Le Carnet d'Ysengrimus

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  • Paul Laurendeau

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CAPRICORN ONE, la saveur si piquante du Grand Navet Canulardier

Posted by Ysengrimus sur 7 mars 2017

Capricorn-One

Tout démarre avec le fameux, sublime, piquant et lancinant canular de la conquête de la lune. Mes deux fils, Reinardus-le-goupil, Tibert-le-chat et moi sommes à bouffer la tambouille vespérale en cacassant comme des éperdus, soupesant les pour et les contre de l’hypothèse non-confirmationniste du canular de la conquête de la lune par les missions Apollo. On ressasse à bâtons rompus un peu le tout du folklore, désormais passablement stabilisé, de cette hypothèse de canular: les photos de cosmonautes cadrées trop haut, les reflets de projos sur le dépoli des visières de casques, les ombrages paradoxaux sur la surface lunaire, le décor de montagnes constant, l’absence d’étoiles, le drapeau qui flacotte sans fin, les morts mystérieuses d’acolytes et de subalternes des missions, l’ambiance de propagande de la guerre froide, la technologie rudimentaire du temps, l’étourdissante distance, le fait qu’on n’y a pas remis les pieds en une génération. J’avais onze ans en 1969. Mes souvenirs d’enfance fusionnent donc ici avec les connaissances internet de ces jeunes hommes de ce temps. Trois séléno-sceptiques en goguette s’aiment d’amour tendre. On se marre comme des bossus intergénérationnels.

Dora Maar, la mère de mes fils, une française, mathématicienne, informaticienne, cartésienne, parfaitement imperméable à tous les serpents de mer noueux et ondins de la culture vernaculaire nord-américaine, nous toise alors un peu et commente: «Il n’y a qu’une culture croyant que Walt Disney a été congelé pour le bénéfice des générations futures, pour produire une idée incongrue comme celle de ce canular de la conquête de la lune. Mais, vous là, êtes vous certains que cette hypothèse existe vraiment, en ce monde? M’assurez-vous que vous n’êtes pas en train de l’improviser ici même, à vous trois, au coin de cette table? Je n’ai JAMAIS entendu parler de l’idée d’un canular de la conquête de la lune, moi…». Tollé de protestations, citations en rafale de sources monumentales et incontournables de la culture contemporaine: Wikipédia (réponse de Dora Maar: «Mais n’importe quel gogo écrit là dedans»), l’émission à succès californienne Mythbusters (réponse de Dora Maar: «Ils questionnent les mythes ou ils les déclenchent?»). Ciel, un esprit fort… Me voilà poussé dans les retranchements les plus glauques, les plus fétides et les plus fanés de mes ressources intellectuelles. Je me résous donc à annoncer. «Il y a même un film qui a été fait sur la question dans les années 1970, juste après la fin des missions Apollo justement, et qui se base sur l’hypothèse d’un canular et la promeut ouvertement: Capricorn One. (réponse de Dora Maar: «Capri Quoi???»). Je ne me démonte pas: «C’est une œuvre absolument cruciale.» (réponse de Dora Maar: «Je ne suis pas trop certaine que j’ai envie de voir ça, pour le coup.») .

