Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Ludwig Feuerbach sur le passage au monothéisme

Posted by Ysengrimus sur 25 décembre 2016

Feuerbach-Essence

L’ouvrage d’époque L’essence du Christianisme (1841-1846) du philosophe allemand Ludwig Feuerbach (1804-1872) reste une des références réflexives les plus fouillées sur la question de l’invention de Dieu par l’Homme. Développant l’idée, déjà formulée par les matérialistes français du siècle précédent, que l’être humain créa Dieu à son image pas le contraire (pp. 249-250, 471-472, 526), Feuerbach formule une solide expansion de notre compréhension de l’anthropomorphisation théologique. On me permettra un détour que n’aurait pas pu prendre Feuerbach. Celui de la saga Star Trek. Star Trek imagine des nations extraterrestres de toutes farines et quel que soit leur degré de sophistication technologique, physiologique ou ethnologique, elles finissent toujours par se trouver confrontées au filtre humain. Elles ressemblent largement aux humains et surtout, au fond, quand on leur découvre des différences, c’est fatalement pour observer que les humains les surclassent. C’est comme si, eux-mêmes humains, les concepteurs de Star Trek ne pouvaient mettre en scène, même dans leur imagination la plus débridée, que des variations sur les caractéristiques éphémères ou fondamentales de l’humain. Sans le mentionner évidemment, Feuerbach (pp. 128, 161, dans ce second cas, avec une citation de Malebranche évoquant aussi la possibilité de vie extraterrestre) parle très explicitement de l’humanisme Star Trek quand il explique, tout simplement, qu’en imaginant des mondes autres que la Terre et des gens y vivant, on n’arrive qu’à se fabriquer des projections intellectuelles plus ou moins magnifiées de l’humain. Or, crucialement, notre conception du divin n’échappe pas, elle non plus, à cette fatalité anthropocentrée de nos projections en fiction. La chose parait assez patente quand on regarde, avec le recul dont nous disposons, les dieux anthropomorphes des polythéismes idolâtres anciens. Feuerbach explique (p. 138) que Wotan, le chef des dieux de la mythologie germanique, est aussi le dieu de la guerre tout simplement parce que les peuplades de germains voyaient dans la guerre et l’aptitude à bien la mener une vertu cardinale. L’humain façonne les dieux à son image, fonction de la valorisation de ses priorités historico-sociales du moment. C’est assez limpide, incontestable en fait, dans le cas de ces vieux polythéismes que le passage au monothéisme a fait voler en éclats.

Un petit exemple amusant tiré du film Conan le Barbare (1982) va nous permettre d’approcher le choc que le passage au monothéisme fait subir à ce miroir spéculaire déformant et magnifiant de l’idolâtrie anthropocentrée. Conan le Barbare (joué par Arnold Schwarzenegger) erre de par le vaste monde. Dans son errance, il rencontre Subotai (joué par Gerry Lopez), un archer asiatique de la nation des Hyrkaniens. Le pauvre Subotai n’en mène pas large. Ses ennemis l’ont enchaîné à un roc pour qu’il se fasse dévorer par les loups. Conan le libère. Les deux nouveaux amis s’installent dans la steppe, sous un ciel de fer, pour une petite tambouille vespérale. Conan demande alors à Subotai quelle divinité il vénère. Subotai, solide et mystérieux, répond qu’il rend un culte aux Quatre Vents de l’Horizon qui sont invisibles mais soufflent sur la totalité du monde. Subotai demande ensuite à Conan quelle divinité il vénère, lui-même. Carré, presque enfantin, Conan explique qu’il rend un culte au Géant Crom, puissant guerrier mythologique qui lui demandera des comptes à la fin de ses jours sur sa propre vie de guerrier et le bottera hors du Walhalla en se foutant de sa poire si le bilan n’est pas satisfaisant. Subotai ricane doucement et explique calmement que les Quatre Vents de l’Horizon soufflent sur la totalité du monde INCLUANT le Géant Crom, qui n’est jamais qu’un gros et grand gaillard de plus, ayant le ciel au dessus de sa tête, comme tout le monde. La puissance des Quatre Vents de l’Horizon prime, car ils sont invisibles, intangibles, intemporels, vastes et omniprésents. Abasourdi de voir la description de sa divinité anthropomorphe enveloppée dans le syncrétisme spontané d’un baratin bien plus articulé que le sien, Conan, subjugué par la solidité du développement de Subotai sur sa propre divinité, cosmologique elle, se met à regarder le ciel venteux et tumultueux de la steppe avec une inquiétude renouvelée. Le tout ne dure que quelques minutes, mais c’est à se rouler par terre de finesse ironique. La fatale démonstration est cocassement faite de l’incontournable supériorité intellectuelle du monothéisme cosmologisant sur l’idolâtrie anthropocentrée.

