Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Renflouer l’«économie» ou simplement… maintenir l’accapareur privé en selle?

Posted by Ysengrimus sur 15 avril 2009

Crise financière de 2008. L’idée de remettre en question la propriété privée des banques n’était pas souvent venue à l’esprit de quiconque aussi crûment qu’à ce jour, du moins dans le giron du cadre capitaliste. Mais… surdité idéologique, quand tu nous tiens. Malgré l’évidence criante de la dérive ruineuse due à la propriété privée, ça continue de bien coincer. On est aussi réfractaire à nationaliser une banque qu’on pourrait être réfractaire à privatiser un hôpital. Un hôpital fournit un service nécessaire à la vie, et l’idée d’enrichir des accapareurs privés au moyen d’un tel service répondant à un tel besoin répugne foncièrement, au sein de la société civile. Elle y résiste des quatre fers. Notons, pour la bonne bouche, que manger aussi est un besoin fondamental, ce qui n’empêche pas les supermarchés d’être encore entre les mains d’accapareurs affameurs privés qui s’enrichissent sur la faim. La distinction entre ce qui est «légitimement» privé (si tant est…) et ce qui ne l’est pas ne se fait pas si rationnellement que ça, en fait, dans notre triste petit monde. Enfin…

Bref, revenons aux banques et, plus globalement, à l’immense secteur des services financiers. Soudain, vlan, brutalement, en un temps incroyablement bref, on s’aperçoit qu’ils sont justement cela: des services. Dans la tourmente, il se démystifient et se démythologisent d’un coup sec. On redécouvre abruptement qu’ils sont des instruments pratiques bien avant d’être des pourvoyeurs de «produits financiers» garnissant allez savoir quel «portefolio» fumeux pour petits investisseurs que l’on arnaque en douce avec une constance d’horloge. Les services financiers sont avant tout, pour la masse immensément majoritaire de ceux qui les utilisent, des outils plombiers permettant tout prosaïquement, par l’accès au crédit, d’acheter un bien semi-durable (voiture, maison), de payer les salariés d’une petite entreprise, de faire démarrer un projet de n’importe quelle nature. L’empereur des placements est nu. Le gâchis financier mondial apparaît donc dans un tout autre angle, l’angle pratique. Voici donc que l’accapareur privé a boursicoté maladroitement en mondovision avec les avoirs (des autres…) devant assurer le crédit bancaire, ce très usuel service (y compris, sans vergogne, avec les avoirs financier reliés directement à la survie élémentaire, comme les fonds de pension). Le boursicoteur bancaire, outrecuidant et/ou malchanceux, qui mène son affaire comme il assure l’intendance de sa maison, c’est à dire privément, se met donc unilatéralement à restreindre l’accès audit crédit, pour se protéger lui-même, comme un épicier fermerait boutique en temps de rationnement, affamant de facto le quartier. On se retrouve alors devant un cas typique d’accapareur privé se souciant fort peu de ses responsabilités sociales, ne les discernant pas clairement, en fait, dans sa grosse bonne foi bourgeoise. C’est un peu comme si l’administration d’un hôpital mettait les patients à la rue pour quelque mois, histoire de renflouer sa caisse et d’éponger ses déficits. C’est inacceptable. L’état intervient donc, subitement, abruptement, cul par-dessus tête, à la vapeur, dans l’urgence. Il renfloue les banques avec de l’argent public (en grande partie emprunté) pour restaurer ce service plombier indispensable qu’est l’accès au crédit. C’est, bon an mal an, l’équivalent de l’état renflouant le déficit d’un hôpital ou d’une entreprise de transport national pour que le service se maintienne. La seule différence, et elle est de taille, c’est que les hôpitaux ou la SNCF ne sont pas la propriétés d’accapareurs privés. Ils n’appartiennent à personne et n’enrichissent personne, du moins pas ouvertement de par leur principe de fonctionnement (ils sont gangrenés par la privatisation rampante, mais ça c’est une autre histoire). Ils effectuent le service, paient leurs employés, coûtent ce qu’ils coûtent et, dans notre culture de propagande inique et torve, se feraient bien moins dénigrer s’ils enrichissaient des accapareurs.

