Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

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Posts Tagged ‘chanson’

Petit Papa Noël

Posted by Ysengrimus sur 25 décembre 2021

Notre histoire débute vingt-cinq ans après le lancement de la chanson Petit Papa Noël par Tino Rossi (1907-1983). Nous voici donc en 1971, j’ai treize ans et je flâne, quelques semaines avant la Noël, dans le magasin de musique du vieux centre d’achats de Repentigny. Je barbotte dans la musique en feuilles et je tombe sur des partitions de Petit Papa Noël, en feuillets reliés. La quatrième de couve d’un de ces feuillets explique que cette rengaine archi-connue est une œuvre immense, rien de moins que le plus important succès de toute la chanson française. J’apprends aussi qu’elle a été popularisée, en 1946, par un certain Tino Rossi, dont je ne sais absolument rien. La musique est pour piano mais je n’achète pas le feuillet. Je suis à suivre des cours de piano depuis un moment mais ça me barbe au possible. Pas question que je me colle un pensum musical supplémentaire sur le dos, en attirant l’attention de mon instite de piano par ce qui me semblerait fatalement une initiative bien trop intempestive. La barbe. Profil bas, sur ces matières. Je remets prudemment la partition bien en place… et ce nom charmant et hautement exotique se fiche dans ma solide jeune mémoire: Tino Rossi.

Deux ans plus tard (en 1973), voici ma mère au téléphone avec une de ses collègues de travail. C’est la grande nouvelle: Tino, notre Tino, passe à la télévision, ce soir. Un spécial français, au canal 2 (Radio-Canada) ou bien au canal 10 (Télé Métropole), je suis pas certaine. Je hausse un peu le sourcil. Ma maman n’est pas très musique. Elle n’écoute jamais de disques et la chanson populaire contemporaine l’indiffère passablement. C’est bien la première fois (et la dernière) que je l’entends se pâmer ainsi sur un chanteur populaire quelconque. Notre Tino… tiens, tiens, il s’agit de nul autre que ce Tino Rossi rencontré furtivement par moi, sur musique en feuilles, deux ans auparavant. Je ne connais toujours strictement rien de ce gars. Je n’entends pas son son dans ma tête. Mais l’enthousiasme de maman m’intrigue passablement. Je me promets bien de ne pas rater ce spécial télévisé, car je suis hautement curieux d’entendre comment sonne notre Tino si chéri de maman.

Nous voici donc ce soir là, quelques jours avant la Noël de 1973, devant la téloche, toute la famille. Maman (1924-2015) est très excitée, limite méconnaissable. Papa (1923-2015) est plus calme, mais il ne veut pas rater le truc, lui non plus. Les types du canal 2 ou du canal 10 ont mené leur barque astucieusement. Ils ont repris un spécial français diffusé plus tôt dans l’année et intitulé Tino Rossi pour toujours et ils l’ont soigneusement charcuté puis lardé de capsules de présentation (visiblement je ne suis pas le seul québécois de 1973 qui ne connaît pas le premier mot du corpus de notre Tino et qui a besoin de se faire introduire le bonhomme). Le tout prend la forme d’une sorte de reportage-concert présentant les séquences chantées du spécial télévisuel français, sur le ton de chez nous. De la vraie téloche collage-tapisserie comme il s’en faisait tant, dans nos jeunes années. Le tout est évidemment amplement coupé d’interruptions publicitaires. Ah, le bon vieux temps de la bonne boîte de contreplaqué à images d’autrefois.