Cela, par contre, ne règle pas tous les problèmes du monothéisme, il s’en faut de beaucoup. La philosophie implicite de la Fantasy rejoint Ludwig Feuerbach ici sur ce qu’il nous propose, lui, concernant justement le passage au monothéisme. Il s’agit là, en fait, d’un puissant mouvement d’abstraction (pp 225-226, 282, 345-347) qui, quand il s’installe dans une culture, a deux impacts capitaux. D’abord, dans l’angle positif, projetant, par l’abstraction, les principales caractéristiques divines dans l’omniprésence lointaine, «céleste» (p. 365), le passage au monothéisme magnifie et cosmologise le divin et, ce faisant, révèle l’amplification de l’entendement humain à embrasser des représentations tenant de plus en plus compte, de façon encore esquissée mais sans doute possible, de catégories supra-individuelles, larges, complexes, et non-empiriques (nature, cosmos, mais aussi, société, histoire). Ensuite, dans l’angle négatif, le passage au monothéisme humanise le corpus idolâtre. Les caractéristiques faussement divines de Wotan et du géant Crom deviennent de ce fait radicalement et indubitablement humaines. C’est là une puissante appropriation, en creux, de l’ancien corpus des dieux et demi-dieux. L’humain devient désormais l’exclusif dépositaire de toutes les caractéristiques crues antérieurement démiurgiques que l’abstraction monothéiste nie désormais à l’idole. Conséquemment l’humain se connaît et s’assume mieux. Il s’approprie des forces et des grandeurs qu’il croyait autrefois extérieures à lui. Les questions existentielles ne sont pas alors retirées de l’humanisation (dédivinisation) du modèle idolâtre qu’impose le monothéisme. Les questions existentielles font simplement désormais l’objet de réponses pratiques plutôt que mystiques. Ces nouvelles explications que l’humain se donne de lui-même sont empiriques ou fictives mais désormais intégralement terrestres. Sauf que l’errance mythologisante garde une portion significative de ses contours même après le passage au monothéisme. La grossièreté en est tout simplement moins évidente, plus occultée parce que plus magnifiée et distanciée par le nouveau culte.

Il convient de s’arrêter à cette convergence essentielle du mythe abstrait et du mythe pratique. Leur radicale différence ne doit pas occulter ce qu’ils ont en commun. Prenons, par exemple le centaure. Le centaure est une de ces réponses pratiques (fictives) dont il est désormais sciemment impossible de nier le caractère façonné, artificiel. Un certain snobisme intellectuel trivialise l’identification du centaure au Dieu du monothéisme, pour des raisons non explicitées et fumeuses. On aurait, dans la genèse humaine du centaure et celle de Dieu, deux attitudes distinctes, irréconciliables. Erreur. Le principe de mise en place est identique. Un centaure est l’amalgame de traits caractéristiques de deux êtres empiriques existants, l’homme et le cheval, débouchant sur un résultat éclectiquement construit et fictif. Le dieu monothéiste est l’amalgame de traits caractéristiques de deux entités non-empiriques existantes, la civilisation et le cosmos (le monde, p. 337), débouchant sur un résultat tout aussi éclectiquement construit et tout aussi fictif. La solution «existentielle» du centaure, c’est la médiation ancienne entre le cheval et l’homme qui nous la livre. La solution du dieu monothéiste c’est la médiation entre civilisation et cosmos, entre culture et nature, entre société et environnement, entre entendement (au sens feuerbachien) et raison, qui nous la livre. Comme pour les œufs de dragons, c’est seulement en cassant la coquille légendaire immangeable qu’on y voit et qu’on y mord. Sauf qu’une fois cela fait, le centaure et Dieu n’y sont plus… Que voulez-vous, il faut savoir sortir de l’enfance de la pensée…

