Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Charles III. Prévoir un roi hautement emmerdant

Posted by Ysengrimus sur 21 juillet 2020

Elizabeth II et le prince Charles, vers 1968

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Ce cuisinier va nous préparer des plats épicés…
Lénine, vers 1922 (à propos du jeune Staline)

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Les nations du monde se sont installées dans l’habitude distraite et tranquille de prendre Elizabeth II d’Angleterre et du Canada pour acquis. Encore impératrice coloniale intégrale en 1952, lors de son accession au trône, cette figure incontournable a fait atterrir le gros avion poussif de l’impérialisme britannique sans trop casser de bois. Une gageure. Translucide, constitutionnelle, intangible, solide, Elizabeth II nous a habitué à une souveraine qui faisait partie des meubles, tenait sa place et laissait la modernité institutionnelle s’installer, sans ruer dans les brancards. Cette situation ne change strictement rien au fait que, constitutionnelle ou absolue, la monarchie a beaucoup de pouvoir. Cette institution diaphane tient le coup, comme configuration strictement protocolaire et pro forma, parce que la reine actuelle ne cherche pas noise aux appareils étatiques sur lesquels elle repose. Mais même si ça dure depuis bientôt sept décennies, c’est et ça demeure globalement conjoncturel, au sein du plus vaste tableau des choses. Si un des rois succédant à Elizabeth II se prend à vouloir jouer subitement les Monsieur Veto, il est capable de donner pas mal de fil à retordre à ses commettants, gouvernement du Canada inclusivement.

Cet emmerdeur suprême, ça pourrait très bien être Charles III. Ce septuagénaire flegmatique est actif depuis des années dans toutes sortes de domaines et les longues saisons creuses que la reine a passé dans le protocolaire et le pro forma, il les a passé, lui, dans les levées de fonds et l’affairisme caritatif. Ce personnage passablement protéiforme opère autour de réseaux de pouvoirs argentiers internationaux beaucoup plus confidentiels et actifs que l’entourage convenu et armaturé de la reine. Charles et son florilège de fondations, c’est un peu le paradis fiscal de la monarchie britannique, en quelque sorte. Si la vie d’Elizabeth II a été de gouverner discrètement un empire politique en lent déclin, la vie de Charles a été de gérer ouvertement un empire financier en lente croissance.

Le pouvoir opaque du fric. Depuis des années, le prince Charles brasse des affaires. Les avoirs financiers qu’il contrôle sont délimités de façon brumeuse, tant du point de vue comptable que du point de vue fiscal, et conséquemment leurs contours et leur ampleur sont mal connus. Les contacts internationaux de Charles sont imposants et efficaces. Il peut, s’il le veut, mobiliser des alliances et faire circuler des fonds, dans des montages financiers subtils et variés. L’univers soi-disant philanthropique et caritatif qu’il contrôle, en tout ou en partie, ne doit pas faire illusion. C’est un empire discret, opaque, où tout est possible, vastes fiefs fonciers à l’ancienne autant qu’évasion fiscale et blanchiment d’argent. Ce qui compte le plus, pour la suite des choses, c’est que Charles agit, dans ce monde. Il est au cœur du dispositif. Non élu, il fonctionne beaucoup plus, au sein de cette structure polymorphe, comme un PDG que comme un prince héritier, un sénateur ou un gouvernant. Tant son prestige que son impunité avantagent les alliances qu’il établit sur l’échiquier monde. Il a les mains plus libres que la reine mais il a aussi les mains liées, un peu comme les auraient, disons, un grand chef de pègre. Rien de ce qu’il entreprend n’est innocent ou exempt d’intérêts. Propriétaire foncier, entrepreneur immobilier, grand brocanteur patrimonial, investisseur, brasseur d’affaires, Charles voit à tout, s’occupe de tout. Il a des grosses journées de travail et le protocolaire et le pro forma constituent encore la part congrue de ses activités. Il ne s’encombre ni des contraintes empesées du règne ni des obligations papillonnantes du gouvernement. Il mène ses affaires de fric et de lobby en douceur et il y institue solidement une habitude dont il se départira fort difficilement: celle de commander explicitement et de faire bouger des grosses batteries, sans rendre de comptes.