Je découvre donc un gros sexagénaire tiré à quatre épingles, joufflu, bonhomme et décontracté, qui chante au micro, dans une sorte de style bel canto vieillotte et propret, des chansons en français mais… qui font mystérieusement italiennes, espagnoles ou corses. Je ne connais rien et ne reconnais que nouille de ce corpus. Terra incognita intégrale. Papa et maman semblent parfaitement familiers avec le tout. Surtout maman, qui fredonne en cadence plusieurs des chansonnettes. J’écoute, en silence, les doux flonflons de cette autre facette crépusculaire du temps lointain de la jeunesse de mes parents, dont je ne sais fichtre rien. Soudain, le petit freluquet de la capsule de présentation nous annonce: Après la pause publicitaire, nous vous ferons entendre le plus grand de tous les succès de Tino Rossi. Pendant les pubes de shampoing et de bagnoles, un petit débat doux et tendre s’instaure, entre papa et maman, sur l’identité de ce succès suprême du dodu ensoleillé. Papa opte pour Le plus beau tango du monde, une chansonnette de 1951 qu’il avait interprété lui-même autrefois, sur guitare hawaïenne. Maman penche plutôt pour Marinella, grand succès sentimental d’avant-guerre (1936) qui la fit jadis tant rêver. Je ne connais alors aucune de ces deux pièces et je me dis que si le tube est si immense que ça, même moi, qui n’y connais rien, je devrais l’avoir à l’esprit. La musique en feuilles de 1971 se remet alors à me bruisser dans la tête et je romps mon silence opaque d’une intervention unique. Non, vous l’avez pas ni un ni l’autre. C’est PETIT PAPA NOËL. Les pubes se terminent et le gros gars en costard entonne la rengaine de Noël bien connue. Papa ne bronche pas mais maman ronchonne tout de même un petit peu. Primeur d’entre les primeurs. Elle IGNORAIT tout simplement que Petit Papa Noël, chansonnette rebattue, séculaire et intégralement banalisée, était initialement une goualante de son cher Tino Rossi. Chacun nos segments de savoir et d’ignorance sur le gros corse, idole de la jeunesse maternelle d’un autre temps.

Maintenant… attentifs et attentives comme je vous devine, une question cruciale s’impose. Si je ne tiens pas Petit Papa Noël de ce bon Tino Rossi (ni même de ma vieille musique en feuilles de 1971, vu que la rengaine m’était déjà amplement connue même alors), de qui est-ce que je la tiens donc tant? Eh bien, je vous le donne en mille. Je tiens cette ritournelle française du temps des fêtes d’un des sous-traitants québécois du bon gros corse séculaire. Et, oh finesse sublime, pour ne pas être en reste avec le folklore saisonnier du moment, cet interprète post-rossiesque s’appelait Paolo Noël. Vous admettrez avec moi que ça ne s’invente pas. Ce bon monsieur Noël avait fait un disque sur le thème attendri de la saison éponyme et c’est sa version de Petit Papa Noël et aucune autre qui berça ma tendre enfance.

Pour moi, donc, Petit Papa Noël fut, est, et restera, une chanson de Paolo Noël. Notre Paolo… et, comme maman, je ne me refais pas. Et, et, et… je vous raconte tout ceci, ici, l’âme attendrie, parce que Petit Papa Noël (celle de Rossi, de 1946, hein, pas celle de l’artiste local opinément dénommé Noël) jubile aujourd’hui, tout au fond de nos cœurs de vieux enfants, sa soixante-quinzième année d’existence qui sonne. Oh comme la vie défile et… faut profiter quand il est temps, Catarinetta tchi-tchi… Merci.

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MES MOTS POUR TE DIRE (Mariette Théberge)

Posted by Ysengrimus sur 7 décembre 2021


Parle-moi et que les mots
Ne se fassent jamais silence
Raconte-moi la vie
(plage 6, extrait de la chanson)

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Après un premier recueil, puis un second recueil de poésie, Mariette Théberge produit en 2017 un CD-ROM contenant 19 poèmes et une chanson. La qualité sonore du produit est tout à fait satisfaisante, remarquable en fait. Le travail récitatif de Mariette Théberge est très achevé. La voix est chaude, solide, fort bien cadrée, posée, envoûtante. Le thème central de la réflexion est, cette fois-ci, celui de la rupture amoureuse. Cette dernière est traitée dans ses différentes facettes évolutives. Elle s’installe tout d’abord en amont, dans l’anticipation. Ainsi, avant de faire le saut terrible, on refait le plein de langoureux souvenirs.

