Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

L’anarchie est-elle possible?

Posted by Ysengrimus sur 12 mai 2008

Anarcho-communisme

L’anarchie n’est pas le chaos mais la responsabilité collective…

Révolution, oui, encore et toujours. La première erreur à ne pas commettre à son sujet c’est de penser que la «faillite» de l’activité révolutionnaire est une exclusivité millénariste. La génération du philosophe et économiste Karl Marx (1818-1883) a vécu dans sa chair et son âme le reflux de la grande euro-révolution de 1848 sous la forme de la spectaculaire et brutale remontée de la réaction de 1850-1852. La Commune de Paris (1870-1871), grand espoir révolutionnaire du dix-neuvième siècle s’il en fut, s’est enlisée dans le bourbier sanglant de la germanophilie versaillaise. On peut aussi citer la massive poussée du ci-devant social-chauvinisme qui précéda l’incroyable boucherie de 1914-1918. République de Weimar, Russie des Soviets, Chine, Kampuchea démocratique, Iran (la première grande révolution historique post-marxiste). La «liste de faillite» des phases révolutionnaires serait tout simplement trop longue à énumérer. Donc, essayons de ne pas hypertrophier la conjoncture présente sous prétexte qu’elle s’impose à nous, plutôt qu’à nos aïeux. Voyons le tableau comme une série de poussées dans la vaste crise du capitalisme industriel mondial. Il n’y a pas de grand soir. On a plutôt affaire à un ample mouvement par phases, qui nous dépasse comme individus, comme c’est inévitablement le cas pour tout développement historique.

Avant de commenter sur ce qu’il faut espérer des révolutions à venir, un mot sur notre attitude politique ordinaire face à l’héritage «marxiste» toujours en ardente liquidation. Il y a quand même un vice de raisonnement dans notre approche… de la figure historique bannie de Karl Marx. On tend très candidement à imputer à Marx rien de moins que la capacité de faire naître des espoirs de changements sociaux en dictant littéralement ce que sera le déploiement des événements. Une part importante de notre siècle investit encore Marx en démiurge du développement historique selon la doctrine du «Qui sait, peut». Or, même un génie, un Hegel, un Mozart, un Shakespeare ne peut, ne pourra jamais, commander les forces de l’Histoire. Elles sont objectives, collectives, titanesques. Foudroyés dans nos espoirs par le caractère terriblement implacable de cette erreur de fond (de notre fond de liquidation…), on passe alors à la phase suivante, toujours aussi clairement. On érige d’office Marx en thaumaturge qui a raté, qui a serré le tsarevich contre son sein mais n’a pu lui éviter la mort. Démiurge, thaumaturge, voilà une fantasmagorie bien irrationnelle que l’on perpétue à propos des meneurs révolutionnaires et des figures politiques en général, de Marx en particulier. Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous ne nous faisons pas une image très «marxiste» de Marx et de ses semblables. Nous sommes en cela de fort conséquents anarchistes. En effet, l’Anarchisme, au plan théorique, hypertrophie l’individu, ici, le Sujet, le Meneur, le Chef. Or, comme ce démiurge imaginaire a failli, comme ce thaumaturge de fantaisie a raté, nous exprimons alors notre déception, comme le parterre, privé de la chute de la comédie, le soir de la mort de Molière. Par là, nous canalisons cette cuisante douleur qui est celle des éléments sociaux progressistes, subversifs, remuants, tenus en laisse. Marx et les contemporains qui partageaient ses vues ont fait tout ce qui était humainement possible pour la chute du capitalisme, et la révolution mondiale, quand on est simplement une individualité. Ils auraient vécu dix vies, ils l’auraient refait dix fois. Mais Marx n’est rien à l’Histoire. Les reproches que lui font notre époque ne sont pas illégitimes, mais ils sont théoriquement erronés. Ni Karl Marx ni personne ne peut vous produire la révolution, parce que la révolution ne se décide pas subjectivement chez l’individu. Elle éclate objectivement dans les masses, quand les conditions sont en place. Et les progrès qu’elle entraîne émergent par bonds, ce qui n’exclut en rien les interminables phases, d’ailleurs non-cycliques, de reflux… Au regard de l’Histoire, absolument aucune révolution ne fut une «erreur». Simplement, elles subirent toutes un type ou un autre de régression.

