Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

COÏNCIDENCE…

Posted by Ysengrimus sur 1 avril 2011

Qu’on le constate froidement ou qu’on cherche à la nier, l’idée de coïncidence nous hante tous, à des degrés divers. Il s’agit, je ne vous apprend pas ça, d’une concomitance ou d’une succession fortuite d’événements dont la configuration est si harmonieuse et surprenante, dans son élégance, son équilibre, sa symétrie, autant que dans son imprévisibilité et son improbabilité, que l’on est comme irrésistiblement poussé à en inférer des causalités profondes ou secrètes, parfaitement inexistantes. Les coïncidences, dans l’ambiance exempte de sacré et de magie de notre temps, ont souvent tendance à susciter de fortes poussées d’irrationalité (grimées faussement en «vérités scientifiques») dans les esprits impressionnables et à leurs faire délirer des configurations secrètes de l’existence sociologique ou cosmologique, parfaitement non étayées.

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La toute première coïncidence qui marqua mon imaginaire débridé est celle de la si fameuse dualité Lincoln-Kennedy, que je découvris dans un petit journal de faits insolites quand je devais avoir quinze ou seize ans (vers 1973 environs). Je tapai pieusement ce texte à la machine à écrire et le gardai dans mes poches de collégien pendant de longues années, le montrant au tout venant et recueillant les réactions, tant irrationnelles que rationnelles, qu’il ne manquait pas de faire pétarader. Je vous le livre ici, sans vérification (il n’est pas intégralement fiable du point de vue des faits, point s’en faut), pour protéger l’origami fragile du montage coïncidencesque.

La dualité Lincoln-Kennedy. Notez que, dans cette cascade de coïncidences célèbre, tout n’est pas immédiatement vérifiable (je pense aux noms des secrétaires des deux présidents notamment, qui, je dois le dire, me laissent fort sceptique) et il y a une bonne enfarinade de faits fortuits inclus uniquement pour épaissir la sauce (deuil maternel des épouses, implication des deux victimes dans les droits civiques, zigomars aux noms commençant par la lettre G). La version originale de ce document donnait d’ailleurs Lincoln et Kennedy comme étant les deux seuls présidents américains à avoir été assassinés, ce qui est une fausseté factuelle (James Abram Garfield fut assassiné en 1881, William McKinley fut assassiné en 1901, tous les deux par arme à feu). Les dates, incroyablement symétriques, et les nombres de lettres sont eux, pas contre, parfaitement retracables, pour ce que cela change dans la grande équation des choses…

– Morts assassinés, John Fitzgerald Kennedy et Abraham Lincoln sont deux présidents majeurs qui ont dû résoudre des questions de droits civiques au cours de leur présidence.

– Lincoln est entré au Congrès en 1846 et a été élu président en 1860. Kennedy est entré au Congrès en 1946 et a été élu président en 1960.

– Lincoln et Kennedy ont tous les deux été mis en nomination, pour leurs investitures respectives, par un homme dont le nom commençait par la lettre G.

– Les successeurs de Kennedy et de Lincoln s’appelaient tous les deux Johnson. Ils étaient tous les deux des sénateurs démocrates du sud. Le successeur de Lincoln, Andrew Johnson, est né en 1808.  Le successeur de Kennedy, Lyndon Johnson, est né en 1908. Tous deux sont morts une décennie environ après l’assassinat des deux présidents, soit en 1873 pour Andrew Johnson et en 1973 pour Lyndon Johnson.

– L’assassin de Lincoln, John Wilkes Booth, est né en 1839. L’assassin de Kennedy, Lee Harvey Oswald, est né en 1939. Ces deux assassins étaient des extrémistes du sud adhérant à des idées impopulaires. Ils ont été eux-mêmes tous les deux assassinés par arme à feu, sans jugement.

– L’assassin de Lincoln a tiré sur le président depuis un théâtre et s’est réfugié dans un entrepôt. L’assassin de Kennedy a tiré sur le président depuis un entrepôt et s’est réfugié dans un théâtre.

– Lincoln et Kennedy sont morts un vendredi, en présence de leur femme, d’une balle tirée dans le dos et dans l’arrière de la tête, en une année impaire des années 1860 (1865 pour Lincoln) et 1960 (1963 pour Kennedy).

