Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

ADULTOPHOBIE: l’expression sans concession de l’épouvante lancinante de mon imaginaire de parent

Posted by Ysengrimus sur 1 mars 2010

Adulto-Berger

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Et il y a aussi tout ce que nous imaginons et qu’aucune image ne peut capter, et qui accroît notre sentiment d’impuissance…

(Michaëlle Jean, Gouverneure Générale du Canada, commentant le séisme en Haïti – janvier 2010)

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Dans ce roman de 175 pages que je publie en 2010 chez Écouter, Lire, Penser, en format papier et numérique, trois enfants, Jeannette Simon, douze ans, Luc Simon, onze ans et Manon Simon, huit ans, sont capturés par deux pédophiles inconnus, l’Homme Doux (qui les apprivoise sur la plage, les drogue, les enlève) et l’Homme Rude, qui séquestre l’aînée des trois enfants, loin du lieu de leur enlèvement, et la violente à répétition, sur quelques mois. Nous suivons le sursis sans espoir de Jeannette, l’aîné des trois enfants Simon, après le meurtre rapide de son frère et de sa sœur, par l’Homme Doux. La survie de Jeannette dépend de son aptitude à plaire à son tortionnaire. Jeannette, qui a la capacité de «voir» ce qui arrive même en des lieux où elle ne se trouve pas, observe tout et «témoigne», en quelque sorte. Sa douloureuse agonie survient à la suite d’une série de brutaux sévices sexuels, fondement du sursis sans espoir dont elle est l’involontaire bénéficiaire. Comme dans toutes situations d’abus profond, seul le refuge de son imaginaire permet à Jeannette de tenir le coup dans cette inexorable descente sans retour. Ce qui est exposé dans mon roman, c’est un cheminement anormal, cruel, criminel et c’est absolument sans espoir.

Voici où nous en sommes arrivés, dans la civilisation actuelle, avec nos enfants. Mon roman est l’histoire honteuse, affreuse de ce que nous leur avons fait, involontairement mais inexorablement. Nous sommes tous, à des degrés divers, impliqués dans la hantise cruelle de cette question insoutenable: que feraient-ils à mon enfant avant de le faire disparaître? Les deux pédophiles sans noms mis en scène dans mon texte sont impondérables, impalpables, insaisissables. Inhumains, ils sont pourtant profondément enfouis en chacun de nous. Ils sont ce que nous ne pouvons plus éviter, ou contenir. Ils sont banalisés. Ils sont ce qui transforme l’illusoire paradis moderne de l’enfance en un insoutenable enfer. Ils sont désormais un des nombreux avatars du monde adulte que l’enfant contemporain subit, envisage, affronte, contourne ou évite. La seule différence est que cet avatar là détruit l’enfant, le broie, le nie. Nous avons perdu quelque chose de profond, de crucial et cette perte, c’est notre enfant qui la subit. Et ce qui lui arriverait, ce qui lui arrive, est décrit dans mon récit, sans concession, du point de vue, douloureux et calme, de l’enfant. La pédophilie et le sursis sans espoir qu’elle impose cruellement engendre son tragique contraire: l’adultophobie.