La dynamique financière abruptement rectificatrice du moment, surtout aux USA, marche infailliblement à un résultat social incroyablement bancal. En gros, quand le secteur financier va bien, on laisse les accapareurs privés qui le noyautent s’enrichir tranquillement, mais quand il se met à aller mal, on devient subitement socialistes sans l’admettre, on le renfloue en pagaille avec l’argent du contribuable et de l’emprunt chinois. On est subitement (et c’est là le trait vraiment original de la ci-devant crise de 2008-2009) prêts à remettre en question la sacro-sainte rigueur budgétaire des caisses de l’état AVANT de remettre en question la propriété privée des services financiers. Les dirigeants politiques américains actuels sont conscients que leur pays perd nettement prise sur l’économie réelle (qui passe graduellement aux mains des pays émergents, avec tous les problèmes spécifiques que cela pose) et ils savent que l’économie américaine s’enlise de plus en plus dans la boursicote stérile qui change de la valeur de place sans en produire de nouvelle. Le président Obama affirme donc, sur tous les forums, qu’il faut sortir de l’Économie de la Bulle qui Gonfle puis Éclate (Bubble and Burst Economy). Sauf que, pour ce faire, il se lance dans l’Économie qui Renfloue et Réforme sans Révolutionner… Les dirigeants politiques américains actuels vont même jusqu’à envisager d’improviser sur le tas la mise en place de services financiers publics, non-bancaires, pour rétablir un accès au crédit que les banques et les structures financières, gavées d’argent public mais toujours grippées par le titanesque marasme boursicotier mondial, n’arrivent plus à fournir. Dépêchons nous de bâtir des faubourgs de planches chambranlants aux pieds du temple d’or, aux portes verrouillées par les voleurs, avec notre trésor piégé dedans. Effarant.

Il est patent qu’on dissimule quelque chose à quelqu’un, ici. Soit on assiste à une batterie sans précédent de crypto-nationalisations. On cacherait alors à une classe capitaliste ultra-libérale, en déclin mais encore menaçante, une reprise en main historique des services financiers par des structures d’encadrement étatiques renouvelées. Soit on assiste à une colossale mobilisation de la richesse collective visant au strict maintient de l’accapareur privé en selle, sous couvert d’une renflouement de la ci-devant «économie», aux frais du petit peuple et des financiers semi-étatiques chinois (face auxquels ce n’est pas: faites payer les riches mais: faites payer les concurrents). Que ce soit un cas où l’autre qui se mette en place, il est clair que le danseur s’avance masqué. Tristement, je crois que c’est bel et bien l’accapareur privé qu’on s’efforce de maintenir le cul cousu de l’or des autres sur sa selle, rien d’autre. J’en veux pour preuve le fait que le renflouement en cours ne se restreint pas au secteur des services financiers. On renfloue aussi des entreprises industrielles, notamment dans le secteur automobile. Celles-ci ne sont pourtant pas indispensables. Elles diffusent un produit obsolète, déjà très élégamment outrepassé par celui de la concurrence étrangère. Le geste anti-libéral posé ici est moins socialiste que protectionniste… De fait, ces entreprises industrielles ruinées vérifient magistralement la thèse marxiste classique de la baisse tendancielle du taux de profit. Récemment, un administrateur supérieur de GM admettait que seulement 7% de ses dépenses allaient à la force de travail et que le reste allait à des produits (machinerie, placements spéculatifs, etc.) achetés aux prix forts, par son entreprise, sur le marché polymorphe contemporain. Le capital constant bouffe le capital variable, la plus-value, venue exclusivement du travailleur se ratatine, et l’entreprise fait faillite. Tout le capitalisme industriel actuel est un gros GM généralisé, même dans les économies émergentes. Baisse tendancielle du taux de profit. La terre n’a pas fini de trembler.

Le symptôme automobile ne ment pas ici. Il fait tomber le masque du danseur. Renflouer le secteur industriel traditionnel est un acte réactionnaire, protectionniste, même dans le cadre restreint d’une logique capitaliste étroite. Renflouer, encadrer et nationaliser le secteur financier serait un acte progressiste si seulement, une fois l’activité économique reprise et les lunettes roses raccrochées sur les rouflaquettes des sourds en costards, on ne se remettait pas à laisser les accapareurs privés repartir en goguette, sans les tenir en laisse ou, encore mieux, les dézinguer. Mais il est patent que les cultures nationales, des deux côtés de l’Atlantique, font jouer les vieux réflexes de leurs traditions politiques respectives face à la situation financière en cours. L’Europe penche vers plus de réglementations vieillottes, l’Amérique penche vers plus de libéralisme à l’ancienne, et rien ne change vraiment: l’accapareur privé reste en selle partout, prêt à tout faire repartir selon la logique délirante des ses intérêts propres, de plus en plus contraires à ceux de la collectivité mondiale.

Tant qu’on restera aveugles au fait que c’est la propriété privée des moyens collectifs de production et d’encadrement des avoirs de la société civile qui est le problème fondamental, on ne sortira pas du cycle constitutif des crises. Combien de catastrophe et de vies brisées partout dans le monde faudra-t-il encore avant qu’on allume ses lumières sur cette question absolument cruciale?

