Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Pour une compréhension non-narcissique du mythe de Narcisse

Posted by Ysengrimus sur 1 septembre 2021

We watch in reverence as Narcissus is turned to a flower. A flower?
(Genesis, Supper’s ready, album Foxtrot, 1972)

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Narcisse est un personnage mythologique injustement discrédité. Tout le monde en est tributaire mais tout le monde le dénigre. Ce perso est bel et bien mal connu d’être trop connu et, en réalité, la compréhension qu’on a du mythe de Narcisse est totalement inadéquate et largement déformée par des préjugés dont je ne décrirai pas l’origine car cela me mènerait trop loin hors de mon propos. Disciple bien tempéré de la République des Lettres, je me contenterai de signaler et de bien faire sentir le fait que, bon, un grand nombre des acquis intellectuels et émotionnels des mythologies anciennes ont été vicieusement altérés par la vision du monde que dictait, disons, le moyen-âge. Pas besoin de vous faire un dessin, je n’en dirai pas plus sur ce point. D’ailleurs, l’époque moderne, pourtant bien sécularisée et hautement ratiocinante, ne se gêne pas pour continuer de véhiculer les préjugés les plus sommaires sur le mythe de Narcisse. J’ai pas besoin de m’étendre la dessus, sans fin, non plus. Par les temps qui courent, les choses sont assez directes. Narcisse est une insulte et le narcissisme est une perversion. L’ère d’Instagram, plus culpabilisée par sa mondo-niaiserie qu’elle veut bien l’admettre, insuffle sa propre égomanie compulsive dans le pauvre mythe de Narcisse, plutôt que de faire l’effort intellectuel minimal d’en capter la signification fondamentale.

Narcisse, qui était chasseur-cueilleur, rencontre d’abord un certain nombre de problèmes avec quelques personnalités mythologiques aussi mineures que lui. Ces divers personnages ressentent de l’attirance, du béguin, de l’amour peut-être même, à l’égard de Narcisse. Ce dernier ignore leurs avances. Il ne le fait pas par arrogance, raideur ou snobisme, mais plutôt à cause d’une sorte de simplicité d’âme à lui, un petit peu enfantine. Le fait est que Narcisse ne se préoccupe pas d’idylles. Il fait sa petite affaire, sans plus. À ce point-ci de la réflexion, il faut aussi comprendre que Narcisse opère, tout naturellement, dans une normalité bisexuelle. Donc, des hommes l’aiment, des femmes l’aiment et tout ceci se joue et se roucoule en une culture antique passablement égalitaire et non discriminante autour de la question des orientations. Déjà, en partant, il faut avoir cette dimension pansexuelle bien présente à l’esprit pour comprendre les implications profondes (et bien exemptes du vieil hétérosexisme freudien) du mythe de Narcisse. Et alors, je n’entrerai pas dans les détails concernant toutes les personnes qui ont aimé ou désiré Narcisse et lui ont fait, de ce fait, des coups fourrés parce qu’il ne manifestait pas de réciprocité en amour. Le mythe varie sur cette question et il reste que l’ensemble de ces détails interactifs n’est pas nécessairement la portion la plus intéressante du problème posé. J’en demeure certes un peu marri, à me demander pourquoi des gens qui prétendent ressentir de l’amour pour vous vous tirent dans les pattes comme ça, si vous cherchez juste à être vous-même (et ne les aimez donc pas en retour). Que dire, sinon que cette portion de la légende a des assises réalistes sinistrement lourdes. Enfin, passons.