Mes lecteurs et mes lectrices, ici et sur le site d’Écouter, Lire, Penser, me demandent, atterrés: qu’est-ce qui t’a poussé à écrire une histoire pareille? Pas simple et pas marrant de répondre ouvertement à cela. Car il est vrai qu’Adultophobie ne ressemble à rien de ce que j’ai écrit précédemment. D’habitude, dans mes histoires, romans ou nouvelles, il y a une sorte de jubilation prométhéenne, un plaisir de l’être qui affronte et qui vainc, presque en se jouant. Ici, c’est le contraire quasi-diamétral. Je campe le cheminement cuisant d’un désespoir insondable, d’une dégringolade douloureuse et injuste face à laquelle j’exprime la plus hargneuse des révoltes impuissantes. Adultophobie est la toute dernière chose que j’aurais jamais cru écrire: un roman cruel mais aussi, fondamentalement, un roman moral, un roman qui juge explicitement le comportement qu’il raconte et le condamne, sans réserve et sans appel. Adultophobie ne porte pas sur ce qui est arrivé (quoi qu’il s’inspire, hélas, de faits dont nous subissons tous et toutes l’omniprésence, depuis au moins une bonne génération maintenant) mais sur ce que j’ai si souvent imaginé, dans la terreur permanente de ma toute ordinaire parentalité. Cet ouvrage concrétise l’expression de l’épouvante lancinante de mon propre imaginaire de parent de jeunes enfants. Il met en forme et codifie le lot malsain de pensées paniques et morbides qui m’ont tant roulé dans la tête, en attendant, quand l’après-midi devient inexorablement le soir, un enfant ayant quelques heures de retard sur l’horaire préalablement convenu… Maintenant que mes fils arrivent à l’aube de l’âge adulte, je peux enfin me délester, me décharger, oh, en partie seulement, du ballot, du faix, du fardeau d’écoeurement, de révolte et de terreur que me suscite notre époque, fausse modernité puante et veule qui en est venue inconsciemment, comme insidieusement, à banaliser le plus immonde des crimes. Pendant la rédaction du synopsis du récit, une petite québécoise, comme il y en a tant, joyeuse, toute simple, a été enlevée en plein jour et nul indice sur son sort n’a encore fait surface. Pendant que je rédigeais le roman même, une petite ontarienne sans histoire a été brutalement assassinée, dans un patelin sans histoire, par deux epsilons sans histoire, un jeune homme et une jeune femme. Malgré la collaboration des accusés, il n’a même pas été possible de retrouver son corps. Inutile d’épiloguer. Aucun pays, aucune communauté ne semble épargnés par ce qui arrive ici, implacablement. Les gens, les témoins-symptômes, les champignons vénéneux indicatifs qui commettent ce genre de destructions immondes ne sont en rien des Jack l’Éventreur fascinants ou des Landru mystérieux. Ils n’ont rien de spécialement extraordinaire ou romanesque. Ce ne sont pas des boucs émissaires non plus, du reste. Ils n’ont rien de spécifique, d’anormal ou d’idiosyncrasique, non plus. Ce sont, en fait, des individus quelconques, comme les points quelconques d’une fonction mathématique. Des individus représentatifs de leur monde et de leur temps… Un peu nous tous, en fait… C’est purement et simplement atterrant.

Je le redis: nous en sommes là. Alors, que voulez-vous, il faut en parler, le formuler, l’exprimer artistiquement (au mieux), le crier, sans concession. Je vous assure que mener ce projet d’écriture à terme fut particulièrement éprouvant. J’ai, de fait, écrit ce roman dans la tristesse la plus opaque et l’horripilation la plus écrue, sans joie, sans plaisir, scribe las, estafette éclopée de notre temps. Ce récit, fielleusement explicite par moments (avis aux âmes sensibles), est le compendium de tout ce qui me répugne, me mine, me tue. Il est le plus douloureux des témoignages, celui que dictent cet imaginaire aux abois, cette épouvante ordinaire, cette peur névrotique, si crucialement historicisés, qui déterminent en profondeur la trajectoire intérieure contemporaine de quiconque a pris la (désormais) douloureuse et inquiétante décision de donner la vie.

Ancienne maquette, conçue par madame Nolia Gervais, artiste graphiste rattachée à Écouter, Lire, penser.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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19 Réponses to “ADULTOPHOBIE: l’expression sans concession de l’épouvante lancinante de mon imaginaire de parent”

  1. Chloé said

    J’avais onze ans quand un charmant garçon du quartier – onze ans aussi, et dont j’étais amoureuse – a été capturé, violé et massacré par un pédophile en liberté conditionnelle. La soirée de son agression, l’enfant faisait du magasinage avec sa mère et sa soeur au centre d’achats local, ce que je faisais aussi, en cette belle soirée du printemps 1988. Ce meurtrier habitait le quartier, en traversait souvent les rues à bicyclette. Le fait que tout ait été si proche, ce garçon, le gentil prince de mes rêveries pré-adolescentes, ce bel enfant qui jouait au hockey dans la rue. Et, aussi, le monstre. Le monstre ordinaire qui a laissé le corps de l’enfant dans le parc ou moi et mon amie on construisait nos fortins de neige, l’hiver, nos premiers refuges contre le monde des adultes. Le monstre hideux a infiltré tous les espaces mentaux et physiques de mon enfance. Ce fut une rupture si incroyablement abrupte.

