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Pour une responsabilité judiciaire pleine et entière de l’armurier meurtrier

Posted by Ysengrimus sur 6 décembre 2015

la mitraillette d’assaut Bushmaster

la mitraillette d’assaut Bushmaster

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Et c’est reparti les cartons. On tire sur chalands au bistrot, sur des flics, on se fait tirer dessus par des douaniers. On continue de s’entre-tuer à la ville, de tous bords tous côtés. C’est le far-west dans la société civile. Désaxés, jihadistes, désaxés-faux-jihadistes, antiracistes exacerbés par l’inertie de la cause, intoxiqués de médias-intox se joignent maintenant à nos désormais classiques massacreurs en écoles et en universités, dans le grand concert de la criminalité armée aléatoire hypocritement excusée et tolérée par les pouvoirs serviteurs serviles de groupes d’intérêts. Cartons, cartons. Quand je pense à André Breton qui racontait que l’acte surréaliste par excellence serait de flinguer n’importe qui aléatoirement sur la rue. C’était plus facile à dégoiser dans une civilisation qui ne le faisait pas que le contraire, ce genre de développement. Surtout que l’aléatoire, dans tout ça, il n’est jamais vraiment limpide. Tout le monde semble soudain, au contraire, avoir sa petite mire à mirer et sa grande raison transcendantale pour faire le coup de feu.

Et on nous les sert encore et encore sans fin, les grands développements sociologiques et psychologiques à rallonges. Le faux-jihadiste-antiraciste s’habillait en noir, avait perdu son emploi, vivait dans son sous-sol en compagnie de son papa angoissé et avait récemment posté Crapaud-Baron-Tétard en tenue de combat-camouflette sur sa frontispice Facebook. L’œil du batracien brillait étrangement, il aurait fallu se méfier. Et il aurait bien aussi fallu aller le coller au sol avant l’acte. La prochaine fois, on vous le promet. On va bien vous refasciser de partout et ils vont tous s’aplatir, aux frontières, au bistrot, dans les aérodromes, ici comme ailleurs. On va finir par vous l’apporter sur un plateau, le Tel Aviv urbain planétaire permanent qui ne veut voir qu’une tête. Et pendant ce temps, la seule question valide, elle, n’est jamais posée. D’où viennent tous ces flingues? Comment se fait-il que tant d’armes portatives fourmillent dans tous les racoins (pas juste les espaces «classiquement» criminalisés), aussi disponibles que des appareils photos et ce, partout en occident (pas juste aux USA, hein). Même un pays de moutons comme le Canada, avec sa pourtant longue tradition coloniale de prohibition du port d’armes, est désormais atteint de plein fouet par la cartonnite civile, semi-truquée par les pouvoirs ou non. Qui en sont les armuriers, les distributeurs, les promoteurs, de tout ce barda à tuer? Jamais on nous le dit ou désormais… presque jamais.

Car les choses pourraient éventuellement timidement changer… En effet, les familles des victimes de la tuerie de l’école primaire Sandy Hook (Connecticut, décembre 2012) ont décidé de mettre le fabriquant d’arme, son distributeur et l’armurier local sur la sellette, en leur collant une bonne et solide poursuite civile sur le dos. La poursuite, pour homicide involontaire et/ou non assistance à personne en danger, incrimine le fabriquant d’armes, son distributeur et le commerce ayant vendu la mitraillette d’assaut utilisée lors de cette tuerie spécifique. On les considère pleinement juridiquement responsables de vente au public d’objets dangereux, dont l’usage est inadéquat dans le contexte de la vie civile. L’argument de base est que la petite mitraillette d’assaut Bushmaster ayant servi à cette cartonnade de Nouvelle-Angleterre ayant tué vingt personnes (dont le flingueur et sa mère) est, de fait, une arme très analogue à un certain nombre de mitraillettes militaires spécifiques dont la manipulation et le storage est soumis, en contexte soldoque, à un protocole très précis, détaillé et articulé. Or, le susdit protocole est parfaitement inexistant, lors de la vente civile de ces armes à des incompétents de principe, détenteurs d’un vague permis de port d’arme toc, ou pas. Une telle jurisprudence militaire dans la manipulation de cette catégorie d’armement place donc le vendeur, le distributeur et le détaillant de la petite mitraillette d’assaut Bushmaster en situation objective de négligence criminelle. Il s’agit donc d’une poursuite légale pour confiance excessive et négligente (negligent-entrustment lawsuit) analogue à celles ayant été lancées, contre des entreprises, dans certains cas d’accidents de bagnoles, quand lesdites bagnoles avaient été vendues à des olibrius mal chamarrés. La cause sera entendue par la Cours Supérieure américaine à Bridgeport au Connecticut. Les défendants seront la Bushmaster Firearms International, propriété de Remington Outdoor Co. Ainsi que l’armurier de East Windsor (Connecticut) qui avait vendu la mitraillette d’assaut à Madame Nancy Lanza, qui fut elle même capotée avec par son fils Adam Lanza, juste avant qu’il aille faire son carton meurtrier à l’école Sandy Hook. Les plaignants dans cette poursuite sont la famille des étudiants suivants: Dylan Hockley, Daniel Barden, Benjamin Wheeler, Noah Pozner et Jesse Lewis, tous tués dans le cartonnage, les familles des travailleuses de l’école Sandy Hook tuées aussi: Victoria Soto, Lauren Rousseau, Rachel Marie D’Avino et Mary Sherlach. Une enseignante blessée mais ayant survécu, Natalie Hammond, est aussi du nombre des plaignants.

