Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Ludwig Feuerbach sur le passage au monothéisme

Posted by Ysengrimus sur 25 décembre 2016

Feuerbach-Essence

L’ouvrage d’époque L’essence du Christianisme (1841-1846) du philosophe allemand Ludwig Feuerbach (1804-1872) reste une des références réflexives les plus fouillées sur la question de l’invention de Dieu par l’Homme. Développant l’idée, déjà formulée par les matérialistes français du siècle précédent, que l’être humain créa Dieu à son image pas le contraire (pp. 249-250, 471-472, 526), Feuerbach formule une solide expansion de notre compréhension de l’anthropomorphisation théologique. On me permettra un détour que n’aurait pas pu prendre Feuerbach. Celui de la saga Star Trek. Star Trek imagine des nations extraterrestres de toutes farines et quel que soit leur degré de sophistication technologique, physiologique ou ethnologique, elles finissent toujours par se trouver confrontées au filtre humain. Elles ressemblent largement aux humains et surtout, au fond, quand on leur découvre des différences, c’est fatalement pour observer que les humains les surclassent. C’est comme si, eux-mêmes humains, les concepteurs de Star Trek ne pouvaient mettre en scène, même dans leur imagination la plus débridée, que des variations sur les caractéristiques éphémères ou fondamentales de l’humain. Sans le mentionner évidemment, Feuerbach (pp. 128, 161, dans ce second cas, avec une citation de Malebranche évoquant aussi la possibilité de vie extraterrestre) parle très explicitement de l’humanisme Star Trek quand il explique, tout simplement, qu’en imaginant des mondes autres que la Terre et des gens y vivant, on n’arrive qu’à se fabriquer des projections intellectuelles plus ou moins magnifiées de l’humain. Or, crucialement, notre conception du divin n’échappe pas, elle non plus, à cette fatalité anthropocentrée de nos projections en fiction. La chose parait assez patente quand on regarde, avec le recul dont nous disposons, les dieux anthropomorphes des polythéismes idolâtres anciens. Feuerbach explique (p. 138) que Wotan, le chef des dieux de la mythologie germanique, est aussi le dieu de la guerre tout simplement parce que les peuplades de germains voyaient dans la guerre et l’aptitude à bien la mener une vertu cardinale. L’humain façonne les dieux à son image, fonction de la valorisation de ses priorités historico-sociales du moment. C’est assez limpide, incontestable en fait, dans le cas de ces vieux polythéismes que le passage au monothéisme a fait voler en éclats.

Un petit exemple amusant tiré du film Conan le Barbare (1982) va nous permettre d’approcher le choc que le passage au monothéisme fait subir à ce miroir spéculaire déformant et magnifiant de l’idolâtrie anthropocentrée. Conan le Barbare (joué par Arnold Schwarzenegger) erre de par le vaste monde. Dans son errance, il rencontre Subotai (joué par Gerry Lopez), un archer asiatique de la nation des Hyrkaniens. Le pauvre Subotai n’en mène pas large. Ses ennemis l’ont enchaîné à un roc pour qu’il se fasse dévorer par les loups. Conan le libère. Les deux nouveaux amis s’installent dans la steppe, sous un ciel de fer, pour une petite tambouille vespérale. Conan demande alors à Subotai quelle divinité il vénère. Subotai, solide et mystérieux, répond qu’il rend un culte aux Quatre Vents de l’Horizon qui sont invisibles mais soufflent sur la totalité du monde. Subotai demande ensuite à Conan quelle divinité il vénère, lui-même. Carré, presque enfantin, Conan explique qu’il rend un culte au Géant Crom, puissant guerrier mythologique qui lui demandera des comptes à la fin de ses jours sur sa propre vie de guerrier et le bottera hors du Walhalla en se foutant de sa poire si le bilan n’est pas satisfaisant. Subotai ricane doucement et explique calmement que les Quatre Vents de l’Horizon soufflent sur la totalité du monde INCLUANT le Géant Crom, qui n’est jamais qu’un gros et grand gaillard de plus, ayant le ciel au dessus de sa tête, comme tout le monde. La puissance des Quatre Vents de l’Horizon prime, car ils sont invisibles, intangibles, intemporels, vastes et omniprésents. Abasourdi de voir la description de sa divinité anthropomorphe enveloppée dans le syncrétisme spontané d’un baratin bien plus articulé que le sien, Conan, subjugué par la solidité du développement de Subotai sur sa propre divinité, cosmologique elle, se met à regarder le ciel venteux et tumultueux de la steppe avec une inquiétude renouvelée. Le tout ne dure que quelques minutes, mais c’est à se rouler par terre de finesse ironique. La fatale démonstration est cocassement faite de l’incontournable supériorité intellectuelle du monothéisme cosmologisant sur l’idolâtrie anthropocentrée.

Cela, par contre, ne règle pas tous les problèmes du monothéisme, il s’en faut de beaucoup. La philosophie implicite de la Fantasy rejoint Ludwig Feuerbach ici sur ce qu’il nous propose, lui, concernant justement le passage au monothéisme. Il s’agit là, en fait, d’un puissant mouvement d’abstraction (pp 225-226, 282, 345-347) qui, quand il s’installe dans une culture, a deux impacts capitaux. D’abord, dans l’angle positif, projetant, par l’abstraction, les principales caractéristiques divines dans l’omniprésence lointaine, «céleste» (p. 365), le passage au monothéisme magnifie et cosmologise le divin et, ce faisant, révèle l’amplification de l’entendement humain à embrasser des représentations tenant de plus en plus compte, de façon encore esquissée mais sans doute possible, de catégories supra-individuelles, larges, complexes, et non-empiriques (nature, cosmos, mais aussi, société, histoire). Ensuite, dans l’angle négatif, le passage au monothéisme humanise le corpus idolâtre. Les caractéristiques faussement divines de Wotan et du géant Crom deviennent de ce fait radicalement et indubitablement humaines. C’est là une puissante appropriation, en creux, de l’ancien corpus des dieux et demi-dieux. L’humain devient désormais l’exclusif dépositaire de toutes les caractéristiques crues antérieurement démiurgiques que l’abstraction monothéiste nie désormais à l’idole. Conséquemment l’humain se connaît et s’assume mieux. Il s’approprie des forces et des grandeurs qu’il croyait autrefois extérieures à lui. Les questions existentielles ne sont pas alors retirées de l’humanisation (dédivinisation) du modèle idolâtre qu’impose le monothéisme. Les questions existentielles font simplement désormais l’objet de réponses pratiques plutôt que mystiques. Ces nouvelles explications que l’humain se donne de lui-même sont empiriques ou fictives mais désormais intégralement terrestres. Sauf que l’errance mythologisante garde une portion significative de ses contours même après le passage au monothéisme. La grossièreté en est tout simplement moins évidente, plus occultée parce que plus magnifiée et distanciée par le nouveau culte.