    • Tourelou said

      Merci Chloé pour ce touchant témoignage. C’est insoutenable de regarder dans les coulisses et c’est exactement ce que l’écriture de Paul Laurendeau livre dans son roman.

  2. Tourelou said

    J’ai lu l’œuvre.

    Quel courage d’esprit et quelle maîtrise ardente des mots et de l’écriture pour arriver à être capable de nommer la douleur chronique infligée à nos enfants. Cette terrible maladie que toutes les p…rapies de ce monde ne sauront jamais combattre, ni soulager.

    Paul Laurendeau a audacieusement romancé sur le plus terrible monstre de notre temps, l’adultophobie.

    Nous somme pris…

  3. Esmeralda, la gitane said

    C’est tout simplement l’ANTI-LOLITA

    Je l’ai lu aussi. Personne n’a écrit ça avant lui. C’est un texte définitif et désormais inévitable. C’est éblouissant de beauté littéraire et c’est déchirant. C’est une œuvre littéraire de qualité authentique et première. Ce roman est un Anti-Lolita sans pour cela annuler ce texte mythique et définitif. Le terme d’Adultophobie et la définition qui en est donnée sont à inscrire désormais dans le vocabulaire littéraire et psychologique universel et je le dis sans flatterie ou minauderie aucune. Cette écriture est d’une telle beauté, tellement travaillée et déployée comme une fleur magnifique et fragile, que j’en ai pleuré de chagrin mais aussi de bonheur esthétique. Au lieu de pleurnicheries voyeuristes et sensationnelles des diverses productions spectaculaire du malheur des autres, ce roman-ci expose la vérité de la souffrance et de l’horreur dans une beauté sans compromis et qui n’offre aucune aspérité aux sentiments hypocrites des lecteurs bien pensants qui versent une petite larme sur des descriptions de calvaire pour se donner bonne conscience.

    Merci Paul Laurendeau d’avoir écrit Adultophobie.

  4. Marie-Rose Hébert said

    Vous la soignez ainsi votre névrose? En écrivant et décrivant l’horreur…Je trouve que le monde a suffisamment ses tristesses et qu’il ne faut pas en rajouter.

    Je doute que ce livre change quelques pensées, au contraire il créera une « psychose collective ». il m’apparaît être un ouvrage de libération personnelle issu d’un imaginaire débordant. Je ne le lirai pas car le temps à le lire me volerait un temps précieux à regarder jouer et entendre rire des enfants heureux. Si belle soit votre écriture, si triste soit le monde que vous décrivez, il me semble qu’il y a une autre façon d’aborder la dure réalité de la pédophilie par l’écriture sans se perdre dans un roman qui attirera aussi son lot de « voyeurs » et d’esprits mal tordus.

  5. Béatrice said

    @Marie-Rose Hebert

    Ce livre existe ni pour changer des pensées, ni pour soigner des névroses. La littérature n’existe que pour et par elle-même. La notion voulant que l’écrivain(e) s’incline devant les sensibilités d’un « lot de voyeurs et d’esprits mals tordus » que son oeuvre attirerait n’est rien de plus que de l’auto-censure. Quelle est l’autre façon d’aborder cette réalité atroce? Voudriez-vous une sorte de version hollywoodienne, l’inévitable happy ending? Ce que Monsieur Laurendeau raconte est l’horreur des horreurs. Il ne peut pas y avoir de « bonne » conclusion. Comme le note si précisément Esmeralda, la Gitane, cet oeuvre est l’Anti-Lolita. Le débat public actuel sur la question de la pédophilie est totalement déformée par la panique moraliste et par des notions viciées de morale et de justice qui nuisent ouvertement à ce qui est important pour la protection de nos enfants. Monsieur Laurendeau, avec une beauté dépouillée et terrible, nous transmet une vérité beaucoup plus simple mais moins acceptables pour nos sensibilités vigilante-hystérique disney-esques: que le monstre est affreusement ordinaire, que le monstre est nous.

