Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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MÊME LES SANS ABRIS ONT DES PÈRES (Donnet Sisa-Nzenzo)

Posted by Ysengrimus sur 1 août 2016

sans abris

C’est sur un captivant ton de témoignage à l’emporte-pièce, décousu, syncopé, presque déstructuré dans son intensité et sa colère rentrée, que Donnet Sisa-Nzenzo nous livre ce texte remarquable de vérité et de spontanéité. Sur une période de quelques années (entre 2009 et 2011 environ), nous suivons Donnet qui nous relate, presque sans reprendre son souffle, ses mésaventures en Occident. Originaire du Congo Kinshasa (l’ancien Zaïre), ce tout jeune homme, à peine entré dans la vie adulte, se rend en France officiellement pour ses études. Sitôt sur le territoire français, c’est la mise en place abrupte et irréversible, comme fatale, des combines, des irrégularités et de la démerde précaire. Sensé s’inscrire en fac à Lille, Donnet descend à Toulouse et y fait toutes sortes de petits boulots. On comprend, bien sûr, qu’il est rejeté par la France. Mais la grande découverte que l’on fait, c’est, en fait, qu’il est cerné par l’Afrique…

Fils déclassé d’un haut cadre de banque africain retombé au bas de l’échelle suite à des déboires financiers, Donnet doit subir la présence autoritaire de son frère et la présence indifférente de sa sœur, sur Toulouse. On entre graduellement, inexorablement, dans la vie intérieure de Donnet. On découvre l’incroyable réseautage de contraintes et d’obligations archaïsantes que le jeune africain monté en Occident maintient, comme obligatoirement, envers sa mère, son père, ses frères et soeurs, la communauté congolaise expatriée, et un florilège d’amis et de faux amis restés au pays. Ces conceptions d’une autre époque sont radicalement ébranlées par le choc et les désillusions modernistes de toc du faux miracle occidental, lui-même gros de ses propres mensonges, aussi unilatéraux qu’involontairement propagandistes. Ainsi, quand Donnet arrive en fac, il s’imagine que les choses vont se passer comme dans le film American Pie: les copains foufous mais fidèles, les filles joyeuses et faciles, les boums torrides et la grosses rigolade. Sa sensibilité d’africain reçoit l’attitude des étudiants occidentaux comme une froideur morne et, vite, rien ne va. Il n’a pas d’amis, pas d’amoureuse. Il souffre d’une douloureuse combinaison de solitude sociale et de pression des pairs. Il veut absolument s’affirmer, se promouvoir, se mettre en valeur. Donnet quitte donc ses études et se met à se chercher du travail, tout en continuant de faire croire à sa mère restée au pays qu’il est encore en fac, qu’il passe les examens, qu’il poursuit sa formation. Il entre dans les arcanes de l’administration policière française pour tenter de faire changer son statut d’étudiant pour un statut de travailleur. Comme il est jeune, inexpérimenté et sans permis de travail, il emprunte littéralement l’identité (empruntant aussi CV et documents d’identité, incluant les documents avec photos) de son frère aîné, pour se trouver des boulots de cantonnier et de plongeur. Pleinement complice de cette embrouille, son frère ne prend pas ce genre de risque légal par grandeur d’âme. Il considère Donnet comme un investissement et entend faire main basse sur une partie significative de son salaire à venir. Une autre partie de ce revenu anticipé devra aller au pays, pour ses parents qui sont dans l’indigence. La culture du métayage implicite et du parasitisme institutionnalisé est omniprésente. Le jeune africain finit déchiré psychologiquement et mis en éclisses socialement entre ceux qui l’exploitent, ceux qui le ponctionnent, ceux qui affectent de parfaire son éducation, ceux qui le rejettent, ceux qui le méprisent et ceux qui s’illusionnent à son sujet. Et cette incroyable complexité, ce poids séculaire de l’Afrique intérieure, ne doit pas faire oublier la France qui, elle, maintenant, l’entoure et l’environne. C’est alors l’exploitation prolétarienne frontale et éhontée, les heures de travail interminables, les arguties vétillardes et kafkaïennes des administrations universitaire et constabulaire et (notamment sur le lieu de travail) le racisme le plus brutal et le plus crasse. Il y a là tout un lot de mésaventures imprévues et cuisantes pour le jeune ego déboussolé d’un enfant de dix-neuf ans. Bienvenue en enfer, avait dit l’epsilon congolais venu le cueillir à l’aéroport le jour de son arrivée. Et c’était cyniquement bien dit.

