Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Archive for 29 avril 2008

Le Grand Noir de 2003, bof, banal…

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Il y a eu deux grandes Noirceurs électriques dans l’histoire de l’est de l’Amérique du Nord. Une en 1977, et une en 2003. Panne de courant intégrale de plusieurs heures dans les deux cas. comportements sociaux à l’avenant. La question intéressante dès lors, c’est celle du contraste 1977/2003 face à l’obscurité opaque et au silence des génératrices. Exemple: New-York. En 1977: la folie pillarde et paillarde. En 2003: le calme morose et pas rose. On pourrait vouloir y voir un indice de l’augmentation de la prospérité new-yorkaise et pourquoi pas. Mais hélas, il y a un autre effet qui entre en ligne de compte, je pense. L’effet de banalisation. Je songe toujours à cet idiot d’André Breton qui disait en son temps que l’acte surréaliste par excellence serait de sortir sur la rue avec un flingue et de tirer au hasard. Nous du vingt-et-unième siècle, à qui c’est arrivé, on ne la sacralise plus comme surréaliste et on ne cite plus Breton sur la question. On la subit et c’est fini. Pour lui c’était surréaliste, pour nous c’est ordinaire. Effet de banalisation. Même phénomène ici, en moins tragique. En 1977, la Noirceur Absolue c’était nouveau, c’était énorme, c’était le party, c’était les enfants face au fruit défendu. En 2003, c’est un pépin de plus dans le gros sac avec le terrorisme, les crimes aléatoire, le vol d’identité, le 11 septembre, les magouilles de l’après-Bhopal, les prises d’otages à répétition, la piraterie maritime, l’esclavage et le trafic d’êtres humains, la perte du portable, le réchauffement global et la feuille d’impôt. La civilisation contemporaine banalise plus la catastrophe qu’il y a une génération. Par la force des choses on a collectivement les nerfs plus solides. D’où indifférence insensibilisée face à la Noirceur new-yorkaise (et torontoise) de 2003.

Le Grand Noir de 2003, bof, un gaminet de plus, quoi...

Le Grand Noir de 2003, bof, un gaminet de plus, quoi...

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Britney Spears, notre symptôme…

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Quelqu’un qui a une oreille et un oeil fort fiables pour la musique pop m’a expliqué la combine qui roule dans une des vidéos de Madonna. Madonna se serait emparée du look, du son, du swing et du mec de Britney Spears, pour lui chiper son segment de suiveux, pendant que l’autre s’effondre et sort du circuit en laissant le vide qu’on devine. La fausse grande amie à couteau dans le dos, en somme. Les Spearsologues affirment sans rougir que le tout de la chose de la chanson et du clip FOUR MINUTES est une copie carbone poisseuse de Spears. C’est-tu assez rapace, l’affaire? C’est-tu assez régressant? C’est-tu assez symbolique, surtout? La plus vieille qui outdate la plus jeune, la mère putative qui poignarde la fille adoptive, en avouant implicitement ce trip juvéniliste et cette jalousie latente qui sont les nôtres… Pour compléter la symbolique, lors de la tournée Sticky & Sweet de 2008, Madonna a « embauché » Spears et la fait jouer dans un court-métrage sur écran géant. On voit Spears coincée dans un ascenseur, comme un petit insecte prisonnier dans un bocal, le tout en une nette dynamique de régression panique et d’enfermement… Et voilà. On pousse nos enfants juste qu’au coton du blé d’Inde. On les hyperactive. On les écoeure à fond parce qu’on voudrait plus que tout au monde être le père ou la mère de Mozart. Qu’ils dansent, qu’ils chantent, qu’ils marchent sur l’allée lumineuse, qu’ils se tortillent. Qu’ils deviennent des Gipsy Rose Lee s’il le faut. Puis, quand on «rate» notre petit prodige, on se retrouve avec un gars ou une fille ordinaire que l’on regarde en chien de faïence jusqu’à la fin de nos jours, notre enfant jouant involontairement son rôle de bouc émissaire de nos propres regrets. Ou, quand on «réussit» notre petit prodige, on se retrouve avec le côté diurne et le côté nocturne de Britney Spears. Et naturellement, quand elle pète son câble, comme l’immense majorité des enfants stars le font, on la regarde de haut et/ou on lui chipe ses billes à la Madonna. Elle est alors devenue le réceptacle sous pression de nos propres envies de gloriole. C’est de sa faute, pas de la nôtre… Et on piste sa déchéance, la bave aux lèvres, dans toutes les feuilles à potins disponibles…

Nous sommes tous malades du Trip de Star, et Britney Spears est notre plus saillant symptôme…

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Seul le paradoxe du menteur ne ment jamais…

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Tout le monde ment. Bien mentir, voilà ce qu’il faut
Albert Camus (Les justes, 1950)

