Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

La quadrilogie romanesque TWILIGHT de Stephenie Meyer. Mais… pourquoi pas?

Posted by Ysengrimus sur 1 décembre 2014

Twilight-Books-on-shelf

On ne présente plus la quadrilogie romanesque TWILIGHT de Stephenie Meyer (2005-2008) mais on ne peut manquer de prendre acte (et, dans mon cas, de s’affliger) de la culpabilité feutrée qui semble serrer le cœur de maintes lectrices assidues de ces ouvrages (et de maintes admiratrices de la série cinématographique qui a suivi). De nombreuses femmes adultes, surtout féministes (mais pas seulement), s’inquiètent de ce qu’elles ressentent si vivement, en lisant cette œuvre romanesque à succès, qui fera époque. Or ce que je souhaite dire ici, en toute candeur, c’est juste ceci: l’aphorisme soit féministe n’est en rien synonyme de boude ton plaisir. Car enfin, soyons placidement explicites ici. Ce vampire de roman est mystérieux, beau, jeune, omnipotent, attentif, protecteur, et il se retient de ne pas boire votre sang pour ne pas le moindrement altérer votre réalité fragile et virginale, parce qu’il vous aime juste comme ça, sans moins, sans plus. Il se fout dans la merde avec son monde juste pour vous et il s’en fiche complètement. Il assure superbement. Vous n’êtes pas aimée pour ce que vous faites, performez ou accomplissez mais purement et simplement pour ce que vous êtes. En votre présence, toujours intense et flamboyant, il boue d’ardeur mais se contrôle imperturbablement. Il est terrible, presque terrifiant, mais ses bras sont le plus sûr, le plus doux et le plus tendre de tous les refuges… Vous vous sentez incroyablement bien avec lui… Euh, l’un dans l’autre, c’est pas trop mal, comme tension fantasmatique… Pour peu, on s’y attarderait et on y reviendrait… Je ne vois vraiment pas pourquoi il faudrait laisser une confiserie fine pareilles sur la tablette. Trouvez-pas?

Et alors nous, les pauvres petits hommes, dans l’affaire? Eh bien, qu’on médite le coup un petit peu, pour changer, sur ce qui vous branche, mesdames. La culture populaire n’y manque pas, elle, encore, de VOUS le jeter au visage en permanence, ce qui NOUS branche… Je (au masculin) dispose, en effet (pour rappel), en toute impunité, depuis quelques petits siècles, de personnages masculins (d’aucun d’entre eux des figures majeures de la ci-devant culture universelle) servant sciemment de réceptacles à mes fantasmes de petit gars qui courraille dans les bois ou les ruelles et se roule dans la bouette, en pensant juste à son fun. Laissez moi, de mémoire, vous en énumérer une petite flopée: Peter Pan, Spiderman, Rouletabille, Tom Sawyer, Zorro, Marty McFly, Fanfan Latulipe, Superman, Sinbad le marin, Cartouche, Mowgli, Gilligan, Rocambole, Daniel Boone, Ivanhoë, Tom et Jerry, Totoche, Gallagher, Rahan, Luke Skywalker, Bob Morane, Harry Potter, D’Artagnan, G.I. Joe, Hulk, les cadets de la forêt, Huckleberry Finn, Astérix et Obélix, Captain Jack Sparrow, Goldorak, Tarzan, Hercule, Batman et Robin, Charlot, Robin des Bois, Lone Ranger, les sentinelles de l’air, Spirou, Ali Baba, James Bond, Yogi l’Ours, Albator, Pinocchio, La souris Fievel, la souris Mickey, le Petit Castor, Napoléon Solo et Elya Kuriakin, Thierry la Fronde, Popeye le marin, Bobino, Nasdine Hodja, Sir Lancelot du Lac, Pif le Chien, Davy Crockett, Ned Land, Gavroche, Surcouf, Lucky Luke, Simon Templar, Tintin et Milou, Robinson Crusoé, Fantomas, Green Hornet, Coco le Clown, Bozo le Clown, Patof le Clown, Titus le Petit Lion, Le Roi Lion, le Capitaine America, Tony Stark, Wolverine, Kirk, Spock et McCoy, Barbe Noire, Richard Coeur de Lion, Arsène Lupin, Sherlock Holmes, the Teenage Mutant Ninja Turtles, Dracula, Frankenstein, Casper, Joe 90, Zébulon, Mike Mercury, Captain Scarlet, Captain Tempest, Flash Gordon, Robin Fusée, Touché la Tortue, Grand-Galop-Tire-Vite, Atom Ant, Bullwinkle et Rocky, Roquet-Belles-Oreilles, Gumby et Pokey, Placid et Muzo, Snaglepuss, Squiddly Diddly, Bugs Bunny, Road Runner, Yosemite Sam, Steve Zodiac, Fred Flinstone et Barney Rubble, Underdog, Mighty Mouse, The Herculoids, Thor, Namor, Rambo, Mandrake, Macbeth, Hamlet, le Petit Prince… Ma propre fantasmatique de mec étant fort bien couverte et desservie par cet imposant aréopage de figures cruciales (sans que je n’en fasse le moindre complexe), je crois que la culture universelle contemporaine peut bien se concéder une Isabella Swan, pour les filles (et les garçons), sans trop abuser de notre bande passante intellectuelle. Le fait est que le monde féminin de TWILIGHT ici nous dit: Hommes, soyez envers nous ce que nous voulons que vous soyez envers nous. Cela sonne comme un slogan féministe de parfaite tenue, ça, non? Je trouve, pour ma part qu’il faut aller y voir, en compagnie de nos gamines préférablement, et cesser de se fier sur ce que nous racontent les folliculaires. Un petit exemple. Comme Stephenie Meyer, l’auteure de TWILIGHT (née en 1973) est une membre assez ostensible de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (en un mot: les Mormons), on a promptement accusé son œuvre de faire de la propagande religieuse. Oh, le fallacieux raccourci de ceux et celles qui n’ont ni lu ni visionné. Si un filigrane religieux s’était manifesté dans TWILIGHT, je crois que je l’aurais détecté (car cela m’horripile souverainement) et je doute que, avec une auteure mormone ou sans, TWILIGHT puisse être considéré comme le The Matrix (fadaise crypto-religieuse de choc) des années 2005-2010… Après tout, l’origine ethnoculturelle ou religieuse de l’auteure, on s’en tape un peu pas mal (au sens où c’est le texte et le discours cinéma qui comptent, pas la biographie du troubadour). Auguste Rodin était légitimiste et antidreyfusard, cela ne transparaît pas dans ses sculptures. Jack Kerouac votait Nixon, cela ne fait pas de The Dharma Bums un brûlot républicain. Les choses sont plus complexes et nuancées que ça.

