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Entrevue alimentaire avec la «nutritionniste» ordinaire Coccinelle

Posted by Ysengrimus sur 1 juin 2015

Coccinelle-repas
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Ysengrimus: Bon Coccinelle, vous me signalez que vous n’êtes pas nutritionniste ou autre -iste du genre. Par contre vos conseils sur l’alimentation me semblent pleins de sagesse. Alors, prenons l’affaire à bras le corps pour commencer, sans hésiter, ni tergiverser. Disons… je veux avant tout ne pas mal manger, que dois-je éviter de faire?

Coccinelle: Voilà une lourde question! La réponse la plus simple à cette question est d’éviter de consommer des produits transformés. Ils sont généralement plein d’ingrédients nocifs pour la santé, comme des sucres raffinés, des gras trans, des huiles hydrogénées ou raffinées, des colorants et arômes artificiels et de nombreux agents de conservation. Rien de bien étonnant donc, mais ce n’est malheureusement pas tout. Il faut aussi faire attention à la cuisson des aliments. Il faut éviter de chauffer les huiles et les gras à une température plus élevée que leur point de fumée puisque même l’huile la meilleure pour la santé deviendra alors nocive. Il faut également éviter la cuisson d’aliments riches en amidon (particulièrement s’ils contiennent des grains entiers) au delà de 120°C puisque cela favorise la création d’acrylamide qui est une toxine. Il faut aussi éviter de faire carboniser les aliments en général. Le goût amer d’un aliment brûlé est sensé nous décourager de le manger, mais je connais de nombreuses personnes qui s’en délectent. Bref, tout n’est pas blanc ou noir, ce serait bien trop simple.

Ysengrimus: D’accord. Ceci dit, certains aliments sont-ils tout bonnement à proscrire? La viande diraient certains végétariens. Vous, vous dites quoi?

Coccinelle: Il est facile de vouloir tout proscrire ce qui est mauvais pour la santé mais tout est dans la modération. Il est avant tout important de prendre plaisir à manger et ne pas tomber dans l’orthorexie. Personnellement, je ne crois pas que la viande soit mauvaise pour la santé, même la viande rouge. Les gras saturés ont bien mauvaise presse depuis plusieurs décennies mais ils ont l’avantage d’être plus stables que les gras insaturés, et donc d’être moins susceptibles de devenir nocifs que ces derniers. Il peut être bien difficile de croire que les gras saturés et le cholestérol soient bons pour la santé quand médias et médecins nous rappellent constamment qu’ils bloquent les artères. Mais est-ce vraiment le cas? Cette croyance a tellement d’effets pervers que, fondée ou pas, il faut se méfier. L’industrie alimentaire a remplacé en masse les gras saturés par des gras trans ou des huiles hydrogénées ou raffinées. Selon certaines études, ce remplacement n’a pas eu l’effet escompté sur l’incidence des maladies cardiovasculaires. Bien sûr, toutes les viandes ne sont pas toutes sur un pied d’égalité, quand on pense aux hormones de croissance, aux antibiotiques et autres additifs ajoutés à la nourriture des animaux, mais il ne faut pas bannir la viande en bloc.

Ysengrimus: Et les allergènes de tendances, qu’en est-il? Vous comprendrez que j’ironise un petit peu ici en parlant d’allergènes de tendances car, disons la chose comme elle est, on dirait vraiment que certains allergènes font l’objet carrément de modes, pour ne pas dire de rages. Il fut un temps c’était le «cholestérol» (qui n’est même pas lui-même une substance qu’on peut absorber, si j’ai bien pigé). Et en ce moment c’est le gluten qui semble à fuir. Alors, la modération suffit ici aussi ou il y a un danger plus virulent?

Coccinelle:  Les aliments à proscrire dont on discutait plus tôt sont dangereux puisque qu’ils causent des problèmes de santé potentiellement mortels qui vont se déclencher seulement plusieurs décennies plus tard comme le cancer ou le diabète. Le gluten, quand à lui, est moins dangereux mais pas moins sournois. Même pour les 99% de la population qui n’ont pas la maladie coeliaque (maladie hautement sous-diagnostiquée), il n’est quand même pas inoffensif. Il serait l’une des causes de plusieurs maladies chroniques et symptômes qui ne mettent nullement la vie des gens en danger. Comme par exemple l’arthrite. Vous mangez du gluten, vous avez mal aux mains; vous arrêtez de manger de gluten, vous n’avez plus mal aux mains. Est-ce que parce que de nombreuses personnes ont soulagé un ou plusieurs de leurs symptômes en arrêtant de manger du gluten, cela signifie nécessairement que le gluten en soit la cause? Il est difficile de conclure quoi que ce soit, mais je crois que cela explique très bien l’engouement pour cette “mode”.

Ysengrimus: Je vois. Il y a donc ces aliments incorporant des ingrédients à attentivement surveiller. Il y a aussi la configuration des rythmes de repas. Cela serait un facteur à considérer aussi. Il existe un tas de légendes populaires sur cette question. D’aucunes disent que le petit déjeuner est le repas les plus important, qu’il doit conséquemment être copieux, d’autre dirons plutôt, pour la même raison: léger. Certains disent en effet qu’il faut un petit repas le matin, un plus gros le midi, un très gros le soir. Mais voici d’autres commentateurs ou commentatrices qui affirment que se coucher le ventre bien plein le soir n’est pas santé, santé. En plus cela ferait ronfler. Il y a les promoteurs des petites collations courtes et multiples. Il y a leurs détracteurs aussi. Tout ce que je sais, moi, maintenant, c’est que si je mange un frometon le soir, je ferai pas de cauchemars. Ah, quand même! Cette croyance là était une légende, comme celle du folklore d’aller à la piscine trois heures après le repas pour éviter les crampes ou de bouffer du sucre avant un examen ou une épreuve physique. Alors, déjeuner, dîner, souper (comme on dit au Canada… et dans plusieurs régions de France), que nous dites-vous de leur ordonnancement?

Coccinelle: Je ne vois aucune raison pour ne pas suivre son appétit et manger quand on a faim et de pas manger quand on a pas faim. C’est certain que tout dépendant de notre emploi, on ne peut pas tous faire ça, mais je vois ça comme étant l’idéal. Si on ne mange que des bonnes choses, même à la collation, il n’y a aucune raison de se restreindre. C’est un bon incitatif, vous ne trouvez pas? Maintenant, c’est sûr que si vos signaux de faim et de satiété sont déréglés, il faut faire plus attention. Une bonne règle serait de quand même manger quand on a faim, mais de limiter au minimum les glucides lors des collations. Tout le monde n’as pas le même métabolisme alors il est impossible de décréter des règles universelles. Si votre voisin s’épanouit avec un seul repas par jour, ce n’est pas une raison pour faire comme lui. De l’autre côté, se sentir coupable lorsque l’on saute un repas n’est pas très productif. Si cela ne vous cause aucun désagrément, cessez d’écouter les dictons et dictats et écoutez votre corps! Petite note en passant, cela s’applique aussi à la quantité d’eau que nous buvons. Il est inutile de se forcer à boire 8 verres d’eau par jour.

Ysengrimus: Donc, c’est moins une affaire de doctrine abstraite que d’écoute de soi concrète. Aussi: il faut s’informer sans paniquer. Je vous remercie Coccinelle pour toutes ces sages indications et ces hyperliens fort utiles. Vous êtes vraiment une femme de votre temps et je vais tout faire pour transformer ma fourchette en un déférent diapason de ce lot de nouvelles valeurs. Pour la suite, sachons rester sur notre faim sapientale, c’est encore la meilleure ouverture à une saine discussion de la question.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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