancienne secrétaire et amante, la douce, sinueuse et patiente Michelle. S’autoproclamant porteuse de la vengeance divine, Rose se fait un devoir de saquer Michelle, de placer le grabataire, pas content et fort boudeur, chez une vague cousine à eux et de voir la suite venir, dans une ambiance glauque, morose, et pas marrante du tout. Rupins fétides, combien de secrets haineux et gangrénés portez vous bien serrés, en vos cœurs si noueux, sous vos plumeux jabots de marque.

6- ON THE BRINK OF WAR [À DEUX DOIGTS D’UNE GUERRE]. Ce qu’on nous montre ici, c’est que Nikita Khrouchtchev (1894-1971) n’est PAS le terrible ennemi mortel (ne pas noter ce mot) que l’époque voulait tant voir en lui. C’est la fameuse crise des missiles à Cuba. Les américains mettent Cuba non pas sous blocus (ce qui serait illégal eu égard aux lois internationales) mais en quarantaine [sic]. Il s’agit d’empêcher les navires soviétiques convoyant des composants de silos à fusées nucléaires d’accoster sur l’île. L’île est encerclée par une flotte américaine incorporant de vagues éléments internationaux auto-légitimants. Un avion espion américain est abattu au dessus de Cuba et la tension est à son maximum. Les va-t-en guerres de l’état-major poussent de toutes leurs forces sur le président et là, Kennedy, en pleine possession de ses moyens, décide d’utiliser le bras belliqueux et d’ouvertement rouler des mécaniques devant les cocos. Subtilement empathique, Kennedy mise que Khrouchtchev est un peu pris comme lui et arrivera, si on lui en laisse le loisir, un peu comme lui aussi, à ramener ses faucons à l’ordre. Kennedy lance donc un ultimatum ferme à Khrouchtchev: toute tentative de fournir des armes balistiques à Cuba sera perçu comme une agression sur les États-Unis menant à une réplique intégrale. Khrouchtchev finit par céder à l’ultimatum, non sans en rajouter dans le crescendo dramatique. Les fusées russes de Cuba sont démantelées avant le démantèlement des fusées américaines de Turquie (initialement Khrouchtchev exigeait le contraire) et ouf, on se calme. C’est la détente… Jackie, apprenant d’Ethel qu’il s’agit là d’une crise si grave que tout le monde rentre la tête dans les épaules en attendant la Bombe, laisse les enfants au Massachusetts et rentre pronto rejoindre Kennedy à la Maison Blanche. Cela les rabiboche un peu et leur fait minimalement oublier un irritant antérieur qui avait bien frustré Jackie un peu auparavant. Jack et Jackie participaient alors, à la Maison-Blanche, à un concert bénéfice pour lever des fonds électoraux. Comme le piano classique le barbe bien, Kennedy s’arrange alors pour qu’un sbire vienne lui demander de quitter le lieu du concert, sous un faux prétexte «présidentiel». Il va, en fait, aller s’installer dans un petit cinéma de poche secret et y visionner le Spartacus de Kubrick, en attendant d’être rejoint, en ce discret espace, par la femme du monde Mary Pinchot Meyer (1920-1964) qui n’était même pas sur la liste des invités de la soirée bénéfice. C’est d’avoir eu à se taper les invités à mille dollars le couvert toute seule et d’avoir eu vent de cette nouvelle escapade juponnière que Jackie s’était initialement barrée en Nouvelle-Angleterre avec les mouflets. Quand Caroline (née en 1957) demande à Jackie ce que Kennedy raconte à la télé, au moment de la détente de la crise, Jackie répond, admirative quand même: «Ton papa vient de sauver le monde».

7- THE COUNTDOWN TO TRAGEDY [LE COMPTE À REBOURS TRAGIQUE]. En 1962, tout va mal. L’actrice de cinéma Marilyn Monroe (1926-1962) veut que le président Kennedy divorce de Jackie et l’épouse, elle, comme il le lui a, semble-t-il, promis, dans l’ardeur de la passion. Elle lui téléphone des dizaines de fois par jour. Paniqué (notamment avec la réélection qui s’en vient), Jack demande à Bobby d’aller raisonner la blonde capiteuse. Bobby, qui s’est déjà fait draguer à fond par la star scintillante quelques années auparavant, aura ce mot: «C’est pas si simple pour moi, Jack. Je vis dans le monde réel, moi. Un monde où votre épouse est de fort mauvaise humeur quand vous revenez d’être allé rendre visite à Marilyn Monroe»… Bobby se fait effectivement fameusement enguirlander par Ethel mais pas à cause de Monroe, plutôt à cause de ce foutu Jack qui lui fait toujours torcher les plâtres à lui, Bobby, après ses gaffes juponnières. Ethel juge que Bobby devrait laisser Jack prendre la responsabilité de ses frasques, pour une fois. Mais Bobby ira voir Marilyn Monroe. Il la menacera même ouvertement de bien se faire emmerder par le pouvoir si elle ne se décide pas à poser ses rames sur le rivage (comme disait Renaud: c’est une image). Sur la route des vacances avec leur famille nombreuse, Bobby et Ethel apprennent ensuite, au radio, le suicide de Marilyn Monroe (1962). Le choc symbolique est immense: plus rien ne sera comme avant. Et, en 1963 aussi, tout va mal, politiquement cette fois-ci. C’est le bordel au Texas. Le Parti Démocrate est au bord du schisme et l’hostilité envers le président Kennedy est palpable partout, dans le grand état à l’étoile solitaire. Kennedy se rend donc à Dallas (Texas) pour tenter de remettre les choses en ordre dans son parti. Les mesures de sécurité sont renforcées. On craint explicitement le geste ouvertement disgracieux. Mais tout semble s’engager rondement. Les foules semblent enthousiastes de la visite du président qui est accompagné de son épouse (1963). On en arrive aux images cultes. Le télé-théâtre s’en tient ici prudemment à la version d’un Lee Harvey Oswald (1939-1963), tireur isolé. Mais, le temps de quelques secondes, on nous donne quand même à voir l’image hantise de la course des témoins en direction du fameux talus gazonné (grassy knoll) se trouvant DEVANT la limousine présidentielle au moment du carton final. Cette allusion à un second tireur sera fugitive ici mais indubitable aux yeux de tous kennedologue minimalement averti. L’effondrement de Joe Kennedy lorsqu’il apprend l’assassinat de son fils sera lui, plus lourd et ostensible. On va pas pleurer pour lui, par contre, allez…

Des policiers et des citoyens courant en direction du fameux muret du talus gazonné (grassy knoll) immédiatement après le passage de la limousine transportant Kennedy qui, lui, vient juste de se prendre une seconde balle dans la tête, apparemment tirée de tribord avant droit. Cette photo d’une action collective spontanée en direction de l’endroit où se trouverait un second tireur tend à fortement infirmer l’action inane d’un individu isolé ayant, lui, tiré dans le dos depuis la fenêtre du sixième étage d’un entrepôt ne figurant pas ici…

Des policiers et des citoyens courant en direction du fameux muret du talus gazonné (grassy knoll) immédiatement après le passage de la limousine transportant Kennedy qui, lui, vient juste de se prendre une seconde balle dans la tête, apparemment tirée de tribord avant droit. Cette photo d’une action collective spontanée en direction de l’endroit où se trouverait un second tireur tend à fortement infirmer l’action inane d’un individu isolé ayant, lui, tiré dans le dos depuis la fenêtre du sixième étage d’un entrepôt ne figurant pas ici…

.

8- THE AFTERMATH: A FAMILY’S CURSE OF MISFORTUNE AND HEARTBREAK [APRÈS LE DRAME: LE SORT MALHEUREUX ET CRÈVE-CŒUR D’UNE FAMILLE]. Bobby Kennedy est dévasté. Pour lui, c’est le gouffre existentiel. Il juge, en conscience, que le président, son frère, s’est fait descendre parce que lui, Bobby, s’est mis à dos, en trois ans, par son ardeur, son outrecuidance et son arrogance, le FBI, la CIA, l’état-major, la vice-présidence, les congressistes sudistes, le dense et opaque peloton des fonctionnaires corrompus, et la pègre. Le vice-président Lyndon B. Johnson, devenu président à la place du président, nettoie la Maison-Blanche avec deux grandes pincettes diplomatiques, une pour Bobby et une pour Jackie. Jackie, relogée ailleurs, se met assez vite à fréquenter le milliardaire Aristote Onassis (1906-1975) qui «pourra la protéger, elle et ses enfants, dans son île». Pour des raisons qu’il faudra un jour élucider, Lyndon B. Johnson, qui avait gagné haut la main les élections post-kennedyiennes de 1964, ne briguera pas l’investiture démocrate en 1968. Bobby décide alors de se présenter et on est bien obligés de se dire que s’il devenait président, il rouvrirait ipso-facto le dossier du meurtre de son frère, hâtivement ficelé et scellé, sur fond de tireur unique aux motivations individuelles romantico-marxisantes, par la Commission Warren (qu’avait rapidement mis en place Johnson, retirant pronto le dossier des mains du ministère de la justice, qui restait encore un peu l’univers de Bobby). En 1968, Robert Kennedy perd l’investiture en Oregon, la gagne en Californie. Et il se fait descendre, à coups de pistolet, le soir de sa victoire en Califo, par un tireur planqué dans la foule de ses admirateurs de l’hôtel Ambassador de Los Angeles (ledit tireur, le jordano-palestinien Sirhan Sirhan, né en 1944, se fera pincer sur place et est encore en tôle au jour d’aujourd’hui – Notons qu’ici aussi l’hypothèse d’un second tireur a été envisagée). Joe Kennedy meurt au bout de son rouleau, l’année suivante (1969). Rose Kennedy mourra en 1995, Rosemary (la lobotomisée) en 2005, et Ted Kennedy, le grand absent de ce télé-théâtre, en 2009, d’un hautement symbolique cancer du cerveau. Voilà.

The Kennedys

Notre premier contact irrévérencieux avec le drame est donc désormais bien en place. Prenons maintenant connaissance d’un certain nombre de sources vidéo traitant de ces problèmes historiques, tout en cultivant simplement le postulat que l’assassinat de Kennedy est un événement politique longtemps avant d’être un problème pour détectives ou experts en enquêtes criminelles. Visionnons, visionnons. Il en sortira toujours quelque chose.

JON CASSAR ET STEPHEN KRONISH, THE KENNEDYS, TÉLÉ-THÉÂTRE AVEC GREG KINNEAR, KATIE HOLMES, BARRY PEPPER, KRISTIN BOOTH, TOM WILKINSON, DIANA HARDCASTLE, TROIS-CENT-SOIXANTE MINUTES. Ce télé-théâtre canado-britannico-américain se distingue par la qualité savoureusement mythoclaste de son déploiement et l’ambiance suavement plouto-fétide de son exposé. De l’application discrète, adéquate, utile, divertissante et satisfaisante des procédés narratifs et descriptifs du feuilleton populaire à une thèse politico-historique (huit épisodes de quarante-cinq minute, en anglais – voir mon résumé supra – une v.f. est disponible).

LE FILM ZAPRUDER, 1963. Tourné par le cinéaste amateur Abraham Zapruder (1905-1970), ce court métrage semi-fortuit de l’intégralité de l’assassinat de Kennedy fut un des documents filmiques les plus visionnés, cités et décortiqués de toute l’histoire cinématographique contemporaine (une minute, trente-quatre secondes, muet).

THE KENNEDY ASSASSINATION: BEYOND CONSPIRACY, BBC. L’articulation la plus achevée de la version confirmationiste de l’explication. Un tireur isolé, le «marxiste» Lee Harvey Oswald, a fait le coup dans l’ambiance exacerbée de la Guerre Froide, par strictes convictions personnelles (sans implication soviétique ou cubaine) et par narcissisme romantique exacerbé (on fournit une biographie troublante et détaillée d’Oswald). Il fut ensuite tué par un tenancier de cabaret d’effeuilleuses impulsif, Jack Ruby, qui voulait venger le président. L’exposé est passablement convainquant et contrebalance solidement et efficacement la thèse d’un assassinat politique de nature intérieure. Les dimensions politique (la guerre froide, entre autres) et même artistique (le film JFK de 1991 d’Oliver Stone, avec Kevin Cosner dont l’impact de masse est un peu surestimé ici) sont analysées dans l’angle confirmationniste. L’idée d’une conspiration est, en gros, une croyance collective relayée et futilement perpétuée par quelques franc tireurs politiques et des artistes (une heure trente, en anglais).

