Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Archive for avril 2008

Avez-vous osé dire «conspiration». Bien… oui, et alors…

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

haro sur la conspiration

Moi, je dis simplement, noir sur blanc, qu’il faut raviver notre énergie critique, engourdie par la raillerie CONFIRMATIONNISTE ambiante.

.

Conspiration… c’est désormais une notion suprêmement taboue, suspecte d’irrationalité délirante, prohibée, interdite, laide, pas bien. Il reste pourtant qu’il fut un temps où un conspirationiste ce n’était jamais que celui qui affirmait que Kennedy avait été assassiné en 1963 par les extraterrestres écrasés au Nouveau-Mexique en 1948. Aujourd’hui c’en est rendu que quelqu’un qui critique les autorités politiques un tant soit peu est automatiquement étiquetté conspirationniste. C’est bien qu’on pousse un peu dans l’autre sens, peut-être… C’est fort inquiétant parce qu’il faudrait un peu expliquer aussi —par exemple, hein— comment l’ultime puissance militaire de tous les temps, dont le ciel est réseauté par tous les radars imaginables, dont l’aviation de chasse est la première du monde, etc, a pu laisser trois cibles nationales se faire frapper sans riposte, deux sur New-York, métropole du monde, et l’autre, euh, pardon, juste sur le plus imposant QJ militaire de tous les temps. Je ne sais pas. Hum… Bon… Envisager la possibilité de quelques complicités intérieures factieuses ici et là n’est-il pas quelque part quand-même un peu plus vraisemblable que la croyance en l’action isolée du gogo dont on est censé avoir retrouvé le passeport dans les décombres fumants de la déflagration? Il y en a peut-être qui sont rendus trop occupés à servir docilement et compulsivement l’ordre établi pour réfléchir minimalement sur la notion pourtant bien attestée historiquement de contre-terrorisme

Alors allons, allons, causons conspiration. Il va falloir sonner le grand réveil un jour ou l’autre de toute façon. Redite ostentatoire: il est purement et simplement impossible que la première puissance du monde, arrosée comme elle l’est par ses radars et sa paranoïa, ait laissé ces trois cibles majeures, dont le Pentagone, se faire cartonner comme ça, sans réplique. C’est du trucage pur. Rappel. 2001. Insouciant millénarisme. Le militarisme était au plus bas. Il n’y avait plus de Guerre Froide, il fallait remettre de l’ordre dans le galvaudage sémillant des festivaliers clintoniens, re-pomper du financement militaire et recentrer la terreur collective sur un nouvel ennemi. J’adhère à la thèse de vagues terroristes islamistes aux causes localisées ayant bénéficié de la logistique concertée et discrète d’éléments de l’état major factieux US. Comme dans le film THE PACKAGE (celui de 1989, avec Gene Hackman), les intérêts bellicistes des deux bords s’arrangent entre eux car la guerre est l’option secrètement solidaire qu’ils ont en commun. Les Ben Laden de toutes moutures marchent avec les Ricains depuis l’époque de l’invasion soviétique en Afghanistan de 1979. Le président Bush n’avait pas besoin d’être au courant de rien, c’était une potiche de toutes façons. Il s’agit en fait de collusions qui se décident dans des officines discrètes entre gens à la fois puissants et parfaitement inconnus du grand public.

Le dénigrement actuel des «théories de la conspiration» me fait en fait bien rire. Visiblement quelqu’un conspire quelque part pour que l’on croie que plus personne ne conspire jamais nulle part! Par conséquent, pour résumer, je trouve la fameuse métaphore du 11 septembre 2001 comme incendie du Reichstag bien mauvaise, en ce sens qu’elle en donne trop aux pantins du théâtre politique par rapports aux combattants ordinaires de l’ombre, mais je la trouve bien bonne, en ce sens que l’arabesque contre-terroriste que cette métaphore déploie est fondamentalement correcte. Je regrette qu’on utilise le discrédit profond de maints «complotistes» pour dénigrer le fait qu’il y a encore des petits croches qui complotent un peu partout et qu’il faille les débusquer. La conspiration, le complot, ce n’est pas une niaiserie. C’est un comportement politique comme un autre. Pas besoin de croire, mythiquement, dans je ne sais quelle envolée parano stérile et si aisément discréditable, en quelque Commission Trilatérale OMNIPOTENTE (ceci NB – le vrai conspirationnisme du cru pose toujours l’instance qu’il mythologise comme omnipotente et intégralement démiurgique sur le tout du développement historique), pour flairer le musc banal de la magouille généralisée. Exemple: des malfrats montréalais ont conspiré ou comploté pour fixer les prix de certains appels d’offre. Sauf que, quand les gens conspirent ou complotent de nos jours, on ne dit plus qu’ils conspirent ou qu’ils complotent, on dit qu’ils se concertent... Il y a un complot contre la recherche des (vrais) complots. C’est grotesque mais ce n’est pas une plaisanterie…

Comprenons-nous, mon propos critique est ordinaire, citoyen, inédit, sceptique et, surtout, optimiste sur le progrès des connaissances ordinaires, par les canaux de découverte et de réflexion ordinaires. Alors, surtout, pas de panique, hein! Lisez un peu le reste de mon carnet, ce sera pour vous aviser du fait qu’Elvis est bel et bien raide mort et que les soucoupes sont sous les tasses de thé et nulle part ailleurs. Moi, je dis simplement, noir sur blanc, et alors là sans sourciller, qu’il faut raviver notre énergie critique engourdie par la bien onctueuse raillerie conformiste ambiante. Cela signifie qu’il faut aussi remettre en question ceux qui cultivent confortablement la Théorie de la Confirmation

.
.
.

Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Culture vernaculaire, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , | 56 Comments »

Consommer du symbolique, c’est aussi de la consommation

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Il faut continuer de regarder attentivement ce que le consommateur consomme: de l’utilitaire ou du symbolique? Voiture: on peut soit la percevoir comme un objet utilitaire. On la veut alors solide, fiable, un peu carrée même, 2-chevauxesque, c’est en masse. On peut la percevoir comme un objet symbolique. On cherchera alors la meilleure affaire pour pouvoir tenir le char de l’année, parce qu’il y a les contraintes de la mode et des tendances. Vêtements: on peut les percevoir comme utilitaires. On les voudra chauds, solides, facilement réparables, commodes, même si un peu paysans. On peut les percevoir comme objets symboliques. Et ce sera alors la soumission aux déjeuners de soleil (les français désignent ainsi un beau vêtement qui ne dure pas) encore une fois de la mode. Consommer du symbolique, c’est aussi de la consommation, simplement elle joue socialement plutôt qu’individuellement. Et cette alternance utilitaire/symbolique variera non seulement avec les cultures mais avec les classes au sein d’une même culture. L’opposition québécois/français joue, encore une fois, à plein ici. Il faut en fait l’amplifier. Passons donc doucement de “québécois” à “nord-américain” dans notre analyse. C’est beaucoup plus juste, ethnologiquement, sur cette question, où nous sommes en fait plus continentaux que sur bien d’autres. Ce sera pour dire que je crois sincèrement que les observations sur l’euro-durable et l’américano-éphémère que l’on entend deci et delà s’appliquent en fait plus à la durabilité de l’échangeur Turcot et du transport en commun (les infrastructures lourdes, donc, où les Euros investissent beaucoup plus sérieusement que les Américanos sur le long terme) qu’aux produits de consommation légers et éphémères. IKEA est après tout une entreprise européenne… et se faire arnaquer avec un cossin joli et subtil mais qui casse ou déchire plus tôt que prévu sans garantie, c’est aussi une aventure typiquement européenne… Ce n’est pas qu’ils aiment le fragile et nous le costaud ou le contraire. C’est, plus simplement, que nous ne consommons pas les mêmes symboles…

Captivante, dans cette réflexion est aussi la relation que nos cultures établissent à l’objet gratuit. L’objet gratuit surprend, déroute. On cherche le truc, chacun dans son angle. La culture nord-américaine chaparde l’objet gratuit, car elle croit effectivement en sa valeur et fonce ouvertement vers le profit du moment. La culture européenne se méfie de l’objet gratuit, car elle est frileuse de son rapport à l’éphémère et appréhende plus profondément le jugement stigmatisant des pairs. L’artiste britannique qui a installé récemment des balancines dans des abribus londoniens s’en est avisé fort cocassement. Il croyait investiguer notre rapport à l’enfance, il analysait en fait notre rapport à la consommation de l’objet gratuit et à la charge symbolique s’en dégageant pour nous, face aux observateurs citadins qui nous jugent toujours comme consommateurs…

.

.

.

Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Culture vernaculaire, France, Québec | Tagué: , , , | 1 Comment »

