Le Carnet d'Ysengrimus

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  • Intendance

JOHNNY B. GOODE (de Chuck Berry) en v.f.

Posted by Ysengrimus sur 31 mars 2018

chuck-berry-B-Goode

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Tout près d’la Nouvelle-Orléans, en Louisiane
Dans un tas de billots en forme de cabane
Au creux de la forêt, où le chemin fait coude
Vivait un paysan nommé Johnny B. Goode
Qui savait lire et écrire de façon bien moche
Mais qui jouait la guitare comme on sonne une cloche.

Va, va, Johnny B. Goode

Par un lacet à sa guitare son cou était lié.
Après les travaux, près de la voie ferrée,
Au pied d’un sapin, bien au frais, à l’ombre,
Il inventait des rythmes et des accords sans nombre.
Les gens qui passaient disaient, étonnés:
« T’as vu ce paysan? Quelle dextérité! ».

Va, va, Johnny B. Goode

Sa maman disait: « Tu sera un monsieur très bien
Et tu seras le chef d’un groupe de musiciens.
Tous les gens des quatre coins du canton
Jusqu’au crépuscule écouteront tes chansons.
Ton nom, peut-être un jour scintillera dans la dans la gloire
Ça dira: «JOHNNY B. GOODE, CE SOIR.»

Va, va, Johnny B. Goode

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En v.o., c’était il y a soixante ans pilepoil aujourd’hui que cette composition cruciale sortait sur disque (elle fut envoyée par la suite dans l’espace, avec vingt-sept autres plages musicales du monde, dans la sonde Voyager, pour son statut incontournable d’œuvre terrestre significative).

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22 Réponses to “JOHNNY B. GOODE (de Chuck Berry) en v.f.”

  1. Tourelou said

    Œuvre électrique sur laquelle les terriens dansaient énergiquement. Elle a sauvé des vies, mais peut être pas assez. Quelle belle époque rock’n’roll pleine de souvenirs.

    • Denis LeHire said

      C’est les souvenirs mais c’est aussi une sorte de synthèse de musique américaine. En plus Berry fait partie des noirs qui, avec Domino et Richard, arrivaient à percer le marché musical de catégorie A, avec leur produit authentique. Elvis et Carl Perkins ne pouvaient plus tout leur voler…

      • Val said

        Je seconde. Mais, question : on m’a dit que Elvis n’était pas voleur, que, grâce à lui, la musique des Noirs, comme Berry, de cette époque a pu pénétrer dans les scènes musicales des Blancs, et ensuite se répandre loin. Êtes-vous d’accord? Moi, je ne suis pas tout à fait convaincue, mais je ne suis pas encore capable d’articuler pourquoi…

      • Denis LeHire said

        Je comprends ce raisonnement, Val.

        Retirons Elvis et Perkins (comme la mort violente nous retira Buddy Holly, un génie musical blanc du calibre des Beatles), les noirs auraient-ils eu plus de place dans le rock’n’roll? Pas certain du tout, car le racisme était encore virulent. Il est limpide que le succès d’Elvis repose sur le fait qu’il était un blanc qui chantait comme un noir. Cela court-circuitait la ségrégation. On pouvait donc découvrir ce son. Elvis (plus précisément le producteur d’Elvis) a ouvertement volé Blue suede Shoes à Carl Perkins (un autre blanc). Mais a-t-il volé les noirs? Fondamentalement, Elvis sonnait comme un noir pas parce qu’il les imitait en je ne sais quel minstrel show. Plus parce qu’Elvis était de condition sociale modeste, comme les noirs, tout en échappant au filtre de la ségrégation qui, lui, est visuel, pas musical.

        Les liens entre blues, country et rock’n’roll sont profonds et passent de blancs à noirs comme de noirs à blanc, depuis 150 ans. Je ne lance pas la pierre à Elvis, à Perkins ou aux Beatles (qui ont repris superbement des chansons de Chuck Berry). C’est la ségrégation raciale qui est en cause, et celle-ci vient bien plus de la société que des artistes, qui souvent contribuent à la détruire en construisant des ponts culturels.

        Avec Chuck Berry, Fats Domino, Little Richard, c’est pas juste la musique des noirs qui entre en scène, ce sont les artistes noirs eux même. Veut, veut pas, Elvis et Perkins leur ont préparé le terrain, en les volant, oui, mais sans vraiment le faire exprès.

        Enfin, c’est mon opinion…

      • Val said

        Dire qu’Elvis a préparé le terrain pour les artistes noirs est très intéressant et il est utile d’y penser. Pourtant, je trouve assez troublant que son premier vol (à mon avis), c’est qu’il imitait le son des artistes noirs (qu’il a bien dû fait exprès … non?), sans leur donner le mérite. Je ressens aussi que le fait d’être content de bénéficier de la ségrégation raciale c’est d’y contribuer un peu. Mais, bon. Vous m’avez donné assez à réfléchir. Merci.

