Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Archive for 9 mai 2008

De l’univers cosmique global à l’univers humain concret

Posted by Ysengrimus sur 9 mai 2008

Un univers global qu’on ne peut appréhender qu’indirectement...

Un univers global qu’on ne peut appréhender qu’indirectement…

.

En matière de non-création de l’univers, je suis MATÉRIALISTE. Une riche et complexe masse matérielle en mouvement permanent engendre la vie organique inférieure, puis la vie organique supérieure, puis la vie pensante. L’univers matériel est donc incréé. Il ne commence nulle part et ne finit nulle part, juste comme la ligne du temps vers le passé et le futur. L’infinité de l’univers exige qu’il soit incréé. La création est un mythe de l’irrationalité religieuse anthropomorphisante. Il faut faire l’effort de rationalité de se libérer de cette chimère myope. Les seuls univers parallèles que je connaisse sont ceux de la pensée abstraite. Je les esquinte ici d’office non pas à cause de leur parallélisme avec l’univers effectif, mais à cause du fait navrant qu’ils ne le touchent soi-disant jamais et prétendent en être autonomes. Le seul univers parallèle qui se vaille est en fait perpendiculaire! Mental et imaginaire, il coupe le nôtre, ne s’en sépare donc pas complètement, en émane et en fait donc, finalement, fondamentalement partie. L’être humain apparaît dans l’univers et disparaîtra. Mais il est doté d’une aptitude particulière face à la réalité matérielle. Il peut la détourner, la distordre, la distendre pour l’assimiler et la mettre à son service concret et pratique. Cela commence quand notre lointain ancêtre s’approprie l’outil, le pâturage puis l’agriculture, et cela se poursuit avec la locomotive, le haut fourneau, la télégraphie, l’électricité, l’internet. Un primate qui produit et reproduit la complexe structure de ses propres conditions matérielles d’existence, tant et tant qu’il en devient historicisé, ne s’arrête pas facilement de fureter et de papoter… Ce qui, chez nos ancêtres, n’était que grégarisme, devient, chez nous, ensemble crucial de rapports sociaux, nous déterminant si profondément que finalement l’humain EST l’ensemble des rapports sociaux spécifiques s’entrecroisant en nous en une phase historique donnée. Dans l’univers humain, celui du développement historique, tout arrive en son temps, sans «faute». Il n’y a jamais de retards absolus en histoire, mais il y a toujours des retards corrélés. Une peuplade se battant encore à la sagaie souffre un retard par rapport à un peuple voisin se battant à l’arc. Ce dernier retarde tout autant ou plus devant une phalange d’arbalétriers. Naturellement, certains retards historiques sont plus déterminants que d’autres. Ainsi, dans le mouvement global de l’émergence du capitalisme, la France et l’Espagne sont entrées dans la révolution industrielle en retard par rapport à l’Angleterre malgré le fait que l’Angleterre est entrée en phase coloniale en retard par rapport à la France et à l’Espagne. Le premier retard est économiquement plus déterminant que le second, comme le déploiement historique l’a ultérieurement démontré. Certaines avancées politiques et militaires cachent parfois des retards économiques profonds et vice-versa. Le Bonapartisme et le Stalinisme sont de bons exemples d’un retard économique temporairement masqué par une illusoire surchauffe politico-militaire. Il faut indubitablement admettre que l’histoire se développe par poussées inégales. Il n’y a pas là quelque jugement moral abstrait sur les peuples, mais simplement un fait politico-économique qu’il faut toujours prendre le temps de décrire et ne jamais perdre son temps à justifier, car quiconque y voit le moindre démérite est un petit propagandiste de feuille d’opinion. Pour atteindre le palier suivant, le travailleur devra jouir pleinement du fruit de son travail sans qu’une autre classe l’opprime et détourne son activité productive contre lui. Il faut qu’il soit réclamé de chacun selon ce qu’il peut donner, et qu’il soit donné à chacun selon ses besoins réels. L’homme et la femme doivent s’attendre à ce minimum de justice dans le cadre de leur univers concret, mais cette attente est inévitablement active, car l’homme et la femme devront obtenir ce rajustement des valeurs de leur vie, par la lutte. L’être humain n’est pas libre. Il est le résultat infime de l’action de forces historiques gigantesques. Une classe sociale peut se libérer d’une autre, mais l’être humain ne se libérera pas de ses déterminismes. Il les transformera simplement en d’autres déterminismes. C’est en agissant volontairement sur cet univers historique concret dont il ne sort jamais que l’être humain assure sa position et son action dans un univers global qu’il ne peut appréhender qu’indirectement et sans arrêt.

