Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Jésus dans le Coran II: la vie et la «mort» d’Îsâ Ibn Maryam

Posted by Ysengrimus sur 5 avril 2015

oiseau dans les mains

Les musulmans surnomment le prophète Îsâ Ibn Maryam (Jésus fils de Marie), le messie. Je vais donc préférer ici ce terme à l’hellénisant christ («oint» en grec) qui n’a pas de statut dans le texte coranique. J’ai déjà évoqué la naissance du fils de Marie, selon l’Islam. Dans l’esprit des pâques, je veux me concentrer ici sur la vie et la «mort» du messie, dans le Coran. On sait déjà (si on a lu le texte Jésus dans le Coran I) que Jésus n’est pas dieu, qu’il n’est pas le fils de dieu et qu’il ne fait pas partie d’une trinité, divine ou autre, attendu que dieu est unique. Voyons maintenant ce que Jésus fait effectivement de ses journées, ce qui ne sera pas grand-chose, en fait, car le Coran parle l’un dans l’autre assez peu de ce prophète, pourtant donné comme majeur.

Jésus (Îsâ), ou Jésus, fils de Marie, (Îsâ Ibn Maryam) est l’avant-dernier prophète de l’Islam. Comme tel, il annonce, ouvertement et explicitement, la venue du dernier prophète, le Saint Prophète Mahomet.

Jésus, fils de Marie, dit:
«Ô fils d’Israël!
Je suis, en vérité le Prophète de Dieu
envoyé vers vous
pour confirmer ce qui, de la Tora, existait avant moi;
pour vous annoncer la bonne nouvelle
d’un Prophète qui viendra après moi
et dont le nom sera ‘Ahmad».
 
Mais lorsque celui-ci vint à eux
Avec des preuves incontestables,
ils dirent:
«Voilà une sorcellerie évidente!»

(Le Coran, Sourate 61, Le rang, verset 6, traduction D. Masson)

La fameuse bonne nouvelle messianique c’est donc, d’abord et avant tout, la venue, future et triomphale, de Mahomet. Jésus est donc lui-même un prophète majeur qui vient rectifier la Tora et annoncer l’Islam. Le détail explicite de sa quête n’est pas toujours clairement fourni mais on discerne assez nettement que Jésus est aussi, de fait, un humain ordinaire. Si quelque chose le caractérise nettement, dans sa mission messianique, c’est le fait qu’on ne tient pas trop compte de son message prophétique quand il le prêche et qu’on se détourne fort abruptement de lui. Pour tout dire, Jésus parle un peu dans le vide et cela fait indubitablement monter l’ire divine.

Lorsque le fils de Marie leur est proposé en exemple,
ton peuple s’en détourne;
ils disent:
«Nos divinités ne sont-elles pas meilleures que lui?»

Ils ne t’ont proposé cet exemple que pour discuter.
Ce sont des amateurs de disputes.
 
Lui n’était qu’un serviteur
auquel nous avions accordé notre grâce
et nous l’avons proposé en exemple aux fils d’Israël.

Si nous l’avions voulu,
nous aurions fait, d’une partie d’entre vous,
des anges,
Et ils vous remplaceraient sur la terre.

Jésus est, en vérité, l’annonce de l’Heure.
N’en doutez pas et suivez-moi.
Voilà un chemin droit!

Que le Démon ne vous écarte pas.
Il est votre ennemi déclaré.
 
Lorsque Jésus est venu avec des preuves manifestes,
il dit:
«Je suis venu à vous avec la Sagesse
pour vous exposer une partie des questions
sur lesquelles vous n’êtes pas d’accord.
Craignez Dieu et obéissez-moi!

Dieu est, en vérité,
mon Seigneur et votre Seigneur.
Adorez-le!
Voilà un chemin droit!»

