Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

De la distinction entre pornographie et érotisme

Posted by Ysengrimus sur 15 octobre 2008

Le Baiser (Henri de Toulouse-Lautrec, 1892)

Le Baiser (Henri de Toulouse-Lautrec, 1892)

Mon dernier recueil de contes (paru en décembre 2008 aux Éditions Jets d’Encre) comprend quatre contes érotiques. C’est donc certainement le moment ou jamais de clarifier la distinction que j’établis entre pornographie et érotisme. Cette distinction n’est ni morale, ni axiologique, ni manichéenne. Il serait parfaitement inepte et non opératoire de dire, par exemple, que l’érotisme, c’est la pornographie qu’on approuve moralement et que la pornographie, c’est l’érotisme qu’on réprouve moralement. Il se passe quand même quelque chose d’autre que cela, il faut le dégager, et ce genre de tautologie moraliste ne nous sert de rien. Le fait est que pornographie et érotisme sont tous les deux inévitablement dérangeants et éprouvants, chacun à leurs manières, tant pour les acteurs, les auteurs que pour l’auditoire. Je préfère l’érotisme à la pornographie, surtout en matière d’écriture (ainsi que de sculpture, de cinéma et de peinture) mais c’est une préférence strictement personnelle et le jugement fermement négatif que je porte sur la pornographie procède plus d’une réprobation du cynisme arriviste et de la cruauté insensible de l’industrie pornographique envers ceux et celles qu’elle exploite que quoi que ce soit d’autre. Je n’ai pas de problème particulier avec la pornographie numérique naissante, par exemple, dont il sera certain qu’elle ne détruira pas de vies humaines vu que les animatrons numériques ne se dégradent pas vraiment sexuellement (comme les personnages des jeux vidéo de mes fils ne s’entretuent pas effectivement – ce que mes fils savent parfaitement).

La distinction que j’établis entre pornographie et érotisme opère, si vous m’excusez la formulation, au niveau philosophique. C’est une distinction que je considère fondamentale, générale et principielle. Elle caractérise moins deux réalités que deux tendances au sein d’une réalité unique: la représentation de l’activité sexuelle et/ou intime humaine, dans une culture donnée. Même si cela n’est pas formulé aussi explicitement qu’ici chez eux, j’ai la froide certitude que le marquis de Sade, Pauline Réage, Kundera et Nabokov faisaient opérer, dans leurs productions artistiques, les catégories descriptives que je vais exposer ici. Partons d’abord de ce qu’érotisme et pornographie ont en commun: ils impliquent un tiers qui observe. C’est un spectacle, une mise en scène des activités sexuelles ou intimes et de leurs multiples variations, au bénéfice d’un observateur. Dans notre activité sexuelle effective, il n’y a plus ni érotisme ni pornographie… sauf si le jeu amène un des partenaires, ou les deux, ou un tiers à se constituer en observateur. Quand on parle d’érotisme et de pornographie, on parle nécessairement d’une œuvre artistique ou médiatique (réussie ou ratée, exaltante ou dégradante, géniale ou niaiseuse, là n’est pas la question). Érotisme et pornographie sont les deux ballottements tendanciels zébrant, traversant, chamarrant la représentation de l’activité sexuelle et/ou intime humaine. Un film, une sculpture, une peinture, un roman seront érotiques ou pornographiques. Un traité de sexologie, non. Il sera simplement descriptif. Une relation sexuelle, non. Elle sera simplement effective. Qui dit érotisme, pornographie dit show

La distinction maintenant. Elle est absolument cruciale et oppositive (une opposition dialectique en fait) et s’établit ainsi. La pornographie réifie les êtres humains. L’érotisme fétichise les objets (tout en restant centrée sur une intimité humaine). L’opposition fondamentale qui opère ici est celle des deux grandes pratiques intellectuelles et mentales du capitalisme (dégagées et articulées par Karl Marx). Réification (chosification de ce qui est humain) et Fétichisme (humanisation de ce qui est chose). Réifier, c’est donc prêter certaines caractéristiques non humaines à une réalité humaine. Ainsi quand vous vous «vendez» lors d’une recherche d’emploi par exemple, et dissertez fermement (et légitimement) sur le salaire que vous «valez», vous vous réifiez, vous vous traitez en chose, en marchandise, en machine–outil susceptible de produire et de réussir certaines opérations circonscrites. Inversement, fétichiser, c’est prêter certaines caractéristiques humaines à une réalité non humaine. Un fétiche au départ, c’est une petite statue façonnée dans le bois ou la pierre et… après l’avoir confectionnée nous même, on lui parle et lui impute un ascendant familial ou tribal comme si une dimension humaine lui était désormais accolée de par l’essence de son être.

