Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Logique dialectique de la bisexualité

Posted by Ysengrimus sur 7 juillet 2015

Le drapeau bi d'une femme bisexuelle: j'aime les filles, je ne suis pas mélangée, j'aime les garçons

Le drapeau bi d’une femme bisexuelle: j’aime les fille, je ne suis pas mélangée, j’aime les garçons.

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Entendons nous d’abord sur le fait universel que l’orientation sexuelle n’est pas un choix. C’est une détermination qui s’impose à nous comme une force objective. De ce point de vue, le terme orientation est malheureux si on le décode comme «orientation-option-choix» mais heureux si on le décode comme «orientation-tendance-force». Avoir des (petites) tendances était d’ailleurs la tournure utilisée ironiquement dans mon enfance en parlant de quelqu’un qui manifestait une propension bisexuelle, ouvertement affichée ou non. La formulation était cruellement «tendancieuses» en ce sens qu’elle s’appuyait bien tranquillement sur les assises discriminatoires du temps. Mais son principe descriptif reste fondamentalement correct. L’orientation sexuelle est une tendance. Comme la rivière tend vers l’aval et le gland tend vers devenir un chêne, la solide dimension socio-historicisée de l’orientation sexuelle ne l’empêche pas, au contraire, de s’imprégner en nous comme la plus cruciale et inéluctable des fatalités.

Pour camper le modeste exercice logico-dialectique auquel je vous convie ici, rien de mieux qu’une petite description de la symbolique du drapeau étendard de la bisexualité. La bande rose symbolise l’attraction pour une personne du même sexe, la bande bleue symbolise l’attraction pour une personne de sexe opposé, la bande mauve, intermédiaire, symbolise l’attraction pour un sexe ou l’autre, sans distinction, sans exclusivité, et sans confusion du corps ou de l’esprit. Le tout fonctionne comme le yin et le yang, principes opposés, polarisés mais incluant dans la logique binaire l’idée qu’un peu du yin se retrouve dans le yang et vice-versa et son contraire. Le drapeau étendard de la bisexualité reste symétriste tout simplement parce qu’il énonce l’équivalidité en droit de tous les possibles (certains observateurs préfèrent d’ailleurs le terme de pansexualité à celui, perçu comme encore restrictif, de bisexualité). Ce drapeau n’est en rien une prise de parti descriptive sur une éventuelle symétrie factuelle de la bisexualité. Il parle de droits plutôt que de faits. Ce point est important, comme la suite devrait le démontrer.

Voyons d’abord l’exclusivisme ou unilatéralité de l’orientation sexuelle (la NON-bisexualité). On a donc des unilatéraux hétéros et des unilatéraux homos. Ils se regardent encore passablement en chiens de faïence dans la culture contemporaine mais il faut bien insister sur le fait que de nombreuses analogies se font jour dans leur situation. On peut mentionner, faute d’un meilleur terme, leur «ardeur militante». Les hétéros doctrinaires (habituellement réactionnaires – la tradition patriarcale hétérosexiste leur servant usuellement de soliveau principiel implicite) ont tendance à mépriser les homos. Plus veule qu’avant, cette haine feutrée (jadis ouverte et flamboyante, aujourd’hui plus prudente) ne se gène pas pour jouer de minauderie et de triches biaiseuses. On dira de tel homosexuel en vue qu’il aime les (petits) garçons attendu que le discriminer sur son orientation n’est plus faisable mais le traiter, ouvertement ou implicitement, de pédophile reste encore pleinement jouable. On tirera la même ficelle pour s’en prendre à un vieil hétéro fréquentant une femme plus jeune que lui. Les tactiques d’attaque anti-homo et anti-hétéro manifestent de singulières similarités et familiarités. L’hétéro ne peut plus attaquer l’homo aussi frontalement que dans mon enfance (époque où un personnage homo, réel ou fictif, était obligatoirement stéréotypé et négatif) mais cela ne rend pas la marge d’autodéfense de l’homo plus grande ou solide. Le fond de l’affaire est que, tristement, homos et hétéros ont une chose cruciale en commun: ils N’AIMENT PAS quelque chose. Les hétéros, classiquement, n’aiment pas les personnes ambivalentes sexuellement. Homos et bis sont la cible de leurs attaques, ouvertes ou feutrées. Plus fondamentalement, mais tout aussi fatalement, les homos n’aiment pas les personnes de l’autre sexe. Les hommes gays ont de la difficulté avec la femme. Ils en font ressortir les défauts: une castratrice, une contrôlante, une manipulatrice, une égocentriste. Les lesbiennes ont de la difficulté avec l’homme. Elles en font ressortir les défauts: brutal, patriarcal, phallocrate, autoritaire, égocentriste. Les observations critiques des homos au sujet de l’homme et de la femme traditionnels manifestent de très grands mérites. Mais le conservatisme ajustable de l’hétérosexisme bien tempéré a tôt fait de traiter les hommes gays de misogynes et les lesbiennes de misandres. C’est le coup, classique mais toujours actif, de l’opprimé(e) que son oppresseur fait passer pour un oppresseur parce qu’il a osé se défendre avec des armes similaires à celle de son susdit oppresseur. Le fond douloureux de la profonde identité logique entre homos et hétéros unilatéraux est qu’ils doivent se battre pour promouvoir leur droit (exclusiviste) à NE PAS AIMER quelque chose ou quelqu’un. C’est un droit qui existe fatalement mais il reste qu’il est bien triste de devoir lever des armes militantes pour défendre un tel droit, que je ne me gênerai pas pour qualifier d’aussi légitime que passablement douloureux.