(Le Coran, Sourate 43, L’ornement, versets 57 à 64, traduction D. Masson)

L’indifférence humaine face aux prophéties messianiques pousse dieu (dont le Coran cite les paroles) à faire rouler le bon vieux thème de l’éradication de la race humaine et de son remplacement par des anges. Et, l’un dans l’autre, quoi qu’il en soit des heurs et des malheurs de son prêche sur terre, Jésus porte en fait un message à la fois rectificateur (pour vous exposer une partie des questions sur lesquelles vous n’êtes pas d’accord) et annonciateur. Disert comme pas un, parlant en verbe depuis la petite enfance, Jésus est aussi crucialement dépositaire d’un texte révélé: l’évangile. L’évangile ici n’est pas le récit ex post des aventures et mésaventures du messie en ce bas monde mais bien le texte sacré qu’il détient par avance, dont il est le messager, et qu’il est chargé, par dieu, de révéler.

Nous avons envoyé, à la suite des prophètes,
Jésus, fils de Marie,
pour confirmer ce qui était avant lui, de la Tora.

Nous lui avons donné l’Évangile
où se trouvent une Direction et une Lumière,
pour confirmer ce qui était avant lui de la Tora:
une Direction et un Avertissement
destinés à ceux qui craignent Dieu.
 
Que les gens de l’Évangile jugent les hommes
d’après ce que Dieu y a révélé.
Les pervers sont ceux qui ne jugent pas les hommes
D’après ce que Dieu a révélé.
Nous t’avons révélé le Livre et la Vérité,
pour confirmer ce qui existait du Livre, avant lui,
en le préservant de toute altération.

(Le Coran, Sourate 5, La table servie, versets 46 à 48, traduction D. Masson)

Jésus est donc chargé de rectifier le texte sacré qui lui est antérieur. C’est l’essence de sa mission. Elle est communicative et textuelle, avant tout. On voit bien qu’en réalité ce que la Coran fait, c’est qu’il mahométise l’avant-dernier prophète de l’Islam (comme il tend d’ailleurs à le faire, dans une certaine mesure, avec tous les autres prophètes, en fait). Cela se joue au prix d’une étrange distorsion de ce que peut être ou ne pas être l’évangile (pas les évangiles, hein, car, dans la présentation coranique, il n’y qu’un évangile et c’est une sorte de proto-Coran que prêche Jésus). Dans la même dynamique, les gens de l’Évangile, ce sont ceux qui ont fini par adhérer à la parole enseignée par le messie. Ils sont peu nombreux (ce sont surtout les apôtres, en fait) car le prêche messianique est donné comme, à toutes fins pratiques, raté. Même ouvertement islamisé de cette manière, Jésus va garder malgré tout un certain nombre de ses solides traits légendaires antérieurs. Ainsi, par exemple, il dispose très ouvertement d’aptitudes magiques. Fortifié par l’Esprit de sainteté, il a l’autorisation de dieu pour faire du hocus-pocus en masse, et il y va à fond.

Dieu dit :
«Ô Jésus fils de Marie!
Rappelle-toi mes bienfaits à ton égard
et à l’égard de ta mère.
Je t’ai fortifié par l’Esprit de sainteté.
Dès le berceau, tu parlais aux hommes
Comme un vieillard».

Je t’ai enseigné le Livre, la Sagesse,
La Tora et l’Évangile.

Tu crées, de terre, une forme d’oiseau
—avec ma permission—
Tu souffles en elle, et elle est: oiseau
—avec ma permission—

Tu guéris le muet et le lépreux
—avec ma permission—
Tu ressuscites les morts,
—avec ma permission—

J’ai éloigné de toi les fils d’Israël.
Quand tu es venu à eux avec des preuves irréfutables,
ceux d’entre eux qui étaient incrédules dirent:
«Ce n’est évidemment que de la magie!»

J’ai révélé aux Apôtres:
«Croyez en moi et en mon Prophète».

Ils dirent:
«Nous croyons!
Atteste que nous sommes soumis».

Les Apôtres dirent:
«Ô Jésus, fils de Marie!
Ton Seigneur peut-il, du ciel,
faire descendre sur nous une Table servie?»

Il dit:
«Craignez Dieu, si vous êtes croyants!»

Ils dirent:
«Nous voulons en manger
et que nos cœurs soient rassurés;
nous voulons être sûrs que tu nous a dit la vérité,
et nous trouver parmi les témoins».

Jésus, fils de Marie, dit:
«Ô Dieu, notre Seigneur!
Du ciel, fais descendre sur nous
une Table servie!

