Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

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Posts Tagged ‘Afghanistan’

La liste alphabétique, bien courte et bien éclectique, des Républiques Islamiques

Posted by Ysengrimus sur 15 juin 2018

République et démocratie, on s’en avise plus que jamais aujourd’hui (notamment en occident), sont des choses bien distinctes qui se rejoignent uniquement dans certains contextes historiques spécifiques, habituellement fugitifs. Les confondre abstraitement est une généralisation risquée. De plus, la notion de république islamique ne renvoie absolument pas à un dispositif politique cohérent, comme on cherche implicitement à nous le faire croire par les temps propagandistes qui courent. Cette idée largement paradoxale, qui n’est même pas exactement un programme, regroupe éclectiquement quatre états s’étant assignés officiellement cette désignation, indépendamment les uns des autres, dans des circonstances parfaitement diverses, au cours de leur développement historique récent.

AFGHANISTAN (année de la proclamation de la république islamique: 2001). On oublie trop souvent que l’Afghanistan comprend plusieurs peuples. Les Pachtounes (ou Pathan) forment le groupe politiquement dominant. Les différentes tribus pachtounes se retrouvent à l’est et au sud-est, dans les montagnes faisant frontière avec le Pakistan. Les Tadjiks (que l’on retrouve aussi au Tadjikistan limitrophe, une ancienne république soviétique) habitent surtout le nord et l’ouest du pays ainsi que dans les villes. Ils parlent farsi (persan) et c’est le groupe le plus en contact avec la vie moderne, mais il est politiquement dominé par les Pachtounes. Il y a aussi, en Afghanistan, des Ouzbeks et des Turkmènes mais le groupe le plus défavorisé et opprimé est celui des Hazaras, qui se trouvent dans les montagnes du centre du pays. Toutes ces populations sont musulmanes et le régime le plus puissamment unificateur de leur histoire récente, le régime Taliban (1996-2001), se réclamait ouvertement de l’Islam fondamentaliste et de l’islamisme, en voyant bien cependant à ne pas instaurer une république (le nom officiel de leur État était: Émirat islamique d’Afghanistan). Aussi, les compradores pro-américains tenus à bout de bras par l’occident, qui sont en place depuis la chute si coûteuse et si ruineuse des Talibans en 2001, n’ont pas trouvé mieux que de qualifier nominalement leur régime de république islamique dans un futile effort pour perpétuer un semblant de cohésion dans cette mosaïque centrifuge de peuples soutenant, d’autre part, activement les insurgés talibans, toujours puissants et mobilisés.

IRAN (année de la proclamation de la république islamique: 1979). Depuis la chute du régime du shah en 1978 et la proclamation, en mars 1979, de la République Islamique d’Iran, dirigée par les ayatollahs, les peuples qui ne sont ni perses ni chiites et qui se trouvent à la périphérie du pays résistent sourdement à un régime qui ne se soucie pas trop de leurs aspirations. Les Turkmènes, à l’est de la Mer Caspienne, se souviennent nettement de revendications territoriales remontant aux exactions du shah. Au nord-ouest, en Azerbaïdjan les Azéris (turcs) sont très conscients de leur force, mais ils sont chiites pour la plupart et nombre d’entre eux ont fait fortune à Téhéran. Au sud-est, les Baloutches, qui nomadisent aussi au Pakistan et en Afghanistan, sont en situation de rébellion endémique permanente. Dans les montagnes de l’ouest, les Kurdes, sont, du côté iranien, toujours solidement autonomistes. Enfin, au sud-ouest, dans la province pétrolière du Khuzestân, les populations arabes sunnites, notamment les ouvriers des grands centres industriels d’Abadan et d’Ahwaz, respectent la république, sans plus. L’Iran, dont la population n’est pas plus islamiste que cela au demeurant, est, par contre, la plus authentique république du quatuor. Ses institutions, profondes, implantées, issues d’une révolution anti-monarchique interne, vernaculaire, collective, sont encore dynamiques. Notons qu’au nombre de celles-ci figure la position de Guide, situé au dessus du premier ministre et du président et qui, à défaut de faire monarchiste, ne peut laisser de faire penser, mutatis, mutandis, à Cromwell, à Bonaparte, à Staline ou, dans un dispositif atténué, au vieux de Gaulle de la jeune cinquième république française.