Réification du travailleur (il devient une marchandise dans une mise en circulation de valeurs qui nivelle ses spécificités humaines, n’y voyant que la machine – la machine à baiser, à performer, à affecter la jouissance dans le cas spécifique de l’industrie pornographique). Fétichisme de la marchandise (qui soudain, en temps de panique boursicoteuse, investit l’Or, la Terre ou le Pétrole de vertus quasi divines, hyper-humaines en fait – dans le cas de l’érotisme on peut penser aux bottes, couvertures, foulards et autres attributs vestimentaires, adorés comme s’ils vivaient – le fétichisme sexuel, au sens classique du terme).

La pornographie réifie (chosifie). L’érotisme fétichise (humanise). Notez que, même chez ceux et celles qui le formulent de façon embryonnaire, le jugement moral porté sur la pornographie procède de cette distinction fondamentale. Dans l’érotisme, l’humain reste humain (ce sont même ses objets qui s’humanisent – mais ceci peut demeurer strictement un corollaire) et la communion des corps révèle et donne chair à la communion des être. Dans la pornographie, l’humain devient chose comme ses choses (et ceci, dans ce cas-ci, n’est jamais un corollaire). Se faire traiter comme une chose est perçu comme globalement dégradant, d’où la répulsion généralisée pour la porno, répulsion que je partage privément d’ailleurs, mais sans juger le phénomène sur la base de dogmes moraux abstraits.

Bon, exploitons quelques exemples. Un des traits saillants de la pornographie est cet isolement de zones corporelles. On vous montre un cul, une poitrine, une bite qui s’agite. On sépare ces objets de la personne qui est au bout. Les volumes, les quantités, les formes sont de la plus haute importance. N’épiloguons pas. Chosification suprême: les acteurs et les actrices pornos sont admirés et valorisées en fonction de capacités qui seraient celles de machines inertes. Telle actrice est admirable pour son «talent» à prendre deux bites dans le cul et deux bites dans le con simultanément sans lâcher prise (c’est-à-dire, ici, fondre en larme ou hurler de souffrance). D’autres durent longtemps. D’autres récupèrent vite. Bon… euh… etc… On commente ces aptitudes comme on commenterait celles d’une rotative, d’une mule-jenny, ou d’une génisse de concours agricole. Fondamentalement bourgeoise, commerçante, quantitative, compétitive, la pornographie assure l’intendance d’un cheptel de choses-machines.

Pour les exemples concernant l’érotisme, arrêtons nous simplement à certains titres d’œuvres érotiques majeures. L’insoutenable légèreté de l’être (pas la tripotable légèreté du nichon). La philosophie dans le boudoir (pas la fellation ostentatoire dans le boudoir). C’est autre chose qui se passe ici. Des catégories mentales profondes (être, philosophie) accompagnent des particularités physiques et des espaces (la légèreté, le boudoir), les humanisant de ce fait. Qui n’a pas frissonné en entrant dans un boudoir à cause de ce beau titre obsédant du marquis de Sade? Il a fétichisé le boudoir pour la culture française, ce gogo là, ce qui n’est pas peu dire. Le titre d’œuvres érotiques, comme le reste de leur déploiement, engage un mystère humain et humanisant qui nous tourmente d’une tourmente non pas physique mais mentale. Histoire d’OO pour orgasme? O pour orifice? O pour orgie? O pour obéissance? O pour ostentation? O pour obsession? O pour Odile (ou tout autre nom de femme commençant par cette lettre)? Mystère ondoyant. Possibles insondables. Frisson exaltant. L’implicite érotique laisse deviner et force l’activité humaine (mentale, au premier chef) que l’explicite pornographique retire des corps et des organes-choses d’acteurs et d’actrices sans noms qui s’agitent sans interagir.