Ce sera pour nous une fête,
—pour le premier et pour le dernier d’entre nous—
et un Signe venu de toi.

Pourvois-nous des choses nécessaires à la vie;
Tu es le meilleur des dispensateurs de tous les biens».

Dieu dit:
«Moi, en vérité, je la fais descendre sur vous,
et moi, en vérité, je châtierai d’un châtiment
dont je n’ai encore châtié personne dans l’univers
celui d’entre vous qui restera incrédule après cela».

Dieu dit:
«Ô Jésus, fils de Marie!
Est-ce toi qui a dit aux hommes 
«Prenez, moi et ma mère, pour deux divinités,
en dessous de Dieu?»

Jésus dit:
«Gloire à toi!
Il ne m’appartient pas de déclarer
Ce que je n’ai pas le droit de dire.

Tu l’aurais su, si je l’avais dit.
Tu sais ce qui est en moi,
Et je ne sais ce qui est en toi.
Toi, en vérité, tu connais parfaitement
Les mystères incommunicables.

Je ne leur ai dit
que ce que tu m’as ordonné de dire:
«Adorez Dieu,
mon seigneur et votre seigneur!»

J’ai été contre eux un témoin,
Aussi longtemps que je suis resté avec eux,
et quand tu m’as rappelé auprès de toi,
C’est toi qui les observais,
Car tu es témoin de toute chose.
 
Si tu les châties…
Ils sont vraiment tes serviteurs.
 
Si tu leur pardonnes…
Tu es, en vérité, le Puissant, le Juste».

(Le Coran, Sourate 5, La Table servie, versets 110 à 118, traduction D. Masson)

Repris un certain nombre de fois au fil des sourates, l’épisode de l’oiseau tirée de la boue et amené à la vie par Jésus provient d’un ensemble d’évangiles apocryphes ayant amplement circulé dans le nord de l’Afrique, notamment en Éthiopie. Pour ce qui est de la Table servie (qui a donné son titre à la sourate V), elle est une astucieuse version miraculée et sublimée de la Cène qui permet de gommer tous les facteurs pratiques annonciateurs de la passion en recentrant le propos sur ce repas miraculeux que dieu, toujours bien contrarié par tout ce manque de foi, fait descendre du ciel pour démontrer sa puissance aux seuls vrais disciples ayant suivi le messie, tout en ne prenant pas Jésus ou Marie pour des divinités: les apôtres. Cependant, il n’y aura pas de mise à table effective, pas de reniement de Pierre, pas d’annonce de la trahison de Judas. Et pour cause… une rectification cultuelle majeure se met ici spectaculairement en place. C’est tout simplement que, selon le Coran, Jésus n’a pas été crucifié et n’est pas ressuscité après supplice, ledit supplice n’ayant tout simplement pas eu lieu. On laisse plutôt entendre que dieu a solennellement rappelé Jésus auprès de lui, comme c’est le cas, par exemple, du prophète Isaïe dans l’ancien testament. Toute la séquence pascale de la quête du messie est une sorte de vaste entourloupette, aux yeux de la tradition coranique. Cette entourloupette, elle aussi, ne manqua pas de déclencher l’ire punitive de dieu:

Nous les avons punis
parce qu’ils n’ont pas cru,
parce qu’ils ont proféré
Une horrible calomnie contre Marie
et parce qu’ils ont dit:
« Oui, nous avons tué le Messie,
Jésus, fils de Marie,
Le Prophète de Dieu».

Mais ils ne l’ont pas tué;
Ils ne l’ont pas crucifié,
Cela leur est seulement apparu ainsi.

Ceux qui sont en désaccord à son sujet
restent dans le doute;
ils n’ont pas une connaissance certaine;
ils ne suivent qu’une conjecture;
ils ne l’ont certainement pas tué,
mais Dieu l’a élevé vers lui:
Dieu est puissant et juste.
 
Il n’y a personne parmi les gens du Livre,
Qui ne croie en lui avant sa mort
et il sera un témoin contre eux
le Jour de la Résurrection.

