Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

NOTRE PREMIER ANCÊTRE JEAN ROLANDEAU (1650-1715) — par Wilfrid Laurendeau

Posted by Ysengrimus sur 7 janvier 2019

Le manoir Couillard-Dupuis à Montmagny

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Sans transition, j’ai le grand plaisir de vous annoncer que le généalogiste amateur Wilfrid Laurendeau (1899-1988) écrit, en 1964:

NOTRE PREMIER ANCÊTRE JEAN ROLANDEAU

Le vingtième jour du mois de janvier mil six cent cinquante, a été baptisé en l’église St-Pierre de Marsilly, France, Jean, fils de Louis Rolandeau [l’acte donne Roulandeau — W.L.] et de Laurence Chauveau, Parrain: Jean Thumain, marraine: Françoise Pinaud, tous demeurant en la paroisse de Marsilly.

«Le même couple avait eu en novembre 1647, un fils prénommé Hilaire; en décembre 1645 une fille Marguerite; en décembre 1643 une autre fille, prénom illisible; en septembre 1641 une Laurence et en juillet 1641 une Marie». C’était au moins, le sixième enfant de cette famille, puisqu’on retrace cinq naissances qui précèdent celle-ci. Peut-être y en a-t-il eu d’autres dans la suite?

Comme on vient de le voir, le fondateur de notre famille Jean Rolandeau était originaire d’une commune qui portait alors et qui porte encore aujourd’hui, le nom de Marsilly. Cette commune est située sur la côte occidentale de France, sur l’océan Atlantique, à environ 10 kilomètres (six milles) au nord de la ville de La Rochelle. Cette commune compte aujourd’hui [en 1964 – P.L.] environ 900 habitants.

Nous ne connaissons pas exactement la date de son arrivée au pays. Il semble bien que ce fut en l’année 1673 ou un peu auparavant. En effet, nous lisons dans l’Abbé Albert Dion [Topographie de Montmagny, 1935, p. 100] que «pendant la plus grande partie de l’été de 1674, Jean Guyon, Sieur du Buisson, faisait l’arpentage de la Seigneurie de la Rivière du Sud. Le consciencieux géomètre, armé du théodolite et de la boussole et accompagné de son fidèle ‘chaîneur’ Jean Rolandeau, parcourant en tous sens l’immense domaine, tirant les lignes, plantant les bornes, marquant les arbres et notant sur son carnet les particularités explorées. Quant à Jean Rolandeau, il compte parmi les premiers colons de St-Thomas, ses descendants ont pris le nom de Laurendeau».

Ce qui est certain, c’est qu’en 1676, le 7 avril, Noël Morin concède à Jean Rolandeau une terre de trois arpents par quarante en «la seigneurie de St-Luc», qui devait être plus tard une partie de la paroisse de St-Thomas de Montmagny.

Cette terre où notre premier ancêtre s’établit ainsi en arrivant au pays peut facilement être localisée.

Dans le titre de concession de la Seigneurie de St-Luc au Sieur Morin nous constatons qu’elle commence à un arpent au dessous de la rivière à la Caille et remonte le fleuve St-Laurent jusqu’à l’étendue d’un quart de lieue.

La seigneurie de St-Luc mesurait donc 21 arpents de front sur le fleuve St-Laurent, soit cinq terres de trois arpents et une de 6 arpents de large. La terre de notre ancêtre était la dernière de ces terres, et située à l’ouest de la rivière à la Caille. On peut dire sans guère se tromper que cette terre se trouvait aux alentours où se trouve actuellement l’Hôtel-Dieu de Montmagny.

La rivière à la Caille est connue encore aujourd’hui sous le même nom. C’est sur ses bords que commença la paroisse de Montmagny. La première chapelle de Montmagny fut bâtie sur les bords de la rivière à la Caille. Ce n’est que quatre-vingts ans plus tard, à la reconstruction de la troisième église que le centre de la paroisse de Montmagny fut déplacé et que l’église fut bâtie sur son site actuel.