La porno porte sur la chose. L’érotisme porte sur l’être. Bonne lecture…

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

Publicités

29 Réponses to “De la distinction entre pornographie et érotisme”

  1. Tarteauxfraises said

    Je suis particulièrement d’accord avec la distinction que vous faites entre pornographie et érotisme. Votre rapprochement avec une doctrine capitaliste est très juste.

    Cependant, ne pensez vous pas que la pornographie serait simplement le reflet d’une société ou les relations entre Hommes sont de plus en plus du type « possédeur/possédé »? Et, malheureusement, en tant que telle, ne possède t elle pas encore de beaux jours devant elle?

    Merci de me donner votre avis sur ces questions, et laissez moi vous souhaiter une bonne continuation de votre œuvre.

  2. ysengrimus said

    Si vous entendez par Homme, être humain (incluant la femme) ma réponse est: oui. La durée de vie de ce phénomène risque bien d’être celle du capitalisme même…

  3. Excellent billet!

    L’État ne devrait jamais réprimer l’érotisme et la pornographie sauf si des enfants sont impliqués ou qu’une violence non consentie est faite en son nom.

  4. Miaramaou said

    Anarcho-pragmatiste > Le consentement reste difficile à définir (il n’y a pas qu’avec un flingue sur la tempe qu’on peut forcer quelqu’un-e, loin s’en faut), et je ne vois pas pourquoi il ne faudrait protéger QUE les enfants. Pour moi, une personne majeure exploitée doit également attirer la vigilance : cette industrie merdique a occasionné bien trop d’horreurs pour qu’on puisse se permettre de fermer les yeux ou pire, de cautionner ou consommer.

  5. Égide said

    @Anarcho-pragmatiste

    L’État français, depuis 1994 ne fait que réprimer les messages, quelque soit leur support, à caractère pornographique, violent ou attentatoire à la dignité humaine, si et seulement, un mineur est susceptible de le percevoir.

    Article 227-24 du Nouveau code pénal.
    Vous l’avez demandé les législateurs l’ont écrit en 1992, les décrets d’application sont parus en 1994.

    Le consentement de la victime à son outrage n’exempte pas le bourreau de devoir répondre de ses responsabilités devant une juridiction s’il est établi qu’il s’est livré à des actes de violence contre autrui. Selon sa qualité du criminel, la relation qu’il a avec sa victime, si celle-ci est une femme ou un mineur ou une personne en état de faiblesse, les peines sont aggravées.

  6. Égide said

    J’ai hésité à intervenir. Mais vos définitions ne tiennent absolument pas. Elles sont même contre-productives en tant qu’elle enlèvent toute possibilité d’accéder au savoir que recèlent les représentations de la nudité, de la pornographie et de l’érotisme. Surtout, elle dénature la réalité de l’autre et donne à des symboles de révération une humanité et un sens qu’ils n’ont en aucun cas. Aucun artiste ne peut ignorer tous les aspects du désir et leur part maudite (au sens que lui donne Bataille).

    L’érotisme et la pornographie tiennent de la même essence, l’expression du désir sexuel, l’anticipation de la jouissance orgasmique. Ces termes désignent deux modes d’investissement libidinal. L’érotisme désigne l’investissement libidinal réciproque des partenaires par tout les moyens de la représentation et de la sensibilité. Il n’y a pas de limite à l’investissement et très peu de règles, en dehors des tabous du meurtre et de l’inceste.

    La morale a peu à y voir et même l’amour n’est pas nécessaire. Le désir suffit de l’un pour l’autre. La réciprocité n’est pas même indispensable. La violence et le risque de blesser n’a pas rien à voir avec la libido, parfois, c’est le cœur même de l’Érotisme comme George Bataille l’a si bien écrit. Et Sade; la puissance érotique de Justine ou les malheurs de la vertu est sans mesure et se fonde sur la négation irrémédiable du statut de sujet à l’être tellement désiré qu’il s’agit d’anéantir en tant que personna lors de l’acte sodomite. Et la réification de l’objet du désir est accompli, pour rien, dans l’être dans sa totalité représentative.

    La puissance érotique du tableau de Mantegna : Le Supplice de Saint Sébastien est extrême. Rien n’est caché de l’extase morbide du supplicié que provoquent les blessures infligées par des flèches qui ont transpercé en maints endroits le corps quasi nu, très décent, aux génitoires chastement recouvert d’un lin blanc très étroit. A l’arrière plan de l’homme qui meurt, un couple de lapin se prépare à l’acte coïtal et jouiront probablement lors du râle profond et terminal du moribond.

