Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

L’état proxénète ou rien (décriminalisation ou légalisation de la prostitution?)

Posted by Ysengrimus sur 1 août 2009

Il faut légaliser et légiférer

Il faut légaliser MAIS AUSSI légiférer

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Tatiana (nom fictif), prostituée à Toronto, m’écrit ceci (je traduis):

Je suis ce qu’on appelle ici une « escorte ». Prostitution complète. Je suis maquée par une organisation. Les macs individuels sont bien trop violents et imprévisibles. Je « travaille à mon compte » (pour une des nombreuses pègres ethniques de Toronto, en fait). Mes protecteurs sont chers mais ils font bien leur boulot. Tant qu’on sera illégales, il faudra faire comme ça. Les flics nous laissent un peu plus tranquilles. Ils s’en prennent plutôt au trafic des gamines, des mineures, cette dégueulasserie affreuse. Ça… Ça les putes dans mon genre sont dégoûtées pas ça. Quand on en est rendu que le tapin choque même la morale des putes, c’est que ça va mal… Les filles comme moi, on sollicite sur la rue. L’hiver, on s’habille chaudement (un manteau qui s’entrouvre) et l’apparte de travail est bien chauffé et bien protégé. Le pire c’est vraiment les pieds… et les petits imbéciles qui ont dans la poche une arme à feu comme ils auraient un appareil photo ou un téléphone portable… Se faire pointer un flingue dans le visage, ça fiche vraiment les jetons, je t’assure… c’est pas aussi facile à encaisser qu’au cinéma… Ça arrive rarement, heureusement…

Le problème de fond, vois-tu, Ysengrimus, c’est pas la prostitution même. Ça, ça se gère finalement assez facilement. J’ai ma clientèle régulière d’hommes mûrs, et les occasionnels ne fanfaronnent pas. Le problème c’est le racket de protection… Le «mac», en quelques sortes. Et, comme je te dis, ce n’est pas un mac artisanal. Dans mon cas, c’est un «organisme» (une organisation, en fait) que je ne vais pas nommer ici mais dont les représentants sont tous d’un groupe ethnique spécifique, que je ne vais pas désigner non plus. Ce sont des pégreux très style, d’un quartier ethnique. Quand on travaille comme ça, il y a des conséquences. On est un peu prises, un peu coincée là-dedans, si tu vois ce que je veux dire. Comme je rapporte bien, ils ne seraient pas chauds chauds de me voir partir… Si je me résume, pour faire ce que je fais et ne pas finir les dents cassées au fond d’une ruelle, il faut se rattacher à une organisation ou »agence ». Mais une organisation, ça chiffre. Je suis donc avec ces messieurs de la rue Spadina, à Toronto. Ils sont impecs pour chasser les frelons qui te harcèlent. Mais ils facturent sec et ne couvrent pas les flics. Si on chiffre un peu l’affaire, calcule en moyenne $100 par jour, tous les jours du mois (on ne travaille pas tous les jours, c’est trop tuant. J’ai pas mal de temps libre, en fait. C’est une moyenne nivelante que je te fais ici, OK?). $40 va à mes messieurs, pour la protection (indispensable) et $10 en faux frais (flics a arroser, taxis, et occasionnellement hôtels. Mes tenues sont à mes frais aussi). $50/jour x 30 jours. $1500 par mois au noir, donc, pour se sentir sale, dégoûtée et vivre dans la peur constante de la violence et des vénériennes… Fais ton calcul…

Et quand j’aborde la question de la légalisation de la prostitution, la réponse de Tatiana est on ne peut plus lapidaire. Il faut protéger les filles. Ça devient juste trop dangereux. C’est comme avec une bagnole. Conduire sans permis ou avec un permis, quelle différence, si tu chauffes comme un pied et te casses la figure et celle des autres? Me faire casser la gueule par un petit voleur à main armée en cherchant le «John» légalement, ben ça fait aussi mal qu’en le cherchant illégalement. Tu comprends? Tout ce flafla légaliste, si les filles ne sont pas protégées, ça n’ira nulle part. Bon, bien, voilà… Ma correspondance avec Tatiana m’a convaincu. Je suis pour la légalisation de la prostitution et contre sa décriminalisation. J’appuie la légalisation de la prostitution féminine et masculine des personnes de plus de 21 ans. C’est là le seul moyen de tirer les travailleurs et les travailleuses du sexe des pattes de la pègre (ce qui est bien plus avilissant que tout). Il faut, par contre, un état proxénète solide, présent sanitairement, sécuritairement responsable, qui assure l’encadrement correctement, et qui consacre ensuite le tout des ressources répressives gaspillées aujourd’hui dans ce monde complexe, sur l’éradication de la prostitution enfantine, qui, elle, ne sera JAMAIS légalisable ou légitime…