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Vous dites toujours la vérité, vous? Vous venez de commander des fleurs pour votre bien aimé(e)… à être livrées dans quelques heures pour le petit souper surprise que vous préparez sans trompettes. Vous rentrez du fleuriste en douce, sans faire de vagues. Manque de bol, elle/il est à la maison et vous demande: “Tu étais où là?”. Il faut absolument et promptement répondre: “À la bibliothèque”, sinon votre surprise romantique est éventée. Vous ne le faites pas? Allons, allons… ne me mentez pas, surtout ne vous mentez pas à vous-même… Et les enfants que l’on protège des informations douloureuses, les vieux parents auxquels on atténue les tranches les plus inquiétantes de notre vie, les ennemis jurés à qui on ne dévoile quand même pas l’intégralité de notre stratégie, les sondages d’opinion auxquels on affirme sans broncher qu’on mange des légumes frais trois fois par jour,  les enquiquineurs spontanés à qui on ne veut pas révéler en trente secondes le tout de notre vie intime… Allons, allons…

Quiconque dit qu’il ne ment jamais exemplifie pour la gallerie le vieux paradoxe du menteur des Grecs… et quiconque dit “cela n’est pas vraiment un mensonge” s’enfonce encore plus avant dans le susdit paradoxe… Et le mensonge par omission n’est pas une solution… Nous mentons, au moins admettons-le sereinement et vivons avec… Les conséquences ethnoculturelles de ce fait ordinaire sont incalculables. On les écrira un jour l’Encyclopédie des Mensonges Humains, grands & petits et, bien entendu, le Vade Mecum de la Menteuse et du Menteur. La documentation est omniprésente, et imposante, et pourquoi pas…

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Bill Clinton, cancre du sexage

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Bill Clinton et Hillary Clinton devant un bizarre jugement de l’Histoire qu’ils n’attendaient pas…

Bill Clinton aura été nocif et nuisible aux vues de millions de femmes, y compris la sienne. Ethnologiquement parlant, Bill Clinton aura été le président du grand rendez-vous raté des américains avec le respect de la vie privée de leurs dirigeants. Sur Monica Lewinsky, ils passèrent en effet à deux doigts de quitter le ton de la potinade collective mijaurée et de dire «C’est pas de nos affaire. Ils font ce qu’ils veulent». Mais il a fallu que Bill Clinton bascule dans l’intimidation, le tordage de bras, les envois de gardes du corps en visite intempestive à son «adversaire». Derrière Monsieur Sourire se profila alors soudain Monsieur Fier-à-Bras et ce que les américains apprécient habituellement tellement en politique (étrangère notamment) se mit à clocher sur ce terrain là. Les femmes américaines surtout ne supportèrent pas ce genre de duplicité sur fond crypto-brutal. Elles furent profondément déçues et amères, surtout que la femme s’identifie toujours à la femme (Hillary, Chelsea, Monica, Paula…). Et le message collectif finalement fut: «Tord des bras et pète des gueules tant que ce sont des affaires d’état. Mais pour tes affaires de coeur, mon gars, ne manoeuvre pas comme ça, parce que ce sont les replis ordinaires de la nation que tu bafoues alors». L’erreur de mélanger le politique avec le privé, fondamentalement, c’est Clinton lui-même qui l’a commise. Le peuple américain ne fit que suivre, prisonnier de la logique malotrue que Bill Clinton avait instauré envers ces passades qu’il respecta si peu. Puis, pour parfaire le foutoir et lui donner toute l’amplitude des destins tragiques, il a fallu qu’il soit le mari de la première candidate de calibre à la présidence américaine de tous les temps. Le couple Clinton ne se sortira jamais de ce marasme qui les livra à la postérité subconscience de l’Amérique. Une bien triste leçon de l’histoire contemporaine des rapports de sexage.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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La bhuttocratie aux oubliettes…

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

On oublie déjà graduellement Madame Bhutto. Elle était la marionnette myope de l’Occident. Elle incarnait la tentative compradore de manipuler, depuis l’intérieur du fourneau, le Pakistan, cet allié tourmenté de 162 millions d’habitants au bord de la révolution islamique. Il s’agit donc de l’incurie ricaine en matière pakistanaise. Résumons. Le Pakistan, pays artificiellement créé en 1947 pour séparer les musulmans du sous-continent des Hindous, pays doté jadis d’une portion orientale distante de 1,000 km qu’il a perdu en 1971 dans une guerre sanglante et humiliante impliquant l’Inde, pays pompé, frustré, exacerbé. L’islamisme y monte tranquillement sans encombre depuis deux bonnes générations, dans une définition nationale qui repose de toute façon sur l’Islam au départ. Les élites occidentalisées (famille Bhutto en tête) n’y ont apporté que magouilles et combines, self-service pour leur propre clan. Les ricains y ont surtout appuyé de longue date ses dictateurs galonnés en cascades, s’intéressant moins à sa démocratisation effective qu’à la clique à poigne qui servira ses intérêts. Or ces gens ne sont pas des amnésiques politiques, il s’en faut de beaucoup.