ÉPISODE DE L’ÉMISSION DU HISTORY CHANNEL INTITULÉE INVESTIGATING HISTORY. TITRE DE L’ÉPISODE: THE JFK ASSASSINATION. Un exposé neutre, efficace et limpide des deux thèses OFFICIELLEMENT [sic] retenues, celle d’un tireur unique tirant de haut et de l’arrière et celle de deux tireurs, le premier, et un second tirant de l’avant (cette seconde hypothèse confirmant implicitement l’existence d’une conspiration). Réalisé en marge du colloque ayant eu lieu pour le quarantième anniversaire de l’assassinat de Kennedy, ce reportage a la qualité de faire un tri particulièrement probant entre les hypothèses irréalistes et les hypothèses réalistes pour ce qui en est des détails concrets et criminologiques (forensic) du meurtre. L’exposé donne aussi un aperçu intéressant des maladresses et/ou malversations susceptibles de s’être manifestées lors de l’enquête immédiate, ainsi que de l’impact culturel ou mythique de cet événement sur la culture américaine et mondiale contemporaine (quarante-cinq minutes, en anglais).

ÉPISODE DE L’ÉMISSION DU HISTORY CHANNEL INTITULÉE INVESTIGATING HISTORY. TITRE DE L’ÉPISODE: THE GUILTY MEN. L’analyse défendant l’hypothèse qui, cherchant bien simplement à qui le crime profite, suit une filière texane remontant, dans une dynamique toute protowatergatesque, à Lyndon B. Johnson (LBJ) et à un certain nombre de gros bonnets du secteur pétrolier texan. On commence par une courte biographie peu louable de Lying Lyndon (Lyndon le menteur). On y apprend, entre autres, que LBJ aurait commandité un certain nombre de meurtres crapuleux et/ou politiques dans le Texas natal de ses débuts politiques. On rencontre aussi les hommes du vice-président, des avocats austinois influents, sbires intelligents et méthodiques, d’une fidélité indéfectible. Un système de corruption est en place passant par des relais qu’on liquide froidement s’ils deviennent nuisibles. Ce système se perpétuera même pendant la vice-présidence de LBJ. Derrière lui se profilent les nababs du secteur pétrolier texan qui n’aiment pas la politique énergétique qu’annonce Kennedy, à laquelle s’ajoutent les contrariétés classiques causées par Jack et Bobby à la CIA, au secteur militaro-industriel et aux différents agents texans de corruption gouvernementale. Mais le principal problème de LBJ est que certains de ses grands sbires des vingt années précédentes font face, en 1961, à la justice pour les affaires de corruption de ses jeunes années et qu’il risque d’être entaché par ces enquêtes. Si on pouvait attirer Kennedy dans un piège texan, LBJ échapperais à ceux qui le tourmentent ainsi. Des témoignages d’une domestique et de la maîtresse de LBJ laissent croire que le jour de l’assassinat, LBJ était clairement au courant des événements qui se préparaient. Dans les jours qui suivent l’assassinat, LBJ, maintenant président, téléphone à l’attorney general du Texas et à certains enquêteurs pour insister sur la culpabilité exclusive d’Oswald et l’absence de machination ou de conspiration. Ensuite lui et le directeur du FBI Hoover ont impunité pour étouffer l’affaire et il peut rapidement inverser certaines des décisions sensibles de Kennedy, en rapport avec la guerre du Vietnam, le crime organisé, la politique énergétique etc. Pour conclure, on nous annonce que l’empreinte digitale d’un des sbires de LBJ impliqué dans un des meurtres antérieurement commandités par lui au Texas (et ultérieurement mort sans témoin dans un accident de voiture sur une route texane, en 1971) se retrouve sur une des boites de carton de l’entrepôt scolaire d’où Kennedy sera assassiné. On enterre aussi cette preuve. Quand finalement, LBJ renonce «mystérieusement» à briguer un second mandat, probablement gagnant, et se retire dans ses terres texanes, il devient rapidement profondément dépressif. On le fait suivre étroitement par des psychiatres et les rapports écrits de ces médecins n’ont jamais été rendus publics.  (quarante-cinq minutes, en anglais).

JFK: THE CASE FOR CONSPIRACY, 1993. Une analyse critique détaillée des conditions concrètes (surtout criminologiques, logistiques et balistiques) de l’assassinat du président Kennedy. Le documentaire débute sur une présentation en temps réel du reportage d’époque, audio et vidéo, du déplacement de la limousine présidentielle depuis l’aéroport de Dallas jusqu’au lieu de l’assassinat. Il s’agit en fait d’un montage chronologique de tous les documents visuels disponibles. La ruée de la populace vers le talus gazonné (grassy knoll), lieu présumé de positionnement du second tireur, est particulièrement frappante. L’attention du documentaire se concentre justement sur les nombreux témoignages confirmant la présence d’au moins un second tireur. L’hypothèse d’un tir frontal est explorée et la position de la blessure arrière (au dos ou à la gorge) est remise en question. On fait observer qu’elle était certainement située plus bas dans le dos du président. Les photos d’autopsie ayant été remplacées par des croquis lors du dépôt du rapport d’enquête initial, leur comparaison les unes avec les autres est accablante pour les conclusions de la Commission Warren. La théorie de la cartouche unique ou cartouche magique (magic bullet) est fermement mise à mal. Le gouverneur John Connally, grand objecteur de l’hypothèse de la cartouche unique, témoigne même avoir été touché après le président, ce dernier probablement initialement frappé lui-même de face, à la gorge. La dernière balle, elle, vient indubitablement de l’avant. Elle projette des portions de crâne et de cervelle vers l’arrière et Jackie Kennedy grimpe sur l’arrière de la carrosserie de la limousine pour récupérer les morceaux de crâne et de cervelle. Les témoins (notamment les médecins texans ayant pratiqué l’autopsie) parlent d’une blessure de sortie à l’arrière inférieur de la tête. Les photos d’autopsie montrent une blessure de sortie à l’avant supérieur de la tête. Elles ont été altérées. Les témoins visuels de l’autopsie sont formels. Les témoignages et la démonstration de l’exposé étayent solidement la thèse d’au moins un second tireur ainsi que la thèse d’une profonde altération des documents photographiques d’autopsie, justement pour ne pas supporter cette thèse. Les témoins visuels du temps viennent ensuite confirmer la thèse d’une tête qui explose d’avoir été frappée par une cartouche venant de l’avant. On revoit aussi la cavalcade réelle ou présumée de Lee Harvey Oswald à la lumière d’une photo montrant une présence au sixième étage de l’entrepôt, trente seconde après les coups de feu. On discute aussi en détail les traces visuelles laissées par l’homme-chien noir (black dog man), et l’homme à l’insigne (badge man), deux tireurs présumés, cachés derrière le muret du talus gazonné. Quand les flics et le public sont partis à leur poursuite, des types en noir genre service secret leurs auraient dit de se disperser. Les tests balistiques et auditifs effectués en 1979 vont dans le sens de trois ou quatre tireurs dont au moins un se trouvant derrière le muret du talus gazonné. Il est clair que la vérité n’a pas encore pleinement fait surface sur les détails immédiats de cet assassinat historique (une heure quarante-deux minutes, en anglais).

AMERICAN EXPOSE – WHO MURDERED JFK, 1988. Une analyse «des conspirations» sur une ton une peu hollywoodien (incluant des reconstitutions dramatiques) mais non sans mérite pour faire sentir les complications du nid de frelons des versions. L’exposé s’ouvre sur une galerie de portraits louches suivie d’un résumé de la présidence de Kennedy. On passe ensuite à une portion d’entrevue avec la veuve de Lee Harvey Oswald. Au fil de l’émission, elle reviendra épisodiquement et dira avoir été manipulée par la Commission Warren. Elle ne croit pas que son mari était un petit saint mais ne croit pas non plus qu’il ait tué Kennedy, dont il pensait du bien. On concentre ensuite l’attention de l’analyse sur John Rosselli (graphie avec deux S, ici), un tueur à gage de la pègre. Il semble que la CIA et le FBI envisagent d’abord, vers 1959, de lui confier l’assassinat de Fidel Castro, en misant sur les réseaux pégreux toujours présents à Cuba, notamment dans le petit monde, en cours de démantèlement, des casinos. On nous explique que le président Kennedy faisait une fixation sur Castro (qui venait justement tout juste de prendre le pouvoir par les armes, en 1959) et sur sa croissante filière prosoviétique. Certains tueurs malchanceux vont même se faire épinglés par l’armée cubaine. Les diverses tentatives ratées d’assassinats politiques sur Castro mènent au désastre de la Baie des Cochons, mal planifié par la CIA. C’est donc alors le conflit ouvert entre Kennedy et ladite CIA. Les espions sont frustrés de voir des politiciens leur jouer dans les cheveux en concluant des ententes, au risque de leurs vies, à eux, sur le terrain d’opérations. Les politiciens sont contrariés par les maladresses des réseaux d’information. La pègre pour sa part est chassée de Cuba par le régime Castro et se niche en Floride. Sam Giancana entre alors en scène. Il a aidé les frères Kennedy à se faire élire en 1960 et se retrouve ensuite avec leur politique anti-pègre sur le dos. Jimmy Hoffa est furax aussi. D’autre pégreux laissent entendre que tuer la tête du chien rend sa queue inoffensive. Certains de ces pégreux sont texans. La CIA et la pègre vont établir leur jonction à Dallas. L’assassin de Lee Harvey Oswald, le tenancier de bar d’effeuilleuses Jack Ruby avait des liens profonds avec la pègre. Oswald lui même avait des liens dans l’espionnage (c’est un ancien fusilier marin ayant participé à des missions sensibles, notamment au Japon) et dans la pègre (notamment à la Nouvelle-Orléans). Son épouse est la nièce d’un officier du KGB (sur le plateau, elle corrigera cette affirmation en se donnant plutôt comme nièce d’un employé du Ministère de l’Intérieur). Oswald a, en plus, frayé à la fois avec les castristes et les anti-castristes. Contrairement à la croyance, Ruby et Oswald se connaissaient parfaitement. Ils se sont rencontrés plusieurs fois avant le crime. Rose Cherami, une serveuse du tripot de Ruby, qui s’est fait nuitamment jeter en dehors d’une voiture en Louisiane, raconte, un soir, aux médecins qui la rafistolent, que le président va être assassiné. On explore ensuite les informations confirmant un coup de feu venu du talus gazonné (grassy knoll). Un flic a même vu un type en costard qui lui a montré une carte d’identité des services secrets dans le stationnement derrière la fameuse clôture du talus gazonné. On explore ensuite la ressemblance entre trois clochards épinglés sur la voie ferré et trois assassins politiques notoires. On passe ensuite au meurtre d’Oswald par Ruby, en creusant les connections pégreuses de ce dernier. On en revient finalement à ces assassins malchanceux de 1959 capturés par les cubains, pour explorer une éventuelle connexion entre Castro et la pègre. On envisage que cette dernière aurait pu assassiner Kennedy par effet de reflux des tentatives d’assassinats antérieures de Castro par la pègre. L’idée est la suivante: Castro épingle ses assassins pégreux et, en échange de leur sortie de l’île vivants et avec en poches les avoirs saisis des casinos de leur(s) caïd(s), il descendent Kennedy. On aurait une réplique du berger à la bergère par Castro via une entente sur l’honneur avec la pègre, en quelque sorte. On en revient alors à John Rosselli et à ce qu’il savait sur les assassins autres qu’Oswald. Il finira par faire de fines allusions et… par se faire descendre lui-aussi, ainsi que Sam Giancana et une flopée d’autres témoins. Mais pourquoi enterrer l’affaire? Parce que Lyndon B. Johnson craignait une guerre mondiale si Castro était incriminé. Vous imaginez l’air idiot du topo en plus: un Goliath glabre et tonitruant se faisant terrasser par le petit David barbu et latin qu’il s’était lui-même promis d’écrabouiller. Pas fort, ça, pour l’image de la puissance de l’Amérique. Après l’échec de la Baie des Cochons et l’affaire des fusées cubaines, c’était tout simplement pas tenable. On la jouera donc au tireur isolé, exalté et marxisant certes, mais au moins bien de chez nous. Cet exposé échevelé part indubitablement dans toutes les directions et joue bien trop des effets sensationnels. Mais il permet, l’un dans l’autre, de prendre connaissance des grandeurs et des limites de l’hypothèse d’un assassinat de Kennedy astucieusement et malicieusement orchestré par nul autre que Fidel Castro… (une heure trente-deux minutes, en anglais).

