Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Archive for 1 mai 2008

Les poupées mannequins, ce n’est PAS du marketing…

Posted by Ysengrimus sur 1 mai 2008

Aucun marketing au monde ne peut amplifier ou restreindre le rapport séculaire que nous établissons à l'effigie...

Aucun marketing au monde ne peut amplifier ou restreindre le rapport séculaire que nous établissons à l’effigie…

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Il me semble qu’on en donne vraiment beaucoup trop de nos jours au «marketing». Sans trop savoir ce qu’il est exactement, on «le» prend pour le démiurge de la manipulation subconsciente des masses, une sorte de «Big Brother» tentaculaire qui nous ferait faire tout ce qu’il veut. C’est falsificateur au possible. Je suis suffisamment consommateur ordinaire de ma poersonne pour pouvoir observer la règle d’acier suivante: si vous avez un produit de merde, votre campagne marketing n’y fera pas grand chose. Pour bien comprendre mon argument, pensons, par exemple, au film DICK TRACY (1990) avec Warren Beatty et Madonna. Costumes aux couleurs criardes, grosses têtes d’affiches racoleuses, campagnes marketing tapageuses, mondovision tonitruante, film de merde, résultat médiocre au guichet, divorce inexorable entre Warren et Madonna. Point-barre… Plus personne ne se souvient de ce navet. Vous en souvenez-vous, vous? Des exemples similaires de l’incompétence chronique du marketing absolu et sans substance existent par milliers, dans tous les secteurs de production. Le marketing rate bien plus souvent son coup qu’il ne fait mouche. Et surtout: le marketing se fait bien plus souvent prendre par surprise par le produit que le contraire… Maintenant méditons ceci: les poupées-mannequins miniatures existent depuis 1959 et il se vend dans le monde une de ces effigies toutes les deux secondes, le tout avec un marketing compétent et solide, certes, mais sans extravagance particulière… Il n’y pas une campagne marketing qui puisse produire des résultats aussi durables et d’une telle puissance! Jamais. Cela n’existe pas. Le fait est que ce sont les poupées-mannequins qui font vivre leurs agents de marketing, pas le contraire. Tout simplement parce qu’il s’agit là d’un objet bien plus ancien que tous les marketings de la terre. Une petite poupée ado ou adulte, une effigie, un fétiche, un totem… Les extorqueurs qui s’engraissent aux dépens de celles qui aiment et adulent les poupées-mannequins comprennent cela bien mieux que vous et moi et ce, sans cette doctrine candide et non avenue de «marketing». Tout cela remonte à tellement plus loin, au plan de l’Histoire et au plan d’une vie de femme, de jeune fille, de toute petite fille. Aucun marketing au monde ne peut amplifier ou restreindre le rapport séculaire que nous établissons à l’effigie…

Il importe d’ajouter -corrolaire crucial ici- que le temps de la femme-objet pour l’homme, c’est fini. Et même le temps de la femme qui cherche à s’affirmer en singeant l’homme touche à son terme. Nous en arrivons à la femme qui reste elle-même, se maquille, se pomponne, s’amuse avec ses copines, jouit de ses amants et gouverne sa vie. Les nouvelles poupées-mannequins de ce temps sont naturellement centrales dans cette symbolique ludique, parce qu’elles ont la pêche, la dégaine, elles pratiquent absolument tous les sports et embrassent toutes les professions, mais leur maquillage ne se défait jamais, leur talons aiguilles ne s’enfoncent pas dans la boue de la jungle, et la grande tempête historique n’altère en rien leurs tignasses polychromes et indécoiffables. Elles sont donc un rêve. Car c’est un grand rêve de femme ça: tout accomplir sans transiger sur sa jouissance corporelle et ses fantaisies coquettes. Or, le fait est que les poupées-mannequins sont des jouets de petites filles. Ce sont donc les gamines qui décident de leur sort commercial de masse en dernière instance, pas leur père ou quelque vague «Big Brother Marketing» impalpable. Il va donc falloir cesser de crier «marketing» et «femme objet» à chaque fois qu’il s’agit de poupées-mannequins et commencer à comprendre les vrais fantasmes de celles qu’elles amusent depuis des lustres. Nous allons alors faire face à une ou deux surprises, mais nous allons bien finir par arriver à nous débarrasser de nos stéréotypes condescendants et faussement salvateurs sur les femmes et les petites filles… C’est un ajustement indispensable si nous, hommes notamment, voulons approcher adéquatement le monde superbe et terrible de la poupées-mannequin indocile de ces temps passionnels et de sa symbolique effective…

barbie_au_hidjab

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Le capitalisme se déploie sur une sphère finie…

Posted by Ysengrimus sur 1 mai 2008

Le capitalisme se love sur la planète entière, mais en même temps il s’étrangle impitoyablement avec ses propres circonvolutions.

