Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

À propos du service militaire d’Hitler

Posted by Ysengrimus sur 15 mai 2018

Adolf Hitler, en 1914

Adolf Hitler, en 1914

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D’abord, eh bien, parlons d’Adolf Hitler (1889-1945). Ce n’est pas une infraction à la doctrine du Point Godwin de le faire (surtout si on le fait pour des raisons froidement démonstratives plutôt qu’hystériquement argumentatives). C’est, au contraire, une importante portion du devoir de mémoire. Hitler n’est pas un sujet tabou. Croire autrement c’est simplement continuer de le sacraliser. Qui fait cela, exactement? Bon, peu importe qui, en fait. Un mot plutôt sur ceux qui, croyant faire mieux, font le contraire: plutôt que de ne pas en parler, en parler en mal. C’est de fait pour éviter ou tenter d’éviter la fascination qu’il exerce encore qu’on continue de bruyamment et simplistement dénigrer Hitler. Or dénigrer n’est pas décrire et je plains de tout mon cœur la qualité médiocre des reportages qui, comme celui-ci, se discréditent tapageusement eux-mêmes, juste de refuser le pensum le plus prosaïque de l’historien, celui de montrer sans artifice le Hitler ordinaire dans toute sa complexité historicisée.

Alors –par exemple– en référence à sa période viennoise (1905-1912), on a dit d’Hitler, pour le discréditer (plutôt que pour le décrire), qu’il avait été «peintre en bâtiments», fadaise calembourgisant niaiseusement sur la notion de peintre mais surtout, criage de noms inane et idée vide, battue en brèche par les historiens sérieux. Ceux-ci nous diront qu’Hitler, recalé deux fois aux Beaux-Arts de Vienne non pour manque de talent mais pour carence d’assiduité, peignait des paysages urbains et ruraux et frottait ensuite la toile pour donner une allure vieillotte à son œuvre. C’était un trip qu’Hitler, peintre de rue, faisait lors de sa vie de bohème à Vienne, circa 1912. Il n’y a pas grand-chose de plus à en dire. Il faisait aussi toutes sortes de petits métier (bagagiste, vendeur à la sauvette) et tirait le diable par la queue, en vivotant sur une pension d’orphelin (tarie en 1910, année de ses vingt et un ans). En 1912, de fait, il est pas très loin de la misère noire.

C’est justement vers 1912, dit-on toujours pour le dénigrer, qu’Hitler quitte Vienne (pour Munich) afin d’échapper à l’enrôlement militaire auquel l’Empire Austro-hongrois procédait, dans la mouvance des guerres balkaniques. On observera le ton et les postulats incroyablement ricains et cuculs d’un discrédit qui passerait par le fait de dénoncer Hitler comme un draft dodger, en s’assoyant pesamment sur le postulat qu’il faut absolument faire le service pour être un type bien, même s’il s’agit de participer à des guerres semi-coloniales brutales, rétrogrades et iniques. Je vous annonce sans rougir que si Hitler avait été un artiste, maudit sur les bords, amplement tire-au-flanc, mal aimé des Beaux-Arts, objecteur de conscience et pacifiste de surcroît, fuyant vite-fait-bien-fait devant les bruits de bottes de sa putride patrie impériale, eh bien, cela l’aurait accrédité plutôt que discrédité à mes yeux. Mais ce n’est pas le cas, non plus. Eh non… Restons descriptifs donc. La conclusion critique viendra bien d’elle-même.

C’est qu’Hitler est déjà Hitler. Xénophobe, antisémite, c’est aussi un virulent nationaliste… mais pas un nationaliste qui serait un patriote étroit envers l’Autriche-Hongrie, son fatal pays natal, graduellement marginalisé par la Prusse comme locomotive historique du pangermanisme. Non, Hitler a déjà une opinion ferme et arrêtée sur ce qu’est l’épicentre et ce qu’est la périphérie du monde germanique. Aussi, il est déjà pleinement Deutchland Heil! Conséquemment, il ne veut absolument rien savoir de faire le service militaire en Autriche-Hongrie et ce, pour deux raisons:

  • sereinement et ouvertement raciste, il trouve l’armée austro-hongroise bien trop cosmopolite. On y retrouve des slaves, des kosovars, des turcs, des juifs, des hongrois, des bosniaques, des macédoniens, des grecs et j’en passe. La dernière chose qu’Hitler veut, c’est de se retrouver noyé dans une phalange de métèques;
  • il considère les Habsbourg, famille impériale régnant sur son pays, comme une dynastie d’emplumés perdants et d’automates monarchiques sans vision. Il ne ressent aucune appétence pour le service dans une armée à l’ancienne dont il a la froide certitude qu’elle est intégralement surannée et foutue.