Le passage au monothéisme est un moment crucial de cette sortie de l’enfance de la pensée. La chose se complique encore, se brouille aussi, quand la dimension interactive se tortillonne à cette question si humaine du rapport au divin. Feuerbach corrèle sans compromission la prière à la religion véritable, enthousiaste, archaïque, authentique (pp 177-179 et chapitre 11). Dieu, être humain transposé, magnifié, cosmologisé, distillé, purifié, serait bon, miséricordieux, attentif, débonnaire, généreux, empathique, une manière de modèle moral implicite ou explicite. Or, éventuellement, l’abstraction monothéiste, dans ses différentes phases doctrinales d’ascension, minimise, réduit, abandonne même, la dimension interactive… autant celle des polythéismes (interaction semi-légendaire, passionnelle ou conflictuelle, avec le dieu-héros) que celle des monothéismes primitifs (prière-requête adressée, sciemment et à voix haute, au dieu-morale). Cet abandon de l’interaction ouverte, craintive et/ou paisible, de la foi naïve avec Dieu, ne pardonne pas. Elle s’impose fatalement au détriment de son omnipotence active et au profit des catégories théologiques ou théosophiques qui affectent si activement d’absolutiser le divin (omniprésence, omniscience, toutes deux de plus en plus passives, distantes, éthérées et muettes). En analysant les choses ainsi, Feuerbach nous fait clairement comprendre que le passage au monothéisme qui fondera les grandes religions du monde EST son contraire: un moment crucial de déréliction résultant de ce qu’il appelle fort pertinemment l’entendement incrédule (p. 233). En montant de la terre au ciel, le divin illumine intellectuellement mais aussi, il se disloque, comme un pétard de fête…

Pour l’homme sensible un Dieu insensible est un Dieu vide, abstrait, négatif, c’est-à-dire un néant…

Ludwig Feuerbach, L’essence du christianisme, Gallimard, Tel, p. 188.

 

Subotai l’Hyrkanien (joué par Gerry Lopez) et Conan le Barbare (joué par Arnold Schwarzenegger)

Subotai l’Hyrkanien (joué par Gerry Lopez) et Conan le Barbare (joué par Arnold Schwarzenegger)

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

Publicités

32 Réponses to “Ludwig Feuerbach sur le passage au monothéisme”

  1. Tourelou said

    J’ai jamais compris l’escalade entre le péché véniel et le mortel… pourtant la partie la plus inquiétante? Les conséquences étant la source de biens des motivations🎓amen

    [Avec le péché, on aborde un aspect sensible et complexe de l’interaction avec le dieu-morale ET AUSSI avec son intercesseur autoproclamé par excellence: le clergé. C’est dans le dispositif fantasmatique de ce dernier, complexe et fort lourd historiquement, qu’il faut chercher la nuance dont vous réclamez la clarification… largement en vain, en fait. — Ysengrimus]

    • Tuquon Bleu said

      C’est vrai que le péché, c’est déplaire au pouvoir. Le pouvoir fluctue dans ses priorités, le caractère véniel ou mortel fluctue aussi. Souvenez-vous, Tourelou, du rejet du mangeage de poisson le vendredi (pour faire vivre les pêcheries). La gravité de ce péché de désobéissance a graduellement décliné au fil des années…

      • Tourelou said

        Oui je me souviens. Ma grand-mère était rebelle. Elle cuisinait des crêpes ou des pâtes tomates 🌞

        Effectivement: brouillard le clergé. Ça mentait fort.

    • Le Boulé du village said

      Moi, ils m’ont durablement écœuré du poisson avec cte genre de flagossage.

  2. Caravelle said

    Lumineux billet de Noël. Une vraie analyse athée, radicale mais respectueuse. Totalement exempte d’iconoclastie simpliste.

  3. Le catholique culturel said

    Et que fais-tu des intercesseurs: Moise, Jésus, Mahomet.