Le ton de ce témoignage est d’une fraîcheur inimitable. Sans jouer les victime, sans cultiver une autocritique excessive non plus (mais avec une lucidité croissante sur ses propres limitations), Donnet Sisa-Nzenzo nous donne à lire les saisissants éléments autobiographiques d’un jeune proto-clandestin africain ordinaire (l’ouvrage se termine juste avant son entrée effective dans la vrais clandestinité légale). Ce court récit, fulgurant, enlevant, déroutant et navrant, en remontre haut la main et sans même chercher à le faire à maints copieux traités de sociologie sur les immigrants africains en France. La langue écrite de ce texte est, elle aussi, déconcertante. D’ailleurs, en sa qualité d’éditeur de la francophonie, ÉLP se fait un devoir de respecter les particularités historiques et ethnoculturelles des variétés de français du monde. Cet ouvrage a donc été rédigé par un jeune homme instruit du Congo Kinshasa. L’éditeur en a scrupuleusement respecté le rythme, le ton, la syntaxe et l’élocution, dans toutes leurs inflexions. Même les sans abris du monde francophone sont francophones et leur langue vigoureuse est de plain pied un objet tant vernaculaire que littéraire. Pour des raisons linguistiques, culturelles, sociologiques et historiques, on a ici une lecture en tout point dépaysante, un témoignage hautement parlant dont l’amertume, la tristesse, la détresse et la force en disent bien long, comme indices de la vaste crise sociale, humanitaire et humaine qui est de plus en plus la nôtre.

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Donnet Sisa-Nzenzo, Même les sans abris ont des pères, Montréal, ÉLP éditeur, 2012, formats ePub ou PDF.

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Saint Pierre et Miquelon, piège à con

Posted by Ysengrimus sur 1 juillet 2009

SAINT PIERRE ET MIQUELON – LA CARTE, LA TRÈS PARLANTE CARTE

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Alors chevaliers des causes perdues, à vos palefrois.
Et couvrez-vous bien car, en plus, il fait froid…

Le torontois inconnu

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Mes cousins, mes cousines de France hexagonale, écoutez–moi. Donnez moi dix minutes de votre précieux temps. Vos dirigeants vont encore se payer votre poire sur une histoire de choux gras néo-coloniaux en forme de cul de sac compact. Je vous en supplie, je vous en conjure, deux mots. D’abord que je vous dise qui je suis et d’où je vous parle. Avant, je m’appelais la Nouvelle-France. Ensuite, oh, bien avant 1867, j’étais le Bas-Canada. Aujourd’hui, je suis le Canada, le Québec, l’Acadie, la francophonie ontaroise ou fransaskoise, tout ce qu’on voudra. Moi personnellement, je suis implanté dans le coin depuis 1608… Je n’ai aucun pouvoir, aucune velléité, aucune aspiration. Je vous parle debout sur une boîte à savon peinte en rouge. Vous pouvez être assurés que j’ai mangé mon lot de misère sous la houlette d’un occupant dont je n’intègre pas les valeurs, mais dont je sais qu’elles restent celles du plus fort. Mon occupant n’est pas resté que quatre ans, moi. Il est solidement installé depuis 1760, avec ses grands airs… Et ici, loin, si loin, au coeur de la mise en place du plus durable et profond désastre écologique de l’histoire des Amériques (la catastrophique extraction des sables bitumineux de l’Alberta – on en reparlera), je ne le chauvinise pas, mon petit Canada. Je ne crois tout simplement pas au Canada contemporain. Je ne suis donc absolument pas le porte-parole du Canada rouge, blanc, blême, j’insiste fermement là-dessus. Je suis un internationaliste. Je laisse le chauvinisme étroit aux sectaires (incluant les hexagonaux sectaires)… Corollairement, je ne suis pas non plus le gardien du capitalisme occidental (hexagonal inclus) ni de la bourgeoisie flibustière nord-américaine. Non plus, non plus, non plus… Mais je vais devoir vous parler de l’impérialisme américain ici, un petit peu, quand même, à mon corps défendant, croyez m’en. Ledit impérialisme américain, je le subis. Vous aussi. Mon mot ici est simple: faites ce que bon vous semblera dans ce coin-ci du monde et vivez avec les conséquences… Je ne suis en rien le gardien des combines économiques canadiennes… Je ne suis qu’un epsilon des neiges qui vous joue un petit air de corne de brume. Faites-en ce que vous en voudrez.