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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15 Réponses vers “Renflouer l’«économie» ou simplement… maintenir l’accapareur privé en selle?”

  1. Sinclair said

    Faudra m’expliquer pourquoi ça n’a pas fonctionné dans les états dits « socialistes ». La raison est simple c’est la nature humaine… C’est l’appat du gain et de la possession qui nous pousse à innover… C’est pour ça que le capitaliste fonctionne. Et les crisettes sont des bagatelles dans l’histoire du monde. Des crisettes y’en a encore plus souvent dans l’histoire de la vie elle-même… Le capitalisme n’est rien d’autres que l’évolution de la vie sur terre à un stade plus avancé…

    • ysengrimus said

      Mentalité de suppôt servile, tu t’évaporera, un jour.

      • ESQUEL, BU said

        Non, « sinclair » a malheureusement raison. C’est simplement la nature humaine, même si on aimerais que les choses soient autrement!

        [Comme il n’y a pas de nature humaine hors-histoire, les choses seront un jour autrement – Ysengrimus]

    • bougnet said

      Non, la plupart des activités humaines ne sont pas commandées par l’appât du gain: l’éducation des enfants, les réunions d’amis, l’entraide, les activités artistiques, la recherche. Pour avoir travaillé au milieu de chercheurs et d’artistes, je peut confirmer que leur sens de l’innovation ne dépendait pas du tout de l’appât du gain.

  2. trublion said

    Vu la nature humaine, su et vu que chacun critique ce que lui-même voudrait être, je me demande comment on pourrait faire, pour mettre au pas ceux dont on dépend.

  3. callya_fr said

    Bonjour,

    Oh, mais si il existe des solutions, mais elles sont terriblement impopulaires chez les gens de pouvoir et d’argent, solidement accrochés à leur rocher dégoulinant de fric pendant que le reste de la population crève de faim sous leurs yeux sans que cela ne les émeuvent le moins du monde.

    La richesse serait d’autant moins un déli que la base de la population aurait le minimum vital pour une vie digne…. ce qui n’est évidemment pas du tout le chemin pris actuellement par les politiques mondiales.

    Le jour où les puissants (actuellement) auront compris cela, ils éviteront que la grenade ne leur explose dans la gueule… parce qu’à faire comme ils font actuellement, c’est ce qui les guette.

  4. carla ghiglieri said

    Sinclair, il n’y a pas de pays où la nature humaine ne soit pas violée tous le jours, souvent sous prétexte de faire son bien, comme par exemple par l’interdiction de fumer ou de prendre des drogues récréatives. Mais quand on parle de réformer la structure économique de nos sociétés, il semble qu’on puisse avancer seulement en s’appuyant sur de primitives pulsions de pouvoir et de gain. Vous savez, il y a beaucoup de monde qui vit de et avec des valeurs autres, qui veulent seulement une vie digne pour eux-mêmes et leurs fils,
    car si cela n’était pas vrai, nous aurions déjà coupé la gorge de toutes ces dégoutantes personnes qui n’ont pas honte d’empocher notre argent, alors qu’ils nous demandent aussi de payer pour l’école, la santé, la retraite, tout en gagnant toujours moins, avec l’excuse qu’il faut être à même d’être compétitifs vis-à-vis des travailleurs asiatiques.

    Il faut que nous reconnaissions que, de ne pas vouloir mettre de limites à l’accumulation individuelle de la richesse, nous allons vers la distruction de la civilité même, au nom de laquelle nous, on dit qu’il faut laisser libre cours aux susdites pulsions.

  5. Didier said

    À l’attention de Sinclair, au cas où il reviendrait un jour sur ce forum.

    Ça commence à bien faire, l’argument frelaté du « on n’y peut rien, c’est la nature humaine ».

    Il n’y a pas de nature humaine. Tous les êtres humains vivent en société, et une société, c’est un choix (toujours à renégocier, toujours à discuter, toujours à reconstruire) de valeurs, de règles, d’idéaux et d’interdits. Une manière de penser le comment vivre ensemble. Pour paraphraser une maxime célèbre, « on ne nait pas humain, on le devient ».

    Or il est frappant de constater que pratiquement toutes les sociétés non impérialistes (ce qui en fait, ou en faisait, un sacré paquet) se sont toujours vigoureusement défendues contre deux dérives essentielles: la confiscation abusive et permanente du pouvoir d’une part (l’Athènes classique n’est de loin pas la seule dans ce cas), et l’accaparement outrancier de la richesse, de l’autre. Cela les rendaient-elles moins humaines?

