Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Pourquoi l’implicite lesbien cinématographique continue-t-il de rester justement si… implicite?

Posted by Ysengrimus sur 15 mai 2010

Ben-Hur (1959)

Il y a un demi-siècle ou plus, nous vivions l’âge d’or de l’implicite homosexuel masculin au sein du cinéma hollywoodien. Souvenons-nous allègrement de tous ces films A, B et C ou des gros types, musculeux et ardents, au corps luisants et en sandales et jupettes romaine étroites, se jetaient des regards langoureux et s’étreignaient de facto, tout en affectant de se bagarrer ou de lutter pour des causes antiques toutes plus ou moins turlupinées et obscures. Un des chefs d’œuvre du genre fif-rentré-faisant-dans-l’implicite-strict reste sans conteste le tout ostentatoire Ben-Hur (1959). Revoyez le, sereinement et avec le sain recul, à la lumière de l’hypothèse d’une dimension homo intégralement secrète et inavouée. De plan en plan, tout évidemment, l’évidence n’en arrêtera pas de vous paraître si évidemment évidente.

C’était aussi l’époque héroïque où les Cary Grant, Rock Hudson, Marlon Brando, Laurence Olivier, et tant d’autres dans l’espace hollywoodien, vivaient leur homosexualité ou leur bisexualité dans le maquis le plus opaque, en niant tout, copieusement et intégralement quand on les serrait de trop près, poursuites légales et tordages de bras juridiques à l’appui si nécessaire. Les mariages de convenance de vedettes masculines pleuvaient comme à Gravelotte et les mémoires, verbales ou écrites, de leurs veuves et divorcées vieillissantes, toutes plus ou moins furax d’avoir été utilisées et instrumentalisées ainsi, n’en finissent plus aujourd’hui de jeter une lumière crue et laiteuse sur cet autre temps glauque et ces autres mœurs insidieusement sexistes. Époque révolue, et, bon, on ne va pas pleurer. De nos jours les personnages homosexuels hommes se déploient avec de plus en plus de complexité et de richesse dans le cinéma mainstream hollywoodien et les couples masculins fleurissent dans tous les secteurs visibles de la cinématographie de masse, comme dans ceux du reste de la société capitaliste. L’implicite au premier degré d’homosexualité masculine, et toute la tension torride, secrète et subtile l’ayant accompagné, n’est plus. Il est devenu un explicite vrai ou factice, juste ou cloche, vif ou foireux, original ou stéréotypé, serein ou tumultueux, accepté ou combattu (par les navrants combattants d’arrière-garde qui traînent toujours de ci de là), mais c’est un explicite bien explicite. On fera encore certainement beaucoup de films SUR la crypto-homosexualité masculine, qui reste encore un thème hautement sensible dans nos sociétés, mais il est fort improbable qu’un film hollywoodien SOIT LUI-MÊME désormais crypto-pédé. L’implicite cinématographique d’homosexualité masculine a vécu.

Or, qu’en est-il tant de l’implicite lesbien? Suit-il, à la remorque (selon la fausse idée tenace et répandue d’une sorte de similarité abstraite des deux grandes homosexualités) ou développe-t-il sa propre dynamique autonome? Oh, certes, la télévision et le cinéma contemporains affectent de nous présenter un grand nombre de lesbiennes explicites, qui s’étreignent, s’embrassent se dorlotent et se câlinent langoureusement, à tire-larigot et à qui mieux mieux. Une toute pudique discrétion m’oblige à ne pas vous citer ici le courrier de lesbiennes effectives qui expriment à Ysengrimus toute la révolte et la révulsion que leur suscite ce pseudo lesbianisme de toc pour exciter les mecs. Je n’ai pas besoin non plus de vous démontrer par A plus B que les fantasmes masculins hétérosexistes sont bien plus une entrave et un emmerdement pour la saine évolution de la (vraie) dynamique d‘explicitation des ci-devant «gouines» que les fantasmes féminins hétérosexistes n’avaient été un emmerdement et une entrave pour l’évolution de la dynamique d’explicitation des ci-devant «tapettes». Les pédés de jadis combattaient un rejet, solide, compact, dense, frontal. Ils crevèrent courageusement ce plafond de verre et tout fut dit. Les lesbiennes, de jadis et d’aujourd’hui, combattent, au contraire, une prétendue acceptation, onctueuse, fallacieuse, molasse, minette, pseudo-moderne, faussement libertaire, illusoire, aliénante et gluante. C’est beaucoup plus délicat, compliqué et emmerdant de forcer et de pousser contre une mélasse pareille. Beaucoup de lesbiennes sont donc de fort méchante humeur, sur cette question cruciale. Il semble bien qu’on leur dicte une norme sur, justement, comment sortir des normes et que cela ne leur aille guère. Affligeant paradoxe.