Merci Mesdames d’empêcher en permanence la troisième guerre mondiale d’éclater

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Femmes contre la guerre

Mesdames, je vais peut-être vous surprendre, mais c’est grâce à ce rejet constant et stable de la mort de nos petits gars au combat dans des conflits de théâtre absurdes (que vous exprimez si sincèrement, et qui est vécu et articulé par des millions d’autres femmes comme vous, en toute simplicité) que nous n’avons pas eu de troisième guerre mondiale. Je m’explique. Quand Eisenhower se fit rapporter, au tout premier jour du débarquement de Normandie de 1944, que 10,000 hommes avaient été tués sur le coup, il répondit, sans cynisme, et avec un soulagement réel: «So far so good, I was expecting 20,000» [Pas mal du tout, Je m’attendais à 20,000]. Ce type d’insensibilité implacable (et, disons–le, si masculine…) des états-majors n’est plus possible aujourd’hui, simplement parce que les mères, les soeurs, les copines des soldats et leurs amies et nos amies veillent et influent de leur massive sensibilité pacifiste tout le rapport de la société civile à la guerre. Comparons le contraste entre la couverture par un journaliste homme et la couverture par une journaliste femme du même drame d’un de nos ti-clins soldoques mort à Kandahar. Sous la plume du journaliste homme, d’accord ou pas, on garde la tête bien froide et les yeux sur la rondelle. Il va falloir s’habituer à revoler dans le bande pis y en aura pas de faciles. D’ailleurs (comme l’expriment aussi assez oiseusement encore trop de nos compatriotes) les petits gars sont là-bas pour sauver les FEMMES afghanes. «Alors écrasez vous les filles, Rambo s’en vient. Comme on disait dans mon enfance: Les filles, les guénilles, les gars les soldats. Calmez vos nerfs. Ce n’est que la politique par d’autres moyens…» Sauf que la journaliste femme et ses semblables, elles, ont pleuré de tristesse et de rage devant leur ordi et l’on exprimé sans honte au monde dans les canards, les carnets et ailleurs sur Internet. Leurs arrières-grand-mères de la guerre ’14, avaient d’ailleurs pleuré et protesté comme ça, elles aussi, mais au fond d’une cuisine silencieuse. Leurs grand-mères de la guerre ’39 ont pleuré et protesté comme ça, elles, dans le tapage d’une tannerie ou d’une usine de bombes. On ne les a pas trop entendu non plus, dans le temps. Maintenant la vision vague et femme de Madame la Journaliste apparaît dans un medium qui vaut pour 50/50 face à la vision précise et eisenhowerienne de Monsieur le Journaliste. Compareurs, comparez. Choisisseurs, choisissez. Moi, je ne m’habituerai JAMAIS au meurtre de mes fils et des fils du soi-disant ennemi au nom de l’impérialisme pétrolier et opiacé de l’Occident.

La montée du pouvoir de masse et de l’impact social des femmes vont donc de pair avec l’impossibilité de disposer aujourd’hui sans obstacle de l’attitude d’Eisenhower envers les petits gars qui sont aux bouttes des fusils. Un mort québécois en Afghanistan et le Premier Ministre du Canada est obligé de patiner comme un perdu dans la propagande humanitaire. C’est à la portion FEMME (que les hommes ressentent aussi de plus en plus profondément de nos jours) de la société civile qu’il s’adresse dans ses salades pour québécois(e)s velléitaires. Subitement, l’inepte unifolié jambette et bafouille dans ses sourates et ses redites intoxidentales: il est en croisade exclusivement… pour sauver les FEMMES afghanes! Personne n’est dupe, allons, et la résistance polie mais ferme joue, sentie, dense, pesante… Et évidemment, cet exploit majeur des femmes de ce temps (nous éviter de nous jeter en compagnie de notre pire ennemi, notre armée, dans un troisième conflit mondial, ce n’est pas rien) étant un exploit silencieux, en creux, en vide, in absentia (vu que cette guerre n’est PAS arrivée), on ne le remarque pas, ne l’analyse pas, ne le comptabilise pas dans l’Histoire, mais il est avec nous en permanence. Ces femmes qui ont dit : je ne fais pas de politique, je ne me prononce pas sur la légitimité de la guerre ou quoi, mais bondance les gars là, il me semble que voir les ti-pits revenir dans des boîte, ça marche pas eh bien elles ont fait toute la fichue différence avec leur larmes froides, leur colère sourde, leur résistance ouverte. Alors, du fond du coeur, merci Mesdames. Mes fils et moi même vous devons la vie.

.
.
.

Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

.
.
.

Posted in Culture vernaculaire, Monde, Sexage, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , | 26 Comments »

La France gastronomique, ce n’est pas une légende

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Ceci n'est pas une légende...

Ceci n’est pas une légende…

.

La France est un cas d’exception gastronomique. La nourriture y est toujours excellente, même dans les conditions les plus ordinaires. Il n’y a rien de mal à dire cela et tant pis pour les sceptiques. Qu’ils y mordent et ils verront bien. La France, mille kilomètres par mille kilomètres avec tous les climats et toutes les agricultures, et l’étude chimique des feux a prouvé qu’ils mangent du mouton à la broche depuis le Haut Moyen Age, ces gros loups là. Ils sont arrivés à résister à l’uniformisation dégueulasse de l’alimentation, à la malbouffe, à la Frankenbouffe et au repas esquissé planétaire… et encore, cela a tellement baissé depuis vingt ans, quarante ans, soixante ans. La France est un cas d’exception, son souci culinaire ordinaire est resté suractivé par une résistance ancienne au capitalisme et à ses conséquences écœurantes dans l’assiette. Le long héritage paysan de la France l’a protégée plus longtemps que les autres du marasme uniformisant du commerce alimentaire et de l’agro-business. L’erreur à ne pas commettre c’est de traiter un cas d’exception comme une normalité, matérielle ou morale… Ils sont extraordinaires, un cas unique dans l’histoire. La bouffe normale de supermarché normal en Occident, hélas, c’est celle que vous trouverez… hors France. Le «super» dans supermarché c’est pour superprofiteur, par pour superbouffe…

C’est pour cela que les français sont si malheureux quand ils doivent vivre un temps dans un pays ordinaire à bouffe ordinaire. Ils sortent subitement de la fine et subtile cuisine de terroir qu’ils ont toujours cru évidente et doivent nager dans le bouillon de culture de réfectoire de troupes contemporain. L’exceptionnel a un estomac qui émigre fort mal… Gardons à l’esprit que si leur repas gastronomique figure au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, ben il y a une raison… qui se découvre souvent, tristement, douloureusement, en voyageant…

.
.
.