Le 4 août de l’année 1677, nous retrouvons Jean Rolandeau faisant encore de l’arpentage avec Jean Guyon du Buisson, dans la Seigneurie de L’Islet-St-Jean, appartenant à Mlle Geneviève Couillard, fille de Louis Couillard.

Il contracta mariage le 24 avril 1680 à Québec, avec Marie Thibault de la Seigneurie de Maure aujourd’hui St-Augustin de Portneuf. Jean Rolandeau est accompagné de Pierre Joncas, l’un de ses voisins de la paroisse de Montmagny; les autres témoins mentionnés à l’acte viennent de la seigneurie de Maure et accompagnent la mariée.

Marie Thibault était l’aînée d’une famille de six enfants qui n’étaient peut-être pas au mariage à l’église vu la grande distance et la difficulté des chemins à cette époque, mais qui prirent certainement part à la fête de famille qui remplit le reste de la journée. Elle a quatre sœurs, Louise, 13 ans; Marguerite, 12; Anne 10;  Jeanne 6; et un frère Jean-Baptiste âgé de huit ans.

Au recensement de 1681, nous retrouvons Jean Rolandeau, 30 ans, Marie Thibault, sa femme, 18 ans; il possède 2 fusils, 1 vache, 6 arpents en valeur.

Cette vache dont il est fait mention dans ce recensement a toute une histoire que l’on peut reconstituer grâce à un acte du notaire Gilles Rageot; elle nous permet de lire le développement de la ferme de Jean Rolandeau.

Nos pères pour la plupart commençaient leur carrière en ce pays sans autre capital que leur courage et leur énergie. La ferme que les autorités du pays leur concédaient gratuitement était couverte de bois et il fallait la défricher arpent par arpent. La tâche ne les effrayait pas… Quant aux grains de semences et aux animaux, il fallait s’entendre avec les anciens habitants du pays pour se les procurer peu à peu. L’ingéniosité suppléait aux ressources et nous allons voir comment Jean Rolandeau sut habilement se préparer lui-même et à son fils un troupeau de laitières.

S’il pouvait s’en procurer une, le problème était réglé car la multiplication se fera assez rapidement; mais une laitière malgré les bas prix de cette époque était au dessus de ses moyens. Nous sommes au printemps de 1679, un an avant son mariage.

Le prix de la laitière est plus élevé si elle est dans la vigueur de l’âge et en plein rapport, il l’est beaucoup moins dans les premiers mois qui suivent la naissance. Jean Rolandeau s’entendit avec un nommé Pierre Normand Labrière qui avait une future laitière alors âgée de six mois. Il en prendra soin pendant cinq ans et la lui rendra ensuite grande et belle; pendant l’intervalle sans doute Jean Rolandeau comptait qu’il aurait commencé la multiplication du troupeau. C’est à l’expiration de ces cinq années que nous rencontrons les deux parties chez le notaire Gilles Rageot pour prolonger le marché de trois autres années. Nous croyons intéressant de reproduire cet acte du notaire Rageot parce qu’il nous peint sur le vif la vie de nos ancêtres pendant les premières années de leur séjour en ce pays, leurs difficultés, leurs efforts et leur mérite. Ce qui se passe chez Jean Rolandeau, nous l’avons rencontré chez les voisins qui l’ont précédé, nous le reverrons chez ceux qui arriveront après lui. Nous verrons ensuite la situation s’améliorer chez chacun d’eux d’année en année grâce à un travail constant, et le confort et l’aisance arriver rapidement.