On finit, bien sûr, par convaincre ce fin fleuron d’impartialité de passer au salon, au nom de la stricte curiosité intellectuelle (sinon de l’inspiration cinématographique ou artistique), et de s’installer, l’œil vif, le profil volontaire, la dent dure, devant le sublimissime Capricorn One, dont nous commémorons justement cette année les quarante ans de discrète existence. Et nous voici transportés dans un 1977 des plus réalistes (car effectif!). Nous nous installons subitement dans le temps, donc, d’avant les ordinateurs portables, les téléphones cellulaires, les petites voitures, la rectitude politique et les cheveux courts pour hommes. Une mission pour la planète Mars, la Mission Capricorn, conçue en réplique exacte des missions lunaires venant juste de se terminer (avec fusée à étages genre Saturn V, LEM et capsule de retour) est sur le point de se mettre en branle. Le Colonel Charles Brubaker (joué par James Brolin), le Lieutenant-Colonel Peter Willis (joué par Sam Waterston) et le Commandant John Walker (joué par un O.J. Simpson vraiment fort peu convaincant) sont en place dans le module de commande de l’immense fusée martienne et s’apprêtent à finaliser le décollage. Le compte à rebours est en cours et tout et tout, quand un haut officiel de la NASA entre dans la capsule et les prie d’en descendre illico. Consternation chez nos trois officiers. On les évacue discrètement par la rampe de lancement, les amène en hélico dans une petite base tout ce qu’il y a de plus désertique et on laisse la fusée à étages décoller, vide de ses occupants. Dans une salle de réunion sinistre du baraquement de la base, on leur explique alors que le dispositif censé assurer leur survie dans la capsule est une arnaque, un brimborion suspect vendu par une entreprise motivée plus par le profit que par la science et que, conséquemment, ultimes tests à l’appui, ledit dispositif aurait flanché dans l’espace, les vouant tous les trois à une mort certaine. Vu que ce n’est pas très convenable de les envoyer au casse-pipe ainsi en toute connaissance de cause, que la populace en a, en plus, bien marre des missions spatiales, que les caisses sont à sec, que le président ne veux pas que le coup soit foireux cette fois-ci et que c’est toujours la guerre froide, on a décidé de laisser la fusée partir à vide et de simuler la présence humaine sur Mars en studio, pour les caméras du monde. Les ordres sont donc que ces trois officiers vont devoir se convertir bon an mal an en acteurs et évoluer sur un paysage martien de toc, autour d’un LEM de tôle, au sein d’un décor aménagé dans cette base les isolant de tout, sauf de leur conscience. Les trois cosmonautes ne sont pas très enjoués à cette idée et leur enthousiasme pour cette solution suspecte en prend un coups encore plus sérieux quand ils découvrent, au fil de leur implication dans cette mascarade tarabustée, qu’on prévoit les faire tenir leurs langues en faisant, en fait, leur capsule «s’écraser à l’atterrissage, lors de la rentrée dans l’atmosphère terrestre», entendre en les trucidant en douce une fois la mise en scène de cette mission terminée. Le Colonel Brubaker tente alors de transmettre une sorte de message codé en douce, lors d’une conversation télévisée avec son épouse, Kay Brubaker (jouée finement par Brenda Vaccaro, une actrice de soutien fort convaincante, la seule vraiment intéressante à regarder travailler dans tout cet imbroglio). Ce message codé en mondovision met la puce à l’oreille à une espèce de journaliste d’investigation paumé mais toujours aux abois (joué par Elliott Gould, la tête d’affiche du film… conclueurs concluez). Il remonte alors la filière et cherche, au péril de sa vie, à retracer les cosmonautes cloués au sol qui, entre-temps, se sont évadés et errent dans le désert.

Ce film, qui a terriblement mal vieilli, eut, à sa sortie, je m’en souviens vivement, un retentissement indubitable qui flotta dans l’air, un temps. Je revois encore ma sœur, en 1978 ou 1979, en train de me le raconter, le souffle court et les yeux exorbités. Capricorn One frappa les imaginaires du temps, non pour ses qualités cinématographiques (toutes minimales) mais en tant que première œuvre de salle obscure thématisant ouvertement le canular de la conquête de la lune. Cela se fit en une sorte de transposition difficultueuse, hasardeuse, timide aussi, déférente, insidieuse mais indubitable. Cela reste donc une des premières voix «artistiques» donnant ses lettres de noblesse à notre doute collectif sur la réalisation (dans les deux sens possibles du terme) des missions Apollo. Son succès de curiosité s’arrête là d’ailleurs. Tout net. Tenez-vous le pour dit. On ne parle pas vraiment ici de science-fiction, pour tout dire. Plutôt d’une version un peu bancale et neuneu de ce cinéma paranoïaque américain dont All the President’s men (Les hommes du président – 1976), tourné un an auparavant, nous fournit un exemplaire bien plus achevé et bien moins décevant, dans le genre. La version siècle dernier des théories de la conspiration, dans leur curiosité comme dans leurs extravagances, sont bien mises en scène ici et, que dire… (est-ce un signe?): on s’ennuie pour mourir.

La rumeur circule toujours qu’une version modernisée de Capricorn One serait en préparation et prévue pour dans quelques années. Alors là, je connais trois séléno-sceptiques qui vont certainement prendre un billet en ce jour fatidique pour cet autre voyage au pays gris et noir de nos doutes marrants et de nos tourments folâtres.

Capricorn One, 1977, Peter Hyams, film américain avec Elliott Gould, Brenda Vaccaro, James Brolin, Sam Waterston, O.J. Simpson, Telly Savalas, 123 minutes.

capricorn_one_mission_patch

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22 Réponses to “CAPRICORN ONE, la saveur si piquante du Grand Navet Canulardier”

  1. Tourelou said

    Jamais de fumée sans feu… mais faut pas croire tous les proverbes. Comme disait le capitaine Bonhomme: « Les sceptiques seront confondu! DU DU DU… « . Vivement la version moderne… 👽

  2. Julien Babin said

    Ces histoires de canular de la conquête de la lune, ça les travaille de plus en plus nos bons américains…

  3. Freluquet du Dimanche said

    En tout cas, le remake, lui, on l’attend encore.

  4. Vernoux said

    J’ai vu ce film. Archi mauvais. Aucun mérite cinématographique.

  5. Caravelle said

    Ce genre de produit culturel ne m’intéresse pas vraiment…

    • Casimir Fluet said

      Je vous seconde, madame Carava. De la merdasse, ces zinzins de voyages dans l’espace d’autrefois.