Concentrons-nous plutôt sur le personnage-phare de TWILIGHT et sur les hantises qu’il incarne. Le vampire Edward Cullen véhicule et engendre une exaltation romantique et l’assouvissement de fantasmes de protection, de mariage-à-la-fin et de représentations archaïques encore fortement enfantines (genre contes de fées, en fait). C’est bien plus de ça qu’il s’agit que d’un conservatisme autopromotionnel au ras des mottes. Il y a indubitablement une dimension chevaleresque de ce personnage. Mais il y a plus, disons la chose comme elle est. Les initiées sauront vous le dire. Le choix, déchirant mais fatal, qu’il faut un jour faire, en soi-même, entre Edward Cullen (le vampire) et Jacob Black (le loup-garou), c’est fondamentalement, le choix entre l’homme réel et l’homme fantasmé. L’homme de chair que l’adolescente devra côtoyer à la ville ou l’homme glacial de la tour d’ivoire de ses rêves. Sa tour à elle, au demeurant… Jacob est une émanation du monde. Edward est sa création à elle… Elle choisit le second. J’y vois indubitablement un aspect libérateur du cadre mental et fantasmatique féminin. Permettez-moi de m’en expliquer par un petit détour canadien. Un de nos vieux romans du terroir québécois (écrit en 1913, par un homme, Louis Hémon) s’intitule Maria Chapdelaine. Maria vit avec ses parents dans le bois, à Péribonka. Je vous coupe les détails, pour vous dire simplement que cette bonne fille de colons canadiens hésite entre deux hommes (trois, en fait, mais bon, je résume). Eutrope Gagnon, paysan rangé qui représente la continuité du train de la vie familiale conventionnelle et François Paradis, coureur de bois mystérieux et terrible qui trappe le loup et le castor avec les indiens, comme dans le très vieux temps de la colonie. Vous goûterez la similitude du dilemme ici. Pas celle du choix, par contre. François Paradis disparaîtra dans une tempête de neige et Maria Chapdelaine, contre le choix profond de son coeur, se rangera avec Eutrope Gagnon et restera une bonne fille de la terre. Il s’agissait alors quand même de dire à nos petites canadiennes de ne pas trop rêver… Or les adolescentes de la culture TWILIGHT prennent exactement la direction opposée. Elles ne se contentent plus de l’homme réel que l’histoire locale (en faillite) leur impose. Elles choisissent sciemment l’homme de rêve, dans sa dureté glaciale et son archaïsme délirant. Ce faisant, c’est l’assouvissement sans concession de rien d’autre que leur propre ego qu’elles choisissent en fait, par-dessus l’abnégation raisonnable et socialement docile d’une Maria Chapdelaine. N’y voir qu’une pulsion conservatrice à cause du côté dominateur et protecteur du type retenu simplifie cruellement le topo, je trouve. La torsade fait/fiction est plus subtile que ça ici. C’est Maria Chapdelaine qu’on forçait, de facto, dans le conservatisme linéaire et l’apologie de la continuité de la vraie vie, petite et chiante, avec le ci-devant «gars bon pour elle» (autoproclamé), en lui verrouillant soigneusement ses fantasmes archaïsants. Ici, notre adolescente moderne ne transige pas, ne compose pas, en fait. Elle se prend en main dans l’assomption de la légitimité inconditionnelle de ses fantasmagories les plus hirsutes.