De leur côté, les bis font valoir qu’ils ne sont pas contraints par cette dynamique de lutte vu qu’eux, ils aiment tout le monde. Logiquement, tous les bis aiment les hommes, les femmes, les hommes gays et les lesbiennes. Il y a d’ailleurs gros à parier que ce soit la culture bi ou crypto-bi, encore bien peu visible, qui ait contribué à une avancée des cultures homosexuelles dans nos sociétés. Un gay-friendly c’est souvent un bi qui s’ignore ou ne se dévoile pas ou pas trop. L’histoire clarifiera un jour ces choses. Ceci dit, l’omnivalence apparente des bis est loin, très loin, d’être exempte de difficultés débouchant sur des tensions conflictuelles, même au sein de nos sociétés plus libertaires. C’est le vieux principe de la souris ayant circulé dans un labyrinthe à trois dimensions et devant s’adapter au labyrinthe à deux dimension. Le principe démonstratif fonctionne ici d’ailleurs à rebours du principe actif. Les bis (souris du labyrinthe tridimensionnel) sont pris habituellement pour argumenter avec des unilatéraux (hétéros ou homos binaristes, souris du labyrinthe bidimensionnel). La logique se polarise souvent bien vite. Les bis sont pris pour des homos par les hétéros, pour des hétéros par les homos… mais cela se joue selon des modalité légèrement distinctes. Les hétéros ne reconnaissent tout simplement pas la bisexualité. Pour eux, si tu es un(e) bi, tu es en fait un(e) homo ou un(e) crypto-homo dont le masque tombe enfin. Les homos sont plus conscient(e)s de la puissante pression des postulats hétérosexistes. Ils ont donc développé la notion de mélangé(e) (mixed up ou confused), pour décrire la bisexualité. Le bi serait un(e) homo n’ayant pas encore bien compris ou assumé la fatalité de son orientation et cédant encore sous le poids conformiste de l’hétérosexisme ambiant. Il est aussi difficile pour un(e) bi de démontrer à un(e) homo qu’il n’est pas mélangé(e) (d’où un des cris de ralliement bi: I’m not confused!) que de démontrer à un(e) hétéro qu’il ne va pas se jeter sur son fils, qu’elle ne va pas se jeter sur sa fille, sous prétexte qu’il ou elle vous annonce qu’il ou elle est bi. Cela ouvre la porte sur l’autre grand problème démonstratif rencontré par les bis. Ils doivent expliquer qu’ils ne sont pas des goinfres (greedy) sexuels, des insatiables dont l’appétit libidineux les ferait se jeter sur tout ce qui bouge myopement, indistinctement (d’où un autre des cris de ralliement bi: I’m not greedy!).