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Ah, il y a du brasse camarade dans l’économie-monde… Il fut un temps où les disparités de modes de production étaient beaucoup plus accusées qu’aujourd’hui, seulement en Europe. La notion de «tiers monde» était jadis économiquement quasi-inexistante. Je n’en finirais pas d’énumérer les problèmes posés par ce fichu de nouveau siècle. Le moteur du mouvement social réside bel et bien toujours dans les possibilités d’extorsion du surtravail. Or, les pays que nos journaux appellent du «tiers» et du «quart» monde sont aujourd’hui les grandes sources de plus-value effectivement productive. Les économies occidentales sont, en notre temps, à 75% post-industrielles (services et bureaucratie, principalement). Ainsi, un stylos à bille produit au Honduras coûte infiniment moins cher en reviens que le même stylo à bille produit en France ou en Allemagne. Les coûts de frais sociaux sont inexistants dans le premier cas. L’assiette de plus-value produite par le prolétaire non-occidental n’a donc que le capitaliste comme convive à convoquer. Il n’y a plus à la partager avec le col blanc occidental, sous forme de charges sociales, et de cette kyrielle de frais divers qui font du Nord-Ouest un oasis illusoire. Cette situation de disponibilité internationale de surtravail frais et bon marché suscite une véritable exportation du moteur de production vers les zones plus précairement prolétarisées. Nous évoluons désormais dans un dispositif où le travailleur occidental s’est historiquement donné une protection sociale mais a laissé la bourgeoisie aux commandes. La conséquence en est qu’il fonctionne comme une sorte de rentier social, d’aristocrate ouvrier. Mais l’aristocrate dépend de sa terre nationale! Si celle-ci tombe en friche, c’est sa rente qui s’effiloche. Ici c’est la bourgeoisie aux abois qui rouille le blé de l’aristocrate ouvrier! Car, ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’expatrier le moteur de production, c’est aussi expatrier le moteur de consommation, car ce sont là les deux facettes dialectiques du même jeton. Chercher de nouvelles sources de plus-value, c’est expatrier la production. Et expatrier la production, c’est expatrier le marché. Dans les derniers trente ans, le pouvoir d’achat des masses prolétariennes indonésiennes, chinoises ou guatémaltèques a, en proportion, beaucoup plus augmenté que celui des masses françaises, états-uniennes ou allemandes. Le marché devient donc international au sens fort, et les entreprises domestiques produisent et trouvent le marché là où il se produit et se trouve. L’internationalisation du marché n’est donc pas la conséquence du tassement de la production domestique, mais sa cause. Moins de plus-value domestique, moins de pouvoir d’achat domestique. Moins de pouvoir d’achat domestique, tassement du marché domestique. Voir cela comme une stratégie voulue des patrons c’est dès lors basculer dans une interprétation volontariste de type militantisme vulgaire. Cet état de fait économique s’impose au patron occidental autant qu’au travailleur occidental. La dynamique de concurrence pousse implacablement toute la machine dans le bourbier tiers-mondiste. Et ainsi, le ci-devant «libre échange» est lui aussi consécutif plutôt que causal. Les cris de nos libre-échangistes c’est le ululement de la chouette de Minerve, quand tout est joué et quand la nuit de la mondialisation est tombée. Qui va en profiter? Ah, ah. Voilà le beau merdier! Extirper la productivité des secteurs avancés, balisés socialement, pour la nicher dans des pays arriérés, semi-coloniaux, à régimes dictatoriaux et «bananiers», pour reprendre une image d’une autre époque qui dit bien ce qu’elle a à dire, donne une illusoire et courte impression de levée fraîche de profits rapides. En fait la régression (notez ce mot!) sur les zones à capitalisme sauvage aura à moyen et long terme les effets qu’ont eu le capitalisme sauvage: désorganisation de la production, dérapage social, paupérisation à outrance, émeutes de la faim, spéculation sans balises menant à des crash boursiers, dans des pays pauvres mais dont le sort semble soudain rayonner sur le monde. La Thaïlande, la Russie, l’Inde, la Chine et le Brésil en témoignent. Le capitalisme étire son sursis, mais tout cela revient à la fameuse baisse tendancielle du taux de profit. Elle se poursuit, inexorable, et les profits absolus ne doivent pas faire illusion quand au caractère déterminant de cette loi. Le capitalisme se love sur la planète entière, mais en même temps il s’étrangle impitoyablement avec ses propres circonvolutions. Il va se trouver coincé entre l’aristocratie ouvrière occidentale qui va se mettre à s’agiter pour ne pas perdre ses privilèges, et le prolétariat des nouvelles zones, productives industriellement mais arriérées politiquement, qui va se mettre à s’agiter pour acquérir les siens. On n’a pas fini de voir s’ébranler le monde. Mais cette fois-ci, le capitalisme ne trouvera plus un «quint» ou un «sixte» monde pour se réactiver, la planète étant, l’un dans l’autre, une sphère finie.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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La fin historique du racisme