(Le Coran, Sourate 4, Les femmes, versets 156 à 159, traduction D. Masson)

On nous rappelle fermement qu’il n’y a qu’une seule et unique résurrection dans le calcul, celle qui concernera tout le monde et les autres quand les temps seront révolus. On nous signale aussi, tout aussi fermement, que les gens du Livre (les monothéistes abrahamiques juifs et chrétiens, associés au message de la Bible mais mal avisés dans leurs croyances gauchies) auront Jésus en personne qui plaidera ou témoignera contre eux, au jugement dernier. Pour le reste de la passion ou de la non-passion, c’est le flou artistique (Cela leur est seulement apparu ainsi…). Et le torrent des interprétations fluctuantes n’arrange rien. Le choix qui ressort le plus nettement de la documentation exégétique coranique sur cette question de la passion c’est celui voulant que, comme aussi dans certains évangiles apocryphes, le messie ait été remplacé par un sosie (éventuellement rendu identique au messie par dieu), genre Simon de Cyrène ou autre, qui aurait été supplicié à sa place. Je vous épargne les différentes versions —toutes spéculées hors-Coran— du faux supplice du messie, plus tocs les unes que les autres. Le tout est digne d’une véritable intrigue policière à tiroirs.

Le texte coranique obéit ici à deux priorités majeures. La première c’est celle de continuer de dédiviniser le messie. Il faut éviter qu’il ressuscite comme dans le canon chrétien. Notons que ce problème là serait en fait «théologiquement» (si vous me passez le mot) soluble. Il suffisait d’une autorisation de plus d’Allah et l’affaire passait, sous couvert d’omnipotence divine et de soumission absolue de ses malléables et serviles créatures, comme pour le petit oiseau de boue et la table garnie descendue du ciel. On aurait pas été à ça près. La seconde priorité coranique qui opère ici, par contre, est plus délicate car elle est moins théologique que narrativo-thématique. Le Coran voit systématiquement à éviter de placer les prophètes dans la moindre situation susceptible de flétrir leur dignité. Un supplice romain, politique, juridique, populacier, bruyant, poisseux, malpropre, sanglant, longuet, tout ça ternit et brouillonne l’image prophétique et n’est pas recevable en Islam. On est, encore et toujours, dans ce rigorisme hagiographique si typique des textes musulmans. La chute du récit messianique s’ensuit logiquement: pas de crucifixion, pas de résurrection, pas de propos tenus sur une mort éventuellement naturelle de Jésus, élévation isaïquesque au ciel, ça vient de s’éteindre. L’hagiographe coranique unificateur est un champion du ballet d’esquive.

C’est une différence radicale des dispositifs fondamentaux de représentations entre Christianisme et Islam qui affleure ici. Le Christianisme est la religion geignarde et rampante de la victime des institutions humaines (romaines) faisant l’objet d’une rédemption divine dans la chair. L’Islam est la religion triomphante et jubilante de la graduelle mais inexorable victoire théocratique (arabe) de la parole révélée et de sa ribambelle d’annonciateurs fatalement concertés. Aucun prophète de l’Islam ne pourra apparaître comme un perdant, une victime, un flagellé, un supplicié, un ensanglanté, un cadavre. Ça ne colle tout simplement pas. C’est pas dans le son, pas dans le ton, pas dans le thème et c’est donc Jésus et toute la tradition rédemptrice qu’il mythologise ailleurs qui devra s’édulcorer et prendre sa place de bon et discret séide dans la succession des anticipateurs-annonceurs de la quête de Mahomet.

Le statut de Jésus dans l’Islam est finalement particulièrement intéressant et révélateur du fait que les religions reposent sur des thématiques mythiques stables, dogmatiques (au sens essentiel de ce terme) et que tout mouvement dans ces thématiques ne se fait pas sans des distorsions majeures et un vaste chambardement de tout l’ensemble. Malléabilité légendaire et rigidité doctrinaire peuvent parfaitement co-exister, les religions le confirment magistralement. On ne dira jamais assez qu’elles sont des phénomènes intellectuels et ethnologiques intéressants, surtout à cause de leur regrettable et durable impact de masse. Il s’agit simplement, pour l’observateur athée philosophiquement interpellé par leur prégnance, de les regarder se putréfier doucement (déréliction), s’engluer ensemble sans cohérence interne (syncrétismes) ou se corroder les unes après les autres sous prétexte de se moderniser (ratiocination et courte rationalité naïve des phases réformées).  Jésus dans l’Islam est le cas d’espèce le plus captivant pour nous du tout de cette problématique du syncrétisme et du développement légendaire par grandes phases.