Et subitement tu lâches là dedans une ancienne combinarde jadis déposée pour magouilles, qui porte son voile à moitié, en rêvant qu’elle ira bouter le général que tu n’appuies plus parce qu’il pointe les ressources que tu lui fournis contre l’Inde plutôt que contre ton petit problème terroriste qu’il protège à demi et dont il se fiche pour l’autre demi. Eh bien ta figure politique «démocratique» de la onzième heure, prépare toi à en retrouver du hachis. C’est ce qui est arrivé. Madame Bhutto incarnait l’occidentalisation et tous ses mythes creux: démocratie, élitocratie, ploutocratie, magouillocratie, etc. Sa mort aura peu d’impact de masse à terme au Pakistan parce que cette figure était téléguidée de l’extérieur mais comptait peu à l’intérieur en fait, malgré le show à courte vue qu’on a voulu nous servir ici la concernant. Il faudrait envelopper son cercueil dans un drapeau ricain. Elle est morte pour ses maitres d’outre-Atlantique et ces derniers, toujours aussi mauvais joueurs sur l’échiquier mondial, sont maintenant bien emmerdés avec ce général qui n’arrive plus à contenir son hinterland qui gronde et ses maquis rebelles qui pullulent. Même des journaux de suppôts comme Le Monde etc admettent cette réalité patente du statut parfaitement compradore de la manoeuvre avortée Bhutto. Ce qu’il faut voir clairement ici, c’est la mesure de l’incompétence américaine sur cette question délicate de politique étrangère. Si Madame Bhutto et ses muses US étaient si adroites, eh bien la dame serait tout simplement encore en vie. Le pragmatisme de la survie physique en politique n’est pas un pragmatisme abusif, loin s’en faut. Morte, elle prouve combien le coup était hasardeux et mal informé.

L’impact politique de Madame Bhutto (plus inconsciente que véritablement «courageuse» à mon sens. Il n’y a aucun courage dans le suicide) sera minime et sans suites sérieuses. Six mois après sa mort, on n’y pensait plus. Observons cet impact sur le coup du moment d’alors. Moins d’une cinquantaine de morts dans les manifs (Il faut placer les choses dans leurs justes proportions. Ce sont des pays hautement émotifs en matière d’assassinat politique. Rien de comparable ici cependant avec les centaines et centaines de morts ayant suivi les assassinats de Mohenda, Indira et Rajiv Gandhi), des pillages et du brigandage (Ça c’est intéressant parce que c’est l’action de gens qui se couvrent avec l’événement plus qu’ils ne couvrent l’événement), un report électoral mollasson, des partis d’opposition pas tellement plus forts ou plus faible qu’avant, un général toujours aussi collant, et la lente marmite islamiste qui continue de chauffer dans le fond de l’hinterland (et non, comme on cherche tant à nous le faire croire ici, du fait de groupuscules marginaux).

Rien de nouveau, donc. Les tendances lourdes, comme en Égypte, comme en Arabie Saoudite, comme dans la vie. L’idée de foutre la paix à ces gens devrait peut-être faire son chemin un petit peu (si peu), mais le mal de l’intervention occidentale est de toute façon déjà bien avancé… Dans ce contexte foutu, la question QUE FAIRE? a été soulevée. Posons la en termes pakistanais (et saoudiens et égyptiens et palestiniens). Mais que manque-t-il donc à l’islamisme politique pour qu’il se défrustre, se décrispe, se calme les nerfs, s’assoye dedans et nous foute un peu la paix? Réponse: il lui manque l’usure du pouvoir, le bon vieux ronron des chancelleries, le raplapla de la realpolitik, la couchette du pacha. L’ineptie compradore ricaine étant ce qu’elle est, de l’Algérie au Pakistan en passant par la Palestine, quand un parti islamique gagne ses élections en bonne et due forme (démocratie, vous avez dit?), il se fait casser les deux jambes par l’Occident, flagosser, taponner, couillonner, et ces gens n’ont tout simplement pas l’opportunité d’aller un peu dormir au ministère et voir si j’y suis, dans leurs propres pays. Pas fort ça, pour les soi-disant champions US de l’électoralisme. Alors ces gens, tu comprends, ils s’exacerbent, constatent qu’il y a un truc avec les urnes là, et cinq ans plus tard au lieu d’avoir un régime islamique mou élu, tu finis avec un régime islamique dur, placé par coup d’état, martyr sanguinolent et braqué à la planche contre les ricains et leurs semblables (dont vous et moi, au fait).

Le summum pour ça c’est l’Arabie Saoudite. Le grand frère compradore US lui bloque sa révolution républicaine depuis des lustres et, exactement comme l’Irlande jadis, l’Arabie Saoudite exporte ses terroristes (Ben Laden est un grand bourgeois saoudien, frustré de sa révolution anti-monarchique locale) autour du pourtour du couvercle tenu par un Oncle Sam aveugle. Et cela éclabousse partout. Et quand, bien exacerbés, ils pogneront le manche (comme en Iran en 1979), il n’y aura plus de Vietnam communiste pour aller les calmer comme ce dernier le fit si bien pour le Cambodge.