Voyons Isabella Swan maintenant, justement, la principale protagoniste identitaire des romans. Elle n’est pas un personnage si mou et soumis que ça, contrairement, encore une fois, à ce que l’on nous chante de ci de là, dans nos papelards. Trop faible, humaine, il lui est parfaitement impossible de jouer au baseball avec les vampires. Bon, oui, elle est fragile, frémissante, mais elle n’est pas inconstante. Elle assume. Elle assure. Elle tient le coup. Fluctuat nec Mergitur (elle est battue par les flots mais ne sombre pas). Et les gamines qui la suivent tiennent le coup aussi, et elles nec mergitur aussi, et elles assument aussi leur droit au rêve fou et privé et à la rencontre fondamentale, et sans entrave, avec leurs aspirations les plus abracadabrantes. En tout cas, des millions de jeunes femmes ont tranché, sans transiger, elles non plus. TWILIGHT, c’est avant tout un phénomène de masse. Un des cadres de représentation imaginaire de toute une jeunesse. De fait, dans la tranche d’âge initialement atteinte (sinon visée), il y a que les jeunes gars pour râler contre… ça aussi c’est passablement parlant, du reste. Ils traitent Edward Cullen de pédé (pour rester décent et ne pas dire pire. Il faut lire leurs forums. Ma vieille masculinité vacillante ne pavoise pas à cette lecture là). Ce vampire falot, aimé inconditionnellement par Isabella Swan, est bien plus que ce que ces descriptions injurieuses de petits mecs tentent de circonscrire (dans tous les sens du terme). Le premier des grands Hommes-Objets total (pas juste niaisement physique), Edward Cullen, c’est l’homme, comme créature de rêve imaginée par la femme de demain. Et, comme tel, il n’a pas que des amis au sein de la meute aboyante des portes-bites d’aujourd’hui… Ne nous mentons pas à nous-même. Il y a une solide part d’explosif féminin dans tout ça. Culture intime de filles, pur sucre. Et justement, bien, ça dérange… Contre Bella Swan, on a, par exemple, voulu argumenter le caractère plus volontaire, libérateur et affirmé, de personnages féminins de la culture populaire contemporaine comme Lara Croft ou la princesse Leia Organa. Il y a effectivement  chez celles-ci une solide et lumineuse manifestation de l’aptitude à jouer franco de port sur le terrain de jeu des gars, avec des flingues de gars, des motions de gars, des aspirations et des priorités de gars, la bonne vieille logique antique des gars. Elles ne sont pas plus (ou moins) folles qu’un gars, quoi. Tout bon. Rien à redire. Mais je ne peux m’empêcher de considérer hautement important désormais les personnages, par exemple, comme Belle (de La Belle et la Bête de Disney, 1991) qui restent dans leur monde de filles et font monter celui-ci avec elles dans les priorités de notre sensibilité. Des personnages filles qui mettent les affaires de filles, les hantises et obsessions de filles, les défauts et déviations de filles, et l’espace mental fille au centre de l’enjeu, et ce, tous azimuts, personnages, intrigue, décors et costumes. Je crois qu’Isabella Swan fait exactement ça (trip de soumission et fantasmes de docilité inclusivement, et pourquoi non, si c’est sereinement assumé et privé), et la réponse mondiale n’y est pas pour rien.

