Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Les aléas fonciers de l’agriculture bio

Posted by Ysengrimus sur 21 mai 2019

Nous allons suivre le cheminement d’Olivier Laframboise (non fictif), jeune agriculteur bio québécois. Monsieur Laframboise pense à son produit avant tout. Il n’est pas intéressé par la conception pragmatiste du marché bio. Arrêtons-nous pour commencer sur cette dernière. Un petit agriculteur veut se lancer dans le bio. La première chose qu’il fait, c’est de s’informer sur les attentes du public en matière de produits biologiques locaux. Il découvre alors que c’est la laitue bio qui pogne le plus dans les masses, en ce moment. Il se lance donc dans la production de laitue bio et connaît un succès commercial très passable. On voit bien l’ordonnancement de sa démarche: étude de marché d’abord, culture du produit retenu ensuite. Même en matière d’agriculture bio, la bonne vieille formule commerçante give people what they want reste une procédure peu originale mais relativement gagnante. Notre nouveau producteur de laitue n’a pas nécessairement mis en place quelque chose qui change le monde mais il a su doser survie commerciale et production agricole artisanale. C’est un pragmatiste. Peu importe ce qu’il cultive finalement, hein, si ça marche.

Plus innovateur, Olivier Laframboise ne raisonne pas comme ça. Il pense d’abord et avant tout au produit maraîcher qu’il veut faire. Il choisit donc des produits pointus qui le bottent bien et qui se caractérisent à la fois par leur intérêt culinaire effectif et leur aptitude naturelle à survivre et à s’implanter dans le milieu naturel québécois, qui est un écosystème nordique. Gastronome novateur autant que maraîcher imaginatif, Olivier Laframboise opte donc pour la fraise des Carpates, la petite orange nordique et la fameuse et savoureuse canneberge albanaise, qu’on peut même faire pousser sous la neige (ces trois produits maraîchers sont fictifs mais, hm, c’est tout juste). Solide dans sa décision de cultiver ces trois agrumes, et aucun autre, en plein air, au Québec, Olivier Laframboise va rencontrer sa première déconvenue. Ce sera moins une contrariété agricole ou gastronomique qu’une contrainte foncière. Autrement dit, il va perdre ses premières illusions au moment de tenter d’acheter son fond de terre de départ.

Notre petit producteur découvre en effet qu’il n’est tout simplement plus possible, au Québec, de s’acheter une parcelle. Il faut désormais s’approprier de la terre en grand volume, ou rien. Pour démarrer, Olivier Laframboise devrait dénicher un demi-million de dollars pour acquérir la copieuse surface de terre qu’on l’oblige à acheter. Il n’a évidemment pas ce genre de moyens. Mais pourquoi la terre est-elle si chère au Québec et d’où sort cette obligation de l’acheter ainsi, en bulk? Ça tient au marché lui-même et à sa dynamique, fatalement. Olivier Laframboise va creuser cette question. Il découvre alors qu’il est, veut veut pas, en compétition objective avec les puissances suivantes.

Promoteurs immobiliers. Jean Garon étant depuis longtemps sorti du corps des autorités agricoles québécoises contemporaines, la vieille notion vingtiémiste de zonage agricole n’est plus qu’un doux souvenir aisément contournable. Désormais, la grande périphérie des villes et villages des vieilles paroisses québécoises est le terrain de jeu des promoteurs immobiliers, industriels et surtout résidentiels. Ces instances peuvent acquérir de vastes surfaces de terre et les organiser pour en faire des logements qu’ils vendront ensuite à gros tarifs aux banlieusards tertiarisés fuyant les villes. Le paradoxe de la densification suburbaine étant ce qu’il est, il est incontestable qu’une portion importante des terres cultivables québécoises est tout doucement en train de perdre pour toujours sa vocation agricole.