Posted in Culture vernaculaire, France, Monde | Tagué: , , , | 26 Comments »

Microcélébrité?… ou célébrité sans intermédiaire

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Celebrite sans intermediaire

Autrefois, cette dame un peu forte à la voix au petit velour se serait fait mettre dans le son (i.e. ici, ils lui auraient dit: vas-te coucher, tu es trop forte)

Une dame un peu forte se met subitement à chanter son petit karaoké sur YouTube. Sentiment étrange quand on l’écoute. Il y a un fond de velour là dedans. Cela vibre. on le sent vachement et… des dizaines de milliers d’autres internautes confirment notre impression diffuse mais imparable. Les journaleux, ces préchiprécheurs sur le déclin, nous crient alors: c’est une autre microcélébrité. Or, ce terme de “microcélébrité” est boiteux, téteux, condescendant, en un mot: médiatique. Il donne une impression de petitesse (comme dans “petit” peuple) qui déforme passablement les choses. Si ton cabotinage sur YouTube est cliqué par des miiliers, des millions de gogos, il n’y a rien de “micro” là-dedans. Je parlerais plutôt de CÉLÉBRITÉ SANS INTERMÉDIAIRE. Autrefois, cette dame un peu forte à la voix au petit velour se serait fait mettre dans le son (i.e. ici, ils lui auraient dit: vas-te coucher, tu chantes trop mal, tu es trop forte, cela ne pognera juste pas) par un studio, un agent, toute une vermine d’entremetteurs et de déformeurs qui sont aujourd’hui voués à lentement se reconvertir ou disparaître parce qu’ils sont remplacés par une technologie de masse simple d’accès. Mais il ne faut pas s’y tromper. Le public fait bel et bien toujours sa sélection. Il y a donc bel et bien toujours des gagnants et des perdants, mais les metteux dans le son et autres filtres élitaires ne sont plus là pour dicter la norme des goûts populaires. Je suis plutôt très pour. Aux gens de faire leur choix directement et de juger par eux mêmes ce qu’ils retiendront comme marquant leur temps. Et, j’insiste là dessus, une fois ces intermédiaires expurgés, eh bien… le problème intellectuel ou artistique reste entier. Il y a des millions de farfeluteries qui se déploient sur YouTube et ailleurs. Certaines ne drainent que huit commentaires et d’autres en drainent huit millions (parfois sans même l’avoir voulu, comme quand Auguste mit le pied dans le seau d’eau d’un cheval de cirque et inventa involontairement le clown triste). Tout le monde a maintenant se chance et pourtant une sélection se fait encore. YouTube ou pas, il n’est toujours pas si évident de marquer son époque… La solution technique n’a pas du tout fourni la clef du mystère social en cause ici…

Le tout ici postule naturellement que YouTube ne se mette pas à censurer insidieusement ce genre de tendance vernaculaire… On sait déjà qu’ils protègent le copyright à fond le carton, ils pourraient tout autant -reniant alors ouvertement jusqu’à leur nom- se mettre à protéger l’intégralité de la Jet Set culturelle ancienne… moyennant rémunération discrète et sans trompette des instances menacées. Il faudra voir…

.
.
.

Posted in Culture vernaculaire, Monde, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , | 9 Comments »

On est toujours un petit peu pingre, dans le regard de la culture de l’autre

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Bon encore une crise, encore des questions de fond. Où gratter, comment économiser, sur quoi couper. et surtout, comment démarquer la sagesse de Diogène de l’ostentation de Midas? La question ici, en fait, ce n’est pas de savoir s’il faut acheter ou non sa savonnette chez Wall-Mart. Oui, évidemment, si elle y est moins chère. Non, évidemment, si on en a marre de voir les employées de Wall-Mart se faire exploiter. La question, ethnologique en fait, est: les Québécois sont ils intrinsèquement des pince-la-cennes impénitents et les Francais, de laxistes grands seigneurs? Je ne suis pas certain que ce soit si simple que cela. On touche du doigt la réponse en observant que les français sont prêts à en mettre plus sur la bouffe. Sauf que nous on est prêts à en mettre plus sur l’entretien et le fini de nos bagnoles que les français. Les français sont prêts à en mettre plus sur les vacances comme déplacement dépaysant. Nous sommes prêts à en mettre plus sur les vacances comme Balconville (finir la salle de bain du sous-sol) ou chalet dans le nord. Qui des français ou de nous est plus enclin à prendre un billet de saison pour une manifestation sportive? Qui des français ou de nous dépense le plus en romans, en sorties au théâtre, en bière, en vin? Combien d’ordis et de jeux d’ordis par français, par québécois? Les fonds ethnologiques de ces deux groupes humains organisent leurs budgets en fonction de priorités culturelles historiques qui sont souvent fort anciennes et qui ne disparaissent pas nécessairement avec l’aisance économique. Ma matante hyper-riche trouva un jour «immoral» de payer un certain montant pour une jupe dans un Grand Magasin de Paris et ne l’acheta pas. J’ai un jour payé $100.00 pour deux beaux battes de baseball en bois pour mes fils, un par fils. Les français ne jouent pas au baseball dans le champ, et les godillots de foot, les québécois s’en foutent (enfin, moins qu’avant mais bon)… Même à l’aise, les dépenses restent l’objet de jugements de valeurs très profonds, codés culturellement, si bien que, dans un domaine de consommation donné, tout le monde finit à un moment ou à un autre par être le gratteux ou le pingre d’un autre… Séraphin et Harpagon n’ont donc pas fini de se toiser interrogativement…

