Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

SOCIÉTÉ (allégorie philosophique d’un ado de seize ans)

Posted by Ysengrimus sur 15 février 2010

De l’autre bord de la montagne, il y a… un autre château!

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Mon fils puîné de seize ans, le bien nommé Reinardus-le-goupil, vient de faire parvenir l’allégorie philosophique suivante à Ysengrimus (on ira nous raconter après que ces cabots là ne font que du jeu vidéo). Notre jeune auteur aimerait bien que l’éminent aréopage du Carnet d’Ysengrimus commente. Je vous remercie de le faire ici même. Voici:

Ce qu’il est important de noter est que le monde qui est décrit dans le texte suivant n’est pas la réalité. Il est fictif et purement utilisé pour expliquer le point de vue de l’auteur. Comme la caverne de Platon, ce monde n’existe pas.

Imaginons un monde, où il y a une toute petite vallée. La vallée se trouve complètement entourée de montagnes. Des montagnes énormes et infranchissables. Au milieu de cette vallée, se trouve un bonhomme. Le sexe de ce personnage n’est pas important parce qu’il s’applique à tous. Ce bonhomme, nous l’appellerons Ray. Ray se trouve au milieu de la vallée, complètement entouré de montagnes. Il existe paisiblement, il n’a pas besoin de se nourrir, ou de boire, ou rien. Mais il se trouve dans un endroit qu’il ne comprend pas trop. Un beau jour, Ray entend des sons bizarres qui viennent de l’autre bord des montagnes. Des sons épeurant, il ne comprend pas c’est quoi mais il a peur. Il décide donc de se construire un château, pour se protéger du possible danger. Avec la puissance de son esprit, il fait apparaître un trou dans la terre. Ce trou, il décide, sera la fondation de son château. Il commence donc à graduellement compléter la fondation. Mais, après de longues périodes de travail, il se trouve fatigué. Mais toujours, il entend les mots de l’extérieur de la montagne et il panique. Finalement la fondation est faite, et la construction débute. Après un court moment, il a un toit au-dessus de sa tête. Content, il se sent bien, en sécurité. Mais il n’ose toujours pas sortir dehors. Quelques jours après, il entend de plus en plus de bruits épeurants. Il décide alors de se construire une plus grande forteresse. Pour que la majesté de son royaume fasse peur au rugissement. Il continue donc à construire. Deuxième étage, troisième, quatrième. Mais en montant les échelons, en construisant son château, il remarque que les rugissements sont de plus en plus intenses. Il a donc trop peur de descendre dans les étages plus bas de son château. Il regarde donc de l’extérieur d’une fenêtre la vallée où il résidait avant. Il ne voit aucun danger physique, mais les rugissements continuent. Il décide donc de construire un château tellement grand qu’il pourra voir au dessus des montagnes. La construction débute la seconde même que ceci lui vient à l’idée. Cinquième, sixième, septième, il finit par construire tellement d’étages qu’il en perd le compte. Ceci n’est pas grave tout de même parce qu’il y est bientôt. Après avoir construit un énorme bâtiment, il regarde par sa nouvelle fenêtre, au plus haut étage du château, et ce qu’il voit le laisse perplexe. De l’autre bord de la montagne, il y a… un autre château! Mais ce château est plus grand que celui de Ray. Il décide donc de faire le sien plus grand que celui de “monsieur là-bas”. Une autre centaine d’étages et il y parvient. Mais ce qu’il remarque est que le château de l’autre a commencé à grandir aussi. Il se remet donc à construire, mais en observant son adversaire de sa fenêtre il remarque que l’autre grandit à la même vitesse que lui. Ceci laisse Ray complètement bouleversé. Finalement Ray ne comprend pas comment ça marche exactement mais il est déterminé à être le vainqueur, les rugissements sont extrêmement intenses en ce moment et Ray se trouve à avoir peur de tout. Il se souvient de son enfance, où toute la vie lui paraissait belle, où il était ignorant du danger, des rugissements. La construction continue, et continue et continue. Jusqu’à temps que Ray soit très vieux. Il regarde finalement par sa fenêtre, et voit le château de l’autre dans la distance. Le château de l’autre plie, il grince, plie encore, craque et s’effondre. En regardant le château de l’autre tomber, Ray est content. Il a finalement vaincu son adversaire. Le château de l’autre tombe en morceaux, il s’effondre et se trouve maintenant encore une fois, derrière les énormes montagnes, dont les pics sont à peine visibles à cause de l’incroyable altitude où se trouve Ray. Victorieux, Ray se tape dans le dos. Il a combattu l’autre château toute sa vie et l’a finalement battu. Mais, pauvre Ray, il voit derrière les ruines du château du mort. « Mais qu’est-ce que c’est? Un autre château! Mais non! Pas un, mais deux, non, trois, quatre, cinq! ». Il y a des châteaux à perte de vue. Tous aussi grands que celui de Ray. Mais tout de même, comment est-ce que Ray peut combattre ceux-ci? Les rugissements n’ont pas arrêté, ce doit être de la faute des autres châteaux! Ray arrête de bouger pour une seconde, et se demande finalement. « Quand j’étais plus jeune, les rugissements était à peine audibles et maintenant, je ne peux pas dormir la nuit parce qu’ils me tracassent tellement. Est-ce que la réponse à mon problème se trouve dans la vallée? Je sais que si j’avais su quand j’étais plus jeune ce que je sais maintenant, j’aurais fait les choses différemment. Mais quoi faire maintenant? Détruire mon château? Je suis rendu au… combientième étage? Comment veux-tu que je fasse ça? Je suis vieux. » Ray décide donc, dans les quelques heures qui lui restent, de détruire son château. Celui qui l’a protégé contre une force inconnue, toute sa vie. Il veut maintenant retourner à zéro. Il arrache une brique, et une autre, et une autre. Mais son château résiste et ne tombe pas. Ray sent alors son vieux cœur qui bat de plus en plus fort. Il panique, il commence à arracher des briques et des briques, il varge sur son château avec toutes ses forces. Il le frappe, avec marteau, pieds, mains, doigts. Mais à quoi bon, il ne peut pas le briser. Ray sent son cœur qui explose dans son torse. Plus vite, plus vite, plus vite, plus vite. Finalement, plus rien. Ray s’effondre sur le plancher. Le regard vers le haut. Il observe la vie qui finit. Il voit finalement le ciel. Et il le remarque pour la première fois. Le ciel est gris, de couleur terreuse. Le gris est en forme de gros rectangle. Un rectangle ayant les mêmes dimensions qu’une brique, mais énorme. Il voit alors que le toit de son château touche à la brique. Le toit y touche, mais non seulement ça, pousse sur la brique. Comme si d’une façon ou d’une autre le château de Ray soutenait la grosse brique en place. Il remarque finalement que tous les autres châteaux eux aussi poussent sur une brique, que le ciel entier, est couvert de briques. Que tous les châteaux autour de lui soutiennent une énorme entité. Il remarque finalement, qu’en construisant son château, il poussait en fait sur le ciel. En poussant sur le ciel, la friction que produisaient ses efforts forçait et faisait gronder le monde. Avec tous ces châteaux qui poussent en même temps, le ciel est maintenu. Mais le bruit aussi, la peur. Avec cette idée qui sort de la tête de Ray, il entend un grincement. Celui-ci ne vient pas du ciel. Il vient d’en dessous. Des craques apparaissent sur les murs de son château. Un grondement énorme se produit. La tour sur laquelle travaillait Ray tombe et s’effondre. Il meurt. Dans les ruines de ce qu’il croyait le protéger.

