Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Syncrétisme, développement intellectuel et sagesse: le Shinto

Posted by Ysengrimus sur 15 décembre 2018

Le Shintoïsme est la très ancienne religion populaire traditionnelle du Japon. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon technique de l’anthropologie des croyances, un hylozoïsme. Quand on réfléchit sur des religiosités aussi anciennes, il faut commencer par bien distinguer fétichisme, animisme et hylozoïsme. Le fétichisme (au sens originel, non sexuel, du terme) consiste à se façonner une idole, habituellement anthropomorphe ou zoomorphe, et, sur plusieurs générations, en venir à lui imputer des vertus humaines, magiques ou sacrées. La fascination pour l’objet fabriqué de main d’homme fonde le fétichisme (ses détracteurs y voient de l’idolâtrie). L’animisme consiste, pour sa part, à animer légendairement des entités naturelles, habituellement déjà vivantes (arbres, oiseaux, animaux terrestres) en les tirant en direction d’un fétichisme dynamique ou d’un totémisme. L’aigle, le serpent ou le lion deviennent alors un frère, un ancêtre ou un allié, centre polarisé d’une interaction implicite ou de différentes formes de déférence sacrée (ces animaux qu’on dote d’une âme semi-humaine peuvent même être fictifs: dragons, griffons). L’hylozoïsme, lui, est encore moins anthropocentré ou anthropomorphisant que l’animisme. Plus abstrait, générique ou schématique, l’hylozoïsme, c’est le fait de considérer que tout (une source, une montagne, une forêt, une mer, un col, un carrefour, une construction humaine même) est imprégné d’un principe de vie (ou force vitale), donc intangiblement vivant, ni plus ni moins. Doté d’une spiritualité passive, existentielle, moins susceptible de faire l’objet d’une invocation directe et consensuelle, comme l’animisme et le fétichisme, l’hylozoïsme est plus contemplatif qu’interactif. Il est la phase la plus ancienne de l’anthropomorphisation des vastitudes existentielles et naturelles. Le Shinto, culte polymorphe et millénaire, est donc d’abord et avant tout, dans son fondement ancien, un hylozoïsme. Pour lui, une montagne, un typhon, un tsunami, une forêt, une cataracte, un lac, une route sont dotés d’une existence spirituelle autonome, ni soumise ni rétive, simplement indépendante des hommes et ne rendant compte qu’à sa propre logique interne.

La mythologie japonaise, Shinto d’origine, manœuvre donc initialement des grands principes naturels. Très radicalement objectiviste, elle n’anthropomorphise pas la configuration du monde — du moins pas dans sa version archaïque, pré-bouddhique. On a affaire à une sorte de cosmologie mythique très poussée en amplitude dont les Kamis, ces forces vitales fondamentales de l’existence, sont les principales sources d’instigation. Le monde commence sur une tension entre l’ombre et la lumière. Amaterasu, l’entité solaire, vit dans une caverne obscure d’où une astuce la fait sortir pour éclairer le monde. Elle fait alors jaillir le riz et le blé. Elle engendre aussi deux sous-entités, Isanagi et  Isanami. Ceux-ci séparent les eaux de la terre, font émerger les îles de l’archipel japonais, les inséminent, les fécondent et les peuplent.

Insularisé, spécifique au Japon, le Shinto est donc une croyance nationale fort ancienne qui perpétue certains des traits les plus archaïques des vieilles religiosités vernaculaires, engageant un rapport crucial à la nature et aux vastités. Il semble bien que le Shinto se joue entre le petit peuple et le vaste monde. Mais on découvre alors une singulière curiosité. C’est que le Shinto dispose aujourd’hui de deux grands textes. Le premier de ces textes est le Kojiki (Chronique des faits anciens — il s’agit d’une généalogie de dieux, jusqu’aux empereurs de la dynastie de la période Yamato), écrit en 710 de notre ère. Le second texte est le Nihon Shoki (Annales du Japon — texte plus détaillé, moins mythologique, et considéré aujourd’hui comme une fort honorable source historique des faits de son temps), écrit en 720 de notre ère. Curiosité, curiosité… dans le cas des religiosités, qui dit apparition de textes dit activité démarcative. Or, le Shinto, dont l’origine remonte à quelques bons millénaires avant Jésus-Christ, ne se donne pourtant des Annales et des Chroniques qu’en 710-720 après ledit Jésus-Christ. L’écriture arrive au Japon, de Chine, dans les années 400. Il faudra donc encore trois siècles avant que le Shinto ne se couche sur papier. Eu égard à son passé archi-vénérable, autant dire qu’il le fait à la onzième heure. Que s’est-il donc tant passé entre-temps pour stimuler ce virage lettré? Eh bien, est advenue l’apparition du Bouddhisme au Japon, dans le milieu des années 500 (il est lentement venu de Chine, par la Corée). La mise en forme écrite de la pensée Shinto sera donc un effet de raideur syncrétique, une sorte de reflux culturel, d’acte de résistance et de démarcation des religiosités traditionnelles japonaises face à la pénétration de l’influence intellectuelle chinoise incarnée, elle, par le Bouddhisme. Le syncrétisme entre Shintoïsme et Bouddhisme va culminer encore plus tard au Japon, entre les années 1185 et 1333, au temps glorieux et flamboyant des Shoguns de Kamakura, puis entre 1603 et 1867 sous les Shoguns de Tokugawa.