L’univers concret est Histoire. L’univers global est Nature. Leur point de contact est Environnement.

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

Publicités

Posted in Culture vernaculaire, Environnement, Lutte des classes, Philosophie | Tagué: , , , , , , , , | 11 Comments »

Les révolutions du futur ne seront pas marxistes

Posted by Ysengrimus sur 9 mai 2008

revolution

La « faillite » de l’activité révolutionnaire n’est pas une exclusivité millénariste

Révolution, oui, encore et toujours. La première erreur à ne pas commettre à son sujet c’est de penser que la «faillite» de l’activité révolutionnaire est une exclusivité millénariste. La génération du philosophe et économiste Karl Marx (1818-1883) a vécu dans sa chair et son âme le reflux de la grande euro-révolution de 1848 sous la forme de la spectaculaire et brutale remontée de la réaction de 1850-1852. La Commune de Paris (1870-1871), grand espoir révolutionnaire du dix-neuvième siècle s’il en fut, s’est enlisée dans le bourbier sanglant de la germanophilie versaillaise. On peut aussi citer la massive poussée du ci-devant social-chauvinisme qui précéda l’incroyable boucherie de 1914-1918. République de Weimar, Russie des Soviets, Chine, Kampuchea démocratique, Iran (la première grande révolution historique post-marxiste). La «liste de faillite» des phases révolutionnaires serait tout simplement trop longue à énumérer. Donc, essayons de ne pas hypertrophier la conjoncture présente sous prétexte qu’elle s’impose à nous, plutôt qu’à nos aïeux. Voyons le tableau comme une série de poussées dans la vaste crise du capitalisme industriel mondial. Il n’y a pas de grand soir. On a plutôt affaire à un ample mouvement par phases, qui nous dépasse comme individus, comme c’est inévitablement le cas pour tout développement historique.

Avant de commenter sur ce qu’il faut espérer des révolutions à venir, un mot sur notre attitude politique ordinaire face à l’héritage «marxiste» toujours en ardente liquidation. Il y a quand même un vice de raisonnement dans notre approche… de la figure historique bannie de Karl Marx. On tend très candidement à imputer à Marx rien de moins que la capacité de faire naître des espoirs de changements sociaux en dictant littéralement ce que sera le déploiement des événements. Une part importante de notre siècle investit encore Marx en démiurge du développement historique selon la doctrine du «Qui sait, peut». Or, même un génie, un Hegel, un Mozart, un Shakespeare ne peut, ne pourra jamais, commander les forces de l’Histoire. Elles sont objectives, collectives, titanesques. Foudroyés dans nos espoirs par le caractère terriblement implacable de cette erreur de fond (de notre fond de liquidation…), on passe alors à la phase suivante, toujours aussi clairement. On érige d’office Marx en thaumaturge qui a raté, qui a serré le tsarevich contre son sein mais n’a pu lui éviter la mort. Démiurge, thaumaturge, voilà une phantasmagorie bien irrationnelle que l’on perpétue à propos des meneurs révolutionnaires et des figures politiques en général, de Marx en particulier. Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous ne nous faisons pas une image très «marxiste» de Marx et de ses semblables. Nous sommes en cela de fort conséquents anarchistes. En effet, l’Anarchisme, au plan théorique, hypertrophie l’individu, ici, le Sujet, le Meneur, le Chef. Or, comme ce démiurge imaginaire a failli, comme ce thaumaturge de fantaisie a raté, nous exprimons alors notre déception, comme le parterre, privé de la chute de la comédie, le soir de la mort de Molière. Par là, nous canalisons cette cuisante douleur qui est celle des éléments sociaux progressistes, subversifs, remuants, tenus en laisse. Marx et les contemporains qui partageaient ses vues ont fait tout ce qui était humainement possible pour la chute du capitalisme, et la révolution mondiale, quand on est simplement une individualité. Ils auraient vécu dix vies, ils l’auraient refait dix fois. Mais Marx n’est rien à l’Histoire. Les reproches que lui font notre époque ne sont pas illégitimes, mais ils sont théoriquement erronés. Ni Karl Marx ni personne ne peut vous produire la révolution, parce que la révolution ne se décide pas subjectivement chez l’individu. Elle éclate objectivement dans les masses, quand les conditions sont en place. Et les progrès qu’elle entraîne émergent par bonds, ce qui n’exclut en rien les interminables phases, d’ailleurs non-cycliques, de reflux… Au regard de l’Histoire, absolument aucune révolution ne fut une «erreur». Simplement, elles subirent toutes un type ou un autre de régression.