    [Ils perpétuent la mythologie mystique du demi-dieu ou la mythologie pratique du grand prêtre, pour permettre une ratiocination du paradoxe logique de l’intangible divin autant que de la contradiction empirique de sa cruelle absence et de son silence perpétuel. — Ysengrimus]

    • Le catholique culturel said

      Je ne comprends pas.

      [Regarde bien, le Catholique. Le dieu monothéiste est une contradiction logique très perturbante pour l’entendement. Un être invisible, intangible, imperceptible abstrait au max mais censé tout dominer et avoir tout à nous dire. C’est pas possible d’être empiriquement crédible en étant à la fois intangible et partout à la fois. Et on ne comprend rien de ce qu’il semble chercher à raconter. C’est bringuebalant, traditionnel, anxiogène, pathogène mème. On se fabrique donc l’intercesseur qui, lui, au moins, se lit, s’écoute, se comprend et prend en charge l’angoisse suscitée par l’ensemble des paradoxes théologiques. Oui? — Ysengrimus]

      • Le catholique culturel said

        Non… mais oui…

        [Ensuite, les raccords s’inversent et le dieu devient le croquemitaine de son clergé… ainsi que la caution badigeon-élixir de tous les arbitraires de son autorité. Quand on est le porte-parole de dieu sur terre, on a du pouvoir… tant que les ouailles sont croyantes. C’est assez prosaïque tout ça, en fait. — Ysengrimus]

  4. Abdul Salim said

    Sur l’intercesseur, je voudrais rappeler que, contrairement à Moise et surtout à Jésus, Mahomet est strictement un prophète sans plus. L’islam refuse toute dimension divine ou magique à Mahomet (ainsi qu’à Jésus et Moise)… Les hommes ne sont que des hommes…

    [Mahomet rencontre un ange abrahamique qui lui dicte un récitatif dans la langue divine. C’est pas le lot commun, tu admettra, Abdul. Et le Jésus coranique est un magicien de premier ordre, mandaté par Allah, certes, mais un magicien miraculeux quand-même. Le dilemme de la divinisation potentielle des prophètes est compris par l’Islam qui, sur ce point, voit clairement le danger et ratiocine indubitablement plus fort que les autres. Mais le problème reste entier. À partir du moment où l’intercesseur reste le dépositaire exclusif de certains traits mirifiques venus du dieu, on revient subrepticement à Hercule (demi-dieu antique) et à Samson (gros costaud rendu magique par dieu). Ce n’est pas le degré de magie de l’intercesseur qui compte vraiment. C’est son irréductible spécificité devant dieu et les humains. En Islam, Mahomet n’est pas censé avoir de successeur… et pourtant il a eu des califes et tout le monde est censé prier comme un petit Mahomet. Le paradoxe de l’interaction avec l’instance divine reste entier… et parfaitement irrésolu. — Ysengrimus]

    • Abdul Salim said

      Tu ne dis rien de faux et pourtant tu attaques en profondeur mes croyances. C’est difficile.

      [Tu descends dans la fosse et viens ferrailler avec l’argumentation athée… et pourtant tu crois toujours. C’est perturbant. Continuons de discuter. — Ysengrimus]

  5. Catoito said

    Si on reprend les arguments issus de Ludwig Feuerbach, selon le billet:

    — la divinisation sera toujours une anthropomorphisation issue de l’humain et configurée par lui.
    — le passage au monothéisme ne fait que magnifier cette projection de soi de l’humain en l’installant dans les catégories du cosmologique, du sociologique et de l’historique.
    — en cela le passage au monothéisme est un indice de force compréhensive, chez l’humain. C’est un bris d’idoles et un début solide de pensée abstraite… le début de la rationalité même, peut-être.
    — Sauf que le dieu ne peut pas s’abstraire sans se dissoudre. Il s’éloigne justement en devenant omniprésent. Il se distend et se disperse dans le monde. Le paradoxe d’idée de son existence, c’est ça.
    — Cela introduit toutes sortes de nouveaux problèmes et complications, notamment autour de la question de l’interaction de l’humain avec le divin, la prière.
    — La prière, la vraie prière interactive, fout le camps, en fait. Elle est un trait de christianisme archaïque qui ne tient plus, à mesure que le dieu continue dans le même mouvement de s’abstraire et de disparaître.

