Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Un narcissisme masochiste, ou plutôt un… un hédonisme contraint

Publié par Ysengrimus le 31 août 2008

femmeaumiroir

Nous vivons des temps narcissiques. Les femmes ont beaucoup à y voir et les hommes emboîtent ouvertement le pas. Jadis elle se faisait belle pour lui. Maintenant elle construit le tonus, le costume, le décors de beauté qui lui plait à elle, et lui, eh bien, il en fait partie du mieux qu’il peut… ou pas. Nous sommes entré(e)s à l’époque où la femme s’occupe d’elle-même et il n’y aura pas de retour en arrière. Les nostalgiques de la femme soumise resteront inexorablement sur le bord de la route vers l’Urb. Cela se joue désormais entre la femme et son miroir. Même si elle croit encore qu’elle se façonne ainsi pour le bénéfice et la joie de l’homme comme autrefois, elle se leurre. Il faut la décrire sans partager l’illusion qu’elle entretient sur elle-même. La corde phallocrate est cassée. La frustration des instances masculines à l’ancienne est de plus en plus tangible, face à cette nouvelle culture ordinaire en émergence. La meilleure preuve imaginable du fait que l’homme ne dicte plus le ton des choix des femmes, c’est justement qu’il emboîte le pas, un peu à la traîne. L’homme commence à s’installer devant le miroir aussi, hanté par cette batterie de nouvelles priorités. Les angoisses de l’apparence commencent à sérieusement le gagner aussi. La culture intime des femmes remporte un certain nombre de joutes. L’une d’entre elles est celle de la généralisation et du partage de ses angoisses. Et pourquoi pas? Pourquoi les femmes seraient-elles les seules à se polluer l’existence avec ces questions d’apparence? Il faut partager le fardeau, en quelque sorte, le répartir également (en attendant de le jeter par terre). C’est de bonne tenue. Qui plus est, la morale archaïque qui jugeait négativement le narcissisme est totalement hors-jeu. Ce type vieillot de culpabilisation, personne n’en veut plus et à raison. Pensons-y froidement: qu’y a-t-il de mal à s’aimer soi-même. Qu’y a-t-il d’inadéquat à voir l’estime de soi comme un fondement de l’estime des autres? Notre temps répond: rien, et il a en partie raison, devant la logique ancienne. L’estime de soi n’a pas toujours été une valeur fondamentale. C’en est une maintenant. L’estime de soit fut longtemps subordonné à la soumission à la famille, à l’employeur, au pays. Ce n’est plus le cas. Le narcissisme pourrait être la grande pulsion libératrice de ce temps… s’il se contentait de jubiler et de jouir.