.
.
.

Tiré de mon ouvrage: Paul Laurendeau (2015), L’islam, et nous les athées, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

Publicités

26 Réponses to “Jésus dans le Coran II: la vie et la «mort» d’Îsâ Ibn Maryam”

  1. Caravelle said

    Pourquoi parle-t-on encore des légendes des religions?

    [Parce qu’elles perdurent. Rappelons que l’intérêt ici réside dans la confrontation mutuellement corrodante des versions légendaires. Jésus-fiction fils de dieu-fiction ou Îsâ-fiction prophète de dieu-fiction? Faites vos jeux, placez vos jetons. Et surtout ici, le culte qui arrive après l’autre (ici l’Islam mais c’est quasiment fortuit) houspille: «Dieu, être spirituel peut pas se donner un enfant matériel». Et l’autre de ne pas se laisser faire: «Dieu, être omnipotent fait bien ce qu’il veut. C’est toi qui l’a dit». Et les mystiques ès fiction de se polochonner. Mon mythe est plus fort que ton mythe… Je peux pas me priver de ce plaisir. Joie intellectuelle, oui, oui… Mais plaisir jubilatoire aussi… surtout… Mon chocolat des pâques. – Ysengrimus]

  2. Cougio said

    Si la langue parlé d’Allah comme me l’on dit si souvent des musulmans arabes est l’arabe donc la culture élue de ‘Dieu’ devrait être l’arabe donc possiblement le peuple élu de ‘Dieu’ sont les Arabes. C’est un mauvais jeux de mots certes mais qui a faire naître dans ma caboche une certaine appréhension concernant la culture arabe et sa religion principale. Pourrais-je affirmer que le judaïsme et l’islam se ressemblent dans ce qui est de justifier une certaine volonté de puissance de dominer les autres cultures. Serait-ce une des sources du nihilisme contemporain comme le fût le judaïsme et le judéo-christianisme.

    Paul, toi qui est un excellent linguiste pourrais-tu m’éclairer sur ce sujet.

    [Non, cette transposition de la doctrine du «peuple élu» ne colle pas. L’islam a en commun avec le christianisme la visée prosélyte universaliste. D’ailleurs avise toi de leur réussite en la matière expansive en gardant à l’esprit le fait que seulement 15% des musulmans sont arabes. Les autres, indonésiens, turcs, iraniens, pakistanais, afghans, indiens, africains, se démerdent comme ils peuvent avec la langue du texte sacré, ce qui ne les empêche pas d’embrasser les cinq piliers et le tout de la vision du monde musulmane. Devenir musulman est une chose toute simple, fortement non-élitiste en fait. L’un dans l’autre il suffit d’être monothéiste. Je n’invente pas ça. C’est comme ça. Ysengrimus]

    • Cougio said

      Donc l’islamisme contemporain (tout comme le sionisme et le protestantisme) ne serait-il au fond qu’une idéologie servant à justifier un ordre quel qu’il soit si cet ordre sait au moins symboliquement créer l’illusion de la sainteté dans ses intentions envers l’orthodoxie de la foi inculquée au masse par les instances idéologiques.

      [Le danger est bien plus dans cette direction là, oui. Ce sont des religions monothéistes prosélytes. Et, en effet, qui dit monothéisme révélé dit obligatoirement porte(s)-parole autoproclamé(s) du dieu unique, univoque et fictif. On se met donc à bricoler son petit discours perso conjoncturel en en faisant la parole divine. C’est la porte ouverte à tous les self-services improvisés, volontaires ou non, les sobres comme les débridés. C’est de la certitude nuisible, de plain pied. L’islam est répréhensible parce qu’il est une religion, sans plus (toutes les religions ont ce travers). La portion ethnoculturelle de la vision islamique (légendes, hagiographie, bricolage cultuel, histoire épique, symbolisme, apport civilisationnel) sont particulièrement captivants, par contre. Le Saint Prophète et les premiers califes sont des figures historico-légendaires remarquables, dont on arrive à saisir l’exaltation d’époque en prenant la mesure de l’apport fulgurant que leur doit la culture universelle. Je m’intéresse beaucoup plus aux thèmes portés par les acteurs et actrices qu’au message univoque et didactique du spectacle coranique. – Ysengrimus]

      • Pierre Lapierre said

        Pourtant on peut pas nier une influence juive sur l’Islam.