Un patron autoritaire. Tout ceux qui ont travaillé directement pour Charles le disent, en sous-main ou ouvertement: c’est un autoritaire. C’est un patron exigeant et les poses syndicales ne font pas partie des comportements qu’il concède. Charles opère dans un espace bien plus managérial que royal. Il n’a pas à s’encombrer de la dimension protocolaire des choses. Quand il a besoin qu’un de ses sbires fasse quelque chose pour lui ou pour une de ses fondations, il décroche le téléphone à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et donne ses ordres, frontalement. Son image publique, faussement bonhomme, onctueuse et placide, ne doit surtout pas faire illusion. C’est un tyran. Les cadres supérieurs qui gravitent dans son entourage font du vingt heures par jour, sept jours semaines. Il n’a pas l’habitude d’attendre ou de concéder. C’est un boss de compagnie auquel le prestige princier assure un pitch autoritaire incontestable. Il n’a donc pas pris l’habitude, au fil des années, de se faire remettre en question. Il commande ouvertement et n’a pas de majordomes ou de ladies-in-waiting pour encadrer ou limiter ses velléités. Elizabeth II a grandi, depuis l’âge de vingt-cinq ans, dans le cadre feutré mais serré de la toute dialectique soumission régalienne de palais. Charles, adulte, non. Il a ses coudées franches. Le corset de reine risque de bien vite le serrer au bide. Le fait que certaines personnes de marque s’éloignent de lui, discrètement, au fil du temps, prouve que sa coercition reste fort durillonne à endurer sur le moyen et le long terme.

Des choses à dire sur tout. Charles ne la boucle pas. C’est là sa marque de commerce. Il a des opinions et il les formule. En témoignent les fameux Black Spider Memos, des notes de service manuscrites qu’il adresse aux grands représentants du gouvernement. Sans complexe et sans ambages, le prince se comporte comme une sorte de super-conseiller et il dicte ses vues par écrit au personnel ministériel britannique. Tu fais quoi, ce matin-là, quand tu reçois une note pareille d’un tel personnage? Et surtout, tu feras quoi quand il sera le roi? La vieille pratique du mutisme régalien est strictement conventionnelle, coutumière, implicite, et traditionnelle. C’est une règle non écrite. Rien n’empêche un roi frondeur de la transgresser à sa guise. Cela veut dire que demain, Charles postera ses notes de service manuscrites à ses sujets, membres du gouvernement. Cela risque de mener assez vite à des mises au point champion avec ses futurs premiers ministres. Premiers ministres qu’il pourra, constitutionnellement toujours, destituer à sa guise. Il va y avoir là une sérieuse période d’ajustement et elle risque d’être assez carabinée. Croyez-moi, Monsieur Veto percole ferme, dans toutes ces pratiques. On les tolère, lesdites pratiques, depuis un moment, d’une sorte de prince héritier perpétuel reconnu pour avoir la langue bien pendue et la tête bien carrée. Mais la prochaine étape promet d’être plus raboteuse. On a déposé des monarques pour moins que ça… pour ne pas dire plus. Ce genre de manœuvres confirme assez ouvertement que Charles n’est pas vraiment en train de s’éduquer à être un roi de monarchie constitutionnelle… loin de là. Inutile de dire qu’on s’en inquiète déjà passablement dans certaines officines.

Le dogmatisme feutré de la caution écolo. Or Charles, c’est le prince écolo, le grand-duc de l’agriculture bio, l’orchestrateur national de l’architecture moche et vieillotte mais crédibilisée au nom du développement durable. Initialement, ces cau-causes faisaient de lui un olibrius national. Il fut jadis le prince désœuvré qui flagossait avec des plantes en pots. Mais tout ça, ce ridicule d’herboriste utopiste, c’est bel et bien terminé. C’était pour le siècle dernier. Aujourd’hui, Charles fait ouvertement figure de visionnaire vert. On l’invite dans des forums internationaux, pour ça. Philanthrope et écolo, il carbure unilatéralement pour le Souverain Bien. Il a Dieu de son bord (et souvenons-nous que, roi, il sera Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre et que le Dalaï Lama, ce pantin hautement autolégitimé, est un de ses nombreux bouffons de cours). Tout est dit quand on a dit que Charles a le pouce vert. De tout temps, il est le prince environnemental. Or l’écologisme, c’est le nouveau dogmatisme de notre temps. C’est central et cardinal. Ça légitime tout. Dans l’urgence (et, quand on détient la vérité consacrée, tout se joue toujours dans l’urgence), la caution verte facilitera, chez Charles, toutes ces dérives autoritaires qu’il porte en lui. Le dogmatisme feutré de la caution écolo calfate par avance toute aptitude autocritique chez Charles. Implicitement sanctifié, il se prépare clairement à guérir les écrouelles, dans nos jardins, nos fermes et nos pâturages. Il ne sera tout simplement pas possible de s’objecter. Son appareillage d’autolégitimation sera très solidement disposé: écologisme, architecture durable-gnagnan, misère sociale et philanthropie bien-pensante. Allez restreindre les velléités autocrates d’un tel Abbé Pierre. Vous allez vite passer pour un bouilleur d’enfants.