Il convient de s’arrêter à cette convergence essentielle du mythe abstrait et du mythe pratique. Leur radicale différence ne doit pas occulter ce qu’ils ont en commun. Prenons, par exemple le centaure. Le centaure est une de ces réponses pratiques (fictives) dont il est désormais sciemment impossible de nier le caractère façonné, artificiel. Un certain snobisme intellectuel trivialise l’identification du centaure au Dieu du monothéisme, pour des raisons non explicitées et fumeuses. On aurait, dans la genèse humaine du centaure et celle de Dieu, deux attitudes distinctes, irréconciliables. Erreur. Le principe de mise en place est identique. Un centaure est l’amalgame de traits caractéristiques de deux êtres empiriques existants, l’homme et le cheval, débouchant sur un résultat éclectiquement construit et fictif. Le dieu monothéiste est l’amalgame de traits caractéristiques de deux entités non-empiriques existantes, la civilisation et le cosmos (le monde, p. 337), débouchant sur un résultat tout aussi éclectiquement construit et tout aussi fictif. La solution «existentielle» du centaure, c’est la médiation ancienne entre le cheval et l’homme qui nous la livre. La solution du dieu monothéiste c’est la médiation entre civilisation et cosmos, entre culture et nature, entre société et environnement, entre entendement (au sens feuerbachien) et raison, qui nous la livre. Comme pour les œufs de dragons, c’est seulement en cassant la coquille légendaire immangeable qu’on y voit et qu’on y mord. Sauf qu’une fois cela fait, le centaure et Dieu n’y sont plus… Que voulez-vous, il faut savoir sortir de l’enfance de la pensée…

Le passage au monothéisme est un moment crucial de cette sortie de l’enfance de la pensée. La chose se complique encore, se brouille aussi, quand la dimension interactive se tortillonne à cette question si humaine du rapport au divin. Feuerbach corrèle sans compromission la prière à la religion véritable, enthousiaste, archaïque, authentique (pp 177-179 et chapitre 11). Dieu, être humain transposé, magnifié, cosmologisé, distillé, purifié, serait bon, miséricordieux, attentif, débonnaire, généreux, empathique, une manière de modèle moral implicite ou explicite. Or, éventuellement, l’abstraction monothéiste, dans ses différentes phases doctrinales d’ascension, minimise, réduit, abandonne même, la dimension interactive… autant celle des polythéismes (interaction semi-légendaire, passionnelle ou conflictuelle, avec le dieu-héros) que celle des monothéismes primitifs (prière-requête adressée, sciemment et à voix haute, au dieu-morale). Cet abandon de l’interaction ouverte, craintive et/ou paisible, de la foi naïve avec Dieu, ne pardonne pas. Elle s’impose fatalement au détriment de son omnipotence active et au profit des catégories théologiques ou théosophiques qui affectent si activement d’absolutiser le divin (omniprésence, omniscience, toutes deux de plus en plus passives, distantes, éthérées et muettes). En analysant les choses ainsi, Feuerbach nous fait clairement comprendre que le passage au monothéisme qui fondera les grandes religions du monde EST son contraire: un moment crucial de déréliction résultant de ce qu’il appelle fort pertinemment l’entendement incrédule (p. 233). En montant de la terre au ciel, le divin illumine intellectuellement mais aussi, il se disloque, comme un pétard de fête…

Pour l’homme sensible un Dieu insensible est un Dieu vide, abstrait, négatif, c’est-à-dire un néant…

Ludwig Feuerbach, L’essence du christianisme, Gallimard, Tel, p. 188.

 

Subotai l’Hyrkanien (joué par Gerry Lopez) et Conan le Barbare (joué par Arnold Schwarzenegger)

Subotai l’Hyrkanien (joué par Gerry Lopez) et Conan le Barbare (joué par Arnold Schwarzenegger)

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

34 Réponses to “Ludwig Feuerbach sur le passage au monothéisme”

  1. Tourelou said

    J’ai jamais compris l’escalade entre le péché véniel et le mortel… pourtant la partie la plus inquiétante? Les conséquences étant la source de biens des motivations🎓amen

    [Avec le péché, on aborde un aspect sensible et complexe de l’interaction avec le dieu-morale ET AUSSI avec son intercesseur autoproclamé par excellence: le clergé. C’est dans le dispositif fantasmatique de ce dernier, complexe et fort lourd historiquement, qu’il faut chercher la nuance dont vous réclamez la clarification… largement en vain, en fait. — Ysengrimus]

    • Tuquon Bleu said

      C’est vrai que le péché, c’est déplaire au pouvoir. Le pouvoir fluctue dans ses priorités, le caractère véniel ou mortel fluctue aussi. Souvenez-vous, Tourelou, du rejet du mangeage de poisson le vendredi (pour faire vivre les pêcheries). La gravité de ce péché de désobéissance a graduellement décliné au fil des années…

      • Tourelou said

        Oui je me souviens. Ma grand-mère était rebelle. Elle cuisinait des crêpes ou des pâtes tomates 🌞

        Effectivement: brouillard le clergé. Ça mentait fort.

    • Le Boulé du village said

      Moi, ils m’ont durablement écœuré du poisson avec cte genre de flagossage.

