Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Requiem pour Capharnaüm

Posted by Ysengrimus sur 21 juillet 2019

Capharnaüm
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Requiem pour Capharnaüm

Entends ton requiem, Capharnaüm grotesque
Au pavé abreuvé de cervelles à képi.
Vers ton corps, fourmillant de noire soldatesque,
Un canon tire sans répit.
Le vent a charrié sur ton front de muraille
Des poudreries brûlantes, des odeurs de sang.
Ton minaret pointu, baïonnette en bataille,
Déchire le soleil levant.

Entends ton requiem, Capharnaüm symbole.
Dans tes rues, des gamins (ils ont la mort au front!)
Comme Gendarme sots, violents comme Guignol
Se chamaillent pour un ballon.
Ta matrice est pourrie, tes seins saignent de guerre.
Quand même ton enfant essuie un vieux couteau.
À quoi bon te l’emplir de finesses cachères
S’il se vide pour un drapeau?

Entends ton requiem, Capharnaüm humaine,
Riche bourg de l’Honneur et bas-fond de la Plaie.
Si, du canon, bientôt s’envolera l’haleine
Au parfum d’éphémères paix,
S’éteint, s’allume, meurt et brûle ton brasier
Où se fondent fusils, où se cuisent chairs blêmes.
Tu ne guérira pas ta peste dédoublée.
Attends ton dernier requiem.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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19 Réponses to “Requiem pour Capharnaüm”

  1. Caravelle said

    Tout le déchirement de mon existence, en 24 vers. Intolérable et sublime.

    Carava

  2. Casimir Fluet said

    Il est rarissime qu’Ysengrimus commente cette question.

    [De fait, vous trouverez dans ce petit poème, LE SEUL commentaire que j’aie jamais fait sur cette question. — Ysengrimus]

  3. Bobino said

    Un conflit moyen-oriental dont je tairai pudiquement le nom fait l’objet d’une tragique superfétation médiatique depuis aux moins deux bonnes générations. Les gogos investissent ce conflit mineur de ci de là d’une sorte de dimension atavique, prétendument millénaire et s’en gargarisent comme si se canalisait en lui le combat fondamental entre je ne sais quel Grands Types Humains. De solides penseurs se sont détruits en niaisant après ce conflit. C’est passablement catastrophique. Je suis particulièrement outré et atterré par une telle mythologisation de ce petit conglomérat de meurtres minus. Je la trouve particulièrement nocive, toxique, stérile, absurde, inutile. Il est consternant de constater que ce conflit, et le camp qu’on prend tapageusement dans icelui, sert souvent de baromètre (pseudo) intellectuel pour jauger de la validité de pensée des uns et des autres. Je trouve inacceptable qu’un conflit local (plutôt qu’un autre) ait acquis ainsi une telle amplitude foutaisière de marqueur idéologique. De plus, il est trois fois hélas indispensable de fermement faire observer que les envolées passionnelles corrélées à ce conflit rendent habituellement à la narine un relent fort brun et fort suspect. Il est plus que temps de traiter ce conflit spécifique comme une escarmouche de théâtre comme une autre, sans moins sans plus, et de cesser d’y lire, comme dans je ne sais quel marc de thé irrationnel, le baromètre de la tension sous-jacente du monde. Arrêtons les frais et arrêtons le tout petit massacre stérile. Le meilleur moyen de régler un problème ordinaire, c’est de le capter dans son angle ordinaire. Le pépin avec ce conflit là est qu’il est englué dans une gadoue de superfétations symboliques dont il est plus que temps de se sortir. Il est inutile de me questionner sur ce conflit surexposé, je n’en parle jamais et ne me laisse jamais aspirer dans le maelstrom gluant et sempiternel de la foire d’empoigne de ritournelles et de redites obscurantistes le concernant.

    Ysengrimus, ICI (second paragraphe), 2013.

    Je seconde pleinement ce développement.

  4. Vernoux said

    Pourquoi ne pas prendre parti dans ce conflit spécifique?