Acheteurs spéculateurs fonciers. Il y a aussi des acheteurs de terres qui sont des spéculateurs fonciers. Olivier Laframboise vit dans une charmante commune riveraine que, inspiré par Gilles Vigneault, nous nommerons Saint-Dilon. Sur la petite rue tranquille où habite Olivier Laframboise, il y a une parcelle de terre grosse comme un ou deux bons espaces résidentiels. Cette terre est un petit boisé verdoyant et aucune maison n’y est construite. Olivier Laframboise s’y ballade souvent et il se dit qu’il pourrait y planter quelques jolies rangées de fraises des Carpates et ce, sans même toucher aux arbres qui y poussent. Quand il se renseigne au cadastre du village, il apprend que cette terre intouchable appartient à une héritière de l’Ohio qui n’en fait rien et qui attend tout simplement qu’on lui fasse une offre d’achat qui la satisfasse. Elle laisse le pourtour de cette terre qu’elle ne visite jamais s’urbaniser, se densifier. Elle laisse tout doucement les services villageois s’y perfectionner et, le temps venu, sur les conseils de son notaire local, elle la vendra avec un solide profit foncier à quelqu’un qu’elle ne rencontrera même pas, soit un riche particulier voulant se bâtir, comme on dit dans le pays, soit un promoteur immobilier. Il y a comme ça, dans les villes et villages québécois et sur leurs périphéries, des terres, habituellement en friche ou boisées, qui appartiennent à des américains, des chinois ou des saoudiens qui les ont achetées et se les sont revendues entre eux sur leurs ordis et qui attendent tranquillement la vente payante qui fera retomber cet espace foncier dans le monde empirique de la valeur d’usage. Olivier Laframboise n’a évidemment pas les moyens de faire l’offre alléchante que ces spéculateurs abstraits attendent sans se presser. La petite terre boisée de sa rue reste donc là, belle et inexploitable.

Nations procédant à de la délocalisation agricole. L’autre concurrent de notre petit producteur bio entreprenant mais peu ressourcé, ce sont les nations procédant, souvent intensivement, à de la délocalisation agricole. Imaginons une république pétrolière d’Europe centrale, disons, la Syldavie (nom fictif, bien connu des tintinologues). La Syldavie produit aujourd’hui du pétrole et du gaz naturel mais c’est un pays montagneux, peu apte à maintenir une agro-industrie vivrière performante. Traditionnellement, les syldaves sont de gros mangeurs de patates. Mais leur agriculture traditionnelle patatière est en déclin, bousculée par l’économie tyrannique des hydrocarbures, gourmande en bras, en terre et en eau. La Syldavie se contente initialement d’acheter ses patates sur le marché agricole international. Mais celui-ci oscille terriblement et cela rend ce petit pays à l’économie mono-orientée vulnérable à la fluctuation passablement imprévisible du prix mondial des pommes de terre. La Syldavie change donc de stratégie. Elle s’engage dans la délocalisation agricole. Elle achète d’immenses espaces terriens, par exemple au Québec (qui a la culture de la patate bien installée dans sa tradition terrienne) et y finance elle-même la culture de la patate, sur des terres dont elle est propriétaire et dont la production sera d’office réservée, exclusivement et à tarif fixe, au marché syldave. De plus en plus de pays riches mais peu dotés au plan agricole procèdent ainsi à la délocalisation agricole, pour contourner la variation internationale des prix. Ils le font souvent d’ailleurs au détriment de pays manquant cruellement de ressources vivrières. Ce phénomène éthiquement problématique est fort adéquatement analysé ICI.

