Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

BUCZKO (roman de Loana Hoarau)

Posted by Ysengrimus sur 1 mai 2020

Buczko-couverture

De l’autrice de ce nouveau roman de pédophilie-fiction, il faut d’abord dire ouvertement qu’elle est une jeune femme elle-même, de la même façon que Louis Armstrong est noir quand il chante ironiquement qu’il est blanc à l’intérieur de lui-même mais que cela n’arrange pas ses affaires vu que sa gueule ne change pas de couleur (dans What did I do to be so black and blue), que Woody Allen est juif quand il plaisante à propos de son père devant donner de substantielles sommes d’argent à la synagogue pour pouvoir s’asseoir plus près de Dieu (dans Manhattan) et que Renaud Séchan est bel et bien français quand il chante que le roi des cons est indubitablement français (dans Hexagone).

Il faut bien dire cela en prologue parce que, dans ce roman terrible, épouvantable, insupportable, on nous campe avec un aplomb étonnant, un homme, Buczko, violenteur et tueur de petites filles (et de femmes… et d’hommes). Et l’œuvre n’est pas racontée du point de vue des victimes. Non, non, non. Nous devenons, intégralement, l’amoral, toxico, pédo et miso Buczko en personne, tel qu’en lui-même. Et on s’éclate à siffler de la vodka, à snorter de la poudre blanche (coke), de la poudre brune (héro) et à enlever des petites filles, les enfermer, les manipuler, les tabasser, les violenter, les louer à haut tarif à d’autres violenteurs, les estourbir et les escamoter. Cœurs sensibles, s’abstenir. On comprend presque. On pige quasiment le topo. Dans de très brèves mais tonitruantes envolées explicatives, Buczko procède d’ailleurs à une description quasi-clinique sans concession du surmoi peu reluisant et à géométrie variable des pédophiles actifs et violents. Nous ne guérirons jamais. Sans réelles lois au-dessus de nous, qui pourrait bien nous stopper sinon la mort? Nos vices, nous y pensons quand on nous enferme. Nos péchés, nous y pensons quand on nous soigne. Puis on nous libère pour bonne conduite, et nous recommençons nos activités macabres. Qui choisit cette voie? Je n’ai pas choisi cette voie. Pourquoi me punirait-on pour quelque chose que je n’ai pas cherché, que je n’ai pas voulu? Cocktail, serré, livide, lucide, de fatalisme, de narcissisme et de cynisme. On réprouve mais on suit…

Et foin d’envolées théoriques. C’est bien plutôt dans son action fulgurante —par la pratique, si on ose dire— que le pédophile est étudié, dans ce roman. C’est d’ailleurs fait avec une mæstria hautement perturbante. Notre sociopathe profond se déploie pour nous, sans malices ni artifices. On domine et comprend intimement le lot gesticulant de ses petites maniaqueries proprettes. Me voilà au centre commercial. J’y vais vraiment parce qu’il le faut. Je déteste ces endroits édulcorés qui sentent le fric et le cadavre. Les rayons pleins à craquer débordant d’aliments sans saveurs. De rabais indigestes. De promotions mensongères. Ça me répugne. Ça m’angoisse. J’ai l’odeur affreuse de la pourriture qui déborde de ces frigos, de ces présentoirs. Les sols sont crades. Orgie de microbes. Le milliard d’acariens copule sur les fruits et légumes sans protection. Copule sur les chariots rouillés qu’une paire de mains innocente empoigne. Copule sur les murs défraîchis. On domine et comprend intimement sa sourde misanthropie. Le regard androgyne, le look décontracté. Don Juan de pacotille, bimbos édulcorées, contact éphémère, femmes faciles, hommes d’un soir. Ce monde là m’horripile au plus haut point. Je hais l’homme, la femme, ce qu’ils sont, ce qu’ils deviennent en grandissant. On domine et comprend intimement son adultophobie implacable. Faut pas qu’elle grandisse. Je vais tout faire pour qu’elle ne grandisse pas. Laisse-moi m’occuper de tout. On comprend, on finit presque par partager sa frustration insondable et sa colère cuisante, pourtours inévitables de son programme radicalement négateur, amoral et nihiliste. C’est une des vertus de la fiction que de pouvoir entériner le monde des monstres.

Et l’amour suave et délétère de cette narco-crapule semi-psychotique de Buczko pour les petites filles nous est instillé, drogue d’entre les drogues, presque avec du sublime dans la voix. Dix ans. Non. Huit ans. J’opterais plus pour huit ans. Blonde comme les blés, le visage doux comme une liqueur. Haute comme trois pommes. Ondulation de sa robe qui flotte. De son parfum fleuri. Je ne vois plus rien. Je ne vois plus qu’elle. La destruction de la victime prend place en nous lumineusement, en rythme, par petits bonds nerveux. Éli me dévisage sans vraiment me regarder. Pousse de petits râles affectés. Semble complètement ailleurs. La catatonique sortie du monde de l’être qu’on détruit accède à rien de moins qu’une terrible grandeur. Elle fixe le mur sombre du regard comme une statue regarderait la plage. C’est une jeune femme qui écrit. Loana Hoarau en est à son deuxième roman. Tributaire des mêmes hantises que le premier, celui-ci est beaucoup plus assumé, plus solide, plus achevé. Une fixation prend corps. Un scotome s’imprime. Une œuvre s’annonce.