  6. LocKi said

    Tout d’abord je vous remercie, pour tous et toutes internautes, de vous exprimer aussi directement et d’enrichir le débat grâce à vos lumières. Incontestablement le roman Adultophobie (je ne l’ai pas encore lu) doit être mentionné.

    Restons sereins. Face à l’apparente excitation de quelques-uns devant le « phénomène Gajdusek », j’ai déjà réagi en ajoutant un commentaire à mon texte de présentation, commentaire qui insiste à la fois sur le caractère exceptionnel du cas, et sur la non-violence affichée des relations incriminées.

    « Lancinante épouvante d’un imaginaire de parent » (je vous cite) met l’accent sur le côté fantasmatique d’une réalité – celle de la vie intérieure de (nos) enfants, réalité qui nous échappe ou tant soit peu, ou tôt ou tard. Je suis père de deux enfants, à présent adultes; je ne pense pas que j’aurais à ma façon collaboré sur internet à élucider ces questions s’ils ne m’étaient advenus.

    Très modestement, je me permets d’ouvrir ici un lien vers l’article d’un ancien blog que j’ai constitué (le blog n’est plus actif). Par là, on comprend à quel point la réalité peut dépasser la fiction., En particulier relativement à Gajdusek, le Prix Nobel n’a pas caché que ses débuts de vie sexuelle ont été marqués par des attouchements précoces prodigués par un oncle paternel dont on a d’ailleurs gardé trace par album photo.

    D’autre part des études publiées dans les vingt dernières années par divers experts universitaires – par exemple Philippe Ariès, n’ont-elles pas permis de comprendre à quel point le statut des enfants était variable au cours de l’histoire, ou dans différents milieux d’origine culturelle ou religieuse? Ne vaut-il pas mieux immuniser de la passion ce thème de réflexion – notamment par la documentation, le plus objectivement possible, plutôt que de nous laisser entraîner dans la spirale des imaginaires débordants., jusqu’à la dite « adultophobie »?

    [Mon roman est une prise de parti ouvertement anti-pédophile. La thèse que j’y défend et les émotions que j’y exprime devraient intéresser votre réflexion par contre, à défaut de s’y rallier – Ysengrimus]

  7. decembre said

    Mais que faire d’un enfant de cinq ans qui admire le torse nu du voisin qui passe sa tondeuse, s’il ressent un besoin sexuel et souhaite le toucher et se faire toucher par lui?

    L’homosexualité débute avec la vie de la personne alors, qu’est-ce qu’on fait car, s’il y a des monstres il y a encore plus d’êtres aimants, souvent plus aimants et attirants pour l’enfant que ses propres parents?

    [Cinq ans? Sexuel? Si vous le dites… J’ai de gros doutes, mais disons que je dis alors: treize ans à attendre… – Ysengrimus]

  8. decembre said

    Bon alors, vous voyez bien que vous ne connaissez rien aux problèmes des très jeunes mâles. Alors de quoi parlez-vous, contre quoi les protégez-vous, votre morbidité? Ne pensez-vous pas que c’est votre possessivité qui est ici en cause? Vous oubliez le rappel de Jésus à ses parents, à 11 ans!

    Les enfants n’appartiennent à quelqu’un que depuis qu’ils ont hérité du « titre d’enfants ». Dans l’Ancien Temps, c’était des personnes comme tout le monde, des petites personnes.

    [Moi Jésus et ses bon apôtres, c’est des références hautement négatives et putrides à mes yeux, alors là… – Ysengrimus]

  9. Anta Conte said

    J’ai du mal à envisager la lecture d’un roman qui évoquerait si fort ces souffrances insoutenables.

