Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Le cyber-anonymat, symptôme purulent du mal ENTREPRENEURIAL de notre «démocratie» paradoxale

Posted by Ysengrimus sur 29 novembre 2008

anonyme sur ordi

La majorité de la population circulant sur la toile ne veut pas que ses opinions soient associées à son identité…

Une amie très chère, dont je vais taire le nom vous allez deviner pourquoi dans une seconde, est réceptionniste au quartier général d’une grande entreprise torontoise. Observatrice sagace dans une cage de verre, elle m’écrit privément des commentaires truculents sur sa vie de bureau, qui sont à hurler de rire d’humour et d’intelligence. Je lui écris: «Vous devriez consigner ces observations sur un carnet électronique. Le public devrait pouvoir profiter de l’incroyable justesse d’analyse de vos propos et de votre incomparable humour.». Elle me répond, laconique, que si elle le faisait, il faudrait qu’elle reste évasive et opère une telle chronique électronique sous l’anonymat le plus compact.

De temps en temps on observe un fait similaire sur les carnets publics de journaleux à la mode dont nous tairont les noms aussi ici, car certain(e)s d’entre eux/elles n’aiment pas trop être associé(e)s idéologiquement, de près ou de loin, avec les propos sulfureux d’Ysengrimus. De temps en temps donc, et toujours hors sujet, des discussions éclatent sur ces carnets électroniques journalistiques à propos justement du cyber-anonymat. Un intervenant outré reproche à un autre de ne pas signer sa diatribe vitriolée du moment. La majorité du peloton des participants, formé quasi exclusivement de cyber-anonymes, vole habituellement à la rescousse de l’anonyme initialement incriminé et donne alors à lire une volée de motivations en faveur de l’anonymat sur Internet qui, une fois le baratin auto-justificateur tamisé, se résume en fait l’un dans l’autre en un aphorisme ferme et unique : «je ne veux pas que mon employeur puisse accéder à mes opinions».

Le cyber-anonymat est un phénomène omniprésent qui soulève des problèmes totalement inédits. En ce moment le président Obama embauche. Ses équipes de recruteurs exigent des postulants qu’ils remettent la liste de tous les pseudos qu’ils ont utilisé sur Internet, dans le but de détecter les propos éventuellement politiquement emmerdants des futurs collègues. Je ne sais pas si ceux-ci vont apprécier cette exigence et fournir allègrement une information aussi paradoxalement sensible, mais le seul fait de la réclamer sans rougir manifeste une surenchère sur un fait de surveillance totalitaire aujourd’hui complètement banalisé (ce qui ne le rend pas moins putride et inique): votre employeur, présent ou futur, googlise votre nom sur Internet et retient tout ce qui s’y trouve, d’évidence plus contre vous qu’en votre faveur. Il existe même, semble-t-il, des entreprises qui, pour un prix d’amis, passent l’aspirateur dans Internet pour y effacer les traces de votre présence antérieure, jugée implicitement compromettante et automatiquement, comme fatalement, nuisible à votre avenir.

Le mal profond que le symptôme purulent du cyber-anonymat révèle est clair et net. L’immense majorité de la population circulant sur la surface électronique ne veut pas que ses opinions, mêmes les plus ordinaires, ne soient associées à son identité. Une blogueuse canadienne fort spirituelle, sensible et brillante, qui maquille méthodiquement son identité et celle de tous les personnages qu’elle met talentueusement en scène, s’auto-désigne sereinement une femme libre… «libre» d’écrire mais pas trop libre de se montrer, d’évidence. En fait, la «liberté» d’expression sur Internet n’est pas une liberté individuelle au bénéficiaire identifiable. Cette pulsion libertaire n’arrive à se débrider (avec tous les dérapages que l’on connaît trop bien, notamment sur les carnets journalistiques à la mode) que si le silence le plus opaque perdure sur QUI s’exprime. Ils sont bien révolus au demeurant, de par la réalité de plus en plus massive du cyber-journalisme, les temps archaïques où un journal aurait refusé de publier une lettre anonyme. Aujourd’hui l’anonymat de celui ou celle qui prend la parole et diffuse électroniquement ses propos est respecté, comme il ne l’a probablement jamais été dans l’histoire moderne. Si un propos est jugé trop cru, illicite ou impropre, on le caviarde tout simplement, d’un coup, en bloc, sans jamais réclamer que son auteur ne s’identifie et prenne la responsabilité de ses salades. Contrainte technique? Je n’y crois pas trop. Contrainte sociale? Ah, là, par contre… Si la censure journalistique tolère le cyber-anonymat et le perpétue sans oser l’attaquer frontalement, c’est que, visiblement, tout le monde est conscient d’un danger et partage un implicite collectif au sujet dudit danger… Il faut remonter au Moyen Age, époque où le droit d’auteur n’avait pas d’existence juridique, pour retrouver un tel impact, sur l’univers de l’écriture, du scribe anonyme. Les choses se déploient ici à une échelle naturellement bien plus titanesque et sophistiquée, notamment autour de cette question apparemment si sensible de l’expression de l’opinion (le scribe médiéval était fondamentalement un copiste, même s’il glissait souvent ses petites interventions en douce sur le parchemin).