Agriculteurs traditionnels ruinés. Finalement le dernier personnage institutionnel auquel Olivier Laframboise est confronté, c’est l’agriculteur traditionnel ruiné. Celui-ci prend sa retraite. Son fils n’a ni les moyens ni l’envie de reprendre le fond de terre. L’agriculture traditionnelle familiale est un apostolat menant trop souvent à la faillite ou à la dépression. Notre triste sire de cultivateur trado arrivé au bout de son rouleau regarde donc attentivement du côté des trois instances dont je parle plus haut et se prépare à vendre sa terre inexploitée et ses appentis vermoulus à l’une d’entre elles… si ce n’est pas tout simplement aux autorités fédérales ou provinciales qui s’apprêtent, par exemple, à faire passer une autoroute dans le coin, comme dans la fameuse chanson de Donald Lautrec. Soucieux strictement de prendre sa retraite et de se replier avec un sac de billes le plus rondelet possible, l’agriculteur traditionnel ruiné ou semi-ruiné ne s’intéresse aucunement à la toute exploratoire aventure entrepreneuriale bio d’Olivier Laframboise. Notre vieux farmer de souche va donc poliment mais fermement dire à notre jeune maraîcher entreprenant qui se cherche de la terre d’aller voir ailleurs si j’y suis. Pour un ensemble de raisons assez détectables, Olivier Laframboise ne pourra faire affaire avec aucune des quatre instances agraires contemporaines que je viens de mentionner. Il va donc devoir revoir de fond en comble son ci-devant modèle d’affaire.

Or, le village de Saint-Dilon, qui a, au jour d’aujourd’hui, une population d’environ 45 000 personnes, a, de disséminé dans ses flancs fourmillants et variables, quelque chose comme 68% de terres qui sont en friche. Il s’agit habituellement de parcelles de petits volumes, saupoudrées un peu partout, au grée de l’histoire du village. Certains de ces lopins sont sous la coupe attentiste des spéculateurs fonciers abstraits mentionnés plus haut mais ils ne le sont pas tous. Olivier Laframboise prend son petit calepin de notes et investigue méticuleusement les espaces verts de son village. Les parcs, les terrains de foot, les champs oubliés, les lamelles de bords de rivières, les jachères bizarres, les fonds de cours de casse. Il déniche alors des industries locales ou des services régionaux comme, disons, une entreprise de logiciels, un marché d’alimentation familial, une petite usine de palettes de bois, un garage, qui ont de la terre et dont certains segments de ladite terre sont en friche mais clôturables, et parfaitement exploitables pour une portion de micro-production maraîchère. Olivier Laframboise approche donc certaines de ces entreprises et leur propose de louer une partie de leur terrain non utilisée et d’y mettre en place une portion de sa production de petits fruits. Et ça fonctionne. Plusieurs de ces PME voient en effet parfaitement l’intérêt qu’elles ont à soutirer une mensualité locative pour une bande de terrain qui, au fil des années, ne leur sert à rien et qui, ce faisant, fera l’objet d’un entretien plus assidu. Olivier Laframboise, parce qu’il a bien compris et assumé la nature de ses contraintes de petit producteur agricole, fait ainsi d’une pierre deux coups. Il maximalise les micro-friches de son village, tout en s’assurant le fond foncier de petit volume que sa production hyper-spécialisée requiert, à tout le moins pour se lancer. Il lui restera ensuite à voir s’il arrivera à rencontrer ses débouchés, pour les produits originaux qu’il aspire à promouvoir. Si un de ses trois petits fruits ne marche pas bien, il sera toujours temps de clore l’entente locative le concernant et de se replier, avec une perte financière minime.

Olivier Laframboise (nom fictif) existe. Je l’ai rencontré, dans les Basses-Laurentides. C’est à lui que je dois le tout de la présente analyse. C’est un jeune entrepreneur maraîcher de trente-huit printemps qui vient de mettre en place la formule agricole originale dont j’ai esquissé ici la description. Il a tout mon respect et toute ma solidarité. Je trouve son analyse astucieuse et ses solutions adroites, tout en m’affligeant profondément de constater que le producteur bio local se doit, pour survivre, de laisser les lions spéculatifs, immobiliers et transnationaux se partager les gros morceau terriens et se contenter, lui, Olivier Laframboise, des petits champs de pissenlits de  bords de clôtures et de derrières de choppes dans lesquels on faisait du bicycle dans notre enfance, pour lancer, en douce, son hypothèse agricole contemporaine. Né pour un petit pain, disaient non ancêtres?… Voué à une petite terre et à ses minimes aléas fonciers, disent nos contemporains.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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28 Réponses to “Les aléas fonciers de l’agriculture bio”

  1. Caravelle said

    Pas évident mais très intéressant.