Le retour durable d’une couronne masculine. L’Homme redevient roi. La Femme ne sera plus reine, et là, pour longtemps (Charles sera suivi de William qui sera suivi de babi George — on en a pour cent ans). Or, oublions une minute nos propensions françaises post-saliques, qui ne voient les femmes couronnées que comme des consorts ou des régentes, et pensons anglais. Il est hautement parlant que trois des plus grands rois d’Angleterre sont en fait des reines: Elizabeth I, Victoria, Elizabeth II. Ces figures monarchiques ont marqué leurs siècles respectifs. Et je crois sincèrement qu’il y a un facteur de sexage là-dedans. Passives, attentives, respectueuses, ces figures de femmes ont tenu leur rang hiératique et ont laissé les couillus des parlements travailler. En contexte anglais, c’est là la grande force des reines et la petite faiblesse des rois. Monsieur Veto va, de fait, débarquer dans l’échoppe de faïence parlementaire et sociétale d’Elizabeth II et il va tout casser. C’est plié. Un autre facteur crucial en matière de sexage, c’est la question des mœurs. On ne peut tout simplement plus se faire fourguer un Edouard VII sémillant et lubrique. Il va se faire ramasser. Les électrices britanniques et canadiennes ne vont pas le laisser passer. Bon, Charles est fort probablement à l’abri d’un scandale de mœurs (un scandale politico-financier est bien plus probable, dans son cas… ce qui ne vaut guère mieux), ses gaffes maritales sont loin derrière lui, désormais. Mais le maillon faible ici, c’est William. S’il se met à courir la gueuse, comme il tend déjà à le faire, la vaste sensibilité féminine du Commonwealth, désormais amplement dominante en matière de royauté, ne le prendra tout simplement pas. Et là, c’est tout le bourbier de l’institution monarchique qui pourrait passer dans le tuyau de renvoi, mettons… dix ou quinze ans après la disparition d’Elizabeth II.

Il faut regarder la chose bien en face. Rien ne va plus pour les Royaumes. Le règne de Charles III marche au désastre. Une fois l’euphorie du changement de règne retombée, lui ou son fils ont de fortes chances de se faire déposer par le gouvernement britannique. Or, le gouvernement britannique ne peut déposer qu’un roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande du Nord. Pour un roi du Canada, c’est au Canada d’agir. Or, pour que le Canada en vienne à se grouiller le beigne en matière de monarchie, il faudrait au moins que Charles III décroche son téléphone et demande au premier ministre canadien de retenir Harry, le petit prince néo-américain, comme Gouverneur Général. Comme il est finalement assez possible que cela survienne, le Canada devrait peut-être se décider à allumer ses lumières et à prudemment exciser le lien monarchique, pendant qu’il est encore temps, c’est-à-dire avant que le gâchis de taxes post-colonial que nous prépare Charles ne prenne des proportions par trop gargantuesques…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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28 Réponses to “Charles III. Prévoir un roi hautement emmerdant”

  1. Sam said

    Ah, ces monarques! Sans leurs titres, on dirait des Tartempion, ils ont la tête d’une «Gertrude» ou d’un «Marcel»… avec les oreilles décollées en plus, comme sur la photo! j’ai adoré ce billet! Précis et signé on dirait d’un grand connaisseur spécialiste de cette monarchie britannique! Franchement chapeau! Le peu qu’on en connaissait et soupçonnait tout de même vient d’être démystifié magistralement sous la plume de notre Ysengrimus! Je me souviens de ce weekend à Paris en tous cas en 1997, le matin, tôt, c’était le lendemain de l’accident tragique de Lady Di! On disait qu’elle le haïssait… assez en tous cas pour mourir de la manière la plus atroce en compagnie d’un «vulgaire» fils à papa arabe dont on a jamais compris d’ailleurs son rapprochement d’une princesse si «intouchable» sauf son opportunisme certainement qui l’a mené à la mort à ses côtés! «Maudite union» diront les Anglais! Et presque un soulagement pour le prince héritier Charles, dont les frasques ne faisaient que se préciser! Et un traumatisme profond pour les rejetons, qui ne s’en remettront jamais… encore aujourd’hui!