Narcisse est donc un chasseur-cueilleur qui se retrouve seul en forêt. Nouvelle pause. Il est très important, capital même, de comprendre que l’intégralité du drame de Narcisse se vit totalement seul. Cela rend parfaitement inadéquate toute corrélation qu’on chercherait à établir entre le vécu mythique de Narcisse et quelque chose comme une auto-admiration de nature sociale, ou un exhibitionnisme morbide, ou même un estime de soi gentil-gentil. Narcisse est fin seul. Il se fiche de lui-même, comme du reste. Il est tout à son action forestière. Il s’occupe de chasse et de cueillette. Il ne se soucie pas spécialement de sentiments amoureux ou de gestus mondains. Et c’est alors, au moment le plus inattendu, le plus incongru, qu’il se penche sur un lagon limpide et aperçoit quelqu’un, sur la surface ou dans le fond dudit lagon. La majorité des développements sur le mythe, à ce point-ci, affirment que la personne en question est une fille. Enfin, disons, Narcisse prend son reflet pour une fille, c’est-à-dire pour un être à la fois semblable et autre que lui. Pourquoi pas, une fille? J’ai rien contre ça. Je trouve ça, de fait, plutôt intéressant comme développement. Ben oui, pensez-y. Si l’être du lagon est une fille, Narcisse s’en trouve fortement légitimé de ne pas comprendre que c’est là son reflet à lui, lui qui n’en est pas une, de fille. On se suit? L’illusion est plus forte, plus profonde, plus radicale aussi, plus problématique, plus riche et dense… si l’être du lagon sur lequel Narcisse se penche est féminin. Car ce qui se passe surtout ensuite, c’est que Narcisse tombe follement amoureux de l’être se trouvant au fond du lagon, sans comprendre, une seconde, qu’il est en train de contempler sa propre image. On a donc ici une dimension de primitivisme qui porte sur les frémissements d’une âme simple, atavique ou enfantine. C’est quand même incontournable, ce qui se joue ici. Le gars discerne même pas la corrélation entre son ombre et son corps, bondance. Il a pas peur de son ombre, mais c’est tout juste. Narcisse, le mythique Narcisse, ne comprend pas encore la notion de reflet, ni la thèse du reflet, simple ou double. C’est bien que l’amour que Narcisse ressent ici, subitement, est absolu, intégral, virginal et que cet amour va prendre une cruciale dimension d’abnégation simplette. Je parle d’abnégation (attitude que le locus communi contemporain attend peu chez Narcisse, on notera) parce que Narcisse va laisser de côté l’intégralité de ses autres activités et entrer dans une dynamique de contemplation ébahie, admirative et passive de la ci-devant fille du lagon. Et cela va l’amener éventuellement à s’altérer, à entrer en mutation putréfiée, à disparaître et à renaître, sous la forme de la petite fleur portant le nom Narcisse…

Il semble bien que les narcisses, les fleurs donc, soient à l’origine de ce mythe, pas le contraire (le nom de la fleur, qui signifie esprit engourdi, existait avant le personnage, dit-on). Il s’avère que la corolle de cette fleur spécifique, lorsque celle-ci se trouve proche d’un point d’eau, a tendance à se pencher vers ledit point d’eau, un petit peu comme si elle se contemplait. Il s’agit en fait, pour elle, de bien capter la lumière supplémentaire que lui reporte le reflet miroitant du lagon. On a donc ici un de ces mythes, finalement assez classique, de ratiocination anthropomorphisante (un peu comme le mythe d’Écho, la principale éconduite de Narcisse). Le jeu est simple, simplet même, naïf. On a observé un petit phénomène de la nature et on l’investit d’une historiette qui légitime son existence, sur la base d’une anecdote de facture humaine. Or cette genèse empirique ou pratique du mythe n’épuise en rien sa force symbolique. Il s’en faut de beaucoup. Insistons. Le mythe de Narcisse a, en soi, une force toute particulière. Le fait qu’on ait amplement dénigré et fort mal analysé ce personnage confirme, ad absurdum, qu’il est plus crucial que bien d’autres, du même genre ou du même registre. Pour tout dire, Narcisse s’est fait faire un peu le même coup tordu qu’Épicure, si vous voyez ce que je veux dire… par la même gang, en plus. On a voulu que Narcisse soit un personnage fasciné par lui-même, égotiste, égomane, auto-hédoniste, masturbatoire. En gros, pour employer l’expression galvaudée et bizounée, Narcisse serait un narcissique… Pourtant, ce n’est pas là ce qui se trame dans le mythe même. Il faut bien comprendre que ce qui se joue ici, c’est une capilotade gnoséologique intégrale. Car Narcisse, c’est pas Fonzie devant son miroir, si vous voyez ce que je veux dire. Fonzie est ouvertement fier de son apparence et il sait parfaitement ce qu’il fait, en renonçant à se peigner, devant le miroir. Il formule un satisfecit intégral et pleinement assumé. Rien à redire, non vraiment. Narcisse, pour sa part, ne sait absolument pas qui est la personne du fond du lagon. Et il s’en tape totalement. Son amour est total, d’un bloc, absolu, inconditionnel, fasciné, sylvestre, secret, intime, sublime. Narcisse s’abandonne lui-même intégralement, dans cet amour. Il ne sait pas que c’est en se perdant ainsi qu’il se trouve, en fait. Radicalement modifié, il devient un petit objet du tout-venant, une fleur, une brindille attrayante parmi tant d’autres, que quelqu’un cueillera un jour et aimera temporairement, comme la plus anodine des petites réalités de ce jour. Narcisse entre en simplicité, du simple fait d’avoir finalement su aimer.