    [En plein dans le mille. Encore une fois, chapeau Catoito. — Ysengrimus]

  6. Ysengrimus said

    Allan Erwan Berger me fait parvenir l’affichette suivante, rigolote, pour mon petit Noël…

    athee-de-retour

  7. Amina Amicale said

    Ensuite, dans l’angle négatif, le passage au monothéisme humanise le corpus idolâtre. Les caractéristiques faussement divines de Wotan et du géant Crom deviennent de ce fait radicalement et indubitablement humaines. C’est là une puissante appropriation, en creux, de l’ancien corpus des dieux et demi-dieux. L’humain devient désormais l’exclusif dépositaire de toutes les caractéristiques crues antérieurement démiurgiques que l’abstraction monothéiste nie désormais à l’idole. Conséquemment l’humain se connaît et s’assume mieux. Il s’approprie des forces et des grandeurs qu’il croyait autrefois extérieures à lui.

    Je suis d’une religion qui a détruit les idole et qui a rejeté tout de l’idolâtrie. Pourrais-tu me faire comprendre ce passage en le formulant, s’il-te-plait, dans un cadre islamique?

    [Bien sûr, Amina Amicale. Que fait le Saint Prophète quand il bazarde toutes les idoles de la Kaaba? Il leur NIE tout mérite divin. C’est pour ça que je dis que le critère opère ici dans l’angle négatif. Mahomet explique que ce ne sont là que des statues que les gens ont fabriquées eux-mêmes. Il ramène ce bric-à-brac à ses dimensions intégralement humaines. Ce faisant, les Arabes préislamiques apparaissent comme de bien mauvais monothéistes mais aussi… fatalement… comme de meilleurs sculpteurs qu’ils ne l’auraient initialement cru. Tout ce corpus statuaire, même si on n’en veut plus, reste pure production humaine. L’humain s’approprie infailliblement tous les objets, toutes les légendes, toutes les tapisseries, tous les tableaux et bas-reliefs dont le divin ne veut plus. L’Arabie préislamique compte soudain beaucoup moins de théologiens ET beaucoup plus d’artistes. Un important ensemble de la production de l’ingéniosité humaine artistique et de la rouerie théologico-politique d’autrefois prend alors sa juste et modeste place dans l’histoire… — Ysengrimus]

    • Amina Amicale said

      Mais les idoles ne sont plus adorées!

      [Exact. Elles sont désacralisées. Elles s’installent de plain-pieds dans l’espace athée. Elles sont des statues, jolies ou merdiques, gardées ou détruites, peu importe. Ce sont les productions localisées d’un savoir humain. Avec cette intervention du Saint Prophète, la théologie sort de l’idolâtrie polythéiste et le relativisme historique y entre. C’est là la contribution involontaire mais inexorable du Saint Prophète de l’Islam à la déréliction universelle… — Ysengrimus]

    • Vernoux said

      Mais que penser de la destruction des Bouddha de Bâmiyân en 2001 par les Talibans?

      [D’abord, Vernoux, j’en pense que les musulmans n’ont pas le monopole de la destruction intégriste des statues des autres. Ensuite, J’en pense que la perte n’est pas religieuse ou théologique mais historique, culturelle et artistique, strictement. Finalement, j’en pense que c’est l’irrationalité qui a primé. Si les Talibans ne reconnaissaient vraiment plus aucun statut politico-théologique à ces structures, ils les auraient tout simplement laissées là. En tant qu’instance, on ne détruit que ce qui inquiète notre pouvoir… — Ysengrimus]

      • Vernoux said

        En tant qu’instance, on ne détruit que ce qui inquiète notre pouvoir…

        Cette pertinente observation s’applique aussi à Mahomet détruisant les idoles de la Kaaba…

        [Absolument. Mais, Vernoux, tu me fais rigoler. On est au Haut Moyen-Age et le gars est en train d’instaurer le monothéisme en Arabie. Il va donc nettoyer ben propre tout ce qui pourrait encourager des régressions sur les cultes polythéistes antérieurs, toujours initialement menaçants. Ce n’était pas, chez le Saint Prophète, un parti pris systématiquement anti-tout ce qui était préislamique, du reste. Regarde justement la Kaaba. Elle est préislamique et pourtant, elle reste. Simplement, vide, elle sert désormais de lieu de convergence d’une pensée monothéiste à visée plus universaliste que du temps de son statuaire éclectique. La théologie est, de longue date, un exercice de relation publique et de sujétion des masses. On ne gardera donc de son art monumental ou architectural que ce qui sert le nouvelle doctrine… — Ysengrimus]

      • Vernoux said

        Mais pourquoi l’appelles-tu Saint Prophète?