Évidemment, c’est courtichet, judiciarisé, timide, et les réacs pro-flingues tombent déjà sur cette cause civile à bras raccourcis. Mais c’est un début de prise de conscience du fait qu’il y a des profiteurs et des accapareurs qui vivent grassement de ces morts civiles iniques et absurdes. S’ils se mettent éventuellement à devoir payer pour les gaffes de leurs flingueurs-consommateurs, cela risque d’introduire des restrictions sur le port d’arme bien plus musclées et effectivement efficaces que ce que les gouvernements parviennent à grappiller. Il est en effet évident que ces derniers ont capitulé depuis un bon moment sur cette question cruciale de sécurité publique, pour faire de la petite politique politicienne et électoraliste pour cultivateurs à pétoires ruminant la chasse et l’autodéfense en ritournelle comme caution «morale». De fait, des 34,000 morts annuelles par arme à feu aux États-Unis, moins de 300 sont des homicides qu’on pourrait considérer comme de l’autodéfense «légitimes», catégorie incluant le fait d’abattre un cambrioleur, un agresseur violent ou un violeur. Dans plus de 40% des maisonnées américaines où vivent des enfants, il y a une arme à feu. Notons aussi que 50% de tous les meurtres US sont commis avec une arme à feu. Cela finit donc avec ces olibrius de vingt ans qui gambadent dans la nature avec des semi-automatiques tandis que nous, on chipote au sujet du «programme» des hommes et des femmes politiques ricains et canayens qui ne se sont, comme par hasard, pas piétinés au portillon pour donner leur appui à la susdite poursuite civile des familles des victimes de l’école Sandy Hook… La barbe, à la fin, le voilage de face pour toujours servir les même maîtres.

Il faut absolument lever la puante «liberté» du port d’arme, comme on leva, rapido, vif et prompt, tant d’autres libertés civiles, au nom de la ci-devant «guerre au terrorisme»… Cet insupportable consensus de violence implicite, docile et veule ne me comptera jamais parmi les siens. Le postulat fataliste du flingue est un crime sordide et crapuleux. Jamais je ne le partagerai. Depuis un bon moment déjà on poursuit, tout à fait légitimement d’ailleurs, les multinationales du hamburger pour l’obésité et les multinationales du tabac pour la détérioration de la santé publique. Il est plus que temps de placer l’armurier meurtrier devant les responsabilités civiles et judiciaires des négligences criminelles et des crimes effectifs dont il est l’instigateur objectif inexorable. En matière d’armes à feu, l’occasion fait le larron, toujours. Non ce n’est pas le flingue qui tue, c’est l’armurier! Non ce n’est pas le fusil-mitrailleur d’assaut portatif hyper-efficace qui fait des innocentes victimes, c’est le salopard en costard qui le vend, ainsi que son conseil d’administration qui palpe les dividendes. Il est plus que temps de finalement débusquer les tueurs qui font passer les armes d’assaut pour des objets récréatifs ou «de collection». Les vendeurs de drogues récréatives sont des petits joueurs de hockey de ruelles à côté d’eux.

Cette poursuite civile du Connecticut fera date. Elle est un modeste début mais il faudrait en fait aller beaucoup plus loin. Abolition immédiate par décret du «droit» constitutionnel au port d’arme. Saisie et destruction, sans sommation ni compensation, de toutes les armes personnelles du continent nord-américain. C’est cela qui sera un jour la vraie réponse politique sur ces «terribles tragédies dues à des déséquilibrés radicalisés»…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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