Tant de mots (plage numéro 17)

Entre ce qui fut et qui sera
Le temps viendra de finir notre éternité
Car malheureusement tout doit s’effacer
De l’épaisseur des nuages
Au cailloux sur la grève
Tout devient relatif alors
Les nuages au moment de nous quitter
Tout ce qu’on se refuse et que l’on laisse
Devient mélange de couleur
Que marque l’angélique trace
En se déplaçant au-delà des montagnes
Je caresse le silence de mes rêves
Je file droit vers toi
Dans un dernier tête à tête
Comme je le veux si beau dans le paysage de mon cœur
Puisque l’eau coule de nos yeux attristés
Pourquoi ne pas pour toujours l’assécher
M’échappant de tes bras je repose désormais ma tête
Remplie de tant de souvenirs heureux
Le bruit de ton cœur doux à mon oreille
Alors s’imprime à jamais dans ma mémoire.

La crise de couple s’amorce dans le torrent passionnel le plus intense. C’est que ladite crise de couple s’instaure fatalement, au tout premier jour, dans la mise en place du couple même. Et quelle que soit la nature de la progression en cours, il demeure que le souvenir du choc des débuts reste imprimé en soi, comme la plus vive et la plus rouge des taches.

Extase (plage numéro 2)

Dans ce paisible jardin
Où mes yeux ont croisé les siens
Une fleur rouge vermeil
Offre son cœur aux rayons du soleil
Et le mien alors enveloppé dans l’extase d’une nuit
Ne sait plus compter les jours ni les heures qui fuient
Désormais je ne vous parlerai de ces matins
Que mon âme s’étiolant dans sa peau de chagrin
Se croyant perdue à jamais dans l’écume du temps

La passion brille de mille feux tranquilles. Puis graduellement se mettent en place les épineux problèmes de communication. On leur propose ici des solutions poétiques. Se donner une surface de sable comme écritoire assume fatalement le beau risque de l’éphémère. Mais pourtant, la chance d’encore se rejoindre perdure. Il vaut donc plus ou moins le coup d’essayer.

Des mots dans le sable (plage numéro 4)

Si des mots ton cœur ont blessé
Écris les vite dans le sable
Afin que le vent de ta mémoire les efface
Lorsqu’il viendra bercer la marée
Faisant ainsi tanguer les vagues sur le quai
J’écrirai à mon tour dans le sable
Des mots t’étant destinés
Au lever du jour, lorsque tu les liras imprimés sur les dunes
Déjà j’aurai pris le large
Emportant bien gravés dans la mémoire
Ces doux moments passés sur ce rivage
Ton prénom sur mon âme, comme tatouage
Empreinte à jamais insculpée de ton visage
Tel un talisman sur ma vie niellée
Me préservant désormais de tout naufrage

Puis s’installe imperceptiblement l’éloignement. Il est assez inévitable, dans la dramatisation mise en place ici, que c’est la femme qui va devoir s’exprimer, expier, poursuivant et perpétuant inlassablement l’écoute due à ses émotions les plus profondes et les plus radicales. La majorité des poèmes portent sur le départ unilatéral de l’autre. L’un d’entre eux pourtant, à contre-courant de cette thématique du départ unique, s’installe dans la symétrie presque mécanique de la séparation implacable. Le Quai des Brumes est déjà une plate-forme des solitudes… tout en étant, au moins minimalement, un espace relativement égalitaire.

Quai des Brumes (plage numéro 10)

Deux âmes pressées l’une contre l’autre
Pourtant à la fois silencieuses et recluses
Autant l’une et l’autre éprises de liberté
Observent la mer
Roulant ses moutons d’écume blanche
Tanguant tel un bateau à la dérive
Épaves au mat et voile épars et déchirés
Deux cœurs qui chavirent emportés
Par cet épais brouillard qui les conscrit
Maintenant chacun de son côté s’éloignent l’un de l’autre
Sous le pâle rayon d’un réverbère sur le Quai des Brumes
Deux être hier encore réunis
S’apprêtent aujourd’hui à reprendre chacun sa vie.

Quelle qu’ait été la dynamique des départs, il reste que le retour à la solitude est un grand déchirement chagriné qu’il faut graduellement apprendre à dominer, à dompter. C’est le vent du large qui apportera les relents du large et de la marée lointaine, graduellement, comme imperceptiblement.