    A contrario, le capitalisme n’a JAMAIS été un projet de société. Il a TOUJOURS été la tentative de petits groupes, certes intelligents, certes méthodiques, certes organisé, de s’approprier la plus grosse part possible du gâteau, pour sa jouissance privée. Sa « réussite » s’est TOUJOURS construite sur la spoliation, la violence, les privilèges indus, et elle s’est TOUJOURS accompagnée de milliers, voire de millions de morts, a TOUJOURS eu pour conséquence la destruction et la ruine de sociétés ou de groupes qui ne lui avaient fondamentalement rien demandé. La concentration de la richesse dans la main de quelques-uns se paye TOUJOURS par l’asservissement et la misère du plus grand nombre. Ce qui fait aujourd’hui provisoirement triompher le capitalisme, c’est son incroyable agressivité (pour ne citer qu’un exemple, près de deux cents conflits menés par les USA ces deux derniers siècles, alors même que son territoire n’était pas attaqué, sauf tout récemment, et encore…) et son absence totale de scrupules, son indifférence complète à la souffrance et à la misère d’autrui. Libre à vous d’imaginer qu’il s’agit là de l’essence de la nature humaine…

    Ce qu’essaye de nous faire croire la très lourde machine propagandiste du capitalisme, c’est que cette ambition mortifère serait en quelque sorte « naturelle ». Elle ne l’est pas. C’est le choix, plus ou moins mal assumé, de petits groupes qui se sont décidés à appliquer un programme très simple: « ma gueule d’abord ». Le capitaliste, c’est quelqu’un qui, se regardant dans la glace et y apercevant un porc, décrète que toute l’humanité est à son image. D’où ses justifications alambiquées, sa mauvaise conscience continuelle, ses tentatives pitoyables pour se faire passer pour le moteur indépassable de l’histoire et de l’aventure humaine.

    D’où aussi la monstrueuse sottise d’aphorismes tels que « C’est l’appât du gain et de la possession qui nous pousse à innover » ou « Le capitalisme n’est rien d’autres que l’évolution de la vie sur terre à un stade plus avancé ». Quelle bêtise, quelle pitoyable vision de l’humanité. Non, Sinclair. On peut innover simplement pour le plaisir, ou par curiosité, ou parce que l’on pense que l’innovation pourra rendre service à d’autres, ou pour la pure jouissance de la découverte… Et la vie sur terre – y compris la vie des sociétés humaines, en fait les seules concernées – a évolué durant des milliers d’année sans le capitalisme, et ne s’en est pas trouvée plus mal.

    Comme l’écrit en réponse Ysengrim, vouloir identifier capitalisme et innovation, création et évolution, c’est simplement signifier sa propre aliénation; et le faire au nom de la « nature humaine », c’est reconnaître que l’on a arrêté de penser.

    Aphasie que signalait déjà le recours – quasi pavlovien – à l’alternative « capitalisme » vs. « états dits socialistes ». Pensée stérile, pensée binaire. Comme s’il n’y avait pas eu, en dehors du capitalisme, des milliers d’autres façons d’organiser les sociétés.

  6. pb2010 said

    Ça fait douze ans que je m’efforce à couler les banques privées en plaçant tout mon argent à la Banque Postale et que j’y souscrit et paie différents moyens de paiement. Mais comme je me le suis fait dire une fois, il parait que « ce n’est pas une vraie banque ». Et bien, si les gens veulent des « vraies banques », là ils en ont, j’espère qu’ils en sont contents! Quand on en est là, on a les banques que l’on mérite n’est-ce pas?

  7. delphine brooks said

    La nature humaine est corruptible mais elle n’est certainement pas que ça. Et avant de rêver à un système parfait on pourrait rêver à un vrai dialogue entre toutes les parties, délivré de tous les dogmes religieux, économiques ou autres, pour une politique plus pragmatique, respecteuse de son rôle et enrichie de toutes nos experiences passées! Des droits fondamentaux immuables mais une politique qui puisse s’adapter selon les conjonctures, sachant que les lois ont tendance à être soit trop régulatrices et donc limitatives/répressives soit trop libérales et donc immorales/destructives.

  8. @ Ysengrimus
    Excellent article. Clair, précis. Petite remarque cependant. Tu écris ceci «C’est, bon an mal an, l’équivalent de l’état renflouant le déficit d’un hôpital ou d’une entreprise de transport national pour que le service se maintienne. La seule différence, et elle est de taille, c’est que les hôpitaux ou la SNCF ne sont pas la propriétés d’accapareurs privés.». Tu sais que, dans certains pays, le système hospitalier est PRIVÉ. Même chose pour les services de transports en commun (SNCF et transport par autobus = privé au Chili par exemple – le pays de la pseudo socialiste Bachelet – et je puis te dire que le transport par autobus à Santiago c’est le rodéo).