ROBERT STONE, OSWALD’S GHOST. En donnant la parole à une brochette de commentateurs (dont le sénateur Gary Hart) et en exploitant une intéressante série de documents visuels et sonores d’époque, on suit la capture de Lee Harvey Oswald, notamment à l’aide d’entretiens avec des policiers du temps. Oswald nie alors toute culpabilité et affirme qu’il est soupçonné parce qu’il a vécu en Russie. On revoit le surréaliste point de presse d’Oswald au moment de sa capture. On décrit Dallas comme un dangereux bastion de la droite. Ses journaux sont vitrioliques contre le président. L’idée d’un gauchiste tuant le président à Dallas fait bien des sceptiques. Son assassinat ultérieur par Jack Ruby rend la chose encore moins crédible. Le fait que ce second meurtre ait lieu en direct à la télé nous fait entrer ouvertement dans l’incroyable. On commence à rechercher une conspiration très tôt après les événements. Castro, la CIA, le KGB. On nous présente ensuite la Commission Warren dont la fonction, notamment aux vues de Lyndon B. Johnson était ouvertement de calmer le jeu. On présente ensuite le témoignage d’Abraham Zapruder. Son court film ne fut pas présenté à la télé à l’époque et l’idée d’un second tireur ne fut donc pas envisagée dès le début. On nous présente ensuite la trajectoire de Margaret Oswald, la mère d’Oswald, qui donnait son fils comme un agent du FBI. Elle engage un avocat pour défendre les intérêts post-mortem de son rejeton. C’est ensuite la trajectoire de la veuve d’Oswald. On évoque la reconstitution du meurtre par la Commission Warren. Comme des arbres bouchaient la vue du tireur, réduisant fortement la possibilité de tirs répétés, on envisagea l’hypothèse de la cartouche unique ou cartouche magique (magic bullet). Cette version est massivement reçue par les médias institutionnels du temps mais Lyndon B. Johnson ne crut jamais à l’hypothèse du tireur isolé. On détaille les hypothèses d’assassinats politiques ruminées par Lyndon B. Johnson. Les ouvrages critiquant le rapport Warren et envisageant une conspiration font des succès de librairie en rafale et ce, très tôt. L’hypothèse de la cartouche magique est battue en brèche. L’effet Vietnam et le scepticisme des années soixante face aux institutions politiques et médiatiques font le reste. Une avalanche de bouquins sont donc écrits. La hantise balistiques des six seconds in Dallas s’amplifie, se cristallise, se sacralise. On envisage trois tireurs distincts. On décrit ensuite la démarche d’accusation du fameux Jim Garrison qui ramène la question plus large d’un assassinat politique. Lyndon B. Johnson craint d’être vu comme le fomenteur de la conspiration que l’on envisage maintenant. Garrison produit un témoin qui prétend avoir conspiré avec Oswald. On entend le ruban où parle ce témoin, sous penthotal. En faisant dériver son enquête sur les homosexuels de la Nouvelle-Orléans, Jim Garrison discrédite son intervention en la tirant vers ses hantises personnelles. Il la bidouille ensuite en embarquant des histoires de numérologie là dedans. Il complète le tableau en y allant de la doctrine auto-protectrice voulant que quiconque s’objecte à lui fait partie de la conspiration pour masquer la vérité sur la mort de Kennedy. On passe alors à l’assassinat de Martin Luther King et à celui de Bobby Kennedy pour renforcer l’ambiance d’inquiétude conspirationniste. Les USA sont un pays de magouilles et de pourriture comme les autres. Ils ne sont plus la démocratie à l’eau de rose du mythe auto-sanctifiant de l’après-guerre. La confrontation des versions éclate au son de la guitare de Jimmy Hendrix… et Nixon est élu en 1968. Nixon démissionne en 1974 et on commence à voir plus clair dans les magouilles internationales de la CIA et de la pègre sur d’autres dossiers. Les problèmes sentimentaux de Kennedy avec une jeune femme connue de la pègre sont aussi découverts et versés au dossier… et au fantasme. Conclusion: Ah si Oswald, ce marxiste exalté si fin, si articulé, qui rêvait, pour lui, d’un grand procès-spectacle comme celui d’Hitler en 1924, avait pu parler au lieu de se faire descendre par un lampiste de la pègre qui connaissait si bien les flics de Dallas… On mentionne finalement celui qui chercha à formuler une théorie unifiée: Oliver Stone. Mais rien n’a pu vraiment confirmer à ce jour l’articulation d’une conspiration. Cette dernière pourrait être un pur produit élucubrant de la rage et de la révolte des annèes 1960. (une heure vingt-deux minutes, en anglais)

TARGET MAFIA – THE KENNEDYS AND THE MOB, 1993. Un des exposés les plus limpides traitant de l’hypothèse pégreuse sur l’assassinat de Kennedy. En 1979, la Commission d’Enquête sur les Assassinats (de Kennedy et de King) conclut à la forte possibilité d’une filière mafieuse pour l’assassinat du président Kennedy. Ce reportage décrit les liens complexes et paradoxaux entre les Kennedy et la pègre. Le père du président, Joe Kennedy avait été bootlegger et investissait massivement dans le jeu et le vice, tout en cultivant une image d’homme d’affaire réglo de façade. Ayant raté sa carrière politique à cause de ses vues chamberlainistes, il devient la bailleur de fond de la fulgurante carrière politique de son fils Jack. Cette assise sciemment ploutocrate fait que le futur président Kennedy pourra cultiver un idéalisme puriste, le genre de hauteur vertueuse que d’autres candidats ne peuvent pas se payer quand ils fricotent de ci de là pour financer leurs campagnes électorales. Cet idéalisme éthéré se manifestera notamment de par la participation des deux frères Kennedy à la Commission McLellan sur le crime organisé. Le pégreux Jimmy Hoffa et ses sbires trouvent bien ironique de se faire attaquer sur cette commission par les enfants de leur semblable en chapeau haut de forme, Joe Kennedy. Un caïd mafieux qui est donné comme ayant beaucoup d’importance ici, c’est Carlos Marcello (1910-1993). Il est un vieux bandit de souche qui est le parrain des pègres texane et louisianaise et un de ses Q.G, se trouve justement à Dallas… Les allégations de liens entre Joe Kennedy et la mafia dans le financement de la campagne de son fils en 1960 sont multiples et persistantes. En Virginie Occidentale et en Illinois, il semble bien que la pègre ait donné la petite poussée qui manquait pour que Kennedy l’emporte. Il semble aussi que la CIA et la pègre (cette dernière frustrée de la perte de ses casinos sur l’île de Cuba) se soient entendus pour tenter d’assassiner Castro. Une des maîtresses de Kennedy, Judith Campbell Exner, prétend même avoir servi de truchement entre Jack Kennedy et la pègre et avoir même relayé des sommes d’argent entre eux. Après l’échec de la Baie des Cochons et l’affaire des fusées de Cuba, les anticastristes se sentent trahis par Kennedy. La pègre aussi. Bien des alliances deviennent alors possibles, au sein d’un tel vivier social. On veut la peau de Jack et de Bobby qui font la vie dure à la mafia et ne veulent plus rien faire à Cuba. Carlos Marcello produit alors sa phrase historique sur la tête de chien (la tête, c’est Jack, la queue, c’est Bobby). Coupe la queue du chien, la tête du chien pourra encore te mordre. Coupe la tête du chien, la queue du chien ne pourra plus rien te faire… On suggère que Lee Harvey Oswald fut donc une couverture pour les tueurs de Carlos Marcello, conformément aux procédures de la mafia sicilienne. On développe alors sur les liens entre Oswald et la pègre de sa ville natale: la Nouvelle Orléans. Son oncle était gérant d’un restaurant appartenant justement à Carlos Marcello. Et Jack Ruby, l’assassin faussement spontané d’Oswald, était un pégreux intégral (notamment ancien porte-paquets pour Al Capone) avec d’avantageux contacts dans la police municipale de Dallas. Son action ne fut pas improvisée. Il fallait éliminer Oswald qui en savait trop et s’était fait pincer trop vite. Mais, si c’est la pègre qui a manigancé l’assassinat de Kennedy, il sera difficile de vraiment le corroborer, car ces gens ne parlent jamais et meurent avec leurs secrets, pas toujours de mort naturelle au demeurant. (quarante-cinq minutes, en anglais).

THE JFK ASSASSINATION: A COMPLETE OVERVIEW Exposé d’un psychologue sur la mystique collective Kennedy, sur la possibilité tangible d’un second tireur, sur le grand nombre de morts non-naturelles de témoins (des chiffres «épidémiologiques» sont fournis à ce sujet) et sur les pour et les contre des différentes hypothèses. Les hypothèses suivantes sont soupesées: meurtres par Lyndon B. Johnson, par la mafia, par la diaspora anticastriste. Le conférencier se réclame de la psychologie jungienne et s’efforce d’analyser le mythe Kennedy dans cet angle. L’exposé se termine sur la fameuse dualité Lincoln/Kennedy. Le tout a parfois un goût fort douteux de mauvaises sciences humaines de toc… (une heure dix minutes, en anglais).

RFK – BLOODLINE ASSASSINS, 2013. Seule le première heure de ce documentaire-fleuve présente quelque intérêt ici. On y explique que Robert «Bobby» Kennedy a ouvertement combattu la pègre et promu les droits civiques pour les afro-américains et que Sirhan Sirhan n’a jamais admis avoir fait le coup de feu, affirme ne se souvenir de rien, et qu’il ne s’intéressait pas à la politique. On nous fait ensuite revivre la couverture de l’assassinat de RFK en montrant les contradictions entre la version des grandes agences de presse et certains des entretiens captés à chaud avec les témoins visuels. On fait observer que des photos ont été détruites et des témoins sensibles discrédités. On discute le cas de la jeune fille dans une robe à pois (the girl in the polka dot dress) qui se serait exclamée «nous l’avons tué!» en s’adressant à un homme l’accompagnant. On nous fait entendre l’échange verbal passablement effarant révélant le procédé d’intimidation de la témoin ayant rapporté ce fait. On mentionne un officier de police ayant croisé un couple âgé à la sortie de l’Hôtel Ambassador ayant vu la fille à la robe à pois et son accompagnateur se félicitant d’avoir tué Robert Kennedy. Le même constable signale que la radio de la police tomba en panne pendant trois quarts d’heure au moment du meurtre. Un fait hautement inusité l’amenant à ne pas douter de l’implication de la CIA. Le médecin légiste Thomas Noguchi (né en 1927) affirme que Robert Kennedy a été flingué de l’arrière, à la nuque et littéralement à bout portant. On cherche à lui faire changer sa déposition. Comme il refuse, on lance une campagne de salissage contre lui dans les médias. La version officielle est que RFK fut flingué de l’avant à une distance de quelques pieds. On évoque un gardien de sécurité récemment embauché, un certain Thane Eugene Cesar, qui détestais les Kennedy et avait des connections avec la CIA. Ce soir là, armé d’un flingue identique à celui de Sirhan Sirhan (retrouvé au fond d’un lagon en Arkansas, des années après), il aurait tiré sur des gens, dont Kennedy, de derrière. Dans l’esprit du film The Manchourian candidate (1962), on évoque alors l’histoire d’un assassin programmé hypnotiquement pour oublier son crime. Si Sirhan s’est retrouvé dans ce cas, il ne peut avoir agi seul. On l’a donc hypnotisé par après pour fouiller sa mémoire. En vain. Sirhan avait un cahier de notes dans lequel on lisait «RFK must die», possiblement une manifestation de compulsion hypnotique. La question du fameux lavage de cerveau et d’expériences de la CIA le concernant, est alors amplement abordée (notamment dans le seconde heure du documentaire – on s’étend sans fin sur le massacre de Jonestown en 1978, notamment). Longuette et digressante, cette portion du développement est nettement élucubrante et de moindre intérêt. On suit ensuite la piste d’un certain Enrique «Hank» Ernandez qui semble incarner la connexion intime entre la police de Los Angeles (LAPD) et la CIA circa 1968. Il contribua à la fois à l’enquête sur le terrain du meurtre de Bobby Kennedy et à l’intimidation de témoins. Un autre coupable possible serait David Morales (1925-1978), un agent de la filière des anti-castristes florido-cubains travaillant pour la CIA dans le cadre élargi de ses combines contre Castro. Entre 1960 et 1963, Bobby Kennedy, méfiant depuis la Baie des Cochons, ne laissait pas beaucoup de marge de manœuvre à ces personnages et cela, selon certains témoins, les frustrait beaucoup et leur enleva certainement l’envie qu’il revienne aux affaires. Morales aurait été un peu partout: du site de l’assassinat de JFK, au Vietnam, en passant par la Baie des Cochons, le Chili et, oui, oui, l’Hôtel Ambassador… Il serait l’auteur du fameux commentaire: I was in Dallas when we got that motherfucker and I was in Los Angeles when we got the little bastard…  (deux heures vingt minutes, en anglais).