Pourquoi tant d’anonymes, tant de masques sur la toile? Il y a bien là priorité de l’expression de soi sur la reconnaissance. Une intimité toute en esquive prend corps et s’installe dans notre culture. C’est parfaitement captivant et incroyablement nouveau. Que resterait-il de ce corpus de commentaires brillants et de carnets électroniques lumineux si tout le monde déclinait son identité? Peu, si peu! Les carnets électroniques, journalistiques ou autres, qui imposent une identification plus explicite (et, de fait, truffée de faux noms) se survivent à eux-mêmes, et tout le monde sait que ce n’est pas là que ça se passe… ­Ça (ça, c’est la libre expression des idées qui percolent), se passe nulle part ailleurs que dans la fosse aux cyber-anonymes! Et, du fond de ce cloaque douteux, on va aller chialer contre la cyberculture des chinois?… et ce, alors que notre propre démocratie paradoxale produit un tel consensus, implicite et explicite, de la cagoule et du secret de la pensée vive? Holà… Bon, le blogueur et la blogueuse cyber-anonymes invoquent parfois des motivations familiales pour se planquer… C’est le cas notamment, justement, d’une femme libre – comme si les pairs de cette grande surdouée naïve n’allaient pas se reconnaître automatiquement s’ils tombaient sur ses développements, si fins, si riches en détails, si personnels, si intimes, en un mot (un autre problème affleure ici: peut on écrire intime ou intimiste tout en demeurant confidentiel?). Mais, je le redis haut et fort, l’explication massive et collectivement endossée de ce profond consensus en faveur du cyber-maquis se crie et s’écrit (je n’invente pas cela): «je ne veux pas que mon EMPLOYEUR puisse accéder à mes opinions».

Le symptôme est criant, ouvert, purulent. Notre «démocratie» est une fausseté hypocrite. Notre liberté d’expression est une illusion, serinée par la propagande intoxidentale. Notre société civile est constituée d’une multitude d’enclaves ouvertement et sereinement fascistes. Ouvrons les yeux une bonne fois. L’empereur est nu. Chacune de ces enclaves ouvertement et sereinement fascistes nous dicte quand aller à la toilette, comment nous habiller, qui fréquenter, quelle orientation sexuelle avoir, quand et pourquoi sourire, à quelle fête de fin d’année nous présenter. Au mépris de la ci-devant Charte des Droits (cette lettre morte du flatulent tartuffe politique), cette enclave ouvertement et sereinement fasciste tient son petit monde en sujétion, exerce une menace permanente sur la possibilité que ledit monde a de se nourrir et de nourrir ses enfants, l’oblige à rester disponible en permanence au bout du téléphone portable, et, aussi, méprise ses opinions, ses émotions et sa pensée au point de l’obliger à séparer, cruellement et injustement, son identité de ses paroles dans l’agora électronique mondial. Inutile de rajouter que cette enclave ouvertement et sereinement fasciste surveille assidûment Internet.