Or le narcissisme contemporain est hautement masochiste. Que voit la femme obnubilée dans son miroir? Une autre femme, qui n’est pas là parce qu’elle se pavane, faussement nonchalante mais en fait hautement manufacturée, sur les couvertures de revues et dans le déroulement des bandes d’actualité. Une autre femme que notre contrite au miroir juge, unilatéralement et sans vérification bien précise, mieux faite, mieux construite, mieux proportionnée, plus apte à faire émaner la beauté, à transmettre la jouissance. Les hommes suivent toujours. Ils suivent de plus en plus cette culture intime exacerbée et cruelle de la compétition et de la terreur de la perte de l’image propre, adéquate, conforme. Ils ne la dominent plus mais la confirment toujours, y compris de par leurs sottes éructations. Narcisse avait au moins la décence d’aimer inconditionnellement le personnage qu’il voyait se refléter dans le lagon, qu’il prenait pour une femme d’ailleurs. Ici Narcisse se hait. Il ou elle se trouve trop ceci ou trop cela. On ne se contemple pas pour jouir de soi, on se contemple pour se subir, pour souffrir, pour chercher à se modifier. Où est-il passé le temps où Fonzi, le petit macho sans complexe de Happy Days, se plantait devant son miroir peigne en main pour se coiffer et… renonçait ostensiblement à le faire, jugeant sa crête de coq inaltérablement parfaite. C’était lui le narcissisme jubilant, apanage masculin suranné. Il accompagnait le phallocratisme dans sa période dorée. C’est terminé. Aujourd’hui, c’est la compétition exacerbée des corps, des normes, des mesures, des modèles. Les femmes se déchirent entre elles. Elles dénoncent ledit modèle comme on attaque le plus virulent des adversaires et, en même temps, elles aspirent à rencontrer des normes axiomatisées, abstraites, tyranniques, émanant du même adversaire. Elles se dénigrent entre elles, se démentent, se dénoncent, se contredisent, se tirent dans les pattes. Elles veulent et ne veulent pas se modiffier pour rencontrer l’axiome. Le double message se hurle dans la douleur des chairs. Si je ne me reconfigure pas (chirurgicalement ou autrement), on ne va pas m’aimer. Si je me reconfigure (chirurgicalement ou autrement), ce ne sera plus vraiment moi qu’on aimera. Paradoxe insoluble pour une sortie abrupte de la joie de vivre, sinon de la vie. Mais lancinant paradoxe d’une époque aussi. Maximale haine de soi répercutée en l’autre. Combien de nos Narcisses contemporains se sont retrouvé(e)s à hurler de frustration devant leur miroir, allant jusqu’à griffer ou à frapper à coups de poings rageurs la partie corporelle qui ne leur plait pas. L’individualisme contemporain aurait pu créer un vivier favorable et plaisant pour l’amour de soi. La compétition commerciale et l’obsession des modes et des conformités convertissent le tout en la plus cuisante des souffrances normatives. L’enfer de l’égocentrisme, c’est bel et bien toujours les autres…

D’ailleurs parler de masochisme est partiellement fautif. Le masochisme a au moins la décence –si je puis dire- de tirer du plaisir de contacts physiques cuisants. C’est, l’un dans l’autre, une forme de sensualité, abrupte, brutale et surprenante, pas à la portée de tous les épidermes certes. Mais il reste que le masochisme est joyeux et assouvissant chez ceux et celles qui l’assument ouvertement. Ce que je décris ici est triste, rageur, frustré, dépité, morbide, malheureux comme les pierres. Je crois finalement qu’on a affaire à un hédonisme contraint. C’est la jouissance truquée par excellence de notre modernité de toc. Désormais, il faut faire dans le sexy, dans le (pseudo) sensuel, dans le séduisant, dans le pulpeux et l’onduleux, dans l’enviable, dans le prostitutionnel, quitte à se faire gonffleter les lèvres, les pectoraux ou la poitrine pour y parvenir. Les hommes absorbent toute sortes de substances suspectes pour se faire monter une soufflette d’Adonis manqué (ces pratiques, désormais, ne sont pas restreintes aux gyms et salles de musculation, il s’en faut de beaucoup). Les femmes, on n’en parle pas… la cruauté chirurgicale envers leur corps culmine, en nos temps comme jamais. Hédonisme de poseurs et de poseuses, sensualité de théâtre de carton pâte. Faux plaisir, jouissance absente. Frustrer et faire des jaloux et des jalouses est plus important que de ressentir un plaisir effectif. Ce n’est pas une orgie, c’est un défilé de mode, contrit et souffreteux. N’avez-vous donc jamais constaté que, dans un défilé de mode, absolument personne ne s’amuse?

Narcissisme sans amour de soi. Masochisme qui souffre non pas pour jouir mais pour paraître et se refaire à l’image imagée de l’image imaginaire impossible. Hédonisme contraint (ce qui est une rude contradiction dans les termes). La libération sexuelle est une faillite. Elle nous a libéré de notre soumission de bouvillons et de génisses face au hobereau cultivateur et obtus de jadis, pour nous livrer, nu(e)s et désemparé(e)s, à la compétition urbaine, cynique, envieuse, insensible et exacerbée du capitalisme commercial et au vedettariat truqué de l’égocentrisme néo-inquiet… Pour le coup, la jouissance, le plaisir, la beauté toute simple, la vraie séduction du coeur, ce sera pour un autre jour…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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35 Réponses à “Un narcissisme masochiste, ou plutôt un… un hédonisme contraint”

  1. reinedespommes a dit

    Je dois faire partie d’une race "à part". J’ai toujours jugé les décolletés trop aguichants, les mini jupes trop mini …

    Cependant, on en revient à un sujet précédemment évoqué: pourquoi les femmes font-elles tout ça? Parce qu’on leur colle des images sous le nez de femmes prétendument "modèles". L’amour de soi en prend un sacré coup, vous ne croyez pas?