      • Abdoul Salim said

        Elvis was an integrator, a blessing. They wouldn’t let Black music through. Elvis opened the door for Black music.
        Little Richard

        .

        Elvis fut un intégrateur, une bénédiction. Ils ne laissaient tout simplement pas passer la Musique Noire. Elvis a ouvert les portes à la Musique Noire.
        Little Richard

  2. Caravelle said

    Vigoureux et salutaire.

  3. Piko said

    Voici l’œuvre:

  4. Catoito said

    Enfin, j’en comprend le sens.

    Le thème traité est sacrément éloquent. Un jeune paysan louisianais (certainement noir) qui attire l’attention du canton (puis de l’Amérique, puis du monde, puis du cosmos!), avec sa musique extraordinaire.

  5. Surprenette said

    Enlevant. Je ne connaissais pas…

  6. Le Boulé du Village said

    Comparaison. Le Rock’n’roll Music original, de Chuck Berry:


    .

    La version Beatles, Limpide:


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    La version Beach Boys. Mutine:


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    Des vols? Non. La source est citée à tous coups. Le génie de musicien et de parolier, c’est celui de Chuck Berry. Les autres, c’est des interprètes.

    Le texte (parolier: Chuck Berry):

    Rock and Roll Music

    Just let me hear some of that rock and roll music
    Any old way you choose it
    It’s got a backbeat, you can’t lose it
    Any old time you use it
    It’s gotta be rock roll music
    If you wanna dance with me
    If you wanna dance with me
    I have no kick against modern jazz
    Unless they try to play it too darn fast
    And change the beauty of the melody
    Until they sound just like a symphony
    That’s why I go for that that rock and roll music
    Any old way you choose it
    It’s got a backbeat, you can’t lose it
    Any old time you use it
    It’s gotta be rock roll music
    If you wanna dance with me
    If you wanna dance with me
    I took my loved one over ‘cross the tracks
    So she can hear my man awail a sax
    I must admit they have a rockin’ band
    Man, they were blowin’ like a hurrican’
    That’s why I go for that that rock and roll music
    Any old way you choose it
    It’s got a backbeat, you can’t lose it
    Any old time you use it
    It’s gotta be rock roll music
    If you wanna dance with me
    If you wanna dance with me
    Way down south they gave a jubilee
    The jokey folks they had a jamboree
    They’re drinkin’ home brew from a wooden cup
    The folks dancin’ are all shook up
    And started playin’ that that rock and roll music
    Any old time you use it
    It’s got a backbeat, you can’t lose it
    Any old time you use it
    It’s gotta be rock roll music
    If you wanna dance with me
    If you wanna dance with me
    Don’t care to hear’em play the tango
    And in the mood they take a mambo
    It’s way too early for the congo
    So keep a rockin’ that piano
    So I can hear some of that rock and roll music
    Any old time you use it
    It’s got a backbeat, you can’t lose it
    Any old time you use it
    It’s gotta be rock roll music
    If you wanna dance with me
    If you wanna dance with me
    .

  7. Bunny Keeno said

    @Val

    Je suis un chanteur noir, amateur mais actif (à la guitare et au piano). Elvis n’imite pas les noir, il sonne comme eux parce qu’il est de la même condition sociale d’origine qu’eux. La saloperie, c’est pas de faire passer Elvis en audition, mais de bloquer l’accès au studio au prolétaire noir que chante pas différemment d’Elvis. Ce son était partout. Or on tendait à ne l’accepter pour endisquer que chez un blanc. Je crois en plus qu’Elvis, comme artiste et comme personne humaine, n’était pas raciste. Les arguments auxquels je me rallie sur ce point sont ICI. Et il y a aussi ceci, à sérieusement méditer:
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    Maintenant, vu qu’on a introduit les Beach Boys, laissez moi vous montrer, chère Val, comment les noirs se font vraiment voler leur musique par les blancs. Je vous demande d’écouter ces deux pièces:
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    La première est de Chuck Berry (chanteur noir) la seconde, des Beach Boys (orchestre blancs). Berry se fait ouvertement voler et adapter la musique de son hymne à la fille américaine ici et elle est glissée sous un texte de chanson de plage de californiens blancs. Je sais pas comment ils ont fait ça au niveau des droits d’auteurs etc… mais là on a une musique de noir, pompée, refaite, lessivée et exploitée par des blancs.

    Cela s’est fait massivement et souvent par des talents bien plus petits et moins significatifs culturellement qu’Elvis…

    • Val said

      Merci, Bunny Keeno! Vous avez bien clarifié cette question pour moi. L’exemple des Beach Boys (que je connaissais peu) est vraiment clair.

      • Sally Vermont said

        Je seconde Val. L’exemple musical ici est très probant. Way to go, Bunny Keeno!

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