Séraphin Poudrier

Séraphin Poudrier

Posted in Culture vernaculaire, France, Multiculturalisme contemporain, Québec | Tagué: , , | 2 Comments »

Sarkozy, l’agitation n’est pas l’action… elle est le reflet d’un temps

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Ne tirez plus sur le pianiste... c'est l'homme politique (ou politicien) qui prend les pruneaux sociaux, de nos jours...

Ne tirez plus sur le pianiste… c’est l’homme politique (ou politicien) qui prend les pruneaux sociaux, de nos jours…

.

Nicolas Sarkozy se trémousse, certes. Bienvenue dans le siècle. Le digne successeur de De Gaulle, de Pompidou, de Mitterrand, de Chirac montre sa dimension cruciale de petit populacier fruste. Sauf que, ce n’est pas lui, c’est tout le Politique qui racotille. Il n’est pas brutal ou impropre. Il est vrai. La classe politique occidentale est rendue aussi bas et il l’incarne sans complexe aucun. Il est Icare dans La chute d’Icare de Brueghel l’Ancien, tant et tant que le technicien qui lui accroche son micro-cravate ne le salut tout simplement pas… Ces figures institutionnelles ne sont plus des Décideurs mais des Souffre Douleurs. Et un souffre douleur, bien par moments, cela se crispe sur son petit sort restreint… Ce sont les entarteurs de politiciens qui ont un ample avenir… Il est aussi un peu tristounet de se dire que cela va lui passer, en plus. Il suffit de revoir en détail les 500 premier jours des présidences de Mitterrand, Giscard, Chirac et alii pour constater des moments d’humanisation de la fonction similaires, fonction des personnalités de chacun, qui sont des indices du fait que l’homme est encore pour un temps touriste dans le monumental domaine de ladite fonction. C’est maintenant au tour de Sarko de jouer le Roy D’Argot. Or Sarkozy a une longue feuille de route de soupe au lait. Cela déborde sur la fonction et la teinte temporairement de ses couleurs personnelles. Cela ne durera pas. Il se momifiera. La fonction le bouffera. Il la vivra pleinement, sa présidence Sarko-phage… Il deviendra lui aussi un président de la république complètement austère et robotisé, comme Chirac et Mitterand en fin de règne, et on regrettera un jour tous ensembles ces petits moments refoulés de tressautement humains, trop humains.

Erreur hexagonale usuelle, on approche souvent le personnage par le canal torve et non avenu de son épouse.  Bof… moi, en tant que canadien, je n’ai pas de problème particulier avec la première dame de France. Je la trouve articulée, sensible, élégante, discrète et intelligente. Elle fait paraître la France passablement bien à l’étranger. Les Fanfans Latulippe locaux, qui érigent justement systématiquement et sans nuance les figures politiques en têtes de turc, devraient plutôt élire des gens qu’ils respectent. Ça ne serait pas plus efficace socialement, mais au moins ça décrasserait joyeusement les bandes passantes de tous ces commentaires misogynes, défoulatoires, périphériques, d’utilité nulle. Ne tirez pas sur le pianiste… ou sur la guitariste. Comprenons-nous. L’individu Carla Bruni m’indiffère passablement. Mais le principe général insidieux de ce genre de comportement (le roitelet, sa femme, son fils, ses chiens) m’afflige. C’est une variante de la jolie blonde instrumentale qui dit des sottises (soit belle et déconne). Ici c’est, avec l’égérie et les toutous du président qu’on fracasse, la culminement du politique à petit tarif. Et du coup on retombe dans le bon vieux positionnement circonscrit des femmes: soit belle et prend les beignes pour ton bonhomme… Je dis et redis, c’est insidieux… et parfaitement hors d’ordre…

Non, il faut en fait s’en tenir au Sarkozy tout simple, fondamental, principiel… Déchirement contemporain du symbolisme de la personnalité politique. Barack Obama transmute l’homme politique tranditionnel et le remythologise. Nicolas Sarkozy confirme le politicien traditionnel dans son statut contemporain de tête de turc honnie de ses citoyens… Cela les distingue passablement, comme cela distingue un petit pays provincial crispé d’un gros état impérialiste, ralenti, poussif mais toujours alerte…

.
.
.

Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

.
.
.