    Mais vos autres livres donnent envie de les lire …

  10. castor said

    Bonjour,

    Le commentaire de Décembre me fait frémir d’horreur. Parce la plupart des pédophiles sont « gentils »avec les enfants. Ils se font aimer d’eux avant de les utiliser pour assouvir leurs pulsions. Mon oncle était pédophile. Et je l’aimais beaucoup. Il me prenait sur ses genoux et me racontait des histoires. Par bonheur, mes parents se sont disputés avec lui pour une histoire d’héritage et il n’est plus jamais venu à la maison. J’ai donc échappé à ce qu’il préparait. Mais ça n’a pas été le cas de mes cousines.

    On ne peut pas mesurer la souffrance d’un enfant. Mais je crains que lorsqu’un pédophile utilise la manière douce, et même, peut-être, réussit à convaincre l’enfant que ces gestes sont voulus par lui, jusqu’à parfois éprouver un certain plaisir, je crains que pour cet enfant, ce soit encore bien plus difficile à vivre. Bien plus culpabilisant encore.

    Le discours de Décembre est celui d’un pédophile qui se donne bonne conscience. Les pires de tous à mon sens.

    Maggy

    [Je seconde – Ysengrimus]

  11. ysengrimus said

    Une vieille amie parisienne m’écrit ceci:

    Cher Paul,
    Je viens de lire aujourd’hui ton roman et je dois dire presque d’une seule traite. C’est un ouvrage que je trouve très intelligent, très bien construit et bien écrit de surcroît, sur un sujet très dur et difficile. En lisant, j’ai pensé à Hannah Arendt et à la banalité du mal, et à « De sang froid » de Truman Capote tout en me sentant envahir par l’ impossible « je ne veux pas grandir » de l’héroïne, et par l’ « oubli incurable » de ma condition d’adulte que celle de parent « responsable » consolide et révèle paradoxalement. Excuse moi pour la lourdeur de la phrase mais mon impression est confuse et résiste à une expression rationnelle.

    J’aimerais connaitre des personnes influentes en matière d’édition et de critique littéraire pour les engager à lire ton livre. Je garde cette idée dans le coin de ma tête si l’occasion se présente. Et à la réflexion, après lecture, je change mon opinion énoncée à priori contre le titre quand nous en avons parlé l’autre fois : « Adultophobie » est un titre nécessaire.

  12. Anne Guélikos said

    Ouf, quelle lecture! Je viens de terminer ce roman et je sens que je vais être retournée pendant des jours. Cela étant dit, c’est excellent. Même très grand. Je ne sais pas où vous avez trouvé la force d’écrire ce livre, mais je vous en félicite. Ça a dû être assez pénible par moment. Hier soir, j’en avais déjà lu la moitié et j’ai eu tellement de misère à m’endormir. Pauvres enfants. Et puis, bêtement, tout en sachant ce qui l’attendait irrémédiablement, je n’ai pu m’empêcher d’espérer pour Jeannette. Du moins, jusqu’à ce que je comprenne que… enfin vos lecteurs verront…

    Grâce à vous, je suis encore plus adultophobe! En lisant, je me disais que ce genre d’horreur arrive constamment, qu’en ce moment même, quelque part dans le monde, un enfant se fait violer. C’est terrible, mais c’est la réalité et si j’ai de la misère à le lire, qu’est-ce que ça doit être à endurer? J’ai le cœur brisé d’y penser, mais je ne peux pas faire semblant que ça n’existe pas. Dans les commentaires que je lis ici, une femme a écrit qu’elle préférait utiliser son temps à écouter le rire des enfants, ou quelque chose comme ça. Mais c’est comme de dire à l’enfant qui souffre, souffre seul, moi je préfère ceux qui sont joyeux. Étrange manière de voir les choses. Et puis, en vous lisant, on prend justement aussi conscience que notre propre adultophobie est également terrible, elle aussi. C’est simplement la très juste et très triste constatation qu’on a peur de l’autre et qu’on a souvent raison d’avoir peur. J’imagine qu’il faut trouver le moyen d’ouvrir une porte. Votre livre m’a fait réfléchir parce que, moi, je suis un peu freak dans mes contacts avec le genre humain et si, d’une part, je suis plus convaincue que jamais que le monde dissimule des éléments dangereux, je constate aussi qu’elle est très triste, cette peur.

