Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Le capitalisme se déploie sur une sphère finie…

Posted by Ysengrimus sur 1 mai 2008

Le capitalisme se love sur la planète entière, mais en même temps il s’étrangle impitoyablement avec ses propres circonvolutions.

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Ah, il y a du brasse camarade dans l’économie-monde… Il fut un temps où les disparités de modes de production étaient beaucoup plus accusées qu’aujourd’hui, seulement en Europe. La notion de «tiers monde» était jadis économiquement quasi-inexistante. Je n’en finirais pas d’énumérer les problèmes posés par ce fichu de nouveau siècle. Le moteur du mouvement social réside bel et bien toujours dans les possibilités d’extorsion du surtravail. Or, les pays que nos journaux appellent du «tiers» et du «quart» monde sont aujourd’hui les grandes sources de plus-value effectivement productive. Les économies occidentales sont, en notre temps, à 75% post-industrielles (services et bureaucratie, principalement). Ainsi, un stylos à bille produit au Honduras coûte infiniment moins cher en reviens que le même stylo à bille produit en France ou en Allemagne. Les coûts de frais sociaux sont inexistants dans le premier cas. L’assiette de plus-value produite par le prolétaire non-occidental n’a donc que le capitaliste comme convive à convoquer. Il n’y a plus à la partager avec le col blanc occidental, sous forme de charges sociales, et de cette kyrielle de frais divers qui font du Nord-Ouest un oasis illusoire. Cette situation de disponibilité internationale de surtravail frais et bon marché suscite une véritable exportation du moteur de production vers les zones plus précairement prolétarisées. Nous évoluons désormais dans un dispositif où le travailleur occidental s’est historiquement donné une protection sociale mais a laissé la bourgeoisie aux commandes. La conséquence en est qu’il fonctionne comme une sorte de rentier social, d’aristocrate ouvrier. Mais l’aristocrate dépend de sa terre nationale! Si celle-ci tombe en friche, c’est sa rente qui s’effiloche. Ici c’est la bourgeoisie aux abois qui rouille le blé de l’aristocrate ouvrier! Car, ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’expatrier le moteur de production, c’est aussi expatrier le moteur de consommation, car ce sont là les deux facettes dialectiques du même jeton. Chercher de nouvelles sources de plus-value, c’est expatrier la production. Et expatrier la production, c’est expatrier le marché. Dans les derniers trente ans, le pouvoir d’achat des masses prolétariennes indonésiennes, chinoises ou guatémaltèques a, en proportion, beaucoup plus augmenté que celui des masses françaises, états-uniennes ou allemandes. Le marché devient donc international au sens fort, et les entreprises domestiques produisent et trouvent le marché là où il se produit et se trouve. L’internationalisation du marché n’est donc pas la conséquence du tassement de la production domestique, mais sa cause. Moins de plus-value domestique, moins de pouvoir d’achat domestique. Moins de pouvoir d’achat domestique, tassement du marché domestique. Voir cela comme une stratégie voulue des patrons c’est dès lors basculer dans une interprétation volontariste de type militantisme vulgaire. Cet état de fait économique s’impose au patron occidental autant qu’au travailleur occidental. La dynamique de concurrence pousse implacablement toute la machine dans le bourbier tiers-mondiste. Et ainsi, le ci-devant «libre échange» est lui aussi consécutif plutôt que causal. Les cris de nos libre-échangistes c’est le ululement de la chouette de Minerve, quand tout est joué et quand la nuit de la mondialisation est tombée. Qui va en profiter? Ah, ah. Voilà le beau merdier! Extirper la productivité des secteurs avancés, balisés socialement, pour la nicher dans des pays arriérés, semi-coloniaux, à régimes dictatoriaux et «bananiers», pour reprendre une image d’une autre époque qui dit bien ce qu’elle a à dire, donne une illusoire et courte impression de levée fraîche de profits rapides. En fait la régression (notez ce mot!) sur les zones à capitalisme sauvage aura à moyen et long terme les effets qu’ont eu le capitalisme sauvage: désorganisation de la production, dérapage social, paupérisation à outrance, émeutes de la faim, spéculation sans balises menant à des crash boursiers, dans des pays pauvres mais dont le sort semble soudain rayonner sur le monde. La Thaïlande, la Russie, l’Inde, la Chine et le Brésil en témoignent. Le capitalisme étire son sursis, mais tout cela revient à la fameuse baisse tendancielle du taux de profit. Elle se poursuit, inexorable, et les profits absolus ne doivent pas faire illusion quand au caractère déterminant de cette loi. Le capitalisme se love sur la planète entière, mais en même temps il s’étrangle impitoyablement avec ses propres circonvolutions. Il va se trouver coincé entre l’aristocratie ouvrière occidentale qui va se mettre à s’agiter pour ne pas perdre ses privilèges, et le prolétariat des nouvelles zones, productives industriellement mais arriérées politiquement, qui va se mettre à s’agiter pour acquérir les siens. On n’a pas fini de voir s’ébranler le monde. Mais cette fois-ci, le capitalisme ne trouvera plus un «quint» ou un «sixte» monde pour se réactiver, la planète étant, l’un dans l’autre, une sphère finie.

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5 Réponses to “Le capitalisme se déploie sur une sphère finie…”

  1. Carl Bourque said

    Bravo Ysengrimus !
    Très belle réflexion.

    Carbo43

  2. Cadman said

    La compagnie (internationale) pour laquelle je travaille, demande qu’une partie du travail de chacun des contrats (sauf le nucléaire), se fasse dans les pays émergents. Jadis, nos bureau dans ces pays (Inde, Brésil, Chine…) se nommaient “Low Cost Centers” mais les grands bonzes ont décidé de changer ce terme par “Excellence Centers”… Aussi, il y a quelques années, le bureau de Montréal faisait partie des “Low Cost Centers”.

    Aujourd’hui, le Canada ne fait plus partie de ces “Low Cost/Excellence Centers” car nos salaires, même si “pour le moment” ils sont moindres qu’aux USA, ont augmentés par rapport aux Chinois, Indiens, Brésiliens… En fait, ils ont réussi à trouver des gens qui sont contents de travailler au demi de nos salaires. Gildan font faire des tshirts dans ces pays du “fier-monde”, Nike des souliers et des ballons, ma compagnie y fait faire de l’ingénierie. Si c’est bon pour des “gaminets”, ça doit être bon pour des “jobs” d’ingénierie. Après les “sweat-shops”, les “think-shops”!

    Vive la mondialisation… 😦

  3. Bonjour Paul

    Propos fort réfléchis. Un bijou de texte.

    Mais bon sang, l’écrin n’est pas à la hauteur… Je t’ai déjà fait reproche de tes phrases (parfois) trop longues, de tes mots (parfois) trop recherchés.

    Paul, de grâce, sépare ce texte en paragraphes! Crois-moi, tu rendras service à tes idées quand tu sauras les aérer un peu.

    Sans rancune.

    Warren

  4. ysengrimus said

    Warren, la Paix!!! (je te la devais celle là)

    Je prend ostentatoirement acte de tes observations mais vu qu’on ne se refait pas et que les paragraphes d’une phrase me font bailler (quand je lis un texte j’aime à ce qu’il ressemble à de la prose et non à des vers libres…), ne te tiens pas sur une patte jusqu’à ce que cela se fasse…

    Voilà…

    Sans agrume, euh Bethune, euh Us & Coutumes…

  5. Mistral Simoun said

    Le combat contre le capitalisme sera toujours ardemment évoquée par les aèdes de la lutte des classes.

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