Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

L’IMAGIAIRE VERGNER par LauBer (Paul Laurendeau, Allan Erwan Berger)

Posted by Ysengrimus sur 15 octobre 2014

Imagiaire vergner

Nous publions, Allan Erwan Berger et moi, L’Imagiaire vergner (pictopoèmes) chez ÉLP (2014). Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée présente trente images (qu’on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy suivies chacune d’un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l’image et la petite épigramme s’intitulaient tout simplement Le lapin, sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L’imagier prend la photo et l’intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi un papillon bleu sur une fougère ne s’intitulera pas Papillon bleu sur une fougère mais Dans la lande des langues. En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, mon imagier, qui est aussi un brillant écrivain, avance d’un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l’imagier.

Les photographies naturalistes d’Allan Erwan Berger se prêtent superbement à l’exercice auquel nous nous adonnons ici. Il est clair qu’un courant important de la poésie moderne évolue vers la miniature. Du temps d’Homère et aussi du temps de Malherbe on pouvait écrire des ouvrages entiers en vers. Victor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, ferment cette marche tonitruante de l’ode, de l’élégie et de la stance. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème aborde le monde du petit, du fin, de l’intériorisé. Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s’approprie, Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot le foufou autant que la langueur, le vague à l’âme et la sagesse. La poésie n’est plus un art majeur mais, de ce fait, elle est maintenant vraiment plus libre que jamais. Faire du vers libre, c’est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héritée à la plus improvisée, fonction du problème à régler. Nous avons procédé sans hésiter et sans se complexer. C’est pas le devoir qui prime. C’est le plaisir. La joie de la rencontre fatale, universelle, du mot et de l’image.

Vous trouverez ici du comique, du tragique et du lyrique. L’idée de bestiaire, insufflée par Apollinaire, se perpétue, se complexifie et s’affine car mon imagier est très proche de la nature zoologique et botanique. Sans être pastoral, tout ça, c’est certainement passablement bucolique. C’est un hymne inconditionnel d’amour joyeux pour cette nature si dense, si merveilleuse, si fantastique, si fragile, qui n’appartient à personne mais envers laquelle nous avons tous une cruciale responsabilité de déférence.

Venez avec nous rêver et rimailler, dans L’Imagiaire vergner.

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Commentaire de Ber (Allan Erwan Berger):

C’est un plaisir énorme de voir ce qu’un poète peut tirer des images que l’on a prises. Je me trimbale presque toujours, quand je suis en nature, avec un appareil à la main. Ce n’est pas compliqué, il suffit d’être vagabond, amoureux de tout, gourmand, le nez en l’air et le regard filant dans les coins. Les photos sont parfois bonnes, parfois mauvaises, mais rarement ratées: il suffit alors de promener dedans un recadrage, et l’on y découvre des scènes.

Il suffit ensuite que, avant d’offrir l’image ainsi constituée à son ami Laurendeau, Berger y promène le cadre d’un titre, pour que le poète y découvre alors des mondes, et nous les offre en retour.

Ainsi dialoguent les humains, en papotage sur les formes et les profondeurs de l’Univers. Leurs paroles se font lettres ou peintures, sculptures ou musiques, et c’est tout ça qui est l’Art et c’est pour ça que nous autres d’ÉLP vivons, baignant dans la chaude lumière des muses en farandole.

Les images viennent de France, les poésies sont du Québec.

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LauBer (2014), L’Imagiaire vergner, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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33 Réponses to “L’IMAGIAIRE VERGNER par LauBer (Paul Laurendeau, Allan Erwan Berger)”

  1. Caravelle said

    Magnifique. On peut lire un échantillon?

