Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

La paternité sans le patriarcat

Posted by Ysengrimus sur 15 juillet 2014

La masculinité sans le machisme et la paternité sans le patriarcat

La masculinité sans le machisme et la paternité sans le patriarcat

.

Ton enfant n’est pas ton enfant, il est l’enfant de son temps.
(vieil aphorisme parental)

.

En matière de parentalité, ma souplesse et ma décontraction personnelles et interpersonnelles ne font pas de moi pour autant quelqu’un qui serait molasse, tremblotant ou girouetteux. Ès parentalité, je suis rien de moins qu’un ferme doctrinaire. Sauf que je suis une doctrinaire à ma manière et je ne transige pas sur l’originalité et la radicalité de mes principes parentaux. J’inverse la paternité tout en ne l’abdiquant pas. Une gageure de tous les instants. L’envers de la paternité retournée mais préservée, c’est la lutte, sereine mais pugnace, pour être père tout en oeuvrant à l’indispensable destruction du patriarcat traditionnel. Instaurer l’autre paternité, c’est ça et c’est pas tous les jours facile. Mais sur ce, c’est pas tes enfants qui te font chier (eux, ils t’aiment, te comprennent et te prennent tel que tu es), non, non, c’est le conformisme social, puant et autoritaire. Dans le cercle, hautement commenté, de la parentalité, on exige, constamment, implicitement, comme si de rien, de vous que vous embrassiez des valeurs que vous ne retiendriez pas et que vous ne transmettriez pas. Pas de ça avec moi. Il faut avoir la tête dure pour moderniser la paternité. Et, pour tout dire et bien le dire… il n’y a rien de rose là dedans, au demeurant. Si cela porte une couleur, c’est celle du cramoisi de la rage et de la ferveur.  L’homme rouge, c’est moi, tant de par la couleur de mon sang que de par celle de mon drapeau, et honni soit qui mal y pense.

Voyons d’abord d’où nous sortons, si difficultueusement. Le père tend encore fortement, de nos jours, à dire: «Je suis le chef ou je joue plus». Comme il est plus le chef, parce que, peu impressionnés par elle, sa chefferie on s’en branle souverainement, lui, peu amène, il s’emporte. Il se casse ensuite, disparaît, et laisse la mère monoparentale chambranlante s’improviser père putatif (effort héroïque, louable mais voué au sort hautement hasardeux de ses limitations dans les encoignures). Bel agneau pascal, la mère seule au créneau fait alors les frais de sa mauvaise idée à lui: celle de sa fuite devant le réforme radicale de son être paternant. De ne pas avoir pu paterner à l’ancienne, sans s’assouplir ou se moderniser, le géniteur contemporain, trop souvent, abdique. Et l’agora de jeter les hauts cris. Le père abdique et la crise de la masculinité ne s’en résorbe pas pour autant. Il s’en faut de beaucoup. Le patriarcat, vieux, ancien, vermoulu, ayant été ce qu’il a été et ayant imprégné la masculinité aussi lourdement qu’il l’a fait, il s’avère, jusqu’à nouvel ordre, progressiste de s’éloigner des deux et régressant de s’en rapprocher. J’y peux rien, c’est une situation transitoire mais cela ne la rend pas moins fatale. Il n’y a pas de jugement axiologique là dedans, du reste, et il faut voir la chose un peu comme une rivière. Nager dans le courant et à contre-courant, sont deux démarches attestées mais engageant inévitablement deux investissements distincts en efforts… Nageons dans le sens de nos options fondamentales, donc. Sans faillir.

L’abdication du père, ce constat masculin, paniqué et désordre de la mort prochaine du patriarcat à l’ancienne, on nous bassine sans fins avec ses «effets néfastes». Il faudrait, chiale t’on dans les cénacles, mettre un frein à cette tendance. Elle hypothéquerait cruellement la valeur de la famille.… Pourtant, ce qu’on observe vraiment, c’est que quand le couple la joue vraiment 50/50, votre «valeur famille» entre en une saine mutation moderniste et les «effets néfastes» n’y sont tout simplement plus… Il faut donc séparer radicalement la paternité du patriarcat, tout en maintenant le père en place. Déchirante mais salutaire option. Il faut œuvrer à faire revenir la première (la paternité: qui a fui temporairement parce que justement paniquée, comme je ne sais quel rebelle sans cause), et bien caser le second dans son cénotaphe (le patriarcat: c’est une futile myopie réactionnaire que de confondre maladroitement et niaiseusement ces deux facettes-papas). Cela (maintenir la paternité, abolir le patriarcat) se fait en méthode et cela se fait dans l’appliqué. Voici donc, pour fins de saine synthèse, les six points doctrinaux qui me guidèrent, au cours de l’aventure de ma paternité sans patriarcat. Je vous en recommande impérativement, disons… six sur six.