En 1696, Jean Rolandeau vend sa terre à Denis Proulx, fils de Jean Proulx (Contrat Rageot, 30 juin). Terre de 5 arpents sur 40 de profondeur «joignant d’un côté Denis Huet dit Laviolette, de l’autre côté les terres non concédées, d’un bout la Rivière du Sud, et de l’autre bout, les terres descendant vers le fleuve St-Laurent». Cette terre vendue à Denis Proulx n’est pas celle que lui avait concédée Noël Morin en 1676. Dans le plan de la seigneurie de la Rivière du Sud, sur la carte de Catalogne [sic] en 1705, nous voyons que Jean Rolandeau possède encore cette même terre, située entre Jean Proulx et Pierre Blanchet. Il possède également à cette même date une autre terre située un peu plus loin, entre celle d’un nommé Fournier et une terre non concédée. L’«Aveu et Dénombrement» rendu par les seigneurs de la Rivière du Sud, en 1732, nous montre que Jean Rolandeau a laissé à ses héritiers une terre de 3 arpents sur 84, une maison, une grange, une étable, et 16 arpents de terre labourable. Il est de toute évidence que cette terre est la même que lui a concédé Noël Morin en 1676, plus une autre terre au bout de celle-ci dans les profondeurs, puisqu’il possédait 84 arpents en longueur au lieu de 40.

À la date du 21 août 1700, on trouve dans les minutes du notaire Chamballon un acte relatif à la succession de Marie Thibault, la femme de Jean Rolandeau, elle reçoit la part de sa mère, partagée en cinq parties. La succession se règle à l’amiable. Jean Rolandeau et ses beaux-frères Gilbert et Alary acceptent en règlement la somme de 150 livres chacun et 10 minots de blé. Jean Rolandeau faisait affaire avec un nommé Macaud, marchand de la ville de Québec, et il stipule que son argent et son blé devront être payés au dit Macaud.

 «On conçoit difficilement aujourd’hui quelle somme de courage, d’énergie, d’héroïsme même devaient avoir ceux qui se dévouèrent à la colonisation. Pour donner naissance à la paroisse de Saint-Thomas de Montmagny, ces braves durent s’enfoncer dans les bois, à trente milles de Québec, s’exposer aux dangers de tomber entre les mains des Iroquois qui visitaient souvent ces lieux de chasse et de pêche. Et de quels instruments se servaient-ils pour attaquer les arbres séculaires de nos forêts encore vierges, d’une simple hache. À cette époque, les chevaux étaient inconnus au pays; bien peu d’habitants avaient la bonne fortune de posséder un bœuf ou deux qu’ils pouvaient utiliser à traîner les arbres et à les mettre en monceaux pour les brûler ensuite. À ces difficultés presque incommensurables, il faut ajouter encore les privations, les misères, les accidents imprévus qu’ils devaient rencontrer. Ceux-là seuls qui ont vécu dans des endroits nouvellement ouverts à la colonisation, qui ont goûté un peu à la vie de colon, comprendront la vaillance des preux dont nous faisons connaître les mérites. Puisse la génération ne pas oublier ce qu’elle doit et marcher sur leurs traces de courage et de vertus chrétiennes.» [Azarie Couillard Després, Histoire des Seigneurs de la Rivière du Sud, 1912, p. 20]

Jean Rolandeau et Marie Thibault eurent une famille de 7 enfants; six filles et un fils, qui est le continuateur de la lignée et l’ancêtre de tous les Laurendeau du pays. Ils furent inhumés tous deux à St-Thomas de Montmagny. Le premier le deux février 1715, et son épouse le 17 août 1711.

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Wilfrid Laurendeau (1899-1988), Généalogie des Familles Laurendeau – 1680-1960, Montréal, 1964, chez l’auteur (avec approbation du Provincial des Oblats), 224 pages + une annexe de 54 p. Je cite ici les pp 4-7 dont j’ai expurgé une douzaine de notes de bas de pages qui sont principalement des renvois à des documents annexés (eux-mêmes de simples copies dactylographiées d’originaux non photocopiés).