– Les épouses des deux présidents ont perdu un enfant alors qu’elles résidaient à la Maison Blanche.

– Le secrétaire de Lincoln, qui s’appelait Kennedy, lui recommanda de ne pas aller au théâtre. Le secrétaire de Kennedy, qui s’appelait Lincoln, lui recommanda de ne pas aller à Dallas.

– Les noms Lincoln et Kennedy contiennent chacun 7 lettres.

– Les noms Lyndon Johnson et Andrew Johnson contiennent chacun 13 lettres.

– Les noms John Wilkes Booth et Lee Harvey Oswald contiennent chacun 15 lettres.

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Les quatre (ou cinq) coïncidences personnelles de Paul Laurendeau. Sur un modus operandi beaucoup moins douloureux, moi aussi j’ai vécu mon lot personnel de coïncidences sidérantes. Je vous les livre ici. Faites–en ce que vous en voulez. C’est du vécu pur sucre. Garanti sans défaut, ni enjolivure. Ceci dit, il faut bien le dire, j’ai aussi vécu des centaines de milliers d’autres événements, isolés ou combinés, qui étaient, eux, exempts de la moindre coïncidence.

1-     Je viens juste d’être embauché par une université anglophone de Toronto et vais devoir donner un cours de français dans lequel un ouvrage spécifique est à l’étude. Ne connaissant pas encore la ville et surtout, ne sachant pas où on achète des ouvrages en français à Toronto, je gamberge depuis un moment au sujet de cet ouvrage en français que je vais devoir dénicher d’une façon ou d’une autre, afin de pouvoir préparer mes séances. Je suis dans le métro de Toronto, dans un recoin de cette ville de trois millions d’habitants situé bien loin de la fac, et je rumine cette idée, donc. Sur un des embarcadères de transition entre les rames, je croise une jeune femme. Elle tient à la main fort ostensiblement exactement l’ouvrage que je cherche. Sidéré, je l’aborde. Elle m’explique qu’elle suit le cours que je vais commencer à donner dans quelques jours (dans l’université où j’enseigne mais dans une autre section. Je n’ai jamais revu cette personne) et elle m’indique où aller me procurer l’ouvrage recherché.

2-     Je suis dans le métro de Toronto, station Union, la station de métro qui raccorde avec la grande gare ferroviaire Union, et voilà que sortent d’une rame, une demi-douzaine de touristes français. Ce sont des monsieurs et des madames Tout-le-Monde charmants, bien hexagonaux de leurs personnes. Ils cherchent leur chemin au centre-ville de Toronto, en s’informant au tout venant, dans un anglais difficultueux. Je les aborde en français et me propose de les aider à trouver ce qu’ils cherchent. On fraternise et, en bavardant, ils m’expliquent qu’ils font un grand voyage de tourisme de cinq semaines qui les mènera dans quatre provinces canadiennes, dont, naturellement, le Québec. Aucun détail plus fin ne m’est fourni sur leurs pérégrinations des prochaines semaines. Je les quitte et n’y repense plus. Trois semaines plus tard, je me dois de me rendre à Québec pour un colloque. Je viens juste de descendre de mon train à la gare de Sainte Foy et je me tiens devant un autre train, cherchant un peu mon chemin. Qui descend du wagon qui est fortuitement tout juste devant moi? Ma demi-douzaine de touristes français de la Ville-Reine. Nous éclatons de rire tous ensemble, comme des bossus, parfaitement sidérés par ce moment incroyablement insolite.