    Merci d’avoir rendu justice à Elizabeth II aussi, je crois bien que si ça ne tenait qu’à elle, au fond, elle aurait souhaité abdiquer et liquider cette monarchie à la con… en conserver peut-être le strict minimum même protocolaire! Personne comme elle ne connaît si bien la bassesse et la déroute de la maison des Windsors en cette époque! Certainement pas Charles! Mais que voulez-vous, on ne choisit pas son destin en ce qui la concerne… une romantique vieux jeu qui aurait mieux apprécié une vie d’aristocrate, et basta! Mais elle continue de jouer le jeu, elle s’efforce à mon avis, et contrairement à ce dont l’accusent certains, d’être une grande manipulatrice, machiavélique et encore éprise de la nostalgie de l’empire! Je crois qu’elle a eu sa dose d’impératrice pendant les années 1960, 1970 et 1980, puis c’en était fini! Les années 1990 seront celles des vaches maigres pour cette monarchie aussi, fini les dépenses folles, fini l’impunité de la monarchie dans l’opinion anglaise, ils vendaient carrément leurs biens pour se maintenir dans leur train de vie, que les Saoudiens et autres princes de Brunei et néo-milliardaires leur achetaient rubis sur ongle! Et c’est justement là que Charles, en mari peut-être cocu, en prince des ténèbres, affûtera ses méthodes, choisira ses copains parmi les moins recommandables à travers le monde, et sombrera dans le fric, les montages financiers, les mauvais coups de la City, et l’entêtement à sauver son «empire»!

    Bref, vous en avez dressé un portrait tellement juste que vous pourriez le vendre aux grands journaux et magazines, à Paris Match, avec beaucoup de censure tout de même, car parfois «vous avez dépassé les bornes.» 🙂

    Merci Ysengrimus! Il me restera à explorer les nombreux liens surlignés du texte… j’en brûle d’envie! 🙂

    • Caracalla said

      Le profil psychologique des monarques a peu d’intérêt ici. C’est leur comportement politique (et financier) qui prime. Je crois qu’Ysengrimus joue mieux que vous, sur ceci. C’est vous qui écrivez un peu dans le ton Paris Match. Par contre, je seconde pleinement votre satisfaction face au billet d’Ysengrimus même..

      • Sam said

        @ Caracalla,

        Si j’avais su qu’Ysengrimus allait publier ce billet et mes commentaires sur son blog, et que cela vous contrarierait… je n’aurais jamais commenté 🙂 j’écris mes commentaires généralement tard la nuit, sans trop me formaliser… et je remercie Ysengrimus de me laisser venter ainsi… et partager avec lui mes opinions…! Merci d’avoir commenté mon commentaire donc… je n’en demandait pas tant que ça 🙂

        Cordialement.

      • Caracalla said

        Comprenons-nous bien, Sam. J’aime beaucoup vos interventions. il faut continuer de nous immerger dans votre pensée puissante, nocturne ou autre.

        [Je seconde. — Ysengrimus]

  2. Sam said

    J’ajouterais uniquement que ces monarchies c’est pas une mince affaire, aussi invraisemblable et stupide que cela puisse sonner à nos oreilles! Chez beaucoup de peuples dont les sujets britanniques de sa majesté éparpillés aux quatre coins du globe et des «commonwealth», il y a encore un fort relent de «légitimité» religieuse certes, chez ceux nombreux qui s’y reconnaissent encore, mais bien plus terre à terre que la religion, et qui relève du strictement politique, identitaire et culturel qui relève cette fois de «l’unicité» que peuvent encore incarner ces monarchies dans la réalité et dans l’exercice du pouvoir! Et c’est pour cette dernière raison je dirais que les monarchies un peu partout à travers le monde subsistent ou puisent une «légitimité» encore solide, imperturbable, non questionable presque, notamment dans les pays qui historiquement comptent plusieurs composantes ethniques et culturelles, de sensibilités identitaires aussi, et où subsistent des tentations de vouloir faire péter le tout à la première occasion à cause justement des nombreux clivages, différences, sociétés de castes, ethnies, langues et dialectes etc… Mais à cause surtout de l’échec des courants politiques anti-monarchiques à s’imposer dans ces pays pour une multitude de raisons et de circonstances qui font qu’aucun pays où il y a encore la monarchie ne ressemble à un autre qui soit semblable! Bref, en un mot, la monarchie maintient dans tous ces pays où elle règne encore, un régime féodal déguisé, embelli, modernisé, «démocratisé» qu’on dit…. alors qu’il n’en est rien!