.

Voilà donc pour ce petit tableau parcellaire et ancillaire. En conclusion, moi des tireurs isolés dans des cas comme ceux de Jack et Bobby, j’achète pas. Ce sont là des assassinats politiques, point-barre. Reste maintenant à désenchevêtrer l’écheveau des responsabilités. Un jour viendra. Je reste optimiste. Je ne suis pas trop refroidi par l’entreprise d’un projet unifié des théories. J’y vois la vérité historique vrillant son chemin lentement, en coulant par ses mille interstices. Mon idée est donc que toutes ces versions ne sont pas toutes incompatibles les unes avec les autres. Le tableau pourrait se formuler comme suit. La pègre s’est chargée de la logistique immédiate de l’action, fournissant notamment les tireurs. Le FBI hooverien et les services secrets se sont chargés de l’encadrement lointain, de l’intendance du cover up et de la mise en place de la version officielle. Lyndon B. Johnson a donné son imprimatur et fut, bien sûr, celui à qui le crime profita. Il fut aussi, via la Commission Warren et la neutralisation du bureau de Bobby Kennedy, un des promoteurs les plus assidus de la version du tueur isolé parce qu’il avait besoin d’une impunité présidentielle sans tache pour se décoller ses enquêtes texanes de sur le dos mais aussi parce qu’il craignait, bien simplement, qu’on préconise une hypothèse soviéto-cubaine crédible (on nous en échantillonne quelques-unes ici) et qui aurait fait paraître les USA faibles et peu en contrôle des aspects les plus sensibles de leur sécurité intérieure. Quant à Bobby, son retour aux affaires aurait signifié une réouverture de l’enquête sur la mort de son frère. Aucune des instances mouillées jusqu’au trognon dans la première affaire ne voulait de cela. On l’élimina.

.
.
.

Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

.
.
.

Publicités

Posted in Cinéma et télé, Civilisation du Nouveau Monde, Commémoration, Culture vernaculaire, Fiction, Monde, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 27 Comments »

Le communisme: Utopie et Histoire

Posted by Ysengrimus sur 1 mai 2011

Ysengrimus-le-loup (52 ans) et Reinardus-le-goupil (17 ans) unissent ici leurs forces grognasses et revêches pour répondre à une question, lancinante, fraîche et simple, lancée par Reinardus : qu’est-ce exactement que le communisme et qu’est-ce qu’on lui reproche donc tant, encore de nos jours?

.
.
.

Après la Révolution Française, trois groupes ayant des idéologies différentes se sont assemblés pour assurer le nouveau gouvernement de la Convention Nationale (1792-1795). Ils se nommaient: les Girondins, le Marais ou Plaine et les Montagnards. Ils siégeaient dans un hémicycle. Les Montagnards étaient assis à la gauche de l’hémicycle, le Marais (ou Plaine) au centre et les Girondins à droite. De ce modèle et d’après les idéologies que défendaient ces groupes, la qualification de gauche, droite et centre est née. De nos jours, ces termes sont utilisés dans des contextes politiques par des cultures qui ne se rendent pas compte qu’en utilisant de tels termes ils font référence à l’hémicycle de la première Convention Nationale de la République Française. Au fils de l’histoire, une modification importante à ces termes a été créée. La qualification de gauche et de droite s’est trouvée à être divisée en deux par l’ajout du qualificatif extrême. Les nouveaux termes se sont retrouvés à être: l’extrême gauche, qui comprend le Communisme et l’Anarchisme. La gauche, le Socialisme. Le centre, le Libéralisme et L’Écologisme. La droite, le Conservatisme. L’extrême droite, le Nazisme et le Fascisme. De nos jours, la majorité des partis élus sont soit de droite ou du centre. Les idéologies gauchisantes sont mal vues à travers le monde. Un exemple de ceci est la qualification injurieuse de “socialiste” qui a été donnée à Barack Obama (né en 1961) et à Franklin Delano Roosevelt (1882-1945) durant leurs mandats. Des exemples constamment donnés par les gens de droite pour discréditer la gauche sont l’histoire de pays tels que l’URSS, la Chine, le Vietnam et Cuba. Mais quelle validité ont donc ces exemples?

Le communisme vise une mise en place de la propriété collective de toutes les instances sociales par les travailleurs. L’abolition de la propriété privée et du capitalisme et son remplacement par un socialisme reposant exclusivement sur la solidarité sociale est le but du communisme. Le communisme a toujours été très vaguement décrit par les instances de droite. Ils l’ont divisé en différentes catégories qui rendent la compréhension de ce dernier très difficile. Par exemple, il y a le Marxisme, le Léninisme, le Stalinisme, le Trotskisme, le Maoïsme, le Guévarisme, le Castrisme, et tant d’autres. Ce qu’il faut noter est que toutes ces désignations, non seulement sont fondées sur le nom du politicien qui a engendré cette idéologie, mais chacune est une version différente du communisme, sauf pour une, le marxisme. Mais ce dernier est juste un mot différent implanté par les instances de droite pour dissocier Marx, techniquement le théoricien fondateur du communisme, de la terreur suscitée par l’idée générale du communisme, terreur implantée elle-même par les instances de droite. En fait Marx lui-même a dit, et je cite «Moi, je ne suis pas marxiste». Donc utiliser le mot communisme, de nos jours, se trouve à faire référence au mensonge qu’on appelle le communisme, et non au marxisme, qui lui est véritablement le fondement intellectuel du communisme. Mais qu’est-ce qu’est le communisme à sa base? Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895) on collaboré pour écrire Le Manifeste du Parti Communiste (1848). Trouverons-nous la définition du communisme dans ces pages? Quelle relation existe-il entre les pays dits communistes et les principes sociaux communistes décrits par Marx et Engels? Pouvons-nous légitimement appeler ces pays «communistes» ou sont-ils juste des cas fautifs cités en «exemples» par les pays capitalistes pour dénigrer le communisme?

Nous allons regarder un petit peu cela, en commençant par ce qu’est le communisme d’après Marx et Engels. Nous allons récapituler toute l’histoire des pays suivants: l’URSS, la Chine, le Vietnam, Cuba. Nous allons faire surtout tout notre possible pour déterminer si l’idéologie communiste a déjà véritablement existé en tant que gouvernement d’un pays.

.
.
.

Définition descriptive du communisme selon le Manifeste du Parti communiste (1848). Le Manifeste de Karl Marx et Friedrich Engels présente dix points fondamentaux du communisme. Nous allons reprendre ces points, les examiner brièvement pour donner une explication simple du Manifeste et de ce qu’est le communisme à sa base. Mais avant ça, regardons un peu comment le communisme se présente. Le communisme cherche premièrement à être total. Tout le monde doit être d’accord avec le système pour qu’il fonctionne. S’il reste des propriétés privées quelconques à l’intérieur du système lui-même, ce n’est pas du communisme. Le communisme est donc internationaliste, il cherche l’union de l’intégralité du genre humain sous un gouvernement unique. Ceci doit être pris en considération quand on lit les points descriptifs du communisme. Beaucoup sont des points répressifs, qui cherchent à contrer l’impact de la réaction des bourgeois. Les bourgeois sont la classe sociale au-dessus des prolétaires. La bourgeoisie est la classe que le communisme cherche à détruire. Le communisme ne cherche pas à arrêter les hauts salariés, mais les bourgeois qui ne font rien que s’asseoir dans leurs manoirs, offrir des «contrats» à d’autres et s’enrichir de leur travail productif en accaparant les profits publics. Un bourgeois est un personnage très haut placé qui ne fait aucun travail directement. Il «offre» une possibilité d’emploi à un autre et lui vole une portion de son salaire. Le prolétaire est toute personne qui génère son propre revenu avec sa force de travail. Une force de travail n’est pas nécessairement le fait de ramasser un marteau et de frapper sur un clou. Mais plutôt n’importe quelle action qui génère une production quelconque. Par exemple, écrire une chanson est une production artistique. Mais le bourgeois ne génère pas son propre revenu, si nous reprenons l’exemple de la chanson. Le propriétaire d’une compagnie de disques décide de manufacturer les albums qu’écrit un artiste de musique, l’artiste reçoit une portion des profits, mais le bourgeois empoche la majorité. Le bourgeois s’accapare le capital que produit le prolétaire. Cette classe sociale bourgeoise, qui se retrouve numériquement minoritaire et fait la grosse vie, est devenue, pour une raison torve, le symbole de notre société. Cette perception de la liberté qu’on possèderait est un mensonge créé par la classe bourgeoise pour nous endoctriner. Elle s’enrichit sur notre dos et on ne le remarque même pas. Le communisme cherche à nous débarrasser de cette classe. Il ne cherche pas à ruiner le prolétaire, mais plutôt à le sauver de l’exploitation de son travail par un accapareur privé. Ce qui nous fait tellement peur est que le communisme nous donne notre liberté, en détruisant le système qu’on a connu toute notre vie, tout simplement parce que nous sommes prolétaires, et nous sommes endoctrinés dans la vision bourgeoise du monde. Les points communistes du Manifeste s’énumèrent ainsi:

Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’État. Le communisme cherche à abolir la propriété privée. Mais pas toute propriété privée. Seulement celle qui produit un revenu qui se trouve à aller directement dans les mains d’un propriétaire privé exploiteur. Donc les propriétaires fonciers qui produisent des produits agricoles, qui en tirent un profit personnel, verront leur profit personnel saisi par l’état. Mais qu’est-ce qu’une propriété foncière exactement? Une propriété foncière est une terre privée qui appartient à une personne sur laquelle il fait ce qu’il veut faire. Mais cette définition voudrait dire que toute propriété est foncière. Oui, mais le communisme concentre son attention sur les propriétés foncières qui produisent un revenu engendré par la terre directement, donc les propriétés agraires. Toute propriété où il y a un fermier qui travaille dans un champ pour produire un revenu pour le propriétaire de la ferme qui, à son tour, lui donne un salaire mais qui tire quand même un profit de la production est une propriété foncière ciblée par les communistes. La maison dans laquelle vit une personne, même s’il a une belle piscine, une petite cabane dans sa cour, un beau chien qui y batifole, n’est pas du tout affectée parce qu’il ne se produit là aucun profit directement de la terre.

Impôt sur le revenu fortement progressif. Tout revenu privé que génère une personne, une entreprise ou n’importe quelle instance privée est sous l’obligation de générer de l’impôt. Ceci n’est pas pour porter atteinte au droit individuel d’une personne, mais plutôt pour s’assurer qu’il n’y ait pas de prolétaire exploité, que la richesse ne reste pas dans les mains d’une seule puissance mais qu’elle soit plutôt envoyée à l’état pour qu’il la répartisse également à travers la population. Ce n’est pas pour rien que les instances de droite sont contre l’impôt et veulent constamment le réduire. À travers les baisses d’impôt, c’est la répartition équitable de la richesse qu’on cherche à freiner.

Abolition du droit d’héritage. La création de mini-hiérarchies privées n’est pas acceptée par les communistes. Le travail que fait un parent devrait assurer la subsistance de cet individu pendant qu’il est en vie, mais il ne peut pas le léguer à son enfant quand il meurt parce que son enfant n’aura pas à travailler. Un exemple de ceci est le pouvoir dont va hériter une dénommée Paris Hilton (née en 1981). La chaîne d’hôtels qu’a crée son arrière grand père ne devrait pas se trouver léguée à elle parce qu’elle n’aura pas à faire l’intendance de ses hôtels du tout, elle empochera l’argent de son ancêtre pendant que d’honnêtes gens meurent dans les rues.

Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles. Le communisme confisque tout bien de personnes qui émigrent du pays parce que comme le gouvernement redistribue la richesse à travers sa population, il ne peut pas laisser les gens qui quittent le pays partir avec la richesse. Le système pourrait grandement souffrir si les émigrants bourgeois partaient tous avec leur fortune. Les biens saisis ne sont pas seulement l’argent, mais la terre, les immeubles, les maisons, en gros toute la propriété qui présente une certaine valeur non négligeable que possèdent les émigrants fuyards. Ceci est un exemple parfait d’une procédure qui est exclusivement répressive. Elle répond au problème que peut causer la migration subite de la classe bourgeoise qui fuit le pays à cause d’une révolution communiste. Si le communisme était international, cette procédure se trouverait à être inutile parce que les bourgeois auraient à quitter la planète elle même pour éviter le système instauré.