    Savoir qu’un homme va plutôt se retourner sur un décolleté que sur une femme "standard" est déplorable et fait de nombreuses femmes ce que vous décrivez, en effet.

    Personnellement, je préfère plaire pour d’autres qualités qu’uniquement les physiques (si tant est qu’on puisse appeler ces nouvelles normes des qualités).

    Je préfère l’être au paraitre, je préfère le naturel au stéréotype.

  2. ysengrimus a dit

    Quel homme, Reinedespommes? Lequel? Il n’est pas tous les hommes, il n’est qu’un certain segment du lot global. Inexorablement. Pourquoi vous acharnez-vous sur ce segment là justement, sinon parce qu’il est instrumental dans la confirmation de ces pulsions et préférences de la culture intime des femmes, formulées AVANT que l’homme ne grimpe difficultueusement sur la piste? Ne sous-estimez pas votre autonomie et celle de vos semblables, dans tout cela. Elle est en croissance historique exponentielle. La femme ne cherche plus un compagnon, elle cherche un regard. Elle veut se donner un gros miroir collectif qui crépite, hullule et aboie.

  3. reinedespommes a dit

    Ysengrimus, si je ne dois pas généraliser pour les hommes, il ne faut pas non plus le faire pour les femmes alors ! Non ?

  4. ysengrimus a dit

    Naturellement. On ne fait pas ici des proclamations sur des états absolus… seulement des suggestions descriptives sur des tendances principales… Le contre courant est bien là. Vous l’incarnez… et vous n’êtes pas la seule.

  5. reinedespommes a dit

    Vous me rassurez ! ;-)

  6. tourelou a dit

    Est-ce le retour des machos?
    Lu ce matin, les femmes demandent aux hommes de se maîtriser, d’être forts, rassurants et de vanter leur féminité.

    Je dirai que les hommes ont aussi demandé aux femmes les mêmes choses, je parle pour les babyboomers, et c’est particulièrement vrai dans le ‘merveilleux’ monde des affaires. Le jello vert pour tous le monde, non merci. Nous ne devons pas croire que les uns sont mieux que les autres. Vivement la différence et j’ose croire que chacun trouvera sa potion pour trouver la rencontre d’exception. Parfois la distance ou le temps nous vole notre homme ou femme miracle, alors profitons des attraits modernes de notre temps pour ne rien manquer car rien n’est programmé, sans toutefois trop dénaturer et surtout être bien dans sa peau. Il faut bien enlever quelques épines aux roses parfois.

  7. BOC a dit

    Texte proprement écrit mais franchement nul: le rôle joué par les hommes et leur regard dans ce narcissisme est totalement nié. En plus, incitation ouverte au masochisme féminin et donc, incitation insidieuse au sadisme masculin.

    Pas de maso sans sado et vice versa.

  8. ysengrimus a dit

    Ah, je persiste et je signe. Les hommes surestiment leur importance dans la crise de redéfinition de la femme contemporaine et, avec cette culpabilisation morbide qui accompagne les affranchissements majeurs, les femmes voient l’homme plus enflé qu’il n’est en réalité dans cette dynamique. Votre critique perpétue ouvertement la mythologie phallocrate. Je dis que le phallocrate est désormais un tigre de papier. Et je constate aussi, en fait, que la femme actuelle, en cherchant l’attention de l’homme, se comporte de plus en plus comme si elle cherchait l’attention d’un enfant sans pouvoir, mais capricieux et folâtre. Cette auto-infantilisation de l’apparence féminine est vouée à l’échec. Même l’homme n’en veut plus vraiment.