Il s’agit donc de la lancinante question de Saint-Pierre, Miquelon et (surtout) du vaste bassin marin des environs. Vous croyez sincèrement, mes doux cousins, mes douces cousines, que cette titanesque portion océanique ne concerne que le Canada et la France? Vous vous trompez lourdement, mes beaux et mes belles…Euh… pour le coup… regardez donc d’abord la carte un petit peu, quand même là…

Le territoire marin que vous revendiquez, autour du caillou encerclé que vous détenez, gruge carrément la berge de la province canadienne de Terre-Neuve (Newfoundland, sur la carte ici. Population: un demi-million de personnes dont deux mille francophones)… Une douce et lente balade en traversier entre Fortune (Terre-Neuve) et Saint-Pierre dure une heure. Je ne sais pas là d’abord, mais l’extraterritorialité coloniale une, indivise et charriée, il faut la mousser un petit peu mais pas trop non plus… hmmm… Le fait qu’on ne vous la montre pas bien souvent, ladite carte, est, de plus, parfaitement indicatif de l’ampleur gargantuesquement irréaliste du fantasme hexagono-extraterritorial du coin… Pourtant le géographique est tout à fait parlant, ici. L’entente de 1992 sur les eaux entourant Saint Pierre et Miquelon vous donne accès, prenez ma parole, à une sorte de corridor marin de bonne proportion et vos chalutiers usines (comme ceux d’un peu tout le monde en Europe et ailleurs) y ont amplement pompé, sans même apercevoir la côte. C’est déjà un acquis fort honorable, quoiqu’il me reste aussi en mémoire un vaste triangle longeant la berge sud de Terre-Neuve que vous auriez aussi soigneusement siphonné. Bref, peu importe, tout cela pour dire que ceux et celles qui s’imaginent que les négos actuelles vont vous donnez plus que ce qu’alloue déjà la susdite entente de 1992 rêvent debout… C’est pourtant bien reparti, ce fantasme hallucinatoire. Les fallacieux hexagono-centristes sur cette question disent leurs lignes. Le néo-colonialisme franchouillard a grondé ce qu’il avait à gronder. Oubliés la guerre d’Algérie, Dien Bien Phu, l’espace CFA, les diamants de Bokassa, le génocide rwandais, le soulèvement guadeloupéen et les appartes et bagnoles de Bongo. On remet ça, sans sourciller, dans le colonialisme étroit, confidentiel et vieillot qui, encore une fois, finira mal. Ici, plus discrètement, on la joue maritime, on cause pétrole et poissons, mais on continue de cultiver les mêmes crispations cocardières… Matamores nostalgiques, rocamboles irréalistes, boutefeux cyniques, lisez, mais lisez donc. Lisez et notez un autre fait que nos chauvins DOM-TOMesques escamotent pudiquement, tout comme la carte. Population (française) de Saint-Pierre-et-Miquelon: 6,200 individus. Pas si difficile à consulter, ça, pourtant. C’est la masse démographique d’un hameau de proportion passable. Or montrez-moi un référendum des 6,200 Saint-pierrais pour dire qu’ils veulent mordicus, et à leurs risques exclusifs, devenir les têtes de ponts bâillonnées et serviles de la mégalomanie oléo-poissonnière métropolitaine se jouant au dessus de leur tête et on en reparlera, mesdames et messieurs les touristes à voile. Si la métropole s’occupait effectivement des Saint-pierrais au lieu de s’occuper en exclusivité des poissons et du pétrole qui les entourent, la chose de la charge sociale serait de fait simple et fort peu coûteuse à résoudre (ils sont 6,200. Une paille. Je vous le redis, 6,200. Méditez ce nombre).  Mais la crise récente de la Guadeloupe nous montre bien ce que la France a de fait à foutre des confettis de l’empire. Colbertisme d’abord, responsabilités sociales après.