Le mythe de Narcisse est en fait le contraire diamétral de ce qu’on en a fait. C’est le mythe de l’abandon de soi dans l’amour et de cette soif spontanée d’absolu, superficiellement paralysante. L’amour naïf et frais, du type de celui que nous livre le mythe de Narcisse, nous pousse inexorablement à entrer en soi pour accepter une mutation, une diminution, un rapetissement floral, de soi. Tout pour pouvoir rester calmement penché, en direction du lagon. Ce qui compte crucialement, ce n’est pas que Narcisse se contemple. Ce qui compte crucialement c’est que Narcisse devient une fleur. Il est parfaitement prêt à se transformer en une fleur, un être temporaire, éphémère, aveugle et sublimement fragile, pour pouvoir continuer de se pencher sur son lagon, sa source de lumière. Ce passage de Narcisse à la fleur est rien de moins que la mise en place d’une conscience aussi déterminante que bien peu reconnue: la conscience de l’abandon de soi. Narcisse n’est pas amoureux de lui-même. Narcisse est déterminé par lui-même dans un cheminement qui fait de l’amour une priorité intégrale et qui fait de la mutation limitative que cet amour engendre une entrée dans le déterminisme absolu de la plus fugitive des petites existences. Narcisse ne le sait même pas lui-même, au demeurant. Faudrait y dire. Haut et fort. Mon Narcisse, comme nous tous, tu te changes en une petite fleurette, du simple fait d’avoir inconditionnellement aimé.

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29 Réponses vers “Pour une compréhension non-narcissique du mythe de Narcisse”

  1. Caravelle said

    Vous retournez le mythe de Narcisse comme une crêpe. Ce n’est plus l’amour de soi, c’est le don de soi, conscientisé par l’amour.

    • Angelica said

      Et l’importance des fleurs est ici enfin valorisée adéquatement. Une fleur, dans la vie ou dans les mythe, n’est jamais, jamais un être anodin…

  2. Cymbale said

    Je n’avais jamais vu l’hétérosexisme ouvert de la version triviale du mythe. La pansexualité tranquille des Grecs change vraiment tout, dans cette histoire.

  3. Sismondi said

    J’aime bien aussi qu’on retire la dimension punitive et vengeresse du truc. Écho, éconduite qui va chialer auprès de Némésis soi-disant parce que Narcisse est arrogant. Tout ça, c’est du fatras moraliste. Isoler Narcisse dans sa forêt est la clef. Il y confirme magistralement qu’on est jamais seul.

    • Julien Babin said

      M’enfin cette facette a aussi sa logique. Écho vit un amour impossible et elle veut, pour se venger, que Narcisse en vive un aussi. la mésaventure de Narcisse est donc le résultat d’une configuration vengeresse et punitive. C’est cohérent.

      • Sismondi said

        Mouais. Écho est prise avec le problème de Narcisse. Punie elle aussi, elle ne peut que répéter les cris des autres. Elle est la version sonore du lagon narcissien. C’est pas une vengeance, son affaire. C’est une caisse de résonnance pour ce qu’Ysengrimus nous explique ici…

        [Bien vu… — Ysengrimus]

      • Tablette Parlante said

        Écho est mal placée pour parler… et moi, je suis bien placée pour le dire…

      • Sismondi said

        Je vous suis parfaitement, tablette miroitante…

      • Sissi Cigale said

        Écho est une narcissique (au sens mauvais et trivial du terme). Quand t’aimes un gars pour de vrai, tu lui fais pas ce genre de niaiserie méchante. Mais peut-être que Écho est un autre personnage féminin dont on aura perverti le mythe.

        [Oh, soyez-en certaine, Sissi Cigale… — Ysengrimus]

    • michelebaly said

      « Isoler Narcisse dans sa forêt est la clef. Il y confirme magistralement qu’on est jamais seul. »

      C’est joli, ça. En effet, les arbres ont une présence incroyablement euphorisante!

  4. Sophie Sulphure said

    C’est tellement vrai que le changement en fleur passe pour une sorte de petite conséquence punitive secondaire de la passion de Narcisse. Si le fait de se changer en fleur est le résultat crucial de toute cette aventure, c’est effectivement que Narcisse devient fragile, cueillable, enfin disponible. Il sait maintenant intimement ce qu’est aimer. Mosus, que c’est beau.