    Aussi, il n’y a pas ici incitation à quelque masochisme abstrait qui remettrait l’homme sur sa selle sado-mythique mais ferme dénonciation d’un masochisme effectif, autonome, frustré, inutile et stérile, dont "le" sadique que vous réclamez tant est nulle autre que l’autre femme, et qui gâte complètement la jubilation hédoniste à laquelle la femme est en droit d’accéder sans que ne la fasse chier ni l’homme, ni justement les autres femmes.

    Maintenant relisez votre lapidaire critique qui brouille et inverse la part des constatations et des incitations de mon billet: votre critique ne manifeste qu’un seul regret cuisant, celui du fait que l’homme ne domine plus le spectacle que la femme se fait désormais à elle-même. Je ne nie pas le rôle de l’homme et la fascination pour l’homme. Je nie la domination de l’homme. Cette négation ne vient de nulle part que de l’observation toute simple du monde contemporain.

  9. Sabotage a dit

    Votre texte est un lamento naturaliste et conservateur. C’était mieux avant, quand la femme était "simple", "naturelle", sans artifice. Il y a la "vraie séduction", à l’ancienne, sans colorant ni conservateur ; et la nouvelle, forcément "fausse", "truquée". Platonisme de bas étage : les apparences trompeuses ne devraient pas prendre le dessus sur l’essence vraie, bonne et primordiale.

    C’est clicheteux… Et profondément réac.

    • Jeanne a dit

      Sans endosser votre première phrase … je trouve votre point de vue très intéressant. Car qu’ont de plus choquant, les tatouages, chirurgies plastiques qu’avaient les os dans le nez ou les colliers des femmes girafes. La séduction est une affaire d’époque et de lieu.

      Aussi: ceci… les femmes doivent apprendre à désirer au lieu de désirer le désir. Passez d’objet à sujet…

  10. ysengrimus a dit

    Pas réac. Descriptif. Je décris modestement la réaction actuelle ambiante.

  11. Kans a dit

    Je découvre le blog à la faveur de l’étude sur le temps passé par les femmes à choisir leur tenue.

    Il est évident que la femme est victime et/ou acteur de son image/role dans la société et l’homme prend forcément le role opposé. A moins que ce ne soit l’inverse qui se produit. Grand fan du Tour de France, j’observe avec un certain amusement les cérémonies de remises de prix; ces jeunes femmes tout aussi belles les unes que les autres, obligées de se poster comme lors d’un défilé et faire des bises au sportif dégoulinant de sueur (même s’il s’est rapidement passé un jet d’eau et une éponge après l’effort). Et celles qui tiennent le parapluie en bikini avant les départs de courses de moto.Et celles qui parcourent le ring entre deux rounds, le plus dénudé possible. Que reste t-il au mâle sportif plein de testotéronne que je suis? Ai-je un choix autre que d’être macho? voire plus?

  12. Pomme a dit

    Kans, il me semble que tu as plus de choix que de te laisser emporter par des émotions purement liées au visuel … non? A moins que le mâle que tu es ne contrôle plus ses émotions et se laisse envahir par une "image"?

    • Jean-François Belliard a dit

      @ Pomme

      C’est aussi impossible que de bloquer, pour une mère allaitante, une montée de lait en entendant un pleur… même celui du bébé d’une voisine.

      Et pour l’abeille de ne pas polliniser les fleurs d’un pommier, belles ou pas…

      Je vous soupçonne d’être ingénue.

  13. Jeanne a dit

    Si le miroir était tendresse …

    Il y a 10 ans j’ai continué ma vie sur une voie différente. Il y a 10 ans j’ai posé contre le mur de ma chambre un miroir bon marché que j’ai nommé: " Miroir, miroir". Chaque matin, nue, je passe devant et souvent, je l’avoue, je m’arrête.

    Miroir miroir, dis moi comment le temps s’incrit sur ma peau? Et le miroir dans sa gentillesse, m’enchante en me montrant doucement une ride, un pli, et parfois même un bouton comme à l’adolescence. Je bouge devant lui et il sourit de me voir si mutine dès l’aube.

    Mais ce miroir n’est pas docile et il refuse de me montrer ce que j’étais hier et encore moins ce que je serai demain.