3-     Je suis dans le RER à Paris, à la station Maubert-Mutualité, pendant une grève de la RATP. Le service est réduit et le quai du RER est archi-bondé. Un foule résignée et incroyablement compacte se presse pour tenter de s’enfourner dans les rares rames que les services essentiels maintiennent en fonction. Une indienne en sari contourne d’autres personnes et s’avance directement vers moi, non sans avoir navigué et joué des coudes dans la masse des chalands pour me rejoindre. Elle me demande en anglais la direction pour la Place de l’Étoile. Je la lui indique et, un peu interloqué quand même, je lui demande pourquoi elle a fait ce détour évident dans la foule pour venir s’adresser spécifiquement à moi. Elle m’explique, en toute simplicité, qu’elle avait juste le sentiment, sur la foi de mon apparence, que je parlais anglais. Quatre jours plus tard, à Roissy, je monte dans l’avion me ramenant à Toronto. Qui vient s’asseoir à côté de moi et partage en ma compagnie une conversation de voyage fort agréable? Mon indienne en sari de la station de RER Maubert-Mutualité. Son sourire est radieux mais elle n’a même pas l’air sidérée, contrairement à moi.

4-     Encore le métro de Paris, mais cette fois-ci, il est deux heures du matin et ses corridors labyrinthiques sont complètement, sidéralement et intégralement déserts. J’y marche depuis de longues minutes, mes pas claquant en écho sur le sol. Je vais, suivant les indications si précises de ce superbe dispositif de transport public et je ne rencontre pas âme qui vive. Paris est une ville de dix millions d’habitants et, cette nuit là, il n’y a vraiment personne dans son métro. Vais-je rentrer à la Cité Universitaire sans avoir coudoyé le moindre chaland? Non, tiens, je finis par rencontrer, au hasard de cette intrication de vastes corridors vides, un couple d’un certain âge, qui s’étonne autant que moi que tout soit si intégralement désâmé. On fraternise, inévitablement, en rase campagne comme ça. Or, non seulement ce sont deux québécois, ce qui était encore passablement rare à Paris à cette époque, mais en plus, ils connaissent un bon copain à moi avec qui j’ai fait mes études de premier cycle universitaire, dans les glorieux Cantons de l’Est, et que je n’ai pas revu depuis des années. Je ne vais pas vous enquiquiner avec des histoires intempestives de probabilités statistiques, l’anecdote parle d’elle-même.

5-     À ce point-ci, il faut ajouter une cinquième coïncidence, une coïncidence de coïncidences en quelques sortes. Toutes ces grandes, ces immenses coïncidences de ma vie ont eu lieu dans les transports publics… Et de fait, pour la jouer ici comme dans la dualité Lincoln-Kennedy, toutes ces grandes coïncidences de ma vie impliquèrent des rencontres (quatre fois), à Toronto (deux fois) et à Paris (deux fois), soit avec des femmes plus jeunes que moi (deux fois, une à Toronto, une à Paris), soit avec des couples plus vieux que moi (les deux autres fois. Un couple une fois à Paris, plusieurs couples l’autre fois à Toronto et Québec). Y eurent un rôle à jouer soit la foule (une fois), soit l’absence de foule (une fois) ainsi que le passage vers un autre mode de locomotion (deux fois: le train et l’avion). Ces coïncidences impliquèrent en plus soit une rencontre se réitérant (deux fois) soit une rencontre ponctuelle unique (deux fois). S’y manifestèrent une interaction cordiale avec des gens que je n’ai jamais revu dans tous les cas, un rapport à la langue française (deux fois), anglaise (une fois), ou à aucune langue spécifique (une fois). Inutile de dire, pour conclure en grande, que j’ai respiré soit par la bouche, soit par le nez, soit les deux, dans tous ces cas, que j’ai cligné des yeux dans tous ces cas, et que mon cœur ne s’est arrêté de battre dans aucun de ces cas. Voilà. Vive les coïncidences. Elles instillent un insolite bien durillon, dans l’existence la plus mollassonne.

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Les coïncidences instillent un insolite bien durillon dans l’existence la plus mollassonne …

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9 Réponses to “COÏNCIDENCE…”

  1. Catoito said

    Pour une raison obscure et occulte, Ysengrimus, j’ai le sentiment que ta série de coïncidences de vie n’est pas un poisson d’avril. Cela fait trop vrai, trop juste.

    [Et tu as raison, Catoito. Si j’ai choisi le premier avril pour ce thème hautement irrationnel, c’est pour mettre en relief la fausseté… du caractère non fortuit des coïncidences du type de celles que j’exemplifie. Les coïncidences arrivent, certes. Je les ai rencontrées, je me suis amusé sans complexe de leur charme bizarre et… tout fut dit. – Ysengrimus]

  2. Tourelou said

    Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous, Paul Éluard l’a déjà écrit et Diane Dufresne le chante.

