Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Cultures intimes et rapports de sexage

Posted by Ysengrimus sur 8 mars 2018

Male & female silhouette icon - couple & partner concept

La culture intime d’un groupe social donné est l’ensemble des options, des discours, des implicites, des a priori et des comportements (parfois ostentatoires, parfois secrets ou semi-secrets) adoptés par ce groupe, le délimitant et le configurant, habituellement par démarcation par rapport à un ensemble social plus vaste et plus intriqué. Les différents groupes ethniques de l’espace urbain cosmopolite ont leurs cultures intimes particulières se manifestant dans la gastronomie, l’habitat, les rites, etc. En situation de diaspora, certains traits de la culture intime de groupes ethniques particuliers (langues, cultes, pratiques matrimoniales) font l’objet d’un renforcement particulier, visant à résister aux pressions assimilatrices du groupe plus large (on peut penser, par exemple, au port du hidjab dans certains contextes occidentaux contraints).

La principale culture intime (mais non la seule) est reliée au sexage. Une idée commune courante induit, par exemple, qu’il y aurait des produits culturels (habits, romans, films…) féminins et des produits culturels masculins, associés à des comportements (dé)codés comme des postures, des propos récurrents, des priorités, féminins ou masculins. Cette codification d’appartenance culturelle à un genre mobiliserait tout un monde implicite qui serait parfois endossé, parfois trahi, en fonction du rapport établi par l’individu aux cultures intimes qu’il endosse ou dont il se démarque.

Le sexage lui-même est l’ensemble des dispositifs culturels et configurations ethno-sociales reliés à la délimitation des sexes, à la relation entre les sexes, à l’orientation sexuelle et aux mœurs sexuelles. Malgré un codage explicite très articulé dans la majorité des sociétés humaines, les rapports de sexage (en anglais: gender relations) sont aussi l’objet de toute une organisation implicite (sinon secrète) visant souvent à faire obstacle et à résister au susdit codage explicite traditionnel (habituellement patriarcal). Il est possible d’avancer que, dans l’habitat urbain contemporain, les rapports de sexage connaissent en ce moment même un bouleversement dissymétrique sans équivalent historique connu, qui affecte autant la culture intime des individus que celle des petits et grands groupes.

Le principal problème du sexage (mais non le seul) consiste à se demander si la définition de l’identité sexuelle des individus et des groupes est exclusivement une construction sociale, exclusivement une détermination biologique ou une combinaison à dominante des deux. Il est important de faire observer que les débats actuels entre théoriciens sur cette question ne font que refléter pâlement les déchirements extraordinaires et ordinaires des différentes cultures intimes sur la même question, surtout dans le dispositif ethnologique urbain contemporain. Quelle que soit l’option fondamentale retenue sur ce débat de fond (Nature vs Culture), il reste que la culture intime des femmes et celle des hommes manifestent encore d’importantes différences, et pourquoi pas. Cela, d’ailleurs, ne légitime en rien un rejet du féminisme. Tout en n’étant pas identiques, identifiables, ou assimilables l’un à l’autre, les hommes et les femmes sont égaux en droits. Grouillons-nous de les rendre égaux en fait. C’est le meilleur exemple «inconscient» ou conscient qu’on puisse donner à nos enfants. Le reste, l’un dans l’autre, c’est un peu du tataouinage conceptuel, quand même.

Exemplifions un petit peu la question de la culture intime, d’abord sur un cas de figure sans risque. Quand des amis anglophones me demandent ce qui, pour la culture francophone, impacte aussi intimement et profondément que Shakespeare pour la culture anglophone et de surcroît surtout s’ils suggèrent, perplexes, «Molière?» Je réponds: oh non, pas Molière mais les Fables de Lafontaine… Seules elles ont passé si massivement en adage et font partie de la vie intellectuelle intime des petits francophones (et francisants) du monde, autant que l’œuvre de l’auteur de Romeo and Juliet pour les anglophones. Les anglos connaissent bien certaines de ces fables aussi, mais c’est directement à travers Ésope (traduit), sans l’intermédiaire crucial de Lafontaine, donc en traduction en prose raplapla et surtout, sans un impact aussi durable et généralisé. La poésie en vers irréguliers de Lafontaine a donné aux Fables un pitch puissant et incomparable, pour la mémoire (d’aucuns ont bien raison de les utiliser comme produits thérapeutiques) et pour l’émotion. Quel mystère que celui de l’imprégnation intime des produits culturels et de leur installation tranquille dans notre vie ordinaire. La variation selon les cultures de ces phénomènes se donne à la découverte mais ça requiert un sens concret et ajusté, dans l’investigation.