  2. Caravelle said

    Lumineux billet de Noël. Une vraie analyse athée, radicale mais respectueuse. Totalement exempte d’iconoclastie simpliste.

  3. Le catholique culturel said

    Et que fais-tu des intercesseurs: Moise, Jésus, Mahomet.

    [Ils perpétuent la mythologie mystique du demi-dieu ou la mythologie pratique du grand prêtre, pour permettre une ratiocination du paradoxe logique de l’intangible divin autant que de la contradiction empirique de sa cruelle absence et de son silence perpétuel. — Ysengrimus]

    • Le catholique culturel said

      Je ne comprends pas.

      [Regarde bien, le Catholique. Le dieu monothéiste est une contradiction logique très perturbante pour l’entendement. Un être invisible, intangible, imperceptible, abstrait au max, mais censé tout dominer et avoir tout à nous dire. C’est pas possible d’être empiriquement crédible en étant à la fois intangible et partout à la fois. Et on ne comprend rien de ce qu’il semble chercher à raconter. C’est bringuebalant, traditionnel, anxiogène, pathogène même. On se fabrique donc l’intercesseur qui, lui, au moins, se lit, s’écoute, se comprend et prend en charge l’angoisse suscitée par l’ensemble des paradoxes théologiques. Oui? — Ysengrimus]

      • Le catholique culturel said

        Non… mais oui…

        [Ensuite, les raccords s’inversent et le dieu devient le croquemitaine de son clergé… ainsi que la caution badigeon-élixir de tous les arbitraires de son autorité. Quand on est le porte-parole de dieu sur terre, on a du pouvoir… tant que les ouailles sont croyantes. C’est assez prosaïque tout ça, en fait. — Ysengrimus]

  4. Abdul Salim said

    Sur l’intercesseur, je voudrais rappeler que, contrairement à Moise et surtout à Jésus, Mahomet est strictement un prophète sans plus. L’islam refuse toute dimension divine ou magique à Mahomet (ainsi qu’à Jésus et Moise)… Les hommes ne sont que des hommes…

    [Mahomet rencontre un ange abrahamique qui lui dicte un récitatif dans la langue divine. C’est pas le lot commun, tu admettra, Abdul. Et le Jésus coranique est un magicien de premier ordre, mandaté par Allah, certes, mais un magicien miraculeux quand-même. Le dilemme de la divinisation potentielle des prophètes est compris par l’Islam qui, sur ce point, voit clairement le danger et ratiocine indubitablement plus fort que les autres. Mais le problème reste entier. À partir du moment où l’intercesseur reste le dépositaire exclusif de certains traits mirifiques venus du dieu, on revient subrepticement à Hercule (demi-dieu antique) et à Samson (gros costaud rendu magique par dieu). Ce n’est pas le degré de magie de l’intercesseur qui compte vraiment. C’est son irréductible spécificité devant dieu et les humains. En Islam, Mahomet n’est pas censé avoir de successeur… et pourtant il a eu des califes et tout le monde est censé prier comme un petit Mahomet. Le paradoxe de l’interaction avec l’instance divine reste entier… et parfaitement irrésolu. — Ysengrimus]

    • Abdul Salim said

      Tu ne dis rien de faux et pourtant tu attaques en profondeur mes croyances. C’est difficile.

      [Tu descends dans la fosse et viens ferrailler avec l’argumentation athée… et pourtant tu crois toujours. C’est perturbant. Continuons de discuter. — Ysengrimus]

  5. Catoito said

    Si on reprend les arguments issus de Ludwig Feuerbach, selon le billet:

    — la divinisation sera toujours une anthropomorphisation issue de l’humain et configurée par lui.
    — le passage au monothéisme ne fait que magnifier cette projection de soi de l’humain en l’installant dans les catégories du cosmologique, du sociologique et de l’historique.
    — en cela le passage au monothéisme est un indice de force compréhensive, chez l’humain. C’est un bris d’idoles et un début solide de pensée abstraite… le début de la rationalité même, peut-être.
    — Sauf que le dieu ne peut pas s’abstraire sans se dissoudre. Il s’éloigne justement en devenant omniprésent. Il se distend et se disperse dans le monde. Le paradoxe d’idée de son existence, c’est ça.
    — Cela introduit toutes sortes de nouveaux problèmes et complications, notamment autour de la question de l’interaction de l’humain avec le divin, la prière.
    — La prière, la vraie prière interactive, fout le camps, en fait. Elle est un trait de christianisme archaïque qui ne tient plus, à mesure que le dieu continue dans le même mouvement de s’abstraire et de disparaître.

    [En plein dans le mille. Encore une fois, chapeau Catoito. — Ysengrimus]

  6. Ysengrimus said

    Allan Erwan Berger me fait parvenir l’affichette suivante, rigolote, pour mon petit Noël…

    athee-de-retour

  7. Amina Amicale said

    Ensuite, dans l’angle négatif, le passage au monothéisme humanise le corpus idolâtre. Les caractéristiques faussement divines de Wotan et du géant Crom deviennent de ce fait radicalement et indubitablement humaines. C’est là une puissante appropriation, en creux, de l’ancien corpus des dieux et demi-dieux. L’humain devient désormais l’exclusif dépositaire de toutes les caractéristiques crues antérieurement démiurgiques que l’abstraction monothéiste nie désormais à l’idole. Conséquemment l’humain se connaît et s’assume mieux. Il s’approprie des forces et des grandeurs qu’il croyait autrefois extérieures à lui.

    Je suis d’une religion qui a détruit les idole et qui a rejeté tout de l’idolâtrie. Pourrais-tu me faire comprendre ce passage en le formulant, s’il-te-plait, dans un cadre islamique?