    [Voici toujours celui proposé par l’éditeur (au bas de cette fiche). – Ysengrimus]

  2. Sylvie des Sylves said

    Je ne retrouve pas les images dont Ysengrimus parle mais voici toujours les poèmes d’ALCOOLS (Guillaume Apollinaire)

  3. Casimir Fluet said

    C’est que ça s’appelle LE BESTIAIRE OU CORTÈGE D’ORPHÉE. Le voici, lu, avec les images:

    • Sissi Cigale said

      Pas mal… mais j’aime mieux l’imagiaire d’Ysengrim/Berger. Plus de couleurs dans les photos et dans les textes.

  4. Odalisque said

    Pourquoi se faire imposer le titre et l’image d’un autre pour écrire un poème?

    [Excellente question, Odalisque. Mon problème en poésie c’est pas l’indigence mais la surabondance. Je pourrais tellement écrire sur tout que ça cacophonise en masse et je n’écris plus sur rien, Et une autre journée passe, exempte de poésie. Avec les images et les titres de Berger, je me fais dire, comme le Petit Prince par l’aviateur: Tiens ça c’est la caisse, le poème que tu veux est dedans. Et alors, eh bien, au moins, il en sort un de la caisse, comme saute un mouton! – Ysengrimus]

    • Odalisque said

      Pense vite, alors. Écris moi un poème, ici maintenant. Dessine moi un mouton.

      Odalisque dans l’irisé

      Odalisque
      Prend le risque
      De la question posée.
      C’est l’annonce irisée
      Du flux ondoyant
      Luminescent
      Des curiosités
      d’Odalisque.

      Or, Odalisque,
      L’obélisque
      En ma psyché dressé
      Jette ses ombres
      Sans nombre
      Sur mes vérités cachées.

      Odalisque l’a voulu:
      Il a fallu parler.
      Vérités échancrées,
      Vous vous êtes envolées.
      Vous voici derechef toutes perdues
      En je ne sais
      Quel flux irisé,
      Si silencieusement fracassé.

      (inédit immédiat d’Ysengrimus)

  5. Fridolin said

    Ce qui est vergner c’est donc ce qui concerne l’aulne autour de certaines rivières françaises, oui?

    L'Aulne_à_Pénity-Saint-Laurent

    [En plein ça, mon Fridolin. La vergne c’est l’aulne et l’imagiaire vergner c’est le monde des images de l’entourage immédiat de l’aulne. – Ysengrimus]

    • Fridolin said

      Là où Berger va tirer ses shottes.

      [Là où Berger a tiré les shottes figurant dans ce recueil spécifique, oui. – Ysengrimus]

  6. Catoito said

    Et c’est où qu’il les a prises, ses photos?

    [Je le sais pas exactement, pour tout dire. Notons que la photo placée par Fridolin supra n’est pas de Berger. Elle est du tout cyber-venant… je suppose pour exemplifier le vergner. – Ysengrimus]

    • Catoito said

      Ça fait vachement poésie abstraite, alors, ta démarche.

      [Poésie imagière, oui, absolument. – Ysengrimus]

    • Mes photos viennent de ma vie, quoi dire d’autre ? Je musarde, j’avise une muse, je canarde.
      Cette idée de commenter en poème les images d’un autre est tout à fait déroutante pour l’imagier : voici qu’on lui produit de toutes nouvelles légendes ! On lui écrit d’autres souvenirs. C’est très aérant.
      Du coup, nous avons fait deux autres recueils sur le même principe, à paraître je ne sais pas quand.

      Mais Dieux, que Paul est prolifique ! Je crois qu’on a égaré le mode d’emploi et plus personne ne sait l’arrêter.

      Mille colimaçons molassons salivants harcèlent un molosse et l’assimilent en mélasse,
      Mais point Laurendeau, qui jamais ne trépasse ;
      On lui lance un mouton, il place une Odalisque.

      [Le modeste Berger oublie de vous dire qu’il œuvre en ce moment même à un quatrième imagiaire dont il écrit lui-même les textes désormais, sur ses images et des titres de Richard Monette. – Ysengrimus]

      • Magellan said

        C’est un OULIPO naturaliste, votre truc!