        [Absolument pas. Leurs plus importants prophètes sont Abraham, Noé et Moise. Et l’abrahamisme de l’Islam se formule comme la recherche (voulue, exprimée quoique largement fantasmée) d’un retour puriste aux sources du monothéisme moyen-oriental révélé, celui des Hébreux donc. Mais le primat rigoriste donné à Allah rend le prosélytisme musulman naturellement, comme fatalement, universaliste. Dieu se soucie aussi peu d’avoir un «peuple» que d’avoir un «fils». Il n’est ni roi, ni père. Il est, simplement. Partout et pour tous, ni plus ni moins. – Ysengrimus]

  3. Bombshell in a nutshell said

    Ysengrimus,

    Would you not say that Judaism and Islam are more rigorously monotheistic than Christianity? I don’t immediately see how Judaism could be considered less rigorously monotheistic than Christianity, though I admittedly know next to nothing. Is it because the god of the torah is “closer” in that it intervenes more in the affairs of human beings… because it is a more reactive or responsive god than that of the new testament?
    [Ne dirais-tu pas que le Judaisme et l’Islam son plus rigoureusement monothéistes que le Christianisme? Je ne vois pas tout de suite comment le Judaisme peut être considéré comme moins rigoureusement monothéiste que le Christianisme, mais j’admets ne pas y connaître grand-chose. Est-ce que ce serait que le dieu de la torah est plus «proche», en ce sens qu’il intervient plus directement dans les affaires des êtres humains, parce qu’il est un dieu plus impulsif et réactif que celui du nouveau testament?]

    [All this is about the abstraction of the category of god. In the torah, god is indeed a Sarkozy supreme, being everywhere, kicking every butts. He is anthropomorphic to the top. In christianity, the god breaks in parts, leaving the Sarkozy stuff to a «son» on earth, his blue grass spiritual presence to some «holy ghost» and abstracting itself in the sky, largely emptied. When Islam will scrap this eclectic remnant which is the holy ghost and turn the false son into a simple prophet, the abstraction of the god will culminate. Deism (Thomas Paine, Voltaire) will then just have to cut the ultimate link, the prophetic link, and the direct line towards atheism will be straight ahead. Islam, in its mythical self-promotion claims it «goes back» to the pure god of Abraham. But to occultate progress under a regressive fantasmatic rhetorics does not stop le susdit progress. Islam is the monotheist abstraction reaching it’s top, within the configuration authorised by the traditionnal abrahamic prophetic framework. Yes? (Tout ceci concerne l’abstraction de la catégorie divine. Dans la torah, dieu est effectivement le Sarkozy suprême. Il est partout, il botte des culs. Il est anthropomorphe à plein. Dans le christianisme, le dieu se lézarde en trois fractions, laissant sa dimension Sarkozy à un «fils», sa présence spirituelle au ras des mottes à un «esprit saint» et, lui, de plus en plus vide, il s’abstrait au ciel. Quand l’Islam va bazarder ce reste éclectique qu’est l’esprit saint et convertir le faux fils en un simple prophète, l’abstraction divine culminera. Le déisme (de Voltaire et de Thomas Paine) n’aura plus qu’à sectionner le lien ultime, le lien prophétique, et la ligne directe vers l’athéisme sera droit devant. L’Islam, dans son autopromotion mythique, prétend «retourner» au dieu pur d’Abraham. Mais occulter le progrès sous le halo d’un rhétorique à fantasmatique régressive n’arrête pas pour autant le susdit progrès. L’Islam est l’abstraction monothéiste culminée au maximum dans le dispositif qu’autorise le cadre de la tradition abrahamique. Oui?) – Ysengrimus]

  4. Mura said

    Donc Jésus reste magicien et thaumaturge.