    [Pas de commentaire. — Ysengrimus]

  5. Odalisque said

    [Je seconde. — Ysengrimus]

    • Emma Riveraine said

      Je seconde aussi. Il y a des causes sociales mille fois plus graves et mille fois plus tragiques… et dont on ne parle littéralement jamais.

  6. PanoPanoramique said

    • PanoPanoramique said

      Ah ben dis donc, je proteste. C’est de la censure. On m’empêche de m’exprimer.

      [Va t’exprimer sur tous les sites de n’importe quoi qui traitent de ces questions sur le même ton que toi. Il y en a des milliers et ils vont tous accueillir ta liberté d’expression pestilentielle à bras ouvert. Elle n’est pas la bienvenue ici. Cf, Protocole de modération. — Ysengrimus]

      • Emma Riveraine said

        Sur ce sujet journalistique et minuscule, il faut toujours que ça dérape. Que c’est épuisant… Relisez le poème d’Ysengrimus, bon sang…

  7. Tourelou said

    Voilà votre rébellion bien inscrite et c’est souffrant la vie, trop souvent…

  8. Hibou Lugubre said

    Très cher Ysengrimus,

    Au delà des passions réelles ou simulées, des calculs politiciens minables, des émotions, des déchirements, du deuil généralisé et de la noirceur que suscite et fait planer sur le monde cette question depuis plus de soixante-dix ans, je tiens à vous assurer de mon soutien total et inconditionnel pour la position et l’opinion que vous avez déjà très justement et subtilement exprimé et explicité sur le sujet. Surtout depuis que j’ai réalisé l’ampleur de l’hostilité, des accusations gratuites et de la malveillance que vous voue un certain nombre d’ignares irrespectueux, de brebis égarées ou de spectateurs fanatiques en quête d’émotions ou de sang versé, ou encore d’intellectuels et comédiens dramatiques ou charretiers qui font commerce de cette question… je tiens donc à vous féliciter pour votre capacité à pouvoir dépasser Capharnaüm, à vous en libérer, à en briser les chaînes de l’aliénation mentale et intellectuelle qu’il suscite, et éviter les nombreux pièges à cons et autres mines anti-personnelles qui fourmillent sur ce terrain… car je dois avouer que ce n’est pas facile de s’en extraire comme vous faites.

    Et nul besoin d’exprimer mon admiration au poète et à l’intellectuel juste et sensible, et à l’homme de lettres d’exception que nous sommes chanceux de compter parmi nous en votre personne!.

    (Et peu importe qu’il arrive que l’on suspecte mes interventions à chaud d’être futiles ou ‘’réacs’’ parfois, et vous m’excuserez là dessus, puisque je peux exprimer moi aussi un certain raz-le-cul de pseudo ‘’progressistes’’ gauchisants de tous poils en général ou d’une certaine conception facile du ‘’progressisme’’ qu’il m’arrive d’ailleurs d’accuser d’auto suffisance et d’arrogance ailleurs que sur votre blog… et ce, depuis fort longtemps… Mais là est un autre sujet bien entendu… Cependant, je vous assure que j’ai le plus grand respect pour l’ensemble de vos intervenants, commentateurs en toutes circonstances.)

    Que la paix vous accompagne cher ami et Merci de continuer de nous éclairer sur la voie de la sagesse.

    [Merci beaucoup, le Hibou, tu es un prince. — Ysengrimus]

    • jujubelle said

      Merci beaucoup, Monsieur le Hibou. Par delà les clivages idéologiques, il est rafraîchissant et soulageant de vous lire exprimant ce respect senti pour notre Ysengrimus, qui, lui, oui, nous fait voir plus clair, plus serein, et plus loin.

      • Hibou Lugubre said

        Voici justement une comédie hilarante, superbe, humaine, intelligente qui se moque du Capharnaüm des clivages, et des lamentations… une sorte de Louis de Funès à Capharnaüm… et que je me suis offert ce soir sur le conseil d’un ami. Une production Franco-Belge-Allemande de 2011, une perle à ne pas manquer! Fous rires garantis… ça s’appelle: Le cochon de Gaza.

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