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Tiré de mon ouvrage: Paul Laurendeau (2015), L’islam, et nous les athées, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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De la diglossie dans les chaumières montréalaises

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Paix, Amour, Bilinguisme et Diglossie

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Les histoires de ci-devant baisse du français à Montréal rejoignent une statistique qui circule depuis plusieurs années dans les coins: le nombre de non-francophones-et-non-anglophones augmente six fois plus vite que le nombre de locuteurs d’une des deux langues officielles dans la grande région montréalaise. Bon, bon, si on retire les facteurs en creux (ne pas se procréer et partir pour Repentigny) qui révéleraient un manque de francophones de souche en ville, il reste un seul facteur en plein: l’immigration internationale. L’immigration internationale est par définition linguistiquement hétérogène. Elle fournit ce qu’on appelle dans notre doux jargon sociologique local les allophones, ceux qui parlent une langue “autre” (que les deux langues officielles du Canada). En procédant de la bonne façon et avec le respect requis, des politiques de planification linguistique adéquates peuvent tout à fait amener les allophones aux langues diverses, éparses, sans communication mutuelle directe à embrasser le français comme langue véhiculaire “de la nation”. Le défi est là et il est là depuis au moins cinquante ans. L’augmentation de l’immigration internationale au Québec est en fait un atout, en ce sens que le français ne fait plus face à une autre puissante langue unique (l’anglais qui, avec le profond discrédit US n’a, en plus, plus le prestige qu’il avait aux yeux de nos nouveaux compatriotes) mais à une multiplicité et une diversité de langues communautaires et familliales qui rend un français, langue seconde du segment allophone de la collectivité, beaucoup plus vendable. Si évidemment on évite de faire du charriage, du barouettage et de la petite politique minable (d’un bord ou de l’autre) avec ce délicat problème sociétal de fond. Ainsi on notera, par exemple, que le fait d’avoir concentré les plus récentes recherches démographiques sur la langue du cercle intime peut s’avérer fort trompeur et inutilement paniquant.

Les sociolinguistes nomment DIGLOSSIE l’aptitude qu’ont certaines cultures polyglottes à maintenir une étanchéité complète entre la langue parlée dans un cercle et la langue parlée dans un autre cercle. Plusieurs de nos compatriotes du monde viennent de cultures très profondément diglossiques. Cela fera d’eux des promoteurs naturels de leur langue vernaculaire dans la sphère privée et du français dans la sphère publique. Fait intéressant, j’en jasait justement l’autre jour avec mon barbier montréalais, un italien charmant qui tient échoppe de barbier depuis 1968 et qui ne parle pas l’anglais. Il m’expliquait que la propension linguistique des italo-canadiens du Québec et celle de ceux du reste de l’Amérique du Nord était fort distincte. Les italiens de Montréal tendent à parler italien (ou le dialecte de leur région italienne d’origine) dans le cercle familial et français à la ville. Les italiens de Toronto et du reste de l’Amérique du Nord tendent à parler anglais tant à la ville qu’à la maison. L’Amérique du Nord assimile tandis que le Québec promeut sa langue, tout en préservant la culture d’origine des ci-devant allophones. Cette diversité culturelle effective et cet avantage diglossique hérités historiquement sont la clef du succès de la formule québécoise. Il fallait entendre le ton dépité de mon barbier italien devant la perte de l’italien et du dialecte manifesté par sa parenté torontoise. La diglossie protège les deux groupes du danger d’assimilation, par qui que ce soi. Elle fait du soucis de préservation ethno-culturelle des québécois une priorité universelle et fort intimement comprise, chez les allophones, et fonde ainsi le noyau dur d’une solide compréhension mutuelle sur ces questions si sensibles. C’est indubitablement la formule de demain. Si tu me donnes le choix entre ça et les Flamand des Belges ou les Anglos un peu carrés de nos grands-pères, je prend le lot allophone n’importe quand. Il faut étudier cela plus attentivement, cette capacité diglossique des groupes immigrants et c’est vraiment important. Elle avantage le français comme langue collective québécoise et on n’en parle strictement jamais. Simplisme, simplisme.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Obama n’est pas un prêcheur mais un orateur… et un compagnon de vie

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Joie aigre-douce. Le puissant phénomène Obama c’est dans le fond comme le phénomène Powell ou Rice. Des figures majeures de la politique américaine sont désormais afro-américaines et prennent en toute simplicité une place à droite (souvent, à ce jour) ou au centre gauche (enfin, pour une fois) dans l’arène politique qui est celle de leur nation-empire. La couleur de la peau ou le profil ethnique n’est plus un critère. On prend enfin ces gens pour ce qu’ils sont, sans plus. Comme pour Oprah Winfrey (gentille, géniale, adulée), comme pour Barry Bond (vilain, tricheur, suicidaire), on juge l’arbre à ses fruits sociologiques, à son action politique, à sa pensée, à ses options, heureuses ou malheureuses, en toute neutralité ethno-raciale. C’est le degré zéro de la peau, enfin, enfin, enfin et plus que tout: ENFIN! Ceci dit et bien dit, la joie est quand même un peu aigre-douce parce que, bon, en quittant leur statut historique de martyrs des droits civiques, les afro-américains perdent aussi implacablement leur stature virginale et héroïque au sein de la mythologie politique américaine. Ils entrent de plain pied en pourriture politicienne banalisée pas plus et pas moins que tous les autres. Joie aigre-douce de les voir passer du mythique au normal… mais, somme toute, joie tout de même, car le coût historique de ce passage en parcours de calvaire a été suffisamment dur à payer pour qu’il soit plus que temps de passer à autres choses, sur un autre ton, dans un autre registre. Le moment historique est extraordinaire et fondamentalement jubilatoire. Obama est une figure qui gagne fortement en se faisant connaître. Sa capacité à CONVAINCRE l’électorat blanc de changer ses idées (ou ses préjugés) est le phénomène qui fera la différence dans cette campagne présidentielle. Du temps de John Kerry, c’était une guerre de tranchées, fixe (souvenons nous des bleus et des rouges sur la carte). Ici, ce sera une guerre de positions, mobile. Comme pour Oprah Winfrey, comme pour Barry Bond, le vieux facteur racial est en train de complètement se dissoudre. Il comptera moins que jamais.