Mon amie, réceptionniste anonyme à Toronto, capitale inconditionnelle du «monde libre», ne peut pas dire publiquement ce qu’elle pense, justement à cause de cette enclave ouvertement et sereinement fasciste. Cette enclave ouvertement et sereinement fasciste, qui fleurit comme un cancer au sein de notre démocratie paradoxale et en fait une coquille vide sans portée effective, sans substance réelle, c’est l’entreprise.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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30 Réponses to “Le cyber-anonymat, symptôme purulent du mal ENTREPRENEURIAL de notre «démocratie» paradoxale”

  1. Je me montre, je me montre, c’est ma vraie photo sur mon blogue!

  2. Ysengrimus said

    Une photo en clair-obscur… il faut le souligner. Et peu importe, d’ailleurs… Je ne suis pas ici pour vous juger, encore moins pour vous débusquer ou vous démasquer. Il ne s’agit pas de réprouver le cyber-anonymat mais de le décrire et de chercher à en analyser les causes. Vous êtes, de plain-pied, une cyber-anonyme, sans être pour autant une cyber-provocatrice (une ci-devant « troll »), les plaisirs que vous tirez donc de la démarche ne sont pas ces plaisirs évidents, courtichets, suaves mais acides, des « trolls »…

    Quels sont-ils alors?

    [Nota: Femme Libre vient de me répondre sur son propre carnet. C’est bien le plaisir qui semble en cause… incluant le plaisir incisif de l’ironie face au petit totem intime de l’homme qui osa contester le cyber-anonymat!… Il faut absolument lire son billet du premier décembre 2008 intitulé Paul Laurendeau.]

  3. Charlotte said

    La liberté c’est avoir le pouvoir de choisir. Et choisir l’anonymat nous rend aussi libre que celui de s’afficher ouvertement.

  4. ysengrimus said

    La vraie liberté, Charlotte, ce serait de choisir anonymat ou signature à sa guise, sans que l’un nous apparaisse plus « libre » que l’autre! Comme on retient soit l’un soit l’autre, pour un ballot de raisons souvent fort pesant, on confirme la conception de Spinoza voulant que la tenace croyance en notre liberté n’est jamais que la manifestation de l’ignorance que nous avons de nos déterminations profondes…

    Je ne suis pas spécialament plus libre en signant, d’ailleurs, pour des raisons identiques. Symétrique, le raisonnement spinoziste s’applique ici dans les deux sens.

  5. Charlotte said

    Choisir, c’est toujours renoncer. Donc si je suis votre résonnement et celui de Spinoza, la liberté est un concept galvaudé. Dans ce cas, j’adopte le concept du choix. Je veux être libre de choisir et libre d’assumer les renoncements que mes choix engendreront.

    • ysengrimus said

      Sauf que la liberté des autres limite la vôtre et vous contraint fortement ici. Le bobo avec l’anonymat, c’est que tous les craqueux de coquilles se rameutent, qui veulent percer le secret, arracher le masque du superhéro, « battre le jeu » comme disent les amateurs de jeux vidéo. Et cela finit par exercer une fantastique pression abyssale sur la tranquillité de l’anonyme qui la recherchait justement, pourtant, cette tranquillité illusoire. Autant signer, ça dégonfle la petite baloune de l’égo-mystère et permet un meilleur focus sur ce qui compte vraiment: le contenu vif de l’intervention d’écriture.

  6. pierforest said

    Bonjour Paul,

    Si l’anonyme ou le déclaré exprime une opinion ou son vécu, son anonymat m’importe peu, mais je n’ajouterais pas à mon bagage les faits d’une source invérifiable.

  7. Tourelou said

    Le cyber-anonymat a certainement été introduit par les violences psychologiques cybersexuelles engendrées par une domination masculine.

    Sur les blogues publics je pense que l’anonymat permet aussi une résistance aux attaques terroristes des employeurs, et au terrorisme économique, politique, religieux, famillial etc…

    Et «la liberté ne sera jamais donnée mais toujours à conquérir» Simone de Beauvoir

    Je signe:
    Une femme à la conquête de sa liberté
    J’assume donc Tourelou

  8. ysengrimus said

    Femme libre,

    Je ne juge pas vos textes immoraux, contrairement à ce que vous laissez entendre sur votre carnet. Je continue de considérer que votre intervention, qui, de fait, est aussi publique que la mienne, représente un phénomène nouveau, important et difficile: le journal intime public. Cela soulève des problèmes spécifiques qui n’ont rien à voir avec de la culpabilisation. Corrolairement, la notion de « demi-anonymité » que vous introduisez dans votre réplique à mes critiques sur votre carnet me déroute pas mal. Cela me semble signifier, clef en main, qu’on peut vous percer. Quelle différence alors entre la « demi-anonymité » qui vous protège et l’anonymité de Polichinelle?