Malgré ces observations (ou… à cause d’elles), on a continué de culpabiliser à la grosse planche. On a voulu faire valoir que TWILIGHT serait de la littérature rapide comme le McDonald’s est de la restauration rapide… De fait, oui, pour TWILIGHT, comme pour le MacDo, l’impact populaire est absolument crucial dans la réflexion. Et indubitablement, on ne parle pas Art ou Génie ou Chef-d’Oeuvre (personne n’a prononcé ces mots du reste) ici, mais culture de masse. Et un succès de masse de cette ampleur ne requiert pas uniquement un jugement critique acéré du type de celui qu’ont exprimé, tout à fait légitimement, bon nombre de lectrices. Il demande aussi une explication sociologique, une description, une analyse. Prenons l’exemple des restaurants McDonald’s, justement. Voici une intervention culinaire remontant à l’entre-deux-guerres qui a réussi à devenir un objet ethnoculturel mondial majeur (aujourd’hui déclinant, mais quand même), y compris dans des pays disposant d’une tradition culinaires hautement plus sophistiquée, et ce, avec quoi, quatre sandwichs et un chausson aux pommes… C’est étroit, ça, comme surface de glace pour patiner. Il y a quand même là un phénomène qui requiert un minimum d’explication, et ladite explication est certainement ethnologique ou sociologique avant d’être gastronomique (berk…). Similis mutandis pour TWILIGHT… Ledit TWILIGHT, c’est un succès majeur et son impact est planétaire, pour un produit littéraire qui, entendons-nous, n’est pas Madame Bovary et un produit cinématographique qui n’est pas Citizen Kane.

Qualité artistique à part, rejeter n’est pas jouer… Il faut quand même sonder un peu le signal factuel, sociétal, temporaire aussi, circonscrit dans son époque, que TWILIGHT nous envoie. Et je ne suis pas certain du tout de la teneur des indices intellectuels qui se manifestent ici. Et je trouve que dire que toutes ces gamines en liesse lisent, et visionnent, et font des blogs, des forums et des scrapbooks parce qu’elles tombent sous le coup d’une résurgence néo-conservatrice crypto-mormone, franchement, c’est quand même un peu trop court et fataliste. Il y a une condescendance là dedans, presque un mépris, dont je me méfie. Moi, le trip de filles, j’y suis favorable, fortement favorable. Je trouve que, eh ben, ça nous change, un petit peu, ça nous bouscule dans nos certitudes et nos consensus encore massivement phallocentriques, ça nous rafraîchit et nous subvertit…. Et, pour faveur, prière de ne pas imputer ici à l’observateur modeste (que je suis), les typages (y compris les stéréotypes) qui sont dans le monde social lui-même. Gros trip: Bella Swan et Edward Cullen se marient. Oh, là là… Ici, on a crié à la pulsion rétrograde. Les hauts cris, on les pousse d’ailleurs pas mal (et souvent fort hâtivement) pour les autres traits du trip de fille dans la culture de masse actuelle, la culture de masse jeune et ce, même quand TWILIGHT n’est pas du tout en cause. Attention, entendons-nous et soyons bien clairs. Trip de fille signifie ici discours fille, pensée fille, philosophie spontanée fille, espace mental fille et certainement pas ghetto à fille ou truc POUR fille qu’on marginalise fille. Importante distinction… C’est progressiste ça, pas rétrograde. Car enfin, il y a aussi des critères qui sont internes à l’œuvre analysée. Dans Le Petit Prince, c’est bien un trip de gars qu’on a, en ce sens que le personnage par lequel on appréhende le monde est un gars (deux gars, en fait, le petit prince lui-même et l’aviateur-auteur-en-Je, qui nous en parle) et c’est aussi lui qui nous présente la femme/la rose, compagne esquissée, fantasmée dans un angle de vision totalement masculin, par le susdit petit prince, de par le regard typant de sa perspective exclusive. Dans TWILIGHT, c’est pas moi qui décide ça, l’auteure est une femme, le personnage portant le regard et vivant les dilemmes est une femme (c’est donc Edward Cullen et consort qui, cette fois-ci, sont fantasmés dans un angle de vision féminin), le public réceptacle est féminin et soudain… patatra, Terreur & Culpabilisation on craint le gros méchant stéréotype et on se réclame subitement du consensus massif sur le rejet de la typification sexuelle des jouets (poupées Barbie, etc…) pour bien s’occulter la polarisation effective des sexages dans l’univers social de l’adolescente début de siècle. Mais souhaiter n’est pas décrire…