    Votre écriture a généré beaucoup de réflexions dans toutes les directions. Comme toujours.

  13. Plus de détails sur le difficile processus d’écriture de cet ouvrage:

    http://alabergerie.wordpress.com/2012/10/04/loeuvre-noire/

  14. Bardou said

    j’ai fini de lire le livre. Je pense pouvoir vous donner un commentaire d’ici à quinze jours. Comme il sera assez long, je fournirai un lien vers un pdf.

    [Merci. Je vais le lire tres attentivement. – Ysengrimus]

    • Bardou said

      Voici la critique que j’ai faite au sujet de votre livre, c’est un .pdf téléchargeable via le lien ci-dessous :

      http://dl.free.fr/oJqBBO3Ri

      [Merci d’avoir lu et merci pour cette excellente analyse critique que je reproduis infra pour en faciliter la lecture. – Ysengrimus]

      • Bardou said

        Merci, je me doutais que vous auriez un avis positif, mais j’étais un peu inquiet car pas très sûr de moi. Quand mon livre sera fini, dans plusieurs mois, je vous le donnerai en .pdf.

        [Ce sera un plaisir de vous rendre la politesse. – Ysengrimus]

  15. CRITIQUE DU ROMAN ADULTOPHOBIE PAR BARDOU said

    18/02/2014 Post sur le blog de Paul Laurendeau, auteur canadien
    (par BARDOU – copie du contenu de l’hyperlien posé par Bardou supra)

    Je vous avais promis de vous donner à penser au sujet de votre livre Adultophobie, et ce serait vraiment triste que je ne le fasse pas, par paresse ou tout autre raison, puisqu’il s’agit dans nos visions respectives de la façon dont se pense et se prolonge notre monde humain. Nul doute que nous soyons tous deux désireux de le comprendre et de l’améliorer en le faisant savoir. Mais en avons-nous les moyens ? Il semblerait, d’expérience, que ce soit une question qui n’exige aucune réponse, car c’est bien au milieu de l’erreur et de l’imperfection que se construit cette connaissance dont je parle. Les mots n’en sont évidemment pas les premiers acteurs, bien qu’ils tissent en première approximation nos émotions et nos actes, etc.

    En parlant d’émotion, je ne puis juger si vous êtes sous la totale emprise de ce que peut faire le langage verbal. J’espère que non. Dans le doute je veux que vous soyez bien certain de ma fragilité personnelle, de mon aptitude à me réfugier dans des cachettes comportementales peu glorieuses, du fait que je suis un peu fou, un peu obsédé, que c’est beaucoup pour cela que j’écris…

    Cependant, malgré tout, j’ai construit un côté lumineux dans mon rapport à la réalité, sorte de lucidité optimiste qui se manifeste parfois, et je voudrai commencer, avant de vous parler de votre livre, par vous remercier d’exister. En effet, l’effort de libération du mensonge que vous manifestez dans votre blog fait d’articles se prolongeant en forum de discussion, même s’il est parfois trop passionné, a eu le mérite en moi de me rendre responsable intellectuellement. Ça a commencé par l’article que vous avez fait sur la fausse ou réelle conquête de la lune. Il était pour moi libérateur. Vous avez vu ensuite que je n’hésite pas à ouvrir des perspectives un peu différentes des vôtres à la suite de votre article sur l’antisémitisme, sans crainte de m’attirer vos foudres ou celles des autres.

    Ainsi, c’est grâce à vos audaces que je puis vous dire franchement ce que je pense de votre livre, mais il est évident que ma propre perception de la réalité était déjà élaborée avant. Vous avez écrit un livre noir, qui n’ouvre aucune perspective d’espoir. Or, ce que je suis et fait construit l’espoir, et même la réussite effective. Sinon je souffre de mes erreurs, sans espoir de m’en cacher. Je ne peux rien faire d’autre, donc, que critiquer votre livre pour montrer la santé morale que vous cherchez vous même désespérément, et dont votre livre illustre la quête.