Posted by Ysengrimus sur 1 mai 2008

Little Rock, Arkensas, 1957. On ne devient raciste que lorsque la personne de l’autre race est objectivement notre égale.

Little Rock, Arkensas, 1957. On ne devient raciste que si la personne de l’autre race est objectivement notre égale.

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Si le racisme se perpétue longtemps après l’effondrement des conditions objectives de son engendrement, cela s’explique d’une façon claire quoique souvent mécomprise: le racisme sert le capitalisme. Clarifions d’abord une chose: il n’y a pas de racisme dans la société esclavagiste. Vous avez bien lu. Il y a plutôt un phénomène bien pire, dont nous avons tout oublié: la division raciale du travail. L’esclavagisme requiert pour fonctionner efficacement qu’un signe distinctif imparable et inaltérable fasse la différence entre maîtres et esclaves. Certains signes afférents furent utilisés: le fait de marcher à pied plutôt que d’aller à cheval, certains attributs vestimentaires ou capillaires, la marque au fer rouge. Mais un esclave matois peut toujours voler un cheval et altérer son apparence. Tant et tant que le signe distinctif imparable se trouva vite sélectionné: la couleur de la peau. Comme l’or et l’argent supplantèrent vite le sel comme monnaie, la couleur de la peau, signe patent, intégral, inaliénable, inaltérable, imparable, inusable supplanta vite toute autres caractéristiques pour désigner l’esclave. Le culminement de ce phénomène, sa réalisation cardinale, c’est, naturellement, la Confédération Sudiste Américaine qui y accède. Dans une rue d’Atlanta de 1855 on pouvait, d’un seul coup d’oeil, distinguer les maîtres des esclaves. Cela se faisait dans la brutalité la plus absolue et la plus tranquille et de ce fait, sans animosité particulière. Le système social tenait, on n’avait pas à pester contre les races. La ségrégation inhérente à cette division raciale du travail était objective plutôt que subjective, si je puis dire. L’économie agricole reposait sur elle, en vivait. On donnait des ordres aux hommes et aux femmes noirs et on prenait les ordres des hommes et des femmes blancs. Il y avait deux castes distinctes d’êtres humains. Fin du drame. Le dispositif était rodé. Les maîtres étaient condescendants ou brutaux, placides ou cruels, matois ou bêtes, mais ils n’étaient pas spécialement racistes, au sens moderne du terme. Le servage d’occupation des anciennes colonies africaines fonctionnait selon un modus similaire —mais pas identique— de violence tranquille et de puissance foncière bonhomme. Pour des raisons de balance démographique et de fragilité inhérente à toutes les invasions coloniales, nos bons coloniaux rencontraient cependant toutes les contraintes objectives des occupants minoritaires.