Maintenant, pour tout vous avouer, je me dois de mentionner que ce sont les gloires et déboires récents de l’actrice hollywoodienne Sandra Bullock (née en 1964) qui m’ont mis sur la piste de l’implicite lesbien dans le cinéma de masse. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, cette actrice adulée est un véritable phénomène sociologique. Les films auxquels elle s’associe, habituellement d’une qualité artistique au demeurant toute moyenne, font des tabacs titanesques au guichet, en Amérique et ailleurs. Tant et tant que les avoirs financiers levés pas «l’œuvre» cinématographique de Madame Bullock ne se comptent plus en millions mais en milliards. Il y a là un mystère de popularité que je ne vais pas prétendre percer ici (l’Histoire s’en chargera bien un jour). Indubitablement, Sandra Bullock est la Nana Mouskouri du cinéma de masse, ou vice versa (Nana Mouskouri est la Sandra Bullock de la chanson populaire) et… et pourquoi pas. Les divers développements en mondovision de la vie privée de Madame Bullock (divorce d’un mari infidèle dont elle n’a pas d’enfant, prise en charge parentale d’un petit enfant, noir, donc très indubitablement adoptif) ont révélé la sidérale capacité de cette personnalité publique à la jouer intégralement poker face et à garder, pendant des mois et des années, des pans entiers de sa vie privée parfaitement secrets du public. Madame Bullock s’avance implacablement masquée, comme le firent jadis, avec tant de brio, Cary Grant et Rock Hudson. Mon hypothèse (hypothétique, comme toutes les hypothèses) est que Madame Bullock est de fait une crypto-lesbienne, impliquée dans un mariage de convenance riche en échanges de bons procédés (elle a notamment mis sa colossale fortune au service des luttes de garde d’enfant de son mari, contre ses ex-conjointes), et ayant été forcée récemment à mettre un terme audit mariage de convenance par le poids, harcelant et malodorant, de la vindicte conformiste anti-batifole de notre temps (sous le joug doctrinal de laquelle elle ne pourrait pas justifier les extramaritalités de son ex sans risquer de démasquer son propre lesbianisme – il a donc fallu jouer le cruel jeu conservateur jusqu’au bout de sa logique)… Mais bon, mon opinion personnelle et privée sur la vie personnelle et privée de cette actrice, qu’on surnomme toujours America’s Sweetheart et dont la toute nouvelle maternité légitimera désormais sans encombre le plus opaque des célibats, c’est, il faut le dire, la périphérie de mon propos mais… ce n’est pas le centre de mon propos. Revenons-en à ce dernier.

Si je cherche ce qui me semble la manifestation d’une sensibilité lesbienne authentique dans le cinéma hollywoodien, mainstream, grand public, ronron, «populaire» et pas d’avant-garde, de notre temps, je la trouve, notamment et comme par hasard, dans Miss Congeniality (2000 – plus d’un quart de milliard de recettes au guichet) et Miss Congeniality 2 (2005 – moins heureux avec «seulement» cent cinquante millions au guichet), produits justement par Sandra Bullock et la mettant en vedette. Or c’est ici que l’œuvre (non la vie personnelle) de Madame Bullock révèle toute son importance ethnologique. En effet, la sensibilité lesbienne de ces deux opus se manifeste avec une incroyable intensité, et ce, sur l’équivalent transposé du mode implicite veule et secret des grands films crypto-pédés du siècle dernier. On ne mentionne jamais ce fait, pourtant patent, en plus. C’est incroyablement éloquent.