Alors?… alors maintenant deux mots sur le clou du spectacle: nos bons ricains dans ce joli tableau sur un bateau. La loi du plus lourd, la loi du plus gros… Elle fonde le long silence de Sarkozy, cette proximité discrète et puissante des américains. C’est que Sarkozy a lu les petits papiers de ses bons maîtres… La DOCTRINE MONROE de 1823 stipule que l’Europe ne peut plus installer ou amplifier des colonies nulle part dans les trois Amérique… Et les ricains vont bien voir à la faire appliquer, cette dite doctrine. Sarko n’a donc pas eu trop tort de regarder ailleurs, pendant les belles années de la lune de miel d’Obama. Votre président n’était pas guidé uniquement par les compulsions de ses amitiés internationales serviles mais aussi, plus prosaïquement, par le vieux fond réaliste des petits arrivés de son baril… Mais allons-y, allons-y, fantasmons en quadraphonie… Les ricains vont laisser le Grand Banc de Terre-Neuve, le plus riche au monde, quitter allègrement sa zone d’influence géopolitique traditionnelle, celle du plus grand et du plus ancien port poissonnier de la facade Atlantique continentale: Boston (Massachusetts – un peu au nord de Cape Cod, lui-même étant la longue virgule de terre couchée, le doigt crochu qui dit « par ici », juste au bas de la carte, à gauche). Il vont laisser ce butin mirifique aller à la France en échange de quoi, un tour de chant de Madame Bruni? Revenons tout de suite sur terre (et sur mer). Les ricains se chamaillent cube de glace par cube de glace avec le Canada pour le tout émergeant Passage Maritime du Nord-Ouest et ne feront rien ici? Vous vous illusionnez en panavision, si vous croyez cela une seule seconde. Non, mes hexagonaux, mes hexagonales, réveillez-vous. Douce France, ne fait pas une ignare déchue de toi une fois de plus, en croyant illusoirement miser sur la déchéance impériale de l’autre. C’est justement le déclin de son impérialisme planétaire qui va rendre le ricain bien plus regardant qu’en 1992 sur ce qu’il lui restera dans cet espace là, qui est son fond de cours exclusif. Angleterre en déclin, Irlande du Nord. Analogie… Oui? On se suit? Mes amis hexagonaux, mes amies hexagonales, en relançant les négos sur Saint-Pierre et Miquelon, vous jouez un quitte ou double hasardeux, malencontreux et politiquement stérile. C’est votre droit le plus strict. Vos considérations (illusoirement) morales n’ont cependant aucun poids face au poids des faits imposés par la carte. La révolution ne va pas débuter à Miquelon… On est ici en zone verrouillée. Il ne s’agit pas de prétendre que la Doctrine Monroe, premier grand diktat de l’extraterritorialité du pouvoir ricain, est légitime. Il s’agit, plus simplement, de la jouer prudemment avec le gros voisin. Allez-vous faire les finasseurs légalistes jusqu’à ce que les ricains occupent votre archipel indéfendable et vous disent de prendre le fric et de vous casser, comme en Louisiane (vous) et en Floride (les espagnols)?

Je suppose, personnellement, que ce roc douloureux devrait tout simplement être rattachées à Terre-Neuve, mais c’est une opinion strictement privée. Autrement, en fait, je préfère le statu quo prudent de 1992 à toute cette hexago-mégalomanie actuelle qui va vraiment finir par réveiller l’aigle et vous faire perdre toute la cagnotte… Gardez votre archipel, mes bons gars, mes bonnes filles. Gardez votre dispositif de 1992. Ne les utilisez pas cyniquement comme tremplin sans assise pour exiger toute cette surface océanique infinie, bleue, impalpable, intangible, parce que vous allez alors vite vous rendre compte de l’éphémère de toute géopolitique… tout en finissant aussi par bien comprendre les fondements effectifs de l’indifférence initiale de vos politicards métropolitains sur la question de Saint-Pierre et Miquelon…Et aussi, si vous faites les cons, ce jour là, le Canada ne pourra plus rien pour vous… Le Canada, Quasimodo impénitent, impotent cardinal, bossu obséquieux, vous parle gentiment en ce moment par ma bouche. C’est tout ce qu’il parviendra à faire dans cette affaire. Le Canada vous dit, par ses propos et par son exemple: il faut savoir se contenter. Surtout dans le jardinet de Goliath… et «outre-mer» c’est aussi la terre… des autres. Méditez sagement, mes cousins, mes cousines. Retenez la leçon bizarre et biscornue de la Guerre des Malouines, en vous disant bien qu’elle fonctionne à l’inverse ici. Calculez toujours avec cette proximité des USA, et demandez-vous froidement pourquoi les choses se tambouillent à New York sur cette question (ce n’est vraiment pas parce que l’ONU est à New York, comme le croient béatement certains hexa-gogos mal avisés)…

Mes chers cousins, mes chères cousines, merci de votre précieuse attention. Merci surtout de ne pas envoyer vos chalutiers sous escorte de votre marine militaire nationale bringuebalante comme vous le fîtes bien stérilement au siècle dernier. Merci de voir clair. Maintenant, mon coeur saigne en vous disant ceci, mais il faut dire ce qu’il faut dire. Si vous vous rebiffez face au bon sens que vous dicte ma petite corne de brume des neiges ici, c’est simplement que votre eurocentrisme obtus et suffisant vous aveugle. RIEN ne se décide dans la géopolitique des trois Amériques sans que les USA ne soient au coeur de l’affaire, habituellement avec le statut, tranquille et faussement bonhomme, de juge et de parti. Rien. Relancez votre fameuse ronde de négos de 2009 sur Saint-Pierre et Miquelon et on verra bien ce qui se tramera. Pourquoi c’est si difficile, au fait? Certainement pas de par la super-puissance d’Ottawa (de quoi?)…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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CFA: Continuité (coloniale) Française Ahurissante