1) Une reconnaissance de l’arbitraire immanent de l’autorité. D’abord et avant tout, la paternité sans le patriarcat fait un sort imparable à l’autorité. L’autorité transcendante est une fadaise, une lune lunatique d’autrefois. L’autorité effective est immanente, conjoncturelle, sociologiquement dictée, historiquement datée, limitée et arbitraire. C’est celle du gendarme, du surveillant, du pion, du tuteur, du gardien. Pas de gendarme, pas d’autorité. L’autorité bourgeoise, et le corps de contraintes détestables et fétides qu’elle entraîne, est un pis aller strictement concessif que le père moderne subit autant que son enfant, de par une loi extérieure dont il n’endosse pas la reconnaissance et ne revendique pas les (fausses) valeurs. Quand Reinardus-le-goupil me demandait, à dix-huit ans, si sa (première) blonde de seize printemps pouvait passer la nuit. Je levais simplement deux doigts en forme de V. Pour dire «deux» comme dans «dans deux ans». Dans deux ans, ta douce aura dix-huit ans et passera toutes les nuits qu’elle voudra où elle voudra. Pour l’instant, on transgresse ça, on a ses parents, les flics, la canaille bourgeoise mijaurée et la société conformisme-pourriture sur le dos. Désolé, gars, va falloir attendre, pied sur le bloc de départ et calendrier en main. «Illégal» dixit le gendarme suppôt pitoyable des classes dominantes. Aujourd’hui Reinardus-le-goupil va avoir vingt-et-un ans dans quelques jours, sa (nouvelle) blonde, la Dame à la Guitare en a vingt-et-un qui, eux, sonnent clair et cristallin. Et ils font tout ce qu’ils veulent, où ils veulent, y compris sous mon toit. Comme disait Joe Dalton (secondé par Lucky Luke): respecte la loi et la loi sera impuissante contre toi. Je méprise très densément l’autorité des pouvoirs bourgeois en place mais je me dois d’en faire sentir la présence malodorante et potentiellement nuisible à ma progéniture en quête de repères. Dont acte.

2) La non suprématie intellectuelle et physique du père sur l’enfant. Le père n’est pas le plus fort, il n’est pas le plus industrieux, il n’est pas le plus merveilleux, et il n’est pas le plus fin, il n’est pas le meilleur cuistot. Il gagne quand il gagne, perd quand il perd, s’essouffle, perd la mémoire, bafouille et a peur de tout ce qui bouge lourdement ou vite (si c’est le cas). Le père n’est pas omniscient. Quand il ne sait pas et apprend quelque chose de l’enfant, la formule respectueuse «Je l’aurais pas su, merci de me le faire découvrir» s’impose par-dessus toute autre. Cet aspect de la non suprématie intellectuelle et physique du père est absolument crucial, surtout si notre père-sans-patriarcat est un père de garçons. Ceux-ci sont foufous, remuants, agités, compétitifs et ils testent constamment le bonhomme. Le jeu est alors d’une simplicité implacable (et pourtant maints hommes y échouent lamentablement, par pur infantilisme victoriste). L’enfant perd, il perd. L’enfant gagne, il gagne. Point final. La sublime qualité aléatoire du jeu est à respecter dans sa cruciale intégralité. Pas de faux-fuyants, dans un sens ou dans l’autre. Corollaire important, crucialement dialectique et pas du tout paradoxal, il faut aussi apprendre à son enfant à tricher. Il ne s’agit pas de lui inculquer la tricherie comme valeur mais bien de faire un point doctrinal de fermement lui signaler l’existence de la tricherie, afin qu’il la voie venir et se pare correctement. Je n’oublierai jamais quand j’ai appris à Tibert-le-chat à tricher au poker, quand il avait une douzaine d’années. Franc salien pétri de droiture, de vérité et de rigueur, il le prenait très mal. Furibard, il exigeait que je cesse de tricher. Ouvertement menteur et fourbe, je m’y engageais, solennellement, recommençais implacablement, me dénonçais explicitement en fin de partie, et le cycle du jeu/triche recommençais, de moins en moins ludique au demeurant. Tibert-le-chat m’en a bien voulu sur le coup… mais adulte, il a vu venir les tricheurs de loin, y compris aux cartes. Dissoudre le patriarcat, c’est ne pas hésiter à salir les mains du père et ce, jusqu’aux aisselles. Le père est un adulte et l’adulte est un minable, un menteur, un mesquin, un pauvre gars ordinaire et sans envergure. Il faut que l’enfant l’apprenne, graduellement mais nettement. Pas de quartier. C’est la dure loi de la maturation relativisante. Il faut que tu croisses et que je diminue. Si cette découverte du père comme minus-adulte crucial ne se fait pas sous votre gouverne objectivement autocritique, eh bien, elle émergera sur le tas. On est pas moins minable ou pauvre type en cherchant à le cacher. Il est temps, pour le patriarcat mourant, de bien s‘en aviser.