Appliquons cette conscience variationnelle aux problèmes ordinaires du sexage. Un gars la tête vide qui mate une mannequin à la télé (pas dans les magazines de mode au fait, car vous noterez que les hommes se fichent éperdument des magazines féminins, malgré leur contenu ouvertement sexiste et allumeur – ceci N.B.), c’est rien de plus qu’un gars la tête vide qui mate une mannequin à la télé. Je ne lui donne pas raison, il est inattentif et indélicat de faire ça en présence de sa copine, je ne le congratule en rien. Mais il faut aussi, une bonne fois, voir les limitations intellectuelles (immenses) de son geste. Il ne dicte rien! Il mate bêtement, l’œil vitreux. Mais sa copine ne voit pas ça, elle. Elle filtre la totalité du monde des faits à travers un prisme déontologique. Elle interprète donc tête masculine vide matant la télé comme conjoint prostré lui dictant (implicitement) l’apparence qu’elle doit adopter. C’est pour elle et uniquement pour elle que cette mannequin devient, au sens fort, un modèle. Tout ce qu’elle est, mentalement, émotionnellement et intellectuellement, en tant que femme lui fait décoder ce qui est, autre qu’elle, comme procédant du devant-être-elle. Elle impute à l’esprit simple et vide de son conjoint, la complexité torturée de son esprit à elle. Compliquer le simplet, ce n’est jamais la clef de la vérité! Elle s’empoisonne l’existence avec des normes purement imaginaires, émises et réverbérées par sa propre culture intime de femme (l’homme n’a plus ce pouvoir, quoi qu’on en dise)… Je n’innocente pas l’homme ici. Je le décris. Le fait qu’il ne dicte pas vraiment de norme ne le rend pas moins sot et inepte de poser ce geste. Mais il reste qu’il faut juger le geste réel, pas ses intentions imaginaires…

Les anglophones de mon premier exemple méconnaissent Lafontaine tout en connaissant le corpus d’Ésope que Lafontaine a ouvertement pompé. En surface, les deux cultures, anglophone et francophone, croient détenir un corpus intime commun s’ils évoquent Le lièvre et la tortue ou Le loup et l’agneau. Cette erreur, cette maldonne, mènera à des malentendus ultérieurs amples et insoupçonnés, dont la majorité portera sur la profondeur d’intimité de ce corpus pour les francophones (de par Lafontaine, sa versification, ses récitatifs, son impact domestique et scolaire). Maldonne analogue, et plus coûteuse dans le monde des émotions et de la séduction, entre le gars et la fille devant la mannequin à la téloche de mon second exemple. Les éructations du mec et les atermoiements de la nana ne s’installent tout simplement pas dans le même dispositif intime. L’erreur mythifiante de l’éventuelle existence d’une culture intime commune intégrale (ce mythe amoureux durable de la communion absolue des genres) entre cette femme et cet homme sera le soliveau de tous les malentendus à venir.

Le féminisme, et ce à raison, a lutté pour déraciner les pilotis dogmatisés de la culture intime masculine. Un nombre de postulats masculins ont perdu, au cours du dernier siècle, beaucoup de leur certitude et de leur tranquillité, dans le cercle de la vie ordinaire. Cela a forcé l’entrée de la culture intime masculine dans un espace intellectuel aussi inattendu que mystérieusement suave: le maquis. Cette portion de l’offensive féministe est celle qui a le mieux réussi, sociétalement… quoique les barils de poudre stockés dans la Sainte-Barbe secrète de la culture intime masculine contemporaine sont souvent fort mal évalués, alors qu’ils annoncent des dangers futurs assez percutants, éventuellement violents, même. Le féminisme des années 1960-1970, avancé radicalement et soucieux de système, a aussi porté son offensive sur la culture intime féminine, analysée comme aliénée par le phallocratisme. On connaît le rejet des féministes d’autrefois envers maquillage, talons aiguilles, parfums capiteux, épilation, permanentes, et robes moulantes. Leur attitude était à la fois militante et autocritique. En effet, elle avait beaucoup à voir, cette attitude d’époque, avec les sourcillements honteux que ce féminisme classique produisait, en toisant ses propres brimborions d’orientation séduisante/sexy/hédoniste/narcissiste, qui soulevaient un voile bien impudique sur la facette rose douçâtre de toute la culture intime féminine. Culpabilité et sexage ont souvent fait fort bon ménage, à deux, au tournant de ce siècle, surtout dans le contexte, sociétalement tourmenté, des luttes d’un temps. Sur ce point, dialectiquement autocritique, l’esprit du féminisme l’a emporté contre sa lettre, si on peut dire. Libre, la femme s’est décrétée aussi libre dans son habillement, ses ornements, ses amusettes, ses pratiques de consommatrice. Personne ne lui dit comment organiser ces choses là, ni homme pro, en plein (phallocratique), ni femme anti, en creux (autocritique certes, mais aussi inversion un peu mécanique du premier mouvement). Jetant l’eau sale du bain patriarcal sans jeter le bébé hédoniste, la culture intime des femmes contemporaines retient ce qui lui plaît sans céder aux contraintes policées d’un militantisme de combat anti-patriarcal et de ses sacrifices militants aussi excessifs que datés. Girls just wanna have fun, comme le dit si bien la chanson. Et pourquoi non. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elles n’ont plus besoin du féminisme.