MAURITANIE (année de la proclamation de la république islamique: 1958). Ancienne portion de l’Afrique Occidentale Française et instaurée nationalement en fonction de l’ancien découpage colonial plutôt que sur la base de frontières historiques effectives, la Mauritanie se caractérise par l’antagonisme, jusqu’à présent latent, entre des populations sédentaires négro-africaines du fleuve Sénégal et des nomades arabophones des steppes. Intéressant le néo-colonialisme occidental surtout pour ses mines de fer, ce pays désertique a longtemps eu maille à partir avec son puissant voisin du nord, le Royaume (ceci: NB) du Maroc, qui revendiqua longtemps la Mauritanie comme faisant partie intégrante de son territoire, point barre. Cela se joua notamment à l’époque des embrouilles compliquées et meurtrières impliquant le Front Polisario. Définitoirement (et un peu abstraitement) république islamique depuis son indépendance du colonisateur, la Mauritanie est, ouvertement ou insidieusement, dirigée, depuis 2008, par une junte putschiste. Cet autre signe de non cohérence de l’idée de république islamique, se complète des constantes habituelles: un clivage interne des peuples (assez similaire, du reste, à celui du Mali) dont le seul facteur, hautement illusoire, de cohérence collective est la soumission commune à la tradition de l’Islam sunnite. Inutile d’ajouter que la Mauritanie est un joueur mineur de la géopolitique mondiale contemporaine.

PAKISTAN (année de la proclamation de la république islamique: 1956). Le Pakistan rassemble, lui aussi, des ethnies fort différentes, Penjâbis au nord, sur le piémont de l’Himalaya, Sindhis au sud, dans le delta de l’Indus, Baloutches dans le désert de l’ouest et Pachtounes dans les montagnes occidentales. Les Penjâbis sont les plus nombreux et forment le groupe politiquement dominant. Toutes ces populations ont fait partie, jusqu’en 1947, de l’Empire des Indes, tenu par les Britanniques. Lors de l’indépendance, après une très meurtrière guerre civile, les populations du nord-est et du nord-ouest de l’Empire des Indes se sont séparées, selon une partition visant ouvertement à cliver les hindous des musulmans, pour former le Pakistan. Ce dernier a cherché à se donner une cohésion, que sa géographie fracturée désavantageait, en se définissant comme une république islamique dès 1956. Mais en 1971, les Bengalis (Pakistan oriental) se sont révoltés contre la domination du Pakistan occidental et sont devenus indépendants, avec le support militaire de l’Inde. Le Bengladesh (ancien Pakistan oriental) est aujourd’hui un régime parlementaire grosso modo de type Westminster et seul le Pakistan (ancien Pakistan occidental) se donne aujourd’hui comme républicain et politiquement islamique. Les pulsions exogènes, le potentiel d’arrachement de grandes portions du territoire national dont le Pakistan peut se vanter d’avoir vécu les coûts humains effectifs et profonds, se poursuivent avec les revendications pour un Pachtounistan qui regrouperait ensemble les populations Pachtounes afghanes et pakistanaises. À cela s’ajoute le grave contentieux avec l’Inde sur la question du territoire disputé du Cachemire (une guerre entre Inde et Pakistan sur cette question reste une possibilité très tangible). Il est limpide que le programme républicain pakistanais en a plein les bras avec les questions d’intendances intérieures et frontalières des peuples.

Les particularités sociopolitiques que l’on dégage des quatre seules républiques islamiques du monde contemporain sont disparates et maigres, surtout si on cherche à les décrire exclusivement (comme le fait bien trop la propagande actuelle) dans l’angle de leur «islamisme». La situation de ces quatre nations donne plutôt à observer un pouvoir centralisateur affairé, dans des mesures diverses, du compliqué et potentiellement explosif problème des nationalités intérieures sans état (des enjeux frontaliers hypersensibles s’ajoutent à cet effritement intérieur endémique). Dans ce contexte tortueux, la république cherche bien plus à être une et indivise qu’ «islamique» (si tant est que cette notion signifie quelque chose de clair dans le champ politique). S’il existe un islamisme résistant, militant, terroriste, virulent, il n’émane pas vraiment de Mauritanie, du Pakistan ou même d’Iran. L’insurrection talibane afghane, pour sa part, a des visées strictement intérieures. L’internationale islamiste est à rechercher ailleurs, justement dans les pays où une chape de plomb compradore, de plus en plus coûteuse et mal gérée, ne permet PAS de faire jouer ou d’instaurer des institutions républicaines effectives («islamistes» ou autres).