    La pornographie a pour objectif essentiel d’exciter les protagonistes en vue des plaisirs charnels. La pornographie est toujours indécente puisqu’elle met en vision sans rien masquer de ce qui se joue pendant la scène représentative de l’exhibition voluptueuse, provocante, impudique. Quelquefois la scène pornographique est scandaleuse, et à la subjugation du voyeur, il n’y a pas de limite.

    La loi française s’accorde a différencier l’érotisme de la pornographie en ce que l’érotisme même indécent, mettrait en représentation l’amour y compris dans son obscénité charnelle. Mais un juriste ne peut pas complètement faire fi de la morale commune.

    Enfin le fétichisme n’est en rien humanisation. Le fétichisme désigne l’investissement libidinal d’un objet, d’une partie du corps de l’autre, de tout ce qui représente pour le sujet fétichiste un substitut à l’autre du désir, afin que l’autre, disparaissant entièrement de la représentation et même de la conscience désirante, ainsi n’acquière jamais ni statut d’objet du désir, encore moins celui du sujet de l’amour qu’on lui porte.

    L’objet fétiche est un signifiant sans nom, c’est seulement le signe de l’échec même de la symbolisation de l’autre désiré. Le boudoir philosophique de Sade n’est pas un fétiche. Il ne se substitue pas à l’objet du désir. Si la fréquentation d’un boudoir libertin peut être excitant, on n’investit rien pour le lieu même. C’est un accessoire propice à favoriser les jeux sexuelles. Il peut faire partie d’un fantasme et permettre ainsi d’atteindre l’orgasme en imaginant qu’on se livre dans un tel lieu à des actes sexuels.

    Enfin la nudité, dans toute sa monstration ne représente rien d’autre que le sujet qui s’expose ainsi dévêtu, au regard dans toute l’indécence et paradoxalement la pudeur de sa vulnérabilité révélatrice. Par essence, la nudité n’a pas vocation à l’érotisme et pas du tout avec la pornographie. La concupiscence est dans l’esprit du regardeur.

    Je voudrais souligner que la loi interdit toute représentation à caractère pédophile. Curieusement même s’il est rigoureusement défendu et sévèrement réprimé toute diffusion d’un récit pédophile, il n’est pas illégal d’en produire.

    Voilà, si je me livre à cette rectification qui est loin d’être exhaustive, c’est seulement par sympathie confraternelle, de créateur à créateur. Je prends le risque de paraitre pédant, même pontifiant. Tant pis pour moi.

  7. ysengrimus said

    Rectification rigoriste et remise en place des idées rebattues que mon billet conteste justement: définition fondamentalement moralisante et manichéenne des deux notions et confusion constante entre crypto-préjugés et description (notamment sur la notion d’humanisation, particulièrement lénifiante, trivialement moralisatrice et creuse dans votre développement sur le fétichisme). Et… la nudité c’est être nu, vous pouviez nous le rappeller, naturellement, mais figurez-vous qu’on s’en doutait un peu…

  8. Égide said

    Si ma remarque sur le fétiche est triviale, je vous l’accorde volontiers. Par contre, le fétichisme n’est pas un concept opératoire en dehors de la psychologie clinique.

    Si j’ai évité d’évoquer la seule définition valide du fétichisme et qui se rapporte donc à une pathologie caractérisée, c’est que je voulais rester sur le plan de la métaphore, ce qui me semblait respecter le mieux votre propre évocation de l’objet fétiche.

    Vous voulez voir dans l’objet fétiche une métaphore de l’être désiré (si je vous ai bien compris), je tiens moi que l’objet fétiche est la métaphore du désir lui-même excluant l’image de l’être désiré. Si ma définition de l’objet fétiche ne vous agrée toujours pas. Dont acte. Du moins nous avons échangé à ce propos.

    Par contre, traiter l’objet fétiche comme un substitut total de l’objet du désir, en quoi
    cela réfère-t-il à une morale et laquelle avez-vous décelée dans ce propos? Bien entendu, je respecte et même accepte votre désaccord. Par contre, je ne comprend pas que vous qualifiez mes remarques d’idées rebattues, moralisantes et crypto-préjugés. Autant je peux comprendre le peu flatteur manichéen, autant je reçois le rude confusion, j’ai même compris que vous qualifiez mon petit texte de vacuité.