Posted by Ysengrimus sur 30 avril 2008

ZoneCFA

Aujourd’hui, on la joue en mode plus chic avec: COMMUNAUTÉ FINANCIÈRE D’AFRIQUE, mais le filet de Papa-Commandant a bien peu changé la nature de ses rets.

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Sortons d’abord les colonies que la France a perdu manu militari, elles échappent de toute façon à la combine. Canada, Vietnam, Haïti, Algérie, Maurice et des poussières, ouste, dormez en paix. Vos emmerdes sont bien réelles mais toutes autres… Ajoutons-en deux que le Vieux Coq a fini par picorer en douce de la gamelle des belges: Rwanda, Burundi (deux compagnons de route de misère). Et regardons. C’est pour se dire que la décolonisation d’il y a 50 ans n’est passée par là qu’en pure apparence. Les Antilles et la Nouvelle Calédonie sont des DOM-TOM et leurs ancêtres sont à fond la caisse les gaulois. Le seul et unique pays qui est membre de la Communauté Européenne de tout l’espace panaméricain c’est la Guyane française (qui est donc de facto la France hors métropole, en fait…). Et… 14 pays peu fortunés d’Afrique carburent encore au Franc CFA (Gabon, Mali, Niger, Burkina Faso, Centrafrique, Cameroun, Togo, Bénin, Côte d’Ivoire, Sénégal, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, République du Congo, Tchad, Comorres). Le sigle CFA en 1945, quand De Gaulle et ses séides ont mis ce dispositif monétaire en place, cela valait pour COLONIES FRANÇAISES D’AFRIQUE ou COMPTOIRS FRANÇAIS D’AFRIQUE. Aujourd’hui, on la joue en mode plus chic avec: COMMUNAUTÉ FINANCIÈRE D’AFRIQUE, mais le filet de Papa-Commandant a bien peu changé la nature rétive de ses rets. Pour résumer l’affaire, disons simplement que le Franc CFA a une parité fixe, unique et éternelle avec l’Euro (anciennement, il l’avait avec le Franc Français). On dit bien: parité fixe, unique pour tous, éternelle, immuable et non fluctuante. Pour 13 de ces 14 pays pauvres, 665 Francs CFA valent en gros 1 Euro pour toujours (les Comorres ont une parité très légèrement distincte, mais fixe aussi). Et rien ne fluctue jamais au grand jamais, entre eux ou ailleurs. La douce stabilité de Jouvence. Papa-commandant garde ses enfants monétaires solidement agrippés à son ceinturon, depuis 1945. Les dévaluations, les fluctuations, les cours, c’est pour les autres. Pas de pesos dans mon enclos. Monopoly aux colonies. Tant et tant que, quand l’Euro grimpe (ce qui lui arrive plus souvent que pas mal souvent), il tire automatiquement le Franc CFA vers le haut avec lui, comme une grappe ses raisins. Ce dernier se trouve alors artificiellement surévaluée et cela fait tomber sur le cul les exportations déjà rachitiques de nos 14 rabougris «indépendants». En ce moment justement, le Sénégal gueule qu’il veut sa propre monnaie nationale, mais pour ce faire… il va falloir que les 14 aillent négocier sans faire de vagues avec Papa-Commandant à Paris, vu que, en plus, entre autres, en vertu d’une version amendée de l’entente CFA de 1945, entre 50% et 65% des avoirs financiers de ces 14 pays sont obligatoirement mis en banque « pour toujours » justement… à Paris. Parlant.

Ignoré, oublié, marginal, secret, barbouze, le néo-colonialisme français est un espace petit mais serré, méconnu mais compact, vieillot, rigide, intraitable, brutal, confidentiel. C’est un caillou pugnace bien casé sous la roue de l’Histoire. La République est encore bien une et indivise en matières coloniales et si l’homme est un roseau pensant, il laisse au chêne le soin de cogiter la souplesse présente et future de l’Internationale Francophone… Il semble bien qu’il va falloir un autre grand frère compradore pour finir de concasser les tessons de cet empire ruiné et les tourner en poussière d’or. Et… ce nouveau tuteur putatif sera fort probablement chinois…

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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