Une république islamique résultant d’une vaste partition confessionnelle meurtrière et brutale (Pakistan), une miniature, post-coloniale et non-monarchique (Mauritanie), une issue d’une grande révolution anti-monarchique authentique (Iran) et une se donnant une étiquette démagogue commode pour se démarquer d’un «émirat» récemment renversé par les occidentaux (occidentaux dont on cherche aussi à avoir l’air de se démarquer — Afghanistan). Ceci est parfaitement et irrémédiablement éclectique. Ça fait penser à la «démocratie-chrétienne», si vous voyez ce que je veux dire. La religion, principalement comme moralisme abstrait, éclectiquement cousue sur une aspiration républicaine post-monarchique ou anti-coloniale… c’est pas d’hier. Souvenons-nous de l’Irlande…

Et ne séparons par unilatéralement, juste parce que Papa Oncle Sam l’a dit, la notion de terroriste et celle de résistant… D’autres points du monde, dont nous reparlerons brièvement ici ou ailleurs, prennent alors une toute différente dimension que ces quatre républiques islamiques… ayant, du reste, de plus en plus de difficulté à vendre ou exporter leur improbable vision du monde sociopolitique actuel.

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Tiré de mon ouvrage: Paul Laurendeau (2015), L’islam et nous, les athées, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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Source sur la répartition des peuples: L’État du monde (version papier). Paru aussi dans Les 7 du Québec

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États-Unis: rédemption, piège à con

Posted by Ysengrimus sur 1 février 2009

Saint Obama

Obama, figure rédemptrice, joue à fond le jeu de la pureté éthique et de la candeur intellectuelle.

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Je trouve finalement l’un dans l’autre que notre bon vieil impérialisme américain l’a pas mal facile au bout du compte en remplaçant ainsi, sous les viva! planétaires, un président mannequin (terme limpide) par un président acteur (terme volontairement ambivalent) et en se tapant la formidable rédemption que cela entraîne…

C’est un spectacle cyclique, en fait. Un manège circulaire des symboles. Une scintillante poudre aux yeux tricolore. Regardons de plus près cette «nouvelle donne» du fameux retour du président qui agit par lui-même (par opposition, croit-on, au président qui se laisse ballotter par les groupes d’intérêts). Dans les derniers soixante ans, le Parti Démocrate a produit les grands présidents acteurs. Tu ne peux pas aligner FDR, JFK, WJC et BHO sans que les astres ne bougent un peu… Chez le Parti Républicain, marionnettiste invétéré ayant piloté beaucoup plus de présidents, deux autonomies ressortent: celle de Richard Nixon et celle de George Bush Senior. Ces deux figures fétides ont d’ailleurs en commun d’être deux vice-présidents devenus ensuite présidents en un tout nouveau mandat (donc pas comme Harry Truman, Lyndon Johnson ou Gerald Ford qui finirent le mandat du président précédent, mort ou démissionnaire, ce qui, sauf dans le cas de Ford, les fit rebondir aux commandes). Signe criant de comment ces gars de droite marchent, le marionnettiste des débuts finit, avec eux, par attraper le manche et devenir (un peu) acteur… Ces Républicains sont des manipulateurs de grands pantins sans complexe et leur peuple le sait parfaitement. Le dernier grand président mannequin avant George W. Bush fut incidemment Ronald Reagan (un ancien acteur… de cinéma, je veux dire). Cet ample président vide, qui fut surnommé le président de 9 à 5 (avec sieste l’après-midi) reposait lourdement sur l’équipe et surtout sur son VP et futur successeur, Bush Senior… Il est certes piquant de constater que de placer le fils de l’éminence grise de jadis sur le trône du vieux mannequin d’autrefois s’avéra la suprême combinaison ratée de la dernière décennie. Ils ne la referont pas de sitôt, la passe de la marionnette aux commandes, on peut dire cela sans risque… Et subitement, aujourd’hui, patatras, les USA ridiculisent haut et fort ce George W. Bush Junior, poupée à la tête creuse… mais, ce faisant, ils n’effacent en rien son action catastrophique. Cette dernière ne s’inversera pas pour autant. Salvador Allende ne revint pas en vie après la démission de Richard Nixon