    Ici, je m’empresse de dire que je ne vous connais pas de près, et je me garderai bien de confondre l’oeuvre d’un moment avec l’intégrité de votre personne. Il est bien entendu que les gens qui pensent avec sincérité expriment des choses qu’ils livrent à la considération publique, en faisant fi de ce que l’opinion de leurs semblables peut penser de « bien » ou de « mal » sur leurs existences. C’est ce qui s’appelle le courage intellectuel.

    Ce n’est donc pas l’histoire que vous racontez que je considère, mais vous, l’écrivant dans la réalité sensible où elle prend sa place. Vous avez écrit un roman, donc une oeuvre d’imagination, mais moi c’est cette réalité qui m’intéresse. De l’imagination je ne considère que le côté divertissant ou trompeur. Bien sûr, la description crescendo des tortures et des meurtres faits sur les enfants,

    L’espace intérieur que vous avez mis en scène de façon très bien tournée stylistiquement parlant, a de quoi impressionner l’imagination fortement et durablement. Et cette impression est destructrice, tant pour ceux qui vous lisent sans défense dans l’univers indifférent de la connaissance, que pour vous
    même. Je suis certain que vous n’avez rien résolu du tout de vos angoisses de parent après avoir écrit ce livre.

    D’abord, je l’ai dit, parce qu’il ne débouche sur aucune explication, aucun remède pour guérir la « société malade » que vous décrivez. Il se contente de faire prendre conscience de ce type de crime, narré de façon archétypale et répété comme une obsession, pour dénoncer une société malade. Mais c’est juste une vision. Et une vision obsessive. La prise de conscience est ici un mot qui a en réalité pour support une oeuvre de l’imagination. Ensuite, et surtout, je pense que cette sombre histoire sans réponse est une mise en scène que votre raison a faite pour tenter de comprendre des fondamentaux bien plus profonds qui la structure et qui la détruit. Mais sans succès. Il est vrai qu’il en va aussi de l’héritage de l’humanité. Pourtant, c’est déjà une vraie prise de conscience que de considérer cela sans se laisser abuser par l’histoire racontée. Nous sommes d’ailleurs tous les deux nécessaires à cette prise de conscience.

    Bien sûr, ces cruautés commises par des adultes de notre société sur des enfants ont un fondement réel qu’on ne peut pas occulter, qu’il est bon de connaître. En ce sens vous l’avez très bien exposé. Mais si ce n’est que ça, il manque quelque chose d’essentiel. J’attire votre attention sur l’effet d’amplification et de détournement de l’imagination livrée à elle-même. Elle est le principe de la tyrannie de la croyance contre lequel vous vous insurgez mais qui vous structure pourtant. Car chaque page du livre me montre que vous jugez sans concessions ni excuses d’aucune sortes les personnages du roman, or ils sont tous en vous. Ainsi vous vous traitez vous même en réalité (du moins à l’époque où vous avez écrit ce livre). Je pense que, paradoxalement, vous êtes ici trop malade de tenter de comprendre le réel en l’accordant avec des mots et seulement des mots. Croyance et anti-croyance, au-delà du leurre des mots différents, sont ici la même chose qui se reconnaît à une attitude semblable, un même rapport à la réalité se « contractant », qui s’initie dans les lecteurs d’Adultophobie comme dans les spectateurs de tant d’images et les auditeurs de tant de paroles. C’est ainsi d’ailleurs que se forment les criminels, observés depuis le point de vue raisonnable de la réalité se « dilatant ».