Miss Congeniality 2 (2005)

Bon, je vous épargne le résumé de ces deux œuvres mondialement connues (ainsi que le détail de mon jugement peu favorable sur leur qualité artistique – là n’est tout simplement pas la question). Je vous demande simplement de les revoir, à la lumière de l’hypothèse d’un implicite lesbien intégralement inavoué, cru, âpre, authentique, déroutant, et, par-dessus tout, singulièrement contrarié, frustré, rentré, cuisant et douloureux. Pour bien capter l’amplitude du mouvement, surtout sur la question ardue du rapport à l’homme ainsi qu’aux contraintes du genre comédie sentimentale, il est important (et vaut vraiment la peine, au sens fort du terme) de visionner les deux opus à la suite, comme s’ils formaient une oeuvre unique. Le personnage principal du cycle Miss Congeniality, la policière Gracie Hart (jouée par Sandra Bullock) est une garçonne brutale, névrosée et vindicative, qui n’arrive pas à maintenir une relation hétérosexuelle stable, et qui ne parvient pas, malgré des efforts soutenus, dictés plus par le devoir que par l’envie réelle, à entrer dans la sacro-sainte typification «féminine» (hétérosexiste, en fait) de son rôle social et de son apparence physique. Dans le second opus, une Gracie Hart difficultueusement et imparfaitement féminisée entre en conflit ouvert avec sa collègue Sam Fuller (jouée par Regina King – voir notre photo), garçonne afro-américaine courtaude, hargneuse, bagarreuse, célibataire et mal dans sa peau, pour laquelle Gracie finira par développer une affection dont la tension et la charge d’implicite nous ramène, par un angle densément actif et corrosif quoique parfaitement inavoué, aux grands moments des émotions «viriles» du Ben-Hur de jadis. Au demeurant, l’homosexualité masculine, assumée ou non-assumée, est ouvertement omniprésente dans ces deux opus et y joue un rôle communicatif non négligeable. Elle sert ouvertement d’écrin coloré, criard, scintillant et explicite, au sombre et secret joyau lesbien. Paradoxe: c’est l’écrin qui scintille et, bien souvent, il masque ouvertement la vision, autant qu’il l’invite si intensément et avec un tel sentiment d’urgence, en sous-main.

Ceci dit, en nos temps soi disant si libertaires et si éclairés, pourquoi donc l’émotion lesbienne cinématographique authentique continue-t-elle de rester si fermement et densément implicite? J’y vois, en fait, trois grandes raisons:

1-     Le cinéma de masse est désormais amplement encrassé par les pseudo-lesbiennes allumeuses manufacturées pour le plaisir des hommes. On a là un univers homosexuel de toc n’ayant virtuellement rien à voir avec le fait lesbien effectif. Croire connaître… inutile de dire qu’on ne fait pas une problématique lesbienne avec deux jolies actrices qui s’embrassent, tant s’en faut (méditez ceci: les vrais lesbiennes ne plaisent pas vraiment aux hommes…). Ce «lesbianisme» explicite et factice occupe parasitairement le champs, ni plus ni moins, et nuit considérablement, pour ne pas dire catastrophiquement, au progrès de l’implicite lesbien authentique vers la lumière.

2-     La féminisation de l’homme et la masculinisation de la femme ne sont pas deux processus similaires et mécaniquement symétriques. Le poids de l’histoire patriarcale ne se laisse pas ignorer comme cela, ici. En se féminisant, l’homme progresse inévitablement vers un sexage égalitaire, donc fatalement désaliénant. En se masculinisant, la femme régresse vers les siècles de la bagarre, des rapports simplifiés, de la raideur patriarcale et de la guerre. Il y a inévitablement, pour une femme, toute une nage à contre-courant dans une démarche consistant à légitimement s’approprier ses pulsions masculines, quand l’intégralité de la société, elle, se féminise. On a là un droit fondamental mais… qui s’acquiert fort douloureusement.

