Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

LE ROI CONTUMACE (par Paul Laurendeau)

Posted by Ysengrimus sur 15 janvier 2015

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Résumé du roman (par Laurendeau et Berger): Serge-Ours Noiseux, dit Sournois, quêteux, mandoliniste de rues et versificateur automatiste du Faubourg Saint-Laurent à Montréal, Québec, Canada, est abruptement propulsé roi d’un ensemble de mondes dans la lointaine constellation de Proxima Centauri. Il se donne alors le nom officiel de Contumace 1ier. Ce petit changement d’échelle dans l’appréciation qu’il est forcé de porter sur lui-même ne laisse par le personnage tout à fait de marbre mais enfin, on a connu plus estomaqué. Tout de suite, Serge-Ours égrène commentaires et questions, tandis que le protocole s’agite autour de lui, l’inondant de gros billets de banque et de facilités multiples, entremêlées d’un peu de mondanité et d’un solide petit ensemble, ardent et imprévisible, d’opportunité amoureuses.

Ce roman inattendu nous fait faire un petit tour en touristes dans le Montréal des artistes de rues autant que dans les hautes sphères de l’autocratie sidérale décomplexée. Une problématique politico-artistique s’y esquisse. C’est qu’en compagnie du roi Contumace, on fait plus ample connaissance avec ce petit morceau de bravoure fictionnelle, qu’est la monarchie constitutionnelle. On confirme que cette dernière vide le roi de ses pouvoirs alors que son peuple le garde, pantin scintillant, gonfalon flacotant, phare pulsionnel en rythme. Sous monarchie constitutionnelle, on charrie en pleine vie publique certains des éléments les plus tragicomiques des contes de fée. Le Roi Contumace, qui écrit en Je dans un style flamboyant, goguenard et lapidaire, nous parle de son court règne et ce, en le traitant ouvertement dans l’angle délirant, l’angle barbouilleur, l’angle narcomane, l’angle dadaïste, l’angle amoral aussi, cruel, roide, arbitraire, inquiétant. Le lecteur est ici, aussi, convié à une rencontre métissante entre l’héritage du sceptre anglais et de la guillotine française (sans oublier les tempêtes de neige soviétiques, donc nordiques). Le résultat est une petite satire bouffonnement post-coloniale autant que suavement cosmologique.

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LE POUVOIR RÊVÉ (compte-rendu d’Allan Erwan Berger): Le roi Contumace fait apparaître clairement que, tout comme Woody Allen joue avec ses psys, ses femmes, ses juifs et son New York, Laurendeau lui aussi tourne et retourne autour de thèmes et de supports de thèmes qui lui sont très chers, et sur lesquels il a beaucoup à dire par théâtre interposé. Ici, il en revient au pouvoir. Adultophobie et le Cycle domanial nous avaient parlé du pouvoir absolu, et de la solitude qu’il sécrète comme un cocon nécessaire ; Le roi Contumace plante au bord de ce jardin terrible une allégorie d’avertissement : toute pulsion, jusqu’à la plus sourdement constituée, en éclatant chez le souverain, s’y répand en toute impunité, légère et sans conséquences morales automatiques car elle ne peut se confronter qu’à une seule instance d’égale puissance, qui est le souverain lui-même.

Or, s’il n’a pas de conscience, s’il n’est pas adulte, s’il s’en fout de lui-même, s’il est Napoléon le Petit, alors il n’aura jamais honte, le souverain. D’autant plus que sa honte ne pourra même pas naître du regard des autres, puisqu’iceux ne verront jamais de lui que quelques pauvres pantomimes organisées : défilé, balcon, bénédiction, agitation de la royale papatte. Qu’il soit planqué au fond de la brousse comme dans Adultophobie ou isolé d’absolument tout comme dans les palais de Contumace, le souverain ne regrettera jamais rien à cause d’autrui puisqu’autrui ne peut lui peser. C’est seulement si le souverain porte en lui-même une éthique qu’il lui sera possible, éventuellement, de s’accuser, de se défendre, de s’analyser, d’avoir enfin honte et, s’il en ressent alors le besoin, de se punir, ou de se mentir. Nulle force extérieure à lui ne saurait le contenir, et il ne connaît qu’un juge, qui est lui-même, magistral ou fantoche selon le cas.

