Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

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Posts Tagged ‘chanson’

RA… RA… RASPOUTINE… (version française)

Posted by Ysengrimus sur 30 décembre 2016

Le-Thaumaturge

Il y a cent ans pilepoil aujourd’hui mourrait, dans des circonstances abruptes, Grigori Efimovitch Novyi dit Raspoutine. La chose fut évoquée, sur un ton passablement badin, en 1978 dans une chanson des années discos qui fit date et que l’on doit à un orchestre mi-caraïbe mi-allemand du nom de Boney M. En salutation distinguée au moine félon et lascif, principal inspirateur de mon roman LE THAUMATURGE ET LE COMÉDIEN, premier volet de la trilogie du CYCLE DOMANIAL, voici la version française (de mon modeste cru) de notre savoureux et inoubliable RA… RA… RASPOUTINE d’autrefois.

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RASPOUTINE
Boney M

Il y avait en Russie il y a bien des saisons
Un type grand et costaud, les yeux comme des tisons.
Beaucoup voyait en lui un être terrifiant
Mais les filles de Moscou le trouvaient plutôt craquant.
Il prêchait solennellement l’Évangile
Dans l’extase le plus parfait.
Il dégageait cette présence virile
Dont les femmes rêvaient.

RA… RA… RASPOUTINE
C’est l’amant de la tsarine.
Il est ardent. Il brûle de mille feux.
RA… RA… RASPOUTINE
Quand toute la Russie s’échine
Lui, il s’éclate. Si c’est pas honteux…

Il tient la Russie en se foutant bien du Tsar.
Il vous danse la kasachok comme une vraie superstar.
Dans les affaires d’état, c’est bien lui l’homme de l’heure
Mais il fait bien plus fort dans ses affaires de cœur.
La tsarine le prend pour un petit saint
Elle n’écoute pas les ragots.
Mystifiée, elle croit qu’il pourrait très bien
Guérir son marmot.

RA… RA… RASPOUTINE
C’est l’amant de la tsarine.
Il est ardent. Il brûle de mille feux.
RA… RA… RASPOUTINE
Quand toute la Russie s’échine
Il mène un train de vie scandaleux…

[Parlé:]
Mais finalement ses beuveries, et ses orgies, et sa soif
De pouvoir attirèrent de plus ne plus l’attention.
Des voix s’élevèrent contre ce personnage outrageux.
À corps, à cris, on réclama une solution.

“Il faut l’éliminer” déclarent ses ennemis
Mais les jolies dames s’écrient: “Ayez pitié de lui”
Cette brute de Raspoutine avait tellement d’atouts
Malgré sa rudesse, elles se jetaient à son cou.
Un beau soir, des messieurs distingués
Lui tendirent un piège à rat.
“Venez donc chez nous”, lui ont-ils demandé
Et il y alla.

RA… RA… RASPOUTINE
L’amant de notre tsarine
On lui versa du poison dans son vin.
RA… RA… RASPOUTINE
Quand toute la Russie s’échine
Il fait cul-sec et s’écrie “Tout va bien”.

RA… RA… RASPOUTINE
L’amant de notre tsarine
On persévère parce qu’on veut sa peau.
RA… RA… RASPOUTINE
Quand toute la Russie s’échine
On finit par le cribler de pruneaux.

[Parlé:] Quand même, ces Russes…

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AUTREFOIS (v.f. de YESTERDAY des Beatles)

Posted by Ysengrimus sur 6 août 2015

Beatles-yesterday
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Autrefois
Pour moi les problèmes n’existaient pas.
Maintenant j’en ai tellement. Je crois
Oh oui, je crois
En Autrefois.

Subitement
Je n’suis plus celui qu’j’étais avant.
Je me sens dans un brouillard pesant.
Oh reviens-moi
Mon Autrefois.

Sans même s’expliquer elle m’a quitté. Mais pourquoi?
J’ai fait un faux pas… et là je regrette Autrefois.

Autrefois
L’amour était un jeu si plaisant
Maintenant je cherche des faux-fuyants.
Oh oui, je crois
En Autrefois.

Sans le moindre mot elle me quitta mais pourquoi?
J’ai fait ce faux pas… et là je regrette Autrefois

Autrefois
L’amour était un jeu si fripon
Maintenant je cherche des solutions.
Oh reviens-moi
Mon Autrefois

Il y a cinquante ans pilepoil aujourd’hui, sortie du 45 tours YESTERDAY des Quatre Titans dans le Vent.

Traduire les Beatles. Convertir les Quatre Titans dans le Vent dans la langue de Brassens. Qui oserait oser…. C’est que c’est la musique pure. Mais aussi, le rythme, la dérision, l’anecdotique, la fraîcheur anodine d’un texte si badin qu’on n’ose y croire. L’allemand est la seule langue dans laquelle les Fab Four d’origine se sont traduits eux mêmes. I want to hold your hand devint Komm, Gib Mir Deine Hand et She loves you devint Sie Liebt Dich en 1963-1964 (cette dernière pièce décevra les quatre musiciens au point de les décider à ne plus jamais s’autotraduire – vous avez bien raison, les gars, laissez ça à ceux que ça excite). Les textes des Beatles sont encore un chantier de découverte pour le francophone. Et comme il faut bien commencer quelque part. À vos guitares, à vos semelles pour taper du pied (le rythme est cardinal, crucial). Chantons en cœur. Ce n’était pas des dieux psychédéliques. C’était des baladins. Eh bien en français aussi on peut faire le baladin…

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Il y a cinquante ans: BOB DYLAN (l’album)