Chantons donc avec Obama: « Moi, moi, Roy D’Argot, je le sais déjà. Je suis monté sur un drôle de bateau, bien plus pourri que la Cours de Miracles… » (Fugain, LE ROY D’ARGOT). et regardons le aller comme un météore. Le rapprochement du talent oratoire d’Obama avec celui de Kennedy me semble en fait bien plus valide qu’avec celui de Martin Luther King (à une importante différence près: Obama fonctionne par canevas de discours dont il improvise la finalisation sur place, alors que Kennedy écrivait et mémorisait l’intégralité de ses interventions publiques. Autres temps…). Il faut comprendre une chose d’une grande profondeur dans la culture rhétorique afro-américaine pré-Obama. Des gens comme Martin Luther King ou Jesse Jackson sont avant tout des pasteurs. Leur premier public se réunissait dans une petite chapelle communautaire. Leur éducation oratoire en est une d’ecclésiastiques: mysticisme implicite, amplitude de la résistance collective, espoir émanant du désespoir, communion avec l’audience, pathos, «Glory halleluia!», etc. Or, écoutez attentivement Obama. Il n’y a en fait rien de cela dans ses discours devant grand public. C’est un orateur fondamentalement laïc. Sa présentation est toujours dépouillée, rationnelle, explicative et synthétique en même temps. Sa simplicité de formulation est celle du communicateur efficace dont chaque mot résonne dans chaque cerveau. Le contenu n’y est pas sacrifié, mais packagé. C’est une sorte de power point verbal. Ce n’est jamais du simplisme de prêcheur. Ce n’est pas un sermon du tout (qui miserait sur l’espoir paradisiaque, la mystique grégaire, la colère rentrée, le pathos, le préchiprécha émotionnel, l’autovalorisation suavement dogmatique, la mélasse des martyrs). C’est, au contraire et sans concession, le plus délicat des discours politiques imaginable: celui engageant, entre autres, l’autocritique fondée rationnellement de toute une communauté. Son exposé s’adresse à l’opinion et au jugement d’abord, aux émotions ensuite. Même les inévitables effets de manches électoralistes les plus tonitruants peuvent toujours se résumer après coup en un fort élément de contenu. Son discours n’est pas démagogique. L’attaque ad hominem notamment en est rigoureusement absente. Obama ne cesse jamais de faire réfléchir son auditoire. Pour la simplicité, la clarté et le constant souci cognitif de l’exposé, il me rappelle en fait plus Lénine que Luther King… Admirons sans rougir, mais en demeurant conscient que ce ne sont pour l’instant que des paroles…

Sur le facteur femme maintenant. Face à cet autre immense événement historique, celui de faire face à une candidate à l’investiture, Obama ne put avancer que la formule traditionnelle: regardez ma First Lady. Il la joue à fond. Son épouse, Michelle Obama, est une avocate d’affaire articulée et intelligente qui se donne comme ayant été initiée à la conscience sociale par Obama lui-même. Son admiration pour son époux n’a rien de béat et se communique très bien dans les rassemblements. Mais c’est aussi une bourgeoise en tenue stricte, un peu crispée, pas très à l’aise dans les bains de foules, et qui dit des choses comme: «Nos deux petites filles vivent la vie de gras durs dont nous voudrions voir le reste des enfants américains bénéficier». Cette touche un peu poissante de condescendance de classe ne vend pas nécessairement très bien au centre gauche en général et en particulier auprès des femmes américaines, auxquelles on ne dit pas comme ça que ma famille est mieux tenue que la tienne. Or la femme surveille la femme. Toujours. Michelle Obama, sera-t-elle un talon d’Achille auprès du vote des femmes? Aucunement. Car il s’avérera en fait que  Michelle Obama, subtile, ajustable, louvoyant bien entre la force tranquille de l’épouse et la stature assumée de l’angle traditionnel de son « poste », saura exactement ce qu’elle fait dans cette lune de miel politique, inédite et splendide.