3) L’égalité décisionnelle inconditionnelle entre le père et la mère. Quand un couillon de bambin venait insidieusement me quémander quoi que ce soit en loucedé, il rencontrait une réponse imparable: Si ta mère est d’accord, c’est oui. Si ta mère est pas d’accord, c’est non. Si Dora Maar, la maman du bambin en question, avait dit la même chose juste avant, on ne transformait pas l’affaire en boucle logique sans fin et c’était alors oui. Tout ça pour simplement dire que jamais je ne suis arrivé dans le dos de ma conjointe sur ses choix parentaux. Jamais. Une ligne parentale commune, un Front Uni du Salut de la Parentalité Collective prima toujours sur la satisfaction de mes propres petites conceptions parentales privées. Cette responsabilité féministe est incontournable pour un père combattant au quotidien le patriarcat. Car la société est encore de facto fortement à penchant patriarcal. La dissymétrie homme-femme, toujours présente, insidieuse, observable, attestée, palpable, résurgente, doit être méthodiquement contrée par un égalitarisme doctrinal strict et ferme. Les hommes qui revendiquent une remise en place «sacrée» de leur autorité flétrie que la femme aurait soi-disant corrompue et/ou compromise sont des masculinistes. Leur analyse est inadéquate. Leur panique «gynocrate» est élucubrante. Ils sont des patriarcaux résurgents, post-modernes, faussement de pointe, des néo-réacs ou réacs 2.0. et je conchie copieusement la copie faussement originale de ces pitoyables. Qu’ils ne me traitent surtout pas de mou. Ce sont eux les mous, qui effouèrent comme des garçonnets impressionnables sous le poids phallocrate de leurs idées reçues vieillottes et non avenues qu’ils sont même plus capables, au demeurant, d’imposer aux femmes ou à quiconque. L’égalité décisionnelle et émotionnelle entre l’homme et la femme dans l’intendance parentale est une contrainte d’acier. La laisser fléchir c’est la trahir et la trahir sera toujours tendanciellement favorable au patriarcat, qui continue de peser de tout son poids passif ambiant. Tant pis pour les néo-papa masculino-braillards. Je ne transigerai pas. Inutile d’ajouter que les enfants ont le droit de s’épancher librement, privément, intimement, et sans inquisition paternante aucune, dans le continent merveilleux de leur existence secrète avec leur maman, ce personnage absolument crucial. Quiconque enquiquine mes enfants quand ils le font, auront affaire à la férocité de mon inflexible paternité protectrice.