À ces problèmes démonstratifs onctueux et pesants s’ajouteront, pour les bis, des problèmes plus profonds encore, procédant de la dialectique fondamentale de la logique bisexuelle. La symétrie est toujours un fait de surface qui recouvre le fait dialectique profond et inéluctable de la dissymétrie et du torve. Sous la surface du réversible se cache toujours l’irréversible et l’équilibre est toujours une transition fondamentalement mouvante des actions ou des perceptions. Comme pour le bilinguisme ou le fait de jouer deux instruments de musique, au cœur de la multiplicité des manifestations d’actions tend à émerger une dominante. La bisexualité absolument symétrique est au mieux un slogan militant (un étendard bi, un drapeau), au pire un leurre logique. Dans les faits, on aura des bis hétérodominants et des bi homodominants. Et là oui, l’homodominance et l’hétérodominance d’un(e) bi pourra fluctuer au cours de sa vie adulte. Et ça aussi, c’est un droit fondamental. Le droit au changement, au flux dialectique des polarités au sein de l’enceinte bi. Le droit de ne pas se faire dire avec condescendance: c’est juste une phase

Se mettra en place finalement la crise au sein de laquelle, fatalement, les hétéros et les homos tendent de nos jours à se rejoindre contre les bis: la crise de la monogamie. Avec le mariage pour tous, droit fondamental sans équivoque, les homos parachèvent la démonstration de leur volonté et de leur aptitude à se lancer dans le beau risque sociologiquement banalisé de l’exercice monogame, avec son concert de jalousies, d’exclusivisme et de fidélités profondes, dans ce qu’elle ont de lourdingues mais de belles aussi. Par principe définitoire, les bis ne sauraient suivre les unilatéraux (homos et hétéros) sur cette voie de la monogamie forcée ou consentie. La bisexualité ne s’épanouira pleinement dans un dispositif matrimonial que si celui-ci rencontre des ajustements profonds de ses principes fondamentaux. À quand la prise en charge juridique de l’union libre pour tous? Heureusement que les faits n’attendent pas après les lois pour fleurir, dans leur complexité rhizomatique! Ils existent, ces couples bis, homodominants ou hétérodominants, qui, dans le sain et serein respect libertaire et en l’absence de toute jalousie, assument leur droit à la multiplicité de l’amour, même au sein d’un dispositif matrimonial qui, fatalement, ne peut être autre chose qu’ouvert (open, pour reprendre le mot consacré). Sauf que tout ça, ça ne se fait pas sans heurts émotionnels de multiples natures…

Some sort of flag

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Je m’en voudrais, pour bien faire sentir que je n’ai fait ici qu’effleurer la logique dialectique de la problématique bi, de ne pas faire parler la poétesse lesbienne Corinne LeVayer. Voici un de ses textes touchant ouvertement la question bi. Il nous rappelle que, comme toujours, le simple est dans le complexe, le complexe dans le simple, et que rien n’est dit tant qu’il reste des choses à dire…

Le paradoxe bi, dans la version de Coralie

Belle comme la nuit,
La superbe Coralie
Est bi.
Ça devrait lui plaire
Mais ça l’ennuie.

Trognonne comme un cœur,
Coralie cherche l’âme sœur.
Mais bi,
Il lui en faudrait deux.
Ça lui freine ses ardeurs.

Car, un peu exclusive,
Elle veut aimer les deux
Mais sans
Que les deux ne s’aiment entre eux.
Le cas est hasardeux.

Les passades fugitives
Sont donc le lot de Coralie.
Courant
Ses deux lièvres à la fois,
Elle vit le paradoxe bi.

La mort de la monogamie
C’est une tragicomédie
Bien bi.
La combinatoire au dessus de deux,
C’est vraiment pas facile, merci.