Moi, je ne regrette pas que nos ados libres contemporaines préfèrent ceci plutôt que cela. Je constate la préférence et cherche à en comprendre les causes, point barre. Enfin, mazette, au tribunal un peu morose de nos (auto)critiques, c’est toujours les filles qui perdent au change. Dans Le Petit Prince, la femme est stéréotypée (pauvre elle!), dans TWILIGHT, si elle est fascinée par l’oeuvre, elle cède encore au stéréotype (encore une fois, pauvre elle!). Mais, oh, Macbeth aussi, c’est stéréotypé, hein. Prière de ne pas insidieusement le traiter comme neutre, en sexage ou autrement. Quant à Belle (celle de Walt Disney ou même celle de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, du conte de fée d’origine), que j’invoquais tout à l’heure, si moderne qu’elle soit, elle n’échappe pas au stéréotype, elle non plus. Son gros nounours est autoritaire et elle cède bien craintivement devant sa fureur. Elle s’amourache d’un geôlier pas mal égoïste, avec ses petits problèmes à régler pour lui d’abord. Même l’abnégation apparente des gens/objets de maison s’avère elle aussi fort intéressée au succès des amours de Belle. Au moins Edward Cullen a des principes supérieurs et Bella Swann, l’un dans l’autre, n’est pas sa prisonnière et l’aime librement. Bon, on pourrait débattre longuement les tendances de typage, les mérites et démérites des Belle et des Bella et nos jugements de valeur et prises de parti, au sein de chaque analyse, auraient une fort solide assise. On doit par contre observer que Rouletabille et Touché la Tortue n’ont jamais passé par pareil filtrage dubitatif… Les petits gars tripaient sans se mortifier ad infinitum, leurs mères les laissaient s’amuser, et tout était dit… Aussi, moi, je rejette l’affirmation oiseuse suivante: «Ma petite, TWILIGHT c’est bonbon, typé, mormon, faiblard…Prend donc La Belle et la Bête, c’est supérieur et meilleur pour ton élévation intellectuelle autant que pour le grand progrès sociologique de la pensée»… C’est là tout simplement une formulation qui ne figure nulle part dans le cadre de représentation que je me donne pour décrire les objets ethnoculturels.

La vie est si courte. L’enfance, encore plus courte. Cessez de vous faire du mouron, mesdames, et jouissez pleinement, entre vous et avec vos mères, vos filles et vos petites filles, de TWILIGHT, les romans (écris par une femme) et les films (le premier mis en scène par une femme). Ces grandes oeuvres populaires sont des traits de la culture intime des femmes contemporaines et, de ce fait, elles méritent notre attention la plus soutenue et notre déférence la plus complète. Moi, TWILIGHT, pour les jeunes et les moins jeunes, je dis tout simplement: pourquoi pas?

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

Advertisements

42 Réponses to “La quadrilogie romanesque TWILIGHT de Stephenie Meyer. Mais… pourquoi pas?”

  1. Caravelle said

    Il est bien vrai qu’on culpabilise plus autour de notre imaginaire de filles et de femmes qu’autour de celui des garçons et des hommes. Mais qui donc nous fait ça?

  2. Brigitte B said

    Ysengrimus, ta lecture est biaisée par ton respect pour le choix initial de Bella… Tu minimises l’importance de Jacob dans ton propos. Il est aussi fantasmant qu’Edward, en fait. Moi. j’aurais choisi Jacob, le loup-garou ardent CONTRE le vampire glacial. Bella n’hésite pas entre un homme réel et un homme de fantasme mais bien entre DEUX hommes de fantasmes. On évolue complètement dans nos rêveries de filles ici.

    Et tu as bien raison de nous dire qu’il y a rien de mal à ça. Là je te seconde totalement et te remercie de ton indéfectible solidarité envers les femmes.

    [Brigitte, je prends respectueusement acte de ce rajustement valide. Tout en restant solidaire de mon argumentation de fond, je crois qu’il rectifie considérablement mon analyse de la saga Twilight. Grand merci. – Ysengrimus]

  3. Catoito said

    Très bien vu ceci. La rose du Petit Prince est un stéréotype féminin fantasmé et esquissé par des hommes et personne ne dit rien. Monument culturel. Edward Cullen est un stéréotype masculin fantasmé et développé par des femmes. Les hauts cris. La manipe d’adolescentes.

    C’est vrai que c’est pas très sérieux, ce deux poids deux mesures.

  4. le Boulé du Village said

    Touché la Tortue! Je l’avais complètement oublié, celui-là. Mais moi, Ysengrimus, je me mortifiais sur Touché la tortue. Il perdait tout le temps. C’était un esti de pas capable avec son épée croche.

    [Exact. Mais personne te disait de pas le regarder, sous prétexte qu’il t’enconnait. Il le faisait et personne ne trouvait rien à y redire. Les niaiseries mecs dominaient le champs, en cette période dorée de notre enfance commune. – Ysengrimus]

  5. Mirmille Marbre said

    Ah, enfin quelque chose d’intelligent écrit sur TWILIGHT. Merci Ysengrim. Enfin, enfin. Osez-me dire les filles que ceci n’est pas 100% le coeur palpitant de nos émotions.

  6. Gudule said

    La journaliste mal à l’aise que tu cites en lien parle de « la sympathique complicité (et le plaisir coupable, soyons francs) que la série a créé entre moi, la mère, et mes filles, de bientôt huit et dix ans. Et dans plein d’autres familles comme nous. ». Pourquoi coupable, le plaisir, Ysengrim a raison, c’est complètement con. Il est temps qu’on se fasse un peu NOTRE fun sans constamment se sentir coupables.