    Alors que dirais-tu dans le cas ou l’ÉTAT renflouait le budget déficitaire de ces entreprises hospitaliers ou de transport public-privatisé avec les taxes et les impôts des contribuables? Songe que s’il ne le faisait pas, les services de santé seraient fermés et les transports urbains stoppés!

    Que faire?

    [Merci camarade.Tous les supermarchés sont privés, ce qui ne les place pas moins en contrôle sur la faim et, fatalement «indispensables» dans tous nos patelins. Que faire? Tu le sais comme moi: saisir sans compensation le butin des accapareurs et en assurer l’intendance au bénéfice collectif. C’est d’autant plus faisable pour les transports en commun du Chili ou les hôpitaux du Filouland, attendu que d’autres pays, même pas spécialement socialistes, assurent l’intendance publique des hôpitaux et du transport en commun sans que la terre s’arrête de tourner… mal placés ils seraient pour dire que c’est pas faisable! – Ysengrimus]

  9. Pateris said

    Merci, intéressant. Et oui, il suffit de voir les cris d’orfraie lorsqu’on parle de réparer la gabegie de la privatisation des autoroutes pour comprendre que le bétail qui couine au mâthrakhâjfiskhal bêle pour se faire tondre… Et il dit bien que nos Gattaz et autres «libéraux» gavés de subventions veulent le socialisme pour eux et le libéralisme pour ceux qui bossent… Et si on laissait faire la «main invisible du marché», qu’on rigole ? 🙂

  10. Sam said

    Bien vu! Sauf qu’il ne faut pas trop rêver en couleurs car le modèle pseudo «libéral» poursuivi ici et qui est fortement «légitimé» par la propagande, la social démocratie et le reste, n’est rien d’autre qu’un modèle mafieux, une vulgaire «patente à gosse» et une supercherie de plus qui permet aux banquiers en fait de devenir les argentiers des aspirants à l’enrichissement illicite et aux exploiteurs habiles qui s’y prennent bien pour générer de la fausse plus-value, et qui tous sapent les avoirs autant que les acquis sociaux!