4) Le respect (sans réciprocité exigée) du père envers ses enfants. Je suis le serviteur de mes enfants. Pas le contraire. «Honore ton père et ta mère» est une foutaise théocrate pour imbéciles autoritaires surannés et que je méprise copieux. Honore tes enfants. Et si tu ne veux pas faire ça, n’en fais pas. Tes enfants ont pas le choix de t’avoir sur le dos. Tu as le choix de ne pas te les coller dans les pattes. Médite ça avant de te glisser entre les draps, Casanova. Ma maison sera la maison de mes enfants, toujours. Jusqu’à mon dernier souffle, jusqu’à mes ultimes capacités, je ferai tout ce que je peux pour servir mes enfants, pour m’articuler comme un instrument modeste et bien huilé de leur bonheur. Je réponds à leurs questions quand ils me les posent (surtout pas avant). Je leur dis merci pour ce qu’ils font pour moi (sans jamais ironiser le remerciement). Je vais leur chercher quelque chose quand ils me le demandent. Je les sers. Je ne fais rien pour les encombrer dans leurs aspirations ou leur nuire dans leur réflexion. Si mon fils est Oncle Bill, moi je suis Monsieur Félix. Si mon fils est Don Juan, moi je suis Sganarelle. Si mon fils est Jupiter, moi je suis Mercure. Le respect que j’alloue à mes enfants ne bénéficie que de la réciprocité de ce qu’ils me concèdent. Ils sont seuls juges à bord de mes mérites parentaux et quand, comme ils l’ont fait, ils me remercient de ce que je leur ai inculqué, je sais que ce n’est pas de la langue de bois veule car ils sont libres de m’insulter à leur guise (cela m’a toujours merveilleusement fait rire, au demeurant — leurs injures et leurs saillies sont d’une bouffonnerie peu commune). Je croyais Tibert-le-chat très fort de m’avoir insulté pour la première fois à cinq ans. Reinardus-le-goupil le battit à plate couture en m’insultant pour la première fois à trois. Ce fut, dans les deux cas, un bonheur anti-patriarcal sans mélange.

5) Une maïeutique parentale sans trucage et un libre arbitre effectif de l’enfant. Un enfant, même jeune, comprend haut et fort le message de ceux qui répondent toujours vrai, et sans trucage ou artifice, aux questions qu’il pose. Et vite, il posera les bonnes questions, sécurisé qu’il sera par la solidité rationnelle des réponses. Et il y a un principe qui est vieux comme Socrate. Quand un enfant pose une question, c’est qu’il est prêt pour la réponse, la vraie. Ne pas la fournir, la délirer, l’esquiver, ou la brouiller est un jeu risqué. Comment formuler la réponse? Simple. L’enfant vous fournira déjà le ton et le style dans la formulation de sa question. Sa question est le cadre pour votre réponse. Il vous guide par l’orientation de sa question. Répondez dans ce ton, ce style et à ce niveau, et ça tiendra parfaitement. Quand un développement plus fin sera requis, il reviendra avec une question plus fine. La première question qui me fut posée fut: «il y a quoi dans le trou du ciel»… Tibert-le-chat, par un soir sombre d’hiver, en revenant de la garderie pré-scolaire. L’angoisse était aussi tangible que devant n’importe quel site internet de monstres… mais on n’en aborda pas pour autant tout de suite l’intégralité de la configuration corpusculaire de l’univers. On répondit simplement, dans le style à gros grains et esquissé de la question même, qu’il y avait des planètes, tournant autour de soleils, des galaxies, des mondes flottant dans une sorte de grand vide très très vaste. Fuir ou mal gérer les questions n’est pas le meilleur chemin en direction des réponses… Je suis contre la doctrine inane du bébé-bulle mentale. Le fait est que si toutes les questions sont répondues calmement et sans jugement de valeur, l’enfant se tournera vers vous comme source cardinale d’info avant bien d’autres instances. Et si les enfants ne posent pas de questions sur certains points, c’est qu’ils trouvent les réponses par eux-mêmes (la civilisation de l’information, c’est ça aussi) et c’est là leur droit intellectuel le plus fondamental. C’est quand le libre arbitre effectif des enfants s’épanouira, sans manipulation, sans combine, sans crispation autoritaire, en toute maïeutique, que le patriarcat sera vraiment détruit à sa racine.