Centralisation du crédit entre les mains de l’État, au moyen d’une banque nationale à capital d’État et à monopole exclusif. Il n’y aurait qu’une seule banque appartenant au gouvernement qui gérerait toute activité monétaire et financière. Elle n’aurait aucun pouvoir elle même en tant qu’instance privée parce qu’elle serait strictement gérée par l’État. Encore une fois, si le communisme se trouvait à être internationalisé à travers le monde, cette banque internationale serait capable d’assurer une économie stable et non fluctuante. Puisqu’elle serait la seule banque unique du monde, il n’y aurait pas de compétition par rapport au taux d’intérêt. Il faut noter que la crise économique qui nous bouleverse de nos jours a été causée par des «produits financiers» irréalistes qui sont en fait des actions spéculatives à risque. Ces actions sont principalement le produit de la compétition entre banques privées et du cynisme insensible engendré par la recherche du profit privé, à court terme, et tant pis pour les autres.

Centralisation entre les mains de l’État de tous les moyens de transport et de communication. Ceci est un point qui doit être observé par rapport à l’histoire. Karl Marx et Friedrich Engels ont écrit le Manifeste en 1848. Ils ne pouvaient pas conceptualiser l’existence de l’internet, la télévision, le téléphone, ou même le radio. Le télégraphe était dans les stades les plus simples de son existence. Dans leur temps le seul mode de communication était la lettre et le journal. Le principal moyen de transport à longue distance était le train. Marx et Engels avec ce point disent que le transport et la communication devraient être non privés. Imaginons un monde ou la propriété privée contrôle la poste, et le réseau ferroviaire. Prenons le Canada en exemple, disons que Montréal, Toronto et Vancouver sont les puissances économiques du pays. Les instances privées qui cherchent seulement à s’enrichir construiraient un réseau de deux lignes, Vancouver-Toronto, et Toronto-Montréal. La construction d’autres lignes serait inutile parce que le profit est fait dans les grandes villes, et non les campagnes. Appliquons ceci aux lettres, seulement les bourgeois recevraient leurs messages parce qu’ils auraient priorité à cause de leur pouvoir financier. Le service serait négligé partout où il ne serait pas profitable pour les accapareurs privés. Cela ferait qu’il marcherait bien mal.

Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres conformément à un plan décidé en commun. Le communisme cherche à contrôler l’organisation du développement des secteurs de production de façon à ce que toute demande de matière première, de biens et de services soit produite de façon égale et méthodique. La raison pour laquelle ce point existe est parce que le capitalisme, avec sa doctrine concurrentielle, motive les instances privées à développer le secteur le plus lucratif, le plus rapide et non la production de tous biens. Le capitaliste cherche à s’enrichir le plus rapidement possible donc il développe les secteurs qui produisent le plus ce qui est payant et pas nécessairement ce qui est utile, mais les secteurs moins payants sont laissés dans l’obscurité. Le communisme cherche à développer tout secteur également pour assurer la production uniforme de tous biens utiles et avoir un certain contrôle de l’intégralité des facteurs d’offre et de demande.

Travail obligatoire pour tous, constitution d’armées industrielles particulièrement dans l’agriculture. Ce point-ci comprend l’un des aspects les plus faibles du Manifeste. Premièrement le travail obligatoire pour tous est une doctrine juste qui cherche à contrer les bourgeois qui ne travaillent jamais directement mais la constitution d’armées industrielles, particulièrement dans l’agriculture, est une toute autre histoire. Le communisme cherche à abolir le bourgeois, la propriété privée et les classes sociales, mais voici une instance qui présente le même rapport de force qu’une société de classe mais qui a échappé au radar du communisme. Une armée dans son fondement présente une sorte de hiérarchie qui est fondamentalement non démocratique et non communiste. Le terme «armées» est soit mal choisi, ou tout simplement mal conceptualisé par Marx et Engels. Il serait plus juste de parler de commune, ou d’équipe mais pas d’armée. Parce que ce terme sous-entend un rapport de force non-propre au fondement du communisme. En plus une armée porte des armes qui, dans les communes de travail, seraient, en fait, remplacées par des outils et des machines.

Combinaison de l’exploitation agricole et industrielle; mesure tendant à faire disparaître graduellement la différence entre la ville et la campagne. Ce point-ci, encore une fois, doit être lu en tenant compte de l’histoire. Dans le temps de Marx et Engels, l’industrialisation était jeune. Les villes présentaient un boom industriel que les campagnes n’avaient pas. Les villes se développaient à une vitesse extrême et les campagnes ne pouvaient pas garder le rythme. La production agricole souffrait et la production industrielle triomphait. Marx et Engels disent dans ce point qu’il faut développer les deux secteurs également, que la ville et les campagnes doivent «entrer dans le siècle» à une vitesse égale.

Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail de tous les enfants dans les fabriques, tel qu’il existe aujourd’hui; éducation combinée avec la production matérielle, etc. Ce point dit que tout enfant devrait être exempt de travailler et devrait avoir l’éducation gratuitement fournie par le gouvernement. Notons que ceci ne semble un point acquis que dans le monde occidental. En effet, il y a encore des enfants qui travaillent en de nombreuses parties du monde et l’école n’est toujours pas une obligation légale partout. Noter aussi le dernier aspect, celui sur l’éducation combinée avec la production matérielle, qui montre que les communistes étaient soucieux que le prolétaire ne reste pas ignorant, comme cela se constatait en 1848 et se constate souvent encore.

Il y a ici des principes qui guidèrent ceux qui furent animés par l’espoir communiste. Ces principes sont devenus des faits concrets de l’histoire de façon fort incomplète et inégale. Ils ont été associés à d’autres éléments de programmes politiques révolutionnaires, novateurs, progressistes, mais non nécessairement communistes au sens précis que ce programme social propose.

.
.
.

Le LÉNINE d’Andy Warhol

L’URSS et l’internationalisation d’une révolution. L’URSS est le premier pays qui ressort dans n’importe quelle conversation à propos du communisme. Toute conversation à propos de l’URSS répète, comme un disque rayé, les grands aspects négatifs de l’histoire de ce pays: la révolution bolcheviste qui fut supposément particulièrement sanglante, les procès de Moscou, les famines staliniennes, et tant d’autre aléas. Mais regardons d’un point de vue objectif les biens et les torts de l’une des plus grandes révolutions sociales de l’histoire. Une révolution majeure anti-monarchique a lieu en Russie vers 1917-1921. Rejetant le républicanisme bourgeois déjà amplement discrédité politiquement, les leaders révolutionnaires russes se réclament du communisme. Ils produiront la dernière grande république moderne, croyant longtemps mettre en place le socialisme. La tentative d’internationalisation de ce type de révolution mènera aux restrictions étroitement nationalistes du stalinisme.

Les origines de la révolution (1905-1917). En 1905, l’empire russe, mené par Nicolas II (1868-1918), fait face à des résistances intérieures de plus en plus fortes. La population russe trépigne de mécontentement. Les gens ont faim, ils sont dépourvus de terres agricoles, ils ne sont pas éduqués et des propos révolutionnaires sont tenus partout à travers le pays. En 1905, la guerre russo-japonaise fait rage depuis un an et dans une défaite majeure de la marine russe, la quasi-totalité de la flotte du pacifique est perdue en une bataille unique. Ceci discrédite encore plus le tsar Nicolas II et le régime Romanov aux yeux de son peuple. La défaite de la bataille de Tsushima engendre la mutinerie d’un cuirassé, qui deviendra un symbole culte de la révolution bolcheviste, le Potemkine. La mutinerie du cuirassé Potemkine débute avec une tentative de révolte par un groupe de matelots. Ces matelots avaient été arrêtés par les forces du capitaine et un ordre d’exécution est donné. Les matelots révoltés sont couchés en joue sur le pont. L’ordre de les fusiller est formulé par le capitaine, qui finit, en fait, par se faire fusiller par le peloton d’exécution. Les officiers du bateau sont soit tués soit emprisonnés et la mutinerie réussit. Le Potemkine hisse le drapeau rouge. Il devra bien sûr se rendre, mais son impact sur la population russe sera immense. Il deviendra le principal symbole de la révolution en marche. En 1914, la Russie tsariste entre dans la première guerre mondiale comme alliée de la France et de l’Angleterre dans la Triple Entente. Un peuple mal nourri, mal éduqué, très pauvre, complètement opprimé est envoyé massivement au front. Depuis le début de la guerre, jusqu’à la révolution bolcheviste, les pertes russes contre les allemands et les austro-hongrois sont catastrophiques. C’est là, plus que nulle part ailleurs, qu’ils sont, les millions de morts des années 1910-1920 en Russie, et on les passe pudiquement sous silence. Les troupes russes sont levées par conscription. Ainsi des millions d’opprimés se font mettre entre les mains, les armes qu’ils utiliseront pour se révolter.

La prise du Palais d’Hiver, telle que représentée par le cinéaste soviétique Sergei Eisenstein (1898-1948)

Une révolution majeure anti-monarchique en Russie (1917-1921). L’insurrection bolcheviste se décide démocratiquement le 10 octobre 1917 après de longues périodes de discussions, durant lesquels il y a un vote de masse au grand soviet (comité populaire) de Petrograd, oui ou non, pour la révolution et les révolutionnaires l’emportent. Le pouvoir soviétique se divise donc en deux secteurs, le militaire et le politique. Trotsky (1879-1940) se retrouve chef de toute action militaire que va prendre les révolutionnaires (Staline faisant parti de son équipe de direction, mais avec un petit rôle) et Lénine (1870-1924) dirige le bras politique du mouvement. Le soviet de Petrograd est massivement appuyé par les troupes qui reviennent du front. Les garçons qui reviennent (des ouvriers et des paysans qui avaient été conscrits par le tsar) ne cherchent qu’à changer le pouvoir parce que le mode de vie des villages, la famine et la pauvreté, se confondent avec le drame du front. Avec de telles pensées, le message communiste est un peu perdu devant le message anti-monarchique. Les soldats cherchent beaucoup plus à se créer leur propre république qu’à instaurer le communisme. À Petrograd, la nuit du 24 au 25 octobre, les bolchevistes prennent le Palais d’Hiver avec presque aucune perte de vie. Ils entrent dans le palais en tirant des coups dans les airs, et le pouvoir cède. La mortalité de cet événement se trouve à être six personnes. À Moscou, la bataille est un peu plus intense. 50,000 révolutionnaires chargent le Kremlin et sont mitraillé par 10,000 réguliers de l’armée blanche. Ils prennent le Kremlin après quelque coup de feu, les pertes sont d’environ 300 hommes. Les simples soldats de l’armée blanche sont relâchés et les officiers détenus. Les historiens sont d’accord pour dire que la prise de Petrograd et celle de Moscou furent deux événements révolutionnaires peu meurtriers. La guerre civile qui suit la révolution est la vraie boucherie. Surtout avec l’ingérence des puissances occidentales. Après la prise des deux grandes villes, Lénine publie le décret sur la terre. Le décret sur la terre repose sur un principe communiste venant directement du manifeste de Marx et Engels. Le point 1: Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’État. Cette première mesure communiste est un pas en dehors de la féodalité. Toutefois ce pas vers le communisme est négligé par la population paysanne, tendis que le pas en dehors de la féodalité est grandement apprécié. Après le décret sur la terre, la guerre civile éclate. Le général Kornilov (1870-1918), en tête de l’armée blanche, cherche à contrer les révolutionnaires et remettre en place le pouvoir tsariste. L’armée blanche est appuyée par les puissances occidentales, la France, la Grande Bretagne, les États-Unis etc. C’est ainsi parce que le pouvoir tsariste de la Russie était anciennement allié avec les occidentaux. Les révolutionnaires ne le sont pas. La guerre civile entre les Soviétiques et les tsaristes a causé un total de pertes humaines toujours inconnu, même de nos jours. Il y a bien des historiens qui sortent des nombres fantaisistes, disant que des millions de personnes sont mortes. Il y en a d’autre qui disent quelques dizaines de milliers. Le nombre exact de pertes de vie de la guerre civile russe de 1917-1922 fait l’objet de débat depuis le temps où elle a eu lieu. Le résultat de ces conflits est: un nombre de pertes de vie inconnu, un pays détruit par une guerre mondiale et une guerre civile, une famine émergeant de la destruction causant encore plus de morts et un pouvoir révolutionnaire cherchant à mettre de l’ordre dans un pays qui n’en a pas. Ce pouvoir révolutionnaire se trouve à faire face à la propagande anti-soviétique d’autres pays qui cherche seulement à contrer les efforts que font les russes pour se sortir de la féodalité. Toutefois les révolutionnaires parviennent à non seulement contrer l’armée blanche, mais aussi à contrer les puissances occidentales qui s’ingéraient dans leur révolution. Ceci donne beaucoup de crédibilité mondiale aux Soviétiques. Lénine internationalise donc la révolution. Moscou devient le centre de l’expertise révolutionnaire. Des tentatives de révolutions dites communistes dans d’autre pays échouent ou font rage. Le communisme se trouve à être vu comme l’avènement de l’ère nouvelle à travers le monde, mais en réalité le totalitarisme gronde dans les campagnes. Par exemple, Mussolini (1883-1945) en 1922 est venu au pouvoir en contrant une tentative de révolution communiste en Italie. Il instaurera le fascisme. En 1921 la N.E.P. (Nouvelle Politique Économique) est instaurée par Lénine. Cette politique met en place des principes capitalistes et met donc fin à une révolution communiste voulue, sinon obtenue. Mais la N.E.P. n’est pas une régression vers le capitalisme sauvage qui prenait déjà pleinement forme sous le tsarisme, elle instaure et organise ce dernier dans une Russie anciennement féodale dont la monarchie est tombée. Résumons donc la révolution: ce sont les Soviétiques contre un pouvoir féodal. Ils instaurent un nouveau pouvoir, ils le déclarent communiste et finissent par instaurer un type de capitalisme planifié.