    Ceci dit, je vous encourage à continuer. Adieu.

  9. Agathe Hourst said

    Fruit d’une époque, il se crée des « micro-sociétés » de l’imaginaire, des cellules de résistance face à la morosité ambiante d’une atmosphère générale toujours plus cynique et plus lasse. La résurgence de ces lieux virtuels et périodiques se soumet par contre à la nécessité de l’anonymat, exigence fatale étant donné que l’empereur est nu … et agréable du fait qu’elle permet de faire le Don Quichotte.

    Les petits plaisirs coupables sont plus nombreux qu’on ne le pense. Mais cet univers reste faux, et toujours un peu artificiel.

    -Plaisir artificiel- un autre dans le menu alambiqué de ce monde.

  10. Loula la nomade said

    Bonjour,
    Il est des jours où j’ai envie de laisser tomber l’anonymat. Assumer mon nom. J’ai choisi de rester anonyme (mais, le sommes-nous pour autant?) pour me laisser une marge de manoeuvre quand il s’agissait de « délires ». Je ne « délire » plus comme avant. Mais, de temps en temps, j’ai cette envie soudaine de laisser mon nom effacer mon anonymat. Qui sait? Un jour parviendrai-je à le faire. Pour l’instant, je me contente de Loula que bien du monde trouve mignon, mais qui en fait a été choisi parce qu’il veut aussi dire défaut en marocain.
    Toujours un plaisir de vous lire,

  11. ysengrimus said

    Le jour ou Loula nous fera le grand honneur de nous dire son vrai nom, ce sera une joie sans mélange de l’inclure dans les rangs des cyber-explicites sereins…

    Qu’elle prenne tout le temps qu’il lui faut…

  12. Choisir l’anonymat ou non est souvent un parallèle à la vie dans le 3D. Un extraverti choisira souvent de laisser filtrer qui se cache sous son avatar alors que les plus timides préféreront demeurer dans l’ombre, à l’abri des yeux inquisiteurs à leurs opinions, faits ou petits travers.

    Tout dépend également du ton que l’on veut donner à ses écrits; je travaille à la mairie et on sait combien de détails croustillants, combien d’anecdotes pourraient échoir sur mon lieu personnel. Évidemment, je me tais. Le ferais-je également si j’étais tapie dans l’ombre? Je crois que si. La liberté, c’est de choisir ce dont on considère important de discourir puisque ce lieu qu’est notre chaumière électronique nous appartient. Lorsqu’on choisit d’écrire pour plaire aux autres, on s’oublie.

    Comme je ne considère pas un travail hautement placé à la NASA, je n’ai pas peur d’être ce que je suis, c’est-à-dire, une femme qui ne se cache pas.

    Merci de ce billet!

  13. Bonjour Paul Laurendeau alias ysengrimus

    J’ai découvert récemment votre critique sur Le Déclin de l’Empire Américain. 🙂

    Je note votre identité qui commence par le même prénom que le mien (un excellent point commun au passage) et voila qu’aujourd’hui votre commentaire sur un article de Rue89 tombe juste après le mien. Étrange coincidance et me voila sur votre blog. Les 2 groupes de signe PAUL et LAURENDEAU auront permis de faire le lien.

    Sinon je ne vois pas vraiment ou vous voulez en venir avec cet article. Le pseudonyme est une identité. Si demain vous signez tout vos textes avec ysengrimus, elle deviendra votre identité sur Internet. Le net n’est pas seulement un média, c’est aussi un territoire avec ses propres règles. Alors bien sur, les gouvernements essayent de garder un contrôle de tout cela. Vouloir appliquer les contraintes de nos civilisations sur ce nouvel espace est dommage. Il faut savoir s’adapter c’est d’ailleurs une règle de sélection naturelle des espèces selon Darwin. 😉

    Le droit d’auteur tel qu’il est utilisé aujourd’hui est régressif. Je parle pas pour les chanteurs dont je me moque royalement mais pour les découvertes scientifiques. Certains sociétés pharmaceutiques veulent même breveter des plantes naturelles.