Bienvenue maintenant au segment explicatif. Vous voyez, ce texte est purement philosophique. Il cherche à expliquer comment fonctionne la société. Ray est un diminutif, pour Raison. Les montagnes sont une force extrêmement puissante qui ne cherche qu’à empêcher Ray de mourir. Ray se trouve donc contraint par les montagnes, comme la raison d’un homme ou d’une femme est contrainte par son corps. La montagne est le corps humain. La science nous démontre que le corps humain a des propriétés de reconstruction et de prévention de la mort incroyables, de même qu’elles ne sont pas encore tout à fait comprises de nos jours. Le château que construit Ray est le château mental que construit tout le monde en vivant des événements de leur vie quotidienne. Quand nous sommes jeunes, confrontés à des bruits étranges venant de la société, nous nous réfugions dans les croyances transmises par nos parents qui “fondent” notre être. Voilà donc ce qu’est la fondation du château au début. Ensuite en construisant le château comme un malade, nous adhérons malgré nous à la conformité de la société. Tout le monde construit le château parce que tout nous pousse à le construire. En construisant notre château nous poussons sur une entité. Nous lui donnons du pouvoir en la menant à de nouvelles hauteurs. Cette entité qui nous fait tellement peur est ce qui gouverne notre vie. Nous, seuls, n’allons jamais être plus grand que celle-ci et nous ne pouvons pas contrôler son existence. Cette entité est la société. Tout ce que nous croyons de nos jours, toute peur, tout cela est fondamentalement causé par la société. Nous nous cachons dans nos châteaux, et essayons de combattre ce que nous créons. Mais c’est seulement en construisant le château et en adhérant à nos peurs que l’on fait vivre la société, l’ordre établi. Si nous arrêtons tous la construction mentale de notre château, le ciel dans l’histoire, la société ne sera plus soutenue. Elle tombera de ces altitudes énormes et sera finalement exposée pour ce qu’elle est. Juste des briques. Juste un mensonge.