Posted in France, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , | 8 Comments »

La guerre interne du capitalisme

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008


Il n’est pire guerre que la guerre des intestins contre les intestins. Ah, il y a du brasse camarade dans l’économie-monde… Il fut un temps ou les disparités de modes de production étaient beaucoup plus accusées qu’aujourd’hui, seulement en Europe. La notion de “tiers monde” était jadis économiquement quasi-inexistante. Je n’en finirais pas d’énumérer les problèmes posés par ce fichu de nouveau siècle. Le moteur du mouvement social réside bel et bien toujours dans les possibilités d’extortion du surtravail. Or, les pays que nos journaux appellent du “tiers” et du “quart” monde sont aujourd’hui les grandes sources de plus-value effectivement productive. Les économies occidentales sont, en notre temps, à 75% post-industrielles (services et bureaucratie, principalement). Ainsi, un stylos à bille produit au Honduras coûte infiniment moins cher en reviens que le même stylo à bille produit en France ou en Allemagne. Les coûts de frais sociaux sont inexistants dans le premier cas. L’assiette de plus-value produite par le prolétaire non-occidental n’a donc que le capitaliste comme convive à convoquer. Il n’y a plus à la partager avec le col blanc occidental, sous forme de charges sociales, et de cette kirielle de frais divers qui font du Nord-Ouest un oasis illusoire. Cette situation de disponibilité internationale de surtravail frais et bon marché suscite une véritable exportation du moteur de production vers les zones plus précairement prolétarisées. Nous évoluons désormais dans un dispositif où le travailleur occidental s’est historiquement donné une protection sociale mais a laissé la bourgeoisie aux commandes. La conséquence en est qu’il fonctionne comme une sorte de rentier social, d’aristocrate ouvrier. Mais l’aristocrate dépend de sa terre nationale! Si celle-ci tombe en friche, c’est sa rente qui s’effiloche. Ici c’est la bourgeoisie aux abois qui rouille le blé de l’aristocrate ouvrier! Car, ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’expatrier le moteur de production, c’est aussi expatrier le moteur de consommation, car ce sont là les deux facettes dialectiques du même jeton. Chercher de nouvelles sources de plus-value, c’est expatrier la production. Et expatrier la production, c’est expatrier le marché. Dans les derniers 30 ans, le pouvoir d’achat des masses prolétariennes indonésiennes, chinoises ou guatémaltèques a, en proportion, beaucoup plus augmenté que celui des masses françaises, états-uniennes ou allemandes. Le marché devient donc international au sens fort, et les entreprises domestiques produisent et trouvent le marché là où il se produit et se trouve. L’internationalisation du marché n’est donc pas la conséquence du tassement de la production domestique, mais sa cause. Moins de plus-value domestique, moins de pouvoir d’achat domestique. Moins de pouvoir d’achat domestique, tassement du marché domestique. Voir cela comme une stratégie voulue des patrons c’est dès lors basculer dans une interprétation volontariste de type militantisme vulgaire. Cet état de fait économique s’impose au patron occidental autant qu’au travailleur occidental. La dynamique de concurrence pousse implacablement toute la machine dans le bourbier tiers-mondiste. Et ainsi, le ci-devant “libre échange” est lui aussi consécutif plutôt que causal. Les cris de nos libre-échangistes c’est le hululement de la chouette de Minerve, quand tout est joué et quand la nuit de la mondialisation est tombée. Qui va en profiter? Ah, ah. Voilà le beau merdier! Extirper la productivité des secteurs avancés, balisés socialement, pour la nicher dans des pays arriérés, semi-coloniaux, à régimes dictatoriaux et “bananiers”, pour reprendre une image d’une autre époque qui dit bien ce qu’elle a à dire, donne une illusoire et courte impression de levée fraîche de profits rapides. En fait la régression (notez ce mot!) sur les zones à capitalisme sauvage aura à moyen et long terme les effets qu’ont eu le capitalisme sauvage: désorganisation de la production, dérapage social, paupérisation à outrance, émeutes de la faim, spéculation sans balises menant à des crash boursiers, dans des pays pauvres mais dont le sort semble soudain rayonner sur le monde. La Thaïlande, la Russie, l’Inde, la Chine et le Brésil en témoignent. Le capitalisme étire son sursis, mais tout cela revient à la fameuse baisse tendancielle du taux de profit. Elle se poursuit, inexorable, et les profits absolus ne doivent pas faire illusion quand au caractère déterminant de cette loi. Le capitalisme se love sur la planète entière, mais en même temps il s’étrangle impitoyablement avec ses propres circonvolutions. Il va se trouver coincé entre l’aristocratie ouvrière occidentale qui va se mettre à s’agiter pour ne pas perdre ses privilèges, et le prolétariat des nouvelles zones, productives industriellement mais arriérées politiquement, qui va se mettre à s’agiter pour acquérir les siens. On n’a pas fini de voir s’ébranler le monde. Mais cette fois-ci, le capitalisme ne trouvera plus un “quint” ou un “sixte” monde pour se réactiver, la planète étant, l’un dans l’autre, une sphère finie…