    Je crois qu’en réalité le monde a tellement régressé au lieu d’évoluer sur le plan des libertés et des courants de pensée politique que ces monarchies en effet sont quasiment devenues prisonnières de leur propre jeu! C’est le monde à l’envers quoi! En ces temps de volcans sociaux un peu partout sur la planète, on a effectivement l’impression que les monarques même les plus absolus se cachent et fuient les devants, ils veulent une vie pépère, une vie d’aristocrate, faire du business sans renoncer à leur passe droit bien entendu, mais ils veulent en même temps des classes politiques qui se passent d’eux, qui se débrouillent en toute autonomie et solutionnent les problèmes, pendant que les peuples, bougnoules ou pas forcément comme les monarchistes britanniques, eux réclament la monarchie encore, la défendent, s’y identifient, l’implorent d’intervenir auprès de «classes politiques incompétentes», la maintiennent en place et lui donnent donc eux même tous les jours carte blanche en faisant preuve de soumission, et des pouvoirs dont elle ne pouvait rêver depuis toujours! La monarchie du vingt-et-unième siècle est donc sollicitée par le troupeau pour intervenir dans tout et n’importe quoi, politique, société, culture, règlements qui dépassent la justice, arbitrages, économie et surtout vision et projections du futur d’un État!

    C’est au final pas aussi contradictoire que cela! Car à y regarder de plus près, ce sont des monarchies et celles qui subsistent encore dans la quasi totalité de la planète qui ont façonné le monde tel qu’on le connaît! L’histoire de l’Europe, celle de l’Amérique et sa colonisation du Canada à la terre de feu en Argentine. En Asie c’est la même histoire, il n’y a en réalité qu’au Moyen-Orient que la monarchie est toute récente! Des pétro-monarchies constituées à la hâte par l’occupant anglais pour contrer l’ennemi ottoman, diviser pour mieux régner comme on dit et créer de nouveaux états artificiels… bref, imposer une géopolitique nouvelle et merdique qui ne manquera pas de devenir le centre de conflits interminables, depuis la fin de la seconde guerre mondiale et des guerres d’indépendances des colonies occidentales!

    Enfin, je dirais que la roue de l’histoire de toute façon n’épargne personne, même pas les monarques et leurs familles et même lorsqu’ils sont dans leur pleins pouvoirs! Scandales, tragédies, familles brisées, infortune et ruine les guettent tout aussi bien que le peuple! L’Histoire regorge d’histoires des plus malchanceux eux et leurs familles nombreuses, qui finiront parfois leurs vies de la manière la plus invraisemblable, la plus indigne aussi on dira… combien de princes et princesses ont fini dans la misère, l’indigence et parfois l’indignité ou la prison (y’en a même qui ont fini laveur de chiottes et passeurs de serpillière)… même les plus récents… des tsars de Russie et leurs familles aux régents ou monarques ottomans d’Égypte, de Libye, d’ailleurs! Mais il y en a un en particulier qui me vient à l’esprit maintenant, et qui fut un grand poète en son temps au onzième siècle, dont la poésie retrouvée et célébrée en Espagne a fait l’actualité et fait le tour du monde ces dernières années et c’est: Al Mu’tamid Ibn Abbad, jadis prestigieux prince souverain et sultan Andalou, il sera fait prisonnier par le sultan Almoravide Youssef ibn Tachfine, celui qui le sauvera de la menace des royaumes chrétiens et réunifiera une dernière fois l’Andalousie sous le règne Almoravide musulman… Al Mu’tamid finira sa vie prisonnier, misérable, indigent et méconnaissable dans un village berbère perdu des montagnes de l’Atlas marocain «Aghmat»… il ne cessera jamais de composer ses poèmes mélancoliques et ironiques sur sa gloire passée et sur l’inconsistance de la vie… Je n’ai malheureusement pas de lien traduit en français mais je suis sûr qu’ils existent car tout ce que j’ai lu de lui est en arabe et c’est pas mal magnifique!