Le propos de cet ouvrage n’est absolument pas moraliste. Sa cruauté est absolue, hautement dérangeante, répugnante, révoltante, comme gratuite. Et pourtant (car il y aura un et pourtant…) notre pédo-toxico se retrouve avec une terrible clef anglaise jetée par le sort, dans le moteur bourdonnant de sa mécanique criminelle tellement rodée. Et tout va se mettre à déconner, s’estropier, chalouper, s’alanguir, se détraquer. C’est que, camera obscura et radicale inversion des polarités éthiques de l’existence obligent, dans le monde de la cruauté suprême et du crime sordide innommable, il est particulièrement nuisible, dangereux, délétère, subversif et autodestructeur de se surprendre à simplement aimer.

.
.
.

Loana Hoarau, Buczko, Montréal, ÉLP éditeur, 2015, formats ePub ou Mobi.

.
.
.

9 Réponses to “BUCZKO (roman de Loana Hoarau)”

  1. Caravelle said

    Celui-là, je ne veux pas le lire.

  2. Casimir Fluet said

    Il faut traiter ces questions et il est important qu’une jeune femme le fasse. Solidarité et respect… sans plus.

  3. Bobino said

    Si on se fie sur les extraits cités, cela semble bien écrit… De là à la lire…

  4. Estelle said

    Cruauté gratuite.

    Je passe.

  5. Cinq ans plus tard, c’est un livre qui divise encore!

    • Hibou Lugubre said

      Bonjour Mme Hoarau,

      Je n’ai pas lu votre roman, je le découvre à travers la description fort surprenante et précise qu’en fait Ysengrimus moi aussi. Et je suis tenté de le lire… même si, pas forcément ou pas du tout préparé à en supporter le contenu… bref.

      Avant d’aborder les détails d’un tel récit donc, et cette maîtrise assez troublante du sujet visiblement… et selon ce qu’en dit Ysengrimus, ou encore la surprise et le questionnement sur le fait qu’une jeune écrivaine puisse s’intéresser de plonger à ce point dans la ténébreuse personnalité et psychologie d’un personnage aussi «dérangé» et malade… moi, ce qui m’interpelle, et ce sur quoi je me questionne surtout, c’est cette constante que les pédophiles sadiques et violents soient toujours presque uniquement des hommes et non des femmes! Cela fait partie de ces choses je dirais que je ne peux pas vraiment comprendre! C’est à croire qu’à nous les hommes, il manque des boulons tellement essentiels comparé aux femmes, que cela semble presque un «acquis» sexuel qui différencie les deux sexes! Votre roman me renvoie aussi directement à ces très nombreux récits de notre époque, nouvelles, films, séries télé… sur les tueurs en série, les pédophiles et autres dépeceurs en chaîne qu’on met à l’écran, en les opposant souvent d’ailleurs à des femmes détectives, flics, profileuses et autres «héroïnes» mais aussi et souvent «victimes»… et dont le nombre est tellement significatif, que le grand public perd tout intérêt je dirais pour le genre j’ai l’impression! Et du coup, lorsque j’y pense, je me dis avec une psychologie de rejet sans doute: est-ce qu’on est pas rendu tout simplement au point que la psychologie des hommes est mise à nue, disséquée, étudiée et scrutée sous tous les angles naturellement, et que celle des femmes soit encore tabou…? Dans la mesure qu’on nous dirait pas tout sur ce que peuvent perpétrer des femmes comme crimes aussi?… et je vous rassure, c’est non pas pour mettre en cause les femmes ou chercher à remuer un débat sexiste qui ne m’intéresse absolument pas… mais c’est tout de même un questionnement qui en devient presque légitime, et que tous les hommes peuvent avoir à n’importe quel âge aujourd’hui… à une époque ou l’on semble assez d’accord tout de même pour dire que les problèmes violents des hommes sont en effet plus récurrents, constants et de plus en plus inquiétants!

      Bref, psychologie des adultes et nouvelles sociétés vont de pair! En plus des problèmes «ordinaires» qui finissent sous le code pénal et criminel, les «communautés de pédophiles» en réalité… foisonnent on dirait, mixtes nous dit-on, hommes et femmes… avec les hommes qui dominent bien entendu! Et des disparitions non résolues d’enfants et d’ados, il y en a encore en pagaille aussi… dont on ne saura jamais le qui du pourquoi! Contrairement à ces «alertes AMBER» qui surgissent de nulle part et qui, en plus de l’inquiétude, la confusion et des questionnements qu’elles soulèvent chez nous à chaque fois, semblent exclusivement dédiées aux problèmes conjugaux de parents avec «enlèvement d’enfant»… du n’importe quoi presque, à côté de la gravité des disparitions permanentes d’enfants qui elles n’en bénéficient pas forcément, car souvent signalées en retard… ou allez savoir pourquoi on en entend jamais parler!

      Merci de nous honorer de votre présence en tant que lecteurs sur le blog d’Ysengrimus! Et si jamais je trouve le courage de lire votre livre, je le ferai, c’est promis 🙂

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s