    • Marie Verne said

      Oui. Je trouve qu’il nous fait bien sentir qu’il vient un moment où les jeux d’ordis des spéculateurs financiers ont un impact nuisible sur terre, sur le plancher des vaches…

  2. Le Boulé du Village said

    Cette financiarisation de la terre est révoltante. Excellente description, Ysengrimus.

  3. Fridolin said

    C’est vrai qu’on sait plus trop ce qu’il est devenu, le zonage agricole péquiste d’autrefois.

    • Magellan said

      La réplique de ce petit agriculteur moderne est astucieuse, par contre. Ça fait presque guérilla agricole.

      Évidemment, il est hautement tertiarisé, ce producteur, en ce sens qu’il ne peut envisager de produire ce genre d’agrumes hyper-spécialisés que parce que les bobos urbains contemporains tertiaires et quaternaires en mangent… ou en mangeront, pour faire dans le coup.

      • Perclus said

        Je ne sais pas comment il fait pour pas se faire chaparder ses fruits. Il peut pas être partout…

      • Emma Riveraine said

        Les québécois et les québécoises sont des gens très civils.

  4. Cymbale said

    Dommages que ces légumes ou agrumes soient fictifs, ils ont l’air délicieux.

    • Herbe et Neige said

      Je me demande pourquoi Ysengrimus a pas mis les vrais légumes.

      • Freluquet du Dimanche said

        Pour préserver leur identité, naturellement. On peut pas dire que tu en aie fait autant pour l’herbe et la neige, toi!

  5. Sophie Sulphure said

    Ce reportage est effectivement parfaitement passionnant (Le Dessous des cartes — Terres Agricoles, une autre Délocalisation). Je ne savais pas que le Québec était affecté.

    • Odalisque said

      Le boom de l’acquisition des terres à l’étranger. Très troublant pour les scènes agricoles locales.

      • Frileuse said

        Le Québec a historiquement protégé son territoire agricole face à ce genre de situation par la Loi sur l’acquisition de terres agricoles par des non-résidents. L’article 2 définit ce qu’est un résident pour l’application de cette loi:

        Article 2: Une personne physique réside au Québec aux fins de la présente loi si elle est citoyen canadien ou résident permanent au sens de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (L.C. 2001, c. 27) et si elle a séjourné au Québec durant au moins 1 095 jours au cours des 48 mois précédant immédiatement la date de l’acquisition d’une terre agricole.

        Donc, toute personne qui ne correspond pas à cette définition ne peut acheter une terre agricole au Québec.

        Elle protège donc nos terres agricoles d’achats spéculatifs venant de l’étranger ou d’achats pour fins de délocalisation de la part de pays comme la Chine.

        Note: Il y a aussi une définition pour les compagnies (voir l’article 4 de la Loi )

      • Odalisque said

        Merci de cette information, Frileuse.

        Il y a moyen de contourner cela par des prête-noms et des entreprises agricoles locales de complaisance, non?

      • Frileuse said

        À mon avis, c’est plus facile à contourner dans le cas d’une entreprise car elle peut être jusqu’à 49% de propriété étrangère.

        Mais, n’empêche que l’exigence d’être citoyen canadien et d’avoir résidé 75% du temps au Québec au cours des quatre années précédant l’achat peut faire diminuer les ardeurs de plusieurs acheteurs étrangers.

  6. Fridolin said

    Les ravages des promoteurs immobiliers se poursuivent intensément au pays d’Olivier Laframboise:

    BASSES LAURENTIDES: L’ACCÈS À TROIS TERRES AGRICOLES BLOQUÉ D’URGENCE

    Pitoyable.