Décriminaliser sans plus, c’est se dédouaner sans vraiment agir. Il semble bien, en effet, que ce soit le fait de simplement autoriser les activités actuelles, sans plus, qui donne pignon sur rue aux maisons closes et aux «organismes» de tous les acabits, sans changement autre que la légitimation rampante de leurs extorsions et de leur violence sourde. On est parfaitement clair sur ce point crucial. Si la structure mise en place ainsi ne fonctionne pas comme la régie des liqueurs ou celle des jeux, ce n’est tout simplement pas intéressant d’introduire des changements juridiques, dans cet univers glauque. Légaliser, ce sera justement articuler et formuler solidement la loi sur l’état proxénète. Légaliser ne déresponsabilisera pas l’état mais, au contraire, le responsabilisera et requerra indubitablement l’implication de ses infrastructures. S’il s’agit simplement de se croiser les bras et de blanchir les activités pégreuses en cours, en espérant qu’elles accèderont graduellement à la respectabilité puis, bien éventuellement, à quelque forme de décence, alors là, non merci… C’est ici un axiome: pas de légalisation de la prostitution sans état proxénète.

La «tradition» (excusez l’ironie involontaire) de l’alcool et des jeux guide pourtant clairement la voie à emprunter sur la question des drogues récréatives et de la prostitution. Sur ces questions, pour l’état, légaliser c’est légiférer et légiférer ici, c’est prendre le service en charge dans le cadre d’une structure étatique chapeauté par une loi spécifique et explicite. Il faut bien comprendre qu’on ne parle pas de droits de la personne de nature privée ou intime comme ceux couverts par le Bill Omnibus ou, autrefois, les mariages interethniques ou, aujourd’hui, le port des signes religieux visibles, là. On parle d’un corps d’activités lucratives, ardues et difficiles, ouvertement encadrées et tenues illicitement et illégalement pas le crime organisé. Si ce dernier n’est pas fermement contraint de passer la main à l’état proxénète, alors là, ça déconne complètement et alors là, oui, tristement, notre génération n’est pas encore prête pour une refonte de cette situation et est peut être aussi bien de passer son tour…

Décriminalisation ou légalisation de la prostitution? Réponse: légalisation. N’utilisons pas la situation sociale des prostituées comme instrument hypocrite de promotion de l‘entreprise privée. C’est depuis la nuit des temps que les prostituées travaillent pour l’entreprise privée. On ne va pas mobiliser la saine et salutaire dissolution de la morale hypocrite et archaïque de jadis pour maintenir les prostituées dans leur condition. Oh, je suis bien conscient que l’attaque la plus ouverte sur la moralité publique/putride contemporaine, ce n’est pas celle qui approuve la prostitution mais… celle qui rejette l’entreprise privée. Sauf que, ce qui est est. Remettons nos canons moraux en question, mes bons. Les temps changent… Non à toutes les pègres, illégales OU légales. Oui à une industrie du sexe saine et sécuritaire et à une prise en charge collective des détails fins de la responsabilité sociale qui vient avec.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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40 Réponses to “L’état proxénète ou rien (décriminalisation ou légalisation de la prostitution?)”

  1. Tourelou said

    Légaliser la traite des jeunes humains, encourager le vice, subventionner des bordels, entretenir des pratiques nocives qui affectent la santé des jeunes femmes et hommes qui s’offrent en objets sexuels. C’est aussi entretenir la corruption policière et l’hommerie de la terre.

    Est-ce par choix ou par ‘tradition’ que ces jeunes comme Tatiana (filles et garçons) se prostituent en échange de gros dollars pour des faveurs et des luxes sexuels? Ne sont-ils pas les victimes d’un crime jamais plaidé? En quoi de légaliser changerait la situation? Je ne sais pas, mais que voilà un ‘métier’ qui ne se perdra pas, et qui évolue toujours plus à crédit sur internet. Platement, et fort tristement, c’est la loi de l’offre et de la demande qui prend le dessus, que ce soit légal ou pas.