  6. Mistral Simoun said

    En tout cas, ces petits cosmonautes de fiction, ils ont pas eu à revenir de l’espace par coucou-combine…

    • Line Kalinine said

      Ceci est vraiment extrêmement parlant. Merci, Mistral Simoun.

      • Sissi Cigale said

        Je ne comprends pas. Qu’est ce que c’est que ça?

        [Une capsule du programme orbital, soit Mercury, soit Gemini, soit Apollo, que l’on fait «revenir» sur terre en la jetant à la mer depuis un avion. Il est donc légitime de supposer qu’elle n’est jamais vraiment monté dans l’espace… et que ce cliché, lui, est tombé dans le public par erreur… — Ysengrimus]

  7. Perclus said

    Voici toujours la bande-annonce (plus enlevante que le film même):

    Et voici la version intégrale du film, en présentation petit écran (pour rencontrer les contraintes de copyright):

    • Caracalla said

      Avec les flammèches pour agresser les yeux. Oui, hélas, je connais le procédé…

    • PanoPanoramique said

      Je viens de le visionner. Pas si mal, en fait… Mes acteurs de soutien favoris sont les deux hélicos qui sont à leur poursuite dans le désert. Ils sont très expressifs, ces appareils (eux, au moins)…

      Accrochez-vous, le son est pourri…

      • Herbe et Neige said

        PanoPanoramique aime. Ne pas visionner. Faites passer…

      • PanoPanoramique said

        Méchante Gazon & Gadoue. Je n’en dis pas plus… J’ai peur du modérateur…

        Mais le son était si pourri. Si quelqu’un meilleur que moi en anglais pouvait m’expliquer le coup du message codé de Brubaker à son épouse. J’ai rien compris et ça m’intrigue.

      • Sally Vermont said

        Dans la capsule, le colonel Brubaker dit, par le radio et la télé, à son épouse que quand il reviendra il les ramènera elle et leur enfant à Yosemite, en vacances, comme l’année dernière. Visionnant le film montrant Kay Brubaker recevant ce message, le journaliste d’investigation se rend compte qu’elle a un sursaut, elle tique comme vous dites en français. Il la rencontre une première fois et la convainc de lui expliquer pourquoi elle a eu ce petit sursaut. Elle finit par expliquer que, sans doute à cause du stress martien, le colonel s’est trompé. Il a dit qu’ils étaient allés en vacances à Yosemite (Californie) alors qu’ils étaient en fait allés en vacances à Flat Rock (Arizona). Le journaliste va alors à Flat Rock et il n’y trouve rien de précis. Il revient plus tard et dit à Kay qu’il ne croit pas que son mari était le genre à se gourer comme ça. Il pense qu’il y a là comme une sorte de code. Il la questionne alors sur ce qu’ils ont fait en vacances à Flat Rock. Ils ont fait un film de famille que Kay invite le journaliste à visionner. C’est une sorte de western niaiseux avec son fils à la caméra dans un vrai décors avec des revolvers et des costumes. Les faux cascadeurs qui meurent tombent sur des matelas spéciaux, etc… Et le frontier town touristique de Flat Rock met toute une équipe de tournage à la disposition de la petite famille. Le colonel Brubaker aurait alors dit (pendant ces vacances) à son épouse qu’il était surpris de comment tout ceci (ce set de western) était faux, factice mais réaliste et qu’avec la technologie adéquate on pourrait faire croire à l’existence de n’importe quoi à n’importe qui. C’est alors que le journaliste comprend que le message caché du colonel était qu’il était lui-même, dans sa capsule, au milieu d’un hoax…

        [Excellente explication. Merci Sally Vermont. — Ysengrimus]

      • PanoPanoramique said

        Oh, merci, merci, gentille Sally Vermont. Je n’en dis pas plus… J’ai toujours peur du modérateur…

        Ceci dit, Ysengrimus a un peu raison. Les scènes impliquant cette Brenda Vaccaro (qui joue Kay Brubaker) sont les vraies scènes vraiment jouées. Le reste c’est de la cascade, de l’action et de l’aventure. Il parait que la scène finale avec les deux hélicos et le vieil avion d’épandage de DDT fut une des scènes aériennes les plus dangereuses de toute l’histoire du cinéma américain…

        [Je veux bien le croire. — Ysengrimus (le modérateur)]

  8. X-ZIFT said

    Mon acteur de soutien favori est le crotale que dévore le colonel dans la caverne. Il est incroyablement tragique et puissant…

    [Bien vu, X-ZIFT. La manducation du reptile même est un moment crucial, incontournable… — Ysengrimus]

  9. Emma Riveraine said

    Les épouses des trois cosmonautes de Capricorn One. Au centre: Kay Brubaker (Brenda Vaccaro). Cliquer pour Agrandir.

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