Arrivons-en maintenant au coeur de la durable question révolutionnaire. Que faire? Qu’espérer? Comment abattre cet incroyable ploutocratisme qui réunit le budget d’états entiers dans les mains de quelques nababs? Si, conséquents dans nos pulsions velléitaires, nous posons la question à l’échelle de nos vies individuelles, cela n’ira pas bien loin. Le capitalisme émerge au cœur de la société féodale aux environs de 1200. Nous sommes maintenant en 2010-2020. Croyez-vous vraiment qu’il lui reste un autre huit-cent ans d’existence? Moi pas. Je dis: soixante-dix, cent, tout au plus. Maintenant comment contre-attaquer? Eh bien, je vais répondre à la Marx, et non à la façon de ces enfleurs d’individus que furent jadis les suppôts de l’anarchiste Bakounine (car l’Anarchisme n’est pas l’anarchie, comme le Rationalisme n’est pas la Rationalité, je vous en passe mon papier). Une recherche volontariste et spéculative ne nous mènera qu’au désespoir. Il faut partir de la contre-attaque qui est déjà objectivement en action au sein du mouvement historique lui-même, observable, sinon observée. La réponse que nous inspire toujours Marx est donc que, quoi qu’on en dise, les forces destructrices du capitalisme se développent aussi prodigieusement. Les masses sont plus instruites, plus informées, plus méfiantes à l’égard de la propagande des grands, plus aptes à échanger leurs vues mondialement. Les femmes, les peuples non-occidentaux, même les enfants, détiennent en notre temps un statut et une audience historiquement inégalés. Le monde s’unifie. Le caractère collectif de la production s’intensifie. La baisse tendancielle du taux de profit continue, s’accélère. Le grand capital, d’allure si hussarde, est en fait aux abois. Mettons-nous un peu à sa place! Malgré le fait qu’il est, en ce moment, le seul joueur sur le terrain, il accumule les bévues, les crimes, les malversations à grande échelle, les milliards de créances douteuses, les guerres sectorielles absurdes, les plans sociaux FMI irréalisables. Il jette des états entiers dans le marasme. Il spolie de facto sa propre prospérité. Car le capitalisme n’a plus d’ennemi subjectif contre lequel il peut mobiliser les masses. Plus d’«alternative», plus d’ «état socialiste». Les «terroristes» qu’il se fabrique en vase clos ne tiennent pas la route historique. Le capitalisme ne peut tout simplement plus affecter de lutter contre quelque hydre imaginaire. La catastrophe actuelle, c’est son produit intégral. Le seul vrai ennemi qu’il reste au capitalisme, c’est son ennemi objectif: lui-même, dans son propre autodéploiement. Maintenant, prenons ces masses instruites, éclairées, organisées. Ces masses dont on ne peut plus faire de la chair à canon pour guerre mondiale. Ces masses cyniques, réalistes, dévoyées, qui méprisent copieusement leur employeur, leur maire, leur président, et la totalité des institutions de la société civile à un degré inouï, jamais atteint dans l’histoire moderne. Prenons ces masses rendues sans foi et sans pitié, sans naïveté et sans espoir, par la logique même qui émane des conditions nivelantes de l’économie marchande. Faisons-leur alors subir un effondrement économique planétaire. Un Krash de 1929 à la puissance mille, comme celui qui percole en ce moment. Elles vont s’organiser dans la direction révolutionnaire en un temps, ma foi, très bref, même à l’échelle historique, ces masses planétaires nouvelles…