    [Bien sûr, Amina Amicale. Que fait le Saint Prophète quand il bazarde toutes les idoles de la Kaaba? Il leur NIE tout mérite divin. C’est pour ça que je dis que le critère opère ici dans l’angle négatif. Mahomet explique que ce ne sont là que des statues que les gens ont fabriquées eux-mêmes. Il ramène ce bric-à-brac à ses dimensions intégralement humaines. Ce faisant, les Arabes préislamiques apparaissent comme de bien mauvais monothéistes mais aussi… fatalement… comme de meilleurs sculpteurs qu’ils ne l’auraient initialement cru. Tout ce corpus statuaire, même si on n’en veut plus, reste pure production humaine. L’humain s’approprie infailliblement tous les objets, toutes les légendes, toutes les tapisseries, tous les tableaux et bas-reliefs dont le divin ne veut plus. L’Arabie préislamique compte soudain beaucoup moins de théologiens ET beaucoup plus d’artistes. Un important ensemble de la production de l’ingéniosité humaine artistique et de la rouerie théologico-politique d’autrefois prend alors sa juste et modeste place dans l’histoire… — Ysengrimus]

    • Amina Amicale said

      Mais les idoles ne sont plus adorées!

      [Exact. Elles sont désacralisées. Elles s’installent de plain-pieds dans l’espace athée. Elles sont des statues, jolies ou merdiques, gardées ou détruites, peu importe. Ce sont les productions localisées d’un savoir humain. Avec cette intervention du Saint Prophète, la théologie sort de l’idolâtrie polythéiste et le relativisme historique y entre. C’est là la contribution involontaire mais inexorable du Saint Prophète de l’Islam à la déréliction universelle… — Ysengrimus]

    • Vernoux said

      Mais que penser de la destruction des Bouddha de Bâmiyân en 2001 par les Talibans?

      [D’abord, Vernoux, j’en pense que les musulmans n’ont pas le monopole de la destruction intégriste des statues des autres. Ensuite, J’en pense que la perte n’est pas religieuse ou théologique mais historique, culturelle et artistique, strictement. Finalement, j’en pense que c’est l’irrationalité qui a primé. Si les Talibans ne reconnaissaient vraiment plus aucun statut politico-théologique à ces structures, ils les auraient tout simplement laissées là. En tant qu’instance, on ne détruit que ce qui inquiète notre pouvoir… — Ysengrimus]

      • Vernoux said

        En tant qu’instance, on ne détruit que ce qui inquiète notre pouvoir…

        Cette pertinente observation s’applique aussi à Mahomet détruisant les idoles de la Kaaba…

        [Absolument. Mais, Vernoux, tu me fais rigoler. On est au Haut Moyen-Age et le gars est en train d’instaurer le monothéisme en Arabie. Il va donc nettoyer ben propre tout ce qui pourrait encourager des régressions sur les cultes polythéistes antérieurs, toujours initialement menaçants. Ce n’était pas, chez le Saint Prophète, un parti pris systématiquement anti-tout ce qui était préislamique, du reste. Regarde justement la Kaaba. Elle est préislamique et pourtant, elle reste. Simplement, vide, elle sert désormais de lieu de convergence d’une pensée monothéiste à visée plus universaliste que du temps de son statuaire éclectique. La théologie est, de longue date, un exercice de relation publique et de sujétion des masses. On ne gardera donc de son art monumental ou architectural que ce qui sert le nouvelle doctrine… — Ysengrimus]

      • Vernoux said

        Mais pourquoi l’appelles-tu Saint Prophète?

        [Pour la même raison que j’appelle Saint Luc Saint Luc et que je t’appelle pas Saint Vernoux… — Ysengrimus]

      • Fridolin said

        Pan, entre les joues à Saint Vernoux!

    • Odalisque said

      Tous les dieux et déesses de toutes les tribus d’Arabie et du monde sont tolérés à La Mecque, le tout, déjà abstraitement, sans distinction, sans hiérarchie et sans théologie. On les dispose tous et toutes dans la Kaaba sans primauté, comme on le ferait de marchandises dans un bazar, et chacun vient faire sa petite affaire en se contentant de tolérer/ignorer les autres.

      (Tiré du texte d’Ysengrimus sur l’intelligence de Mahomet. Il s’agit évidemment des conditions préislamiques d’usage religieux de la Kaaba.)

      Une de ces déesses-idolatresses fut UZZA. On la voit ici représentée dans le Temple aux sept Lions Ailés de Pétra (Jordanie). C’est une belle statue sans plus… mais sans moins.

      Al Uzza

      [Très belle statue… qui n’a absolument rien de divin mais qui confirme que les Arabes ou leurs prédécesseurs sont des artistes sculpteurs de première. Chapeau au ciseau humain tellement humain de ceux qui on sculpté cette pièce superbe, à la fois très archaïque et très modernes. Merci de ce fort pertinent rappel, Odalisque… — Ysengrimus]

      • Amina Amicale said

        Je crois que je vois un petit peu mieux où vous voulez en venir. Vous êtes athées mais vachement respectueux de la culture des autre.

        [Toujours, Amina Amicale — Ysengrimus]

      • Line Kalinine said

        La statue est en colère mais nous, on ne craint plus sa colère parce qu’on la prend plus du tout pour une déesse (arnaque de la religion: faire passer un gros caillasse pour une déesse pour mystifier les masses). On admire plutôt la capacité artistique de ces ciseleurs d’autrefois qui ont su faire jaillir si solidement la subtile colère d’une femme en esquissant des traits sur un gros cube de pierre.

        [Absolument exact. — Ysengrimus]

  8. Vanessa Jodoin said

    Moi, mon mème favori ici, c’est celui-ci:

    • Piloup said

      Moi, j’opte pour celui-ci. Il a tout dit, je trouve…

      [Le mème suprême de la dialectique athée, celui-là, en effet. — Ysengrimus]

      • Magellan said

        Une invention subjective, comme le Horla.

        [Plus précisément, une invention inter-subjective, comme les nouilles. Sauf que les nouilles existent matériellement. Dieu non. Il est immatériel ET inexistant. Une idée. Un mythe fondateur. Une légende organisatrice ayant fait son temps… — Ysengrimus]

      • PanoPanoramique said

        La religion te survivra, Ysengrimus.