    Ces objections m’obligent à relire mon texte pour voir en quoi votre lecture a quelque fondement. Mais de morale, de grâce dites-moi laquelle ? Et quand à lénifiant, là je ne vois pas. Il ne me semble pas avoir justement des propos atténuant la portée de l’érotisme et de la pornographie.

    Si vous m’éclairez concernant cette qualification, je serais heureux. En tout cas, je vous remercie pour votre texte initial qui a provoqué ma réaction ainsi que pour m’avoir répondu rapidement, acceptant ainsi la contradiction.

  9. ysengrimus said

    Relisons simplement vos définitions.

    L’érotisme désigne l’investissement libidinal réciproque des partenaires par tout les moyens de la représentation et de la sensibilité. Il n’y a pas de limite à l’investissement et très peu de règles, en dehors des tabous du meurtre et de l’inceste.
    Favorable (pas de limites, peu de règles)

    La pornographie a pour objectif essentiel d’exciter les protagonistes en vue des plaisirs charnels. La pornographie est toujours indécente puisqu’elle met en vision sans rien masquer de ce qui se joue pendant la scène représentative de l’exhibition voluptueuse, provocante, impudique. Quelquefois la scène pornographique est scandaleuse, et à la subjugation du voyeur, il n’y a pas de limite.
    Défavorable (indécent, scandaleux)

    Je ne vois rien d’autre dans ces développements qu’une approbation de l’érotisme et une réprobation de la pornographie qui ne disent pas leur nom et se camouflent derrière un paravent verbal élégant et pseudo-objectif. Des trivialités en habit de ville et surtout, des crypto-jugements. Inutile d’ajouter que, dans cette redite du verdict moral d’un temps, cette glose du dictionnaire des idées recues, il n’y a aucune réfutation de mon analyse des deux notions. Ne voyant pas leur différence fondamentale autrement qu’en termes axiologiques (ceux justement que je réfute comme non opératoires), vous leur imputez une essence fondamentale commune (non-décrite, comme toutes les essences de cette farine).

    Corrolaire (important): votre décret supra le fétichisme n’est pas un concept opératoire en dehors de la psychologie clinique est parfaitement ex cathedra et non étayé.

  10. Égide said

    Merci encore de répliquer avec autant de clarté. Je comprends beaucoup mieux votre hostilité à mon texte. Effectivement, je n’ai pas tenté de réfuter vos définitions. Parce que, je n’ai pas les moyens de le tenter objectivement sans avoir lu un texte de vous, érotique, qui mettrait en application vos définitions. Seul moyen, à mon avis, de constater leur limite opératoire.

    De plus, ce n’est pas tant qu’elles soient réfutables, puisqu’elles ne sont pas inexactes. Elles ne recouvrent que partiellement le champ de la sexualité et de son expression et c’est dans ce sens qu’elles me paraissent inopérantes dans un récit. (Ce qui reste néanmoins à vérifier).

    il me semblait que les expressions l’expression du désir sexuel, l’anticipation de la jouissance orgasmique. suffisaient, du moins avec la brièveté qu’impose le commentaire, à caractériser cette essence commune. Si on ne reconnait pas d’essence commune à ces deux notions, on peut effectivement lire mes propositions comme vous le faites, c’est à dire de voir une apologie discrète de l’érotisme et une disqualification polie de la pornographie.

    Or si la pornographie est toujours indécente (mais cela n’implique pas forcément ni l’outrage, ni l’offense, ce qui est pour moi, le scandale), l’érotisme peut l’être aussi. la différence n’est pas de nature entre érotisme et pornographie, elle implique seulement dans la pornographie une instance tierce présente ou à venir pour voir et pour entendre le spectacle. Car la spécificité de la pornographie, ce n’est pas qu’elle soit immorale, (l’érotisme peut l’être tout aussi bien), c’est qu’il s’agit d’un spectacle. Comme vous l’avez écrit le film pornographique aujourd’hui réifie les actrices et les acteurs, mais cette réification n’est pas intrinsèque à la pornographie. En l’occurrence, elle ne représente qu’un mode de spectacle.