6) Le mépris militant, ouvert et tonitruant envers le patriarcat et la parentalité à l’ancienne. Les réacs de ma chevelue jeunesse me bassinèrent bien en leur temps en me servant leur petite diatribe ès parentalité qui se formulait grosso-merdo comme suit: «Tu verra bien quand tu aura des enfants. Tu abandonneras tes idéaux libertaires et tu deviendra un bon réac, comme nous. Tu verra». C’est désormais tout vu, j’ai rien vu et je vous emmerde. Les imbéciles et les arriérés chroniques du tout venant contemporain, qui ne cèdent pas leur place eux non plus par les temps qui courent, ajouterons à la complainte de mes réacs d’autrefois que de procéder comme je le décris, c’est manquer de fermeté, c’est renoncer à l’autorité parentale en bon bois brut d’antan, c’est basculer dans la molasserie contemporaine de l’enfant roi. Ils connaissent bien mal leur petit Ysengrimus illustré, ceux qui oseront s’imaginer, ici ou ailleurs, que je ne suis PAS un doctrinaire. J’en suis un, et un ferme, encore. Mais au lieu de peser sur mes enfants, en relayant minablement le conformisme ambiant, ce qui est facile, lâche, peu éclairé et intellectuellement faiblard, je m’arc-boute contre la société entière en lui intimant fermement qu’elle ne me dictera pas comment éduquer ces jeunes hommes dont elle voudrait tant faire sa future soldatesque, en se servant de moi comme de son relais. Il n’y a rien de rose ici, je le redis. C’est cramoisi et c’est rageur. Et que les licheux du fion du law & order se le tiennent pour dit: si j’élève mes enfants ainsi, je ne suis pas une idiosyncrasie. Je suis, comme tout le monde, un indicateur de tendance sociologique qui montre, dans les faits, que le patriarcat est foutu, qu’il se fissure, se fracture, qu’il va tomber et qu’on va pas pleurer.

Mon modèle, pour conclure, se synthétise comme suit: la masculinité sans le machisme et la paternité sans le patriarcat. J’ai juré de ne pas perpétuer le patriarcat. Ce genre de paternité là ne m’intéresse pas. Elle me débecte. Je la rejette par principe doctrinal. Comme j’ai tenu parole, ceux qui, eux aussi, n’en voulaient pas m’ont suivi… et ceux qui en voulaient sont allés le quérir ailleurs, comme ils en avaient aussi le droit… Ton enfant n’est pas ton enfant, il est l’enfant de son temps. Suis-je satisfait de ma parentalité? Oui. Mon programme de paternité sans patriarcat se poursuit et on m’a émis des satisfécits. Quand je fais des gaffes, ce ne sont pas des gaffes parentales. Exemple: je mange mon gras de cochon et m’attire des foudres de fils qui ne veulent pas perdre leur vieux trop «jeune», simplement parce qu’il est un cancre nutritif. On me surveille. Je suis aux abois. Je dois me planquer pour bouffer de la merde… Je n’agis pas en tant que papa, ce faisant. Strictement en tant que pingouin de base… le minus adulte candidement décrit précédemment, lui-même en personne. Changerais-je de place avec mon enfant? Non. Pas question de lui chaparder sa jeunesse. Aussi, vieille vesse, cela me va beaucoup mieux que jeune talent. Lui il fait jeune talent, moi je faisais petit freluquet. Je suis un canidé argenté. Faut s’assumer… Et, non merci, sans façon, pas de patriarcat dans mon écuelle ébréchée de paternité vieillissante.

Portrait de Reinardus-legoupil par son frère ainé Tibert-le-chat (circa 2001). Le moment le plus douloureux pour la paternité sans patriarcat c’est quand les fils se battent entre eux et compétitionnent ès cruauté...

Portrait de Reinardus-le-goupil par son frère ainé Tibert-le-chat (circa 2001). Le moment le plus douloureux pour la paternité sans patriarcat c’est quand les fils se battent entre eux et compétitionnent ès cruauté…

.
.
.

Publicités

24 Réponses to “La paternité sans le patriarcat”

  1. Sophie Sulphure said

    Sublime, Ysengrimus. magnifique. Oh, je meurs.

  2. Catoito said

    Il faut donc rejeter l’autorité sociétale contemporaine pour être un père sans patriarcat.