        [Quelque chose comme ça, oui. – Ysengrimus]

      • Sissi Cigale said

        Les filles, le photographe est là aussi. Oh, le gentil!

        [Et je vous signale que ses images de Cigales sont remarquables. – Ysengrimus]

      • Sissi Cigale said

        Ah oui? Je peux voir, je peux voir?

    • Ysengrimus said

      Bien voici:

      cigale2
      Photo: Allan Erwan Berger

      • Sissi Cigale said

        Oh superbe! Grand merci!

      • Bon allez on va faire de l’art en direct. Le loup, je t’envoie une photo. Quelqu’un trouve un titre, en se laissant aller en automatique, puis Monsieur Y. nous produira un texte digne des Noces barbares. Le tout c’est de s’amuser. T’as la journée de jeudi pour ton quatrain, Ysengrimus.

        03_800x450

      • Brigitte B. said

        Je propose: JE VAIS GLISSER! JE VAIS GLISSER!

        [Excellent titre, Brigitte. – Ysengrimus]

      • Ysengrimus said

        JE VAIS GLISSER! JE VAIS GLISSER!

        Je vais glisser! Je vais glisser!
        C’est pas marrant la vie d’insecte.
        Si un prédateur me détecte,
        Je vais me vexer! Je vais me vexer!

        Je vais chuter, de haute lutte
        Hors de la forêt des Carnutes,
        Plonger dans la réalité
        D’un photographe tertiarisé.

        Il me montrera à ses potes.
        Je serai son grigri, sa marotte.
        Je vais glisser! Je vais glisser!
        Et, fatal, me pérenniser.

        Je vais devenir arc-en-ciel
        Sur du papier ou des pixels.
        Puis on finira par m’oublier
        Dans un bouquin ou un fichier.

        J’y resterai la tête en bas
        Comme ce plongeur de Cacouna
        Qui allait se chercher des baleines
        Au fond du fleuve, à perdre haleine.

        C’est que je suis un aphorisme,
        Une vérité dialectique.
        Je suis un diam, une goutte, un prisme,
        Une forme de vie préhistorique.

        Je tiens, je bataille, je m’accroche.
        Je suis un hymne et un défi
        À ce qui est loin, à ce qui est proche.
        Je vis, je dis. Je meurs, je nie.

        Je vais me marrer! Je vais me marrer!
        En redisant cette épigramme
        Tout en continuant d’agripper
        Mes quelques mesquins milligrammes

        Sur cette feuille qui meurt déjà,
        À cette vie qui me dénigre,
        Sous cette brise qui soufflera
        Jusqu’à ce que les oiseaux émigrent.

        Je vais glisser! Je vais glisser!
        C’est pas marrant de vivre au bois.
        Je sens que me revoici proie.
        Je vais me barrer! je vais me barrer!

  7. PanoPanoramique said

    « C’est un OULIPO naturaliste, votre truc! »

    C’est une moulinette à savonnette, oui.

    [Oh, le vilain PanoPano. – Ysengrimus]

    • Caravelle said

      Monsieur Panoramique, je vous retrouve bien là tristement égal à vous-même.

      • PanoPanoramique said

        Oh, vous, la mijaurée des Carpathes, la paix!

        [Du calme, PanoPanoramique. Ou je caviarde. – Ysengrimus]

    • Donc !

      Une oulipette, si c’est une moulinette à savonnette…

      Alors…

      La télévision c’est la moulinette à illusions ;
      On a aussi les chiffres du chômage, vraie moulinette à enfumage ;
      Toujours dans les « age », il y a le bizutage, qui est de la moulinette à noir cirage, oh my gode ;
      Et puis nous avons la moulinette à balivernes, qui doit être, je pense, Jules Verne.

      Quant au fait de jeter ses chaussettes au mur pour voir si elles s’y collent (cf. T. Pratchett), c’est probablement en rapport avec la pratique de la moulinette à papier peint. Un peu fromager au début question arômes, mais en séchant ça fait une belle déco. C’est comme les palmiers : « c’est toujours bien » (Fontane).