  7. Camarade said

    Merci de ce résumé clair et précis, tout en étant esthétique.

  8. Tourelou said

    Le bio local demande surtout un très grand changement dans les techniques de cultures. Beaucoup plus d’huile de bras… Un courageux retour vers des artisans créatifs.

    • Batelier said

      Il faut aussi convaincre. Convaincre les partenaires d’affaire pour la terre, convaincre les consommateurs, convaincre le gouvernement de subventionner.

  9. Frileuse said

    Il est vrai que les terres agricoles sont convoitées par différents acteurs. Les producteurs agricoles désirant prendre de l’expansion veulent en acquérir. Les aspirants-producteurs en ont besoin pour démarrer leur ferme. Les spéculateurs y voient un placement sûr car leur prix n’a cessé d’augmenter au cours des décennies. Et comme elles sont à la base de la sécurité alimentaire, les terres agricoles sont un bien stratégique.

    Le zonage agricole a été globalement bénéfique pour le monde agricole. C’est vrai qu’il y a encore des empiètements de la ville sur la campagne, mais ce n’est rien par rapport à ce qui se serait passé sans le zonage. Les empiètements faisant l’objet d’une réflexion préalable par les instances concernées (municipalités, MRC, Commission de la protection du territoire agricole), nous ne sommes pas dans un contexte où n’importe qui peut faire n’importe quoi. Il y a tout de même des gens qui essaient de contourner la loi, comme le démontre l’article cité par Fridolin.

    Par contre, le zonage peut nuire à l’implantation de nouvelles petites fermes car il ne permet le morcellement d’une terre agricole que sous certaines conditions. Et ces conditions peuvent parfois être difficiles à satisfaire pour des productions non traditionnelles ou biologiques.

    Je suggère à Olivier Laframboise d’aller jeter un coup d’œil sur un nouveau service, à mon avis prometteur, qui s’est implanté au cours des dernières années: le service de maillage L’Arterre. Il aide la rencontre entre aspirants-producteurs agricoles, producteurs agricoles et propriétaires fonciers.

  10. Hibou Lugubre said

    Excellent billet Ysengrimus! C’est en effet au cœur d’une actualité agricole qui étouffe sous une lourde chape de plomb entretenue principalement par les principaux intéressés soit le gouvernement du Québec et un puissant syndicat du secteur qu’on ne nommera pas! Par exemple, sur le site du gouvernement qui consacre quelques pages web aux jeunes et leur prodigue des conseils pour démarrer en agriculture en général, rien de ces réalités quasi insurmontables que vous citez ici n’est abordé! On leur parle de plan d’affaire et autres technicités de gestion sur des modèles qui demandent des investissements colossaux! Sachant que les prêts dans ce domaine sont parmi les plus exigeants en termes de garanties bancaires, et en terme d’apport personnel en capitaux énormes! Une grosse blague quoi!

    Face à ces réalités, j’ai personnellement abandonné un projet-rêve que j’avais pour mes vieux jours et qui me semblait réalisable il y a à peine quelques années! Il faut savoir que les terres du Sud du Québec qui longent la frontière américaines qui ne valaient pas grand-chose il y a encore dix ans, sont aujourd’hui parmi les plus chères et les plus convoitées par les exploitants bio à cause notamment de la température et la terre exposée au soleil! Paradoxalement, juste au sud de la frontière du côté américain, et plus au sud donc, nos amis yankees connaissent le même phénomène, mais c’est loin d’être aussi prononcé que chez nous, car pour une multitude de raisons dont le laxisme vis-à-vis des acheteurs-spéculateurs étrangers, et le taux de change et les taxes résultant sur un coût décuplé de l’investissement chez nous, il devient suicidaire même pour un agriculteur expérimenté et riche d’investir dans ce coin du pays, à moins de bénéficier d’une solide subvention du gouvernement en plus d’un appuis du syndicat en question. Conséquence de tout ceci; les grandes propriétés agricoles du coin dont le prix ne devrait pas dépasser le demi-million de dollars, sont aujourd’hui vendues pour des millions non pas à des agriculteurs, même les plus sérieux, mais à des millionnaires qui rêvent de centaines d’acres et de maisons de campagnes haut de gamme chic et cossues! Les annonces des agents qui les vendent en font foi: Construisez la maison de vos rêves et possédez un domaine immense rien qu’à vous! Coût du billet d’entrée dans le club; au moins deux ou trois millions!