    [Je seconde. – Ysengrimus]

  7. Égérie said

    Décidez-vous les filles. Faites votre choix. Le mien est arrêté depuis un bail…

    JacobVS.Edward

  8. Sophie Sulphure said

    Moi: Edward Cullen

  9. Sissi Cigale said

    Moi, je fais comme Égérie, je préserve mon mystère. Mais on va inverser le truc un petit peu. Ysengrimus À PART BELLA SWAN (important), ta femme de Twilight, c’est qui?

  10. Juliette-Vampire said

    Rosalie, bien mariée? C’est pas ce qu’elle nous raconte elle-même… Explique-toi, Ysengrim.

    [Tu as raison d’exiger ici une clarification, Juliette Vampire. Je ne parle pas de son « mari » d’époque mais bien de son mari actuel, Emmett Cullen. Il est un peu concon et foufou, mais il l’aime tendrement. – Ysengrimus]

    • Juliette-Vampire said

      Bonne réponse, Ysengrim. Celui de 1933 était d’ailleurs seulement son fiancé. Tu connais ton TWILIGHT.

      [Je suis pas un spécialiste mais je me tiens informé. – Ysengrimus]

  11. Belle orangeraie said

    TWILIGHT est-il antiféministe?

    http://www.dropsofvampireblood.com/doit-on-voir-twilight-comme-une-fiction-anti-feministe/

    Je connais pas, hein. Donc je pose juste la question, comme le fait ici Carmilla…

    • Brigitte B said

      En tout cas notre Carmilla, avec des observations comme celle-ci:

      « Et puis, quand on vise un public adolescent, ne devrait-on pas aussi faire attention à ne pas montrer un modèle qui semble dédramatiser les violences faites aux femmes? »

      elle confond deux paronymes: ADO et IDIOT. Elle devrait en plus relire/revoir justement la biographie de Rosalie Hale. Si y en a une qui banalise vraiment pas la violence faite aux femmes, c’est bien elle!

      [Je seconde. – Ysengrimus]

      • Belle orangeraie said

        Vous niez la possibilité d’une manipulation idéologique des ados par le marketing et la culture de masse?

        [ouf, mollo avec la grande conspiro du marketing. Le marketing t’éduque pas, t’endoctrine pas. Il s’arrime à toi. C’est une instance moins identitaire que parasitaire. Il te vend ce que tu veux acheter, rien d’autre. Et il fait tout pour flotter sur la vague de ce à quoi tu aspires. Tellement de romans, de feuilletons et de films ne vont nulle part, confirmant l’absence de pouvoir effectif des marchandiseurs. C’est pas SUPER-PAPA-RÉAC qui dicte le ton, d’en-haut. C’est le public, d’en-bas. C’est les masses d’un temps qui font vibrer le ton d’un temps. Si les gamines bouffent du Twilight, c’est qu’elles en veulent. Et c’est parce qu’elles en veulent qu’on leur en fourgue, pas le contraire. La compétition dans la diffusion des produits culturels est si forte de nos jours qu’on peut dire sans frémir que BIG BROTHER est mort. Et son petit frère, à la fois plus fluide et plus coriace, il s’appelle GIVE PEOPLE WHAT THEY WANT. – Ysengrimus]

      • Brigitte B said

        Bien voilà. Ysengrimus vous a répondu, Belle Orangeraie… nous confirmant en même temps que vous n’êtes pas ici pour tenter de nous vendre des jus de fruits!

  12. Vanessa Jodoin said

    Notons que le texte féministe important sur cette question, c’est plutôt celui-ci:

    http://www.lecinemaestpolitique.fr/saga-twilight-violence-conjugale-et-glorification-du-patriarcat/

    [Merci de ce lien, Vanessa. Je laisse mes lecteurs et lectrices juges de cette dénonciation détaillée et explicite de la saga TWILIGHT. – Ysengrimus]

    • Vanessa Jodoin said

      Mais qu’en penses-tu toi?