    Pour être explicite, je prétends que Justine de Sade est une œuvre érotique, dans le sens qu’elle n’est pas destinée à exciter le lecteur. Tout au plus, Sade a-t-il voulu le choquer, pas tant pour la scénogaphie érotique mais plutôt par la pervesion du narrateur qui dévoile le projet de faire de Justine un simple objet du désir sexuel dépersonnalisé et totalement soumis. Ce n’est pas de la pornographie, c’est de la perversion purement et simplement.

    Ainsi beaucoup d’images qui montrent crument les ébats sexuels d’amants qui s’aiment d’amour sincère sont pornographiques. Et l’obscène, si tant est qu’il y en ait, ce n’est pas le spectacle de l’acte et la vision des corps montrés dans les positions habituelles de la fornication, c’est qu’il y soit question d’amour.

    Les estampes japonaises pornographiques paraissent d’autant plus belles que rien n’impliquent des liens d’amours entre les amants, il n’est question là que de plaisirs, scène autrement moins obscène de ce fait. J’ai compris que le moralisme dont vous me soupçonner était implicite. Aussi je n’y reviendrais pas. Voilà, j’espère que ces précisions vous permettront mieux de comprendre ma position.

    Enfin, à propos du fétichisme, vous pouvez bien sur en faire l’usage de métaphore si vous le souhaitez mais si je n’ai pas donné plus d’explication à l’affirmation que ce n’est pas un concept opératoire, je n’ai fait que reprendre l’avis des ethnologues qui ont renoncé à ce concept tant il recouvrait de pratiques différentes. Vous en rajoutez une définition singulière, soit, mais l’acception psychologisante du terme qui en est devenu le
    sens courant a une signification en contradiction avec la vôtre.

    Ex cathedra, il est vrai que mon style d’écriture de pensée tient du discours élaboré. mais je vous avais prévenu.

  11. Anne Guichard said

    Finalement ces concepts d’érotisme et de pornographie n’ont jamais été vraiment définis, à la lecture des si nombreux textes que j’ai pu lire sur le sujet qui fait toujours polémique…

    Le poids de la morale, celui du beau et du laid, semblent peser en tous cas lourd sur la définition de la pornographie. Il semble difficile de s’éloigner de notre propre idée de la sexualité pour définir ces deux concepts. Ainsi la pornographie est décrétée, toujours, choquante et laide, quand on chante la beauté -même crue- de l’érotisme.

    Pour ma part, il existe aussi une esthétique de la pornographie. Je crois que l’on confond le « commerce de la pornographie » (celui des corps ou de ses images) avec la pornographie ; ne s’agirait-il pas de dissocier ces deux choses ? Il existe aussi de l’art pornographique, cru, violent, et plein de mystère, pour peu que l’on veuille aller au-delà de ce que nos yeux formatés ont appris à voir. Tout comme dans l’instant érotique, il peut y avoir des séquences « pornographiques »…

    Je ne sais donc toujours pas , exactement, ce qui différencie l’érotisme de la pornographie….

    • ysengrimus said

      Le jugement moral que vous dénoncez n’est aucunement définitoire dans mon développement. Et, de vous attarder langoureusement sur l’agacement que suscite effectivement la vieille opposition axiologique que j’ai rejeté en ouverture, vous ne fournissez aucune analyse de la distinction que j’établis entre ces deux notions.

      J’attends toujours la réfutation d’une définition dont vous vous contentez de nier l’avoir vue…

  12. Anne Guichard said

    n’attendez pas de moi que je raisonne comme une intellectuelle…je suis une femme de peu… donc je m’explique avec mes mots :

    vous dites :
    « Dans la pornographie, l’humain devient chose comme ses choses (et ceci, dans ce cas-ci, n’est jamais un corollaire). Se faire traiter comme une chose est perçu comme globalement dégradant, d’où la répulsion généralisée pour la porno, répulsion que je partage privément d’ailleurs, »
    et encore :
    « Bon, exploitons quelques exemples. Un des traits saillants de la pornographie est cet isolement de zones corporelles. On vous montre un cul, une poitrine, une bite qui s’agite. On sépare ces objets de la personne qui est au bout. Les volumes, les quantités, les formes sont de la plus haute importance. »

    eh bien, pas forcément, et c’est justement cela que j’évoquais, ce que vous décrivez là, on peut le voir sur des sites pornos qui sont tous peu ou prou commerciaux, avec des femmes interchangeables, au sourire niais, glacé et figé, (comme si d’ailleurs se faire prendre pleinement gommait toute expression). Ce sont là des représentations porno marchandes,ce qui est une exploitation de la pornographie mais ce qui n’est pas LA pornographie !