    Et cela doit être fort triste d’être le papa et la maman d’une Tatiana, j’ai une pensée pour eux. Pourquoi nos ressources actuelles, la santé, l’éducation, la justice, les parents, tralala… ne s’occupent pas efficacement de nos jeunes? Peut-être parce que l’homme est imparfait et vicieux. Et il y aura toujours ‘ça’ à régler, demain.

    • ysengrimus said

      Attention, Tatiana n’est plus toute jeune. Disons pudiquement qu’elle a plus de 21 ans…

      Il faut surtout cesser de se lamenter stérilement sur « l’homme imparfait et vicieux » et autres « fatalités » faussement éternelles, sans agir. Ne rien faire, comme en ce moment, c’est endosser le statu quo interlope et ce dernier ne marche tout simplement pas. Il s’aggrave, en fait. Avec la prostitution des mineur(e)s en augmentation, il vaut mieux efficacement encadrer l’acceptable pour mieux cerner et réprimer l’intolérable…

    • « Légaliser la traite des jeunes humains, encourager le vice, subventionner des bordels, entretenir des pratiques nocives qui affectent la santé des jeunes femmes et hommes qui s’offrent en objets sexuels. »

      Moins pire qu’avec la criminalisation. De plus, c’est déjà le cas pour l’alcool et le gambling!

      « C’est aussi entretenir la corruption policière et l’hommerie de la terre. »

      Encore pire présentement avec la criminalisation!

      « Est-ce par choix ou par ‘tradition’ que ces jeunes comme Tatiana (filles et garçons) se prostituent en échange de gros dollars pour des faveurs et des luxes sexuels? Ne sont-ils pas les victimes d’un crime jamais plaidé? En quoi de légaliser changerait la situation? Je ne sais pas, mais que voilà un ‘métier’ qui ne se perdra pas, et qui évolue toujours plus à crédit sur internet. Platement, et fort tristement, c’est la loi de l’offre et de la demande qui prend le dessus, que ce soit légal ou pas. »

      Idem que dans toute activité capitaliste. Je ne vois pas en quoi les prostituées sont intrinsèquement exploitées, sauf peut-être par des proxénètes violents. Mais à ce que je sache bien des femmes préfèrent être en couple avec des hommes violents.

      « Et cela doit être fort triste d’être le papa et la maman d’une Tatiana, j’ai une pensée pour eux. »

      Je m’en sacre de leurs parents!

      « Pourquoi nos ressources actuelles, la santé, l’éducation, la justice, les parents, tralala… ne s’occupent pas efficacement de nos jeunes? »

      Parce qu’elles sont trop répressives et étatisées.

      « Peut-être parce que l’homme est imparfait et vicieux. Et il y aura toujours ‘ça’ à régler, demain. »

      Encore cette lubie fémi-favoritiste!

  2. Tourelou said

    Pour mieux cerner et réprimer faudrait des délateurs, et les castrer à mon avis.

  3. lise CC said

    Sujet difficile. La prostitution est sévèrement réprimée dans mon pays (pas celui d’origine, celui dans lequel je vis). Conclusions: les prostituées de tout âge et de tous sexes sont à la merci de ceux qui leur « veulent du bien » [traduire: qui les exploitent] et de ceux qui les pourchassent [traduire: les bien-pensants, la police, and so on]. Ca craque de partout et ils vivent totalement en marge. Sans compter qu’ils et elles n’ont aucune couverture sociale, et seul(e)s les « luxes » peuvent s’offrir les assurances santé dont ils/elles ont besoin plus que d’autres. Et, parlant pudiquement d’âge, – merci, YS ! – quel est l’âge non-officiel de la retraite dans ce secteur?

  4. spritzer said

    Évidemment la meilleure solution serait de faire disparaître la demande pour la prostitution dans la société, mais ce n’est pas demain la veille. Dans ces conditions, il faut légaliser pour la sécurité et la santé des prostituées. L’univers sordide de ces gens est inacceptable en 2009.

    Le gouvernement en charge devrait aussi aider ces femmes à sortir du milieu par les études ou de l’aide psychologique. Ce qui m’amène à me demander quel serait le salaire que vous envisageriez pour rémunérer ces travailleuses.