    [Oui mais avec le statut d’humain miraculé plutôt que divinisé. Seul son statut de fils de dieu et sa trajectoire de ressuscité disparaissent du corpus légendaire. On déchristianise Jésus et on le prophétise. Il est là pour annoncer Mahomet, principalement. – Ysengrimus]

    • Fridolin said

      Et l’évangile aussi se transforme, qui est apporté par le Jésus comme un Coran apporté par le Mahomet.

      [Oui, quand on dit «effet sourate», en voilà tout un exemple. C’est très cohérent à l’interne tout ça, réorganisé et placé presque comme une fiction d’auteur. Mais ça reste peu conforme à ce que seraient effectivement les évangiles canoniques et apocryphes: des relations ex post et au ras des mottes, gorgées de mythologie et de fanfreluches sapientales de la biographie du christ. – Ysengrimus]

  5. Abdul Salim said

    C’est un athée explicite et un irréligieux virulent qui parle ici mais, selon son habitude, Ysengrimus ne dit rien de faux ou d’irrespectueux sur l’Islam.

    • Sophie Sulphure said

      Et quel effet ça vous fait, Abdul?

      • Abdul Salim said

        Ça me déroute mais ça me plait. Je sens le soucis d’Ysengrimus de respecter impartialement ma culture et de la faire adéquatement connaitre à des gens qui pensent comme lui.

        Je suis un peu inquiet du fait que bien des musulmans ne comprendront pas et le prendront bien mal.

      • Sophie Sulphure said

        Mais pourquoi?

      • Abdul Salim said

        Malheureusement, pour certain musulmans, tu parles de l’Islam sans le prêcher pieusement, t’es automatiquement un islamophobe.

        [Il faut rompre avec cette mentalité là. Elle ne mène nulle part dans un monde multipolaire. Je salue ton courage, Abdul. Le seul fait que tu comprenne ma démarche ici est tout un espoir. – Ysengrimus]

      • Sophie Sulphure said

        Je seconde Ysengrimus. Bravo et merci, Abdul. Tu me réconcilies avec les musulmans. Les belles explications d’Ysengrimus aussi. C’est une autre culture finalement, une autre sensibilité.

      • Abdul Salim said

        Merci à vous tous.

  6. Tourelou said

    Ce qui me surprend toujours c’est de voir tant d’écrits proclamant la source de toutes les bontés de notre terre qui causent encore ces guerres aujourd’hui. Chez nous c’est la brosse de chocolat aujourd’hui.

    [Eh comment. Religionnaires de tous tonneaux, relisez vos textes et faites l’amour pas la guerre! Et lâchez-nous une bonne fois avec vos vérités assénées. Un excellent message des Pâques, Tourelou – Ysengrimus]

  7. Piloup said

    « Aucun prophète de l’Islam ne pourra apparaître comme un perdant, une victime, un flagellé, un supplicié, un ensanglanté, un cadavre. Ça ne colle tout simplement pas. C’est pas dans le son, pas dans le ton, pas dans le thème et c’est donc Jésus et toute la tradition rédemptrice qu’il mythologise ailleurs qui devra s’édulcorer »

    Brillant. Je n’y avait jamais pensé. La christianisme est une religion de résistants (aux romains). L’islam est une religion de conquérants. Les deux forces sont destructrices d’un ordre ancien mais selon des modes opératoires distincts qui se réverbèrent jusque dans l’organisation de leurs mythes fondateurs.

    [Dans le mille, Piloup. – Ysengrimus]

  8. Denis LeHire said

    Je comprends pas pourquoi le Coran dit que le message de christ pognait pas pantoute alors que l’Arabie était collée sur la puissante Rome chrétienne, Byzance, qui tenait alors les équivalents modernes de la Turquie, de la Syrie et de l’Égypte.