Nos bons ricains se tapent tout simplement une petite table rase émotionnelle en mondovision, une petite rédemption à grand déploiement centrée sur ce retour «nouveau» du président acteur. Ils diffusent quelques rubans YouTube bouffons du bouc émissaire politique du jour et continuent de rouler, droits dans leurs bottes. Oh, oh… Méfiez-vous de ce genre de défoulement rédempteur inane. George W. Bush, agneau pascal, moi, je ne mords pas. Son départ laisse le vivier washingtonien (sans parler de celui de Wall Street) parfaitement inaltéré… C’est d’ailleurs pour cela qu’Obama compose tant… C’est un vieux truc de politicien de centre-droite que de faire ridiculiser le prince droitier déchu par les nouveaux thuriféraires. Une figure publique très modérément progressiste attise les réactionnaires extrêmes sur cette cause spécifique en leur jetant des morceaux de viande ironiques bien poivrée pour les faire aboyer dans leur clos, chiens hurleurs qu’ils sont. Les idiots mordent, gueulent et réitèrent leur cause foutue que le prince droitier déchu ne peut plus porter et notre personnalité publique de centre droite parait soudain fort avancée en se projetant devant ce choeur d’arrière-garde, manufacturé et entretenu par elle. L’art discret de ne pas avoir à trop innover, en inculpant en sous-main le prédécesseur.

Obama, figure rédemptrice, joue à fond le jeu de la pureté éthique et de la candeur intellectuelle. Toujours aussi générique sur les affaires non-domestiques, il incarne sereinement l’ignorance abyssale que l’Amérique a du monde. Son atout majeur, pour le moment, est que, comme Socrate, il sait qu’il ne sait rien et il l’admet… et il dit à ses émissaires diplomatiques de commencer par écouter. Il veut laisser les idées préconçues bien entassées dans le placard du passé tragique. Nouveauté fondamentale d’un impérialisme en amorce de rétrécissement? Oui? Non? Cela fait nouveau, nouveau, nouveau, certes, mais il reste qu’Obama est fondamentalement un centriste, donc, en fait, un chef cuisinier matois qui apprête les restes en les amalgamant en un subtil mélange réchauffé, qui fait nouveau… Il ménage la viande et les patates, la chèvre et le chou, la gauche et la droite, le Likoud et le Hamas, les tartuffes et les athées, le capitalisme et le socialisme. C’est une balançoire, un pendule qui oscille au dessus des questions. Ce n’est pas qu’il brette ou hésite, c’est qu’il englobe, qu’il embrasse. Or, qui trop embrasse, mal étreint… Obama admire tout le monde (du moins en parole), n’a pas d’ennemi (du moins en apparence). Tout le monde est beau, gentil et un génie. De par cette dynamique, très Nouveau Monde primesautier dans le style, très Amérique joyeuse dans le ton, Obama est bien plus américain et bien moins impérialiste que plusieurs de ses prédécesseurs, du moins, encore une fois, en apparence. Et que fait Obama de fondamental dans la dynamique qu’il tente de mettre en place ainsi? Il manifeste, publiquement et politiquement, de l’HUMILITÉ. La même humilité qu’il avait justement annoncée dans son discours inaugural. De là, deux choix s’offrent à l’analyse. Soit il s’agit d’une humilité de Tartuffe et qu’on a affaire, comme du temps de Jimmy Carter, à l’insertion de la vieille main de fer de l’impérialisme américain dans un nouveau gant de velours. Soit il s’agit d’une humilité effective, symptôme sociopolitique réel et profond du fait que l’impérialisme américain du siècle dernier s’approche le plus en douceur possible de la piste d’atterrissage de ce siècle-ci. Deux choix possibles. Le charme d’Obama nous masque subtilement l’option effective… alors gardons l’œil ouvert.