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tiré de Corinne LeVayer (2012), Gouines coquines de ce monde, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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36 Réponses to “Logique dialectique de la bisexualité”

  1. Tourelou said

    Les humains aiment tant se poser des pièges de conformité et de justification. N’est-ce pas là les causes de toutes nos guerres? Y a pas que le Coca Cola qui est the «real thing».

    [Soyons ce que nous sommes et cessons effectivement de nous tirer dans les pattes. – Ysengrimus]

    • Catoito said

      Je n’ai ABSOLUMENT JAMAIS vu une telle concentration d’idées à la fois originales et indubitables sur cette vaste question. Reprenons le raisonnement logique. Les homos et les hétéros exclusifs (qu’on opposa tant jadis) se ressemblent, en fait, bien plus entre eux que les bis, attendu que les exclusifs (homo ou hétéro unilatéral) défendent un droit légitime à ne pas aimer une portion de la population sexuée, alors que les bis aiment tout le monde. Les bis doivent donc constamment exiger qu’on cesse de les prendre pour des crypto-homos, des crypto-hétéros ou, encore pire, des «mélangés, confus, instables» (et ce, même si leur dominante d’orientation varie au cours de leur vie). Ils exigent aussi qu’on cesse de minimiser cyniquement leur état en les présentant comme des sex addicts qui sauteraient, comme aveuglément, sur tout ce qui bouge. De nos jours, depuis que les homos se marient (et revendiquent légitimement qu’on cesse une bonne fois de les faire passer pour des promiscuitaires), il n’y a plus que les bis pour représenter la vraie, radicale et irréversible subversion de la monogamie conventionnelle, attendu qu’un(e) bi empiriquement épanoui(e) ne peut pas, par définition principielle et fatale, avoir un partenaire unique. Je tiens la dialectique?

      [Impeccable, Catoito. Tu es le prince de la synthèse (antithèse-thèse). – Ysengrimus]

  2. J’ai dans mes connaissances un camarade, ou une camarade, garçon originairement, mais qui est tellement amoureux de plusieurs filles qu’il a entamé une démarche pour devenir fille lui-même : afin de mieux les aimer, me dit-il. Voici donc un hétéro trans homo vers le sexe opposé. Ses parents sont désespérés, ce qui ne lui facilite pas la vie ; et sa soeur lui rugit dessus dès qu’il fait mine de s’approcher de la penderie de mademoiselle. En plus il est militant de gauche radicale. Heureusement que la mairie n’a pas viré au Front National (parti politique français antirépublicain, kaki dehors caca dedans, très en vogue en ce moment dans nos médias), sa vie deviendrait un peu torride.

    [Il a toute ma solidarité. – Ysengrimus]

  3. Personnellement, je suis hétéro. Par contre cela ne m’a jamais causé de problème. C’est pourquoi ma curiosité m’a fait lire l’article jusqu’au bout. Évidemment, j’ai ri à plusieurs reprises pour finalement me rendre compte que j’aime plusieurs choses qui m’entourent et que les seules choses que je déteste au plus haut point, ce sont les brocolis. Pour le reste je m’en fiche complètement.

    Cet article m’a beaucoup apporté. Il m’a fait comprendre à quel point certains veulent se faire reconnaître à tout prix par leur entourage. Cela semble la principale «tendance» actuellement. C’est assez tordant. 🙂

    André Lefebvre

    [La bisexualité est moins une affaire de «reconnaissez-moi» que de «Fichez-moi la paix. Je suis ce que je suis». C’est peut-être «tordant» par moments, mais il y a beaucoup de tristesse là-dedans aussi. – Ysengrimus]

  4. Ynrouf said

    Je constate que le sujet anime surtout les intellectuels, ils provoquent ceux qui ne le sont pas et qui ne comprennent rien au sens réel de la vie. Alors comme je suis un bourru, j’y vais de mon crayon pour parler de la nature du sexe!