    [J’en ai bien peur. Quiconque endosse cette autorité de merde, sans validité civique et qui broie ouvertement des vies, ne le fait pas rationnellement mais par sacralisation autoritariste abstraite. Or, nos plis historiques étant ce qu’ils sont, la sacralisation autoritariste abstraite de l’homme qui a des enfants EST le patriarcat. Et ça marche pas. Point. Voilà. – Ysengrimus]

    • Willy Wauters said

      La sacralisation autoritariste de l’homme qui a des enfants tel que reprise du code Napoléon n’est qu’une des innombrables préjugés de voies sans issues codifiés en grandes séries par la société des standardisations (*)

      MAIS les mimiques des dialogues de la première enfance avec son papa et sa maman sont un héréditaire paysage mental encore beaucoup plus important que les autres configuration de sa présentation et du milieu ou il a grandi.

      Elles sont dénaturées pour ne déplaire à aucune des cibles d’associations de consommateurs requises pour les préfabrications en très grandes séries, parce que les amortissements investissements pour des images de marques sont moins taxés que les autres.)

      [On peut parfaitement faire un sort au patriarcat, sans se brouiller le genre… Ysengrimus]

  3. Caravelle said

    Moi c’est le point 3). Il est crucial et tellement bien dominé ici. L’égalitarisme homme-femme n’est pas une abdication de l’homme. Aucunement, aucunement. Et les femmes en ressentent tellement le besoin. Elles veulent garder et leur libre arbitre et leur homme.

    [Tout à fait et c’est leur droit incontournable, fondamental. Et la responsabilité masculine est cruciale ici. C’est ici que l’affront brutal et/ou la fuite veule peuvent tout faire capoter, le fait trop souvent encore, en fait. – Ysengrimus]

    • Vanessa Jodoin said

      Je seconde Madame Carava. Le développement sur les masculinistes est excellent et frappe exactement dans le mille. Rassurant qu’un homme produise une telle pensée. C’est notre Ysengrimus, on le connait. Mais c’est toujours une sorte de petite bonne surprise. Bravo pour ce texte fondamental.

  4. Fridolin said

    Qu’est qui selon toi est le mieux: un père patriarcal ou un père absent (mort ou en fuite).

    [Un père patriarcal (non abuseur ou molesteur, par contre). Un père absent, c’est la souffrance absolue. Un père patriarcal bon c’est pas vargeux mais c’est vraiment mieux que rien. On fait alors la part du feu. La grande réforme des sexages se fera à la génération suivante et tout est dit. Des petits retardataires, il y en a en masse dans les coins. Le top de l’horreur c’est le père absent vivant. Là, l’enfant se croit rejeté, c’est fatal et… bon… partiellement véridique. – Ysengrimus]

  5. Sissi Cigale said

    Considère tu la famille comme une valeur, Ysengrimus?

    [Non. Comme un pis aller. Cette institution archaïque perdure parce que, par pure indifférence affairiste, le capitalisme niaise à mettre en place un dispositif civique authentique (il ne le fera pas, en fait, sauf sectoriellement, sous la pressions des luttes de masses). Le ci-devant cercle familial cocon de protection contemporain n’existe que comme poche de résistance involontaire à cette vie d’exploité(e)s tertiaires aux « perspectives professionnelles » ruinées et absurdes. Noël n’est plus une fête ostensible de conformistes béats mais un party intimiste de résistants qui s’ignorent et qui se replient dans leur isba pour un peu oublier cette pourriture capi de merde. Idem: les vacances. Un jour, une vraie vie civique sociale, socialiste (ou l’équivalent futuriste) relâchera le dispositif familial qui perdra alors en crispation auto-protectrice et gagnera en amplitude d’ouverture. Les mutations de la « famille » ne sont pas terminées. Les plus grandes sont à venir, en fait. Le modèle localement régressant contemporain de ce dispositif homme-femme-enfant ne durera pas éternellement. – Ysengrimus]

    • Sissi Cigale said

      Donc la famille va disparaitre?

      [Un jour, oui, bien sur. Dis toi bien une chose, Sissi. Un homme ou une femme de 1820 verrait nos vies matrimoniales contemporaine et dirait déjà très ouvertement que la famille a disparue. Sa « famille » et la nôtre n’ont vraiment plus grand chose en commun… – Ysengrimus]

  6. le catholique-culturel said

    Et tu penses quoi de ceci?