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Et le généalogiste amateur Wilfrid Laurendeau (1899-1988) écrit encore:

La deuxième génération nous amène l’altération du nom Rolandeau en celui de Laurendeau. Aucun document nous en donne la cause; seul le contrat de mariage du deuxième ancêtre nous prouve le changement.

Wilfrid Laurendeau (1899-1988), Généalogie des Familles Laurendeau – 1680-1960, Montréal, 1964, chez l’auteur (avec approbation du Provincial des Oblats), 224 pages + une annexe de 54 p. En p. 9.

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Donc, comprenons-nous bien: malgré l’existence tranquille et ancienne du patronyme Laurendeau en France, tous les généalogistes nord-américains s’accordent, sans débat dubitatif aucun, sur le fait que l’ancêtre de tous les Laurendeau d’Amérique de souche ancienne n’est pas un Laurendeau mais un Rolandeau. Ce fait, peu banal, n’est pas contestable. Il y a donc eu un rapide changement de patronyme, in situ, circa 1701 (date de la naissance de Louis-Joseph Laurendeau). Et, pour le coup, puisqu’on la prend ici sur un ton de généalogie amateure, je vais vous fourguer l’hypothèse d’Ysengrimus sur le susdit changement de patronyme. Elle est parfaitement charmante et elle en vaut bien une autre. À un peu moins de 400 kilomètres au nord-est de Marsilly, il existe, dans le Loiret, un tout petit bras d’eau qui s’appelle La Rolande. Je me plais donc à imaginer qu’un des aïeux hexagonaux de l’ancêtre venait de par là. On peut donc se plaire à supposer qu’en référence à ces origines spécifiques (que j’invente intégralement ici, comprenons-nous bien), Jean Rolandeau sentait son patronyme assez fortement comme découlant (boutade) d’un hydronyme. Arrivé au Canada, patatras, plus de Rolande mais un fleuve Saint-Laurent. Le sentiment hydronymique, toujours supposé présent et intime, couplé à une très solide proximité de prononciation du L et du R massivement attestée, elle, au dix-septième siècle (Marcel Juneau 1972, pp 159-177) auront joué le tour.

Je suis attendri du fond du cœur par cette jolie hypothèse malgré la bien évidente fragilité de certains de ses aspects. La confirmation de cette fragilité réside dans le fait, tout simple mais implacable, que les deux patronymes Rolandeau et Laurendeau ont —insistons sur ce point— une bonne et vénérable présence ici et là en France (y compris dans des territoires parfaitement non irrigués) et qu’ils trouvent leurs racines ordinaires dans des étymons totalement non-hydronymiques (Roland et Laurent, tout simplement). L’historique de ces deux patronymes, fort honnêtement exposé ICI par un autre Laurendeau écornifleur, ne laisse aucun doute sur ce point. Rolandeau et Laurendeau se sentent, en plusieurs points, parallèlement et indépendamment, entre autres, comme petit Roland ou petit Laurent (notamment pour tout simplement dire fils de Roland, fils de Laurent). Fin du drame.

Enfin… quand même… il reste de tout cela la non négligeable force d’attraction du nom du majestueux Saint-Laurent qu’il est difficile de ne pas voir jouer un rôle dans la stabilisation généalogique et ethnoculturelle de cet intervertissement, somme toute assez courant, linguistiquement parlant, de deux consonnes (intervertissement qu’on appelle, en phonétique historique, une métathèse à distance). L’hydronymie est certainement quand même venu faire sentir son petit reflux, dans la genèse nord-américaine du beau nom de Laurendeau.

À tout événement, je n’aurai finalement qu’un mot: salut l’ancêtre.

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14 Réponses to “NOTRE PREMIER ANCÊTRE JEAN ROLANDEAU (1650-1715) — par Wilfrid Laurendeau”

  1. Catoito said

    Si je te suis bien, il y a des Laurendeau et des Rolandeau des deux bords de l’Atlantique. Et ces gens ne sont pas nécessairement biologiquement parents puisque tout fils d’un Roland (petit Roland) et tout fils d’un Laurent (petit Laurent) a pu se retrouver avec ce patronyme.