Cependant, ce super pouvoir conféré à un quidam, ça laisse des traces dans le monde. C’est d’ailleurs organisé pour ça. Non seulement par les morts que ça sème, mais aussi dans les mots que ça touche, dans les concepts que ça transmet, et donc dans la pensée politique que ça induit rien qu’en existant en tant que source. Le souverain porte donc en lui les conditions de sa propre évaluation venue de l’extérieur ; et voilà que lorsque celle-ci lui arrive, notre Contumace du roman Contumace en tient compte !… Aussi, après en avoir conféré avec lui-même, Contumace sera décapité par Contumace, et, cerise sur le gâteau, par contumace. Tout sera bien qui finira bien, la démocratie s’installera, vive la république et vive la musique. Contumace redeviendra Serge-Ours, peinturlureur, mandoliniste, amoureux comblé, petite célébrité du Plateau Mont-Royal à Montréal, Québec, Canada, sur un continent sis sur la petite motte de Terre dans la constellation du Soleil.

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QUE DEMANDE LE PEUPLE? (compte-rendu de Perrine Andrieux): L’uniforme acheté et enfilé, elle me ramène, presque distraitement, au Rectangle Saint-Louis. Kiosque, caverne pâlotte, trône-pensum (il porte vachement bien son nom, celui-là, par les temps qui courent). Me revoici sanglé et fin paré pour une autre ballade protocolaire. Roussette se penche sur moi et trouve encore moyen de me dire : «Vous êtes parfait. La duchesse Pierre va en tomber dans les pommes.» C’est ça, cruelle. Fais ta petite entremetteuse maintenant. Biboche-moi avec des vieilles pétasses dans ma tranche d’âge. Je ne lui dis pas ça explicitement, évidemment. Un roi ne dit pas des choses comme ça à ses sujets.

Serge-Ours Noiseux a arrêté la drogue, il le jure, il est droit comme un cèdre. Il le jure tellement qu’on en doute. Ancien acteur devenu clochard, il joue de la mandoline sur une place de Montréal. Pourtant, quand on le révèle roi des Sept Mondes et qu’il s’assoit sur son trône-pensum, on a envie d’y croire. Quand il enfile un costume et se coupe les cheveux à la George V, on a envie d’y croire. Quand son hologramme se promène de monde en monde auprès de ses sujets émerveillés, lui sanglé dans une cave montréalaise, on a encore envie d’y croire! Il est Contumace 1er. Et on le suit avec délice réprimer un mouvement absolutiste de groupuscules muscadins en culotte d’aristo moulante et fluo, visiter le Musée d’Art Dadaïste et Automatiste de Montréal en compagnie d’Olivia Cromwell, marier la belle Roussette à Édouard Septime… Lorsque soudain, le mythe s’écroule. Parce que même dans les Sept Mondes, il reste indivisible de ses valeurs et de ses vices d’avant. Perdant lentement sa légendaire placidité, il assassine ses deux petites pages – alors qu’il ne peut physiquement pas les toucher. Il s’immisce dans les pensées de ses sujets, contrôle tout, quoiqu’involontairement, par son omniscience de roi. Sa représentation holographique perd de sa superbe, de son éclat. Le peuple se révolte. On condamne le roi par contumace. On lui tranchera la tête aussi par contumace.

Ma petite surprise du jour, c’est que, ventre-saint-gris de sicroche, ils n’ont même pas de guillotine, mes bonnes gens des Sept Mondes.

Je dis, grave : « Tu montreras ma tête au peuple. Elle en vaut la peine. »

Paul Laurendeau fait preuve d’un style extravagant et déjanté, au service d’un texte symbolique. Le symbole, oui, de la liberté acquise qu’il faut protéger. Pour vivre heureux, vivons cachés, loin des trônes, des visites protocolaires et des pleins pouvoirs. Sous la drôlerie décadente de son hologramme, le roi Contumace est la métaphore, en joualonnais s’il vous plaît, de nos valeurs morales. Que demande le peuple?