    • ysengrimus said

      Je ne sais pas pour les montants, mais ce serait un mode de rémunération similaire à celui des médecins. On pourrait même envisager une prostitu-carte sur le modèle de la carte santé. Cela sécuriserait tout le monde et entrerait rapidement dans les moeurs, bien mieux et bien plus vite qu’on ne le pense, en fait…

    • « Évidemment la meilleure solution serait de faire disparaître la demande pour la prostitution dans la société, mais ce n’est pas demain la veille. »

      Impossible!

    • X-ZIFT said

      « Le gouvernement en charge devrait aussi aider ces femmes à sortir du milieu par les études »

      Le gouvernement a déjà la tâche d’offrir l’aide financière (via les prêts et bourse entre autre) à qui que se soit qui veut retourner aux études, quelque soit leur emploi.

      « ou de l’aide psychologique. »

      Non, ils auront plutot la tâche de ne pas donner de permis de prostitution à des personnes qui ont besoins d’aide psychologiques mais plustôt de leur offrir de l’aide dans un centre spécialisé.

      « Ce qui m’amène à me demander quel serait le salaire que vous envisageriez pour rémunérer ces travailleuses. »

      0$. Ce n’est pas le gouvernement qui paierait leur salaire mais les clients, bien évidamment. Elle chargeraient donc elles même le prix.

  5. lise CC said

    Ce serait alors la légalisation de la prostitution sexuelle, reconnue comme égale et recevant les mêmes droits que les prostitutions intellectuelle, civique, sociale, militaire, etc.. Car nous nous prostituons tous, chaque fois que nous acceptons de recevoir de l’argent en échange de quelque chose (quoique soit ce « quelque chose ») que nous possédons, et que nous échangeons pour de l’argent. Chaque fois que nous vendons un morceau de nous-même.

    Il faudrait arriver, aussi et d’abord, à changer notre regard sur le mot « prostitution »

  6. Peu importe la position politique que l’on prône, entre décriminaliser ou légaliser la prostitution, il y a des préalabres essentiels pour soutenir ces positions. Dans le cas de la décriminalisation, il faut offrir des services d’aide et de soutien (travailleur de rue, intervenant…) en réduction des méfaits. Dans le cas de la légalisation de la prostitution, l’état proxénète est essentiel pour éviter que les groupes criminalisés deviennent des hommes d’affaire et contrôlent légalement les bordels.

    Un état proxénète implique un gouvernement capable de mettre ses culottes et les ressources appropriées au bon endroit avec une vision long terme. C’est une définition malheureusement contraire à ce que nous avons comme gouvernement.

  7. Que j’aime donc pas ça. Peu de prostitution masculine, surtout féminine la prostitution. Libre choix éclairé chez celles qui la pratiquent? Oui, ça arrive, évidemment et là, pas de problème. Mais dans la majorité des cas, des filles paumées qui veulent de l’argent vite fait, drogue, alcool, maladie, pègre. Pas un très joli milieu. Pas le genre de métier qu’on souhaite à sa propre fille, même quand on est cool et ouvert d’esprit. Ça me met mal à l’aise. Vaguement. Et elles sont jeunes en plus. Les amateurs aiment la chair fraîche.

    Légaliser tout ça, légiférer, tenir des bordels propres avec du Purel et des condoms à l’entrée? Il s’en trouvera toujours et surtout pour préférer les couleurs sombres et excitantes de la promuiscuité illégale et tellement plus tentante et bandante. Le bordel aseptisé trouverait-il preneurs? J’en doute.

    • ysengrimus said

      Le statu quo n’est pourtant pas soutenable. Le bordel aseptisé trouverait aseez de preneurs pour mettre en place l’encadrement dont vous déplorez justement la tragique inexistence

  8. Philou said

    Sur cette question difficile, il me semble important de ne pas ignorer certaines choses. Nous vivons sous deux systèmes étroitement inter-reliés: le capitalisme et le patriarcat. Le travail est l’outil de domination économique de la classe capitaliste; le viol est l’accomplissement, le paroxysme de l’exploitation patriarcale. Pourquoi ce faux-débat entre décriminalisation et légalisation, qui au final ne remet rien en question?