    Par contre, l’accident historique original du Québec, c’est que chez vous, l’ancêtre Rolandeau est devenu Laurendeau dès la deuxième génération, sous la pression de l’hydronyme de votre grand fleuve.

    [Voilà. Et ce Rolandeau-Laurendeau est l’ancêtre de tous le Laurendeau d’Amérique. — Ysengrimus]

    • Catoito said

      Mais théoriquement, un Laurendeau français pourrait immigrer au Québec et ne pas faire partie de cette filiation.

      [Absolument oui. Et un Rolandeau aussi. Et ce dernier aurait alors un petit peu plus de chances d’être un vrai collatéral des Laurendeau d’Amérique. — Ysengrimus]

  2. Denis LeHire said

    Mais alors nos Laurendeau célèbres: André Laurendeau, Huguette Laurendeau, Marc Laurendeau, Hélène Laurendeau, Martin Laurendeau et… l’autre Paul Laurendeau?

    [Eh bien, sans être des proches parents immédiats (sur dix ou douze générations, les bactéries se sont fatalement étalées), ils ont tous Jean Rolandeau comme grand ancêtre. — Ysengrimus]

    • Le Boulé du Village said

      Parlant de gens célèbres, pensez-vous que le généalogiste cité par Ysengrimus, a été nommé Wilfrid Laurendeau pour singer Wilfrid Laurier?

      [Ah, je le croirais, oui. Wilfrid Laurendeau est né en 1899. À ce moment là, la popularité du tout premier Premier Ministre du Canada canadien-français, élu trois an auparavant (1896), est au zénith. Il est quasi-impossible que les parents de notre futur oblat généalogiste amateur n’y aient pas pensé. — Ysengrimus]

  3. Marie Verne said

    Ysengrimus, tu as déjà rencontré des Laurendeau en France?

    [Non. Tout ce que j’ai en France c’est un ami qui a vu le nom Laurendeau vers 1998 sur un camion à La Rochelle (le port où Jean Rolandeau s’embarqua autrefois). J’ai aussi appris avec fracas, en 2001 lors d’un colloque, que l’une des plus grandes rues d’Amiens s’appelle la rue Laurendeau, d’après un notable quatre-vingt-neuvard du cru qui, fort heureusement pour mon moral, signa le cahier de doléances de la commune avec le Tiers-État. — Ysengrimus]

  4. Casimir Fluet said

    En tout cas, en France, les Rolandeau semblent très concentrés dans le même coin. Et il n’y a pas l’air d’avoir de Rolandeau au Québec, de nos jours.

    En France, les Laurendeau, semblent un petit peu plus éparpillés avec, par contre, une bonne présence dans presque le même coin que les Rolandeau.

  5. Serge Morin said

    Vraiment trop bon, l’autre Laurendeau écornifleur (Grimus dixit). Je reproduis une partie de son propos ici, au cas ou le site source, malheureusement ancien (2005), et du à ce monsieur, un certain Jean Laurendeau, disparaisse un jour:
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    de Rolandeau à Laurendeau
    les différentes graphies

    À ses débuts, la colonie recevait des immigrants de plusieurs régions de France. Les fondateurs de notre pays arrivaient ici avec leurs propres accents. Ils avaient leurs mots distinctifs et leurs expressions particulières. Le Cardinal Richelieu fondait l’Académie Française en 1635. Il est permis de penser qu’à ses débuts, l’Académie n’avait pas d’influence dominante sur les parlants français. Nous sommes forcés de croire que nos ancêtres n’avaient pas forcément l’oreille formée pour bien saisir, traduire les dires des uns arrivant d’une région française et les déclarations des autres qui débarquaient d’une région différente.