    Je ne peux pas parler davantage ici du lien que je pressens entre conscience individuelle et structure de l’univers physique. Je souligne que cette perméabilité à l’imaginaire fait des désespérés qui n’arrivent pas à se sentir exister, puisqu’ils ne sont pas enclins ou incités à expérimenter le réel. La voilà la responsabilité collective du mal que vous décrivez. Elle n’est pas dans le roman, elle est ici. Pourtant notre société montre son mal par bien des inversions des sens des mots appliqués aux actes, qu’on pourrait dénoncer utilement (pédophile signifie littéralement aimer les enfants alors qu’anciennement ces inconscients étaient nommés plus justement « ogres » et « ogresse »). Toujours la marque de l’imaginaire trompeur, celle du désir de choquer pour se distinguer, pour se vendre, qui souligne l’impossibilité d’être en réalité. Conséquemment, tout est lumineux et en dilatation dans cet espace intérieur où la déconstruction des concepts dominants en fait des objets comme les autres. Nous sommes faits pour nous considérer nous-même comme des oeuvres d’arts, et si nous ne savons pas comment diriger nos efforts et canaliser raisonnablement nos peurs, comment coller de près à la réalité, c’est que nos corps ne s’évaluent pas assez par le sport.

    Quelques réflexions supplémentaires au fil du texte :
    L’espace intérieur. Vous établissez la responsabilité collective des parents dans le meurtre de Jeannette comme un sacrifice impliquant une culpabilité collective. C’est un peu une thématique religieuse christique. Vous ayant lu à diverses reprises, l’un de nous deux a dû se tromper.

    Dans les boucles de pensées de jeannette et de l’homme rude, dans le regard partout présent de Jeannette extra lucide et voyante, c’est d’une part une facilité narrative pour aider à faire avancer le texte (mais une telle faculté de voyance n’est pas crédible, même dans le récit). D’autre part cela vous permet de créer Jeannette complice de l’homme rude, vers la fin du livre, via le sentiment partagé d’adultophobie avec son meurtrier, qui lui fait craindre de devenir comme lui. Vous avez sans doute cherché à créer Jeannette coupable elle aussi, elle la victime, mais en restant dans le flou par souci de cohérence. Ce n’est pas étonnant, c’est votre déprime existentielle qui n’arrive pas à trouver d’espoir dans les conflits de certitudes qui vous ont fatigué, qui envahit absolument tout dans votre roman. Le flou et l’incertain, le probable, le léger, sont ici bannis de la cour du verbe-roi.

    Du concept d’adultophobie (peur et rejet des adultes), vous dites qu’il est mal diagnostiqué. Ça ne suffit pas pour en faire une réalité, mais simplement le proposer à comprendre la réalité est légitime. Je ne pense pas que votre intention soit de mettre dans un mot nouveau un sens contraignant de plus, à l’instar de pédophilie, pour empêcher une relation saine de l’enfant et de l’adulte. Car cette relation est souhaitable et possible, attendu que l’enfant en se développant cherche à se construire comme ni adultophile totalement ni adultophobe totalement. Ce sont des personnes capables de retenu et d’abnégation pour lui qu’il aime, pas des hommes tout-puissants, contrairement à certaines apparences entretenus trop complaisamment.

    L’homme doux est blond, et douceur et blondeur servent chez vous à décrire un ogre. Là, c’est un bel exemple de genèse de l’inversion du sens des mots. C’était bon à dévorer, ce sens immaculé ?

    La vision onirique du dragon et du sphinx argenté, à la fin du livre, qui cherchent à retrouver Jeannette alors qu’ils ne sont parallèlement que des objets d’enfants dans le réel, m’a bien plu, et stimulé. Cette transposition mythologique qui survit à la destruction de l’enfant est le seul brouillage d’une implacable et mécanique fatalité dans ce roman. Quand l’imagination ne prétend à rien d’autre qu’à l’imagination, qu’elle ne cherche pas à prouver quoi que ce soit ailleurs que dans son domaine, elle se fait poésie et le flou probabiliste ressentie débouche alors sur la réalité de façon novatrice.

    L’ensemble du texte a le mérite de la sincérité de l’auteur. C’est d’ailleurs un livre qui se lit vite, preuve qu’il est intéressant car aussi sans vulgarité. Cependant je doute qu’on le relise avec plaisir, car il n’a pas été écrit pour donner du plaisir. Il a été écrit pour que quelqu’un en fasse une saine critique.

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