Maintenant, la seule chose que l’on peut dire avec certitude de ces révolutions de l’avenir, c’est qu’elle ne seront pas «marxistes». Le marxisme, comme cadre révolutionnaire, a vécu. Il ne sortira pas plus du vingtième siècle, que la pauvre petite personne de Marx ne sortit du dix-neuvième. Et c’est justement parce que les révolutions de l’avenir ne seront pas marxistes, qu’elles… le seront plus profondément que jamais dans l’Histoire… Alors, ceci dit et bien dit, les révolutions du futur mèneront-elles à l’anarchie? Bien, il faut quand même faire observer qu’il y a sur le terme anarchie, dans la culture vernaculaire actuelle, ce que l’on pourrait appeler une équivoque. Vite, bien trop vite, le terme est devenu le synonyme trivial de chaos politique, de mise à feu et à sang, de foutoir remuant et indescriptible, de bordel sans horizon, etc. Ce sens vulgaire d’anarchie est exploité couramment et sert même de principal argument contre ceux se réclamant de l’anarchie (ou même de l’Anarchisme) comme doctrine politique. Par exemple, en 1920, lors de son procès, Nicola Sacco a tenté d’expliquer à son jury les principes et les fondements de ce qu’il entendait par anarchie. Simultanément, le procureur faisait circuler parmi les jurés des photos de voitures incendiées, de coups de mains divers dus à des anarchistes. Exploitation de l’équivoque… Sacco et Vanzetti furent condamnés sans avoir été vraiment compris. Et pourtant, un graffiti en noir charbon sur le pont Le Gardeur de Repentigny disait autrefois, en renouant avec l’idée que cherchait à faire passer Sacco: L’anarchie n’est pas le chaos mais la responsabilité. L’absence d’instances directrices (le sens premier d’anarchie c’est simplement cela: «absence d’instances directrices») impliquerait effectivement une très grande prise de responsabilités individuelles et collectives, si…

Risquons un exemple: celui de la cafétéria ordinaire d’une entreprise quelconque. Si on isole la cafétéria de notre boîte de l’ensemble de la société civile dont elle fait partie, si on en fait –fictivement, il va sans dire – un système clos, il y a là anarchie. Bien sûr tout est en ordre, des gens mangent, d’autres servent les plats, d’autres nettoient les plateaux. On vaque. Chacun est à sa tâche. Mais il n’y a PAS d’instance directrice (surveillant, policier, etc). Chacun voit à son affaire. Or, l’autre fois, une bagarre a éclaté dans la cafétéria méconnue d’une grande ville anonyme entre un petit moustachu nerveux et un grand escogriffe les cheveux coiffés en crête de coq. Comment a réagit l’anarchie face à cet événement chaotique? L’absence d’instances autoritaires ou de leurs représentants a fait que nos deux gogos ont pu se tapocher bien à leur aise pendant une bonne cinquantaine de secondes. Toute la salle les regardait faire, l’un dans l’autre assez sereinement. Les nettoyeurs de plateaux ont même interrompu leur travail et se sont adossés au fond de la salle, bras croisés, pour contempler le percutant tableau. Mais rapidement, les gens assis non loin des deux ardents pugilistes ont senti leur stabilité existentielle pour le moins compromise. Les tables tremblaient. Les carafes risquaient de se renverser. On approchait le désagrément plus généralisé. Tant et tant que trois ou quatre individus se sont levés spontanément, calmement, sans raideur. Un solide gaillard du cru a immobilisé l’escogriffe à la crête de coq sans violence. Les autres ont éloigné le petit moustachu, l’ont fait s’assoir plus loin, ne l’ont pas bousculé, ni sermonné. Ça s’est calmé, sous une nouvelle surveillance implicite, collective, décontracte et temporaire… Scène banale, fréquente. Moment ordinaire parlant. L’anarchie n’est pas le chaos mais la responsabilité.

Pour sûr, vouloir instaurer l’absence d’instances directrices d’un seul coup d’un seul, ce serait comme couper le courant la nuit à New York (en 1977, sinon en 2003…). Mais pourquoi, sinon parce que la société civile est comme un chien rageur attaché à une lourde chaine. Il y a longtemps pourtant qu’existe le remède contre la rage… il faudrait peut-être un peu inspecter, suspecter et questionner… la chaine. Et de le faire, collectivement, magistralement, mondialement, ce sera peut-être elle, la vraie révolution qui, inexorablement, s’en vient…

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Paru aussi (en version légèrement modifiée) dans Les 7 du Québec

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13 Réponses to “L’anarchie est-elle possible?”