Car, dans les faits, si le vaste dispositif militaire US cessait simplement de tuer des gens un peu partout au monde, de ci de là, de gauche et de droite pour des raisons qui, on l’a souvent dit,  ne correspondent même pas à la volonté effective du peuple américain, ce serait déjà un développement bien plus effectif que tout le flafla rédempteur auquel on assiste en ce moment. Ils peuvent même garder leur collets cravates si ça les amuse, mais simplement qu’ils cessent de reporter la paix au calendes, en changeant les soldoques de place, en rebrassant le paquet de cartes et en maintenant le bellicisme de service bien actif sans vraiment s’informer d’avantage… De fait, à ceux qui voudraient nier l’ignorance que les américains ont de la complexité du monde qu’ils oppriment, je dirai simplement ceci. Les élites «savantes» de ce pays l’ont mis dans le fossé et l’ont enfoncé dans le discrédit international le plus profond de son histoire moderne. Obama, lui, c’est clair, s’inscrit en faux devant ces «savants» que le tout venant admire tant. Il se rapproche de son peuple, lui ressemble, le sert, l’incarne même, en disant: «Je n’y voit goutte, je ne crois pas savoir, je ne sais pas. Il y a là une complexité qui m’échappe, il me manque des éléments. Informons nous d’abord car notre savoir antérieur est probablement un faux savoir». Obama tombe la veste (y compris au Bureau Ovale) et joue de mimétisme populaire. Je ne sais pas s’il agit, mais il montre qu’il agit. Cela, d’ailleurs, avec la stricte rigueur de sa doctrine centriste, n’est pas sans rappeler Juan Domingo Perón (1895-1974). Perón (un peu d’ailleurs comme René Lévesque) fut d’abord un homme d’état oeuvrant au beau risque de mélanger gauche et droite, un peu comme on mélange soufre et salpêtre dans la poudre à canon. Dans le cas de Perón, cela a fini par péter de travers, d’ailleurs, populisme, militarisme, dictature, etc. Ici, l’affaire est inévitablement à la fois plus compliquée et plus grandiose, mais il reste que le jeu d’Obama (aussi au sens de son jeu d’acteur…) engage un risque politique qui n’a pas grand-chose à voir avec de la nouveauté neuve, neuve, neuve… Il veut camper une Unité Nationale, comme le voulait le Perón des débuts (c’est habituellement un indice du poids de l’adversité extérieure…). Souffre – Salpêtre. Il faudra voir où ça ira, mais c’est ça.

Sauf que, Rédemption Globalisante d’Extrême Centre ou pas, le monde ne s’arrête pas de tourner pour autant. Les Talibans résistent de mieux en mieux et il va falloir dix mille fois leurs ressources pour espérer les planter. Pourquoi? Est-ce comme au Vietnam? Et pourquoi avoir oublié le Vietnam? Et pourquoi tous les esprits savants, expérimentés et subtils des états-majors n’ont-il pas vu celle-là venir non plus? Mais que sait-on du monde, finalement, bon sang? Approfondir ce conflit, comme Obama prétend le faire, est-il une nouvelle erreur, à la fois impérialiste et moraliste, résultant directement de l’ignorance qu’il a eu la candeur de nous avouer? Quelle est la profondeur de sa mécompréhension du genre de racaille locale sur laquelle, en tant qu’occupant, il s’appuie pour gouverner indirectement un pays qu’il tient sous sa botte. La rédemption obamesque ne peut tout simplement pas demander à son segment compradore afghan de se dé-corrompre quand son propre dispositif d’occupation repose crucialement sur le segment corrompu de la société. Prier les collabos de se dé-corrompre c’est les prier de s’autodétruire, vu que le fond de leur corruption repose sur le service à l’occupant… et que c’est parce qu’ils sont corrompus à la base qu’ils collaborent! Les USA tournent leur marionnette en bouc émissaire de leur propre impérialisme, en faisant cela… S’en rendent-ils compte seulement? L‘action d’Obama masque t’elle l’inaction implicite de la force d’inertie de l’immense machinerie qu’il chevauche? Silence planant de ses critiques et de ses suppôts. Et ce silence planant est un solide indicateur de tendance. Soudain, sous la rédemption d’Obama, l’Amérique lave plus blanc. Il ne faut plus la critiquer, elle est purifiée. Holà, holà… Non merci. La rédemption US est le plus formidable des pièges à con imaginable de ce début de siècle… et veut veut pas, Obama construit gentil sur les acquis salauds de ses prédécesseurs…