    Ensuite les auteurs qui mettent leur nom partout comme une marque de commerce m’ennuient surtout quand leurs idées sont médiocres. Tel blog ou site avec comme adresse leur identité et leur photo en grand. Bon quand la fille est jolie ça va mais sinon ….

    Le vrai anonymat c’est l’internaute qui lit sans indiquer aucune identité « officielle » ou virtuelle, ni même son adresse IP.

    J’utilise un autre pseudo qui indique une localité plus précise : Paul de Montréal. il est unique sur Facebook enfin jusqu’à date.

  14. Paul Galiana said

    Le problème ne vient-il pas de ce statut ambigu d’internet, entre espace privé et public? Privé car l’on est chez soi, derrière son écran, avec cette impression d’être intouchable. Mais public car ce que l’on y dit est lisible par tous.

    J’ai toujours choisi de considérer cet espace comme public et de n’y écrire que des opinions que je puisse assumer ouvertement, et donc de ne pas passer par un pseudo. Cette vieille défiance des « lettres anonymes »…

    Et je ne comprenais pas ce que je prenais pour une sorte de paranoïa de ceux qui se « cachent ». Je me disais « Merde, on n’est pas en Chine, on ne risque rien pour ses opinions (hors racisme, etc, et tant mieux)! »

    Mais votre article m’a éclairé, sincèrement merci. Votre rapprochement de l’Entreprise d’une sorte de bulle fasciste est saisissante. J’y souscris. J’ai une excuse, cela dit, pour n’avoir pas ressenti cela plus tôt: en tant que musicien, je n’ai pas trop à craindre un « patron » qui surveillerait mes opinions.

    En cas de doute, je précise bien qu’il n’y a pas la moindre ironie dans ce commentaire, j’ai réellement été convaincu.

  15. LaVacheEnragée said

    @Paul2canada

    Any argument based on a social darwinist premise is by dint of that extremely weak. To adapt in a social sense is to conform.

    « Le droit d’auteur tel qu’il est utilisé aujourd’hui est régressif. Je parle pas pour les chanteurs dont je me moque royalement mais pour les découvertes scientifiques  »
    why is that? What makes music, popular or otherwise, less legitimate than science?

    « Ensuite les auteurs qui mettent leur nom partout comme une marque de commerce m’ennuient surtout quand leurs idées sont médiocres. »
    Therefore, only the greatest of minds are entitled to break the bonds of anonymity? Only those whose ideas are acceptable and palatable and worthy can reveal themselves?

    Oh, and add to that list, only those who are sufficiently attractive:
    « Tel blog ou site avec comme adresse leur identité et leur photo en grand. Bon quand la fille est jolie ça va mais sinon « 
    I suppose you are not so bothered by « mediocre » ideas when they are pronounced by une jolie femme. I hope that that is your feeble attempt at humour.

  16. Agathe Hourst said

    « Un extraverti choisira souvent de laisser filtrer qui se cache sous son avatar alors que les plus timides préféreront demeurer dans l’ombre, à l’abri des yeux inquisiteurs à leurs opinions, faits ou petits travers. »
    C’est vrai.
    Il y a en effet une multitude de raisons personnelles pour cacher son identité. Et je continuerai à lire les blogues les plus divers, qu’ils soient anonymes ou non, comme celui-ci. Cependant il est déplorable parfois de voir des intervenants-éclairs et obscurs y tenir des propos qu’ils n’assumeraient jamais lors d’un tête-à-tête dans la réalité. Les « cyber-débats » sont souvent plus violents, acides et souvent moins nuancés qu’ils ne le devraient. J’ai parfois le sentiment perplexe que cette nouvelle réalité puisse paver la voie à une autre forme d’incompréhension, de conversations cul-de-sac et d’extrémisme involontaire.