      [Il y a beaucoup de vrai dans cette analyse de contenu. On pourrait débattre de points de détails mais peu importe. On en revient principiellement à ce que je conteste ici, l’affirmation: « les filles, c’est pas bien pour vous ». Nous revoici dans le plaisir « coupable » de la journaliste précédemment citée. Bien. Culpabilisons encore donc, puisqu’il le faut. Sauf que, moi, je dis: ce chapitre est déjà écrit et il m’inspire deux observations de principe: 1) à quand une analyse féministe du Petit Prince qui en aurait bien besoin en trônant dans nos écoles mais, lui, s’en passe pour des raisons peu claires? 2) comment explique-t’on le succès tonitruant de cette œuvre, Twilight, et ses sous-produits? Par le discours involontairement démobilisateur du pessimisme militant (toutes les gamines d’une génération sont des réactionnaires néo-patriarcales que le phallocratisme fatal et vainqueur contrôle encore…)? Ou, comme je le fais ici, par une minimisation méthodique du poids significatif de ces valeurs vermoulues ET SURTOUT une amplification observée de la jubilation folâtre et inoffensive de la culture intime des filles les concernant. Le fait est que si le verrou « féministe » prend le relai contemporain du verrou patriarcal d’autrefois pour dire aux filles que non, c’est pas bien vos patentes de gamines, eh ben, quand est-ce que lesdites gamines trippent entre elles un petit peu, LIBREMENT, en se débridant et sans se policer? À mon sens il y a dans le discours de cette analyse un élément de libération de la femme qui manque: celui d’un regard sur ce grain de folie idéologique archaïsante qui confirme justement l’entrée factuelle en modernité et le caractère fictif de certaines configurations fantasmées. Libérer les jeunes filles, c’est pas leur dicter ex cathedra ce qu’elles devraient aimer ou pas aimer. C’est s’efforcer de comprendre le nerf de ce qu’elles aiment effectivement et ce, surtout dans ce qu’elles subvertissent en nous, subversions de nos analyses féministes inclues. – Ysengrimus]

      • Vanessa Jodoin said

        Ysengrimus, je te lis depuis un moment. Je fais pleinement confiance à l’authenticité de ton féminisme. Donc, ce que tu dis c’est oui, une critique féministe du contenu de TWILIGHT est possible, légitime, valide, mais que si les petites chèvres de Monsieur Seguin ont choisi de s’amuser avec le loup dans leur tête… pourquoi pas.

        [Voilà. En plein ça. Et c’est certainement pas moi qui va leur interdire de le faire en mobilisant, fatalement de haut, les critères d’une analyse intellectuelle de contenu, même valide. Twilight se démodera, à son rythme, comme le reste. Et ces jeunes filles devenues femmes se feront graduellement critiques et nostalgico-ironiques à son sujet… comme j’ironise aujourd’hui sur Squiddly Diddly et les Sentinelles de l’air. LIBÉRATION de la femme au sens fort, Vanessa, au sens non-didactique, au sens maïeutique… avec le beau risque que cela engage aussi pour nos certitudes adultes, un petit peu. Je l’ai eu moi, vieux mec, ce trip là. Pourquoi pas elles, aussi. – Ysengrimus]

    • Odalisque said

      Excellent débat, Vanessa, Ysengrimus. Vous présentez très bien les deux aspects du problème. Féminisme didactique VERSUS féminisme maïeutique. Il nous faut une dose des deux. J’y avais jamais pensé comme ça. Qu’est-ce que j’apprends des choses ici…

      • Cymbale said

        Moi, les histoires de couples mariés de beaux jeunes gens qui se tiennent et sont solidaires en amour, ça me fait rêver et ça me donne une impression positive de la vie. Idem pour les histoires où les hommes sont solides dans leur bottes pour coudoyer leurs femmes (ça me change vachement de la grisaille du monde réel, en plus!)… Le « féminisme » qui me donnerait comme soumise au patriarcat pour avoir fantasmé comme ça me trouverait sur son chemin…

        J’aime les fringues, les pompes et le mascara aussi, oh… ça fait de moi une phallocrate foutue? La barbe. Un certain « féminisme » d’époque s’est beaucoup nuit en attaquant frontalement la culture intimes profonde et sentie de celles qu’il prétendait défendre.

        Libération des femmes, libération du plaisir authentique des femmes. Tel quel.

      • Jujubelle said

        Je seconde Odalisque et Cymbale.

        Cymbale, je suis exactement comme toi. Féministe coiffée et manucurée et faut pas aller me faire chier, ni mecs ni nanas… Connais pas Twilight mais j’ai bien aimé le clip ici de la rencontre avec son vampire. Je vais m’informer d’avantage…

        Comme dit Ysengrimus: pourquoi pas?

      • Sylvie des Sylves said

        « Libération des femmes, libération du plaisir authentique des femmes. Tel quel. »

        Libération des femmes, libération de toutes les émotions authentiques des femmes. Telles quelles, en effet. En tout respect pour Ysengrimus et Odalisque, je dois ajouter que l’introspection autocritique, la culpabilisation prudente, l’hésitation circonspecte, la remise en question méthodique en font intrinsèquement partie. Les femmes ne foncent pas toujours directement dans leurs plaisirs. Elles mordent souvent dans du chocolat en jouissant tout autant de la transgression, du doute, de la subversion de leurs principes, de la terreur introspective même. Le fond coupable du plaisir coupable fait encore partie du grand tableau femme, pour un moment, pour longtemps, pour toujours peut-être. Alors à Twilight pourquoi pas?, femme, je continue de répondre quand même Twilight, pourquoi? et la roue de ma complexité existentielle de femme de continuer de tourner, libre, polychrome et lumineuse.