    Aussi, un autre fait milite en faveur des graphies hétéroclites; presque tous les actes lus, portent la mention a déclaré ne pas savoir signer. Si nos valeureux ancêtres ne savaient pas signer, ils ne savaient pas lire et assurément pas écrire non plus.

    Tout ce beau monde plein de bonne volonté vaquaient à leurs occupations avec l’imagerie du son et jamais avec la précision de l’écrit. C’est probablement la raison qui fait que la graphie de plusieurs patronymes a suivi, au Québec, des chemins différents de ceux empruntés en France.

    Nous savons que le premier ancêtre des Laurendeau se nommait Jean Rolandeau. Au fil de nos recherches, nous n’avons rencontré aucun document démontrant les causes de ce changement de nom de famille. Par contre, nos fouilles démontrent, avec certitude:

    que les Rolandeau de France sont les Laurendeau de l’Amérique
    que les Laurendeau d’Amérique n’ont aucun lien de parenté avec les Laurendeau de France (1).

    La liste qui suit démontre, qu’avant de se standardiser à Laurendeau, le patronyme Rolandeau s’est enrichit de plusieurs graphies. Le chiffre à droite correspond au nombre de fois que cette graphie a été vue dans les actes.

    Larondeau 3
    Laurandau 9
    Laurandeau 55
    Laurandeaux 25
    Laurando 95
    Laurandos 5
    Laurendau 13
    Laurendeau 103
    Laurendo 44
    Lorandau 6
    Lorandeau 69
    Lorando 98
    Lorendeau 8
    Lorendo 6
    Rolandau 1
    Rolandaux 6
    Rolandeau 47
    Rolando 21
    Rollandeau 7
    Rollondeau 1
    Roulandeau 1
    Roulando 1

    source de cette liste: PRDH

    Le deuxième ancêtre, Louis-Joseph est né Rolando, l’acte de baptême en fait foi. À son mariage, en 1722, il portait le nom de Laurandeau. Ainsi commençait le jeu des graphies vers ce que l’on sait aujourd’hui.

    (1) Suite à cette affirmation, nous voyons sursauter quelques Laurendeau vivant en Amérique et ayant un lien de parenté direct avec des Laurendeau de France. Nous connaissons quelques-uns de ces gentils manitous, ils sont peu nombreux et ils vivent sur ce continent depuis moins de 10 ans. Nous leur laissons le doux plaisir d’établir leur dynastie avant de décrire leur migration.

    SOURCE

    ————————————————————————-

  6. Surprenette said

    Je voudrais juste dire que je trouve très belle cette photo d’un vieux manoir canadien. Merci.

  7. Jean-Marie Dutey said

    Rhô! J’aime beaucoup ton hypothèse sur le « glissement » du patronyme.

    [Elle est faiblarde mais aguicheuse. Je crois que notre bon Wilfrid Laurendeau y fait plus ou moins allusion quelque part dans son opus, pour le coup, du reste. — Ysengrimus]

  8. Hibou Lugubre said

    Sublime! Passionnant! j’ai plongé dedans! 🙂

    Quoique un peu chagrinant (même si je suis certain que vous ne l’avez pas fait exprès de l’oublier…) vis-à-vis de l’ancêtre femme que fût votre honorable arrière arrière arrière grand-mère Marie Thibault dont je relève une étonnante erreur sur le lieux de naissance et qui à mon sens requiert la plus grande attention! Bref, le lien principal au document (gw.geneanet.org) que vous fournissez sur Jean Laurendeau (Rolandeau) me semble beaucoup plus complet et détaillé mais aussi plus crédible car il cite Marie Thibault comme étant née le 31 juillet 1681 dans l’Évêché d’Angers, Anjou (Maine et Loire), alors que le lien que vous fournissez sur son nom à elle (geni.com) prétend qu’elle serait née à Québec en 1662 sans autres détails.