    SoSo

  5. Julie Soulange said

    Narcisse n’est pas amoureux de lui-même. Narcisse est déterminé par lui-même dans un cheminement qui fait de l’amour une priorité intégrale et qui fait de la mutation limitative que cet amour engendre une entrée dans le déterminisme absolu de la plus fugitive des petites existences.

    Ouf, je seconde… et ouf, je me pâme. Aimer, c’est pleinement s’abandonner. Aimer c’est devenir une petite fleur qui penche…

  6. Herbe et Neige said

    Sismondi est en forme, ce matin… Il nous fait cogiter. Moi, je… moi, sur ce sujet, je… enfin c’était pour dire Moi, je… Admettez que c’est de circonstance…

    [J’admets et j’admire. — Ysengrimus]

  7. Ysengrimus said

    Pour compléter la réflexion ici, je vous livre ces vers cruciaux de la poétesse québécoise Claire De Pelteau:

    AVEC TOI

    Au dégel de l’étang
    miroite ton visage
    perlé de paysages

    Se loge ton regard
    perpétuelle présence
    au fond de mon être

    Je respire l’odeur
    aux forêts des désirs
    comme souffle de brise

    je bois en tes paroles
    nos échanges fervents
    élixir exaltant

    Je déverse en tes bras
    peines et souvenirs
    tu me consoleras

    Se joint en nos mains
    une continuité
    l’oracle de l’attente

    J’enchante chaque jour
    de traverser le temps
    au parcours de l’amour

    Et je croise nos vies
    reconnaissante
    d’être là avec toi

    (tiré de AU DELÀ DU REGARD, 2012)

  8. Tourelou said

    Et moi, je flétris.

  9. Il ouvre de nouvelles portes ce texte… et la transformation sublime de Narcisse semble un langage, si je me réfères aux nombreux commentaires suscités, que les dames-fleurs ont déjà compris intuitivement…

    Que c’est touchant cette réhabilitation du mythe de Narcisse… Que c’est beau l’Amour ❤️

    Une fleur?

    • Estelle said

      J’abonde dans le sens de monsieur Bolduc. je me dis qu’il est donc facile de dénaturer la réalité. Nous recherchons constamment cet Amour inconditionnel, happé complètement, dédié simplement dans un état de flow.

  10. Val said

    Ce texte me fait rêver du moment où les gens s’ouvrent finalement le cœur pour vraiment apprendre à aimer. Aimer c’est laisser tomber toutes les choses dans la vie qui semblent nous rendre heureux, mais en fait, nous accablent, nous stressent. La transformation en fleur, est-elle la prise de conscience du fait que l’amour est fragile et éphémère et ainsi, que c’est important d’aimer encore plus fort?

    • Line Kalinine said

      Aimer, c’est ressentir cette petite explosion dans mon cœur à chaque fois qu’apparait un post de Val. Comme une fleur qui s’ouvre au soleil, en effet…

  11. Val said

    Vous me faites rougir, mes amies.
    Mon cœur s’ouvre à vous…

  12. Hibou Lugubre said

    J’aimes bien cette interprétation du mythe de narcisse Ysengrimus… quoique, je me demande jusqu’à quel point elle serait valide aux yeux de nombreux autres qui l’ont interprété dans l’autre sens… Si on se réfère à Wikipédia par exemple, sans vouloir attribuer à cette source de quelconques vertus subliminales, la version retenue par cette dernière n’est pas celle-là… de plus, Wikipédia cite des sources et des grammairiens qui ont étudié les anciens textes… je vous invite a lire les  »sources historiques et épigraphiques et l’interprétation dans ce lien: https://fr.wikipedia.org/wiki/Narcisse_(mythologie)

    sur la fleur maintenant, le narcisse, et sous l’étymologie du terme, on lit carrèment ceci: «Dans la mythologie grecque, Narcisse était l’un des plus beaux hommes de Grèce, mais les dieux avaient décidé qu’il ne pourrait jamais regarder son reflet. La nymphe des sources Écho, qui avait été condamnée par Héra à ne pouvoir dire à ses interlocuteurs que la fin des phrases qu’elle voulait prononcer, tomba amoureuse de Narcisse. Elle fut rejetée par la vanité de Narcisse, et pour se venger, l’amante déçue demanda aux dieux de le punir par un amour impossible. En châtiment, Némésis (déesse de la vengeance) fit en sorte que Narcisse vît son reflet et en tombât alors amoureux. Il resta alors figé, face à l’eau d’où émanait son reflet. Écho, prise de désespoir, se jeta du haut d’une montagne : c’est de là que viendrait le mot «écho», et Narcisse fut transformé en plante. Cette plante porte son nom, à cause de l’inclinaison de ses fleurs en direction des points d’eau, de sa beauté reconnue et de son caractère toxique.» (toujours dans Wikipédia)

    Bref, sauf votre respect mon cher, l’idée ici est simplement de comprendre votre argumentaire.