    Papa_Maman_Belghoul

    [Du mal naturellement. Mais de là à devenir émotionnel, non. Satirique uniquement. Madame Belghoul et sa phalange en vivent trop, de nos énervements qui les « martyrisent ». Non, je juge, en conscience, que le baromètre hyper-réac a toujours un tout petit quelque chose de parlant. Les mutations fondamentales, dans leur dimension sociétale, partiellement intangible, suscitent des petits pétards réacs de ci de là qui justement parlent de progrès quand on les lit dans le bon angle. Madame Belghoul n’aime pas ce qui se passe et lance son cri diffamatoire. C’est presque un petit peu bon signe quelque part. Les réacs hurlent, la caravane de nos vie passe… À suivre, donc. – Ysengrimus]

  7. Gudule said

    Cette compétition de la cruauté entre tes fils, illustrée par ce dessin de 2001, est-ce qu’elle perdure aujourd’hui?

    [Non. Mes deux fils (nés en 1990 et 1993) sont tellement différents que, dans la vie civile, ils ne feraient tout simplement pas partie des mêmes cercles. Mais leur camaraderie de jeunes adultes est sentie et profonde. Le vrai touchant spectacle de la fraternité au sens fort. La guerre des frères n’a finalement pas eu lieu. C’est là une de mes grandes joies non-patriarcales. – Ysengrimus]

  8. Intéressant. Peut-être suis-je trop jeune pour en apprécier la pleine valeur par contre. Mon père et mon beau-père sont tous deux très loin du patriarche macho. J’irais même jusqu’à dire que le grand-père maternel de mon amoureux en est aussi très loin. J’avoue que cette question ne me préoccupe pas du tout dans la vie de tous les jours et j’en suis bien reconnaissante.

    Je voulais surtout vous mettre en garde contre la désinformation nutritionnelle. J’avoue être étonnée de vous voir vous conformez au discours ambiant sur ce sujet, vous qui êtes si souvent à contre-courant. Sachez que les gras saturés sont meilleurs pour la santé que bien des gras. Une diète faible en gras est nocive pour nous. Le cholestérol est essentiel à notre survie. Bref, mangez du beurre plutôt que de la margarine!

    [Oh! Merci du tuyau, Coccinelle! Il va me valoir bien des acquis politiques dans ma maisonnée. Il faudrait qu’on fasse une petite entrevue vous et moi, un jour, sur ces affaires écolos. Je sens que vous auriez des choses à m’apprendre. Et bravo à vos hommes. – Ysengrimus]

    • Merci du compliment! Vous parlez anglais n’est-ce pas? Alors ça va être un jeu d’enfant de vous convertir à ma secte. N’ayez crainte, c’est gratuit et ça rend heureux. Il ne reste plus qu’à trouver un endroit adéquat pour avoir la dite entrevue. Vous avez des suggestions?

      [Écrivez-moi et on en parlera: ysengrim.laurendeau@gmail.com]

  9. Marie Verne said

    Bon, et le divorce dans tout ça, Ysengrimus. Tu nous en dit quoi?

    • Ysengrimus said

      Du mal, Julie, mais de façon nuancée. Ce qu’il faut comprendre, et qu’on néglige trop souvent, c’est qu’il y a deux sortes de divorces: le divorce de couple (se quitter parce que le couple ne marche plus) et le divorce parental (se quitter parce que l’éducation commune d’enfants ne marche pas). La présence ou l’absence d’enfants étant un facteur finalement assez (trop) afférent dans le divorce, on finit avec un carré logique du divorce s’exposant comme suit:

      Divorce de couple, sans enfant
      Divorce parental, sans enfant
      Divorce parental, avec enfants
      Divorce de couple, avec enfants

      Alors je leur donne chacun leur petite récompense. Si vous devez absolument divorcer, voici votre lot de médailles:

      Médaille d’or: divorce parental, sans enfant. Il est parfait car il n’existe pas vraiment. Il est un objet logique sans existence empirique. Divorcer parce qu’on ne s’entend pas sur l’éducation de babis qu’on a pas encore, cela ne les traumatise certainement pas et, en fait, cela se ramène au cas d’espèce suivant.