Hitler monte donc à Munich (capitale de la Bavière allemande) et continue, un temps, d’y déconner et d’y faire l’olibrius et l’artiste à la manque. En 1913, il est réformé par l’armée allemande, dans des conditions historiquement peu claires. Santé? Nationalité? C’est pas établi. Il faut dire qu’il est maigrelet, malingre, qu’il a un fort accent autrichien et qu’il a un style interpersonnel frau et peu amène. Pour tout dire comme il faut le dire, c’est un trublion et un emmerdeur. Qui voudrait de ça dans les rangs ordonnés des crânes rasés de l’Empereur Guillaume? En tout cas, nous, ceux du sain recul historique, on est désormais obligés d’envisager que celui qui s’objectait en Autriche-Hongrie en 1912 ne se serait plus objecté, en 1913, en Allemagne, cruciale puissance wagnérienne où, il faut bien le dire, on ne recrutait pas aux fins de guéguerres orientales, marginales, balkaniques, hasardeuses et sans portée significative aux vues du Grand Universel Guerrier…

Aussi, en toute cohérence doctrinale, au moment de la déclaration de guerre d’août 1914, Hitler, qui est toujours à Munich, se porte aussitôt volontaire. Dans l’urgence titanesque de la mobilisation générale, les officiers du recrutement bavarois sont beaucoup moins regardants qu’en 1913. Hitler est donc enrôlé et envoyé immédiatement sur le front de l’Ouest. Il voudrait faire tirailleur parce qu’il voudrait tout simplement dégommer du non-allemand, sans transition. On veut pas vraiment mettre un fusil dans les mains d’un zélateur mal entraîné de ce genre, à la fois trop souffreteux et trop trépidant. On lui dit donc d’oublier ça, tirailleur. Il sera estafette, à la place… Important, il y a deux sortes d’estafettes: les estafettes de front (on imagine les types à bicyclette portant courageusement les messages dans la bouette, sous des pluies de bombes) et les estafettes d’arrière, qui, elles, vont porter les messages de l’état-major de campagne aux… estafettes de front (qui elles les portent ensuite dans les tranchées). Hitler est estafette d’arrière. Il lui arrive même de peindre une aquarelle champêtre de ci de là, entre deux commissions. Dans son ouvrage Mein Kampf, autobiographie largement autopromotionnelle et autosanctifiante écrite (dictée, en fait) en 1924, notre communicateur fin-finaud jouera amplement de cette ambiguïté brumeuse entre les deux types d’estafettes pour s’arroger un héroïsme aussi spectaculaire que finalement assez peu étayé.

Ceci dit et bien dit, tous les historiens s’accordent quand même pour dire qu’Hitler a vu le feu et pas un peu: Ypres, les autres étapes de la course à la mer, puis la Somme, Passchendaele, il y était. En 1914, son régiment d’infanterie est presque anéanti à Ypres. De quatre mille troupiers, il en survit cinq cent, dont Hitler. En 1916, lors de la Bataille de la Somme, le baraquement des estafettes se prend un obus et Hitler est blessé à une cuisse. On le replie sur Munich et la guerre aurait pu se terminer ainsi pour lui, soldat assidu de la toute première heure. Que non. Guéri, notre jusqu’au-boutiste écrit à son officier supérieur, réclamant explicitement de rejoindre son régiment car il n’endure pas de niaiser à l’arrière et de ne plus coudoyer ses camarades au front. Il rempile donc en 1917, volontairement toujours et toujours sur le front de l’Ouest. En 1918, il est gazé au gaz moutarde et perd temporairement la vue. C’est à l’hosto suite à ce dernier avatar de combat, douloureux et angoissant, qu’il apprendra la capitulation de l’Allemagne. Il le prendra très mal.

Hitler est maintenant un caporal décoré de la Croix de Fer seconde classe (comme tout le monde) mais aussi de cette drôle de Croix de Fer première classe, rarissime pour un sous-officier (et indice quasi-indubitable de ses premiers grands copinages d’état-major, attendu l’absence béante de description de l’exploit dans son carnet de régiment). Sans métier, sans ressources et sans convictions autres que celles que le puissant dispositif militaire allemand a configuré et solidifié en lui, il ne quitte pas le service. Il reste, tout simplement, en garnison, sur Munich, dans l’armée radicalement diminuée et désorganisée de la République de Weimar.