La contradiction interne fondamentale du capitalisme ne pourra donc plus se fuir elle même vers les zones en friche, comme elle le fit du temps de la phase imperialiste. La guerre, la vraie guerre interne du capitalisme va donc s’amplifier hyperboliquement. De nos jours, elle se joue et se joue farouchement entre les PDG et les investisseurs. Ils n’ont presque plus besoin de la lutte des classes classique: ils se mangent entre eux. Les premiers mobilisant une énergie formidable pour fourrer les seconds. Les seconds se méfiant des premiers comme un nageur des requins. Elle est loin l’époque où le premier Rockefeller jugeait que la satisfaction des investisseurs était l’objectif cardinal de l’homme d’affaire prospère. C’est que le capitalisme n’investit plus: il boursicote. Ses intendants maquillent les chiffres pour que les investisseurs ne retirent plus leurs joujoux financiers en un éclair. Les profits de productions sont graduellement remplacés par le butin d’extorsion par actions. Les investisseurs sont tout aussi cyniques et insensibles. Ils ne s’impliquent plus dans une entreprise parce qu’ils croient en sa mission mais bien parce que c’est la crête du moment dans leur surfing électronique, ultra-abstrait et ultra-rapide aux dividendes. Même le commerce des produits financiers s’engage dans ce type de mutation implacable. Préférer l’extorsion directe avec résultat à court terme à la doctrine classique de «faire de la clientèle» est une attitude qui surprend toujours en Amérique du Nord. En Europe, c’est la loi. On te fait les poches en un acte commercial unique et retors et tant pis si tu ne reviens pas et parle de nous en mal à tes copains. Mais dans le Nouveau Monde, c’est inhabituel. Inhabituel et symptomatique. Quand la soif du profit à court terme atteint une telle profondeur microscopique, c’est que les choses changent dans notre contexte économique. À rapprocher de la désormais classique explosion des frais d’usager des banques. Ne plus investir (dans l’industrie pour les banques, dans la satisfaction du client pour les commerces) mais extorquer en une ou deux fois et fuir. Fondamentalement cela change la valeur de place (de poche…) mais n’en produit plus de nouvelle. Il est criant que ce système a cessé de croire en lui même. Le spéculatif poursuit sa lente et inexorable séparation du productif et les experts, qui sont au service du spéculatif, s’attellent à la principale tâche du spéculatif : nier le réel, peindre en rose la muraille grise des faits concernant la productivité, l’échange, la compétitivité, la qualité matérielle des produits, leur réception effective dans le public, etc… L’arnaque passe de plus en plus en auto-arnaque. La guerre interne se poursuit, autant que la contradiction autodestructrice motrice. Certains acteurs passent aux aveux. Il est criant que le profit de l’entreprise, devenu depuis l’entreprise du profit, nuit désormais ouvertement à la production effective.

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Lutte des classes | Tagué: , , , , | 5 Comments »

La Saga des Vesses de Vaches Polluantes

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Vache-usine

Chaque fois que la Saga des Vesses de Vaches Polluantes est remise devant nous, il y a un tiers exclu: l’usine

.

La sempiternelle Saga des Vesses de Vaches Polluantes continue de (chercher difficultueusement et cahin-caha à) hanter nos consciences. Un certain journalisme superficiel nous raconte, en restant de marbre, que les vaches qui vessent polluent autant que les bagnoles qui roulent. J’ai mes doutes mais bon… Il semblerait, selon cette doctrine, que, pour faire notre part environnementale, il faudrait soit renoncer à la sustentation carnée, soit prendre le bus. Notons la simpliste binarité ici: vache émissaire/voiture. Vous devez choisir. La faute à ton steak, la faute à ton char. La faute au citoyen badin dans tous les cas. C’est de fait assez représentatif d’un certain préchi-précha écolo, ça. Le porte à porte citadin. Attaquer le particulier, agresser le quidam, culpabiliser l’Individu Lambda, enquiquiner la personne physique pour mieux épargner la personne (im)morale (l’Entreprise Tony Soprano Détritus & Fausse Représentation en Tous Genres). Il y a une jolie métaphore pour décrire cela: se chamailler à propos de l’alignement des chaises au dernier concert se donnant sur le pont du Titanic. Ne le prenez pas personnel, amis de la micro-écologie agressante. C’est une méthode qui, de fait, vous transcende… Et, comme à chaque fois que la Saga des Vesses de Vaches Polluantes est roucoulée, serinée, invoquée, il y a un tiers exclu: l’usine. Une bonne partie du discours journalistique sur la pollution sert en fait à dédouaner le secteur industriel de ses titanesques responsabilités en utilisant toutes sortes de petites combines propagandistes comme celle-ci. Le suprême pollueur planétaire —l’industrie lourde— est remplacé par la vache émissaire dans la fantasmatique culpabilisatrice qu’on veut nous inculquer sur la pollution. Pour ma part, en attendant le prochain changement de disque de la promotion cyclique, je mange du steak, prends le transport en commun et dénonce l’incurie et l’indifférence hargneuse et profiteuse du secteur industriel en matière de pollution de l’air, des eaux et des cerveaux.