        [Oui, oui. Probablement d’un petit siècle, peut-être mème deux. Mais c’est quoi deux siècles devant des dizaines de millénaires d’histoire? C’est le bout de la route, pour ce cadre de représentations intellectuelles vermoulu… — Ysengrimus]

  9. Camarade said

    Fort bien articulé. Cela dit, je crois que la pléthore de dieux grecs reste supérieure au monothéisme, car les dieux grecs sont soumis au destin et le savent alors que le supposé dieu unique suprême ignore totalement, dans sa prétention monstrueuse, qu’il est lui aussi soumis au destin plus grand lui-même que le cosmos.

    [Ils sont inférieurs abstractivement comme théologie mais incontestablement supérieurs symboliquement comme mythologie. C’est quand on les approche en athées que les dieux grecs prennent tout leur sel. Tandis que le dieu du monothéisme, approché en athée: une grosse bulle translucide et vide, métaphoriquement et symboliquement inerte. — Ysengrimus]

  10. Sam said

    Bonsoir Ysengrimus,

    «Déréliction» et «Entendement incrédule» peut-être, mais ce passage au monothéisme reste tout de même l’une des plus grandes énigmes toujours pas totalement résolue de tous les temps! Et quoi qu’il en soit, le monothéisme fut certainement une révolution de nature politique jamais égalée bien qu’elle s’est faite dans la soumission on s’entend! Qu’on se place du bord des croyants qui n’oseraient le qualifier ainsi mais le qualifient toujours de révélation, ou qu’on le scrute sous un angle athée académique et philosophique rigoureux, ou comme une vulgaire théorie conspirationniste, ou qu’on le voit sous l’œil marxiste qui l’a qualifié de drogue du peuple autant pour le polythéisme et toute religion avec l’œil critique du matérialisme historique, il est indéniable que le monothéisme qu’on le veuille ou pas, en tous cas pour les civilisations du moyen orient et de l’occident, fut en son temps le concept politique et intellectuel le plus accompli et le plus docte si on peut dire… qui allait justement ouvrir la voie et frayer un chemin au rationalisme via une expérience humaine douloureuse certes, mais quasi inévitable au vu de la diversité et le dénuement de jadis!

    Les questions inhérentes aux religions abrahamiques ne sont que secondaires lorsqu’on creuse un peu: qui sont en réalité les prophètes du monothéisme, d’où sortent-t-ils, et surtout d’où sortent leurs textes et livres «sacrés» si bien concoctés et surtout ouverts à l’interprétation (de la plus sombre à la plus éclairée) au point de marquer et durer aussi longtemps, réussir à fédérer des peuples aussi bien primitifs que semi-primitifs, que presque pleinement civilisés, que tout à fait modernes encore aujourd’hui, les organiser socialement, leur intégrer la civilisation et des valeurs universelles, émanciper la majorité ne serait-ce que sur le plan de la vie en société et de l’acquisition du savoir, poser les bases d’une économie politique plus démocratisée, et celles de l’élaboration de lois qui s’opposent aux réalités puniques condamnant les cultes de royautés divinisés et leurs actes barbares ou irrationnels etc…. bien qu’il ait favorisé les conquêtes et l’impérialisme mais cette fois au nom de Dieu, comme ultime acte politique d’annexion et de création d’états! Ce monothéisme en tous cas semble avoir été inévitable pour cette partie du monde, un moteur politique et civilisationnel incroyable qui a duré, et souvent opposé ses propres protagonistes, des plus sanglants aux plus sages… avec tous ses défauts certes! il faudrait donc surtout exclure le moyen âge et ses dérives politiques et religieuses, et considérer les accomplissements de cette doctrine du monothéisme depuis son apparitions si on peut le dire ainsi… successivement chez les juifs, les chrétiens et les musulmans enfin!

    Mais alors si on veut aborder les détails, c’est de deux choses l’une: soit qu’il y ait vraiment eu des prêtres dotés d’un savoir politique et d’intelligence insoupçonnée pour l’époque, des érudits que personne ne connaît réellement à date qui aient tout concocté pour chaque «révélation», d’ailleurs on parle de plusieurs pistes, que ce soit pour le judaïsme, de la «source Q» dans le christianisme qui postule qu’il y aurait des évangiles écrits initialement en araméen et non en grec qui auraient précédé les évangiles de Marc et de Mathieu si je ne me trompe… (il y a un article détaillé sur wikipedia), et en ce qui concerne l’islam que Mohamed fut un véritable prodige politique pour son temps, soit, on perd les pédales et on rejoint ceux qui disent qu’il y a eu vraiment des extra-terrestres qui nous auraient insufflé aussi bien le polythéisme que le monothéisme comme le stipulent toutes sortes d’hurluberlus sur le web et qu’on aurait retrouvé sur les tablettes de Babylone et de Mossoul et chez les assyriens et les schtroumpfs aussi… 🙂

    C’est certain qu’on peut toujours spéculer qu’il aurait pu y avoir une scission avec la religion aussi tôt que les premiers siècles de l’antiquité judaïque ou du monothéisme chrétien, ou plus tard musulman, que les savants hérétiques ou cachant leur incroyance ont toujours existé et probablement plus qu’on ne l’imagine, mais sur le plan politique, quel état aurait pu subsister sans religion monothéiste dans cette région en tous cas! Aucun! Mais à la place, des états et des chefs d’états pratiquement laïques ou peu regardant de la religion, et s’intéressant aux arts, aux lettres et aux sciences ont de tout temps prévalu jouissant d’ailleurs des bienfaits de la religion et de ses atouts fédérateurs dans leur assise et exercice du pouvoir! À travers l’histoire, on dénote donc clairement une évolution lente mais certaine, avec des tentatives répétées d’affranchissement de l’orthodoxie religieuse, en tous cas, mais qui, il faut le rappeler, s’est toujours heurtée à la compétition et la conquête du pouvoir par d’autres. sous couvert de la religion! On a tourné ainsi dans un cercle vicieux pendant des siècles, sans que Yahvé, Jésus ou Allah y trouvent rien à redire , «Béni sois le roi, l’empereur, le général qui gouverne en mon nom, et zigouille la tête de son prédécesseur, Amen» Certes!  Lorsque les Mongols attaquèrent et colonisèrent la Chine, le Vietnam, L’Asie turkmène, la Russie, l’Europe chrétienne jusqu’en Pologne, Hongrie, Autriche et Bulgarie, ensuite la Perse et le monde musulman du moyen orient, ils le firent avec une violence inouïe, une efficacité sans précédent, et un monothéisme punique «Tengriste» d’où ils tiraient leur détermination, ils comprendront très vite les avantages à garder les monothéismes ou polythéismes locaux de leurs colonies déjà constituées en empires, et donc la force du monothéisme chrétien et musulman, certains fils et descendants de Gengis khan s’y convertiront carrément! Qui aurait pu croire que la grande Byzance allait leur payer des impôts et leur faire allégeance pendant près de trois siècles, ou que le Califat Abbasside, ou Seldjoukide en feraient autant, alors que le siège de l’état Mongol bien que se décrétant musulman plus tard, ne le fut en réalité que très superficiellement, et demeurait principalement tengriste… et taôiste et animiste au fond!