3-     La conformité hétérosexiste ambiante, si pesante au siècle dernier sur les larges épaules masculines, exerce aujourd’hui une pression fantastique sur le tout du corps et de l’esprit féminins, au demeurant si profondément réceptifs et empathiques. Fondamentalement, il s’agit d’un diktat, conformiste et nivelant, du monde social des femmes. La pression hétérosexiste requiert aujourd’hui, des femmes donc, d’avoir un conjoint mâle, beau, lumineux, prestigieux, ardent et diurne et d’affecter de ne pas lui résister trop trop. Le mariage hétéro, de nos jours, est en large partie un dogme implicite du groupe de pairs féminins… sa puissance est moins patriarcale, plus sororale et, aussi, plus prodigieuse que jamais…

Ouf… on comprend un peu Gracie Hart et Sam Fuller d’avoir leurs nerfs… Elles sont, en plus, des marionnettes de théâtre, prisonnières du tréteau rigide et limitatif de la comédie sentimentale pour grand public populaire, un genre cinématographique encore hautement hétérosexiste et réactionnaire. Sandra Bullock disait justement un jour qu’elle se demandait franchement pourquoi il fallait tant que le gars et la fille finissent obligatoirement toujours ensemble, dans ce genre de récit… Comédie sentimentale, au sens mainstream du terme, et (vrai) lesbianisme font donc encore bien mauvais ménage. C’est la vieille aporie des discours divergents au sein d’une œuvre idéologiquement contrainte. Impossible d’être Elvis et Bob Dylan en même temps, oh non… même quand on s’appelle Sandra Bullock. Seule solution, en ce moment, pour le (vrai) lesbianisme au sein du monde hautement codé des films de filles: le maquis, l’implicite à l’ancienne, la bonne vieille parade de la crypto-homosexualité cinématographique, discrète et rampante.

Il y a encore énormément à faire pour le bénéfice de la compréhension et de l’explicitation des deux grandes homosexualités qui nous habitent tous et toutes. Ne pas les assimiler unilatéralement l’une à l’autre est une responsabilité spécifique, essentielle, qui gagne de plus en plus en importance au jour d’aujourd’hui. Même en matière de lutte pour les droits homosexuels, les femmes partent avec un ensemble compliqué et lancinant de désavantages. L’implicite lesbien, cinématographique ou autre, accèdera à la lumière au rythme qui sera le sien et selon les modalités qui seront les siennes. Méfions nous simplement de nos certitudes le concernant et évitons de croire le comprendre ou le connaître. Ce qui est bien connu n’est pas connu, comme le disait si bien Hegel…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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13 Réponses to “Pourquoi l’implicite lesbien cinématographique continue-t-il de rester justement si… implicite?”

  1. Tourelou said

    De vouloir garder sa vie privée est plus que probable pour une star de cinéma. Ce fait n’expliquerai-t-il pas que Mme Bullock ne s’exprime pas sur le fond de son orientation sexuelle et tout ça en présumant qu’elle soit pleinement consciente de la dite orientation? Ce n’est probablement pas un choix d’aspect que cinématographique car il faut surtout prendre en compte le fait que l’attitude de tous les humains est souvent influencée par tous les autres aspects sociaux qui les entourent. Les lesbiennes de mon entourage sont très valorisantes, positives, créatrices car elles sont des êtres authentiques car pleinement conscientes et épanouies avec leur orientation.

  2. savantefolle said

    Bien envoyé!

    Vous démontrez bien qu’il n’existe pas une symétrie dans les rapports féminin-masculins et la féminisation de l’homme – masculinisation de la femme. Réflexion fort utile et rafraichissante!

  3. Wakam said

    Alors voici pour le plaisir de jaser, de partager, mon humble opinion très spontanée!

    Mmmm… oui un monde patriarcal en GRAND besoin d’un peu de féminité (d’énergie Yin, intro, svp un peu moins de Yang action!) mais pas au coût d’une perte possible de souveraineté, ça non jamais!

    Parenthèse: j’ai complètement adoré votre texte cher ami… ingénieux, songé et perspicace, digne d’un vrai Gémeaux!

    Donc récapitulons… ce que je vois, je ressens, j’exprime… est que TOUT, absolument tout se joue encore malheureusement sous le règne instinctif masculin! Je dis malheureusement non pas parce que je m’identifie comme anti-homme mais plutôt parce que je suis une éternelle idéaliste qui croit encore, plus que jamais, à la VRAIE et si nécessaire égalité des sexes… des énergies complémentaires… et que tant que nous n’y arriverons pas en tant qu’ «Humain» nous sommes laisser pour contre dans notre séparation intégrale stupide! Tout simplement… VOILÀ!