Sans être à l’abri des résurgences traditionalistes qui exercent leur pression aussi, le fait est que les fondements des cultures intimes masculine et féminine bougent d’un vaste mouvement de mutation, en sexage. Une portion importante de ce mouvement perpétue et renouvelle une certaine culture du secret. Les hommes entrent partiellement dans le maquis de la culture intime parce que certains de leurs postulats secrets n’ont plus accès au soleil ou au tréteau des évidences. Les femmes restent partiellement dans le maquis de la culture intime tout simplement parce qu’elles n’ont plus de comptes à rendre sur leurs choix intimes. L’enjeu désormais est de laisser ouvert une intersection dialoguante entre ces deux cultures intimes en mouvement. Comme aucune des deux ne peut plus prétendre pouvoir de facto imposer ses postulats, on peut s’attendre encore à un bon lot de débats ordinaires entre les enfants d’Ésope et les enfants de Lafontaine, sur ce qu’on connaît ou croit connaître des uns et des autres.

Culture-intime-homme-femme2

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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16 Réponses to “Cultures intimes et rapports de sexage”

  1. Tourelou said

    Serions-nous capable de célébrer à une même date, c’est à dire, de combirer la journée des droits des femmes et de hommes? Ce que j’aime de Lafontaine sont les analogies souvent forts discrètes des sujets humains penchés sur la nature. Les sciences naturelles sont devenues sciences de la nature comme la science des droits. À force de jouer avec les mots notre cerveau risquerait-il d’accepter la vrai nature des humains? Comme nous pouvons l’observer dans ce que nous avons classifié sous différents termes de sciences? À force de créer des boîtes et des placards, je pense que la société humaine en a encore pour longtemps à « célébrer » des journée internationale de machins trucs… la diversité faut la laisser libre de se vivre au naturel. Ben voilà mon ère du peace and love et liberté sexuelle qui rejaillit✌ toute une culture ça aussi n’est ce pas?

  2. Caravelle said

    En tant qu’européenne un peu plus âgée (euphémisme), je constate les mutations évoquées au dernier paragraphe. On va dans le bon sens et les choses sont à la fois graduelles et incroyablement rapides, douces et brutales, certaines et incertaines…

    • Julie Soulange said

      En effet. D’ailleurs, il y a quatre ans, Ysengrimus, qui n’est plus tout jeune lui non plus (et n’en fait pas de complexes), a fait allusion, avec l’aide de sa maman, de façon très efficace, à ces changements solides mais imperceptibles sur le long terme. Souvenons nous:

      Six stéréotypes sexistes tombés en désuétude

      Les développements récents nous montrent que ça continue solidement d’évoluer dans le bon sens.

  3. Catoito said

    Bon, on va reprendre cette affaire de Jean de La Fontaine. On a un fait de surface identique ou, disons, semblable: la fable LE LIÈVRE ET LA TORTUE, par exemple, présente chez les anglo-saxons et chez les francophones. Si, superficiellement, on a le même objet culturel, dans la profondeur des choses, c’est très distinct. Chez les anglophones, la fable arrive directement d’Ésope, traduite, au mieux, en prose ou même en vers, par un traducteur moderne ou un autre. Pour les francophones, on passe obligatoirement par la version Jean de La Fontaine (on en oublie même Ésope). Et la version, versifiée très exactement par ce fabuliste français, est nichée dans la culture intime de millions de petits français et francophones. Pour ROMÉO ET JULIETTE, les choses s’inversent. Pour nous, c’est une amourette comme une autre, un film ou un spectacle de plus. Pour les anglophones, le gigantisme culturel et l’omniprésence intellectuelle de Shakespeare imprègnent profondément et indélébilement la chose.

    Sur les hommes et les femmes… reprenons ROMÉO ET JULIETTE justement. Ce soir là, un mec et une nana vont voir la pièce. En surface, ils ont vu le même spectacle, mais en réalité la trajectoire de leurs cultures intimes spécifiques en a fait deux organisations profondes radicalement distinctes, deux mondes.