    [Excellente question, Denis. Je crois qu’il est capital pour le Coran de présenter Jésus comme un incompris, un personnage central ayant fait l’objet d’un immense lot de malentendus. C’est d’autant plus sensible pour justement faire bouffer les altérations à la ligne de ces puissants chrétiens qu’on s’apprête à introduire. Il faut detruire le polythéisme (des Arabes) et le monothéisme zoroastrien (des Perses) mais il faut islamiser le christianisme. Cette doctrine du Jésus incompris plonge ses racines dans cette concession qu’on fait justement aux Byzantins (mais pas aux Perses). OK, on prend Jésus dans notre cohorte de prophètes mais primeur: vous l’avez mal compris, idolâtré, supplicié, distordu, cousu d’or. Ceci n’est pas un indice de l’impuissance du voisin byzantin mais bien de sa puissance et de son influence, au contraire, justement. Il l’a forcée, lui, la porte du dogme coranique. Pas évident, ça… – Ysengrimus.]

  9. Cymbale said

    Un Jésus qui fait vivre des petits oiseaux. J’aime. C’est oriental, c’est poétique et c’est écolo… Comme sur la photo…

    [Les prestidigitateurs avec leurs colombes ont tout compris de nos mystiques du cœur! – Ysengrimus]

  10. Odalisque said

    « Tu guéris le muet et le lépreux
    —avec ma permission—
    Tu ressuscites les morts,
    —avec ma permission— »

    Ça c’est pour bien montrer que Jésus est pas Dieu. Qu’il fait ses miracles parce qu’Allah l’accepte bien. Non?

    [Oui, oui, Odalisque. Absolument. On sent bien ici que le texte coranique réplique à une doctrine antérieure. – Ysengrimus]

  11. Le Boulé du village said

    Entlecas c’est vrai qu’y a des affaires qu’on sait pas qui sont intéressantes à apprendre le jour de Pâques!

    Jesus-dans-le-coran

  12. le catholique-culturel said

    Moi, comme affiche, j’aime encore autant celle-ci:

    jesuslovehell

    [Je t’aime tellement que si tu ne crois pas que je suis le fils de dieu tu ira en enfer… Excellente affiche, en effet. Je la vois comme ce que le Jésus chrétien, onctueux et venimeux en même temps, dit au Jésus musulman, lui-même verbeux, hocus-pocus et vide… – Ysengrimus]

    • Brigitte B said

      Je seconde le Catholique Culturel sur ceci.

    • le catholique-culturel said

      On aura compris que j’ironisais. Je trouve, en fait, tout ceci injuste envers Jésus, homme d’amour et de paix alors que Mahomet fut un homme de haine et de guerre. Il faudrait faire taire votre islamisme anti-chrétien.

      Respectueusement.

      [Ayoye, le Jésus d’amour maintenant. Faut-il encore rappeler que Jésus et ses suppôts, on l’exemplifie justement dans ce commentaire, vous fourniront une méthode infaillible pour faire taire les objecteur athées: le faux respect, le tripotage permanent avec les élites, le mensonge feutré, la pagaille sociale organisée, le contrôle sur la racaille aveugle, la fausse sagesse humaniste, et un version opium du peuple et furtivement néo-colonialiste du vieil ethnocentrisme occidental. Le corpus chrétien n’est pas un corpus neutre, virginal ou exempt d’implicites. La tentative de rajeunissement que vous cherchez à lui insuffler par ce genre de commentaire (bien vieillotte elle même. Vatican 2 et la théologie de la libération sont morts et bien morts) n’efface pas: la papauté dictatoriale longtemps ouvertement brutale, le grande noirceur, les conquistadors, l’antisémitisme crypto-clérical (caricatural inclusivement), la brutalité inouïe des missions coloniales chrétiennes, l’Inquisition, l’autoritarisme obtus et immoral de l’église autosanctifiée de votre Jésus. Jésus, ce mythe creux, vide, stérile, c’est surtout l’héritage de Jésus, bien plus virulent. C’est celui que votre rhétorique d’amour et de paix tait justement ici. Il faut donc le rappeler. C’est une priorité critique que de démasquer ce que vous masquez. Et de dire les vérités dont vous niez les droits, monsieur le catholique culturel. – Ysengrimus]

  13. Fridolin said

    Il y a aussi celle, désormais classique, de Serge Chapleau.

    20-septembre-2012

    [Oui, Magnifique. À la fois respectueuse et ironique. On dirait un peu son autoportrait jeune, en plus. – Ysengrimus]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s