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Commentaire de Paul Laurendeau sur l’écriture du ROI CONTUMACE: Alors, il faut admettre que je commence déjà à écrire en fonction démarcative de ce que j’ai écrit auparavant. L’idée était donc ici de façonner un personnage central qui soit une caricature directe de moi, mon âge, ma dégaine, ma bonhomie, ma faconde verbale et comportementale, mon héritage artistique personnel, mes fantasmes amoureux. C’est pas mon truc, habituellement, de servir personnellement de base à ma fiction, comme le font si merveilleusement Jack Kerouac ou Marjane Satrapi. J’ai pas fait ça souvent aussi ouvertement. Je me suis donc laissé dépayser par ça, ce traitement là, incongru pour moi. Le cadre montréalais s’est alors imposé de lui-même. J’en suis imprégné, à la fois anciennement et fraîchement. Amour d’un espace et envie d’écrire dedans vont ensemble. Il ne faut pas pousser l’envie d’écrire, de tête. Il faut la laisser venir des lieux et des gens qui nous écrinent, de corps. Le Carré Saint Louis (endroit où on rencontre deux types de gens, des vieux Contumace avec instruments à corde, et de jeunes et jolies Roussette qui promènent un chien — c’est saisissant), la promenade urbaine sur la Catherine, de l’intersection avec Saint-Hubert jusqu’au Quartier des Spectacles, les clodos du Faubourg Saint-Laurent, sagouins philosophico-musicaux incomparables, c’est ma place et ma gang, depuis six ans. Dans cette ville, je retrouve tellement d’émotions de mon adolescence, aussi, dont j’ai été sevré pendant vingt ans de Canada anglais. Oh, oh, Canada anglais, il me teinte et me freine, celui-là. Une idée s’esquisse. Attention, les québécois ont souvent traité ce thème. Il faut rester frais, dispos et surtout, sans hargne. Badin, chafouin. Enlevant.

Lors de la visite du Duc de Cambridge et de sa charmante épouse au Canada (en 2011 — deux pros de la relation publique qui coûtent cher à faire venir mais qui vous pètent un de ces show de fantasmatique nationale), ça a rouvert la plaie ancienne, fatale, de ma réflexion sur la monarchie constitutionnelle. C’est un petit morceau de bravoure fictionnelle, que la monarchie constitutionnelle. On dévide à fond le roi de ses pouvoirs mais on le garde, pantin scintillant, gonfalon flacotant, phare pulsionnel en rythme. Et on l’aime. Comme coupables d’avoir des droits et de les prendre, on l’adore. Rock star, il déplace les foules. Oh, il y a des rois et des reines dans les contes de fées, c’est pas pour rien. En monarchie constitutionnelle (pas absolue – cette dernière tue le mystère), on charrie en pleine vie publique certains éléments délirants desdits contes de fée. Il y a du fictionnel en pagaille là-dedans, tiens. Et on en parle pas si souvent dans l’angle délirant, justement, l’angle barbouilleur, l’angle narcomane, l’angle dadaïste, l’angle amoral aussi, cruel, roide, arbitraire (sans le jugement gnagnan usuel: suis-je pour, suis-je contre?). En plus, une rencontre métissante de l’héritage du sceptre anglais et de la guillotine française (sans oublier les tempêtes de neige soviétiques, donc nordiques) en un rutilant racoin satirique colonial, c’est tout moi ça. Précipité de l’idée. Soudain les choses s’imposent presque comme un devoir. Moins un devoir de mémoire qu’un devoir d’ironie grinçante et bouffonne, à l’irlandaise. Il faut vivre en pays occupé pour bien sentir ça.

Être un roi, donc, mais un roi passif, contemplatif, fabriqué de toute pièce par un délire, possiblement collectif, possiblement privé et hallucinatoire, certainement post-colonial dans les deux cas. Il y a de quoi à fouiller, là. Ensuite, houlà, pas envie de me faire accuser de fautes de réalisme historico-machin, la barbe (de George V)! Alors, mon roi constitutionnel sera celui d’un lot de mondes galactiques, genre cosmos de Bergerac, de Micromégas ou du Petit Prince. La fiction, tant intégrale qu’évasive, de certains segments, c’est le refuge parfait contre les critiques vétillardes du réalisme étroit. Un peu de science-fiction (pas trop! — la sf est un dangereux absorbatron) et on est couvert. Roi barbu vieillotte de Proxima Centauri la futuriste, empire sur lequel le Soleil ne se couche fatalement jamais (boutade), y en aura pas un esti pour me dire que j’ai «mal» décrit l’ambiance politico-sociale. La sainte paix fictionnelle, donc. Même mon Montréal incorpore des éléments délirants auto-protecteurs. Le restaurant La Galoche et le salon de coiffure Chez Moustache n’existent pas, la station De Montigny ne porte plus ce nom depuis des décennies, le MADAM et la Bibliothèque Neuve sont renommés, Ovide Érignaque (un petit peu basé sur Claude Gauvreau) et Cyprien Songe (un petit peu basé sur Jean-Paul Riopelle) sont pleinement à moi. J’en fais ce que j’en veux. On peut donc pas m’accuser d’avoir mal tué un Gauvreau et d’avoir mal «peint» un Riopelle. Le Malheureux Magnifique, le buste d’Émile Nelligan, les vespasiennes-sandwicherie du Carré Saint Louis et la statue de Mère Gamelin restent en place, eux. Que voulez-vous: je les aime.