    L’énergie tente tant bien que mal à s’identifier, à se faire entendre, se faire valoir dans un carcan oh combien restreint et contraignant. Pas étonnant que cette énergie si forte et en même temps si fragile se heurte sans cesse à un mur lorsqu’elle tente de se redresser… Encore moins étonnant pour moi que l’implicite lesbien cinématographique soit si implicite! Cela dit deux jolie dames qui s’enflamment l’une pour l’autre au cinéma n’est qu’une extension hypocrite acceptable depuis toujours de nos jolies film 3X, lesbien ou pas… on s’en fout, elles excitent la queue! Par contre même si, tendance sociale oblige, l’acceptation de la lesbienne en ce monde «très petit monde en passant», il ne faudrait surtout pas qu’elle soit indépendante, autonome et encore pire qu’elle ait dédain de cette belle queue suprême! Ha!

    En fait cette nouvelle vague de supposé ouverture sexuelle m’attriste… je constate le jeu mesquins et vicieux des nouveaux «métrosexuels» qui prônent et encouragent les jeunes adolescentes à s’adonner à des pratiques sexuelles entres elles parce que c’est cool… quand en fait, soyons réalistes, c’est de la porno pure et dure imposée à beaucoup moins cher… même plus besoin d’aller dans les bars de danseuses ou bien de se payer une pute…. Car maintenant c’est la mode!

    DONC… OUI c’est triste que même à travers tellement d’effort mis sur une égalité possible pour le bien être «de tous», finalement nous amplifions l’aspect séparation plus que jamais!

    Oui les lesbiennes sont «plus» acceptées qu’avant, où devrais-je souligner «moins» lapidées qu’avant… et encore là, précisons le «où» avant de continuer… mais ne serait ce qu’en fait une façon polie de se permettre encore plus de suprématie masculine… je pense que oui, au même titre que nos chers entreprises doivent avoir un quota minimal de genres «minoritaires» OH LALA!! Quel débat! Un débat qui serait sûrement plus agréable devant une bonne baquette de pain accompagné d’une bouteille de vin!

    En sommes, voilà le but principal du tout de mon commentaire qui se voulait au départ court et précis mais basé sur ma spontanéité… qui semble s’étendre agréablement… on ne peut écraser infiniment une bête sauvage en cage car elle finira par se venger, vaut mieux lui laisser l’impression qu’elle est libre en la sortant de sa cage de temps à autre avec une chaîne si lourde et massive qu’elle n’ira nul part mais qui pour l’instant lui vaut tout l’or du monde… bientôt par contre… même ce semblant de liberté sera remarqué et malheureusement le jeux démasqué rendra la bête encore plus sauvage et plus assoiffé que jamais pour la vraie LIBERTÉ!

    Alors… Madame Bullock… a au contraire bien identifié l’ironie de ce qui est «acceptable» aux yeux de nos éternels étalons adorés… lesbienne ou pas… belle ou pas… en fin de compte une belle marionnette qui joue la docile, la victime, la frustré, la philosophe et que finalement elle a peut être oublié de juste ÊTRE!

    Je conclu en acclamant haut et fort que l’homosexualité vient encore et toujours du mot homme et que finalement la bataille, notre bataille humaine ne se gagnera pas en écrasant un parti ou l’autre mais plutôt en permettant l’un et l’autre … sa propre liberté!

    Merci pour ce superbe texte!