Lénine à la tribune

Redevenir graduellement réaliste et autoritaire  (1921-1938). En 1921, la N.E.P. est implantée. En 1922, la guerre civile se termine. En 1924, Lénine meurt. La mort de Lénine ouvrira la discrète marche de Staline (1879-1953) vers le pouvoir. Vers 1928, Staline est secrétaire général du parti communiste de l’Union Soviétique. Cette position, encore mal connue, le place en charge de l’immense bureaucratie du pouvoir soviétique. Elle lui donne un énorme potentiel de contrôle sans que personne ne s’en rende trop compte. Graduellement Staline remplace les autres positions d’état (président du conseil du peuple, membres du bureau politique, président du praesidium suprême, ministres, etc.) par des hommes qu’il contrôle. Il donne le pouvoir sur l’intégralité du système à une position, la sienne. Entre les années 1928 et 1938 Staline s’approprie le pouvoir. Il ne se hisse pas vers la plus haute fonction, non, il tire plutôt le pouvoir vers sa fonction à lui. En 1938, l’appropriation du pouvoir par Staline culmine avec les procès de Moscou. Il fait exécuter tous les anciens dirigeants de la révolution (sauf un, Trotsky, exilé au Mexique), en les faisant paraître comme des traîtres, et purge l’intégralité des hauts gradés de l’Armée Rouge. Il instaure son pouvoir, son dogme, et devient le p’tit père des peuples. Entre 1929 et 1939, l’occident est traumatisé par la grande dépression. Ceci parait comme la chute du capitalisme aux yeux de la population mondiale. Le «communisme» soviétique s’industrialise, produit, s’active, et ne ressent aucun des méfaits de la dépression. Toutefois aux yeux des occidentaux il surgit un espoir anti-communiste. Hitler (1889-1945), pur produit politique de la grande dépression, est élu au Reichstag en 1933 et commence son règne dictatorial sur l’Allemagne. Staline, à ce stade de son appropriation du pouvoir, a assez de ressources internationales pour voir très facilement ce que les occidentaux envoient insidieusement vers lui, un nazi insensé qui déteste le communisme… et l’occident. Staline, le 23 août 1939, fait donc un pacte de non-agression avec Hitler qui bouleverse les puissances majeures du temps. Le chien enragé du nom de Hitler se retourne alors contre ses maîtres et avance vers l’Europe de l’Ouest. Ce qui a été découvert, après la déstalinisation de l’URSS, ce sont les problèmes auxquels a fait face l’URSS durant la grande dépression. Il est important de noter tout de même que ces problèmes n’on pas été causés par la dépression. Dans les années 1930-1932 il y a eu les «famines staliniennes» qui ont fait rage dans le pays. Ces famines allaient faire l’objet de débats pour les générations futures. Il y a des historiens qui croient que Staline a fait exprès de tuer son peuple pour le contrôler, il y en a d’autre qui pensent que les purges des koulaks (les propriétaires fonciers russes) ont causé la confusion dans les campagnes et une baisse de la production agricole qui a engendré les famines. Les koulaks (paysans propriétaires), des sortes de gentlemen farmers russes, au début des famines se fond exproprier et tuer. Quand on pense, on remarque rapidement que les koulaks n’étaient pas justes des bourgeois qui s’enrichissaient sur le dos des moujiks (paysan travailleur), ils étaient aussi les détenteurs du savoir faire agraire. Ils étaient le cerveau et les moujiks les bras. En coupant la tête du corps, les membres ne savent plus quoi faire. En tuant les koulaks, le savoir-faire des fermes est perdu, la productivité tombe. Il semble qu’il ne soit pas possible de déraciner la féodalité des campagnes sans causer une désorganisation catastrophique du secteur agraire. Lénine en 1917 publie le décret sur la terre. Ceci crée une famine causée par le manque de savoir-faire des anciens serfs du système féodal par rapport à l’agriculture. Lénine instaure donc la N.E.P. pour ramener des principes plus ancien mais capitalistes. Quand le pouvoir change, Staline remarque le jeu de classe qui se fait entre les koulaks et les moujiks. Dans son plus pur style autoritaire, il purge les détenteurs du savoir-faire et cause encore une fois les famines. Mais Staline cette fois ne réinstaure pas l’équivalent de la N.E.P. Il crée les kolkhozes, des ferme collectivisées, mais celles-ci ne sont pas aussi efficaces que les anciennes fermes des koulaks. La famine reste et la désorganisation aussi. Graduellement le système agraire se remet en place et les terres collectivisées recommencent à produire, mais ceci est parce que le savoir-faire est réappris par les moujiks. Résumons la période post-révolutionnaire de l’URSS. Staline se crée son pouvoir, en manipulant un système bureaucratique dont il émane. La grande dépression donne du prestige au communisme et engendre un modèle social qui bouleversera l’Europe, tout en ouvrant aussi la voie aux dérives fasciste et nazi. L’URSS s’industrialise à grands pas, mais fait quand même des erreurs, en rentrant dans le siècle. Les prémisses de la plus grande boucherie de toute l’histoire de l’humanité se préparent, le totalitarisme est au stade les plus enfantin de sa vie.

Tentative d’internationalisation de la révolution et lutte contre le nazisme (1938-1953). Hitler est élu au Reichstag en 1933. De 1933 à 1938, il militarise l’Allemagne, il prend le contrôle du pays, il rend tout autre parti politique illégal, il se débarrasse des S.A. et mets en place les S.S., il crée la jeunesse hitlérienne, il met en place les camps de concentration et commence sa politique génocidaire sur les juifs. En bref, il instaure le totalitarisme chez lui. Sa population respire l’air nazi, mais l’air n’est pas abondant. Hitler commence donc à parler d’«espace vital» pour les germaniques. Il commence donc à annexer d’autres pays. L’Autriche en 1938 et la Tchécoslovaquie en 1939. En 1939, le pacte germano-soviétique est signé entre l’Allemagne et l’URSS. Le pacte est signé par Vyacheslav Molotov (1890-1986) du côté des Soviétiques et Joachim von Ribbentrop (1893-1946) du côté allemand. Ce que l’on peut constater du pacte de non-agression, signé à Moscou le 23 août 1939, c’est que les deux chefs ne voulaient pas être vus l’un avec l’autre. Hitler et Staline ne se sont jamais rencontrés face à face. Hitler se tourne alors contre le monde occidental. Il envahit la Pologne. Les puissances occidentales, la France, le Royaume Uni et leurs colonies, déclarent la guerre à l’Allemagne. L’Italie et le Japon s’allient aux nazis. L’Axe est née et les Alliés aussi. En six semaines, la Pologne est conquise, en six mois, la France est conquise. Le front ouest de l’empire allemand est assuré. De juin 1940 à mai 1941 la Luftwaffe attaque la Grande-Bretagne. La bataille d’Angleterre est perdue par l’Allemagne et Hitler se rabat alors sur l’URSS. Le 22 juin 1941 le pacte germano-soviétique est rompu par les Allemands. L’Opération Barbarossa débute. Les Allemands s’attaquent au Soviétiques. Ils prennent une portion importante du territoire russe. L’attaque de Pearl Harbor par les Japonais, le 7 décembre 1941, marque l’entrée en guerre des États-Unis. Les puissances de l’Axe ont plus d’ennemis qu’ils n’ont d’alliés. L’intégralité de la puissance britannique, les Soviétiques, les États-Unis, la résistance française. De 1941 à 1943 la guerre fait rage et les fronts n’avancent pas. En 1943, victoire à Stalingrad. La sixième armée du Troisième Reich est encerclée et détruite par l’Armée Rouge. C’est la première défaite terrestre des nazis. À travers le monde, cette victoire soviétique est vue comme le tournant de la guerre, et la montée du communisme redevient de vogue. La population se questionne maintenant sur la puissance du capitalisme comparé à la puissance soviétique. Graduellement les Soviétiques commencent à reprendre du territoire. Sur l’autre front, le 6 juin 1944, le débarquement de Normandie marque la première victoire terrestre occidentale. Les fronts est et ouest de l’empire allemand rétrécissent. Les États-Unis libèrent la Hollande, la Belgique, la France, l’Italie, l’Allemagne de l’Ouest, la Norvège, la Suède, le Danemark et l’Autriche. Les Soviétiques libèrent la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, la Yougoslavie, l’Allemagne de l’Est (dont Berlin). Les Soviétiques instaurent le «communisme» dans les pays qu’ils occupent. Tout simplement, ils libèrent le pays et instaurent un gouvernement nominalement communiste. Avec des méthodes pareilles, le message communiste est perdu et le totalitarisme est instauré, sous le nom de «communisme». Le prestige dont bénéficie le communisme devient toxique. L’Internationale est chanté à travers l’Europe, tandis que l’illusion communiste s’accroît. Presque chaque pays européen et africain a son propre parti politique communiste. Staline est perçu comme l’homme nouveau. Le capitalisme est en tombée et une ère communiste vient à peine d’éclore. Quelques mois après la fin de la guerre, les États-Unis créent le Plan Marshall. Ce dernier est un programme économique ayant l’intention de refinancer les pays détruits par la guerre. Il est offert à tous les pays concernés. La France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne de l’Ouest, la Belgique, la Grèce, la Turquie, le Danemark, la Norvège, la Suède, l’Islande, le Portugal et l’Irlande acceptent l’aide américaine. Ces pays, plus l’Espagne et la Finlande, deviendront le Bloc de l’Ouest. Le Plan Marshall est un moyen de garder une main mise capitaliste sur l’Europe. Juste comme ils avaient acheté leurs pays, les américains ont acheté l’Europe. Les pays qui ont été libérés par les Soviétiques durant la deuxième guerre mondiale sont l’Albanie, la Bulgarie, la Roumanie, l’Allemagne de l’Est, la Hongrie, la Pologne et la Tchécoslovaquie. Ces pays feront partie du Bloc de l’Est. Donc, en 1945, il y a alliance économique entre les pays du bloc de l’ouest. En 1949, création de l’OTAN, alliance militaire des pays du bloc de l’ouest. En 1949, encore une fois, création d’une alliance économique entre les pays du bloc de l’est (Comecon). En 1955, deux ans après la mort de Staline, alliance militaire du bloc de l’est, le Pacte de Varsovie. La période de guerre nous présente simplement toutes les puissances mondiales qui entrent dans un mouvement réactionnaire et militaire. Hitler, nazi pugnace, déclenche la boucherie. Churchill, va-t’en-guerre anglais, saute au pouvoir. Staline, vétéran d’une révolution, ressort ses fusils. Franklin Delano Roosevelt, émanation de la grande dépression, meurt et cède la place à Harry Truman, «le Président de la Bombe». Avec de tels chefs d’État, la guerre s’implante dans les esprits. La perte d’une vie humaine est considérée négligeable. Cette période de guerre est la période la plus noire de l’histoire de l’humanité. Techniquement aucun de ces chefs d’État n’est responsable de ces actes, parce que l’environnement était tellement violent. Dans la période d’après guerre, nous voyons les chiens enragés se cacher, sauf un. Hitler meurt. Churchill perd le pouvoir. Truman perd le pouvoir. Mais, Staline reste au pouvoir. Le p’tit père des peuples, dans les huit dernières années de sa vie, façonnera la poigne de fer de l’empire soviétique. Les anciennes idées réactionnaires de la guerre resteront collées dans les esprits des futurs chefs de l’URSS. À ce stade ci, le communisme est non existant. L’internationalisation de la révolution se fusionne avec la lutte contre le nazisme. Les pays libérés par l’URSS se trouvent à changer d’occupant, sans comprendre le message. Ils voient les hommes portant le drapeau rouge qui font fuir les hommes portant la svastika. L’importance des deux camps est minimale, en fait, tant qu’on mange et que la guerre est finie. Les armes maintenant rangées, la Guerre Froide débute. En 1953, Staline meurt et une grande tristesse s’instaure sur le monde. La planète pleure la disparition de son héros. Jusqu’à temps que quelqu’un ouvre un livre d’histoire et remarque quelque chose de bizarre.