    Je me permets de vous suggérer la lecture du site de la CLES (Coalition des luttes contre l’exploitation sexuelle), groupe néo-abolitionniste:

    http://www.lacles.org

    Extrait d’un témoignage: « J’ai été prostituée plus de 15 ans et je n’ai jamais rencontré une seule «travailleuse du sexe». Pour moi, cette expression sort du film Pretty Woman, et de la bouche des gens qui endossent et exploitent la chosification des femmes. Je connais des femmes prostituées – j’en ai été une – et nos raisons d’être là étaient claires: la pauvreté, le racisme, l’oppression de classe, le sexisme et les violences subies dans l’enfance. À l’époque, je vous aurais dit que la prostitution était un geste de pouvoir, de libération. Il me fallait penser ça – comment aurais-je pu me regarder dans le miroir autrement? Pourtant, ça m’arrachait le cœur de voir arriver chaque nouvelle fille. Et pas une prostituée ne veut voir sa fille entrer dans cette industrie mangeuse d’âme.»Travailleuse du sexe? Connais pas!

    • ysengrimus said

      Merci pour ces liens et témoignages, fort utiles. Inutile de dire que ce que vous ciblez est le point ultime de l’asymptote. J’avance, plus modestement, une doctrine intermédiaire, une étape, que je crois décisive, vers la réalisation de votre programme, le seul ultimement effectivement légitime.

    • X-ZIFT said

      Donc, selons votre raisonnement (la cause première est le capitalisme + le patriarcat), si nous vivions dans un pays communiste dirigé par des femmes, il n’y aurait pas de prostitution?

      Wow…

  9. Je suis en faveur à tout le moins de la décriminalisation, en reconnaissant ce « travail » comme n’importe quel autre travail. Disons que, pour un anarchiste, la légalisation serait un péché véniel bien moins pire que sa criminalisation!

    De plus, il faut décriminaliser toutes les drogues.

    • Philou said

      D’une part, ce « travail » n’est pas comme n’importe quel autre travail. Les pays dont les législations vont en ce sens ont donné lieu à bon nombre de situations, anecdotiques peut-être pour certains lecteurs mais moins roses pour celles qui les vivent. Témoin ces femmes, en Allemagne, menacées autour de 2005 de se voir couper leurs allocations de chômage pour avoir refusé un « travail » dans l’industrie des services sexuels.

      D’autre part, j’ai depuis un certain temps cessé de croire aux réformettes politiciennes. La prostitution sera abolie lorsque les femmes feront leur révolution contre la société patriarcale et que les hommes cesseront de voir en chacune d’elles un objet sexuel. David, tu es conscient que ce que tu proposes, c’est la voie réformiste? Pour un anarchiste, je trouve ça curieux. D’ici là, bien sûr, il ne s’agit pas de blâmer les prostituées pour ce qu’elles font, ni – et encore moins! – de fermer les yeux sur la répression policière et la violence sociale qu’elles endurent quotidiennement.

      • lise CC said

        « fermer les yeux sur la répression policière et la violence sociale qu’elles endurent », oui, vrai, mais est-ce que nous ne faisons pas cela tous tant que nous sommes? Avons-nous des prostitué(e)s dans nos relations? Les recevons-nous chez nous dans nos familles? Les consolons-nous quand elles se sont fait rosser? Les aidons-nous quand elles en ont besoin? – et c’est un metier à haut risque, faudrait pas faire l’autruche, elles ont plus besoin d’aide qu’une vendeuse, par exemple.

        Je ne sais pas, moi, mais ce topic me semble un peu border linesorry, Ysengrin .. 😉

        Pouvons-nous encore parler de « métier « ?

        [Il n’y a pas de sujet tabou. Et je pense que la loi du silence sur celui-ci ne serait pas la meilleure façon de contrer la discrimination, discrète mais compacte, que vous dénoncez justement dans votre premier paragraphe – Ysengrimus]

  10. lise CC said

    Je ne dis pas que c’est un sujet tabou, bien au contraire: c’est un sujet qui ne peut se mélanger, difficile à classer dans les métiers, donc à organiser, ou à « contrôler » – presque impossible d’attribuer à la prostitution des « règles » ou des lois, ou autres sur le modèle de ce qui existe pour les services payants comme, par exemple, l’éducation, la médecine, le journalisme, etc..

    Il faudrait s’en approcher avec beaucoup de compassion, et… oui, d’amour. Au moins l’amour de la justice. Ce ne sont ni des sous-hommes, ni des sous-femmes – mais la prostitution demeure encore le tiers-monde des gagne-pains.