Roussette et Olivia, là c’est de la fantasmatique personnelle profonde, mystérieuse, insondable. C’est le scotome lancinant devant mon œil-auteur. Elles, elles sont toujours un peu là, dans mes romans, en versions distinctes, comme les actrices de la petite compagnie d’un même tréteau, d’une pochade à l’autre. Ce sont des variations involontaires sur Dulciane et Rosèle, ceux qui m’ont lu le voient bien. Roussette, c’est pas compliqué, c’est mon déclencheur d’écriture. Quand Roussette prend place dans le script, tenez-vous bien c’est dit, la pianote démarre. Je sais pas pourquoi, je sais pas qui c’est (et je m’en fiche bien). Mes fantasmes, comme les vôtres, ça ne s’explique pas. Ça se vit et, si on écrit, ça se donne, sans tergiverser. Écrire est un trip intérieur, finalement, solitaire et égoïste. Comme c’est un trip de la jouissance fictionnelle de l’ego, pourquoi ne pas, parfois, faire de cela, justement aussi, un thème. Le monde de Contumace existe de par Contumace. C’est un peu sur l’écriture fictionnelle qu’on médite ici, en se marrant bien dans le monarchico-constituto-toc. Quand Olivia Cromwell se rend compte que sa pure et simple existence à elle sort possiblement de cette tête, eh ben, adepte involontaire du roman expérimental, elle entend la couper, pour voir. Pour voir plus clair. Pour voir ce qui se passe. Mais elle la coupe par contumace. Et donc, ben, la tête continue de déconner. Et Olivia n’y peut pas grand-chose, c’est si suave, quelque part.

Un cadre, une atmosphère qu’on laisse très lentement venir, monter, des personnages qu’on aime d’amour, un récit qui a du rythme, des thèmes auxquels on croit (ceci est crucial, souvent discret mais toujours crucial) et, indéfinissable lui, le fun, la jubilation, la joie folâtre. Écrire de la fiction, c’est vraiment pas de la tartinade de commande. Il faut prendre le temps et n’y aller que quand le plaisir y est. Pas une seconde avant.

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Paul Laurendeau (2015), Le roi Contumace, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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38 Réponses to “LE ROI CONTUMACE (par Paul Laurendeau)”

  1. Tourelou said

    Je vous souhaite un sincère succès digne du roi. Longue vie à votre chère Roussette.

  2. Caravelle said

    Prometteur! C’est bien vrai que la monarchie constitutionnelle c’est un bien mystérieux morceau d’irrationalité publique. Je suis roumaine, je peux en parler!

  3. Denis LeHire said

    Le roi artiste, le roi peintre. En tout cas un qui a pas l’air de la comprendre, celle-là, c’est le ministre conservateur John Baird (ainsi que son premier ministre de conservateur de patron).

    JOHN BAIRD PRÉFÈRE LA REINE À ALFRED PELLAN

    [En effet, Denis. Bien vu, bien dit. ils ne comprennent même pas le principe symbolique de leur propre monarchie constitutionnelle, ces idiots là. Trop coloniaux. Plus papistes que les pire papes. – Ysengrimus]

  4. Piko said

    Qui c’est cette trogne de bionoclard dans un médaillon?

    [George Cinq, roi d’Angleterre, d’Australie, du Canada et Empereur des Indes (1865-1936) – Ysengrimus]

    • Piko said

      C’est un ouvrage sur George Cinq?

      [Disons, sur un lointain sosie. C’est la courte autobiographie d’un bouffon qui le singe ès Métaphorie. – Ysengrimus]

  5. Fridolin said

    Pense vite Ysengrimus. Es-tu monarchiste?