    Un esprit de provocation est plus facile à entretenir lorsque c’est « Tiroir323 » qui parle plutôt que « Untel Bilodeau », par exemple…

    L’esprit du blogue doit par contre être pris en considération. Certains sont plus « intimistes ».

  17. L’entreprise ou plus précisément, la « corporation capitaliste ».

  18. Evan said

    Outre cette propension à voir du fascisme dans de simples codes sociaux qui n’ont rien d’exclusivement « toxidental », vous oubliez allégrement deux paramètres importants dans le choix d’anonymat, ou non, des gens.

    Le premier, c’est qu’on peut souhaiter garder l’anonymat par proximité avec des gens qui, eux, sont soit tenus à la discrétion sur leurs opinions personnelles, soit font le choix de cette discrétion. Motifs familiaux, dites-vous. C’est beaucoup plus large que ça. L’horrrrrible société fasciste juge les noms et vous ne l’ignorez pas plus que moi. Si vous ne tenez pas à associer votre nom à une certaine catégorie d’opinions, vous vous rabattez nécessairement sur un pseudonyme.

    Le second, c’est que l’identité officielle n’est pas vue par tout le monde comme une fin en soi. Ce qui compte c’est la cohérence. Bien plus de gens connaissent Elky, le champion de jeux en ligne, que Bertrand Grospellier son véritable nom.

    Personnellement, je me moque pas mal que mon interlocuteur s’appelle Gustav R. Schmidt, né à Oslo de mère hongroise en avril 1971, ou Neo3000. Tant qu’il est reconnaissable à ses prises de positions et/ou son style d’écriture, grâce au même pseudo assumé, ça ne change rien. Même si c’est un pseudo, celui-ci prend ou perd de la valeur au fil de ses interventions online.

    Je sais qu’il est de très bon ton de se revendiquer ouvertement, de gagner à être connu. Mais opposer le courage des uns qui assument à la couardise des autres qui se planquent n’est souvent qu’un exercice d’auto-satisfaction – je dis bien souvent, n’étant pas en mesure d’en juger pour ce qui vous concerne à la seule lumière de ce billet.

    L’employeur, source de tous les maux? Trop facile. La pression sociale dans son ensemble a une influence, là oui, je suis d’accord. Votre secrétaire ne peut pas dire librement ce qu’elle pense. Mais peut-être les personnes qu’elle citerait sont-elles libres, elles aussi, de ne pas voir leurs petits tracas quotidiens étalés sur la Toile. Or ils le sont quand même, si j’en crois votre billet, et sans conséquence pour l’émettrice. Qui voit sa liberté lésée, dans l’histoire?

    • ysengrimus said

      Le fait que l’anonymat de l’interlocuteur (si compact qu’il devient une sorte de nouvelle identité) ne nous dérange ni vous ni moi, ne minimise aucunement le besoin que la curiosité intellectuelle la plus saine et la plus minimale a de tout simplement comprendre ce fait contemporain, aussi massif qu’inusité, dans ses déteminations effectives. Ma position sur le mal entrepreneurial du cyber-anonymat repose sur le constat empirique tout simple du discours des cyber-anonymes. Il suffit de les lire.

      Les autres facteurs que vous invoquez me semblent fort valides aussi. De là à dédouaner le facteur principal, en noyant subrepticement ce gros poisson, là non…

  19. lise CC said

    Pseudos: au début (il y a 12 ou 14 ans) il ne serait venu à l’idée de personne de s’exposer sous son vrai nom dans la vie-Rtuelle. J’en ai bien usés une vingtaine. Avant d’être jugée et condamnée, en 2006, par un tribunal d’internautes agacés qui décidèrent que ma multiplication de pseudos prouvait que j’étais une sinistre malade mentale à double, triple quadruple (and so on) personnalités. MPS, pour tout dire. L’insulte classique, mais que j’ai pris très mal. Et comme je respecte beaucoup plus les malades mentaux que la gente dite normale, j’ai donc quitté, larmes à l’appui, un groupe d’auteurs avec qui j’avais écrit un livre en collaboration. Fait réel. Pas marrant du tout. Ca fait encore mal, mais je me soigne.