        [Sylvie, je ne peux que m’incliner respectueusement devant la puissance dialectique, la force radicale et la portée explicative d’un tel développement. – Ysengrimus]

      • Chloé said

        Je suis tout à fait d’accord avec vous, Sylvie. J’ai toujours considéré que, loin d’être une faiblesse ou une espèce de névrose, le réflexe autocritique féminin, la tendance à s’inquiéter de l’écart entre nos principes et nos plaisirs, fait preuve d’une conscience éthique très profonde que les hommes feraient mieux de cultiver.

  13. Caravelle said

    « … si les petites chèvres de Monsieur Seguin ont choisi de s’amuser avec le loup dans leur tête… pourquoi pas. »

    Excellente analogie, Vanessa. Belle image, puissante idée.

    [Je seconde. Une analogie visionnaire. – Ysengrimus]

    • Brigitte B said

      En plus, Vanessa, nous fait un aveu involontaire ici. Elle choisi de s’amuser avec le loupJacob Black!

      • Sophie Sulphure said

        Pas certain, pas certain. Rien n’est dit, ici… Edward Cullen a encore sa chance avec Vanessa!

  14. Lys Lalou said

    Moi je continue de croire en toi, Bella Swan…
    .

    Pensive-Bella_Swan

  15. Piko said

    Je suis un homme. J’aime Twilight et je suis pas le seul. merci Ysengrimus. Merci les filles. Et bonne continuation vampirique à tous et toutes.

    http://retourdactu.fr/2010/06/06/twilight-mais-pourquoi-on-aime-ca/

    [Merci, Piko. tu es un prince. – Ysengrimus]

  16. Tourelou said

    Fiction, Fiction…

    Les ados de toutes les décennies ont besoins de se mirer dans la fiction et un jour la maturité nous traverse derrière l’écran. La réalité frappe plus ou moins fort… la vie n’est plus du cinéma et les grands discutent de féministe, anorexie, violence conjugale, argent, conflits, politique etc… et la femme rêve toujours de son grand amour, le loup… garou!

    • Sophie Sulphure said

      Très vrai, Tourelou… ceci dit, bon, beaucoup de femmes adultes renouent avec leur miroir de fiction et s’abandonnent sans complexe à aimer Twilight

  17. Nannerl said

    De toute façon, malheureusement -ou, peut-être, plutôt, heureusement- la « vamp fiction » la plus féministe et, quant à moi, la plus réussie sur tous les plans resten celle qui a été conçue par un homme, à savoir Joss Whedon : Buffy the Vampire Slayer. Considérez en guise d’exemple, un des derniers monologues de la série, prononcé lorsque Buffy souhaite transmettre son pouvoir aux Potentielles:

    «Imaginez que vous avez ce pouvoir, maintenant, à chaque génération une Tueuse vient au monde parce qu’une bande de types qui sont morts il y a des milliers d’années ont fixé les règles du jeu. Ces hommes étaient puissants, et cette femme [Willow] est plus puissante que tous ces hommes réunis. Alors, changeons les règles de ce jeu. Moi je dis que mon pouvoir devrait être votre pouvoir. Demain Willow utilisera l’essence de la faux pour changer notre destin. À partir de maintenant toutes les Tueuses Potentielles qui attendent de par le monde deviendront des Tueuses. Toutes les filles qui attendent d’avoir le pouvoir auront ce pouvoir. Celles qui étaient soumises résisteront enfin. Les Tueuses, ce seront chacune d’entre nous. Faites un premier pas, êtes-vous prêtes à être fortes?»

  18. LaVacheEnragée said

    Je suis tout à fait d’accord avec vous, Sylvie, moi aussi.

  19. Hibou Lugubre said

    D’après Catherine Dufour, écrivain Française…Twilight aurait inspiré Erika Leonard James pour faire Fifty Shades of Grey!

    Dans sa chronique sur le Monde diplo qu’elle signe  »Pornographiquement Correct », elle nous apprend que Fifty shades of grey est le rejeton de Twilight mais qui inaugure une nouvelle ère celle du  »Mummy Porn » ou Porno pour maman…

    Intéressant, tout ceci…!

    Voici le lien http://www.monde-diplomatique.fr/2014/12/DUFOUR/51048

    Catherine Dufour possède aussi son site Web qui reprend le même article : http://catherinedufour.noosfere.org/

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s