    Dernièrement j’ai revu une grande amie d’enfance lors de funérailles ayant aucun rapport avec elle pensais-je… Mais imaginez donc qu’elle est la directrice du collège du défunt jeune homme, ce n’était pas une coïncidence. C’est que plus la vie défile plus le probable de se revoir se multipliait. Heureux hasard et vivement les hasards car il fût un temps où je croyais à une destinée tracée d’avance, mais plus maintenant.

    Merci pour ce brillant rendez-vous du poisson d’avril.

  3. Tsilikat said

    Aiguillages ferroviaires, appareillages aériens, délicates boucles urbaines, jumelages souterrains… Muse Coïncidence semble soigner ses Voyageurs.

    Et quel magnifique billet-Ponton!… pouvant suggérer cette réflexion au lecteur accostant dans la baie: « quels hasards de ce type ai-je moi aussi vécus? »

    En vous priant d’excuser l’irrépressible et vaguement honteux plaisir de se raconter… je me lance :

    20 ans, je suis en Suisse, sans papiers, ma copine savoyarde fait des « gros sous » comme guide touristique, et moi, j’erre dans les jolis parcs de Genève, en tentant d’esquiver le regard suspicieux des boulangères. La connaissance qui nous loge m’oblige à libérer l’appartement dès son départ au travail le matin.

    Mais je fais des rencontres: Kitchie, une brésilienne et sa clique admirable, elle fait des trucs en cuir, pose nue devant les peintres, arrondit sa pelote en francs suisses, avant d’aller acheter son nécessaire à bijoux, à Paris, et s’envoler pour d’autres voyages. Avec elle, jamais loin, il y a aussi Beto: un brésilien de bonne famille venu en Suisse pour ses études d’agronomie; beau gosse, aimable, il parle un bon français avec l’accent suisse… il a toujours eu de l’humour.

    Je les perds de vue, je les oublie, vis à Hong Kong près d’un an. Puis, pour « maîtriser » l’anglais (est-ce seulement possible _Sourire?), me voilà, toujours avec ma copine, dans le « tube » de Londres, en quête d’une piaule qui serait jouable.

    L’étroit boyau fait une courbe, et voilà Kitchie et Beto juste en face de nous sous le pavé londonien. Là où ils logent, il reste une chambre et c’est moins cher.

    Si ça coince, Danse!

    [Superbe. Chapeau – Ysengrimus]

  4. Sophie Sulphure said

    Mon grand-papa a une piécette d’UN CENT des Iles Malouines, frappée l’année de la Guerre des Iles Malouines (1984)… C’est la seule unité monétaire des Iles Malouines que j’ai jamais vue de ma vie et il faut qu’elle date du moment où les Iles Malouines se sont retrouvées (involontairement) sur la carte mondiale…
    SoSo

  5. Jimidi said

    Très étonnant, tout ça… Sur la partie AL/JFK, j’ai ri en lisant : « L’assassin de Lincoln a tiré sur le président depuis un théâtre et s’est réfugié dans un entrepôt. L’assassin de Kennedy a tiré sur le président depuis un entrepôt et s’est réfugié dans un théâtre. » Dans la partie plus personnelle, on ne peut être que frappé par le décor de tes coïncidences: des lieux de correspondances… C’est en général dans de telles circonstance qu’on lance : « Le monde est petit! » Hi hi!

  6. Entre le hasard et la nécessité. j’aime bien placer le mot coïncidence qui n’a rien d’un mot coincé.

    Par ailleurs, je vous ai fait monter dans le Train de nuit. Cordialement.

    http://jack-jackyboy.blogspot.com/2011/04/harper-frederic-portraitiste-de.html

    [Grand merci. – Ysengrimus]

  7. Valery said

    Je me promène à l’automne, dans un sentier pédestre à Sainte-Louise dans le Bas Saint-Laurent. Le soleil d’automne resplendit et j’ai un moment de pur bonheur. Voilà que je me rend compte que des dizaines de coccinelles sont sur mon manteau de polar, et moi je les observe avec amusement (…).