    Mais si vous analysez une situation pornographique en huis clos, intime, ou tout simplement sans caméra, il y a bien des hommes et des femmes tout à fait présents au bout de ces sexes, qui participent avec leurs tripes également à cette agitation…

    Et quand bien même: n’est-il pas aussi érotique, plus que porno peut-être, que d’isoler un cul offert, en faire un autel, un réceptacle, quand la femme (ou l’homme…) s’efface en ce don absolu, que ce cul devient chose… que cela soit en duo ou plus si affinités…

  13. ysengrimus said

    Sans caméra, il n’y a plus ni érotisme ni pornographie. Il n’y a qu’une intimité sexuelle. Comme je le dis dans mon billet, pour avoir érotisme ou pornographie, il faut un observateur qui prend connaissance d’un spectacle. Quand la passion intime se donne au premier degré, ma distinction tombe. Chez le médecin aussi, d’ailleurs…

    La seconde portion de votre démonstration n’invalide pas ma distinction. Elle montre simplement, dans le cadre de ma distinction, que l’isolement des parties sexuelles n’est pas exclusivement pornographique, qu’il peut aussi être érotique. Ma réponse est: vous avez raison, strictement en ce sens que, dans votre exemple, on fétichise (humanise) l’objet autel, au point d’en faire un cul humain, masculin ou féminin. Ici ce n’est pas le cul qui est réifié mais l’autel qui est fétichisé, il peut donc parfaitement y avoir intense érotisme si l’isolement de l’organe humanise un objet inerte. Vous faites ici subir à l’autel le sort que Sade fait subir au boudoir et à la philosohie… Notez bien que vous avez besoin de la notion d’autel dans votre développement, pour exprimer un retour de l’érotisme – vu qu’un objet doit se trouver fétichisé pour que l’érotisme intervienne.

    Votre observation et mes distinctions co-existent sereinement dans le vrai…

  14. Tit'can I said

    Je dirai très simplement ce qui me paraît différent entre érotisme et pornographie écrits.

    L’érotisme suggère les idées sexuelles sans utiliser de mots crus mais en instaurant une situation sexuelle ou simplement charnelle dans le texte.

    La pornographie utilise des mots crus des détails nets et précis sur des actes sexuels dans un texte.

    J’écris des poèmes érotiques.

    • ysengrimus said

      Une distinction strictement discursive (implicite versus explicite) me semble fort limitative, vu qu’érotisme et pornographie ne se jouent pas qu’en paroles, mais aussi en images… Et, si on se campe dans ce cadre verbal restreint, il faut encore observer que, s’il est difficile d’avoir de la porno implicite, il me parait parfaitement possible de rencontrer de l’érotisme explicite.

  15. François Rochefort said

    Bien que ce ne soit pas le sujet direct du texte, je ne suis pas d’accord que c’est le travailleur qui est réifié. C’est plutôt son travail, ses compétences et son rendement qui sont réifiés aujourd’hui. Lorsque c’était l’humain qui était considéré comme une marchandise, on pouvait légitimement parler d’esclavage. Aujourd’hui, c’est le travail fourni par une personne qui est rémunéré.

    Le travail-marchandise (le marché du travail porte très bien son nom) s’applique aussi aux domaines érotique et pornographique. En fait, ce n’est pas la personne (un modèle érotique ou un/une acteur/actrice pornographique) qui est rémunéré, mais l’acte de poser comme modèle ou l’acte sexuel considéré, dans ces deux domaines précis, comme un travail à part entière.

    P.S. Je viens seulement de découvrir ce site, peut-être que ce débat a été abordé ailleurs. Je trouvais particulier de voir un texte nommé ainsi dans la section marxisme, mais j’ai mon explication.

  16. Martin Turquoise said

    Tout à fait d’accord avec votre analyse, que je partage et que je mets en œuvre dans mon écriture. Toutefois je n’ai pas bien saisi le rapport avec Willette, mais bon ce n’est pas grave.