    • Sally Vermont said

      Bien, vous venez de m’aider à mieux comprendre cette analogie dans le texte d’Ysengrimus. Merci, Monsieur Catoito.

    • Brigitte B. said

      Moi, je me souviens d’un accrochage épique avec mon copain du temps sur ROMÉO ET JULIETTE (le film en version modernisée, avec des revolvers). Mon copain les voyait comme deux ados narcissiques en crise hormonale temporaire. Je les voyais (et les vois encore) comme l’incarnation de l’amour absolu, plus fort que les conflits claniques (et que les revolvers).

      Ce fut une de nos premières disputes épiques.

      • Sophie Sulphure said

        Ah, il faut toujours amener un gars voir une version ou une autre de ROMÉO ET JULIETTE. C’est un test intellectuel et émotionnel crucial…

      • Cymbale said

        C’est bien pour ça qu’ils s’esquivent si souvent devant une telle proposition de soirée théâtrale ou cinématographique…

  4. Perclus said

    Elle filtre la totalité du monde des faits à travers un prisme déontologique.

    Ceci est très important. Le patriarcat est en déclin. Aussi, pendant que ses représentations se féminisent graduellement, l’homme se comporte comme un décadent sans programme, un cynique factuel. Il regarde la mannequin à la téloche, la tête vide, sans plus. Je confirme cela, en tant qu’homme. Le pouvoir des femmes, pour sa part, est en montée. Elles réorganisent la vie sociale, elles interprètent tout ce qui se passe dans une logique d’accession, de redéfinition de l’être, du DEVOIR ÊTRE donc. Ici (à raison), elle se centre sur son devoir et (là, à tort) elle se mortifie en décodant une message (inexistant) chez son mec apathique devant le poste: tu dois être comme ça pour me plaire. Implicitement passéiste, le bonhomme a la tête vide. Elle, elle a beaucoup de difficulté à décoder ça, elle qui a la tête pleine (d’avenir).

    Les femmes ont en ce moment l’état d’esprit maximal pour redéfinir la société. Elles ont la conscience exacerbée du fait que ce qui est n’est pas conforme au devoir être. Elles auront un rôle central à jouer dans la redéfinition qui s’annonce de la société. La redéfinition de l’autorité (incluant la résorption de ses abus, sexuels et autres) dans lequel elles s’engagent en ce moment n’est qu’un tout premier pas.

    • Marie Verne said

      Très intéressant et, venant d’hommes (Perclus, Ysengrimus), très rafraîchissant aussi.

      J’aimerais signaler qu’un certain discours d’extrême-droite déplore ce que Perclus décrit ici, en affirmant que, dans toutes sociétés décadentes, le pouvoir des femmes a augmenté, avant le grand plongeon final.

      Que leur répondez-vous?

      • Perclus said

        Qu’ils déguisent leur misogynie maladive (issue des temps agraires qu’ils chérissent mais idéalisent) derrière des généralisations historiques sommaires totalement non étayées…

        Et vite, je me désintéresse du discours d’extrême-droite, Marie Verne, car il est foutu de toutes façons. Ysengrimus nous a dit ça aussi

      • Marie Verne said

        Votre attitude est la bonne, cher Perclus.

  5. Vanessa Jodoin said

    Le féminisme des années 1960-1970, avancé radicalement et soucieux de système, a aussi porté son offensive sur la culture intime féminine, analysée comme aliénée par le phallocratisme.

    Mais le féminisme contemporain fait cela aussi. Conférer l’explosion actuelle autour de On a chopé la puberté

    «On a chopé la puberté», une polémique et une pétition: l’illustratrice prend la parole

    Ceci est un débat INTERNE à la culture intime des femmes. Il est douloureux mais il est salutaire. Madame Catherine Deneuve en a su quelque chose aussi, récemment.

    • Mura said

      Je seconde.

      On va donc, en tant qu’hommes, garder respectueusement nos distances du débat, riche et complexe, sur On a chopé la puberté. Je veux juste dire que je trouve ce débat sain, que je suis, par principe, contre les interdits de publier… mais qu’une fois publié(e), un ou une auteur(e) doit assumer les conséquences sociétales de ses actes. Non à la vindicte creuse et à l’autodafé, oui à la critique informée et vigoureuse.

      [Je seconde. — Ysengrimus]

      • Gudule said

        Il est ironique de constater que ce livre ne se vendait pas beaucoup et que c’est la controverse qu’il provoque (disons-le franchement: parce qu’il est mauvais) qui va lui assurer une visibilité et, possiblement, des ventes.

        Sardonique paradoxe du buzz…

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