Le choc social, tendu et complexe, des aristocraties chinoises et japonaises va se compléter d’un important choc intellectuel, au Japon. C’est que le Bouddhisme est fortement anthropocentré. Exempt de théologie (il n’y a pas en soi de «dieu» bouddhiste), il se concentre sur le cheminement très humain de la quête subjective et collective de l’Éveil. Le Shintoïsme, pour sa part, est, dans sa version archaïque, hylozoïste, donc cosmologique, naturaliste, très peu anthropocentré. Un moyen terme va s’instaurer. Au contact du Bouddhisme, les Kamis Shinto vont graduellement s’humaniser. Les grandes entités Shinto des débuts vont finir par devenir des dieux et des déesses anthropomorphes. Le Shintoïsme va se formuler de plus en plus comme un polythéisme doté d’un panthéon et de récits mythologiques humanisants. Isanagi et Isanami sont alors un dieu et une déesse à qui d’autres dieux ont donné une hallebarde géante. En brassant l’eau salée avec la pointe de la hallebarde, en se tenant sur le pont céleste, ils lèvent de grosses gouttes d’eau salées qui perlent, retombent et deviennent les îles japonaises. La légende de l’engendrement du monde est ainsi anthropomorphisée, dans le Kojiki, et les amours de Isanagi et Isanami engendrant le peuple japonais deviennent sexuels et, de fait, un inceste coupable car ils sont maintenant frère et sœur. Amaterasu, pour sa part, devient leur mère, la déesse solaire, ancêtre directe de l’empereur et représentée par la boulette rouge sur le drapeau japonais. La cosmologie d’autrefois prend désormais forme humaine et, alors, les Kamis anthropomorphisés peuvent plus aisément devenir rien de moins que des personnifications diverses, temporaires mais parfaitement accréditées, du Bouddha, lui-même. Les moines bouddhistes officient dans des temples Shinto et le culte Shinto, son cérémonial et ses pratiques, souvent tarabiscotés et complexes, deviennent —un peu abstraitement— une des voies permettant d’accéder à l’Éveil bouddhique. Lors de cette mutation, le culte des ancêtres —ancêtres humains— va aussi s’amplifier au contact du Bouddhisme. Les grands anciens, les parents, les héros disparus et même l’empereur vont en venir à devenir eux aussi des Kamis. Sans transition monothéiste, le vieux Shinto hylozoïste et le Bouddhisme intériorisé et athée vont tirer le Shinto nouveau vers le moyen terme du polythéisme anthropomorphisant et mythologisé. Dans le même mouvement, le Bouddhisme préserve le Shintoïsme, s’arrime à lui et le fait avancer intellectuellement.