C’est le chaos social et le bordel politique. Le flamboyant prestige de la révolution bolcheviste toute récente en URSS fait qu’on cherche par tous les moyens à séduire le prolo, bolcho tendanciel, en le convertissant en national-bolcho, récupérable à droite… C’est la lutte des classes au sens pur, dur et brutal du terme. Il y a les Spartakistes qui sont certains d’avoir instauré les Soviets en Allemagne. Il y a les Corps Francs, groupes paramilitaires échappant déjà aux cadres trop restrictifs du Traité de Versailles, qui servent la réaction la plus noire et combattent les susdits Spartakistes. Il y a la République de Weimar, parlementaire, camérale, bringuebalante et lourdingue, qui cherche bon an mal an à gouverner démocratico-électoralement. Des milices surarmées (déjà totalement décrochées du commandement militaire régulier) et des partis politiques rageurs, bigarrés et semi-secrets jaillissent de partout, en un laps de temps très court. Sentant le communicateur et l’écornifleur en Hitler, ses officiers supérieurs de l’armée régulière, cherchant à s’y retrouver dans le cloaque politique, le font officier des renseignements, plus précisément, si on traduit au mieux le terme de jargon: commando-enquêteur. En 1918-1919, Hitler est chargé par son commandement de garnison d’analyser par le menu la ligne doctrinale d’un petit parti anti-marxiste, anti-capitaliste, antisémite et hypernationaliste: le parti national socialiste des travailleurs allemands

Le reste est connu. Hitler devient membre de ce parti (il en est le cinquante-cinquième adhérent) pour l’espionner d’abord et vite il s’intéresse authentiquement à son programme et en devient un des cadres, puis le chef. Comme l’armée de Weimar ne dispose pas de procédure officielle de démobilisation, Hitler, devenu, presque subitement, politicien, se retrouve, vers 1920, sur la liste des caporaux encore engagés mais inactifs. Notons aussi qu’il ne peindra plus jamais.

C’est donc nulle part ailleurs qu’au combat, pendant son long service militaire lors de la Première Guerre Mondiale, qu’Adolf Hitler est devenu méthodiquement et concrètement militariste. Nos militaristes contemporains (les durs doctrinaires comme les doucereux larmoyants) devraient pourtant la méditer, celle-là. Elle est hautement significative et on ne la formule pas souvent comme il se doit, même quand on se décide à parler d’Hitler… Après le fameux Putsch manqué de la Brasserie de Munich (1923), où, un flingue à la main, il verra un bon nombre de ses camarades de parti abattus sous ses yeux par la police bavaroise, le chef du Parti Nazi deviendra, tout aussi méthodiquement (désormais sinueux, prudent), électoraliste. Aussi, quand la crise de 1929 poussera les électeurs allemands démoralisés vers les partis extrêmes, l’ancien combattant revanchard sera toujours, pour un temps, prudemment en veilleuse tandis que le politicien passionnel et démagogue sera, lui, fin prêt pour l’étape suivante de son catastrophique cheminement.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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22 Réponses to “À propos du service militaire d’Hitler”

  1. Caravelle said

    Billet un petit peu utile et très désagréable…

    • Peintre inspirée said

      Je seconde. En sait-on un peu plus sur lui comme peintre?

      [Complément d’information sur Hitler comme peintre: QUELQUES TOILES D’HITLER. On sent bien l’architecte conservateur derrière le peintre figuratif univoque. Il a aussi peint et dessiné des portraits humains et canins. — Ysengrimus]

      • Magellan said

        Je seconde Ysengrimus sur son rejet de l’approche démonisante de cette figure historique. Il faut regarder les choses en face, les voir dans leurs dimensions effectives… c’est la seule façon vraiment efficace de contrer leur retour…

      • Mistral Simoun said

        Très académique, comme peintre.

  2. Piko said

    Il faut parler d’Hitler comme ça. Et il faut en parler aujourd’hui parce qu’une autre forme de sacralisation apparaît, le concernant. La sacralisation populiste. Le devoir de mémoire c’est aussi de ne pas laisser la fascination se reprendre. Et sur ce point, il y a du travail à faire, en ce moment…

    • Catoito said

      C’est bien vrai que réprobation et irrationalité s’accompagnent souvent, au sujet d’Hitler. Or l’irrationalité, sur les questions hitlériennes, c’est jamais payant. Il faut la solide et tranquille maestria d’Ysengrimus pour nous faire sentir cela.