    [Non. La monarchie constitutionnelle canadienne doit être poliment mais fermement abolie (la monarchie britannique, elle, je m’en mêle pas plus que de celle du Roc de Monaco, c’est leur zinzin, pas le mien). J’en fais pas l’affaire d’état d’une vie mais ce qui est dit est dit. Les positions de Gouverneur Général et de Lieutenants Gouverneurs doivent aussi être abolies et le Sénat canadien doit être dissous, sans délai et sans compensation. Ce sont des archaïsmes coûteux et des symboles niais. On se gargarise avec des coupures budgétaires de partout, on augmente le prix des places pour les enfants en garderie et on maintient ces dispendieux colifichets historico-politiques, aux frais de la princesse-contribuable. C’est pas sérieux. Ceci dit, comme ça se fait pas et qu’on continue de niaiser et de mariner dans ce jus symbolique là, pourquoi pas y porter un petit regard bouffon-caustique? C’est là un thème de fiction comme un autre. Bien plus fictieux-fictionnel que bien d’autres, en fait. Et rassure toi, mon Fridolin, le roman Le roi Contumace n’est pas un ouvrage monarchiste. Le seul roi du seul univers dont on pourrait très éventuellement se réclamer dans ce roman, c’est le très absolutiste roi de l’univers mou et composite de Salvador Dali. Lui-même l’ultime monarchiste de la Solipsiste Monarchie Dali. – Ysengrimus]

    • Fridolin said

      Oui, oui, le Roi Dali. le seul Roi de toute ma vie!

      [Le Guillaume II de la Haute Croûte. Il a dit une jour: « Autrefois, j’étais anarchiste. Aujourd’hui, je suis monarchiste ». Il n’a jamais cessé de parler de Lui, notre bon Dali. – Ysengrimus]

  6. Catoito said

    « abruptement propulsé roi d’un ensemble de mondes dans la lointaine constellation de Proxima Centauri. Il se donne alors le nom officiel de Contumace 1ier. Ce petit changement d’échelle dans l’appréciation qu’il est forcé de porter sur lui-même ne laisse par le personnage tout à fait de marbre mais enfin, on a connu plus estomaqué. »

    Comme dans Le Roi des Zôtres (Achille Talon) et dans Princesse malgré elle (Mia Thermopolis, jouée par Anne Hathaway)?

    [Exactement. Excellents rapprochements, Catoito. On a bien une romance ruritanienne, mais canado-soviéto-cosmologique, si tu veux (plus imbue de vastitudes, en un mot). La source d’inspiration venue de ces deux monuments cruciaux que tu cites ici est ouvertement assumée d’ailleurs. Ancien, ce thème du roi méconnu et roturier circule dans maint contes du folklore européen aussi. – Ysengrimus]

    • Catoito said

      Oh, je te sens bien. D’autres sources d’inspiration biscornues dans cette veine?

      [Contumace se fait involontairement soutirer son aptitude à absorber de l’alcool comme le pauvre capitaine Haddock dans Tintin et les Picaros. Et tout un lot de bouteilles de vin vire au vinaigre comme dans un incontournable épisode de La Sœur Volante dont j’oublie hélas le titre. – Ysengrimus]

      • Catoito said

        Mais tes muses sont sublimes!

        [On a celles qu’on a et on assume celles qu’on assume. – Ysengrimus]

      • Le Boulé du village said

        PAS LA SŒUR VOLANTE? MON IDOLE? MON MODÈLE DANS LA VIE?

        La-soeur-volante

        [En plein elle, mon petit Boulé. la toute planante Sœur Bertrille en personne, jouée inoubliablement par l’incomparable Sally Field… – Ysengrimus

      • Gudule said

        Inconnue en France.

        [Ah bon? Oh, Gudule, quelle perte! – Ysengrimus]

  7. Égérie said

    Ils sont mimi, vos deux futurs « dirigeants »…

    Kate-and-William-in-Canada

    [Oui, cette image date de leur visite officielle au Canada, en 2011. Eux sont mimi et l’institution « nationale » qui les porte est mymy… stérieuse (et sérieuse-pas sérieuse). – Ysengrimus]

    • Magellan said

      Quelle différence d’avec des rock stars?

      [Toute une différence. Les rock stars charrient la mythologie-toc de l’Art. Ceux-ci charrient la mythologie-toc du pouvoir. Les rock star nous « ressourcent », ceux-ci nous « protègent ». Et au moins, avec les rock stars, il y a de la musique. ici il n’y a que soumission, identification (ou non), pâmoison et extase docile et creux. – Ysengrimus]

      • Mura said

        Mon tableau personnel de la monarchie constitutionnelle au Canada…

        Redcoats interacting with the hinterland

        [Je le vois très clairement. – Ysengrimus]

  8. Brigitte B said

    Il est comme ça, ton Contumace?