Shintoïsme et Bouddhisme vont aussi se répartir le boulot cultuel, au Japon. La naissance et le mariage auront tendance à se pratiquer selon le culte Shinto tandis que le Bouddhisme prendra en charge les rites funéraires. Il est très intéressant de voir le syncrétisme se diviser le travail ainsi, au fil des siècles, dans la concrétude des pratiques cultuelles. Environ 60% des japonais déclarent aujourd’hui avoir les deux religions: Shintoïsme et Bouddhisme. Grâce au Bouddhisme, le Shintoïsme, qui est une religiosité vernaculaire fourmillante, sans prophète et sans texte fondateur, a pu se donner des écrits colligés lui fournissant une mythologie mémorisable et une solide stabilité polythéiste (qui rebondit aujourd’hui jusque dans la culture des mangas et des jeux vidéo). Grâce au Shintoïsme, souple, fluide et polymorphe, le Bouddhisme, invasif quand même, a pu s’implanter sans faire face à un dogme trop rigide et il a pu déployer sa vision du monde qui requiert de facto des dieux multiples (donc un panthéon pluraliste) et l’absence d’un dogmatisme extérieur à lui, pour prospérer. Notons aussi que si le Japon avait été pénétré par une religion plus dogmatique que le Bouddhisme (un des monothéismes de la triade abrahamique, par exemple), le Shinto, plus faible intellectuellement, se serait trouvé écrabouillé, comme le furent, par exemple, les religiosités vernaculaires des Amériques par le Christianisme ou les religiosités vernaculaires d’Indonésie par l’Islam. On peut aujourd’hui s’imprégner de la richesse intellectuelle fragile mais sublime du Shinto grâce à la sorte de préservation implicite que lui assura la coupole du Bouddhisme. Comme on a ici affaire, de fait, à une représentation intellectuelle et élucubrée des rapports de force entre Chine et Japon (rapports de force nationaux inclusivement — on en connaît les multiples avatars des deux derniers siècles, notamment entre 1868 et 1945), les choses n’ont pas toujours été pleinement harmonieuses entre Shintoïsme et Bouddhisme, il s’en faut de beaucoup. Il y a même eu des phases mutuelles de rejets. Mais les deux cultes ont su, à terme, poser leurs marques et produire, en terre japonaise, une des manifestations pratiques et observables les plus originales et contrastées de la réalité complexe et labile du syncrétisme religieux.

Les conséquences intellectuelles et philosophiques de l’expérience religieuse japonaise sont particulièrement enrichissantes et intéressantes, notamment pour une compréhension plus fouillée et relativisée de la tension antinomique entre dogmatisme et syncrétisme. Il semble bien que monothéisme et dogmatisme religieux aillent de pair. Voilà une dure fatalité, à la fois âprement théorique et cruellement concrète. Le monothéisme est logiquement incompatible avec le polythéisme (il ne peut pas y avoir à la fois un seul dieu et plusieurs) ainsi qu’avec l’athéisme (il ne peut pas à la fois y avoir un dieu et ne pas y en avoir). Le monothéisme tend donc à faire le vide autour de lui. Du mieux qu’il peut, il fait table rase des cultes antérieurs et ce, en en venant aux mains si nécessaire. L’expérience japonaise démontre qu’une indifférence aux dieux axée sur l’affinement subjectif et collectif de soi (Bouddhisme) co-existe durablement avec un polythéisme contemplatif, lui-même subtilement pluraliste et rompu à la coexistence entre eux des différents Kamis du panthéon (Shintoïsme). Le Bouddhisme, né quelques mille ans plus tôt dans l’Inde brahmanique polythéiste, s’installe au Japon et s’y préserve tout en préservant en retour la vieille religiosité vernaculaire délicate et fragile lui préexistant dans l’archipel. Inutile d’insister sur la dimension universelle et cruciale, dans l’horizon multiculturel contemporain, de la leçon de collégialité et de coexistence pacifique des syncrétismes séculaires. C’est ça aussi, la sagesse.

Ancien comme le syncrétisme même, le mont Fujiyama est un Kami

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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19 Réponses to “Syncrétisme, développement intellectuel et sagesse: le Shinto”

  1. Caravelle said

    Sublime de beauté et de sagesse.

    • Emma Riveraine said

      Original aussi. Je n’ai pas vu ce genre d’explication bien souvent. Il s’y connaît en religions, notre athée d’Ysengrimus…

  2. Marie Verne said

    Captivant, cette affaire de syncrétisme. Et comme elles restent toujours très fortement auto-promotionnelles, les religions ne sont pas prêtes d’admettre qu’elle sont juste un ramassis de miettes éclectiques ou de rencontres fortuites…

    • Mura said

      Je dirais que même les dogmatismes ont des syncrétismes, simplement ils les planquent encore plus profond dans leur tradition…

  3. Tourelou said

    Le temps, nous amène de plus en plus de Kamis dans nos esprits… Dans notre vie, il faut nous en faire des alliés, des protecteurs, des bons esprits pour nous accompagner sur notre route.