Unissons nous, arrêtons les châteaux!

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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8 Réponses to “SOCIÉTÉ (allégorie philosophique d’un ado de seize ans)”

  1. Béatrice said

    Comment une telle sagesse prend-t-elle naissance dans la tête d’un renardeau de seize printemps? Comment a-t-il réussi, avec une clarté si percutante, à transmettre mes angoisses les plus profondes? Je me trouve en plein milieu d’une crise existentielle dont les proportions m’écrasent, me submergent. Comment vivre à l’extérieur de cette société qui cherche à anéantir tout ce que je suis, C’est ça, mon dilemme crucial. J’exècre mon existence de petite fonctionnaire vide, qui exige de plus en plus une conformité d’automate. Cela me suffoque et m’avale. Pourquoi faire perdurer le système capitaliste quand tant de gens souffrent sous son ordre? Il existe et se perpétue de par nos peurs. Pourquoi ne nous révoltons-nous pas? Je ne peux même pas questionner la tyrannie de ma petite cheffe, parce que j’ai besoin qu’elle me fasse une recommendation positive pour pouvoir fuir le trou de merde ou je croupis pour un autre trou de merde. Il nous faut un emploi, il nous faut une retraite, sinon nous allons tous vivre notre « âge d’or » dans l’indigence. On nous raconte que nous devons être propriétaires. Il faut en mettre de côté pour que nos gamins aillent à l’université, vu que l’université, est le but suprême de tout citoyen en règle.

    Nous devons constamment construire des forteresses pour nous protéger de cette pression sociale incessante et lancinante. Je veux en sortir. Mais comment en sortir?

  2. Tourelou said

    Être angoissé par l’idée de grandir, ce chemin vers la plénitude en surmontant les incidents malveillants et ses démons intérieurs. Il a beaucoup de talent, votre petit prince. Avec ce beau texte il vous la joue bien. Souhaitons-lui de s’orienter vers l’action et le rationnel de notre monde, souvent instable et souffrant, d’individualistes.

    Cette écriture est aussi, à mon avis, l’allégorie du jeu vidéo. Les ados profitent bien de ce moment d’absence partielle de responsabilités sociales pour se mesurer aux bons et aux méchants, à chercher à y entrer ou en sortir?

    Aimez-le fort, il est irrésistible, votre bienheureux. Et longue vie à Reinardus.

  3. Putain, tu peux pas mettre cadet ou benjamin?

    [Non pas. Pourquoi donc? – Ysengrimus]

  4. Fifreli said

    Il est un peu lourd ce château! Non?

  5. OuiLbeur said

    Quand nous sommes jeunes, confrontés à des bruits étranges venant de la société, nous nous réfugions dans les croyances transmises par nos parents qui “fondent” notre être. Voilà donc ce qu’est la fondation du château au début. Ensuite en construisant le château comme un malade, nous adhérons malgré nous à la conformité de la société. Tout le monde construit le château parce que tout nous pousse à le construire. En construisant notre château nous poussons sur une entité. Nous lui donnons du pouvoir en la menant à de nouvelles hauteurs. Cette entité qui nous fait tellement peur est ce qui gouverne notre vie. Nous, seuls, n’allons jamais être plus grand que celle-ci et nous ne pouvons pas contrôler son existence. Cette entité est la société. Tout ce que nous croyons de nos jours, toute peur, tout cela est fondamentalement causé par la société. Nous nous cachons dans nos châteaux, et essayons de combattre ce que nous créons. Mais c’est seulement en construisant le château et en adhérant à nos peurs que l’on fait vivre la société, l’ordre établi.

    Je vais essayer mes pauvres capacités philosophiques face à votre vue utopique, et très dévelopée, d’adolescent (et c’est tout à votre honneur, car c’est important de croire, à l’adolescence, que l’on peut changer le monde; pour ma part, j’y crois encore…) Mais, petite digression, avant d’entamer le sujet: toute personne normalement constituée, s’est posée l’affirmation: « Il va allé voir prudemment se qui émet ce bruit, avant de réagir! » Sinon la réponse ne peut être adéquate… Mais bon, les données sont là, et elles ne demandent qu’à être décortiquées!