    Zotre-AchilleTalon

    [Non. Talon ressemble un tantinet à Contumace parce qu’on les sort tous deux de la vie civile et de l’ignorance de leur statut monarchique. Mais là s’arrête le parallèle. Achille des Zôtres devient un monarque absolu, pour des raisons d’ailleurs truquées. De cette tribune, il demande à son peuple « Vous voulez du beurre ou des canons? » et un disque rayé répond, suivi du peuple: « Des canons… des canons… des ca…! ». Mon Contumace, plus mou parce que constitutionnel (donc sciemment nihilopotentiaire), choisit lui, le beurre. Pour tout dire, il EST le beurre, un roi en beurre… – Ysengrimus]

    • Brigitte B said

      Bon. J’aime mieux ça. Il a l’air gentil, sur la photo.

      [Placide et débonnaire. Du bon beurre rance… – Ysengrimus]

  9. Piloup said

    Ysengrim, ton épisode de La sœur Volante s’intitule Days of Nuns and Roses (v.f.: Le délice de San-Tanco). La découverte du passage du vin au vinaigre est à la minute 23:00. Enjoy…

    [Oh, le magnifique cadeau. Merci, mon vieux Piloup. C’est écœurant ce qu’on retrouve avec l’internet aujourd’hui. Plus de quarante ans que ce bel épisode bouffon fermente dans ma mémoire. Je suis admiratif. Je te fais Grand Connétable des Sept Mondes. – Ysengrimus]

  10. Sophie Sulphure said

    Et le look de cette Roussette dont parle notre Tourelou, si on te demandait de nous le montrer. Ce serait quoi?

    [Ce serait ceci. – Ysengrimus]

    Roussette

  11. Julie Soulange said

    Et l’autre femme, là. Olivia Cromwell?

    [Eh ben, par exemple, madam(e) Sally Field justement, dans sa prestance contemporaine, en fournirait un aperçu fort passable. – Ysengrimus]

    Sally Field

    • Julie Soulange said

      Et ta préférée, c’est…

      [Olivia Cromwell à 500%. Roussette, c’est mirifique, c’est poignant, c’est du feu et… c’est pour mes fils. Olivia, c’est le tronc de bois franc de la féminité cardinale. – Ysengrimus]

      • Julie Soulange said

        Roussette, du feu. Olivia, du bois. Ça va crépiter bientôt.

        [Ah, et sentir très bon! L’intéressant rapprochement que vous établissez là, Julie Soulange! – Ysengrimus]

  12. Cymbale said

    Mais c’est de l’or fin, cet homme.

  13. PanoPanoramique said

    Mura etc… Énervez-vous donc pas le poil des jambes. En voici mon tableau à moi:

    constitutionnal-monarchy

    [Oh, le boulet est pas toujours celui qu’on pense, mon bon PanoPano. Dans ton petit croquis ici, le boulet par exemple, pourrait bien être un rectangle doré avec des pointes… La « LOI » devient alors une grosse boulette qui cherche à rouler mais y arrive mal parce que la masse à pointes est lourde et s’accroche tout partout. – Ysengrimus]

  14. Un facteur à ne pas négliger dans ce roman, c’est la POLARITÉ de ses personnages. Quelqu’un qui a une bonne polarité sera facilement perceptible partout, transposable, diffusable, et aussi… influent. Toutefois, c’est plus que du charisme, car Contumace, qui est un gars pourvu d’une robuste polarité, en finit par devenir démiurge, créant pensées et événements. Il réussit ainsi, sans même en avoir conscience, à faire se rencontrer le fondement délicat d’une petite frappe vulgaire (un affreux jojo nommé Jobert) avec l’énergique avant-bras d’Émilie Gamelin statufiée à Berri-UQAM. Cette improbable brochette est une preuve indéniable de la vigoureuse polarité contumacienne, polarité d’un niveau si extravagant qu’elle causera… non je ne dirai rien.