  11. Pois Chiche Confit said

    Spritzer, je n’ai pu m’en empêcher: quand vous avancez que «le gouvernement en charge devrait aussi aider ces femmes à sortir du milieu par les études ou de « l’aide psychologique », un certain malaise me saisit.Quel est donc ce «milieu» dont vous parlez? Un «milieu», ce n’est utile que dans son exotisme – je pense à Ces gens-là de Brel… – sortir qui de quoi, déjà? Quelle est donc cette mission bien-pensante? Sortir illico les prostitués/es de ce «milieu», leur offrir des «études» que l’on imagine (à tort…) comme nécessairement garantes d’un avenir bien moral, ou les retirer de l’étalage pour mieux les ranger dans l’entrepôt? Et l’aide psychologique, c’est pour les utilisateurs ou les prostitués/es? …

    Je ne sens que de l’hypocrisie dans le débat sur la décriminalisation de la prostitution – quel est donc ce Bienveillant État auquel nous devrions nous fier pour assurer notre bonheur, notre estime de soi, notre niveau de moralité, notre usage des organes reproducteurs, notre rapport à l’argent, notre … C’est ce que je trouve dérangeant ici. Le petit arrière-goût de vieille rengaine jésuite me surprend toujours.

  12. Aline said

    Il y a quelques jours j’étais à Rouen. En début de soirée, j’ai vu une jeune fille qui faisait le trottoir en plein centre-ville. Elle était petite et frêle. Toute en noir, avec des bottes qui montent au dessus du genou, elle tenait un large sac en bandoulière avec ses deux mains. Il faisait froid et son blouson de skaï n’avait pas l’air de la tenir bien chaud. Elle avait les cheveux noirs ébène, mi-longs, et une frange qui essayait de cacher un oeil au beurre noir.

  13. Bombshell in a Nutshell said

    Ysengrimus, I am watching a leetol show called Les Voix Humaines. Here is a description of it from the website:

    Dix auteurs-compositeurs-interprètes sortent de leur univers créatif habituel et se plongent dans des réalités sociales qui les déstabilisent. Inspirés par ses rencontres, chacun d’eux crée une nouvelle chanson inédite. Ces petits bijoux peuvent être écoutés et/ou téléchargés ci-bas.

    http://artv.ca/emissions/les-voix-humaines.html

    This particular episode featured Arianne Moffat and her rencontre with travailleuse de sexe de Montréal. The woman with whom she spoke the most was a supremely intelligent woman was was a former prostitute and who now works for an organization that promotes the rights of sex workers. While she certainly described the dangers of the profession, she was also very intent on shattering the cliches and stereotypes, especially the one that would have it that all prostitutes are victims of childhood sexual abuse. In fact, she explained, such people do not last very long in the sex industry as, well, they hate sex. She also explained how there are quite a few mothers in teh industry and they chose it because, with only about 5 10-minute rendez-vous a week, it allows them to stay home with their babis instead of having to slave away for minimum wage at McDo. She also said that there are many CEGEP and univ students who prostitute themselves, that it is an easy and, if you keep your wits about you, safe way to make good money. I have heard this more than a few times and I wonder, is this true, my friend? Is it really as easy as all that? She even said that she has orgasms with some of her clients! I find all of this highly doubtful. She drew a very bold line of separation between clients and sexual predators, that is, men who purchase women only to physically and sexually agress them. She did indeed encounter more than a few predators in her time, but she said that many of the clients were charming and wonderful. I dont’ know… In any case, here are the lyrics of the song Arianne Moffat wrote inspired by the travailleuses de sexe:

    ÇA VA ÇA VIENT
    [Paroles et musique Ariane Moffatt]

    Écris sur mon cul avec ton argent
    N’écris pas de mots ne mêle pas nos sangs
    J’ai très peu de temps appelle-moi Jewel
    Ajoute ta griffe sur mon carrousel

    Comme ton érection je vise les sommets
    En connaissant par coeur ce qui viendra après
    La fameuse descente, le changement de costume
    Les savons inodores sous un croissant de lune

    Ça va, ça va et puis ça vient
    Un sexe fou entre mes mains
    Mais au bout au bout au bout du compte
    Il reste quoi ? il reste quoi raconte…

    …«il reste moi, mes outils de travail
    Cigarettes, talons, savon, condoms
    Je sors de la chambre, se pointe le jour
    Du fond d’un taxi, le silence, ahhh,…
    Je rentre chez moi, caresse le chat
    Sur la pointe des pieds me déshabiller
    Ma douche se charge du tri
    Séparer les dollars de l’ennui…

    Le sommeil prend la relève
    Dans un rêve je suis un serpent
    Qui mue et qui remue
    Puis qui renaît en dansant….
    Demain j’irai acheter
    Des rideaux bleus et blancs
    Manger avec Emma
    Et faire plomber ma dent»….