Le capitalisme détruit inexorablement le système agricole basé sur l’esclavage et c’est alors, alors seulement, que le racisme apparaît. On ne devient raciste que lorsque la personne de l’autre race est objectivement notre égale. Le racisme est le regret subconscient de la division raciale du travail perdue. Il est une représentation idéologique illusoire et régressante, nostalgique de l’époque où le Noir et l’Arabe n’étaient pas un égal. Le racisme jaillit donc dans une société basée sur la mise en marché nivelante de la force de travail où toutes les races sont désormais intégralement égales face à l’exploitation capitaliste objectivement aveugle aux races. La contradiction est donc que le capitalisme, pour qui ne comptent plus que l’argent et le travail, engendre le racisme, moins en référence aux conditions qu’il met en place qu’aux conditions antérieures de paix sociale ségrégante qu’il détruit. Le Ku Klux Klan dans les Amériques est l’incarnation suprême de ce phénomène de nostalgie du temps où on ne forçait pas le noir et le blanc à s’assoir à la même table. On regrette l’époque «idyllique» où le noir cueillait le coton et ou le blanc le surveillait sereinement les armes à la main. Désormais, capitalisme dixit, les cueilleurs et les surveillants sont de n’importe quelle couleur. Il faut imparablement que l’égalité entre les races et la disparition de la pertinence économique des races soient objectivement instaurées pour que son rejet subjectif régressant, le racisme, se manifeste.

Voyons par exemple les travailleurs et les travailleuses français, toutes origines ethniques confondues. Le capitalisme cultive envers eux, comme envers quiconque, un ensemble de procédures brouillantes et divisantes visant à perpétuer la compétition au sein du prolétariat pour retarder au maximum la mise en place d’une solidarité de classe. L’ensemble grouillant et nauséabond des représentations régressantes et nostalgiques est le vivier parfait où puiser. Si le racisme est instillé, préservé, maintenu, alors qu’on importe massivement du prolétariat frais, compétent et peu exigeant des anciennes colonies, la «race ennemie» tangible devient le prétexte idéal faisant écran de fumée parfait à l’ennemi réel intangible: l’exploitation capitaliste. Le racisme du charbonnier des travailleurs français repose donc sur deux altérations idéologiques de son éducation prolétarienne perdue: nostalgie régressante de la supériorité coloniale et manifestation du fait que l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante. Dans ce second cas, le travailleur intègre la logique mentale du capitaliste au point de penser son camarade de classe comme un compétiteur étranger! La couleur de la peau, qui servait jadis au maître à cheval à distinguer ses esclaves sur le chantier agricole, sert maintenant à l’exploité non solidaire à sélectionner ses boucs émissaires sur le chantier industriel. On voit bien ici que la notion d’aristocratie ouvrière n’est pas un vain mot. Le rentier social tertiarisé qu’est devenu le travailleur occidental appréhende la perte de ses privilèges petit bourgeois que le prolétariat «racial» ne provoque pas objectivement mais incarne idéologiquement. Ayant perdu de longue date toute éducation communiste, le travailleur français s’attaque au symptôme superficiel de sa déchéance objective plutôt qu’à la cause profonde de son exploitation et de celle de l’exploité immigrant mondialiste, toutes races confondues. Et, au plan bassement politique, un concert bruyant d’échos est donné à cette malodorante gangrène d’idées. Par exemple, pour revenir sur notre continent, par le propos odieux qui marqua la mort de sa campagne d’investiture en 2008, Hillary Clinton instrumentalisa le racisme exactement comme notre culture ordinaire le fait encore. Elle alla dire: «Barack Obama est noir, cela ne marchera pas avec les travailleurs blancs». Postulant un racisme imaginaire chez les masses, elle le perpétuait sans le confirmer et s’en servait comme instrument de division électoraliste, sur des questions qui n’avaient absolument rien de raciales. Aussi, sa défaite de 2008 fut-elle une étape de plus… dans la défaite du racisme lui-même. Dans la campagne de 2012, la race d’Obama ne fut plus un vecteur porteur pour quiconque, ni lui ni les autres. Elle disparait socialement, ce qui banalise la victoire sur elle et, de fait, la confirme. On en parlera un jour comme d’une belle victoire du passé, comme l’éradication de la tuberculose ou l’électrification des campagnes. Enjeux cruciaux de jadis. Banalité d’aujourd’hui. À l’échelle colossale de l’Histoire, le racisme touche à sa fin. Le fait est qu’implacablement, la réalité complexe et ouverte de la mondialisation portera ce préjugé ethnocentriste sans fondement objectif, cette compétition discriminatoire aux assises imaginaires, cette ségrénation-gadget… au fin fond de sa déchéance ultime.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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