  4. Casimir Fluet said

    C’est vrai que la non-théologie bouddhiste s’accommode bien mieux d’un polythéisme comme voisin proche. Tous les dieux se valent comme canal d’illumination et il y a pas d’être suprême trop totalitaire. Le bouddhisme requiert sa petite tranquillité doctrinale. Plusieurs dieux qui sautillent dans tous les sens la lui assurent… Une sorte de diviser pour régner subtil…

  5. Hibou Lugubre said

    Merci Ysengrimus pour cette superbe et tranquille incursion dans l’esprit du pays du soleil levant. Tout dans ce pays fascine, la tradition, la culture, les, arts, la science et le progrès… Encore plus fascinant est que tout ceci, y compris le progrès, semblent reposer et obéir aux mêmes principes shintoïques de discipline, de méditation et de rigueur à la fois, et qui auraient permis à ce pays de préserver cette indépendance identitaire et culturelle uniques et marquantes… tout en se démarquant du reste du monde sur le plan du progrès et de la technologie! il faut le faire! Je pense que c’est pourquoi le monde entier toutes nations et religions confondues, continue de traiter avec humilité la singularité, la résilience, la rigueur et la sagesse du pays Nihon!

    Mais au-delà de cette fascination, et pour revenir à votre sujet, il y a lieu de se questionner s’il y a vraiment absence de dogme et plus exactement de fanatisme ou d’extrémisme dans le syncrétisme religieux qu’il soit Japonais ou autre. Bien que l’on puisse être d’accord sur le pacifisme majoritaire du peuple japonais aujourd’hui, un pacifisme imposé de force rappelons ici depuis la capitulation du Japon en 1945, et suite à la réponse finale, destructrice et génocidaire américaine d’Hiroshima et Nagasaki, au lendemain d’une longue guerre ou l’empire Nippon ne fit pas de cadeau à ses voisins proches et lointains en Asie et au Pacifique et biens sûr aux alliés. Bref, certains avancent encore aujourd’hui que les visées impérialistes et expansionnistes japonaises entre 1910 et 1945 (Corée, Chine, Indochine, Thaïlande, Singapour, Birmanie, Indonésie, Nouvelle Guinée) furent inspirés de l’occident colonialiste de l’époque à la recherche de matières premières et de main d’œuvre abondante pour bâtie l’empire, ce qui n’est pas faux en soi, sauf que les crimes qui y ont été commis, souvent injustifiés et cruels, dépassèrent de loin la notion de colonialisme au sens contemporain du terme. Ce qui remet sur la table toute la question des croyances quels qu’elles soient et leur capacité à humaniser ou déshumaniser la nature humaine, en particulier lorsque la politique s’y mêle et les préjugés identitaires, religieux et culturels qui vont avec. Et je pense qu’un militant bouddhiste et nationaliste chinois qui poursuit l’objectif de condamner les criminels de guerre japonais encore aujourd’hui ne me contredira pas là-dessus.

    Les exemples de querelles et guerres autour de ce qui est sacré et de ce qui ne le serait pas n’est pas en reste… lorsque le dialogue des religions fut mis en place, des extrémistes de tous poils crièrent à l’hérésie et certains accusèrent le pape de syncrétisme. Lorsqu’un ministre japonais alla se recueillir sur la tombe de ‘’héros’’ nationaux de la guerre, d’autres Japonais, des Chinois et des vétérans ont dénoncé le recueillement sur des criminels de guerre et ont exigé des excuses officielles. Lorsque des environnementalistes se regroupent à Genève pour discuter l’interdiction de la chasse au phoque, des Inuits du nord canadien les pourchassent et dénoncent une violation de leurs droits de chasse sur leur territoire mais aussi de leur croyances sacrées… etc

    Il me vient à l’instant d’ailleurs un exemple éloigné de la religion et plus proche de la sagesse connue ou reconnue de certaines figures historiques. Pas plus tard que cette semaine, une campagne d’universitaires et étudiants africains du Ghana est enfin parvenue à son but de démonter et virer la Statue du Mahatma Gandhi de l’enceinte de l’université d’Accra la capitale qui fut initialement offerte au Ghana par l’Inde deux ans auparavant, sous prétexte que Gandhi aurait tenu des propos racistes envers les noirs dans certains de ses écrits. Il aurait dit que les indiens sont infiniment supérieurs aux ‘’kaffirs’’ noirs de l’Afrique, le terme en indou signifiant une insulte aux noirs bien qu’il ait des origines musulmanes pour désigner les ‘’infidèles’’, et il aurait dit aussi que ‘’les occidentaux tentaient de les ramener au niveau de ces ‘’kaffirs’’ africains qui vivent de chasse et de cueillette, vendent une vache pour s’acheter une femme pour vivre leur vie dans l’indolence et la nudité’’ Bref, l’un des porte-parole de la campagne, professeur universitaire déclarera à la presse qu’ils ont pu ainsi rétablir le respect et dignité des noirs africains… Gandhi! Qui l’aurait cru capable d’écrire avec autant de légèreté! Il parait que cette histoire aura une suite dans d’autres pays africains maintenant, qui veulent suivre l’exemple du Ghana!