  8. Gudule said

    Et cette couverture magnifique, elle est de Berger aussi?

    [Intégralement, oui. Photo, concept et réalisation. – Ysengrimus]

  9. PanoPanoramique said

    Bon, pour me faire pardonner, une vidéo de notre loup-poète en action…

    [Vidéo qui n’a pas que des amis au demeurant. Mais, bah, je leur donne tort et te donne raison. Sans rancune, PanoPano, vieille ganache. – Ysengrimus]

    • Caravelle said

      La mijaurée des Carpathes vous pardonne aussi, grâce à ceci, monsieur le Malotru Adorable.

      Ysengrim, vous pouvez nous poser le texte de ce très intriguant poème?

      [Avec plaisir, Madame Carava. une seconde. – Ysengrimus]

    • Ysengrimus said

      LA PLUS GRANDE DES POÉSIES

      C’est toi qui, avec tes grands bois
      Et ton lac froid, bleu et poli,
      Me demande des poésies…
      Comme si tu n’en possédais pas?

      Des poésies. Tiens, en voilà.
      C’est cet oiseau qui virevolte
      Comme une pensée de révolte
      Contre ce ciel et ce vent là.

      Tiens, c’est ce canot qui s’amuse
      À bringuebaler doucement
      En clapotant des vers dolents
      Dont ce lac désert est la muse.

      Tu me demandes des poèmes
      Quand les arbres, ces riches mains,
      Brassent le vent bleu et serein
      En te soufflant combien ils t’aiment?

      Tu oses vouloir un sonnet
      Quand le brin d’herbe pleure encor
      Son pleur de rosée à la mort
      D’une nuit qui brûle et se tait?

      Tu vas jusqu’à croire aux poètes
      Quand quelque galopin sylvain
      Taillade un éclat de rondin
      Pour te chanter une arbalète?

      Et tu cherches sur le papier
      Les lambeaux de l’inspiration
      Quand les taillis et les buissons
      S’écartèlent sous ton soulier?

      Mais ta main qui tient cette page,
      L’as-tu seulement regardé?
      Elle vaut cent mille épopées
      Cette esclave parfaite et sage.

      Et la plus belle des chansons,
      Tu la chantes chaque matin
      En prenant ta respiration
      Et que ça sent l’herbe et le foin.

      Et la plus belle des musiques,
      Tu l’entends quand le soir te serre,
      Ce sont les grillons en concert
      Qui te la servent, fantastiques.

      Et c’est cela qu’on doit geler,
      Qu’on doit enfermer sous le verre
      Des rythmes, des mots et des vers
      De nos poésies détraquées?

      Mais les poètes sont menteurs.
      Ne crois pas à la poésie,
      Sauf si celui qui te la lit
      Est le lapin blanc d’un conteur.

      Quand à moi, je suis un copiste
      Et mes mots sont de la fumée
      Crachée par la cheminée triste
      D’une cabane abandonnée.

      Et cette cabane, elle-même,
      Conventionnelle et délabrée,
      C’est la poésie dépassée
      Par ce qu’il y a dans les poèmes.

      Renonce à grignoter les livres
      D’où s’émiette l’évocation.
      Les plus éternelles chansons
      Ton environnement te les livre.

      Ne demande plus de poèmes,
      Écoute la plus pure lyre,
      La meilleure et aussi la pire,
      Cascader au bois de toi-même.

      Ouvre tes bras, juste comme ça,
      En te tournant vers les montagnes
      Alors, à travers la campagne,
      Le poème viendra vers toi.

      Et, quand tes pores dilatées
      Boiront l’orage de la vie,
      Dans ta chair ira s’imprimer
      La plus grande des poésies.

      • Mura said

        C’est pas la meilleure promo pour un recueil de poésie ça!

        [C’est la plus dialectique! – Ysengrimus]

  10. Tourelou said

    Un gargantuesque buffet.
    Merci.

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