    Merci Ysengrimus pour ce Billet encore! Vous êtes vous-même un prince, un monarque et un souverain! Si si, je vous l’assure! Vous en avez tous les attributs mon ami, de la maîtrise de l’art de la parole et celui de l’écriture à celui de la compréhension du caractère éphémère de ce monde… mais c’est juste que vous ne le savez pas! 🙂

  3. Denis LeHire said

    En tout cas, il y a une chose que Charles sera jamais caopable de faire si bien. Ceci:

    Quand j’entends un discours comme ça, moi je dis trois mots: Vive la Reine…

    • La Reine said

      Merci, monsieur LeHire. Votre impartialité et votre mansuétude me touchent.

      • Sophie Sulphure said

        Son français est magnifique. Et ce qu’elle dit sur la langue française est admirable. Certains de ses sujets devraient sérieusement méditer la leçon…

    • Caravelle said

      Et son bel appel aux mères canadiennes rejoint ce que signale ici Ysengrimus: une reine n’est pas un roi. On va bel et bien finir par s’en apercevoir.

  4. Marie Verne said

    Même en vertu du fait que les pouvoirs royaux ne sont pas vraiment abolis, Charles III ne pourrait pas faire grand chose… sauf donner beaucoup de fil à retordre au gouvernement britannique… et attirer des scandales…

    Emmerdant, en effet…

  5. Sismondi said

    Tout ceci est à raccorder au déclin des paradis fiscaux insulaires et continentaux. Bientôt il y aura une seule ile à évasion fiscale, ce sera l’Angleterre. Le Brexit ayant préparé le terrain marécageux, Le roi des montages financiers opaques va bientôt effectivement régner…

    • Martin Turquoise said

      Moi le caritatif, je trouve cela vomitif. Les fausses causes par excellence.

      • Piko said

        Un tas de merde de pègre financiariste dans un bas de soie auto-sanctifiant…

      • Mura said

        Il y a un compagnonnage étroit entre les dispositifs dynastiques contemporains et les montages financiers opaques. La dynastie TRUDEAU n’échappe pas au phenomène. Le seul premier ministre dynastique de l’histoire du Canada (fils d’un premier ministre) est entortillé dans un scandale de tripoteurs de fric caritatif, impliquant notamment sa maman…

  6. Tourelou said

    Nous sommes cuits…

  7. Camarade said

    Fort intéressante réflexion, camarade! Et trop de gens oublient qu’un souverain d’Angleterre déposé peut se réfugier dans son royaume canadien.

  8. Estelle said

    Je sais que la famille royale, symbole de la nation, jouit d’une grande popularité en Angleterre. À mon avis, les anglais ont plus d’affinité pour la reine que pour linstitution… mais bon…

    Je suis absolument contre la monarchie, la presse people autour des princes et princesses me laisse indifférente, et je trouve absolument scandaleux que tout ce petit monde se fasse entretenir par le bon peuple. Pourquoi ne travaillent-ils pas, comme tout le monde?

    Et pour eviter un emmerdeur qui sera trop vieux pour régner… si la couronne sautait une génération?

    [Il faudrait que Charles III abdique. Ce fut envisagé un temps, mais il ne le fera pas. — Ysengrimus]

    • Sissi Cigale said

      Estelle, le roi ou la reine du Canada me sont imposés par les monarchistes de mon pays qui ne veulent pas faire bouger les lignes. Ça ne se dépose pas comme ça, un vieux monarque de vieille monarchie…

  9. Bertolt said

    Les tabloïds britanniques ont fait un sondage auprès de leur lectorat. Les gens ne veulent pas de Charles et de Camilla. On lui reproche toujours la mort de Lady Diana. Le peuple veut William ou Harry.

    [À suivre donc… Ceci dit, la monarchie c’est pas… une démocratie… — Ysengrimus]

    • Bertolt said

      Sauf que la Reine dans son marketing familial a su mettre un temps ses petits-fils de l’avant lors d’événements pour gommer les bourdes de Charles, etc. De toute façon, la ligne de succession est bloquée et Charles risque de devenir sénile avant la mort de sa mère.

      [Les paris sont ouverts… — Ysengrimus]

  10. Vernoux said

    Le pattern que nous annonce Ysengrimus se déploie aujourd’hui en Espagne.

    JUAN CARLOS EN EXIL

    Corrompu, forcé d’abdiquer au profit de son fils sur des scandales financiers. La monarchie discreditée. Le fils qui patauge. Tout s’annonce ici, pour l’Angleterre.

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