Apaisement (plage numéro 16)

Exorciser cet immense chagrin
Que la blessure infligée à une âme mortifiée
Cherchant sans fin refuge sur un rivage mouillé
Enveloppée, lovée dans la chaleur de ce mi-été
Écorchée, étouffée chinant la fraîcheur ne sachant l’apaiser
Et le vent du large vient soudain et l’affranchie
Lui redonnant enfin l’espace d’un instant
Le temps d’un espoir perdu et retrouvé
La sensation soudaine d’un merveilleux moment d’éternité.

Et évidemment, la résurgence de la réminiscence ne peut pas —comme ça— disparaître en un furtif instant. La nouvelle solitude n’est en rien à l’abri des lourds et denses reflux sentimentaux, qui rôdent, qui guettent. Mais où se cache le bonheur, quand le souvenir de nos pas sur le sable a été irrémédiablement emporté par toutes nos futiles tempêtes?

Préambules nocturnes (plage numéro 18)

Mon âme alourdie déambule
Seule et triste dans l’épais brouillard
Immergeant de la nuit froide
À la fois bercée par cette mélancolie
Insécable au son de ta voix perçue jadis
Dans la profondeur du silence

Fidèle comme mon cœur, ils se rappellent
Le parfum et la douceur de ces nuits d’été
De nos pas posés lentement sur le sable
Et qu’une mer déchaînée hélas
Depuis longtemps déjà aura effacés
Enfermant au creux de ses vagues tout souvenir
Ton corps, tes yeux, ton sourire

Toujours elle avance telle une somnambule
Pénétrée d’une intense souffrance
Engourdie toute entière par l’autre saison
Vêtue de ses tristes habits de novembre
Dénudée et sans couleur
Que préambules sinistres en cette nuit sans chaleur

Voilà que maintenant elle se replie,
Cherchant encore un bref instant
Mais où se cache le bonheur?
Elle croit à nouveau l’entendre

Mais hélas ta voix fait toujours silence
Pour l’instant elle veut vivre d’espoir
Elle cessera alors d’y croire
Pansera alors sa blessure
Étouffant ainsi sa souffrance.

Cependant l’âme, jadis torturée, retrouve imperceptiblement la paix. On notera la stable récurrence de l’imagerie maritime, instrument à la fois atavique, universel et solide pour rendre la palette contrastée de toutes les émotions ainsi que l’ample effet de cycle tourmenté emporté par l’ensemble des thématiques traitées.

Voyage d’âme (plage numéro 12)

Accoudée au bastingage
Bien installée sur son voiler
Amarrée à la jetée près du pont d’or
Une âme jadis torturée
Accueille en elle la paix
Longtemps inhibée
Par son trop grand mal de vivre
Lentement, maintenant, elle apprend
Pouvoir enfin s’approprier et de plein droit
La sérénité et la quiétude si souvent rêvées
Aujourd’hui elle prend le large
Le vent gonflera sa voile
La mer immensément bleue
La bercera et l’enveloppera
Et cette solitude tant désirée
Compose son unique bagage
Elle voyage désormais sans amertume
Vers de nouveaux cieux et d’inconnus rivages
Au petit matin de ce jour nouveau
Atteignant enfin son apogée
Se rappelant qu’au loin derrière, elle entendit jadis
Le chant de la corne de brume sur le rocher

La dense cohérence thématique de ce recueil de récitatifs ne peut tout simplement pas se passer de l’évocation tendue et riche de  la remise en place d’une routine réinventée. Salutaire, le nouveau dispositif comblera graduellement la terrible prise de distance face à l’arrachement.