    Mais ce n’est pas tout! La polarité influe aussi sur les pensées des gens, et jusqu’à leurs désirs. Je connais ainsi une voisine dont la polarité est si forte qu’elle s’invite dans mes rêves. Je ne lui ai rien demandé, mais elle s’invite, la vile gredine. Pour qui se prend-elle, je vous demande? Qui lui a filé mes clés? Du coup, nos polarités, qui s’y rencontrent malgré ma volonté, y deviennent d’un genre tropical. Après quoi je me réveille avec le pôle sud enflammé, à des heures peu propices à la création ex libido. Voilà de quoi générer bien des insomnies.

    • Miranda Delalavande said

      Oh, que c’est intéressant. Vous m’intriguez, Monsieur. Et le roi va-t-il user de sa puissante polarité sur la belle et mystérieuses Roussette?

      [Ah, vous savez, Miranda, le Roi Contumace est mauvais en tout. Comme le signale monsieur Berger, il ne connait pas la honte mais pourtant il est aussi, sans paradoxe, un très mauvais amoral. Je ne vous en dis pas plus. – Ysengrimus]

  15. Line Kalinine said

    Et… quel rapport entre le roi Contumace et le roi Ubu?

    [Simple. Ubu est bien trop odieux, cela le rend éventuellement adorable. Contumace est bien trop placide, cela le rend éventuellement insupportable. On peut donc suggérer, sans s’alanguir, que Contumace, c’est l’anti-Ubu. Il est aussi l’anti-Ubu sur la question de ses amours, ainsi que de son rapport aux Grand Féodaux. Vous saurez me le dire. Ubu et Contumace se rejoignent mollement en surréalisme. Quoique Contumace penche, lui, plutôt nettement vers du Dadaïsme (en pagaille). – Ysengrimus]

  16. Dominique Garand said

    Salut Paul,

    J’ai profité d’un récent voyage en avion pour lire (avec plaisir) ton dernier roman. Je ne verrai plus le Carré Saint-Louis de la même manière! J’ai particulièrement aimé le passage où Sournois exprime son dépit de ne pouvoir aimer Roussette. Et aussi toute la fin avec Olivia Cromwell.

    Pour le reste, ta verve habituelle.
    Amitiés

    [Je suis content que tu te sois amusé. J’aime bien Contumace. Il reviendra peut-être. – Ysengrimus]

    • Dominique Garand said

      Elle est curieuse, tout de même, ta fascination pour les régimes monarchiques (même s’ils sont toujours au final renversés par des forces subversives). Est-ce pour toi un symbole trans-historique? Ou une sorte de structure psychique ?

      [Avant tout un formidable vivier fictionnel. On vide ces personnages de leurs pouvoirs mais on les garde et trippe dessus. Et on les fait jouer… comme la reine veuve du théâtre-dans-le-théâtre qu’Hamlet impose à sa mère. C’est hautement intriguant. Pas pour rien que les contes de fée bidouillent complètement dans le monarchique. Quant aux révolutions, ouf, le volcan romanesque que ça représente. C’est assez sous-exploité, en plus, quand on y pense. Pour mille romans policiers crapuleux tu as quoi, six ou sept romans traitant de révolutions populaires? – Ysengrimus]

      • Dominique Garand said

        C’est vrai qu’il n’existe pas beaucoup de romans sur les révolutions. Comme c’est une phénomène collectif, c’est difficile à traiter. J’ai tout de même en tête Quatre-vingt-treize de Hugo. Et un passage des Fiancés de Manzoni (mais il s’agit plutôt d’une révolte populaire).

        Pour ce qui est de la monarchie, ce que tu en dis me paraît fort pertinent. J’ajouterais ceci: la monarchie nous permet de poser le problème de la liberté. Que décide un individu qui, en principe, est libre de tout? Ton roman soulève un moment donné la question, pour conclure que ce pouvoir ne peut conduire que vers la corruption.

        À côté de la monarchie se tient l’aristocratie, qui est tout aussi fascinante. Celle-ci m’interpelle car son univers est celui de la forme pure (je parle comme Gombrowicz): un univers de conventions arbitraires, mais terriblement contraignantes. Gombrowicz y voyait justement le modèle artistique par excellence.

        Ce soir, j’ai commencé la lecture de l’essai de Baricco, Les barbares, qui présente un autre type de révolution que la populaire: celle de l’uniformisation de tout dans l’Empire américain.

        [Le « roi » est une figure du solipsisme. Narcomane ou schizo, son pouvoir digressant est absolu sur son univers… tant qu’il ne se lève pas de sa chaise pour aller se mettre à tituber en percutant les arêtes ordinaires du monde… – Ysengrimus]

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