  4. Mallizio said

    (A Ysengrimus) – Cher Monsieur,
    Les hasards de vagabondages webiens (« à sauts et à gambades » eût peut-être dit ce cher Montaigne) m’ont conduit jusqu’à votre site, puis – y flânant – jusqu’à ce texte, dont je vous remercie déjà sans ambages, et en particulier pour: « Les vraies lesbiennes ne plaisent pas vraiment aux hommes », et « Il y a inévitablement, pour une femme, toute une nage à contre-courant dans une démarche consistant légitimement à s’approprier ses pulsions masculines quand l’intégralité de la société, elle, se féminise ». Mais pourquoi diable écrivez-vous, juste avant: « En se féminisant, l’homme progresse… […] En se masculinisant, la femme régresse… »? Quelles sortes de présupposés (éventuellement insus) vous ont conduit à poser semblable linéarité à direction unique le long de laquelle, si les uns « progressent », les unes « régressent » (nécessairement)?… Il y aurait donc un point de départ (la masculinité?) dont il serait bon (progresser?) de s’éloigner, sachant que celles qui s’en trouveraient originellement (parce que déjà génétiquement) éloignées ne pourraient que mal (regresser?) s’en rapprocher?… Nonobstant, merci encore et bien à vous.

    (A Wakam) – Chère Madame,
    Au risque de vous contredire – et au risque éventuel d’une pédanterie que recouvre toujours quelque peu la recherche du sens précis des mots, l’homosexualité ne vient pas encore et toujours du mot homme!… Homo vient du grec « homos » qui signifie « semblable », de même que hétéro vient du grec « hétéros » qui signifie « autre » (ma source est le Robert historique de la langue française). Ainsi, des jumeaux (ou jumelles) sont dits « vrais » ou « homozygotes » parce qu’il sont issus du même oeuf, alors qu’ils sont dits « faux » ou « hétérozygotes » parce qu’ils sont issus de deux oeufs différents… « Mal nommer ajoute au malheur du monde » disait Camus… Et, me semble-t-il, le monde décrit ici par Ysengrimus est déjà suffisamment mal-heureux pour n’y point risquer d’y ajouter cet autre forme de malheur du mal nommer… Bien à vous.

    • ysengrimus said

      Homme et femme ne sont pas de simples catégories logiques neutres, équidistantes et symétriques. Un poids historique les détermine. Le patriarcat, vieux, ancien, ayant été ce qu’il a été et ayant imprégné la masculinité aussi lourdement qu’il l’a fait, il s’avère progressant de s’éloigner de ce couple encore fort intime (masculinité/patriarcat) et régressant de s’en rapprocher. Il n’y pas de jugement axiologique là dedans, du reste, et il faut voir la chose un peu comme une rivière. Nager dans le courant et à contre-courant, sont deux démarches certainement légitimes mais engageant inévitablement deux investissements inégaux en efforts et deux jeux de tensions fort distincts…

      • Mallizio said

        Bien sûr, il y a une « histoire » – et votre métaphore de la « rivière » (et du « courant » et « contre-courant ») ne fait qu’en souligner la linéarité. Dès lors, cette histoire même – et je vous rejoins dans votre explicitation – fait ressortir l’importance (ancienne, prégnante, lourde) du « couple masculinité/patriarcat ». Cependant, même si l’on peut qualifier – et je vous suis là aussi – tout éloignement de ce couple de « progression », et donc tout rapprochement de « régression », en quoi justement « l’appropriation légitime de ses pulsions masculines » par une femme devrait-elle de fait la rapprocher de ce couple – dont par ailleurs la « féminisation de la société dans son intégralité » tendrait à l’éloigner?… Dit autrement, si la société – même fort lentement – tend à « déconstruire » ce couple, pourquoi faudrait-il que la femme n’ait pas d’autre choix que d’en (re)passer par lui pour pouvoir exprimer la légitimité de ses pulsions masculines?… Peut-être, et de là même surviendrait alors une (nouvelle?) forme d’inquiétude de l’homme (« se féminisant ») envers la femme (« se masculinisant »), ce processus d’appropriation va-t-il passer par une (des) forme(s) encore inédite(s)… Il s’agirait alors (?), tout autant que d’une nage à contre-courant, de nager aussi dans un bras non encore exploré de la « rivière » humaine…

        Je vous lirais avec plaisir, dans ce qui pourrait devenir une forme de conversation – parfaitement imprévue il y a peu et que l’échange même aurait fait naître…

        Bien à vous

        [Pas de problème majeur avec ce raisonnement, abstrait mais valide. Désaliénée, la pulsion « masculine » lesbienne ne sera plus ni patriarcale ni régressante. Soyons serein. Cela arrivera. On se comprend là dessus… Simplement, le crypto-lesbianisme objectivement servile et veule de madame Bullock tend à confirmer qu’on n’y est justement pas encore – Ysengrimus]

  5. ysengrimus said

    Tiens, un film grand public cultivant un implicite/explicite lesbien relativement correct: Soeur Sourire du belge Stijn Coninx, avec Cécile de France et Sandrine Blancke (2009). La biographie du personnage de Jeannine Deckers (1933-1985) est assez esquintée mais l’histoire d’amour, difficile et douloureuse, traitée avec un dosage de retenue et de passion, passe très honorablement la rampe…

  6. Lara said

    Cher Ysengrimus,
    Merci pour cet excellent et très pertinent article.