    Le genre humain est hermaphrodite et il est constitué de huit milliard de cellules (tient ça me dis quelque chose!) et ces cellules sont sexuées pour la bonne cause et oui il faut bien régénérer le phénomène cellulaire pour que ce brave bonhomme puisse continuer à vivre. Sans lui nous sommes mal! Et puis voilà t’y pas que les cellules intellectuelles veulent prendre le pouvoir pour imposer à ce brave homme de changer sa nature. Elles vont se référer à la constitution des droits de la cellule, qui stipulent le droit au non sens du sexe et que la vie perdurera pareillement!

    Depuis quelques temps nous pouvons constater que notre charpente hermaphrodite à des convulsions et possède des métastases de cellules mortes qui nous démontrent bien, que cet homme n’est pas en bonne santé. Alors si par hasard un intello très instruit et qui sait tout, connaîtrait un bon docteur! Il serait judicieux qu’il vienne consulter notre porteur de vie, avant d’assister à son chevet!

    • Mura said

      Comme la rivière tend vers l’aval et le gland tend vers devenir un chêne, la solide dimension socio-historicisée de l’orientation sexuelle ne l’empêche pas, au contraire, de s’imprégner en nous comme la plus cruciale et inéluctable des fatalités.

      Lisez l’article, un petit peu. Y a pas que la «biologie» dans tout ça. Y a aussi le sociohistorique.

      [Je seconde. – Ysengrimus]

  5. André Lefuneste said

    Je suis bisexuelle et j’adore enculer autant les femmes que les hommes et même les vieux et les enfants.

    [Raccourci aussi grossier que typique. Exemplification du rapprochement fallacieux homosexualité/pédophilie: Alain Soral se défendant d’une diffamation aussi insidieuse qu’évidente (notamment entre 3:50 et 12:15). – Ysengrimus]

  6. Sophie Sulphure said

    Vraiment très intéressant, cette corrélation avec une éventuelle goinfrerie sexuelle… Pour s’occulter le phénomène, notamment dans sa dimension émotionnelle, on le fait passer pour une sorte de boulimie lubrique. Incroyablement insidieux. Réponse des bis (comme nous l’explique si bien Ysengrimus):

    bi-not-greedy

    Donc, oui, je suis bisexuel(le). Ça vaut pas dire automatiquement que je saute n’importe qui aussitôt que je les aperçois…

    • Eric said

      …et merde alors, moi qui voulais que tu me saute dessus!

      Alors je t’encule et te livre à la police car tu aime enculer des enfants, heureusement que tu reste loins.

      [C’est toi qui reste loin, Eric. Fort heureusement d’ailleurs… — Ysengrimus]

  7. Sally Vermont said

    L’exposé logique d’Ysengrimus est tout simplement magistral:

    bi-description-1

    Bi-description-2

    [Dans le mille, Sally. – Ysengrimus]

    • Caravelle said

      En m’excusant encore une fois… mais si vous pouviez traduire…

      • Ysengrimus said

        Premier panneau de Sally: Je ne suis pas mélangée. Je ne suis pas en train de traverser une phase. Je ne suis pas en train d’expérimenter. Je ne suis pas mi-homo mi-hétéro. Je ne suis pas une goinfre ou une menteuse. Je n’ai certainement pas besoin de clarifier ma position. Ceci pour moi est une certitude: je suis bisexuelle. [Traduction au féminin. Noter que l’original anglais est neutre et s’applique donc à un énonciateur homme ou femme]

        Second panneau de Sally: Bisexualité: l’attirance pour un genre similaire au nôtre ou pour un genre différent du nôtre. L’attirance envers deux genres ou plus. Pas toujours au même degré, pas toujours avec la même intensité, pas toujours exactement de la même façon, ou avec une appréciation identique des même traits… mais toujours d’une manière fondamentalement fluide, assouvissante et valide.

      • Caravelle said

        Grand merci, Sally et Ysengrimus.