Posted by Ysengrimus sur 19 mars 2012

Got on the stage to sing and play
Man there said: Come back some other day
You sound like a hillbilly
We want folksingers here…
[Je monte sur scène, je chante, je joue
Le type me dit: Reviens nous voir un autre jour
Tu sonnes comme un de ces bouseux de paysans
Ici, c’est des chanteurs folk que ça nous prend…]
(Bob Dylan, Talking New York, sur l’album Bob Dylan, 1962)

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Il y a cinquante ans tout juste, le 19 mars 1962, paraissait à New York, le premier album de l’auteur compositeur interprète Bob Dylan (né à Duluth au Minnesota en 1941, il avait donc alors vingt et un ans). Le disque vinyl s’intitule tout simplement Bob Dylan et apparaît, avec le demi-siècle de recul, plus comme le This was the way we played then. But things change, don’t they de Dylan. C’est effectivement un an plus tard, avec son second opus, l’album-culte The Freewheelin’ Bob Dylan (1963), qui s’ouvre sur le monumental Blowin’ in the Wind, suivi, pas trop loin, du très explicite Masters of War, que le monstre sacré de la contreculture protestataire des années 1960 se campe bien en place sur son solide piédestal. Plus modestement, mais en manifestant une qualité artistique déjà entière, l’album Bob Dylan (1962), propose plutôt un tout premier bilan de la jeunesse d’artiste et de chanteur folklorique de Dylan. Au cœur épicentral de ce point d’orgue crucial repose Woody Guthrie (1912-1967), l’immense chanteur folk et virulent protest-singer (chanteur protestataire) de la première moitié du siècle dernier (l’auteur titanesque, entre autres, de This land is your land). Dylan, dans l’album Bob Dylan, chante d’ailleurs une de ses magnifiques compositions (de lui, Dylan) intitulée Song to Woody. C’est le chant du jeune folk songster (songster: un baladin populaire qui chante le corpus collectif, un interprète folk, un tourne-disque vivant qui joue encore les airs de la tradition orale) en train de mettre de l’ordre dans le corpus de ses influences et de pousser l’éclosion inexorable de sa spécificité d’artiste. Je vous la traduis ici (traduction en adaptation rythmique libre… c’est pour en saisir le contenu, tout simplement):

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Chanson à Woody [Song to Woody]

Me voici ici à mille milles de chez moi
Marchant sur des routes que bien d’autres ont parcouru avant moi.
Je découvre ton monde, un monde tout nouveau, rempli de gens, de choses.
J’entends la voix des manants, des vilains, des vassaux et des roys.

Hé, hé, Woody Guthrie, je t’ai écris une chanson
À propos de ce bien drôle de monde qui est là, qui se déploie.
Un monde tout malingre, affamé, épuisé, déchiré,
Un monde qui semble à l’agonie, alors qu’il vient pourtant tout juste de naître.

Hé, Woody Guthrie… mais je sais parfaitement que tu sais parfaitement
Le fin fond des choses que j’évoque ici, et beaucoup plus encore.
Je te chante cette chanson mais, bon, c’est vraiment pas grand chose
Quand on se dit que bien peu d’hommes ont accompli ce que tu as accompli.

C’est aussi pour Cisco et Sonny. Pour Leadbelly aussi.
Et pour tous ces bons gars qui marchèrent avec toi.
Je chante pour dépeindre le cœur et les bras de ces gars
Que la poussière a amené, puis que le vent a chassé.

Je pars demain. Je pourrais même le faire aujourd’hui.
Et quelque part un beau jour, au confin de ma route
L’ultime chose à faire que je voudrais vraiment pouvoir faire
C’est de dire combien ardu, mon propre voyage fut, lui aussi…

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Woodie Guthrie (1912-1967)

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Je n’ai tout simplement pas de mots (moi d’habitude si disert) pour vous dire combien Bob Dylan est gravé au plus profond de moi. Son art musical et lyrique m’ont si crucialement influencé intellectuellement, depuis ma toute prime adolescence, que cette traduction de la sublime Song to Woody, c’est, en fait, à Dylan lui-même que je pense en l’écrivant. Et, bon, pour le coup, laissez-moi vous dire aussi que ceci:

Come you masters of war
You that build all the guns
You that build the death planes
You that build all the bombs
You that hide behind walls
You that hide behind desks
I just want you to know
I can see through your masks.

[Venez un peu ici, vous les maîtres de la guerre,
Vous qui fabriquez les flingues,
Vous qui construisez ces chasseurs tueurs,
Vous qui façonnez les bombes,
Vous qui vous planquez entre quatre murs,
Vous qui vous planquez derrière un bureau,
Je voudrais simplement vous signaler
Que je vois parfaitement au travers de votre masque]
(Première strophe de Masters of War, Bob Dylan, 1963)

bien, c’est rien d’autre que le contenu brut de l’âme grognante et purulente d’Ysengrimus. Toute une tradition, au demeurant incroyablement riche et mal connue, de résistance culturelle et sociale des agriculteurs et des travailleurs américains s’est incarnée en ces deux interprètes (et en bien d’autres, y compris des artisans musiciens et chanteurs totalement inconnus, anonymes, collectifs, mobilisant un dense héritage vernaculaire typiquement continental de protestation prolétarienne et paysanne)… Salut Bobby, salut Woody. Et encore chapeau pour ces indispensables relais sur ces rubans de routes infinis que vous avez parcourus…

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Woody Guthrie a longtemps arboré sur sa guitare une affichette disant: CETTE MACHINE TUE LES FASCISTES

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