    Je trouverais vraiment regrettable que l’implicite lesbien disparaisse… Ça a son charme… Je voulais juste, en fait, citer un film sans grande prétention, un peu mal vieilli, un peu comique et allumé du scénario, mais avec un crypto-lesbianisme assez jouissif: Black Widow de Bob Rafelson (1987).

    Enfin, crypto pas exactement, c’est assez explicite à certains moments, comme si le réalisateur n’arrêtait pas d’hésiter. Cela culmine dans une scène d’explication, à travers les barreaux de la prison, où on sent une tension érotique assez terrible… C’est, comment dire, d’époque!

  7. Lien vers cet article du Carnet d’Ysengrimus. https://ysengrimus.wordpress.com/2010/05/15/pourquoi-l%E2%80%99implicite-lesbien-cinematographique-co&#8230

  8. Sissi Cigale said

    Il semble bien qu’une fois de plus, Ysengrimus voit juste. Regardez-moi donc le gros hit de Sandra Bullock pour 2013: THE HEAT (UN DUO D’ENFER). Si c’est pas deux boutches en cavale, ces deux filles polices là, c’est proche en mosus!

    • Miranda Delalavande said

      Et dans GRAVITY, une astronaute garçonne aux cheveux courts qui repousse nonchalamment la drague de George Clooney (ayoye) et qui s’appelle Ryan parce que son père voulait un garçon… The plot thickens

  9. Meg said

    Merci pour votre article qui me sert bien souvent lorsque je doit expliquer comment les lesbiennes sont encore représentées aujourd’hui. Au début de votre texte vous dites qu’Hollywood ne produit plus de films gay-implicite. Je voulais tout de même vous signaler 300 qui me semble encore dans ce genre de complexe. « On est pas des pédés » hurlent les spartiates avant de se jeter les uns sur les autres nus et huilés dans leurs viriles étreintes. Le même réalisateur, Zack Snider a réalisé par la suite Sucker punch qui pourrait sembler être de l’implicite lesbien mais qui en fait m’a plutôt l’air d’être un long clip vidéo avec des bombes sexuelles très hétéro normées. Faudra que je demande à mes copines lesbiennes ce qu’elles pense de ce film. Les avez vous vu et si oui qu’en pensez-vous ?

    [Je suis pleinement d’accord avec vous sur ces deux films. Ils complémentent et exemplifient fort utilement l’argumentation développée ici. – Ysengrimus]

  10. Robert Huet said

    En règle générale, les films montrent que pour être une «bonne» lesbienne, il faut être digérée, normée, et surtout intégrée, avoir des modes de vie qui ne dérangent pas la société patriarcale : travailler, faire des enfants, se pacser, être productives. Les relations des héroïnes avec l’argent ne sont pas différentes, dans la majorité des films, de celle que l’on trouve dans les films hétéros. On retrouve le plus souvent, sans trop de surprise, des lesbiennes plutôt jeunes, blanches, et riches.

    Quant aux lesbiennes âgées, elles apparaissent dans trop peu de films pour en tirer une conclusion. Les seuls éléments présumant de leur niveau de vie sont leur profession. Elles sont souvent professeures, artistes, médecins. Le métier et l’argent sont des éléments moteurs de l’intégration. Les films ne remettent pas fondamentalement en cause la société néolibérale, ne proposent pas un nouveau type de société qui inventerait un autre rapport à l’argent et à l’environnement.

    J’attends avec impatience un cinéma lesbien revendicatif, engagé, militant qui éclaterait tous ces clichés…

    [Excellent. Je seconde. — Ysengrimus]

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