Le deuil mondial de Staline

Amorce de la réaction anti-soviétique (1953-1980). La mort de Staline, en 1953, apporte une grande tristesse. Les dirigeants soviétiques après Staline utilisent ce prestige du vieux héros mort pour légitimer la perpétuation du mythe communiste. Par exemple en 1956, l’insurrection de Budapest, en Hongrie, est réprimée par les chars d’assaut soviétiques. L’homme nouveau existe encore, il est simplement dans notre coeur, donc chantez l’internationale! Mais la même année, Nikita Khrouchtchev (1894-1971) dénonce les crimes de Staline. L’homme nouveau a fait des erreurs! Au 20ième congrès du Parti Communiste, le Rapport sur le culte de la personnalité est révélé. Les déportations, les exécutions et les arrestations des procès de Moscou sont dénoncées dans le rapport. Le culte de la personnalité mis en place par Staline est rejeté par Khrouchtchev parce que ce culte contredit les vues du marxisme-léninisme sur lesquelles l’URSS repose. Cette réforme est en gros une tentative de retourner au vrai communisme. Khrouchtchev espère pouvoir corriger la dérive dictatoriale ayant découlé de la guerre. Il essaye en vain de retourner les aiguilles du temps. Suite au Rapport Khrouchtchev, le monde se sent trahi. Staline nous a menti! La déstalinisation se confond avec une désoviétisation. Tout graduellement les pays du bloc de l’est commencent à se révolter. Chaque fois qu’ils manifestent la moindre velléité libertaire, ils se font répondre par les chars d’assaut soviétiques. En sommes, le vieux réflexe guerrier du temps de Stalingrad continue de jouer, non plus pour libérer mais pour opprimer. Les révoltes réprimées s’énumèrent comme suit: Hongrie en 1956, Insurrection de Budapest; Tchécoslovaquie en 1968, Printemps de Prague; républiques musulmanes orientales (Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan) en 1979, menant à l’invasion de l’Afghanistan limitrophe; et finalement 1980, Pologne, mise en place du syndicats non-communiste Solidarność. Ce qu’il faut noter quand on analyse ces révoltes est que chacun de ces soulèvements était ni socialiste ni communiste mais purement capitaliste, nationaliste (et islamiste dans le cas des républiques musulmanes voisines de l’Afghanistan). Dans chacun des cas, les États-Unis endossaient les insurgés, leurs fournissaient de l’argent et couvraient tout l’événement à l’aide des médias. La Guerre Froide était une guerre d’image et les Soviétiques paraissaient comme les plus fous, les plus rétrogrades et les plus militaristes. Pour conclure sur les années 1953 à 1980 il faut dire ceci. Les Soviétiques commencent la déstalinisation, mais au milieu de cette redéfinition communiste, Khrouchtchev est limogé et la poigne de fer stalinienne ou plutôt néostalinienne incarnée par Léonid Brejnev (1906-1982) est de retour en beaucoup moins efficace. Cette moufle de fer est utilisée pour tenir les pays du bloc de l’est et à chaque fois que la moufle ferreuse est utilisée, les États-Unis la filment en mondovision. L’image de l’URSS est détruite, l’empire est trop violent pour l’époque de l’après-guerre. La perte de la Pologne en 1980 marque la fin de la vie de ladite moufle de fer.

La chute de l’URSS  (1980-1991). En 1980, l’URSS, vieil empire en décadence, perd pour la première fois un partisan du bloc de l’est. La Pologne, avec un libertaire syndicaliste et anti-communiste, endossé par les Américains, se trouve à faire une «révolution» contre sa hiérarchie militaro-bureaucratique prosoviétique. Lech Walesa est le premier homme à sortir victorieux contre les gros méchant prosoviétiques habitant la Pologne. Le gouvernement que Walesa a combattu est une division du complexe militaro-industriel compradore de l’URSS, qui jouait le rôle de gouvernement. Ce gouvernement «communiste» n’était qu’un garde-chiourme stalinien. Il s’était fait implémenter à la libération du nazisme et était resté collé là comme un doigt métallique et pugnace de la poigne de fer de Staline. Quand Staline est mort, la poigne, maintenant laineuse, a mené à un refus du contrôle toujours métallique mais non plus renforcé par Staline. La mitaine de fer ne jouait plus le rôle de la poigne. Le dogme de Staline s’effritait. Érigé en exemple, la Pologne est devenu un symbole d’espoir contre les Soviétiques. L’URSS avait mis trop d’argent sur les dépenses militaires et ne présentait plus un milieu de vie libre ou communiste. La fin était en vue. Mais en 1985 un espoir final se manifeste. Mikhaël Gorbatchev (né en 1931) présente un nouveau tournant pour l’URSS. Il est vu comme l’homme qui va retrouver le droit chemin communiste que l’URSS a perdu. Mais cet homme politique arrive trop tard. En 1990, les républiques soviétiques et les pays du bloc de l’est sautent comme des bouchons de bouteilles. Les boulons de cette ancienne machine cèdent et l’URSS s’effondre comme entité et est dissoute comme État. La chute du mur de Berlin (1989) marque la fin de la Guerre Froide. La terreur de la bombe est implicitement éliminée. Les Américains ont gagné.

.
.
.

Le MAO ZEDONG d’Andy Warhol

La Chine: le «communisme» d’une future superpuissance. Évidemment, il y a encore la Chine… De nos jours, la Chine est le pays dit «communiste» qui parvient à faire de plus en plus bonne figure dans l’actualité. Ce pays augmente en puissance non seulement économique, mais militaire et sociopolitique. La Chine est devenue l’une des plus grande puissance mondiale au 21ième siècle même en gardant son titre tabou de «communiste»! Comment alors? Es-ce la fin du capitalisme en plein Extrême-Orient? Investiguons l’affaire. D’où émerge le communisme chinois? Et surtout comment est-il si fort, même de nos jours? Le fait est que la Chine va, en 1949, amplifier le rôle républicain du programme communiste en le complétant d’une démarche anti-impériale et anti-coloniale. C’est le fer de lance de l’objectif communiste qui poussera les chinois à se débarrasser de l’envahisseur japonais et à sortir les occupants occidentaux. La quête communiste amènera la Chine à devenir la plus grande puissance capitaliste de tous les temps.

En 1912, la Chine est à la fin de son ère féodale. Les seigneurs féodaux n’assurent plus le bien-être de la population et des insurrections sont fréquentes. En 1927, le général Tchang Kaï-Chek (1887-1975) décide de s’allier avec des militants communistes de son pays, pour détrôner les derniers seigneurs de guerres. Il mène la lutte nationale et retire les féodaux du pouvoir. Mais une fois les seigneurs partis, Tchang Kaï-Chek trahit les communistes qui l’ont aidé dans son combat républicain. Son armée, maintenant l’armée gouvernementale, attaque subitement les communistes. Menés par Mao Zedong (1893-1976), ces derniers se réfugient dans des grottes entre le Nouman et le Yang-Tsé. Ceci déclenche la guerre civile de Chine. Les communistes contre le Kuomintang, le parti de Tchang Kaï-Chek. De 1929 à 1934, les attaques du Kuomintang sont fréquentes sur les différentes bases communistes de ce pays immense. Les communistes sont bien défendus, mais la guerre civile finit par prendre le dessus sur eux. Finalement, en 1934, Mao décide de quitter le refuge qu’il tient encore et de partir sur une grande aventure qui l’amènera à travers tout le pays. Ainsi débute la Longue Marche de Mao. Il va parcourir la Chine avec 70,000 hommes et seulement 10,000 se rendront au bout de ce repli tragique. La Longue Marche de Mao c’est comme la Prise de la Bastille pour la révolution française ou la mutinerie du cuirassier Potemkine pour la révolution russe. La Longue Marche fut érigée en symbole de la persévérance, du courage et de la patience des militants communistes chinois. Plusieurs œuvres d’art s’en inspirent. En octobre 1935, Mao et ses hommes s’arrêtent au nord-ouest de la Chine et se fortifient dans les grottes du Yénan.

Entre 1935 et 1945, la petite république communiste du Yénan se consolide. C’est la période où Mao écrit ses œuvres littéraires et politiques, dans les grottes du Yénan. En 1937, le Japon Impérial envahit la Chine. Il y pratiquera des exactions horribles, des crimes inimaginables. La puissance écrasante de cet envahisseur impérialiste oblige les communistes et le Kuomintang à conclure une nouvelle alliance. Ce fait est hautement significatif car on retrouve, encore une fois, une situation où la lutte de libération nationale et la guerre classique mèneront à une unité nationale qui primera sur l’idée de lutte des classes.  La Chine profonde, dont Mao est l’animateur marxiste par excellence, tient par-dessus tout à s’affranchir des occupants coloniaux, européens ou asiatiques. Entre 1937 et 1945, la Chine est partiellement occupée par un grand agresseur international. Les japonais y sèment la terreur. Ils font des raids sur les villes et causent de terribles massacres. Le monde occidental et les États-Unis ne semblent voir que Tchang Kaï-Chek comme jouant la part de la Chine dans ce grand et douloureux conflit. Après la capitulation du Japon sous les coups des deux bombes atomiques américaines, Tchang Kaï-Chek semble le héros de la portion chinoise de la guerre contre le Japon. Entre 1945 et 1949, les américains appuient donc Tchang Kaï-Chek et lui fournissent de l’armement. La guerre civile reprend alors et pourtant, malgré cette superficielle et illusoire supériorité technologique, l’armée du Kuomintang est, en quatre ans, réduite à «une lamentable cohorte de fuyards». Les rouges sont plus profondément intimes avec les masses paysannes, ils sont plus acceptés par la population. L’hinterland est le secret de leur succès.

En 1949, le Kuomintang est vaincu. Il quitte la Chine continentale et se réfugie sur l’île de Formose (Taiwan). Les colonialistes européens, qui s’étaient implantés de longue date dans les villes portuaires, notamment à Shanghaï, pour gérer l’import/export du pays à leur strict avantage, sont évincés par les communistes chinois. Ils ne gardent que Macao (les portugais) et Hong Kong (les britanniques). Le premier pays que Mao visite en tant que chef d’état en 1949 est l’URSS. Il rencontre Staline à Moscou. L’URSS aidera la Chine à s’industrialiser. Elle doit aussi entrer dans le rythme de la vie moderne. En  mai 1950,  le nouveau gouvernement interdit la vente des femmes et la polygamie. Entre 1950 et 1953, on se lance dans une vaste réforme agraire. Les droits féodaux des anciens propriétaires fonciers sont abolis. La terre est distribuée aux paysans puis collectivisée. Encore une fois, comme dans le cas des «famines staliniennes», il semble qu’il ne soit toujours pas possible de déraciner la féodalité des campagnes sans causer une désorganisation catastrophique du secteur agraire. La déroute sociale découlant de ces changements de propriété et d’organisation provoque, ici aussi, une vaste famine qui causera la mort de millions de personnes. Comme en Russie antérieurement, les causes exactes de ce ratage révolutionnaire dans les campagnes sont vagues et mal connues. En 1958, la Chine lance le Grand Bond en Avant. On approfondit la collectivisation des campagnes. Paysans, soldats, intellectuels sont envoyés aux champs. L’affaire rate en moins d’un an, parce que l’importance du savoir-faire agricole (y compris celui d’avant la révolution) par rapport à la productivité est sous-estimé. La Chine finira par devoir importer du blé de l’URSS. En 1960, on assiste pourtant à une rupture avec l’URSS. La Chine n’accepte pas du tout l’idée de déstalinisation. Les Soviétiques sont désormais des «révisionnistes».