Le 20ième siècle s’est terminé en septembre 2001 sur une brutale légitimation. Le 21ième siècle s’est amorcé en novembre 2008 sur une doucereuse rédemption. À chacun son piège à con et les réveils seront douloureux mais, au moins, lucides.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Résistance n’est pas Terrorisme

Posted by Ysengrimus sur 29 juillet 2008

Occupation de Kaboul

On envahit ces gens, on les massacre, les occupe, les spolie, détruit durablement leurs vies, chez eux, dans leur pays, leur monde, leur espace social et familial…

Bon, assez c’est assez. Je trouve particulièrement inacceptable et foncièrement malhonnête qu’on traite de terroristes –la fichue insulte bateau de ce temps- les petites gens qui combattent l’occupation des armées occidentales dans leur propre pays. Ces résistants se battent dans leur univers de vie pour la préservation de leur existence humaine la plus profonde. Mao disait: “respectez l’hinterland”. Ce n’est pas ce qui se passe en Irak et en Afghanistan, l’hinterland y est foulé au pieds, avec un mépris et une brutalité inégalés. Conséquemment, la guerre y perdure et il est vraiment temps que nos soldoques et leurs suppôts se rendent compte qu’ils ne sont pas les hérauts/héros du Souverain Bien dans ces portions du monde, loin s’en faut… Les combattant(e)s qui résistent, avec les moyens du désespoir, aux occupations occidentales dans nos conflits de théâtres sont à terme les plus puissants guerriers de ce temps. C’est parce qu’ils ont la puissance du cœur et des entrailles et l’opposent sans transiger à notre quincaillerie bureaucratico-militaire ronronnante, inerte, insensible. Ces résistants sont ceux qui gagneront au bout du compte. Je respecte profondément ces hommes et ces femmes. Ils incarnent la faillite et l’absurdité pharaonique des ultimes guerres impérialistes. Cessons une bonne fois de jouer les Tartuffes sanglants. Mais enfin, on envahit ces gens, on les massacre, les occupe, les spolie, détruit durablement leurs vies, chez eux, dans leur espace social et familial. Ils ne se laissent pas faire, défendent leurs villes, leurs maisons, leurs enfants et nous jouons encore les grands moralistes bêlants par dessus le tas sanglant de leurs morts, que nous avons-nous même empilé au bouteur kaki dans leur segment congru de ce monde cruel. Nul. Inepte. Fou. Inacceptable.

Et il se trouvera encore des propagandistes locaux de bas calibre pour dire que ces résistants sont manipulés par la cause ceci et la cause cela. Oh, la sacro-sainte foire aux manipulations. Il est bien vrai que moi, on m’a manipulé à tuer, sans me salir les mains, 100,000 irakiens, dont les intimes de ces hommes et de ces femmes qui «nous» résistent aujourd’hui. Mon crime, le monde entier le sait, fut perpétré pour des raisons strictement et exclusivement militaro-industrielles, sous des prétextes défensifs ouvertement mensongers. Je trouve cela en effet fort effrayant, révoltant et manipulateur, ce qu’on me fait faire en permanence sans que je bouge de chez moi… Il faut en somme les tuer ou vouer notre mode de vie à la faillite. Tuez-les donc, pour le coup, je vote pour… Je suis un impérialiste ordinaire (qui s’ignore). Je suis compromis à fond dans la mort violente et atroce de ces hommes et de ces femmes, comme tout occidental se baladant ou se faisant livrer des biens dans des véhicules à carburant fossile. Ne pas décrire les faits comme cela, c’est tout simplement les occulter servilement… Il faut bien un jour ou l’autre être lucide sur la totalité de cette tragédie humaine contemporaine. Il n’y a aucun auto-dénigrement là dedans. La guerre d’Irak est une guerre de pétro-pillage, nous n’allons certainement pas nier une évidence aussi massive et frontale. Nous sommes donc tous responsables, en utilisant ce qui y est pillé, en vacances comme au boulot. Cela ne m’amuse pas plus que quiconque d’admettre cela… Notre insensibilité confortable dans notre portion du monde engendre conflits, violences et crimes dans l’autre portion. Le nier c’est mentir froidement. C’est cela aussi, la ci-devant mondialisation.