      • Casimir Fluet said

        Conclusion: le militarisme est toujours plus ou moins un hitlérisme. Il remplis les têtes comme l’armée impériale allemande a remplis celle de ce barbouilleur clochardisé, transformant sa pulsion irrationnelle déréglée assez ordinaire en méthode comportementale et politique. On comprend mieux nos petites nations contemporaines de préférer la thèse du monstre gesticulateur moustachu ad hoc à celle, plus froidement historienne, d’un simple caporal d’active, comme produit directement et ouvertement militariste. Tous nos États-nations à la con contemporains, même les plus insignifiants et riquiqui, genre Canada, sont veulement militaristes… La réalité historique de ce personnage encombrant est rien de moins que leur constante critique immanente.

  3. Le Boulé du Village said

    Je sais que ce texte est sérieux pis toute, pis toute. Mais je peux pas résister et je suis certain qu’Ysengrimus va me le pardonner, l’hiver a été tellement longue cette année. Je craque…

    [J’ai hurlé de rire tout le long. Une des excellentes parodies hitlériennes, pour nous, québécois. Cependant je vous supplie tous de ne pas en envoyer d’autre. — Ysengrimus]

  4. Line Kalinine said

    il est intéressant de découvrir que l’armée impériale allemande a militarisé Hitler dans sa tête avant que ce dernier ne la re-militarise dans les faits…

    • Gudule said

      Oui, je seconde cette idée. Ysengrimus nous fait comprendre qu’Hitler n’était pas grand chose intellectuellement avant de vivre le militarisme et la guerre mondiale de sa jeunesse. Cela est très éloquent sur la suite de son cheminement…

      • La Reine said

        Il accordait visiblement une grande importance à l’autorité strictement encadrée (je suis mal placée pour le lui reprocher)…

  5. Serge Morin said

    Quand Hitler perd ses élections, il les gagne quand-même… et quand il gagne ses élections quand-même, c’est pas long que tout le système électoral prend le bord…

    • Mura said

      il fait bien analyser de telles dérives. En voir les signes avant-coureurs dans la vie contemporaine…

      • Sismondi said

        N’oublions pas le crucial élément de la crise de 1929 qui a jeté la population paniquée vers les partis extrêmes.

  6. Piloup said

    Non seulement Hitler, comme citoyen, est profondément défini par le militarisme de sa jeunesse de guerre mais, comme politique, il est configuré par la correction des pertes de la défaite de 1918, comme le montre très clairement cette excellente carte animée.

    Avec le recul de l’histoire qui s’installe lentement, il est de plus en plus net que la guerre franco-allemande de 1870, la guerre de 1914 et la guerre de 1939 forment un tout (qui est aussi, heureusement, un épisode clos). Dans la victoire, et même dans la radicalité tragique de la défaite, Hitler va rectifier, amplifier, compléter puis conclure le 14-18 de sa vive jeunesse. Cette incomplétude hitlérienne à combler, qu’est-ce qu’on s’en serait passé.

  7. Caracalla said

    Qu’ont en commun Napoléon, Staline et Hitler? Des résultats sociologiques lointains de la chute républicaine d’un monarque (Napoléon—Louis XVI, Staline—Nicolas II, Hitler—Guillaume II). Des provinciaux périphériques qui parlaient la langue de l’empire avec un fort accent régional (Napoléon—Corse, Staline—Géorgien, Hitler—Autrichien). Des petits militaires ayant directement vu le feu (Napoléon—artilleur puis général, Staline—seul chef bolchevique à avoir tué de ses mains lors de la guerre civile, Hitler—ancien poilu). Des dictateurs militarisants, ayant débuté sans trompette dans l’ombre d’un grand homme un peu plus civil que militaire (Napoléon—Robespierre, Staline—Lénine, Hitler—Hindenburg). Finalement des chefs qui font peuple, des populistes chacun à sa manière, des petits pères des peuples, devenus plus puissants que les plus puissants des rois, notamment comme chefs de guerre à armées immenses.

    • Perclus said

      Il faudrait nuancer mais c’est pas bête comme idée. On impute à Napoléon justement, l’aphorisme suivant: Toute révolution se termine dans la dictature absolue. Méditons, méditons…

  8. Peephole said

    Utile. On comprend mieux qu’il émane d’une machine sociale.

  9. Tablette Parlante said

    La problématique toujours un peu malsaine du héros de guerre.

  10. Hitler s’est volontairement engagé avec ses modestes forces dans l’armée autrichienne à l’age de 25 ans. Il a atteint le grade de caporal et décoré par l’une des plus haute distinction de l’armée allemande la Croix de Fer. Personne ne l’a nullement forcé à s’engager dans cette Grande-Guerre.

    Cela dit, j’aime beaucoup votre article et votre blogue par la même occasion. Je me suis abonné pour recevoir d’autres de vos articles.

    [Pas l’armée autrichienne mais directement l’armée allemande, en 1914 (à 25 ans). — Ysengrimus]

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