  1. Pete said

    L’anarchie n’est pas le chaos mais passe par celui du mode de pensée. Faire fi de tout ce qui nous a été inculqué depuis des millénaires. Cesser de croire qu’amasser des richesses permet de reculer le moment ou personne ne pensera plus à vous. Penser à l’autre, au respect de ses libertés. Raisonner pour tous, oublier l’individualisme. Rompre une fois pour toute cette maudite chaine…

    Le monde part en vrille, la faillite de la pensée individualiste est en marche. La politique de partis est en déliquescence. Le réveil sera très difficile mais comptons sur les politiques pour nous endormir, nous intoxiquer, user jusqu’à la corde la confiance que nous leurs portons. Ils engendreront déceptions, haines, violence et révoltes mais gare, une fois de plus, aux récupération de tous bords…

    La responsabilité de l’individu, son positionnement vis à vis de l’autre, le respect et l’altruisme. S’élever non pas seul, mais avec l’ensemble du groupe, sans compétition mais simplement habité par l’ambition du bonheur de tous d’où découle nécessairement le bien être individuel…

    Le monde tel qu’il est se dirige droit vers le chaos qu’il prête à l’anarchie, l’anarchiste lui regarde au delà des partis, des asservissements, des allégeances et attend, répandant autour de lui les germes d’une pensée nouvelle. Et, quand il le peut, s’attaque à la chaine, inlassablement; que la rupture arrive…

  2. Romu said

    Hésitant entre communisme et anarchisme (dur de vraiment se dire de tel bord quand on a pas un réel exemple parfait sous les yeux pour attester de la véracité de la chose), je me demande tout de même si, psychologiquement, l’homme peut vivre en anarchie. Si c’est vraiment la société telle qu’elle est actuellement qui depuis la naissance conditionne l’homme et pousse certains à l’individualisme et au délit/crime (ce que je crois), alors l’anarchisme semble envisageable; mais au temps des premières sociétés, les hommes ne vivaient-ils pas en anarchie? (je ne suis pas anthropologue mais c’est la vision qu’on imagine instinctivement; ou alors y a t-il eu de tout temps en toute tribu du monde un « Chef »?)

    Je n’ai pas eu encore le temps de lire des ouvrages sur le sujet, si vous en avez des constructifs? Le terme d’anarchie doit en effet être réactualisé (tout comme le communisme), car les gens ont une vision trop étroite de ces 2 sujets, pensant de suite, pour le premier, comme vous l’expliquez bien au chaos, et au deuxième à la bureaucratie dictatoriale… Mais le chemin sera en effet long avant que la société s’anarchise, et vu l’état actuel du « monde » il est dur d’être optimiste …

    • Docteur Ska said

      Dans La société contre l’État, l’anthropologue Pierre Clastres étudie le rôle du chef dans les sociétés indiennes d’amérique.

      Pour résumer: le chef n’a aucun pouvoir, il représente le pouvoir politique mais il est rejeté à l’extérieur de la société. C’est en effet le meilleur moyen de rendre impuissante la tentation du pouvoir politique.

      Quelques éléments intéressants dans ce bouquin… Par exemple, le chef a le privilège du discours: la parole s’oppose à la violence, et en réservant la parole au chef (même sans écouter ce qu’il dit), on maintient le pouvoir à l’extérieur de la violence coercitive.

      Donc en gros on peut avoir une société avec un chef, mais sans pouvoir politique coercitif (sauf en cas de guerre, j’ai oublié de préciser). Et si tu veux mon humble avis, il existe une infinité de sociétés possibles. Tout est affaire d’éducation.

      Ça aide?

    • Fati said

      Voir ceci, sur le peuple Nuer:

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Nuer_(peuple)#Les_travaux_d.27Evans-Pritchard

      Utile pour la réflexion…

  3. Pete said

    Anarchisme et communisme furent longtemps liés (Cf: Pourquoi sommes nous anarchistes, d’Elisée Reclus, http://increvablesanarchistes.org/articles/avan1914/1889reclus_anarchiste.htm ). C’est le refus de la doctrine qui induit la scission entre les deux. L’anarchiste n’est pas doctrinaire, adhérer à la doctrine, quelle quelle soit, c’est déjà l’asservissement.