Éphémérides (plage numéro 14)

Un bonheur tendre et timide à la fois
Installé à l’aube d’une nouvelle saison
Au plein cœur de ma vie sans monition
Et alors je le croyais indéfectible
Mon être entier épris le temps d’un été
Par des promesses empruntées
À ces héros figés dans l’éternité
À qui nous ressemblions un peu plus chaque jour
J’y ai cru intensément
Je l’ai savouré ce bonheur enfiévré
J’en dévorais chaque goûlé
Hélas, je continue seule d’avancer
L’âme en bandoulière écartant toutes chimères
Un nouvel enchantement se voudrait-il qu’éphémère?
Une fleur encore plus belle au jardin de ma vie
Venue de nulle part et que je cueillerais à nouveau
Je le veux sans attentes, sans promesses, sans intumescences
Et si c’était ça le vrai bonheur?

On est merveilleusement bercé par la sublime langueur de ces textes, récités par cette poétesse sereinement et solidement installée dans l’oralité du verbe, notamment de par son riche héritage amérindien. Le CD-ROM de Mariette Théberge Mes mots pour te dire contient 19 poèmes et une chanson. La réalisation de l’album, la musique et les arrangements sont de Stéphane Pilon. L’album a été enregistré à Saint-Eustache, au Québec

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Mariette Théberge, Mes mots pour te dire, Mariette Théberge (textes), Stéphane Pilon (musique et réalisation de l’album), CD-ROM, 2017, 20 plages (19 poèmes et une chanson), Durée: une trentaine de minutes.

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RA… RA… RASPOUTINE… (version française)

Posted by Ysengrimus sur 30 décembre 2016

Le-Thaumaturge

Il y a cent ans pilepoil aujourd’hui mourrait, dans des circonstances abruptes, Grigori Efimovitch Novyi dit Raspoutine. La chose fut évoquée, sur un ton passablement badin, en 1978 dans une chanson des années discos qui fit date et que l’on doit à un orchestre mi-caraïbe mi-allemand du nom de Boney M. En salutation distinguée au moine félon et lascif, principal inspirateur de mon roman LE THAUMATURGE ET LE COMÉDIEN, premier volet de la trilogie du CYCLE DOMANIAL, voici la version française (de mon modeste cru) de notre savoureux et inoubliable RA… RA… RASPOUTINE d’autrefois.

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RASPOUTINE
Boney M

Il y avait en Russie il y a bien des saisons
Un type grand et costaud, les yeux comme des tisons.
Beaucoup voyait en lui un être terrifiant
Mais les filles de Moscou le trouvaient plutôt craquant.
Il prêchait solennellement l’Évangile
Dans l’extase le plus parfait.
Il dégageait cette présence virile
Dont les femmes rêvaient.

RA… RA… RASPOUTINE
C’est l’amant de la tsarine.
Il est ardent. Il brûle de mille feux.
RA… RA… RASPOUTINE
Quand toute la Russie s’échine
Lui, il s’éclate. Si c’est pas honteux…

Il tient la Russie en se foutant bien du Tsar.
Il vous danse la kasachok comme une vraie superstar.
Dans les affaires d’état, c’est bien lui l’homme de l’heure
Mais il fait bien plus fort dans ses affaires de cœur.
La tsarine le prend pour un petit saint
Elle n’écoute pas les ragots.
Mystifiée, elle croit qu’il pourrait très bien
Guérir son marmot.

RA… RA… RASPOUTINE
C’est l’amant de la tsarine.
Il est ardent. Il brûle de mille feux.
RA… RA… RASPOUTINE
Quand toute la Russie s’échine
Il mène un train de vie scandaleux…

[Parlé:]
Mais finalement ses beuveries, et ses orgies, et sa soif
De pouvoir attirèrent de plus ne plus l’attention.
Des voix s’élevèrent contre ce personnage outrageux.
À corps, à cris, on réclama une solution.

“Il faut l’éliminer” déclarent ses ennemis
Mais les jolies dames s’écrient: “Ayez pitié de lui”
Cette brute de Raspoutine avait tellement d’atouts
Malgré sa rudesse, elles se jetaient à son cou.
Un beau soir, des messieurs distingués
Lui tendirent un piège à rat.
“Venez donc chez nous”, lui ont-ils demandé
Et il y alla.

RA… RA… RASPOUTINE
L’amant de notre tsarine
On lui versa du poison dans son vin.
RA… RA… RASPOUTINE
Quand toute la Russie s’échine
Il fait cul-sec et s’écrie “Tout va bien”.