    Je ne suis pas un cyber-provocatrice (troll), et ne l’ai jamais été. Dans ma période cyber-anonyme, j’ai bien signé une centaine d’articles avec des noms différents, et dans le but de savoir si ces articles étaient jugés sur leur qualité d’écriture et non sur la valeur du nom de l’auteur.

    Depuis deux ans, je ne pratique plus le cyber-anonymat et m’en trouve de mieux en mieux. Assumer nos écrits est la condition sine qua non pour atteindre à la vraie liberté. Les signer me confirme dans la force de mon/mes opinion(s).

    L’anonymat devenant une seconde identité, oui, c’est un phénomène tout à fait vrai. Ce que nous rencontrons souvent, c’est le « nic-name », sorte de pseudo tiré du véritable nom, par exemple, pour moi « Lise2CC » qui correspond à mon premier pseudo, « Carcassonne », transformé en CC pour les besoin de raccourcis et facilité/rapidité d’écriture dans les conversations/é0changes…

    Un jour, on finira bien par tous nous reconnaître à travers nos différents loups… de satin et de dentelle. Le bal est déjà à demi démasqué.

    • ysengrimus said

      Très intéressant. C’est bien pour cela que je porte mon LOUP… à bonne distance du visage… Cela vous évite le harcèlement des gogos qui craquent un cyber-anonymat comme on craque les contraintes d’un jeu video, sans se soucier des vies qu’ils heurtent dans le processus…

  20. Drap. said

    Je n’ai rien contre l’anonymat à condition qu’il soit sain. Quand je regarde le site intitulé La clique du plateau on sent très bien qu’il y a de la haine chez la personne qui écrit. On voit une envie très forte de blesser les autres et je suis certain que la personne derrière l’écran est malade. Malheureusemenht cette méthode devient de plus en plus populaire et il faut absolument faire quelque chose.

  21. Stéphane said

    Excellente analyse!

  22. lise CC said

    Meufffff? La Clique du Plateau? c’est pour initiés seulement, non?

    [C’est du vedettariat local. Un peu le Perez Hilton de la Ville aux Cent Clochers. 2 ou 3 million d’initiés. Une paille. Rien d’international là dedans, j’en ai bien peur… – Ysengrimus]

  23. Féminissse said

    Très intéressant texte Mr Ysengrimus.

    Il est préférable pour les femmes de garder l’anonymat.

  24. lise CC said

    Pourquoi donc?

    On n’a rien à cacher, parce que nous sommes de fragilles petites femmes. et notre écran ne va pas nous exploser au visage si nous signons de notre vrai nom. Les femmes ont autant que les hommes le droit à l’opinion – à LEUR opinion, et tant mieux si elles suivent un chement différent: nous aurons tous ainsi l’occasion de voir d’autres horizons. Assumer ne fait peur que de loin. Quend on s’installe dans un processus de faire-face, on s’étonne de voir combien c’est facile, finalement.

    Puis, les masques, les voiles, les paravents, les éventails, c’est bien beau, romantique et tout, mais c’est un peu depassé, non, au vingt et unième siècle?

  25. Bombshell In A Nutshell said

    Randi Zuckerberg, Facebook’s marketing director and sister of Mark, is also strong proponent of doing away with on-line anonymity. After all, you can’t sell to people you don’t know…

    [Randi Zuckerberg, directrice de la mise en marché chez Facebook et soeur de Mark est aussi une ardente promotrice de l’élimination de l’anonymat en ligne. Après tout, on ne peut pas vendre â des personnes qu’on ne connait pas…]

  26. Belle Orangeraie said

    L’anonymat c’est ma grande cyber-joie. Je vous aime tous et toutes, mais loin de moi…

  27. Lien vers cet article du Carnet d’Ysengrimus. Un cas de cyber-anonymat exceptionnel en ce sens qu’il a vraiment mal tourné.

    [Je trouve votre site sociologiquement intéressant parce que révélateur d’un jusqu’au boutisme du cyber-polémique où toute argumentation disparait, tout contenu descriptif brut s’évapore, au profit d’une bastonnade de masques. Je le dis sans ironie: c’est captivant… – Ysengrimus]

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