    Bref, aujourd’hui, face aux religieux fanatiques, on retrouve aussi des athées «populistes» ou sensationnalistes ou remontés si on peut dire (sans porter atteinte à leur liberté de non-croyance) qui sont partout et sont surtout obsédés par le Dieu Abrahamique, le Dieu Unique qu’ils exècrent et désapprouvent, Allah, Yavé, Jesus, etc, mais sur le plan philosophique et sur la leçon extraordinaire en sciences politiques que le monothéisme à légué, on passe à côté de la véritable richesse, des véritables questionnements, sachant que hors monothéisme et religion en général, le monde oriental et occidental ne fonctionneraient pas tout à fait sans heurts aujourd’hui, à mon sens! Voyez juste l’Amérique conservatrice et profonde, même avec un «Dieu de leur côté», ça flingue tous les jours, ça se repentit avec une balle dans la tête ou sur la chaise électrique, ça nous balance des milliers de films et de propagande de morale à deux sous, et ça broie de l’humain comme nulle part ailleurs, alors imaginez les sans religion, ils n’auraient même pas à se «repentir», c’est choquant certes, mais je trouve que c’est la réalité… j’oserais même dire que le monothéisme orthodoxe aurait pu intégrer le marxisme et le communisme et les adapter à sa doctrine religieuse et pas le contraire, et aucun état, même le plus marxiste, ne pourra un jour se permettre de se proclamer état tout à fait athée sauf sur le papier! Les tentatives du siècle précédent au sein des pays communistes se sont révélées être un fiasco! Rt plus que la laïcité, et l’état de droit, ou même l’état policier, la religion sert encore à contre balancer les effets du nationalisme ou ceux identitaires et ethniques au sein d’un même peuple! Je trouve donc qu’on est figé sur ce que je pense être des approximations et des spéculations dans les deux bords, croyants fiévreux comme athées en colère, on stagne sur des concepts inconciliables comme ce que vous avez appelé une fois le fardeau de la preuve de l’existence ou l’inexistence de Dieu, ou celui qu’utilisent les athées pour défier les hommes de religion: le dilemme du mal «qui ne peut être associé à aucun Dieu» ou que ce Dieu serait fou de vouloir autant de mal à ses créatures, et sur toutes ces questions contradictoires qui font que croyants et incroyants évoluent sur deux parallèles qui ne pourront jamais se croiser, mais continuent de se dépenser autour de ces questions! Le tout étant vachement saupoudré d’une bonne dose de narcissisme, d’égocentrisme, de prétentions et de fausse modestie dans les deux camps, je trouve!

    Et pour compliquer le tout, la science se retrouve instrumentalisée elle aussi, soit dans le camps des religieux, soit celui des «militants» athées, dont certains en font une religion! Ainsi, le darwinisme et la théorie de l’évolution sont devenu un argument n’importequoitiste mijoté à toutes les sauces par des athées en colère, alors que des croyants plus nuancés ont avancé ces dernières décennies la théorie «du dessein intelligent» un peu plus «rationnelle» et très acceptable, certains pseudo-scientifiques ou scientifiques même travaillent d’arrache pied pour prouver allez savoir quoi pour le bénéfice de chaque camps! alors que la majorité des travaux de la science ne sont pleinement vérifiables que pour une part des avancées et découvertes en sciences exactes, tandis que l’autre part, plus vaste et globale est encore purement théorique! La science va même plus loin en matérialisant le doute et la multiplication d’hypothèses sur tout et n’importe quoi, l’origine de la matière et des espèces vivantes ou éteintes… aucune espèce n’est véritablement connue dans son intégralité et ses mystères restent entiers, son origine exacte, son évolution, et même la matière qu’on a cru cerner conserve plusieurs mystères, en plus du fait qu’aucune matière n’est statique et éternelle même pas la plus vieille comme le carbone, ni même la plus minuscule des particules nucléaires ou élémentaires, les atomes, les protons, les quarks, les fermions, les photons de lumière, l’anti matière et les anti particules… on a même établi scientifiquement que l’électron est l’unique particule élémentaire qui soit presque éternelle mais ne l’est sûrement pas, même avec son âge de 66 milliards de milliards d’années… et donc toute matière ou particule devra tôt ou tard subir transformation, mutation, ou désintégration et disparition certaine, pour être remplacée par une nouvelle, la science est capable aussi de remettre en question notre monde tel que nous le connaissons et interagissons avec sur la base de certitudes, de théories et de postulats purement physiques et matériels qui sont tributaires avant tout de cycles de vie et d’interactions chimiques et organiques qui se renouvellent pour un laps de temps donné, et pour l’instant uniquement sur notre planète terre… pendant qu’un néant de vie sidéral et absolu caractérise l’immense et insondable univers qui nous entoure…. qui se trouve en expansion permanente malgré la présence en permanence de particules et de matière élémentaires connues des humains en son sein, et qui pourrait même contenir une vie similaire à la notre, une autre planète et une interaction de particules et de matières recréant la vie ailleurs, que cela ne changerait strictement rien à la donne que rien, absolument rien ne nous permet de croire que nous soyons capables de comprendre quels autres formes de vie existent ailleurs et sous quelle forme!