    Ceci dit, je vous rejoins sur toute la ligne dans votre analyse et vos observations qui démontrent cette fragilité, subtilité, flexibilité et surtout excellence du Shintoïsme Japonais et sa capacité à inculquer des valeurs sûres de sagesse, de dévotion et de profondeur intellectuelle… au-delà de ce qu’ont pu accomplir d’autres forme de religiosités et de religions qui se prétendent parfaites.

    Bref, mon avis est que Jusqu’à maintenant, nous comprenons le monde de manière fragmentée, morcelée, compartimentée, catégorisée et soumise au jugement pour ne pas dire au préjugé selon le sujet, l’histoire et nos liens sur la question… cette compréhension biaisée nous est dictée je pense par le dogme de la domination dont nous sommes prisonniers et que nous faisons subir aux autres, chacun, blotti dans ses convictions et sa paroisse depuis des siècles… même les historiens, les archéologues, les ethnologues, les anthropologues, les linguistes, et les théologiens, aussi érudits et prestigieux soient-ils, n’ont pu nous extraire du dogme de la domination et ou échapper eux-mêmes à ceux de la manipulation et de la prétendue supériorité idéologique, politique et religieuse qui régissent les intérêts et la ‘’raison d’état’’… ce foutu principe qui nous permet de violer le droit des autres au nom de je ne sais quel intérêt supérieur.

    Fort heureusement, ce monde là évolue et nous dévoile avec stupeur notre ignorance quasi généralisée des facettes jusqu’ici inconnues des autres et de nous-même! La sagesse qui elle, a existé et survécu dans toutes les cultures, les croyances et les religions, sans jamais arriver à vaincre complètement les fanatismes et les intérêts de tous poils, est justement ce qui nous a permis de mettre les sciences humaines et les sciences pures à contribution pour en arriver là. En 2011, on a retrouvé des molécules d’ADN dans un certain type de météorites, les ‘’Chondrites carbonées’’ alimentant de nouvelles théories ‘’d’ensemencement de la terre’’… alors patience, patience… on arrivera bien un jour à expliquer et élucider beaucoup de questions… entre autre pourquoi l’homme est si con 🙂 , si têtu et l’on pourra se féliciter d’avoir fait un véritable pas en avant!

    Bon je crois que si le but était de parler d’anthropologie des croyances, j’ai raté le coche… mais je me suis un peu lâché sur le fond… et j’espère ne pas avoir trop abusé de votre espace, Ysengrimus.

    Merci encore pour ce billet lumineux mon cher!

    • Brigitte B said

      Je ne crois que pas que notre Grimus (un athée méthodique) valorise spécialement le Shinto. il se contente de décrire son évolution abstraite de façon neutre. C’est d’ailleurs fort instructif.

      Merci, Hibou Lugubre, pour vos exemples. Ils sont non-religieux mais quand même fort intéressants.

  6. Line Kalinine said


    Il semble bien que monothéisme et dogmatisme religieux aillent de pair. Voilà une dure fatalité, à la fois âprement théorique et cruellement concrète. Le monothéisme est logiquement incompatible avec le polythéisme (il ne peut pas y avoir à la fois un seul dieu et plusieurs) ainsi qu’avec l’athéisme (il ne peut pas à la fois y avoir un dieu et ne pas y en avoir). Le monothéisme tend donc à faire le vide autour de lui. Du mieux qu’il peut, il fait table rase des cultes antérieurs et ce, en en venant aux mains si nécessaire.

    Brillant, lumineux. Mais pourquoi on ne trouve jamais ce genre de développement limpide dans la documentation usuelle sur les religions?

  7. Belle Orangeraie said

    Développements complémentaires, riches en détails mythologiques et avec des commentaires subsidiaires assez comiques (mais je préfère le topo d’Ysengrimus, mieux organisé, plus clair):

    • Tuquon Bleu said

      Compliqué, en ta! Les allusions aux jeux vidéos et aux mangas sont légions, en prime.