    Voici donc les détails fournis sur le premier lien en détail:

    Prénom et nom de l’épouse: MarieThibault
    Née le vers 1661
    endroit de naissance Évêché Angers,Anjou (MaineetLoire)
    Confirmée le 31 juillet 1661
    à Pointe-à-la-Caille
    Décédée le 18 août 1711 à l’âge de 50 ans
    à Pointe-à-la-Caille
    date du mariage 24 avril 1680
    endroit du mariage: Notre-Dame-de-la-Victoire à Québec
    l’épouse vient de: la Seigneurie de Maure aujourd’hui St-Augustin.
    Père de l’épouse: Michel Thibault
    Mère de l’épouse: Jeanne Soyer
    tous les deux nés en France et résidant dans la Seigneurie de Maure lors du mariage de leur fille.

    Ça change tout! cela suppose que ses parents ont fait la traversée de l’atlantique après 1661 date de sa naissance, pour s’établir dans la seigneurie de Maure en Nouvelle France. Et qu’entre autre Marie Thibault n’est pas une ‘’fille du Roy’’ nombreuses à venir justement dans les mêmes années (important à citer tout de même pour éviter la confusion) pour marier les 400 soldats démobilisés du régiment Carignan-Salières en 1668 suite à la signature de la paix avec les Iroquois et ayant choisis de s’implanter durablement dans la colonie, ou les autres coureurs de bois et nombreux célibataires qu’on cherche à caser car ils font beaucoup de grabuge!

    On y apprend aussi que Marie Thibault se marie à Jean à l’age de dix-huit ans et décède en 1711 à l’âge de 50 ans alors que Jean lui vivra 65 ans et décédera en 1715, ça ressemble tout de même un peu à l’histoire pas très rose de ces femmes souvent citadines obligées à se transformer en femmes de ferme pour les besognes ardues des rudes campagnes du Québec tout en faisant des enfants nombreux. Jean et Marie ont donc sept enfants selon le même document, six filles et un garçon. Bref, Sachant que la moindre maladie bénigne et soignable même en ces temps-là aurait pu causer sa mort aussi jeune, il ne nous reste plus qu’à saluer la mémoire, l’esprit et l’âme de la femme courageuse, et travailleuse qu’elle fut. C’est bien grâce à cette maman pionnière que tout le bien arriva n’est-ce pas, et que les Laurendeau peupleront l’Amérique! Qu’elle repose en paix.

    Il faut tout de même imaginer que ces premiers colons qui décident de rester et s’établir en nouvelle France dans les années 1673 / 1674 ne sont pas plus que 6300 habitants! Ils sont presque réduits à eux mêmes et manquent de tout ce qu’ils ont connu pendant leur enfance française, à savoir leur propres familles, ensuite le climat tempéré et le soleil de la métropole, ensuite les biens… des choses aussi banales que le choix des fruits, des légumes, des pains et autres gâteries sucrées la bonne bouffe quoi, les habits et les tissus, la literie et les meubles, les maisons en dur, les mondanités, la sécurité des villes, leur avenues et leur monuments et leurs marchés, bref, même les chevaux et les mules sont quasi inexistants! Ils sont donc très conscients qu’ils vivent un dépouillement quasi-total par rapport à leur concitoyens français qui sont restés ou sont retournés en France. Et sachant surtout et aussi que la métropole est en pleine croissance sous Louis XIV, très peu sont ceux attirés par l’immigration en Nouvelle France à part les soldats, les aventuriers, les hommes d’église et les investisseurs et marchands. Il faut donc les imaginer en famille le soir venu avoir le mal du pays, de la famille, se remémorant les bonnes choses du continent… ne serait-ce qu’une bonne coupe de vin frais d’aquitaine ou de de leur coin de pays en ces lieux quasi hostiles ou ils doivent trimer toute l’année pour réunir quelque économies et pouvoir s’acheter des biens de première nécessité aux marchands bien plus malins de la ville de Québec!