.
.
.

Posted in Environnement, Lutte des classes, Monde, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , | 4 Comments »

La théocratie implicite américaine

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Les américains tendent à fusionner théocratisme et patriotisme. Ils ont Dieu de leur bord, comme le disais autrefois Bob Dylan.

.

Un beau jour, les américains cesseront de se comporter comme s’ils vivaient sous une théocratie implicite leur allouant tacitement et comme magiquement ce monopole moral parfaitement usurpé dont ils se croient tant les dépositaires exclusifs face au reste du monde. Seulement alors comprendront-ils vraiment la politique et corrolairement l’impact terrible et tangible de leur pays sur les multiples vallées de larmes bien réelles de ce susdit vaste monde mystifié. Sauf que, pour le moment, la politique étrangère américaine est un angélisme meurtrier et un manichéisme infantile. Dans leur ignorance complète du terrain, ils font l’erreur impardonnable de croire à leur propre propagande de pasteurs pour alcooliques en sursis. Donner les commandes du monde à des ignares ethnocentristes de ce baril, c’est lui, le grand danger géopolitique de l’heure. Mais cela commence à flancher sérieusement. Toute la crise de la droite religieuse américaine est synthétisée sur le théâtre des pays que les USA occupent. C’est que même le petit peuple de droite bon teint est fortement indisposé par le flafla des folliculaires propagandistes des oligarches US. La morale cucul de droite n’est somme toute pas très impressionnée par le mensonge, le tripotage et les combines. Or là en plus c’est meurtrier, sordide et les théolâtres mentent en pleine face de leurs petits commettants. Tous les mensonges, toutes les magouilles de l’administration américaine palpitent dans la blessure belliciste comme une migraine longue et lancinante. Tout le paradoxe moral de ces gogos qui veulent contrôler les chambres à coucher s’étale sous le nez des petits saints besogneux qui leur faisaient jadis tant confiance. Ça ne marche plus, ne vend plus, ne colle plus. Il y a une saturation. Le monopole de la sainteté est fissuré comme une vieille outre gangrenée.

Qui plus est, on n’en peut plus que les américains tendent à fusionner théocratisme et patriotisme. Ils ont Dieu de leur bord, comme le disais autrefois Bob Dylan. La question devrait donct être: les américains sont-ils prêts pour un nouveau regard critique face au patriotisme? Les américains sont-ils prêt pour (et conséquemment méritent-ils enfin) un président qui remplace la docilité cocardière vidée de son idéal par une vision lucide de la place de l’Amérique dans le monde? Les américains sont-ils capables d’accéder à la distinction entre patriotisme et impérialisme que cherche à insuffler la reflexion politique actuelle dans leur conscience? La caricature patriotarde et la hideur de ses marionnettistes accède-t-elle enfin à la conscience des américains de par le nouvel ordre du monde? Sont-ils mûrs pour ce rendez-vous autocritique auquel les aurait par exemple convié un Barack Obama (similaire mutadis mutandis à celui auquel Gorbachev avait convoqué les soviétiques circa 1985-1990)? Le New Deal patriotique d’Obama est-il en selle? Obama est-il assez convainquant pour réformer le patriotisme américain et leur faire piger qu’aimer son pays c’est voir au bien être de ses citoyens, pas à la promotion de ses détrousseurs meurtriers enveloppés dans le fanion et enrobés dans la tartuffade patriote de droit divin? Tous les indicateurs le montrent. L’Amérique est un empire en déclin. Et, personnellement, Je suis 100% pour ce « déclin ». Londres est une ville bien plus agréable depuis qu’elle n’est plus la capitale d’un empire. Le déclin de l’empire ce n’est pas le déclin de l’Amérique, seulement d’une meute d’oligarches qui se sert de la société civile comme d’un paravent en dilapidant les ressources dans des guerres pharaoniques et ineptes. Quand l’empire est devenu nuisible pour tous, incluant les impériaux, c’est qu’il est plus que temps que tout cela vire de bord.

La théocratie implicite américaine, ça suffit. Ça va faire. Ça ira. Basta. Y en a marre. Écoeurement. Saturation. Surdose. Dans une république laïque, les décisions politiques des dirigeants sont indépendantes et séparées de leurs représentations religieuses privées. Quand Léonid Brejnev consultait des astrologues, tout le monde se payait sa poire et à raison. J’en pense autant de nos dirigeants qui niaisent à la messe, à la mosquée, à la synagogue, au temple, quel qu’il soit. Je n’ai absolument aucun respect pour quoi que ce soit qui sorte de ce tonneau là et le fait que qui que ce soit, personnage public ou personne privée, doive déclarer sa religion comme on présente patte blanche me parait aussi fallacieux et hors sujet que s’il devait déclarer la marque de sauce tomate qu’il met sur ses nouilles les soirs pluvieux.

.
.
.

Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

.
.
.

Posted in Civilisation du Nouveau Monde | Tagué: , , , , , | 2 Comments »