    • Hibou Lugubre said

      Je confirme, il y a bien une touche divine chez ce peuple! Leur disposition naturelle pour l’ordre, la pureté, la beauté et l’immaculée propreté… même le temple le plus dénué siérait à merveille au Dieu monothéiste le plus exigeant! Leur habits traditionnels et de cérémonies sont les plus beaux et les plus fins qui soient…. Bref, partout, cette touche esthétique exceptionnelle s’applique aussi bien aux gens, que leurs vêtements, leurs maisons, leurs temples, leurs objets, leur nourriture, leurs jardins, sans jamais choquer ou susciter le moindre doute… au contraire on pourrait souiller leur monde avec nos godasses! 🙂 et pour couronner le tout, ils arrêtent pas de nous titiller avec leurs silhouettes de femmes, et d’hommes, taillés pour le mannequinat, la mode, et la beauté esthétique… Bref, leurs Dieux ont bon goût, pas comme les nôtres, c’est certain! 🙂

      • Sismondi said

        Ce peuple est ce qu’il est. Ses dieux ne font que le suivre, du fond des anciennes vastités jusque sur les écrans bourdonnants des tablettes des tokyoïtes hyper-urbanisés.

  8. Hibou Lugubre said

    Rien de mieux pour apprécier ce billet qu’une dédicace au Poète Paul Laurendeau le sacré Ysengrimus!, Voici donc une modeste offrande au Maître de ces lieux sacrés, ma petite séléction de Haikus et autre poèmes Japonais glanées sur le net… on dit que le japonais est une langue poétique et une école sûre de la poésie qui inspire le monde entier par sa beauté…

    Ames sensibles s’abstenir….

    Les fleurs de puéraire, piétinées, leur couleur est encore vive.
    Sur cette sente de montagne, quelqu’un est passé.
    Hommes et chevaux, de fatigue, en chemin sont tombés.
    Au fil des nuits passées en voyage : la ténuité de la vie.
    Mon désir de voyage s’effrite.
    Au bout de Shima, sur le cap d’Anori, j’aperçois la lueur d’un phare.
    Shinobu Orikuchi

    on dirait que je lève
    les yeux
    depuis un nid d’oiseau
    à travers les jeunes feuillages
    le ciel très bleu
    Hiroko Katayama

    Matin du premier jour –
    Dans le poêle
    Quelques braises de l’an passé.
    Katô Gyôdai

    Dans les jeunes herbes
    Le vieux saule
    Oublie ses racines.
    Yosa Buson

    Le long de la rivière
    Je n’ai vu aucun pont –
    Ce jour est sans fin.
    Masaoka Shiki

    Sans savoir pourquoi
    J’aime ce monde
    Où nous venons pour mourir.
    Natsume Sôseki

    Après le tonnerre –
    Les nuages de la nuit
    Ont le teint frais.
    Hara Sekitei

    Fourmi !
    Tu as beau grimper à la rose
    Le soleil est encore loin.
    Shinohara Hôsaku

    Dans le volcan éteint
    Au fond du lac
    Le long baiser des truites.
    Maruyama Kaidô

    Presque une nuit d’automne –
    Le souvenir
    De sa main froide.
    Kinoshita Yûji

    Et pour les dames qui fréquentent ce blog et qui voudraient déclarer leur amour au Maître de ces lieux, sachez que que ce n’est pas si simple en Japonais comme l’atteste la blogueuse française établie au Japon Amélie Marie qui affirme : L’ART DE DIRE JE T’AIME EN JAPONAIS, TROUBLANT DE POÉSIE ET DE BEAUTÉ

    LIEN : http://AMELIEMARIEINTOKYO.COM/JE-T-AIME-EN-JAPONAIS/

    Et pour finir en beauté, une belle vidéo illustrant un poème de Mikata No Sami traduit bien sûr !

    J’ajoute simplement que le commentaire qui explique ce poème dans cette video est magnifique :

    Ce poème parle du palais comme de l’âme
    et donne un rendu de la neige tombée comme un onguent sur cette âme
    Ce poème aussi parle de la noblesse des sentiments et de la sérénité (évocation de la montagne)
    Le sens profond de ce poème réside dans le respect.
    C’est une invitation à respecter sa propre sensibilité et celle des autres.

    Tout le plaisir est pour moi 

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