    Et donc, sans nécessairement épouser les théories du monothéisme ou de la religion qui résume l’homme à une créature de Dieu, si l’homme était le véritable problème?! L’athéisme suggère que l’homme, cet être supposément issu (scientifiquement parlant) de plusieurs accidents et hasards d’interactions de matières et de particules, de bactéries et de microbes, d’évolution, d’adaptation et de croissance dans cette genèse scientifique théorique et ce, depuis un passé très lointain, s’est permis en tout cas de décréter la forme de vie dont il est l’objet de vie intelligente ou supra intelligente, et d’intelligence tout court, dans une sorte de verdict qu’il a décrété et s’est attribué à son genre et dont le moteur et le carburant résultent surtout de sa volonté de domination imperturbable, celle de vouloir dominer l’espace, le temps, les autres espèces, la planète.. en rêvant de coloniser l’univers… bref, ce raisonnement a de quoi choquer un croyant, c’est certain, l’homme aurait donc par une succession de hasards et de mécanismes d’évolution et d’adaptation tiré le jackpot devant toutes les autres espèces on dirait, et tout ce qui l’entoure sur terre ou même dans l’univers ne fait que servir ses desseins, le maintient en vie, le nourrit, et le comble de bienfaits… et curieusement donc, ce même raisonnement en théorie athée et dénuée de religion, rejoint tout à fait la religion et les textes religieux dans ce qu’ils professent et prêchent! Rt pour accentuer cette rencontre entre athées et croyants, la microbiologie a récemment pu prouver que l’homme et son intelligence, ne seraient rien d’autre qu’une intelligence bactérienne, microbienne et virale, dont les virus sont les véritables chefs d’orchestre qui commandent des armées de bactéries et de microbes par milliards, et déterminent aussi bien nos humeurs, que notre QI, que notre génétique, notre immunologie, notre succès et nos échecs aussi, et c’est pas fini, tout les jours se créent de nouvelles bactéries, virus, microbes et formes de vies au sein même de notre organisme, et si 85% de nos gènes sont issus d’un patrimoine génétique connu ou antérieur, il reste que 15% de nos gènes n’auraient parait-il aucun antécédent dans le génome humain, mais sont tout à fait neufs et inconnus… une faune sur laquelle l’homme n’a strictement aucun contrôle sauf celui d’essayer de comprendre le fonctionnement et maintenir le tout en branle pour prolonger la vie jusqu’à un certain point ou âge, et encore moins pouvoir prédire tout assaut viral ou bactérien d’un genre nouveau ou souche étrangère, un génome inconnu aussi, qui pourrait nous exterminer et exterminer la vie en un rien de temps comme le confirme la médecine et la virologie ou l’immunologie médicale moderne!

    Bref, vous allez trouver mon raisonnement un peu loufoque, mais c’est pour dire que je m’intéresse à tout, et nulle part on ne trouve d’explications complètes et satisfaisantes aux déterminismes biologiques, cosmiques, existentiels, les astrophysiciens et les scientifiques sont encore plus éblouis par cette machine qui tourne comme une montre suisse et maintient en vie, nourrit et surtout évite l’extinction des espèces y compris l’homme! Le soleil par exemple, cet astre en fusion nucléaire permanente dont l’énergie ne se consume jamais, pourrait nous cramer vifs dans plusieurs scénarios, il suffirait d’un léger changement d’angle d’exposition au rayonnement… par exemple, mais non, il est là à brûler pépère et discipliné… non uniformément d’ailleurs, puisque certains points noirs de la surface la température mesurée aux télescopes à infrarouges ne fait que 3500 degrés, alors que le reste brûle en dizaines, en milliers et en millions de degrés, son noyau brûle à 15 millions de degrés Celsius depuis des milliards d’années et sans renouveler le combustible! Et son halo qui l’entoure brûle à une température encore plus élevée que sa surface… un autre mystère! Rt donc sans les photons de lumière de ce sacré soleil, il n’y aurait pas une trace de vie ici bas en tous cas, et tout phénomène cosmique significatif qui affecterait son rayonnement, ou l’exposition terrestre à rayonnement pourrait signifier la fin des haricots sur terre tout simplement!

    Avons-nous réellement dépassé ou sommes nous réellement libérés des théories religieuses, et surtout de la doctrine du monothéisme principalement dans sa dimension politique, ou le moindrement scientifique dans son hypothèse créationniste, j’en doute, sans pour autant défendre la religion! Je ne vous cache pas, que ce genre de raisonnement, qui peut vous paraître aussi loufoque que suspect, qu’irrationnel peut-être aussi, me pousse surtout à suspecter l’homme plus qu’hier, son éthique, son hégémonie et ses prétentions, et ceci affecte naturellement ma conscience politique, au point de soulever chez moi une série de questionnements! Comme ma récente révolte contre le concept du «peuple» depuis qu’on l’a surpolitisé! je n’y crois presque plus! entre le concept d’une plèbe antique mal connue d’où le peuple tire son nom, et «le peuple» ce concept révolutionnaire en 1789, ou dans le marxisme communisme et celui de 1917, je me rend compte que «le peuple» politisé est un concept révolutionnaire qui ne va jamais au delà du projet de révolution! Puisque au delà de celle-ci, le peuple n’existe plus et retourne à son état nominal de rassemblement sensiblement identitaire et nationaliste, celui de classes sociales en conflit et luttes permanentes animées par la haine sociale, la course aux profits, et dont les intérêts aussi bien que les aspirations sont tout sauf égalitaires ou fraternels, et aux antipodes les uns des autres! Le monothéisme de la religion à préconisé ou prétendu au «peuple de Dieu» dans une tentative plus efficace de contrôler et canaliser des sociétés humaines disparates et anarchiques on dirait! Et on peut dire qu’il y soit arrivé beaucoup plus que tout autre idéologie politique à travers l’histoire des hommes et des civilisations en tous cas! Aujourd’hui par contre, le terme «le peuple» lorsque politisé en somme, est un concept idéologique de dénonciation qui fonctionne très bien lorsque bourgeois, travailleurs, misérables, bonnes et mauvaises graines de la société, s’accordent pour faire un bilan collectif qui accuse, dénonce, exige et se révolte devant l’élite au pouvoir, le régime, et cherche à le remplacer, mais au delà de cette plainte collective sur laquelle on s’entend et on veut bien faire semblant et fraterniser le temps d’une manif, il n’y a rien, absolument rien qui nous unit, à commencer par nos trajectoires au sein d’une même classe sociale de la base, notre égo individuel, notre rapacité, nos vices, notre opportunisme, notre mépris pour les plus faibles, et notre naïveté à nous croire plus malins ou supérieurs aux autres… c’est dans notre ADN, il n’y a rien à faire! Et je vous dit tout ceci par dégoût du discours populiste et mesquin ambiant que je ne le tolère plus chez certains, je suis même devenu assez radical dans mon jugement de toute personne suspecte qui ne remplit pas ses moindres responsabilités et qui parle toujours du peuple et au nom du peuple sur le ton de la plainte, le type à de grosses attentes quoi, il exige qu’on lui fasse de gros cadeaux!