  8. Bonjour à tous et à toutes! Ma modeste position sur la question:

    [Très intéressant, Cordélia. Merci de cette belle contribution. – Ysengrimus]

  9. Du coup, je viens pour commenter moi-même…

    Une partie me gêne, celle sur la monogamie « Par principe définitoire, les bis ne sauraient suivre les unilatéraux (homos et hétéros) sur cette voie de la monogamie forcée ou consentie. La bisexualité ne s’épanouira pleinement dans un dispositif matrimonial que si celui-ci rencontre des ajustements profonds de ses principes fondamentaux. »

    Bah, c’est faux dans les faits. Je connais des bis totalement monogames et bien incapables de s’épanouir pleinement dans plusieurs relations amoureuses en même temps, voire même incapables d’aimer plusieurs personnes en même temps. A contrario, je connais également des polyamoureux/euses hétéro ET homo. Une femme avec deux petits amis par exemple, mais les deux séparément. Ou un homme avec trois petits amis, tous des hommes. Ou bien un homme avec deux petites amies ayant chacune deux petits amis. Bref la question monogamie/polyamour (on évitera le terme polygamie qui est historiquement connoté) n’est pas une question bisexuelle. Évidemment, le désir pour des personnes de genres différents peut amener à se poser cette question, mais quid les autres?

    Tout ce paragraphe offre un point de vue intéressant, mais qui ne saurait être posé comme une généralité comme vous le faites.
    Bonne journée

    [Réponse respectueuse (qui ne minimise en rien votre analyse): Ce que vous dites ici (et dans votre vidéo) de la transgression du couple monogame (y a pas que les bis qui batifolent – observation hautement valide) continue de postuler ledit couple monogame comme valeur. Empiriquement, le polyamour n’est pas une problématique exclusivement bi. C’est indubitable. Ceci dit, la bisexualité, pricipiellement (pas empiriquement ou comportementalement mais comme catégorie fondamentale, si j’ose dire), porte en elle la nécessité impérieuse d’un sabord de la maritalité monogame dans sa durée et/ou son déploiement. Des triades, des formules ouvertes devront émerger, c’est fatal. Le ou la bi peuvent pas se contenter d’être des bis «virtuels» ou «fantasmatiques». D’autres ententes maritales vont devoir se formuler, se formulent déjà, en fait. Et le tout va radicalement gagner en complexité. Ce que vous dites sereinement de la multiplicité des genres, j’ose le dire, selon une logique analogue, de la crise de la maritalité. Elle va devoir elle aussi ouvrir son «parapluie». L’adultère bourgeois obtenait cette variation en trichant son propre programme. La bisexualité ne peut que réclamer ladite variation, ouvertement et sereinement. Son inscription dans les faits historiques concrets en dépend crucialement. – Ysengrimus]

    • Line Kalinine said

      Je suis avec Ysengrimus contre Mademoiselle Cordélia (dont j’aime beaucoup le blogue et la vidéo, d’autre part), sur ceci. C’est une simple question de logique (cf titre du billet) et de cohérence. Tu ne peux pas avoir l’ouverture infinie à la variation des genres de la Gay Pride Parade la plus éclairée au monde et rester cerné(e) avec la formule matrimoniale du mariage monogame éternel de nos villages de campagnes d’autrefois. Et une seule syllabe force puissamment cette remise en question du matrimonial vieux genre (remise en question à laquelle les gais viennent du reste de renoncer, ce qui est leur droit le plus strict): la syllabe BI. Elle ouvre vers le TROIS, le QUATRE, le PLUS. Le couple traditionnel est en crise avec ceci et là, ce n’est plus marginal (comme avec l’adultère) mais radical, essentiel.

      Ce n’est pas une affaire marginale, accidentelle, adultérine… c’est une affaire de logique fondamentale. La reconnaissance vraie et concrète de la bisexualité active et ouverte va obligatoirement faire revenir la vieille idée oubliée de MARIAGE OPEN. Je ne vois pas comment les choses pourraient se développer autrement, sans une perte de cohérence majeure et un maintient cruel et injuste de la marginalisation BI.

      • Gudule said

        Sur ce point, bravo au petit poème de Corinne LeVayer qui nous fait sentir fugitivement les problèmes humains et émotionnels que cela va faire affleurer.

        [Je seconde. – Ysengrimus]

  10. PanoPanoramique said

    Attention, pour détendre l’atmosphère puisque ces dames ont introduit le mariage bourgeois et ses dérives adultérines, une suite de jeux de mots fins qu’Ysengrimus va certainement me pardonner.