    Le lendemain je me fait tirer au tarot, par simple amusement, n’ayant parlé de mon aventure à personne. Voilà que la carte que je sors qui représente mon « présent » est une carte d’un homme avec pleins de coccinelles sur lui qui représente la sagesse (ce n’est pas que la coïncidence – que le fait d’utiliser le tarot – un truc de grand-mère – qui rend la chose particulière).

    Le côté rationnel devrait vous dire: nous vivons à chaque jour des millions d’évènements, des regards, des rencontres, des objets, des personnes que nous côtoyons font des « évènements ».

    Lorsqu’une suite d’évènements se reproduit, cela est toujours surprenant.

    Autre exemple, en jouant à un jeu de société, pour décider du premier à jouer, il fallait lancer un dé et le plus fort commençait. Voici l’improbabilité probable qui se produit: nous lançons tous, à tour de rôle, un « 6 » sur le dé. Et le tour suivant, nous lançons tous un « 1 »… Étant quatre joueurs, la probabilité de cette séquence était très faible, soit (1/6)exposant 8 = 0,00006%. Mais vu que nous vivons des millions d’évènements par jour… on multiplie les faibles probabilités par un grand nombre et ça nous donne de bonne chance de vivre certaines coïncidences.

    Mais moi parfois je préfère taire la rationalité et me dire qu’il y a parfois un peu de magie dans notre monde.

  8. Jimidi said

    Non, mais là, on est au-delà de la coïncidence, on passe dans une autre dimension, celle du signe peut-être, mais comme je ne sais pas l’interpréter, je te laisse juge…

    Pour apprécier la suite, il me faut te parler un peu de mon petit papa qu’il est mort (l’année dernière). Il a passé toute sa vie professionnelle auprès des mineurs délinquants et oui, moi aussi, mais plus tard. D’ailleurs, c’est bien parce qu’il était là-dedans que j’y suis vu qu’à l’époque où j’avais VRAIMENT besoin de bosser, comme tout le monde, j’ai d’abord tapé dans le réseau des proches.

    Papa Guy était alors à la toute fin de sa carrière, directeur régional de ce qui allait devenir mon employeur pour le paquet d’années suivantes. Mais ce qu’il faut que tu saches, pour faire court, c’est qu’à partir du début des années cinquante et jusqu’à l’aube des années quatre-vingt, il a gagné du galon et progressé dans sa carrière en restant sur le même site. « Le centre » comme on disait alors au village. Je ne sais pas s’il y a été éducateur, peut-être chef de service, puis directeur, mais quand il est passé directeur départemental, c’était encore au même endroit, au point 45° 48’ 56.30’’ N, 4° 50’ 36.35’’ E où après des années de vicissitudes institutionnelles, demeure encore un foyer accueillant des adolescents délinquants.

    Autant dire que s’il apparaissait que ce bâtiment fut hanté, j’ai une petite idée sur l’identité du fantôme…

    Or ce jeudi 24 novembre 2016, une bonne partie de la profession était en grève. Mais dans nos foyers d’hébergement, quand il n’y a plus assez de personnel non-gréviste pour assurer la sécurité des locaux et des mineurs confiés, on fait appel à des volontaires – il n’y en a jamais – et à défaut, on oblige des gens. Cette fois, ça m’est tombé dessus. Probabilité voisine de zéro. Ça n’était jamais arrivé à quelqu’un de mon unité. Ça ne m’était jamais arrivé non plus en bientôt 40 ans de carrière.

    J’ai dû aller prendre le service au « Centre » de 15 heures à 22h30. Et là, tu te dis, oui, bon, à la toute fin de sa carrière, et pour la première fois, il a été obligé d’aller faire son boulot d’éduc là où son père a passé sa vie à faire le sien. Et alors ?

    Alors, dans ma boite aux lettre, aujourd’hui même, pas hier, pas demain, il y avait une grande enveloppe contenant un acte notarié sobrement titré : succession Guy Dutey.

  9. Serge Morin said

    Voici une version beaucoup plus sophistiquée de la coïncidence Lincoln-Kennedy. Surprenant (en anglais).

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