Arrivons-en maintenant au coeur de la durable question révolutionnaire. Que faire? Qu’espérer? Comment abattre cet incroyable ploutocratisme qui réunit le budget d’états entiers dans les mains de quelques nababs? Si, conséquents dans nos pulsions velléitaires, nous posons la question à l’échelle de nos vies individuelles, cela n’ira pas bien loin. Le capitalisme émerge au coeur de la société féodale aux environs de 1200. Nous sommes maintenant en 2010. Croyez-vous vraiment qu’il lui reste un autre 800 ans d’existence? Moi pas. Je dis: 70, 100, tout au plus. Maintenant comment contre-attaquer? Eh bien, je vais répondre à la Marx, et non à la facon de ces enfleurs d’individus que furent jadis les suppôts de Bakounine. Une recherche volontariste et spéculative ne nous mènera qu’au désespoir. Il faut partir de la contre-attaque qui est déjà objectivement en action au sein du mouvement historique lui-même, observable, sinon observée. La réponse que nous inspire toujours Marx est donc que, quoi qu’on en dise, les forces destructrices du capitalisme se développent aussi prodigieusement. Les masses sont plus instruites, plus informées, plus méfiantes à l’égard de la propagande des grands, plus aptes à échanger leurs vues mondialement. Les femmes, les peuples non-occidentaux, même les enfants, détiennent en notre temps un statut et une audience historiquement inégalés. Le monde s’unifie. Le caractère collectif de la production s’intensifie. La baisse tendancielle du taux de profit continue, s’accélère. Le grand capital, d’allure si hussarde, est en fait aux abois. Mettons-nous un peu à sa place! Malgré le fait qu’il est, en ce moment, le seul joueur sur le terrain, il accumule les bévues, les crimes, les malversations à grande échelle, les milliards de créances douteuses, les guerres sectorielles absurdes, les plans sociaux FMI irréalisables. Il jette des états entiers dans le marasme. Il spolie de facto sa propre prospérité. Car le capitalisme n’a plus d’ennemi subjectif contre lequel il peut mobiliser les masses. Plus d’«alternative», plus d’ «état socialiste». Les «terroristes» qu’il se fabrique en vase clos ne tiennent pas la route historique. Le capitalisme ne peut tout simplement plus affecter de lutter contre quelque hydre imaginaire. La catastrophe actuelle, c’est son produit intégral. Le seul vrai ennemi qu’il reste au capitalisme, c’est son ennemi objectif: lui-même, dans son propre autodéploiement. Maintenant, prenons ces masses instruites, éclairées, organisées. Ces masses dont on ne peut plus faire de la chair à canon pour guerre mondiale. Ces masses cyniques, réalistes, dévoyées, qui méprisent copieusement leur employeur, leur maire, leur président, et la totalité des institutions de la société civile à un degré inouï, jamais atteint dans l’histoire moderne. Prenons ces masses rendues sans foi et sans pitié, sans naïveté et sans espoir, par la logique même qui émane des conditions nivelantes de l’économie marchande. Faisons-leur alors subir un effondrement économique planétaire. Un Krash de 1929 à la puissance mille, comme celui qui percole en ce moment. Elles vont s’organiser dans la direction révolutionnaire en un temps, ma foi, très bref, même à l’échelle historique, ces masses planétaires nouvelles…

Maintenant, la seule chose que l’on peut dire avec certitude de ces révolutions de l’avenir, c’est qu’elle ne seront pas «marxistes». Le marxisme, comme cadre révolutionnaire, a vécu. Il ne sortira pas plus du vingtième siècle, que la pauvre petite personne de Marx ne sortit du dix-neuvième. Et c’est justement parce que les révolutions de l’avenir ne seront pas marxistes, qu’elles… le seront plus profondément que jamais dans l’Histoire…

.
.
.

Paru aussi (en version amplifiée) dans Les 7 du Québec

.
.
.

Posted in Lutte des classes, Monde, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , | 6 Comments »