    Bref, sans vouloir comparer marxisme et monothéisme… quelle idée… je fais juste une brève synthèse entre deux systèmes que tout oppose mais qui en réalité ont tous les deux cherché à resituer l’homme dans son époque, lui offrir un choix de société avec une doctrine politique assez complète! Ainsi, le marxisme à tenté de rééduquer les peuples en préconisant une «religion prolétarienne» qui requiert discipline et fermeté, mais il a éclaté sous l’effet de la corruption, des conflits d’intérêts, de la dictature et des pressions du monde capitaliste. Plus malin, plus versatile, plus subtil aussi, le monothéisme a surtout soumis ces peuples au dogme certes, mais leur a offert un «patrimoine» culturel impressionnant, une épopée de deux mille ans au moins ou ils auront connu aussi bien la gloire que la déchéance, la féodalité et l’esclavage ou la richesse et l’aristocratie, les guerres de religions et les massacres qu’ils ont choisit eux-même de perpétrer bref, le monothéisme est libéral, plutôt savant de la nature humaine, il peut être social ou capitaliste… historiquement en tous cas, et aujourd’hui encore, il tente toujours de s’adapter et de perdurer, et cette fois sous le signe de l’espoir pour les plus démunis qui y croient encore!

    Et désolé, Ysengrimus de t’avoir gribouillé mon commentaire interminable… ça faisait un bail!

    [Vous êtes musulman, Sam, c’est bien ça? — Ysengrimus]

    • Sam said

      Je suis musulman de culture certes, mais je ne suis pas pratiquant ni croyant à toutes les balivernes associées à l’islam sans vouloir dire que je crois nécessairement à Dieu tel que décrit dans les différentes formes de monothéisme des trois grandes religions. Je crois qu’il y a cependant quelque chose de puissant qui régit le monde jusqu’à une certaine limite, sans perdre le nord pour autant ou perdre de vue le rationalisme indispensable à la compréhension de notre monde… j’ai par contre un grand respect pour le patrimoine culturel et civilisationnel de toutes les religions monothéistes, et même pour certains passages sages, paisibles et érudits des textes «sacrés» que je vous avoue continuent de susciter en moi curiosité et fascination… le Coran, la Bible, la Torah, qu’il m’arrive de redécouvrir et lire au gré de mes errements sur la toile… surtout que je me considère détaché totalement de toute lecture strictement religieuse ou d’interprétation des textes par des fanatiques pro ou totalement anti religion! J’estime que la religion comme toute croyance est à prendre avec un grain de sel, et du respect envers ses adeptes… Ceci dit, je ne vous cache pas qu’il m’arrive surtout de lire et apprécier des intellectuels arabisants se disant musulmans, non pas pour l’apport religieux, mais littéraire, historique, politique et social souvent… ainsi parfois, rien ne m’est plus agréable que de lire et découvrir les histoires d’intrigues de palais, de politique, de citations et de poètes et autres érudits révoltés sous le règne des Califes compagnons de Mohamed aux premiers temps de l’islam, dénonçant par exemple et décrivant les guerres fratricides, les assassinats et le despotisme des Umeyades et des Abbassides par exemple… on y apprend tellement…surtout d’un point de vue de l’expérience humaine et de par la richesse de ce patrimoine qui mériterait d’être traduit et publié pour ses nombreux trésors et atouts intellectuels!

      j’espère que le clin d’œil humoristique aux vierges du paradis que je vous ai fait plus haut ne vous fait pas penser que je suis un autre allumé qui rêve de faire bonga bonga dans l’au delà… mais comme je suis prévoyant et avisé… 🙂 l’once de doute qui subsiste dans mon esprit par rapport à la religion… me fait tendre la main envers ce Dieu légendaire qui régnerait la haut parait-il, pour lui demander une fois de temps à autre de ne pas me faire supporter plus que je ne peux supporter ici bas… car, vous savez, veut veut pas, j’ai dans la famille et aussi certains amis musulmans semi pratiquants je dirais qui ne renoncent pas pour autant à «l’espoir» que procure un Dieu sauveur face à la méchanceté et la dureté du monde ici bas!

      Voilà mon cher Ysengrimus, j’espère avoir résumé ma réponse… et si vous voulez mon avis, je crois que même la littérature la plus religieuse des hagiographes ne manque pas de trahir l’indépendance d’esprit et parfois «l’hérésie» des plus proches compagnons du prophète de l’islam! Et, tout comme le christianisme ou le judaïsme, l’islam n’est rien d’autre qu’une aventure humaine faite de passions, d’amours manqués, de politique au sens strict et scientifique du terme… et d’évolution de sociétés humaines qui n’étaient pas dénuées de bon sens et de trésors intellectuels!

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s