RA… RA… RASPOUTINE
L’amant de notre tsarine
On persévère parce qu’on veut sa peau.
RA… RA… RASPOUTINE
Quand toute la Russie s’échine
On finit par le cribler de pruneaux.

[Parlé:] Quand même, ces Russes…

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AUTREFOIS (v.f. de YESTERDAY des Beatles)

Posted by Ysengrimus sur 6 août 2015

Beatles-yesterday
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Autrefois
Pour moi les problèmes n’existaient pas.
Maintenant j’en ai tellement. Je crois
Oh oui, je crois
En Autrefois.

Subitement
Je n’suis plus celui qu’j’étais avant.
Je me sens dans un brouillard pesant.
Oh reviens-moi
Mon Autrefois.

Sans même s’expliquer elle m’a quitté. Mais pourquoi?
J’ai fait un faux pas… et là je regrette Autrefois.

Autrefois
L’amour était un jeu si plaisant
Maintenant je cherche des faux-fuyants.
Oh oui, je crois
En Autrefois.

Sans le moindre mot elle me quitta mais pourquoi?
J’ai fait ce faux pas… et là je regrette Autrefois

Autrefois
L’amour était un jeu si fripon
Maintenant je cherche des solutions.
Oh reviens-moi
Mon Autrefois

Il y a cinquante ans pilepoil aujourd’hui, sortie du 45 tours YESTERDAY des Quatre Titans dans le Vent.

Traduire les Beatles. Convertir les Quatre Titans dans le Vent dans la langue de Brassens. Qui oserait oser…. C’est que c’est la musique pure. Mais aussi, le rythme, la dérision, l’anecdotique, la fraîcheur anodine d’un texte si badin qu’on n’ose y croire. L’allemand est la seule langue dans laquelle les Fab Four d’origine se sont traduits eux mêmes. I want to hold your hand devint Komm, Gib Mir Deine Hand et She loves you devint Sie Liebt Dich en 1963-1964 (cette dernière pièce décevra les quatre musiciens au point de les décider à ne plus jamais s’autotraduire – vous avez bien raison, les gars, laissez ça à ceux que ça excite). Les textes des Beatles sont encore un chantier de découverte pour le francophone. Et comme il faut bien commencer quelque part. À vos guitares, à vos semelles pour taper du pied (le rythme est cardinal, crucial). Chantons en cœur. Ce n’était pas des dieux psychédéliques. C’était des baladins. Eh bien en français aussi on peut faire le baladin…

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Il y a cinquante ans: BOB DYLAN (l’album)

Posted by Ysengrimus sur 19 mars 2012

Got on the stage to sing and play
Man there said: Come back some other day
You sound like a hillbilly
We want folksingers here…
[Je monte sur scène, je chante, je joue
Le type me dit: Reviens nous voir un autre jour
Tu sonnes comme un de ces bouseux de paysans
Ici, c’est des chanteurs folk que ça nous prend…]
(Bob Dylan, Talking New York, sur l’album Bob Dylan, 1962)

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Il y a cinquante ans tout juste, le 19 mars 1962, paraissait à New York, le premier album de l’auteur compositeur interprète Bob Dylan (né à Duluth au Minnesota en 1941, il avait donc alors vingt et un ans). Le disque vinyl s’intitule tout simplement Bob Dylan et apparaît, avec le demi-siècle de recul, plus comme le This was the way we played then. But things change, don’t they de Dylan. C’est effectivement un an plus tard, avec son second opus, l’album-culte The Freewheelin’ Bob Dylan (1963), qui s’ouvre sur le monumental Blowin’ in the Wind, suivi, pas trop loin, du très explicite Masters of War, que le monstre sacré de la contreculture protestataire des années 1960 se campe bien en place sur son solide piédestal. Plus modestement, mais en manifestant une qualité artistique déjà entière, l’album Bob Dylan (1962), propose plutôt un tout premier bilan de la jeunesse d’artiste et de chanteur folklorique de Dylan. Au cœur épicentral de ce point d’orgue crucial repose Woody Guthrie (1912-1967), l’immense chanteur folk et virulent protest-singer (chanteur protestataire) de la première moitié du siècle dernier (l’auteur titanesque, entre autres, de This land is your land). Dylan, dans l’album Bob Dylan, chante d’ailleurs une de ses magnifiques compositions (de lui, Dylan) intitulée Song to Woody. C’est le chant du jeune folk songster (songster: un baladin populaire qui chante le corpus collectif, un interprète folk, un tourne-disque vivant qui joue encore les airs de la tradition orale) en train de mettre de l’ordre dans le corpus de ses influences et de pousser l’éclosion inexorable de sa spécificité d’artiste. Je vous la traduis ici (traduction en adaptation rythmique libre… c’est pour en saisir le contenu, tout simplement):