    Ce qui nous amène à poser la question sur les motivations de Jean Rolandeau lui-même a vouloir s’y établir si jeune (arrivé en 1673 donc à 23 ans), car bien qu’il y ait eu des avantages comme les lopins de terre gratuits, l’absence d’impôt et le rêve d’y faire fortune, le coin qu’il habitait, Marsilly et la Rochelle, connaissant une fulgurante croissance économique sous le ministre Jean-Baptiste Colbert, on y construisait des frégates en quelques heures, et ce fut l’un des principaux ports militaires et marchands de France vers toutes les colonies y compris l’Acadie, la Louisiane, les îles des caraïbes et la Guyane française et les indes orientales. Bref, l’argent afflue de partout en métropole, le travail ne manque surtout pas, même l’armée recrute continuellement pour ses efforts de guerres, et personne n’a envie de s’exiler. (Jean Rolandeau ne fut même pas soldat mais immigrant… confirmé sur le site du ‘’fichier origine’’ officiel du Québec. A exclure aussi qu’il soit protestant ou huguenot car le protestantisme étant interdit en Nouvelle France, il reste donc ce que j’appellerai la propagande de la monarchie et de l’église que les historiens français et même québécois essaient de nier ou couvrir jusqu’à date.

    Les historiens de France et d’ici dans ce qui semble une stupide et continuelle tentative d’adoucir le terme de colonisation, ne cessent de nous rabattre les oreilles que la France n’a jamais eu de visées colonialistes comparables aux Anglais plus au sud de la Nouvelle France, aux États-Unis actuels, et qu’ils se contentaient de considérer cette colonie comme une terre d’opportunité pour le commerce et les échanges avec les autochtones, un comptoir commercial quoi, que c’est pour cette raison qu’ils ne provoquaient pas de transferts de populations entières du vieux continent. Mais ils omettent de nous dire que bien que la France d’alors n’était pas assez peuplée pour subvenir à ces propres besoins en main d’œuvre, en agriculture et en armées, elle vendait tout de même l’établissement en Nouvelle France comme l’ultime acte de fidélité au Roi soleil, et un acte de plaire à Dieu et à son église… qui se chargeait sur place de les surveiller, les recenser, les marier, et s’assurer qu’ils y fonderont une progéniture nombreuse qui servira la monarchie et ses intérêts le cas échéant! Bref, à mon humble avis, le jeune et brave Jean Rolandeau devait surtout avoir une fibre patriotique en plus du désir d’aventure et il pensait donc servir sa patrie, son Dieu et son Roi ainsi… personne ne nous dira ce qu’il a enduré, ni quel était son sentiment politique et ses opinions sur toute cette aventure dix ans plus tard… fin de l’histoire!

    Comble de l’ingratitude, j’ai fait un petit tour sur google maps, sur la ville de Montmagny, aucune rue ne porte son nom lui qui fut l’un des pionniers, par contre son témoin de mariage le valeureux Joncas, il y a bien une rue à son nom! et comme d’habitude, nos urbanistes, maires et autres conseils municipaux toujours en manque d’imagination, se sont assurés de mettre les noms de rues habituelles qu’on retrouve dans toutes les villes du Québec!

    Il ne me reste donc plus qu’a te féliciter mon cher Ysengrimus pour avoir des ancêtres aussi sympathiques, braves et vaillants  car ayant troqué leur confort et leurs mondanités pour une terre sauvage, des idéaux et un rêve qu’ils ont réussi à transformer en réalité face aux grippe-sous et marchands de Québec et d’ailleurs qui se remplissaient les poches en leur vendant des provisions et des babioles, ou les curés subventionnés par la monarchie qui les surveillaient pour s’assurer qu’ils ne commettaient pas de péchés en politique comme en croyances farfelues! 🙂

  9. Tourelou said

    Bel empilage!

    Malgré nos lignées d’acquisitions et de générations croissantes, nous sommes tous des caractères uniques. À mettre sur le tas!

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