    Mes respects.

    [Commencez en vous disant, tout doucement, que mon argumentaire, comme vous dites, s’oppose à la tradition que vous rappellez justement ici, bien moins solide et bien plus suspecte de dérives qu’il n’y parait, au Dictionnaire des Idées Reçues… — Ysengrimus]

  13. michelebaly said

    Mon cher Ysengrimus,
    je trouve votre texte jouissif. Tout en finesse et en subtilité, en nuances.

    Cette analyse que vous faites de ce mythe grec est riche et a évoqué beaucoup de souvenirs d’enfance en moi. Des souvenirs d’émotions à la fois complexes et intenses, mais tellement personnels que j’aurais peine à les décrire.

    Je me souviens avoir été moi-même fascinée par mon propre reflet, vers les 8-9 ans, lorsque je portais une casquette.Je me voyais en garçon, et je tombais amoureuse de moi-même. Sans honte. Toute à ma joie. À mon bonheur de n’avoir besoin de personne d’autre que moi-même pour me combler… Une androgyne de Platon, en quelque sorte…
    .
    ***
    .
    Ce passage:

    « Le mythe de Narcisse est en fait le contraire diamétral de ce qu’on en a fait. C’est le mythe de l’abandon de soi dans l’amour et de cette soif spontanée d’absolu, superficiellement paralysante. L’amour naïf et frais, du type de celui que nous livre le mythe de Narcisse, nous pousse inexorablement à entrer en soi pour accepter une mutation, une diminution, un rapetissement floral, de soi. »

    me fait penser à cette idéalisation de l’autre et de soi-même à travers le regard qu’on imagine de l’autre que l’on ressent lors des débuts amoureux. Cette ivresse de se vouloir parfait pour l’autre, et de croire l’autre parfait. Ce que Stendhal appelle « La Cristalisation ». Car ce qu’on aime alors, c’est soi-même à travers l’autre : la projection de son propre idéal, la concrétisation du but à atteindre pour devenir soi-même parfait.
    .
    ***
    .
    Il est vrai que j’ai moi-même cette mauvaise manie de voir des narcissiques partout. Ou des passifs-agressifs. Le fait est que je suis plutôt paranoïaque et que le fait de pouvoir apposer sur les gens (ainsi que sur moi-même) des étiquettes pseudo-psychanalytiques me rassure. Mais ce n’est pas plus rigoureux, d’un point de vue logique, que le fait de coller des personnalités-types sur les gens en fonction de leur soi-disant signe astrologique. Le fait est que je ne maîtrise pas la psychanalyse, et je dois me méfier de la psycho-pop et de ses raccourcis.
    .
    ***
    .
    Ceci étant dit, je voudrais néanmoins faire ressortir un point: la personnalité narcissique (qu’il faudrait probablement nommer autrement, je vous le concède) est décrite, en psychanalyse, comme une personnalité qui a remplacé le besoin d’être aimé par le besoin d’être admiré. Pour qualifier une personnalité de « narcissique », il faut que la personne présente plusieurs symptômes (comme c’est le cas pour n’importe quel trouble de la personnalité, d’ailleurs). Et parmi ces symptômes, il y a l’absence de compassion. Mais oui, oui, je vois bien que ce n’est pas par insensiblité que le Narcisse mythologique voit ses coutisan(e)s souffrir pour lui. Il n’en joue pas. Contrairement à ce personnage du film de Dolan (Les amours Imaginaires) sur lequel vous avez aussi écrit un texte. Mais là, je suis en désaccord avec vous. Car Nicolas se joue bel et bien du désir que Francis et Marie éprouvent pour lui. Il va plus loin que le Narcisse hellénique, qui, lui, est simplement inconscient des tourments qu’il suscite.

    • Line Kalinine said

      Très intéressant, la gamine à la casquette… l’anti-narcisse femme, en fait… Superbe et profond.

      Je crois que le type de personnage que vous analysez vers la fin de votre développement est en fait un égomane.

      • michelebaly said

        Vrai! Le terme est plus juste.

        🙂

        Je me relis et réalise que mes phrases sont mal construites: pour ma défense, j’ai été interrompue souvent lors de la rédaction de ce petit commentaire.

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