    Tiens, je vais vous en conter une bonne à ce sujet, Dans mon bled d’origine, la majorité des banques existantes du temps du colonialisme ou «protectorat», étaient des mutuelles et des caisses françaises établies au Maroc. Leur rôle était surtout un de «services» comme vous l’expliquez, et financiers bien évidemment pour financer et permettre le montage juridique et financier des projets tout en attirant des investisseurs… Or, seulement plus tard et bien après «l’indépendance», dans les années 1970, avec des caisses de l’état vides, des perspectives économiques inquiétantes et alors qu’une crise de vocation économique de l’état bat son plein, le défunt Roi décide de «marocaniser» les grandes entreprises, les usines, les caisses ou banques et les projets des expatriés français ou européens installés encore sur place… une poignée alors de commerçants de tissus, de bourgeois de Fès, et de négociants en tout et rien, décident de se mettre souvent à deux, trois ou quatre ou plus, pour acheter des parts dans lesdites caisses et mutuelles, et des usines et autres entreprises fleurons de la France coloniale, entreprises Italiennes et autres également… souvent pour des broutilles… presque rien… De fil en aiguille, et au bout de quelques années seulement, toutes ces caisses et institutions ont changé de noms pour devenir «Banque de ceci et de cela» appartenant à «untel ou untel»… dans les années 1980, avec des taux de bancarisation des citoyens encore très très faibles, elles se partageaient surtout le marché des emprunts à l’état, et celui du financement de ses projets et des infrastructures, bénéficiant à gauche et à droite de passe-droits pour mettre la main sur des entreprises, des terrains, de l’immobilier et des secteurs stratégiques industriels souvent pour des sommes symboliques (ciments, pâtes et papiers et cellulose de bois, importations, industrie auto de montage, câblages… marchés publiques etc), à la fin des années 1980, de toutes ces familles «fassies», et autres berbères du sud (souss Marocain), est née une oligarchie aristocratique qui se prend pour des Rockefellers, coïncidant avec un boom dans le secteur des investissements en tourisme, et avec des taux de bancarisation bien plus élevés de la population! Plus tard, dans les années 1990, nos banquiers aristocrates ont attaqué le secteur de la haute finance et intéressaient déjà les gros groupes internationaux pour investir et pour exploiter ce pays où les salaires sont aussi dérisoires que négligeables et dégager des ratios de marges et profits qui feraient saliver toutes les industries possible et imaginables, et face à un code du travail quasi inexistant et des syndicats cooptés par les pouvoirs en place dont les patrons sont archi-multi-millionnaires!… dans les années 2000, la manne de ce secteur de services pourtant, est devenue si grosse qu’elles deviennent non seulement le porte étendard du capitalisme marocain, au lieu que ce soit l’industrie et l’agriculture, le tourisme ou l’artisanat, mais deviennent l’objet de convoitises de la plus haute autorité, la monarchie! Ainsi, depuis cette date, un système bancaire fermé et réservé aux seules élites a permis à des milliers de ploucs et à des arrivistes de devenir des entrepreneurs généralistes qui collectionnent les compagnies et les fiducies qu’on crée tous les jours et dissout le lendemain, afin de rafler ce qui peut l’être, terrains, projets, entreprises, monopoles, industrie chimique etc… et aujourd’hui, dans la presse jaune et généralisée on va même jusqu’à tisser des légendes autour de tous ces banquiers de la dernière pluie, leur attribuant un passé de mérite et de self made men, et autres calomnies… et jusqu’à assister à leurs comédies comme celles d’exhiber leur richesses qu’ils doublent et triplent a chaque décennie depuis, jusqu’à devenir des symboles d’un capitalisme marocain prestigieux qui s’étend en Afrique et ailleurs, et qui ne fait que s’accaparer toutes la manne économique en se gardant bien de ne pas laisser le peuple sur la touche, et surtout les plus méritants et les plus compétents de ce peuple! Lorsque vous faites un tour dans leurs quartiers chics et cossus de Casablanca: bienvenue à Beverly hills et Miami Beach! Sauf que chez nous, l’état ne renfloue jamais ces banques avec de l’argent, mais avec des terrains, des concessions, des monopoles et des permissions aussi d’imposer leurs lois sur le citoyen lambda, et de tripler les taux d’intérêts sur tout et sur rien! C’est très simple, la philosophie de ces établissements qui a contribué a les enrichir sont les taux d’intérêts vertigineux comme les banques de la Mafia aux États-Unis! En fait, les taux d’intérêts sont négociables, ou presque nuls pour les privilégiés… mais pas pour les travailleurs et les pauvres… à tel point aussi qu’elles ont développé des lignes de crédit à la consommation et d’autres de micro-crédit qui ont vu tous les marocains s’endetter comme des joueurs au casino compulsifs alors que c’est pour financer leurs besoins essentiels! Tout ceci devant un état complice et sans pouvoir en réalité qui applaudit ! … Et c’est àtel point que les investisseurs sérieux fuient le pays comme la peste sauf si on leur garanti la protection du palais royal! Chose qui se fait encore aujourd’hui automatiquement! Autrement, il n’y a pas un seul investisseur qui se soit intéressé au marché intérieur! Lorsque vous allez chez le quincailler, vous y trouverez encore des tournevis made in China qu’on vendait dans les années 1980, des matériaux et des outils qui laissent à désirer à moins de mettre le paquet pour vous procurer quelque chose qui soit importé et qui coûte deux ou trois fois ce qu’elle coûte en Europe ou en Amérique du nord! Cette politique d’encenser les banquiers et les mettre au centre d’une vision économique foireuse est celle qui aujourd’hui conduit le pays à sa faillite et l’a privé de secteurs industriels clé et autres opportunités de développer l’économie pour commencer réellement une politique sociale… toujours inexistante au pays! La dernière fois que je suis rentré au bled, je n’en revenais pas de voir des villages et des localités appauvries encore pire que ce qu’elle n’étaient il y a trente ans. Et aujourd’hui avec la guerre d’Ukraine, les prix de l’essence et du gasoil chez nous dépasse ceux du Canada, comme pour un ensemble de produits de première nécessité face à des salaires toujours dérisoires et face à des banquiers qui aujourd’hui ne se sentent absolument pas concernés par une quelconque crise! L’un d’entre eux et grand copains m’a dit d’ailleurs lors de mon récent séjour là-bas quand je lui ait dit qu’il y a une crise grave… «Mais non, il ne faut pas croire les gens, les gens mentent, le business se porte très bien pour tout le monde au Maroc et les gens gagnent beaucoup d’argent»… 🙂 Allez comprendre quelque chose… 🙂

    Ici en Occident, c’est quasiment kif-kif, même si c’est nettement plus «social» a priori… mais les gens au moins ne sont pas livrés à la pire des misères sans filets sociaux et à mendier pour manger ou se loger ou se soigner! Car à propos de se soigner chez nous, si vous avez pas des couilles en or pour le faire chez le privé… vous pouvez signer votre testament avant d’être reçu dans les hôpitaux publics…! Hélas!