    Quelques ouvrages, Hum…? Si vous habitez Paris, rendez vous à la librairie Publico, 145 rue Amelot, Paris 11°. http://www.librairie-publico.com/

    Sinon, le site de la fédération anarchiste: http://www.federation-anarchiste.org/

    Et pour ce qui concerne les archives, increvables anarchistes: http://increvablesanarchistes.org/index.htm

    J’espère que vous trouverez là de quoi vous éclairer.

  4. Pete said

    Précision de dernière minute ainsi que mes excuses à ysengrimus pour accaparer ses coms…

    Salon du livre libertaire, 31 mai- 1er juin 2008, entrée à prix libre…

    Pour en savoir plus: http://rl.federation-anarchiste.org/

    @ bientôt et merci pour vos articles.

  5. Gébé said

    Il y a un directeur de cafétéria. Il y a un chef cuisinier. Il y a un « superviseur » qui donne les directives aux employés et forme les nouveaux employés à ces directives. La responsabilité est envers quelque-chose de « conventionel ». Une convention sociale d’honneur et de « savoir vivre » transmise par l’éducation aurait fait ces deux personnes, pourtant en « désaccord », s’accorder à un duel (mortel ou pas) dans un endroit « convenu » et « convenable ».

    Les États policiers maintiennent une société qui a perdu toute responsabilité et convention commune. Il n’y a plus d’éducation, que de l’instruction. Les directives sont extérieures et arbitraires. Il n’y a plus de culture. La culture c’est l’État. Un État policier s’impose par la destruction de la culture nationale et des conventions issues de cette culture.

  6. Glandeur said

    « Vite, bien trop vite, le terme est devenu le synonyme trivial de chaos politique, de mise à feu et a sang, de foutoir remuant et indescriptible, de bordel sans horizon, etc. »

    Il me semblait pourtant que le mot anarchie existait bien avant l’apparition des anarchistes, qu’il n’avait été utilisé jusqu’à la fin du XVIIIe siècle que comme un terme péjoratif, et que c’est Proudhon qui, le premier, l’a brandi et lui a donné une valeur politique.

  7. libravida said

    Très intéressant cet article. Il m’a rappelé ceci:

    http://www.panarchy.org/bellegarrigue/manifesto.html#Anchor

    « L’anarchie, c’est l’ordre (…) »

  8. Lien vers cet article du Carnet d’Ysengrimus. L’Anarchie est-elle possible?.

  9. fernand said

    Oui, d’abord en détruisant ce qui ne va pas dans ce système « démocratique », il faut passer par la violence je pense, détruire les marchands maléfiques, les assurances, les agences immobilières, les opérateurs téléphoniques (à part Free peut-être), les autos-écoles, les banques… et certains métiers comme huissier, policier … abolir la propriété de la terre par l’argent et les lois qui empêchent de construire une maison soi-même et où on veut.

    Pour ça faudrait se réunir…

  10. Sylvain Guillemette said

    «Ces masses dont on ne peut plus faire de la chair à canon pour guerre mondiale.» Faux, archi faux. Les recrues débordent dans plusieurs pays, les centres de recrutement. D’ailleurs, on a qu’à regarder les jihadistes qui n’hésitent pas à partir par milliers de toute l’Afrique pour aller chasser un «symbole» en Syrie. La chair à canon, même les Allemands de 1939 ne la croyaient plus possible.

    «Ces masses cyniques, réalistes, dévoyées, qui méprisent copieusement leur employeur, leur maire, leur président, et la totalité des institutions de la société civile à un degré inouï, jamais atteint dans l’histoire moderne.» C’est un cynisme entretenu qui n’a rien de révolutionnaire en soi, si les raisons de ce cynisme ne sont pas établies. «Sans programme révolutionnaire, pas de révolution» disait Lénine avec raison.

    «Elles vont s’organiser dans la direction révolutionnaire.» Sans programme révolutionnaire et connaissance des classes -que quiconque ici ne peut infirmer-, de leurs intérêts, celles-ci ne s’organiseront jamais. D’ailleurs, même les mouvements spontanés (je donne l’exemple de Occupy Wall Street) ont tenus lors de leurs réunions, à des principes écrits, établis entre eux. Ils se sont donné un programme en quelques heures, comme on l’a fait à Montréal au Square Victoria. Et si elles s’organisent, ces masses, c’est qu’elles se donnent un minimum d’«État», pour faire appliquer les décisions prises par la majorité, pour les intérêts de cette majorité (il doit y avoir une classe ici, où les intérêts coïncident).