Sauf qu’un fait historique demeure, clair et net: la lutte de résistance est une des lois de la guerre (toutes les guerres, sans distinctions spécifiques). Si on n’en veut pas, bien, il faut rester chez soi. Dans les conditions iniques de ce temps, je seconde de tout cœur la résistance des peuples opprimés du monde. Leur idéologie, ronflante et limitative, ne m’est rien. Leur action modeste, abnégative, absolue dans l’idéal d’un monde meilleur, m’est tout. Quiconque veut l’interruption de ces résistances doit tout simplement rappeler la troupe, faire cesser les bruits de bottes de la soldatesque et respecter la diversité fondamentale de notre tout petit petit monde. Ceci n’est pas une question de conjoncture mais de principe.

On nous raconte aujourd’hui, barda de citations de pseudo experts de l’OTAN à l’appui, que les Afghans ont désormais un gouvernement élu dont l’occupant occidental assure une «supervision technique». Un peu facile, en effet, le coup de l’empilade de citations tirées du Dictionnaire Électronique des Idées Recues (au mot clef: Taliban). Sauf qu’il faudrait quand même expliquer pourquoi, si «l’Afghanistan est un état souverain, que ce pays dispose d’un gouvernement et d’un président élu», les États-Unis d’Amérique, son occupant de plain pieds en fait, malgré vos dénégations rampantes, ont dû faire alliance avec les brigands semi-factieux de la ci-devant Alliance du Nord pour se tenir en selle. Le baratin des faux experts de l’OTAN., n’ont qu’une seule fonction: confirmer et légitimer intellectuellement et mentalement les salades intoxidentales du journal du matin. C’est de la propagande pure. Ces « spécialistes », suppôts de la ci-devant OTAN ricaine, vous mentent ouvertement et vous, vous mordez et vous relayez docilement. C’est que l’Afghanistan est en train de battre un drôle de petit record absurde et sanglant. Celui d’être le seul pays de miséreux à avoir sorti de son territoire les deux superpuissances de la Guerre Froide de jadis. Il va falloir expliquer cela aussi un jour… en évitant préférablement les analyses ressassées par la cause externe et l’abstraction creuse et malhonnête des « terribles souffrances« … L’occupation occidentale ne débarasse pas cette société de ses éléments extrêmes de tous barils, elle légitime leur emprise, elle perpétue leur tiraillage, elle les érige en héros. C’est un ratage intégral.

On nous chante donc sur tous les tons que les Afghans n’ont pas élu ces «talibans» qui résistent. Sans me mettre à chipoter trop avant dans de tels postulats électoralistes et autres, je ne veux poser ici qu’une simple question, un peu perfide: de quelles sources (autre que celles de la sacro-sainte intoxidentale) tenons-nous que la résistance afghane actuelle est talibane? Croyant une fois de plus à sa propagande sans nuance sociopolitique, l’Occident étiquette aujourd’hui «taliban» tout ce qui lève une arme contre lui, dans les montagnes afghanes. La résistance afghane n’est pas talibane, elle est intégrale. L’instance profiteuse en sera sans doute éventuellement talibane, mais ça c’est autre chose. C’est la politique politicienne qui suit après le recroquevillement des questions fondamentales. Et la question fondamentale ici c’est ceci: une occupation étrangère sépare-t’elle l’hinterland de ses éléments belliqueux et fascisants? Réponse: non. Au contraire, elle les unit, les fusionne, les joint intimement, les amalgame et transforme l’hinterland en maquis de martyrs pour une cause qui ne mérite probablement pas cette solidarité nationale artificielle qui est le principal artéfact résistant de toute occupation. L’occupation fascise tout le monde, y compris ceux qui la combattent. Elle ne se gagne rien et sert la cause qu’elle croit contenir. Je ne comprends pas que la dure leçon de l’histoire ne porte pas encore, sur une question aussi documentée dans la violence et le sang. Résistance n’est pas terrorisme. Résistance est ce que deviendra l’hinterland métal dans la forge de l’envahisseur.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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