        [Pour la même raison que j’appelle Saint Luc Saint Luc et que je t’appelle pas Saint Vernoux… — Ysengrimus]

      • Fridolin said

        Pan, entre les joues à Saint Vernoux!

    • Odalisque said

      Tous les dieux et déesses de toutes les tribus d’Arabie et du monde sont tolérés à La Mecque, le tout, déjà abstraitement, sans distinction, sans hiérarchie et sans théologie. On les dispose tous et toutes dans la Kaaba sans primauté, comme on le ferait de marchandises dans un bazar, et chacun vient faire sa petite affaire en se contentant de tolérer/ignorer les autres.

      (Tiré du texte d’Ysengrimus sur l’intelligence de Mahomet. Il s’agit évidemment des conditions préislamiques d’usage religieux de la Kaaba.)

      Une de ces déesses-idolatresses fut UZZA. On la voit ici représentée dans le Temple aux sept Lions Ailés de Pétra (Jordanie). C’est une belle statue sans plus… mais sans moins.

      Al Uzza

      [Très belle statue… qui n’a absolument rien de divin mais qui confirme que les Arabes ou leurs prédécesseurs sont des artistes sculpteurs de première. Chapeau au ciseau humain tellement humain de ceux qui on sculpté cette pièce superbe, à la fois très archaïque et très modernes. Merci de ce fort pertinent rappel, Odalisque… — Ysengrimus]

      • Amina Amicale said

        Je crois que je vois un petit peu mieux où vous voulez en venir. Vous êtes athées mais vachement respectueux de la culture des autre.

        [Toujours, Amina Amicale — Ysengrimus]

      • Line Kalinine said

        La statue est en colère mais nous, on ne craint plus sa colère parce qu’on la prend plus du tout pour une déesse (arnaque de la religion: faire passer un gros caillasse pour une déesse pour mystifier les masses). On admire plutôt la capacité artistique de ces ciseleurs d’autrefois qui ont su faire jaillir si solidement la subtile colère d’une femme en esquissant des traits sur un gros cube de pierre.

        [Absolument exact. — Ysengrimus]

  8. Vanessa Jodoin said

    Moi, mon mème favori ici, c’est celui-ci:

    • Piloup said

      Moi, j’opte pour celui-ci. Il a tout dit, je trouve…

      [Le mème suprême de la dialectique athée, celui-là, en effet. — Ysengrimus]

      • Magellan said

        Une invention subjective, comme le Horla.

        [Plus précisément, une invention inter-subjective, comme les nouilles. Sauf que les nouilles existent matériellement. Dieu non. Il est immatériel ET inexistant. Une idée. Un mythe fondateur. Une légende organisatrice ayant fait son temps… — Ysengrimus]

      • PanoPanoramique said

        La religion te survivra, Ysengrimus.

        [Oui, oui. Probablement d’un petit siècle, peut-être mème deux. Mais c’est quoi deux siècles devant des dizaines de millénaires d’histoire? C’est le bout de la route, pour ce cadre de représentations intellectuelles vermoulu… — Ysengrimus]

  9. Camarade said

    Fort bien articulé. Cela dit, je crois que la pléthore de dieux grecs reste supérieure au monothéisme, car les dieux grecs sont soumis au destin et le savent alors que le supposé dieu unique suprême ignore totalement, dans sa prétention monstrueuse, qu’il est lui aussi soumis au destin plus grand lui-même que le cosmos.

    [Ils sont inférieurs abstractivement comme théologie mais incontestablement supérieurs symboliquement comme mythologie. C’est quand on les approche en athées que les dieux grecs prennent tout leur sel. Tandis que le dieu du monothéisme, approché en athée: une grosse bulle translucide et vide, métaphoriquement et symboliquement inerte. — Ysengrimus]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s