Les gardes rouges

En 1966, Mao, qui est en train de se faire marginaliser dans les structures du pouvoir par les cadres du Parti Communiste Chinois (PCC), lance la Révolution Culturelle. Il va s’appuyer sur la jeunesse émergente pour regagner de l’influence. Mao sème l’extase. On lance de grandes fêtes. On produit toutes sortes d’œuvres d’art populaires inspirées par la ferveur révolutionnaire. Et on brandit des millions de copies du Petit Livre Rouge, des citations du Grand Timonier. C’est le début comme tel du culte de la personnalité de Mao, dont on dira qu’il aura été à la fois le Lénine et le Staline de la révolution chinoise. Entre 1966 et 1970, le culte de Mao est instrumentalisé pour garder la jeunesse débordante en contrôle. Dans certaines provinces, c’est l’armée qui assure l’ordre. En 1971, le président américain Richard Nixon fait une visite historique en Chine et rencontre Mao. Les historiens s’accordent pour y voir l’indice politique du début d’un lent renouveau du capitalisme en Chine. Mao meurt en 1976. Les grenouillages politiques qui s’ensuivent laissent la place à une succession de dirigeants qui sauront se ressourcer et se renouveler bien plus efficacement et subtilement qu’en Union Soviétique. Le président actuel (en 2011), Hu Jintao n’avait que sept ans lors de la révolution. Il est à la tête d’un immense pays d’un milliard trois cent millions d’êtres humains en train de devenir la plus grande puissance économique des temps modernes. Un pays communiste? Bien, il est toujours dirigé par un Parti Communiste, mais l’histoire de la quête chinoise vers le communisme nous donne bien plus à découvrir un très vieux pays, une des plus anciennes civilisations du monde, resté longtemps féodal et stagnant qui, par la force d’une formidable poussée révolutionnaire de masses, se débarrasse des seigneurs de guerres, des grands féodaux, des empereurs, des colonisateurs européens, des envahisseurs japonais, des dirigeants nationalistes compradores, pour instaurer au moins son indépendance et son autonomie nationale… Mais ils n’ont pas instauré un ordre social vraiment communiste.

Aujourd’hui, la Chine est activement impliquée dans la mise en place d’un genre moderne et subtil de dispositif impérial, notamment dans de nombreux pays d’Afrique. Elle finance le gros de la dette des États-Unis et le solide souvenir de la gestion planifiée «communiste» lui sert à maintenir un capitalisme monopolistique d’État lui permettant, entre autres, de protéger ses exportations en maintenant sa monnaie artificiellement basse. L’industrie chinoise est «concurrentielle» pour des raisons que Karl Marx avait déjà analysées: ses travailleurs sont parmi les plus bas salariés au monde. Ce n’est certainement pas ça, la dictature du prolétariat! La Chine est une superpuissance en montée qui, entre utopie et réalisme politique, hésite de moins en moins à retenir le second comme voie de l’avenir et à reléguer la première dans le passé proche ou lointain des origines de sa république. Le portrait de Mao est encore visible un peu partout, y compris sur les billets de banque chinois… le dernier grand tigre de papier…

.
.
.

Ernesto «Che» Guevara (1928-1967)

Vietnam et Cuba: un «communisme» de résistance face à l’impérialisme américain. Dans la dynamique de la Guerre Froide (1945-1991), communisme et lutte contre l’impérialisme américain finissent étroitement confondus. De petits pays résistant contre la présence post-coloniale des américains sur leur territoire produiront des «révolutions communistes», actes de rébellions micro-nationales n’ayant de plus en plus de communistes que le nom. Le Vietnam et Cuba sont les exemples les plus représentatifs de ça. Leur sort est d’ailleurs bien plus interconnecté qu’on ne le pense.

Dans l’ancienne Indochine française, le colonialisme français à l’ancienne se fait sortir fermement par les partisans vietnamiens, à la bataille de Dien Bien Phû (1953). La Chine de Mao brille alors comme un soleil ardent et la logique de confrontation des blocs de l’ouest et de l’est est déjà solidement en place. Les américains prendront donc le relais des français pour tenter de garder le Vietnam dans le camp capitaliste. Le pays est coupé en deux, comme les Corées. Ho Chi Minh, (1890-1969) chef du Vietcong fait de Hanoi sa capitale provisoire. Il travaille avec les chinois, tout discrètement. Mais surtout, il est «communiste». Les américains eux, occupent ouvertement Saigon et le Vietnam sud.

Comme si les affaires de l’impérialisme américain n’allaient pas assez mal comme ça, en 1959, un obscur dictateur cubain du nom de Fulgencio Batista (1901-1973), qui a littéralement vendu son île par morceaux à des propriétaires de casinos floridiens, se fait renverser par une poignée de barbus qui se gagnent rapidement un appui populaire durable sous la houlette de deux chefs charismatique jeunes et vigoureux: Ernesto «Che» Guevara (1928-1967) et Fidel Castro (né en 1926). Castro tente un rapprochement avec les américains mais se fait traiter comme un pur et simple bandit pour avoir saisi unilatéralement et nationalisé les immenses portions de l’île de Cuba que Batista avait antérieurement vendu à des intérêts, justement, américains. Les Floridiens ne récupéreront pas un centime de leur mise et en voudront à Castro pour longtemps. Pas énervé pour deux sous par l’attitude intransigeante des américains, Castro, résolu et frondeur, joue le jeu de la Guerre Froide à fond et se tourne ouvertement vers les Soviétiques. Il devient alors très officiellement, lui aussi, «communiste». Il introduit des reformes sociales effectives, notamment en matière d’éducation et de santé publique. C’est un socialiste dans les faits mais aussi un allié stratégique de l’URSS, à 200 kilomètres au sud de la Floride. Vers 1960-1962, éclate la crise de la Baie des Cochons. En réponse à l‘installation par les américains de fusées intercontinentales en Turquie, l’URSS décide d’en installer à Cuba. Les américains instaurent un blocus maritime de l’île de Cuba, vers laquelle des convois maritimes soviétiques se rendent. Les marines de guerre des deux superpuissances se frôlent, se toisent, au large de Cuba, et la tension internationale est si grande qu’on passe bien proche du déclenchement d’une troisième guerre mondiale. Les choses se calment finalement par la diplomatie, les Soviétiques démantèlent leurs fusées à Cuba, les américains en font autant en Turquie et il y a détente. La diplomatie américaine est par contre forcée de laisser les «communistes» cubains tranquilles. Et ces derniers finissent avec une société originale, socialisante mais aussi excessivement militarisée pour ce que leurs capacités économiques peuvent rencontrer. Contrairement à Salvator Allende (1908-1973) du Chili (tué par des militaires pro-américains lors d’un coup d’état), Castro survivra tous les coups tordus qu’on tentera contre lui (il est aujourd’hui retraité). Son alliance avec les Soviétiques déclinera tout graduellement au profit d’une discrète unité commerciale avec l’Europe occidentale, tandis que le brutal boycott américain de Cuba se poursuivra et se poursuit encore.

Dans l’existence de petits pays «communistes» comme Cuba ou le Vietnam, tout se joue, dans un monde en guerre froide, au rythme des lourds soubresauts de l’impérialisme américain. Entre 1965 et 1968, les États-Unis renforcent leur présence au Vietnam. C’est l’époque de Good Morning Vietnam! Les américains sont pris dans un paradoxe qu’ils ne pourront pas résoudre: comment gagner cette guerre contre des résistants pugnaces, dans la jungle indochinoise, sans la tourner en conflit international généralisé? Comment faire sauter une bombe dans un aquarium sans casser l’aquarium? Un autre problème devient de plus en plus ardu pour les américains. Leur propre opinion publique est désormais bien moins docile et va-t-en-guerre que du temps du Débarquement de Normandie. Bob Dylan (né en 1941) et Joan Baez (née en 1941) chantent contre la guerre et toute la génération du Peace and Love devient Draft Dodgers. En 1975, les américains ne peuvent plus tenir cette équation en équilibre. Ils perdent la guerre du Vietnam. Saigon est rebaptisée Ho Chi Minh Ville et le Vietnam est unifié et pacifié, sous le drapeau rouge. Aujourd’hui c’est un des pays les plus prospères d’Asie, toujours sous la houlette politique d’un parti «communiste».

Cuba et le Vietnam sont-ils des pays ayant instauré le «communisme»? Comme la Chine, mais sur une bien plus petite échelle, ce sont des pays qui one mené une lutte contre le vieil euro-colonialisme. Comme la Chine, mais sur une bien plus grande échelle à leur mesure, ce sont des pays qui one mené -et gagné- la lutte de résistance contre l’impérialisme américain. Voici donc encore des causes nationales circonscrites qui ont teint leur drapeau en rouge pour qu’il claque mieux dans la fibre émotionnelle de leur temps…  Mais l’homme nouveau, dans tout ça, où est-il?

.
.
.

Retour sur la définition du communisme dans le Manifeste. La Révolution Iranienne de 1979 sera la première révolution républicaine non-communiste après 1917. Comme les vieilles révolutions républicaines, teintes en rouge ou non, du siècle dernier, elle abattra un monarque antique (le Shah d’Iran) et remplacera la monarchie par un régime présidentiel. Elle sortira aussi des voleurs de ressources coloniaux et compradores (le contrôle du pétrole échappera aux britanniques puis aux américains). Elle produira aussi une dérive dictatoriale et militariste, la théocratie des Ayatollah (qui s’engagera, en 1980-1988, dans une terrible guerre contre l’Irak, ce dernier appuyé par les américains). Une différence essentielle distinguera cette révolution républicaine de toutes celles survenues depuis 1917: elle ne se réclamera pas du communisme mais de l’islamisme.

Le fait est que le programme révolutionnaire dit «communiste» est maintenant, lui aussi, discrédité par l’usure violente et sanglante de l’Histoire. Les monarchies et le colonialisme sont tombés mais le rouge intégral du siècle dernier est aussi peu crédible désormais que l’avait été le bleu-blanc-rouge des siècles antérieurs. Il y a un hiatus entre ce que la révolution fait (abolir la féodalité, restreindre le colonialisme, instaurer l’indépendance nationale, industrialiser) et ce qu’elle promet, bien utopiquement (la  «liberté», l’ «égalité», le «communisme»). L’abolition de la propriété privée des ressources et du mode de production capitaliste, son remplacement par un socialisme reposant exclusivement sur la solidarité sociale et le contrôle de tous les leviers de pouvoir par ceux qui travaillent, ne sont cependant tout simplement pas encore là. La définition du communisme telle qu’on la trouve dans le Manifeste de 1848 regroupe une collections d’acquis sociaux s’étant plus ou moins mis en place ici et là, imparfaitement, au gré de l’histoire (fin du travail des enfants, éducation obligatoire, nationalisation des transports etc.) autour d’un principe fondamental qui, lui, n’a tout simplement jamais existé, celui d’une mise en commun intégrale de la production et de la propriété des biens qu’elle engendre. Des forces fantastiques ont utilisé le discrédit inévitable, associé à l’entrée douloureuse dans la modernité de territoires immenses comme la Chine ou l’ancienne URSS, pour attaquer et dénigrer le programme en grande partie utopique qui servait de guide intellectuel à ces gigantesques mouvements historiques. On a jeté le bébé communiste avec l’eau sanglante du cuirassé Potemkine et de la Longue Marche, utilisant tout ce qui pouvait être utilisé pour discréditer et salir un si généreux idéal. Pourquoi? Tout simplement parce que cet idéal raté, cette utopie non réalisée, ce programme futuriste, saboté par les accapareurs économiques, les agresseurs politiques et les calomniateurs médiatiques a, comme principe définitoire, la destruction du capitalisme et des classes de possédants qui vivent parasitairement de cet ordre social injuste et inéquitable, vieux de huit cents ans. Le communisme n’existe même pas vraiment, et son spectre continue pourtant de hanter le monde, sous la forme de la conscience coupable rouge sang, du capitalisme, qui s’en prend encore à lui comme à un fantôme, si épeurant, parce que si culpabilisant.

La force des utopies c’est que, malgré tout, sous une forme ou sous une autre, elles s’en viennent vers nous…

Le Capital et le Travail (affiche de Mai 68)

.
.
.

Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Culture vernaculaire, Lutte des classes, Monde, Philosophie, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 12 Comments »