Ceci dit, les femmes (et les hommes) ayant voté pour Madame Clinton contre Obama dans cette longue et difficile campagne pour l’investiture démocrate n’ont pas nécessairement fait jouer uniquement le corporatisme femme. Les femmes sont d’ailleurs souvent les premières à se méfier de ce dernier. Elles aspirent à viser plus loin que l’esprit de corps sans nuance, dans les affaires de la cité. Au delà des clivages de sexage donc, on peut voir je crois, en cette longue et épuisante durabilité de Madame Clinton dans la lutte, un simple et net soubresaut d’inquiétude idéologique des démocrates américains. Un peu pas trop vers la gauche quand même sembla pour un temps se dire la conscience collective démocrate. Puis le débat pour l’investiture s’est graduellement éteint dans les fantasmes homicides du couac conclusif de Madame Clinton qui permirent à Obama de se mettre de nouveau en relief, avec la stature d’un seigneur débonnaire. C’est qu’Obama laisse toujours toutes les portes ouvertes. Sa courtoisie rhétorique est une redoutable méthode. Sur tous les fronts, il combat déjà l’image de la solution américaine par le conflit. Il se veut rassembleur et pacificateur. L’attaquer, c’est la première étape menant à devoir implacablement se joindre à lui… Imaginer l’application de ce genre de doctrine en politique étrangère laisse rêveur… Débat historique de la conscience collective américaine face à elle-même. Conflit avec le conflit… Et il demeure que l’Amérique est conquise par Obama. Il danse chez Ellen Degeneres, joue au basket et aspire à changer Washington. Force est d’admettre qu’un consensus tacite transcendant les partis se sera tissé autour de cette formidable figure du spectacle politique et de ce qu’il représente.

Avec Obama et de par Obama, l’Amérique est en fait en train de remythologiser sa vie politique. Sachant confusément qu’ils ne peuvent se débarasser de leur culpabilité effective, nos incroyables voisins du sud oeuvrent en ce moment à secouer le joug de la culpabilisation émotionnelle qui les accable si profondément face au monde. Activant à fond les formidables rouages recyclants de la toujours très efficace machine à mirages qu’est l’ensemble de leurs institutions, les américains sont en train de faire émerger une figure politique de haut niveau qui parle comme eux et qui dit « C’est assez! » à toute une classe de dirigeants oligarches. L’expérience intellectuelle et sentimentale est sans précédent depuis Kennedy. Profondément plus conformistes en république que les français, les américains ont crucialement besoin d’un président qu’ils aiment comme un frère, un partenaire ou un ami. Un compagnon de vie. Il faut voir maintenant jusqu’ou ils pourront vraiment aller dans cette quête peu simple mais déjà, l’expérience est absolument unique.

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De la ploutocratie

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

On se demande souvent ce que c’est que la ploutocratie. Eh bien, en toute simplicité, la ploutocratie, c’est ceci: les gens riche considérant que leur richesse leur permet d’exercer les plus hautes fonctions. Les candidats «indépendants» (de fortune) aux élections présidentielles ricaines (Ross Perot, et un certain Thomas Jefferson Anderson dans les années 1970) sont les champions de la chose. Le ploutocrate est de bonne foi (pire que la mauvaise foi: la bonne foi). Voyez le raisonnement d’Arnold Schwarzenegger, toute candeur et toute sincérité: «Votez pour moi parce que je suis riche. Mon indépendance de fortune me rendra imperméable aux pressions des lobbyistes, qui sont toujours en soi des pressions financières». Abstraitement, l’argument ne serait pas sans mérite… s’il était formulé par un ange, un robot, ou simplement par un être désincarné, sans la moindre twist (détermination) de classe.

Alors c’est quoi le problème avec la ploutocratie. Bien d’abord, un problème de principe intellectuel. Cessons de parler de DÉMOcratie si ce sont les élites financières (les riches, en grec PLOUTO-) qui mènent le bateau, selon leurs priorités. Et conséquemment cessons une bonne fois de bassiner cette morale électoraliste crypto-élitiste à la planète. Mais surtout, c’est un problème matériel. On a déjà bloqué un des descendants du premier Rockefeller, Nelson Rockefeller, né intégralement coiffé, de devenir président des USA parce qu’il ne savait pas mentalement distinguer dix dollars de dix mille dollars (le «pauvre«» demeura plafonné à la vice-présidence à cause de son Marie-Antoinettisme financier). Ce trait s’applique à différents degrés à tous les ploutocrates. «Le peuple n’a plus de pain – Qu’il mange de la brioche». On ne pilote pas une banqueroute sociale comme les USA de ce jour avec ce genre de synthèse doctrinale.

Le ploutocrate n’est pas spécialement un gros méchant. C’est simplement un incompétent systémique, chronique, voué à ne pas capter intimement les problèmes de la société civile et convulsionnairement allergique à des solutions de couverture sociale allant au delà de la philanthropie et des encouragements paternalistes sans méthode. Il défendra comme une évidence le statut quo qui fonda sa propre réussite et, au mieux, ne fera strictement rien, gros pacha plein de fric sur son trône politique. Le cumul ploutocrate en empilade aggrave naturellement les choses. Civilisation fondamentalement ploutocratisée dans sa définition même, la civilisation américaine sert, l’œil parfaitement calme, ses intérêts financiers en les prenant candidement pour l’intérêt commun et envoie tout aussi candidement les peuples du monde au casse-pipe.