    Moule-coque

    • Ysengrimus said

      Honnêtement, j’ai ri. Les calembours sont multiples, fins. Le ton est léger, spirituel. Ceci dit, PanoPanoramique, je reste obligé de te coller ici un tonitruant:

      hors-sujet

      • Caravelle said

        Ceci est une discussion sérieuse. Autrement dit, monsieur Panoramique: ne vous en mêlez pas…

      • PanoPanoramique said

        Mais elles sont ensemble sur un lit. Ce sont peut-être deux femmes mariées crypto-bisexuelles.

        [PanoPanoramique, arrête. Au début, c’est charmant. Ensuite, c’est pesant… – Ysengrimus]

  11. Fridolin said

    Un autre facteur important c’est celui du outing des bis. Ysengrimus n’en parle pas dans sa «Logique». Mademoiselle Cordélia nous donne, dans sa vidéo, des chiffres indicatifs. Seulement 33% des femmes bis et 13% des hommes bis se déclarent bis à leur entourage… Évidemment, selon la logique d’Ysengrimus, il faudrait que la statistique fournisse les hommes et les femmes officiellement-hétéros-et-crypto-bis et ceux et celles officiellement-homos-et-crypto-bis. Bon… euh… même si les deux communautés exercent leur forme de résistance aux bis (perçus comme des traitres, des trublions, des déviants, des hors-normes etc), on peut quand même oser envisager (quoique la donnée manque) que les principaux crypto-bis sont des hétéros officiels ayant un side-line homo secret. Du bon confort bourgeois compartimenté dans les deux sens et du bien mauvais militantisme, du moins je le suppose.

    [Tout ça est non-étayé mais fort plausible, Fridolin. – Ysengrimus]

  12. Caracalla said

    Moi je vous propose la logique du trio sexuel (ce que les anglophones appellent un peu bêtement ménage à trois):

    Si on a trois partenaires sexuels et que des facteurs artificiels extérieurs restreignant ou altérant la consensualité intime ne jouent pas (donc: pas de prostitution, pas de pornographie industrielle, pas d’intoxication excessive, pas de viol), il y a possiblement au moins deux des partenaires de ce trio qui sont bisexuels… ou sinon, ce sont trois homosexuel(le)s. Ça colle?

    Triade-1

    Triade-2

    [Ça me semble parfaitement implacable et digne d’une réflexion sérieuse, Caracalla. – Ysengrimus]

  13. Vanessa Jodoin said

    La peintre et photographe Nancy Mueller a transgressé la terrible Logique du Trio de Caracalla…

    menage-a-trois-peppers-iv-nancy-mueller

    [Excellent, Vanessa. Piquant, même… – Ysengrimus]

  14. Piko said

    Et c’est parti, le boom des interconnections logiques…

    Polyamory

    [Ben oui, mon petit Piko. faut entrer dans le siècle, une bonne fois… – Ysengrimus]

  15. LaVacheEnragée said

    J’ai toujours pensé que la notion clé en ce qui concerne la bisexualité est celle de la possibilité ou la potentialité. En tant que bisexuelle, il m’est possible d’être attirée par des personnes de multiples genres, ce qui ne veut pas nécessairement dire que je serais attirée par plusieurs personnes simultanément. Je ne renonce pas à ma bisexualité profonde et intégrale en choisissant une relation monogame. Il reste toujours que, fondamentalement, je suis quelqu’un pour qui le genre n’est pas un critère en ce qui concerne l’attirance sexuelle ou amoureuse.

    • Agathe Davray said

      Pour moi c’est exactement la même chose!

      Et puis, il faut avoir des occasions aussi… Et comme on n’aime pas forcément les deux sexes de la même manière, on peut avoir des critères différents et être plus exigeant avec un sexe qu’avec l’autre, cela peut expliquer une hetero-dominance ou homo-dominance extrême! Le tout est dans la possibilité, décidément.

      [Je seconde. – Ysengrimus]

  16. LaVacheEnragée said

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