      Médaille d’argent: divorce de couple, sans enfant. Encore très bon. Vive l’argent fin. Ça ne marche plus les amours, on a pas fait d’enfant. Adieu, merci, ce fut merveilleux tant que ce fut. Mais ce n’est plus, salut. Idéal quand le couple n’est pas marié (moins de chipotage gratte-papier). On a tous un peu vécu ça. Rien à redire.

      Médaille de bronze: divorce parental, avec enfants. Pas fameux mais encore un peu tolérable. Des gens qui eurent une belle harmonie de couple découvrent, dans le concret parental, qu’ils ont des visions éducationnelles fortement incompatibles. Leur amitié, le souvenir de leur harmonie amoureuse, permet des solutions relativement amiables. C’est le seul divorce légitime, à mon sens. Douloureux, emmerdant mais l’un dans l’autre, viable, surtout avec l’encadrement sociétal contemporain.

      Médaille de merde: divorce de couple, avec enfants. La voici, la catastrophe. Ils n’ont pas réglé leur crise de couple mais ont fait des enfants (éventuellement en croyant que ces derniers régleraient la crise de couple en question, ou pas). On impose aux victimes involontaires de la phases 2, la crise montée en graine de la phase 1. Ayant raté la solution médaille d’argent, on se sert des enfants comme pions dans une guerre de couple. Car on divorce ici parce qu’on se bouffe le nez en présumant (habituellement sans trop leur demander leur avis) que cela impacte éventuellement négativement sur les enfants. Ce divorce là, je le réprouve. Une thérapie de couple devrait être envisagée. Si ça se trouve éduquer des enfants ensemble calmerait le jeu. On ne l’envisage même pas. On éclabousse de notre infantilisme qui traine, la génération suivante. On ne grandit pas et on fait que de la merde. Pitoyable et nuisible.
      ____

      Alors quand on regarde la chose historiquement, on observe que la médaille de bronze (divorce parental, avec enfants) apparait souvent à cause de la présence d’une rigidité patriarcale non résolue dans l’équipe parentale. Alors que la médaille de merde (divorce de couple, avec enfants) est ouvertement et sciemment un artéfact conformiste. On est resté ensemble en ne s’aimant plus pour ne pas déplaire aux familles ou aux groupes de pairs et maintenant c’est les babis qui vont trinquer pour notre soumission sociale mal placée (forme de docilité infantile sur fond de petite peur bourgeoise) puis unilatéralement et abruptement fracturée.

      Alors divorcez tant que vous voudrez, les amis. Mais avisez-vous de la médaille que cela vous gagnera… et mordez la bien fort avant, pour bien en goûter tout le suc…

      • Marie Verne said

        Ouf, solide.

        Les deux types de divorces (de couple, parental) peuvent pas parfois s’enchevêtrer, se mélanger, s’alimenter l’un l’autre?

        [Oui, ce sont des tendanciels, des pôles de réalisation de dominantes de crises. – Ysengrimus]

  10. Ça me touche profondément.

    Jusqu’à mon dernier souffle, jusqu’à mes ultimes capacités, je ferai tout ce que je peux pour servir mes enfants, pour m’articuler comme un instrument modeste et bien huilé de leur bonheur.

  11. Chloé said

    Quant aux prétendus ‘effets néfastes’ d’élever un enfant en contexte monoparental, serait-il possible que ceux-ci soient plus liés aux réalités économiques souvent très dures de cette situation, et la marginalisation sociale et précarité des conditions de vie qui en découle, qu’à l’absence d’une figure paternelle en soi?

    Que le capitalisme tombe avec son géniteur, le patriarcat.

    [Une hypothèse à sérieusement considérer. – Ysengrimus]

    • Denis LeHire said

      Hmm… j’ai connu une femme à l’aise (qui n’avait pas à travailler), mère monoparentale qui déplorait le manque de modèles masculins dans la vie intime de ses enfants des deux sexes. Le patriarcat, elle en voulait pas mais l’homme lui manquait pour ses enfants… Et elle s’en affligeait.

  12. Tourelou said

    Rien de plus triste qu’un père manipulateur envers son fils et sa famille. Vive le libre arbitre. Vous me semblez exemplaire dans le domaine parental et dans votre rôle d’humain aussi.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s