    À l’époque, mon intérêt et rêve pour la permaculture biologique allait me faire découvrir justement ce sud du Québec à travers un Québécois qui est passé maître et expert dans le domaine sur un maigre lopin de terre lui aussi, et qui fait le tour du monde aujourd’hui pour expliquer ses techniques révolutionnaires, il est d’ailleurs encore aujourd’hui très suivi sur Youtube aussi bien par les américains que les canadiens et beaucoup d’européens! Et sur l’une des vidéos, il explique justement aux français tentés par l’aventure que le prix de la terre n’est vraiment pas donné!

    Conclusion: À moins d’être un financier aguerri qui a passé une partie de sa vie à remplir son compte en banque en commissions mirobolantes, en primes et autres galipettes du capital qui sache surtout labourer des dollars et récolter des millions, ou à moins d’être copain-copain avec les décideurs et autres fonctionnaires, ‘’patrons syndicalistes’’ et autres politiciens fraîchement élus et au bon endroit, vos chances de démarrer et réussir en agriculture au Québec et probablement même partout au Canada sont quasi nulles! Sauf si vous êtes un héritier multi-millionnaire qui n’en a cure des profits et qui veut se faire plaisir, alors vous êtes sûrement sur la bonne voie!

    Morale de l’histoire: je garde mes précieux et maigres dollars pour me procurer des produits bio directement chez le producteur quand c’est possible uniquement en saison bien entendu… et nullement au super marché vu le prix et l’origine suspecte des label bio en question!

    • Frileuse said

      Tu mentionnes une situation pour laquelle les deux lois que j’ai mentionnées précédemment n’ont aucune emprise – l’achat d’une propriété agricole dans son entier par des non-agriculteurs québécois. Il fut décidé, à l’époque, de ne pas intervenir dans ces situations.

      Ne peut pas construire qui veut sur une propriété agricole, à ce que je sache. Il faut démontrer que les terres ne seront pas qu’un domaine mais bien à la base d’un projet agricole afin d’y construire une maison. Généralement les fermes ont une maison donc le problème de la construction ne se pose pas.

      C’est vrai que lorsque le marché visé se compose de non-agriculteurs qui sont prêt à acheter toute la propriété, les prix sont nettement plus élevés que ce que les agriculteurs sont prêts à payer. De tels prix sont non rentables en agriculture.

      Ça m’agace toujours quand les fermes sont vendus à des non-agriculteurs et ce, pour différentes raisons dont une crainte qu’on perde de bonnes terres pour l’agriculture. Ce qui me console, c’est que je me dis qu’une terre n’est pas un bien inerte donc il faut l’entretenir, et la meilleure façon de l’entretenir est de la cultiver. Ces propriétaires non agricoles ont alors le choix entre la faire cultiver à forfait, louer leurs terres à d’autres agriculteurs qui vont la cultiver ou démarrer en bonne et due forme en agriculture. Sinon la terre deviendra en friche, et je ne crois pas que c’est ce qu’ils veulent.

      Le démarrage en agriculture n’est certes pas facile, surtout si on veut se lancer dans des productions moins traditionnelles ou viser des marchés moins usuels tel que la vente directe au consommateur. Je trouve qu’on a tout de même fait des progrès pour aider ces entrepreneures et entrepreneurs qui désirent un autre modèle d’affaires. Il faut continuer.

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