    Ça va, ça va et puis ça vient
    Un sexe fou entre mes mains
    Mais au bout au bout au bout du compte
    Il reste quoi ? Il reste quoi raconte…

  14. Éléonore said

    J’ai été prostituée et j’affirme que le témoignage présenté ici est HAUTEMENT pertinent. Je seconde aussi l’analyse, la trouvant brillante, posée et parfaitement juste.

  15. bichon maltais said

    Alors on a baladé le populo pendant des mois dans un débat public sur la prostitution où nos « têtes penchantes » lançaient des fausses pistes (comme la réouverture-jamais sérieusement envisagée en réalité-des bordels) alors que par derrière les féministes les plus extrémistes de gauche et de droite (Autain, Hidalgo, Bousquet) préparaient, avec l’aval de toutes les hautes consciences morales, donneurs et donneuses de leçons et pères et mères la pudeurs que compte ce pays -et Dieu sait si cette engeance prolifére en France-, une loi de Prohibition à la suédoise, avec pénalisation du micheton, ce pelé, ce galeux.

    Ces imbéciles s’attaquent à la prostitution de rue, devenue marginale, pour se donner bonne conscience, mais pour bien faire ils devraient :
    – censurer le Net où fleurissent les annonces d’escort (ils pourraient demander conseil aux Chinois sur la meilleure manière de faire),
    – fermer les bars à hôtesses et autres Sofitels de Lille (mais là ces Messieurs les députés se tireraient une balle dans le pied, vu qu’un pourcentage important d’entre eux va avec des call girls)
    – et les prostitués masculins alors? Traquer dans les squares les amateurs de passes homosexuelles rapides (je ne crois pas que ce soit faisable à notre époque d’homophilie outrancière, à mon avis certaines assocs homos en prendraient ombrage),
    – et les films et vidéos X alors? qu’est ce être actrice/acteur X sinon prostitué? (vous n’y pensez pas ma bonne dame, s’attaquer à l’industrie du X…voyons)
    – et les « femmes d’un certain âge » qui entretiennent des gigolos rencontrés (dit la légende urbaine) au bar la Coupole, oo les barbons richissimes (« sugar daddies ») qui épousent des starlettes qui pourraient être leurs petites filles (comme feu Eddie Barclay), ce n’est pas une forme de prostitution?
    – et le « porno chic »
    – et la mode lolita pour les petites filles de 7 ans?
    – et la promotion tapageuse des « altersexualités »? notamment lors des gay prides?
    – et le mépris vis à vis des asexuels?

    Ou bien on lutte contre TOUTES les formes de prostitution, ou bien rien, et surtout pas faire du pauvre pékin qui se fait faire une pipe à 30 euros en douce au bois de Boulogne par un trans brésilien le bouc émissaire de tout le malaise de cette société malade et névrosée vis à vis de la séxualité. Marcela Iacoub écrit des pages bien senties là dessus.

    QUELLE HYPOCRISIE ABJECTE!

  16. ysengrimus said

    Une synthèse journalistique fort utile ici:

    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/346393/prostitution-positions-feministes-d-hier-et-d-aujourd-hui

  17. Sissi Cigale said

    Ysengrimus voit juste de nouveau. Décriminaliser sans étatiser, c’est la catastrophe confirmée.

    PROSTITUTION BON MARCHÉ EN ALLEMAGNE

    [Voilà. Et les réacs vont utiliser ce genre de dérive privatisante pour légitimer un retour à la répression intégrale. On fait du sur place. – Ysengrimus]

  18. Miranda Delalavande said

    Avec votre coche d’avance habituelle, vous capturez en plein le nerf du problème.