    Lors de cet épisode de «marocanisation», vous aurez compris sans doute qu’il s’agissait de privatisations du patrimoine industriel et économique des Français et autres européens installés au pays, mais il y eut en effet quelques «nationalisations», de terres et de grandes fermes de l’ancien occupant. Par contre, ceci donnera naissance à deux défuntes institutions d’exploitations agricoles à travers tout le pays, et qui faisaient employer des milliers de gens à travers les campagnes du pays, des fermes immenses, des domaines immenses et bien équipés et plantés en cultures diverses en fait… Bien entendu, il y a eu quelques privatisations là-dedans aussi et quelques «confiscations», avant de «nationaliser le reste»… mais malheureusement, au bout d’une vingtaine d’années à peine, les dites sociétés d’état ont dû fermer leurs portes et les fermes avec, et les terres ont été revendues aux copains et aux clients du système, avec des scandales retentissants de détournements de la part de leur gestionnaires qui n’ont jamais rendu de comptes ou connu les procès! Ceci est une autre histoire, puisque le détournement de deniers publics aussi scandaleux et gigantesques puissent-ils être, n’a jamais fait l’objet de poursuites sérieuses dans un certain nombre de dossiers et de faillites mémorables… jusqu’à dernièrement, où l’on a commencé à punir les «indésirables», et ceux qui n’ont pas de liens familiaux avec les hautes sphères de l’état… Pour ces derniers, les procès se suivent et ne se ressemblent pas, et posent des questions encore plus choquantes, celles de se demander comment ont-ils pu agir en toute impunité pendant toutes ces années sans soulever de questions, d’enquêtes, d’interventions de la justice etc… On laisse aller jusqu’à ce que le cumul de plaintes atteigne des centaines de personnes, ou des dizaines d’ayants droits, et lorsque l’une de ses parties plaignantes a de quoi faire avancer l’enquête et un assez gros piston qui dépasse en pouvoirs tous les autres pour qu’enfin, les équipes de police judiciaire, pourtant très compétentes, vous bouclent toutes les enquêtes en moins de quelques semaines ou mois et présentent les prévenus à la justice avec un tapage sans pareil comme s’il s’agissait d’un exploit exceptionnel… puisque c’est le cas!

    Au bled aussi, nos banques et nos banquiers n’ont pas une bourse significative et un marché de valeurs financières assez conséquent pour y perdre des milliards et demander à l’état d’éponger leur pertes… la bourse au pays est un marché où les joueurs sont moins d’une centaine, et même si les capitalisations en jeu sont importantes et en milliards, le volume des échanges, lui, est très modeste, et très prudent, et la valeur des titre est en recul constant… La raison en est simple, car la bourse au bled sert principalement à lever des capitaux énormes et des emprunts en milliards par une poignée d’initiés et par le réseau d’experts comptables et de banquiers donnant l’aval à ces opérations bien à l’avance contre de solides garanties qu’elles qu’elles savent vont récupérer et doubler la mise souvent, et que les emprunteurs ne livrent que rarement les promesses de profits qu’ils avancent au début! Le résultat est une avalanche de pertes pour les petits épargnants en bourse qui veulent croire que nous sommes en occident avec un gendarme de la bourse qui fait bien son travail, des institutions qui jouent leur rôles, et un tissus industriel performant et fiable… mais se rendent compte qu’on ne l’est pas! Bien entendu, il existe des petits et grands spéculateurs dotés de cash et de fonds qui spéculent à court et moyen terme, mais jamais à long terme, et jamais en sommes faramineuses, sauf pour certains titres très recherchés et ceux qui appartiennent aux entreprises stables avec un long cours… ou un bon «parapluie» (appartenant au triangle d’or de la monarchie et de sa famille)…

    Les raisons invoquées initialement par la monarchie, il y a vingt ans pour mêler Business et Pouvoir, très mal vu par tout le monde, est que cette dernière veut protéger les fleurons de l’économie du pays des spéculateurs étrangers, les banques aussi, et décide d’acheter la plus grosse banque et augmenter les parts dans les holdings ou elle était actionnaire minoritaire pour devenir majoritaire, ensuite privatiser une société d’investissement de l’état et l’adjoindre au groupe. Au bout de ce feuilleton, le Holding Royal se retrouve à la tête de tous les fleurons de l’économie du pays à ce jour et se restructure, vend et rachète des entreprises, locales ou étrangères, etc… et change de nom, de vision, de stratégie, et s’il est vrai qu’il demeure le premier employeur de postes qualifiés dans le privé, il a vachement contribué par contre à centrer son action sur la grosse banque qu’il a acquis, et ses acquisitions, ses financements et ses privilèges et passe droits, devant tout de même rassurer les autres «aristocrates» et gros poissons et vieilles fortunes qui font tourner de gros business aussi.. avec pour résultat, qu’il existe des secteurs qui constituent la chasse gardée du Holding Royal, des opérations qu’on ne peut pas faire, des acquisitions aussi, et des restrictions en tous cas qui demandent l’aval de gens dans les salons cossus de la capitale!