La démagogie fasciste s’est piquée jadis d’anti-ploutocratisme. Oui, oui. C’était en effet un populisme haineux qui misait sur la lie de la terre pour légitimer ses idées extrêmes en se donnant l’air de s’attaquer à la grosse méchante internationale du pognon. Il fallait faire (national)bolcho, c’était les années 1930, l’après-krach etc. C’était un mensonge direct de leur part d’ailleurs car les grands leaders fascistes étaient très près des conglomérats de l’acier, de l’industrie lourde et de l’armement de leurs pays respectifs. Sauf que, ceci dit, la ploutocratie comme phénomène politique et ethnologique ne disparaît pas magiquement simplement parce que les faschos s’en sont servi dans leur démagogie criarde. Trop facile, ça. Assez de simplisme, merci. Surtout qu’aujourd’hui c’est la démagogie libérale qui dit, par retour du balancier historique: «Chut, chut… ne décrivez/dénoncez plus la ploutocratie. Les faschos ont fait pareil». La belle affaire. Les faschos voulaient aussi que les trains arrivent à l’heure, et cela ne légitime par leurs retards actuel.

Prenons l’exemple parfait: Michael Bloomberg, ce bon politique si efficace et si compétent. Ah, il est, l’un dans l’autre, facile de paraître efficace et compétent quand on est le maire riche de la plus riche cité du pays le plus riche au monde. Qu’aurait-il fait comme maire de la Nouvelle Orléans pendant l’ouragan? Ceci n’est pas une observation gratuite. On a là un gars qui dit sans broncher: je pourrais me payer un joujou avec mon pognon, la présidence du premier empire du monde. Et le consensus social approuve sur l’implicite pragmatiste fondateur de la civilisation américaine: il est certainement compétent s’il s’est enrichit. Sauf que cette présidence impliquerait (dans l’idéal!) la compréhension intime et concrète d’un monde où des millions de gens gagnent un dollar par jour. Et après on va se battre les flancs en ne comprenant pas exactement pourquoi ça se termine en engloutissement de milliards en deniers publics dans des théâtres de combats qui n’aboutissent pas, au centre d’une géopolitique de mitaine sans cohérence précise. Je ne parle pas de grandes magouilles sinistres ou d’arnaques élaborées ici, je parle d’incompétence ordinaire, basée sur une simple ignorance de classe. Il me semble que la connexion des pointillées entre la ploutocratie (bien intentionnée ou non) US et une planète de crèves-faim qui ne tourne pas rond et s’exacerbe n’est pas si difficile à faire.

Finalement il est particulièrement important de noter qu’une personne ayant de l’argent n’est pas automatiquement un ploutocrate. Sera ploutocrate la personnalité politique riche certes, mais surtout qui engage sa fortune, l’impact de sa fortune, la crédibilité liée à sa fortune comme vecteur politique. Bloomberg est le parfait exemple. Il fait agir sa fortune politiquement, y croit, ne s’en cache pas, n’en rougit pas, et on comptabilise même le montant que lui a coûté chaque vote à la mairie de New York. Schwarzenegger, lui, te propose un choix limpide: le ploutopouvoir par lobbys financiers ou le ploutopouvoir par politiciens ploutocrates autonomes. Le premier sert les intérêts structuraux de segments industriels spécifiques. Il prend très ouvertement les travailleurs en otage (servez les intérêts de mon groupe industriel si vous voulez du boulot pour vos électeurs). Le second joue plutôt au monarque bonhomme, paterne, placide, philanthrope-ayant-plein-d’amis et promoteur de la solution privée aux problèmes sociaux de façon abstraite, générique, absolue, débonnaire. Le premier ploutocratisme est plus de tendance économique. Le second plus de tendance politique.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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Avez-vous osé dire «conspiration». Bien… oui, et alors…

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

haro sur la conspiration

Moi, je dis simplement, noir sur blanc, qu’il faut raviver notre énergie critique, engourdie par la raillerie CONFIRMATIONNISTE ambiante.

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Conspiration… c’est désormais une notion suprêmement taboue, suspecte d’irrationalité délirante, prohibée, interdite, laide, pas bien. Il reste pourtant qu’il fut un temps où un conspirationiste ce n’était jamais que celui qui affirmait que Kennedy avait été assassiné en 1963 par les extraterrestres écrasés au Nouveau-Mexique en 1948. Aujourd’hui c’en est rendu que quelqu’un qui critique les autorités politiques un tant soit peu est automatiquement étiquetté conspirationniste. C’est bien qu’on pousse un peu dans l’autre sens, peut-être… C’est fort inquiétant parce qu’il faudrait un peu expliquer aussi —par exemple, hein— comment l’ultime puissance militaire de tous les temps, dont le ciel est réseauté par tous les radars imaginables, dont l’aviation de chasse est la première du monde, etc, a pu laisser trois cibles nationales se faire frapper sans riposte, deux sur New-York, métropole du monde, et l’autre, euh, pardon, juste sur le plus imposant QJ militaire de tous les temps. Je ne sais pas. Hum… Bon… Envisager la possibilité de quelques complicités intérieures factieuses ici et là n’est-il pas quelque part quand-même un peu plus vraisemblable que la croyance en l’action isolée du gogo dont on est censé avoir retrouvé le passeport dans les décombres fumants de la déflagration? Il y en a peut-être qui sont rendus trop occupés à servir docilement et compulsivement l’ordre établi pour réfléchir minimalement sur la notion pourtant bien attestée historiquement de contre-terrorisme