  19. Piko said

    C’est pas demain la veille que l’état va mettre ses culottes (si j’ose dire) sur cette question. Trop pro-bandits pour ça…

    [Je seconde (hélas). – Ysengrimus]

  20. Robert Bibeau said

    Bravo pour ce mini-reportage. Que la lettre soit authentique ou pas importe peu – elle est véridique…

    Mais vois-tu YSENGRIMUS – le problème c’est que tout ça traite d’un problème qui relève d’une autre instance – pas de l’instance politique comme tu le laisse entendre, mais de l’instance économique avec ses incidences politiques et juridiques comme tout problème économique évidemment.

    Moi je dis ceci: Chaque fois que tu dois en appeler à l’ÉTAT capitaliste pour régler un problème sévissant parmi le peuple – et son bras armé – la police et ses complices des pègres ethniques (les pègres sont toujours ethniques ici en Amérique savez vous pourquoi?) vous faites fausse route…

    Vous faites appel aux sous-fifres pour qu’ils ordonnent les affaires dun patron et ce n’est jamais bon.

    Conclusion: les filles devraient quitter ce métier et s’engager avec les prolos – à la shop pour casser les dents de l’adjudant qui emmerde la couturière qui s’agite sur la chaîne de montage pour 0,25 cents la chemise qui sera vendue 50$ à la pute qui se les gèle sur le macadam, arnaquée par un petit salaud ethnique affidé de la police à qui il refile une commission. Alors que le Gros Rob Ford affichera impudiquement – publiquement ce que tous ses prédécesseurs et tous ses successeurs font fréquemment – le fait qu’il couche avec la petite de seize ans qui entre dans le circuit par la porte d’en avant où le ministre de la justice fait des discours grandiloquent en attendant de tirer son coup lui aussi, chaque chose en son temps.

    • Carolle Anne Dessureault said

      @Robert Bibeau
      Votre conclusion, Robert, pourrait faire l’objet d’un fameux scénario de livre ! Une transformation de la société, par le bas mais par le pouvoir.

      Merci.

      Carolle Anne

    • Gudule said

      En attendant la révolution, camarade, il faut bien se brancher un petit peu sur ce qui est le moins pire. Alors retirer la police et laisser les filles sous la gestion directe et soutenue de la pègre, ben là, chu pas impressionnée, tu vois…

      • Sylvain Guillemette said

        C’est précisément ce que l’on a toujours fait, attendre après le grand soir et ça a toujours fait l’affaire des bourgeois, lesquels tiennent l’État avec leurs rémoras qui en retireront aussitôt la retraite annoncée, des bénéfice$, on le voit couramment.

        Robert a raison d’affirmer que la source initiale est l’économie, celle du moins de 1% et de ses laquais, sinon de ses envieux, nos fameux «marchés locaux», la p’tite bourgeois pédante qui ne rêve que de prendre la place des autres déjà couronnés.

        La police et la pègre servent les mêmes intérêts, ce ne sont certes pas ceux de la classe ouvrière et ça n’a jamais été le cas. Toutes soupapes populaires de l’État ne vise qu’à retarder l’inévitable.

        Révolution, seule solution.

        Maintenant, il faut l’organiser avec la classe ouvrière, il faut que celle-ci l’organise et la dirige et personne d’autre ne doit en tenir les rennes.

      • Piko said

        Vas-y. On te suit. On est avec toi. (par la pensée)…

      • Peephole said

        C’est que ta classe ouvrière est déjà mitée par tout ce qui est crime organisé. Changer quatre trente-sous pour une piastre, non merci.

        Bonne journée

  21. Carolle Anne Dessureault said

    @Paul Laurendeau

    Un très bel article, Paul. J’ai particulièrement apprécié « la lettre » criante de vérité.
    Évidemment, oui à la légalisation de la prostitution. Non à sa décriminalisation puisqu’on permet à la société de créer un environnement propice à l’éclosion de la prostitution : bars et danseuses, petites danses lascives sans contact, maisons de massage qui masquent la prostitution …. C’est comme Loto Québec qui encourage la vente de billets et de gratteux et à jouer au Casino, mais qui offre aussi des cours pour les dépendants du jeu, les blâmant d’être tombés si bas.

    Carolle Anne Dessureault

    [L’analogie que vous établissez avec la duplicité de Loto Québec est aussi insondablement triste que crucialement imparable. – Ysengrimus]

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