    La monarchie, acculée et sous pression de répondre à la rue sur ces acquisitions et autres business mêlés au pouvoir, finit par mettre en place une stratégie de communication sur son groupe, histoire de dire que si je ne l’avais pas fait, toutes ces industries se seraient retrouvées aux mains d’entités étrangères de toute façon, et que cela n’aurait jamais priorisé les intérêts du pays! … Oui je veux bien… mais que fait la monarchie des milliards de dividendes entassés chaque année? Et pourquoi elle ne les affecte pas à dynamiser des villes et des régions laissées sur le carreau et où les gens vivent dans la misère, tout ce Maroc inutile en fait et coupé du développement? Non, elle réinvestit en Afrique, et parfois dans l’Immobilier de luxe à l’étranger! Lorsque tout ceci ne finit pas placé dans les boites off shore, à Dubaï, Hong Kong et en Suisse et ailleurs …. drôle de manière justement pour employer le profit engrangé au pays grâce au labeur des marocains, et grâce à leur maigre pouvoir d’achat aussi lorsque ce sont les clients de cette monarchie aussi!

    Le résultat de tout ceci, comme l’ont estimé quelques économistes, est qu’on a perdu des années à ne pas optimiser nos capacités économiques, nous avons perdu et manqué des centaines d’opportunités et des millions d’emplois depuis au moins quarante ans et aujourd’hui, nous faisons face à la plus grave crise sociale du pays, et à une crise aussi qui est sans précédent et qui affecte pour la première fois toutes ces grosses boîtes clientélistes et proches du pouvoir! Je suis d’ailleurs très choqué lorsque des gens de ces milieux et qui travaillent au cœur de la bête me racontent les dessous de tout ceci, parfois des amis au sein d’institutions financières de l’état, et parfois des gens qui me dévoilent comment des ploucs enrichis par des rentes faramineuses sont sur le point de transformer tout ça en empires et y sont arrivé en effet! En gros, je compte, parmi mes «amis» d’école et de jeunesse, certaines des plus grandes fortunes de ce pays, et ce qu’ils me disent sur leurs propres business me laissent parfois sans voix ! … du genre, comment esquiver les charges sociales très légalement sinon vous ne faites pas d’argent dans tel ou tel secteur, comment Dubaï est devenu notre paradis fiscal, et comment ceux et celles fortunés dotés de doubles nationalités en occident, arrivent à s’en tirer et remercient le ciel d’y être parvenu!

    Les banques commerciales du pays sont donc devenues entre temps des fonds immenses et spéculatifs en absence de métiers de la banque d’affaires qui traitent en toute transparence des capacités du marché et avec les investisseurs étrangers et dynamisent le marché. Et donc nos banques commerciales sont celles qui possèdent les fonds, ceux qui décident du bon et mauvais temps, et celles qui cumulent des profits outrageants face à une économie réelle en décrépitude et en danger! Ce modèle qu’on sait sur place aujourd’hui ne fera pas long feu. Il est très timidement en train de changer et de mûrir, pour comprendre enfin que la libre concurrence, la spécialisation des métiers de la banque et l’indépendance de ces dernières de tout pouvoir politique est le seul garant d’une économie capable d’absorber au moins une partie du chômage ahurissant, au lieu de forcer ce peuple vers l’économie informelle et ne rien lui présenter comme alternatives, ou au lieu de pousser les jeunes à s’expatrier… légalement ou pas, au point qu’un DG de ressources humaines m’a dit sur place une fois, que tous les gens compétents de la grosse boîte où il travaille, y compris lui-même, ne veulent qu’une chose, retourner en France ou ailleurs en Europe, doubler le gros salaires et travailler dans un climat plus serein et plus responsable!

    Je ne sais franchement pas comment ils vont faire face à tant de problèmes, au pays! Le fric est détenu par les gros poissons et il dort dans les banques, pendant que l’état dépense plus qu’il ne se permet, et le peuple, lui, perd des emplois stables et récupère des emplois précaires, ou encore, se contente de salaires impossibles à soutenir le rythme des augmentations, des charges fixes comme l’hypothèque du logement, l’eau et l’électricité et les dépenses courantes… Moi qui connait bien mon pays, je fut pas mal secoué cette dernière fois par le nombre de personnes qui vous croisent et vous arrêtent dans la rue et vous demander de les aider… sincèrement et même pas des mendiants à la petite semaine qui en font un métier, de parfaits inconnus qui viennent vous raconter leur vie et vous demander une aide… c’est grave… et c’est très inquiétant!

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