    L’ordre établi, n’existe pas, seul l’ordre que l’on croit bon n’est pas combattu, mais ce qui convenait à mes parents, me convient’il? Pas forcément! Donc je peux combattre l’ordre établi, seul, et puisque je suis seul, je suis un terroriste, un dissident, un marginal de la société qui convient à une majorité de personnes qui s’y sentent en sécurité. Et la sécurité (les peurs de Ray), dans nos sociétés occidentales sont rattachées aux biens matériels et fonciers: arriverait-il à un Inuit, un Pigmée ou un indien Jivaros de vouloir construire un château pour se protèger? La forte propension de ces types de sociétés, à la co-veillance, ne leur donne pas conscience du mal réalisable entre leurs semblables.

    Mais aucune société ne s’est faite dans la paix et le repos, elle renaissent toutes d’un chaos créer par la société précédente; car nous ne sommes que les produits de la nature, et à son image, nous reproduisons la même chose à notre échelle (le big bang, les dinosaures et leur disparition, les précolombiens, etc) et il serait illusoire de croire que parce que nous sommes des Hommes, espèce dominante sur notre planète, nous pouvons boulverser le cours naturel des choses!

  6. Palinodiste said

    Il existe donc encore des personnes de seize ans capables d’un peu de réflexion aujourd’hui? Cela me rassure quelques peu.

    Cependant ce texte contient de très nombreuses erreurs et autres solécismes.

    L’introduction, tout d’abord, est résolument superfétatoire. Puisque nous « imaginons » ce monde, n’est-il apert qu’il est allégorique?

    Ensuite, le syntagme « il ne comprend pas c’est quoi » écorche les yeux.

    « Ce trou, il décide, sera la fondation de son château. » Voilà qui ne vaut pas tellement mieux.

    « Il commence donc à graduellement compléter la fondation. » Cette phrase est la première d’une longue série qui sont toutes atteintes du syndrome du « donc ». En effet ce mot est répété à de trop nombreuses reprises dans le texte.

    L’omniprésence du mot « mais » est également regrettable. On le trouve plus d’une dizaine de fois en une quarantaine de lignes, c’est bien trop. Le mot « finalement » peut aussi venir rejoindre la liste des répétions indésirables.

    « Mais il n’ose toujours pas sortir dehors. » Cela signifie-t-il qu’il ose sortir dedans?

    « …comment ça marche exactement… » La « ça » manque de délicatesse.

    « Jusqu’à temps que… » Décidément, les lourdeurs viennent concurrencer les répétitions en tant que plus gros point faible du texte.

    « …comment est-ce que… » Je ne suis même pas sur que cette tournure soit française.

    « …parce qu’ils me tracassent tellement. » Où l’art d’apposer des mots inutiles en fin de phrase.

    Le « Est-ce que… » de la phrase suivante est de même à éviter.

    « Mais quoi faire maintenant? » Mais oui, quoi faire devant une telle énormité?

    « …il varge… » Je m’interroge encore sur le sens de ce mot.

    « Le toit y touche, mais non seulement ça, pousse sur la brique. » Il suffirait de remplacer « non seulement » par « en plus de » et la phrase sonnerait bien plus juste.

    On trouve au fil de ton conte de nombreux autres petits détails qui mériteraient d’être corrigés, mais je pense avoir souligné ici les principaux manquements à notre cher langue.

    Quant à tes croyances métaphysiques, je ne les partages pas entièrement. Bien que je sois d’accord avec certaines de tes idées, je pense qu’une partie d’entre elles relèvent du paralogisme. Je ne suis cependant pas en état de dire en quoi ce soir, peut-être une autre fois.

    Malgré l’apparence fort diatribique de mon commentaire, sache que je tiens à te féliciter pour cet écrit admirable venant d’une personne de seize ans. De plus, j’ai grâce à toi retrouvé foi dans l’intelligence des individus de mon âge, que j’ai jusqu’à présent presque toujours trouvée déplorable.

    • jose poulinard said

      Tourelou fait allusion à l’allégorie du jeu vidéo. J’abonde dans le même sens. Le virtuel, je le crains, est en train de couper de nouvelles générations d’un pragmatisme de survie (minimal), à développer pour composer avec le monde social qui nous entoure. L’option de la maladie mentale n’en est pas une (selon moi). De nouvelles formes de maladie mentale sont en train de se développer dans notre Occident chéri. Elles sont liées à l’évasion dans le virtuel. Je côtoie des adolescents depuis une vingtaine d’années et le sens commun de l’ado moyen me semble péricliter. Ceci dit, j’admets que ce jeune a du génie…

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