    Chaque matin, il est au présent et c’est pour cela qu’il me plait tant :-)

    Souriez …

  14. Retour de la "masculinité", de la "virilité"? Sous quelle forme? Et sur quel mode?

    Ce qui revient ne revient jamais intact. Le retour est, la plupart du temps, une parodie. La virilité que les femmes réclament est une autre sorte de maquillage. Elles attendent des hommes non pas la masculinité, mais les signes de la masculinité. C’est un scénario, un discours.

    Observez nos racailles, qui voient les femmes comme des "tasspé". Vous les trouvez virils? Malgré leurs grimaces et leur sexisme, ils ne trompent que les bourgeoises: ce sont des fillettes qui veulent renvoyer une certaine image et qui vivent à travers le regard d’autrui.

  15. BOUME a dit

    Voir le documentaire Il Corpo delle Donne

    Les italiennes en ont marre des femmes chirurgitorturées, bafouées-promues par la télé des mégasociétés (TÉLÉ BERLUSCONI)…

  16. Gayanée a dit

    La libération sexuelle est une défaite: on en revient à l’a-sexualité à présent. Selon moi, c’est une manière de sortir du ring "moi"/"moi, dans le miroir" et de se libérer de tous les poids y étant associés, bien décrits dans l’article.

  17. yuki a dit

    "Elles se dénigrent entre elles, se démentent, se dénoncent, se contredisent, se tirent dans les pattes"

    Tellement vrai! Qui me faisait sentir comme une débile parce que j’avais du poil sur les jambes à quatorze ans? Je vous laisse deviner! Et ce n’est pas seulement vrai pour l’apparence. Même si je suis moi-même de sexe féminin, je serais incapable d’expliquer pourquoi quand j’étais à l’université, j’étais complètement incapable de m’imaginer dans un bac avec 99% de filles. J’étais donc très contente d’être dans un bac avec seulement dix filles et non ce n’était pas à cause du grand choix de gars qui s’offrait à moi. Encore aujourd’hui, juste d’imaginer avoir à faire un travail avec cinq autres filles, je frissonne.

    Désolée pour la tranche de vie, j’essaie seulement d’expliquer que je suis extrêmement d’accord avec cet article. Je ne comprends d’ailleurs pas tous les commentaires négatifs à son égard.

    "can a man describe accurately what women think and do?"

    Je ne sais pas, mais je trouve que vous le faites étonnamment bien ici. Je suis capable de voir que même si je ne fais pas partie des femmes décrite dans cet article, il déborde de justesse.

  18. carla ghiglieri a dit

    En ce domaine comme ailleurs, le pouvoir des femmes s’exerce en premier lieu contre les autres femmes, plutôt qu’à leur avantage. peut-être que ça va changer avec le temps, mais le sens d’inadéquation est le moteur primaire du marchè de la mode et de la cosmétologie, et il y des forces importantes que travaillent à son mantien et à sa croissance. Le capitalisme nous transforme tous et toutes en marchandises, vendues et achetèes pour son apparence, plus que pour son aptitude à satisfaire des besoins. Ici il y a de plus que la marchandise est aussi l’acheteur, et la frustration est double, car on achete une image de soi même toujours insuffisante, à laquelle il faut sacrifier sa véritè. On peut se retirer de la compétition, tant on est certain qu’on ne va pas gagner, mais il faut avoir des ressources, et pas seulement intérieures, car l’apparence est désormais un outil de travail. Il faut le trouver et le maintenir.

  19. Thiery a dit

    J’adore votre analyse Ysengrimus, mais il ya quelque chose qui me dérange un peu, quelque chose qu’on dirai que personne n’a compris. J’avais lu en quelque part dans un de mes livres une chose frappante: l’homme n’aime pas qu’une femme soit mince, qu’elle ait des gros seins… Inconsidérément, l’homme préfère chez une femme ces trois caractéristique: sa jeunesse, sa douceur et sa fragilité. Ce que cherche aussi les femmes inconsciemment c’est un homme plus âgé, fort, plus grand… Le constat ma frappé et après j’en ai parlé à des amis et ils étaient d’accord avec ces faits. Je me demande vraiment si les femmes d’aujourd’hui accepte encore les chaînes d’hier pendant que les femmes sont sur le tapis roulant, les hommes lève des poids…

    [Il faudra voir. Surtout que toutes ces "pulsions", ces "aspirations" sont en fait hautement historicisées - Ysengrimus]

  20. Valtesse a dit

    Article très intéressant! Narcisse ou Pygmalion…

    Cependant l’image de cette femme promue tous azimuts est, ne l’oublions pas, construite par une communauté essentiellement gay.