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Chanson à Woody [Song to Woody]

Me voici ici à mille milles de chez moi
Marchant sur des routes que bien d’autres ont parcouru avant moi.
Je découvre ton monde, un monde tout nouveau, rempli de gens, de choses.
J’entends la voix des manants, des vilains, des vassaux et des roys.

Hé, hé, Woody Guthrie, je t’ai écris une chanson
À propos de ce bien drôle de monde qui est là, qui se déploie.
Un monde tout malingre, affamé, épuisé, déchiré,
Un monde qui semble à l’agonie, alors qu’il vient pourtant tout juste de naître.

Hé, Woody Guthrie… mais je sais parfaitement que tu sais parfaitement
Le fin fond des choses que j’évoque ici, et beaucoup plus encore.
Je te chante cette chanson mais, bon, c’est vraiment pas grand chose
Quand on se dit que bien peu d’hommes ont accompli ce que tu as accompli.

C’est aussi pour Cisco et Sonny. Pour Leadbelly aussi.
Et pour tous ces bons gars qui marchèrent avec toi.
Je chante pour dépeindre le cœur et les bras de ces gars
Que la poussière a amené, puis que le vent a chassé.

Je pars demain. Je pourrais même le faire aujourd’hui.
Et quelque part un beau jour, au confin de ma route
L’ultime chose à faire que je voudrais vraiment pouvoir faire
C’est de dire combien ardu, mon propre voyage fut, lui aussi…

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Woodie Guthrie (1912-1967)

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Je n’ai tout simplement pas de mots (moi d’habitude si disert) pour vous dire combien Bob Dylan est gravé au plus profond de moi. Son art musical et lyrique m’ont si crucialement influencé intellectuellement, depuis ma toute prime adolescence, que cette traduction de la sublime Song to Woody, c’est, en fait, à Dylan lui-même que je pense en l’écrivant. Et, bon, pour le coup, laissez-moi vous dire aussi que ceci:

Come you masters of war
You that build all the guns
You that build the death planes
You that build all the bombs
You that hide behind walls
You that hide behind desks
I just want you to know
I can see through your masks.

[Venez un peu ici, vous les maîtres de la guerre,
Vous qui fabriquez les flingues,
Vous qui construisez ces chasseurs tueurs,
Vous qui façonnez les bombes,
Vous qui vous planquez entre quatre murs,
Vous qui vous planquez derrière un bureau,
Je voudrais simplement vous signaler
Que je vois parfaitement au travers de votre masque]
(Première strophe de Masters of War, Bob Dylan, 1963)

bien, c’est rien d’autre que le contenu brut de l’âme grognante et purulente d’Ysengrimus. Toute une tradition, au demeurant incroyablement riche et mal connue, de résistance culturelle et sociale des agriculteurs et des travailleurs américains s’est incarnée en ces deux interprètes (et en bien d’autres, y compris des artisans musiciens et chanteurs totalement inconnus, anonymes, collectifs, mobilisant un dense héritage vernaculaire typiquement continental de protestation prolétarienne et paysanne)… Salut Bobby, salut Woody. Et encore chapeau pour ces indispensables relais sur ces rubans de routes infinis que vous avez parcourus…

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Woody Guthrie a longtemps arboré sur sa guitare une affichette disant: CETTE MACHINE TUE LES FASCISTES

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