  17. kalish said

    Pourquoi « de plus en plus possesseur/possédé »?… ça a toujours été comme ça, il faut vous imaginer qu’on a toujours fait panpan quand même.(sauf moi)…

  18. Revelmont said

    Jean Cau aurait aperçu la distinction entre érotisme et pornographie, en ce que l’érotisme serait chair et pornographie, viande.

    Ces définitions me paraissent très pertinentes.

    [C’est, n’hésitons pas à le dire, un mariage harmonieux de la force tangible et de la dimension esquissée des métaphores – Ysengrimus]

  19. Ceytaire said

    L’essentiel n’est pas atteint, je vous dirai. Pour l’érotisme, c’est un chemin qui éveille le désir… la pornographie en est le dénouement. Pour ne pas être écœuré, il faut être préparé!

    Jpc

  20. Excellente analyse! Merci Monsieur Laurendeau.

    Je remarque, parallèlement, que ce n’est pas seulement la porno qui réifie l’être humain mais également, tout notre système administratif.

    Nos gouvernements font de la porno; il est temps de s’en rendre compte. Leurs bites nous pénètrent dans la moindre petite ouverture. 🙂

    Amicalement,

    André Lefebvre

    • Le Noogénaire said

      «Leurs bites nous pénètrent dans la moindre petite ouverture.»

      Vous connaissant, l’artiste, je ne peux croire que vous ayez accidentellement fétichisé les gouvernements (leurs bites) et pornographié la «payeuse de taxes», (nous).

      Moi, je pense que le gouvernant du pays Québec devrait être un artiste de votre calibre.

  21. Carolle Anne Dessureault said

    @Paul Laurendeau

    Intéressant cette distinction entre pornographie (réification, chosification de ce qui est humain) et érotisme (fétichisme, humanisation d’une chose).

    Vous dites qu’érotisme et pornographie impliquent un tiers qui observe.

    L’érotisme se rapporte à ce qui est sensuel, sexuel. À mon avis, il peut y avoir de l’érotisme entre deux personnes.

    CAD

  22. Le Noogénaire said

    J’aime bien cette boussole qu’est Paul Laurendeau. Quel talent. Quelle lumière dans cette obscurité. Quelle chance pour moi de bénéficier d’un partage d’une telle richesse.

    @Paul Laurendeau

    «Dans l’érotisme, l’humain reste humain (ce sont même ses objets qui s’humanisent – mais ceci peut demeurer strictement un corollaire) et la communion des corps révèle et donne chair à la communion des êtres.»

    Vous parleriez d’un allaitement maternel en ces mots ?

    [Non. Je n’analyse pas un allaitement comme une comportement sexuel. Sensuel, à la rigueur, emouvant, indubitablement. Comme donner le bain à son babi. Sans plus. – Ysengrimus]

  23. KatiaLbno said

    Tout cela n’est que de la masturbation intellectuelle ! Éditrice de livres érotiques « pornobiographiques » je considère que l’érotisme n’est rien d’autre que de la pornographie que l’on habille de sentimentalité afin de donner bonne conscience aux lectrices complexées.

    [Et voici la facilité intellectuelle, cynique et poudreuse. Confondre érotisme et eau de rose, c’est perdre de vue l’art au profit du commercial, la densité torride au profit de la superficialité parfumée. Vous pouvez faire beaucoup mieux que ça… – Ysengrimus]

  24. Robert Huet said

    Pour le docteur, c’est de l’érotisme. Pour le vulgaire non-diplômé, cé d’la porno… Voilà la différence entre toi et moé…

    [La même chose mais dans des regards différents, par des segments sociologiques différents? Je ne seconde pas. Érotisme et porno ont leurs corpus distincts et descriptibles… – Ysengrimus]

  25. Do said

    Salut tout le monde,

    En France, c’est très simple, nul besoin de philosopher, c’est la loi qui se charge de faire la différence, c’est la loi qui décide. Quand c’est déconseillé aux moins de 12 ans, c’est de l’enfantillage; quand c’est interdit aux moins de 16 ans, c’est de l’érotisme; et quand c’est interdit aux moins de 18 ans, c’est de la pornographie.

    La guerre, elle, n’est jamais interdite aux moins de 18 ans. On a même eu, il y a quelques mois, une recrudescence de publicité pour s’engager dans l’armée!

    Faites l’amour, pas la guerre!

    Aimez-vous les uns sur les autres!

    Bien à vous,
    do
    http://mai68.org/spip

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s