    «Maintenant, la seule chose que l’on peut dire avec certitude de ces révolutions de l’avenir, c’est qu’elle ne seront pas «marxistes». Le marxisme, comme cadre révolutionnaire, a vécu.» Le marxisme est encore présent dans nos vies de tous les jours, car le marxisme n’est en fait qu’une méthode d’observation que l’on retrouve d’ailleurs dans les protocoles médicaux, les recherches scientifiques, etc.. Il n’est vraiment pas à veille de mourir, le marxisme. L’auteur n’a soit rien compris du marxisme, ou l’a pris pour un courant de pensée «socialiste», qui n’a en fait aucun lien avec le dit marxisme. En fait, de nos jours, il y a toutes les raisons pour que le marxisme demeure d’actualité. Les classes se sont rendues évidentes, on ne peut plus les nier. Leurs intérêts également. En cela, la méthode d’observation marxiste ne peut qu’amener les prolétaires vers une connivence d’intérêts, vers ceux de leur classe respective, tout comme les patrons se lient vers des conseils du patronat, chambres de commerce, etc..

    «L’absence d’instances directrices (le sens premier d’anarchie c’est simplement cela: «absence d’instances directrices»).» Le problème avec l’anarchie, c’est qu’elle ne met pas fin aux classes, elle ne les dissout pas. Alors bref, les intérêts respectifs à chacune des classes de notre société s’affrontent et les alliances ont lieu naturellement. Bref, des groupes, même sans un État, pourraient tout à fait se lier de contrats secrets, rien ne les empêcherait de le faire et la boucle continuerait…

    «Mais rapidement, les gens assis non loin des deux ardents pugilistes ont senti leur stabilité existentielle pour le moins compromise. Les tables tremblaient. Les carafes risquaient de se renverser. On approchait le désagrément plus généralisé. Tant et tant que trois ou quatre individus se sont levés spontanément, calmement, sans raideur.» Ça adonne bien, mais ce n’est pas ça qui fera disparaître les groupes et l’histoire aurait pu se terminer bien autrement. Ils auraient pu lyncher les deux types, un seul des deux types, etc… Ce n’est pas la «nature humaine» qui a ramené l’ordre sans instance, c’est un adon. L’anarchie ou un régime libertarien aurait en réalité besoin d’un État pour faire appliquer ce qui existe et ce qui continuera d’exister dans le siècle présent, soit les intérêts de divers groupes d’intérêts, dont les classes laborieuses et exploitantes. Bref, l’anarchie repose sur des suppositions, alors que le marxisme repose sur de l’observation et qu’il n’est qu’une méthode d’analyse. Et je n’ai vraiment aucune impression que nous sommes à la veille de voir des prolétaires, faire fi de ce qu’ils sont. Du moins, tant que je serai vivant, je n’embrasserai pas «mon exploitant» et je n’inviterai pas mes camarades de classes à le faire non plus, au contraire. Bien beau l’anarchie, mais la réalité, c’est qu’il y aurait un État bien réel, il deviendrait vite indispensable. D’ailleurs, c’est ça, le communisme. C’est le chemin abouti. C’est où l’État devient dispensable, au profit des comités populaires dont les élus seraient révocables en tout temps. Le Communisme partage le même objectif, soit de rendre les masses aptes à se gérer elles-mêmes, sans passer par des parasites. Le chemin pour s’y rendre? Le socialisme dit-on.

    Sinon, oui, pour l’éveil des masses, on sent un changement, à cause d’internet évidemment, qui ne sert pas que les intérêts de la minorité parasitaire. Cela dit, je suis persuadé que bien des nations se croyaient au-dessus de la descente aux enfers, de cette chute brutale vers le militarisme, vers un nationalisme chauvin, voire impérialiste.

    [Très intéressante analyse critique – Ysengrimus]

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