    Je pense par ailleurs que l’avenir appartient à la femme et aux gays…

  21. Vanessa Jodoin a dit

    En tant que femme, ce texte me touche très très profondément. Grand merci, Paul.

  22. Robert Huet a dit

    Je suis le plus beau, le plus intelligent, le plus sexy, le plus séducteur, le plus désirable, le plus merveilleux quoi. Vous êtes, tous, rien à comparer à mon moi narcissique. Essayer de contester mes affirmations c’est prouver que vous n’avez rien compris à l’être fabuleusement unique que je suis. Allez, écrivez-le, vous êtes tous jaloux de ce que je suis, c’est à dire mieux que vous tous, dans tout ce qui est le domaine de l’Être.

    Mon regard narcissique domine tout l’étant du monde et vous êtes dominé par la pensée unique de l’univers marchand, ce qui est une preuve de ma supériorité. Je suis immortel, vous n’êtes que des éphémères donc je suis divin.

    Humain, trop humain.

  23. Le Gaïagénaire a dit

    Ysengrimus,

    Vous hurlez fort sur le monde ce matin.

    Question : tous ces effets sont causés par quoi ?

    Affectivement.

    [Par un corps de conditions socio-historiques d’époque qui fait qu’on « connait » Paris Hilton et qu’on «découvre subitement» Alice Munro… - Ysengrimus]

  24. Demian West a dit

    Je trouve l’expression « narcissisme masochiste » assez heureuse !
    :-)

  25. Emma a dit

    Ah, si vous pouviez me donner un moyen de me sortir de ce cercle infernal. Vous le décrivez si bien. mais que faire?

  26. Carolle Anne Dessureault a dit

    @Ysengrimus

    Encore une fois, Paul, vous nous avez servi un grand cru!

    «Narcissisme sans amour de soi et masochisme qui souffre non pas pour jouir mais pour paraître…» … c’est là que nous en sommes. Il nous reste à apprendre à redécouvrir la beauté toute simple. Pas facile de voir au-delà des apparences, c’est le mal du siècle.

    CAD

    • Emma a dit

      Beauté toute simple… ah, si c’était pas si compliqué. Je suis pas capable de sortir pas maquillée. Pourtant je me regarde dans le miroir après la douche et je me trouve bien, pas pâle ou rien. Je suis pas une complexée. Mais c’est comme un conditionnement d’animal dressé, vraiment plus fort que moi. Je sais pas si c’est de l’hédonisme mais contraint, ça, ce l’est, en tout cas.

      • Carolle Anne Dessureault a dit

        Si vous avez la chance de vous trouver bien dans le miroir, il est alors temps de faire un essai. Ou juste un soupçon de maquillage, un peu de mascara, ou poudre légère s’il le faut. C’est beau une femme au naturel. On le constate de plus en plus dans les films et séries télévisées où les personnages principaux sont souvent moins lourdement maquillées qu’avant, surtout aux yeux. Pour l’éclat de la peau, c’est différent. Les maquilleurs professionnels possèdent des astuces pour illuminer un teint. Tout est là : le teint.

        Bonne journée Emma

      • Emma a dit

        Merci Madame.

  27. Demian West a dit

    La beauté est un pouvoir dont on peut parfaitement mésuser, et par-là-même chuter dans des suites de conflits interminables. C’est souvent la beauté qui nous possède, je veux dire qu’une belle personne peut être incapable de ne pas agir selon les prérogatives que sa beauté lui donne, parce que la société lui donne trop de valeur. Et les suites sont toujours défavorables en matière d’estime de soi. Tout n’est donc pas si simple.

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