Alors allons, allons, causons conspiration. Il va falloir sonner le grand réveil un jour ou l’autre de toute façon. Redite ostentatoire: il est purement et simplement impossible que la première puissance du monde, arrosée comme elle l’est par ses radars et sa paranoïa, ait laissé ces trois cibles majeures, dont le Pentagone, se faire cartonner comme ça, sans réplique. C’est du trucage pur. Rappel. 2001. Insouciant millénarisme. Le militarisme était au plus bas. Il n’y avait plus de Guerre Froide, il fallait remettre de l’ordre dans le galvaudage sémillant des festivaliers clintoniens, re-pomper du financement militaire et recentrer la terreur collective sur un nouvel ennemi. J’adhère à la thèse de vagues terroristes islamistes aux causes localisées ayant bénéficié de la logistique concertée et discrète d’éléments de l’état major factieux US. Comme dans le film THE PACKAGE (celui de 1989, avec Gene Hackman), les intérêts bellicistes des deux bords s’arrangent entre eux car la guerre est l’option secrètement solidaire qu’ils ont en commun. Les Ben Laden de toutes moutures marchent avec les Ricains depuis l’époque de l’invasion soviétique en Afghanistan de 1979. Le président Bush n’avait pas besoin d’être au courant de rien, c’était une potiche de toutes façons. Il s’agit en fait de collusions qui se décident dans des officines discrètes entre gens à la fois puissants et parfaitement inconnus du grand public.

Le dénigrement actuel des «théories de la conspiration» me fait en fait bien rire. Visiblement quelqu’un conspire quelque part pour que l’on croie que plus personne ne conspire jamais nulle part! Par conséquent, pour résumer, je trouve la fameuse métaphore du 11 septembre 2001 comme incendie du Reichstag bien mauvaise, en ce sens qu’elle en donne trop aux pantins du théâtre politique par rapports aux combattants ordinaires de l’ombre, mais je la trouve bien bonne, en ce sens que l’arabesque contre-terroriste que cette métaphore déploie est fondamentalement correcte. Je regrette qu’on utilise le discrédit profond de maints «complotistes» pour dénigrer le fait qu’il y a encore des petits croches qui complotent un peu partout et qu’il faille les débusquer. La conspiration, le complot, ce n’est pas une niaiserie. C’est un comportement politique comme un autre. Pas besoin de croire, mythiquement, dans je ne sais quelle envolée parano stérile et si aisément discréditable, en quelque Commission Trilatérale OMNIPOTENTE (ceci NB – le vrai conspirationnisme du cru pose toujours l’instance qu’il mythologise comme omnipotente et intégralement démiurgique sur le tout du développement historique), pour flairer le musc banal de la magouille généralisée. Exemple: des malfrats montréalais ont conspiré ou comploté pour fixer les prix de certains appels d’offre. Sauf que, quand les gens conspirent ou complotent de nos jours, on ne dit plus qu’ils conspirent ou qu’ils complotent, on dit qu’ils se concertent... Il y a un complot contre la recherche des (vrais) complots. C’est grotesque mais ce n’est pas une plaisanterie…

Comprenons-nous, mon propos critique est ordinaire, citoyen, inédit, sceptique et, surtout, optimiste sur le progrès des connaissances ordinaires, par les canaux de découverte et de réflexion ordinaires. Alors, surtout, pas de panique, hein! Lisez un peu le reste de mon carnet, ce sera pour vous aviser du fait qu’Elvis est bel et bien raide mort et que les soucoupes sont sous les tasses de thé et nulle part ailleurs. Moi, je dis simplement, noir sur blanc, et alors là sans sourciller, qu’il faut raviver notre énergie critique engourdie par la bien onctueuse raillerie conformiste ambiante. Cela signifie qu’il faut aussi remettre en question ceux qui cultivent confortablement la Théorie de la Confirmation

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Consommer du symbolique, c’est aussi de la consommation

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Il faut continuer de regarder attentivement ce que le consommateur consomme: de l’utilitaire ou du symbolique? Voiture: on peut soit la percevoir comme un objet utilitaire. On la veut alors solide, fiable, un peu carrée même, 2-chevauxesque, c’est en masse. On peut la percevoir comme un objet symbolique. On cherchera alors la meilleure affaire pour pouvoir tenir le char de l’année, parce qu’il y a les contraintes de la mode et des tendances. Vêtements: on peut les percevoir comme utilitaires. On les voudra chauds, solides, facilement réparables, commodes, même si un peu paysans. On peut les percevoir comme objets symboliques. Et ce sera alors la soumission aux déjeuners de soleil (les français désignent ainsi un beau vêtement qui ne dure pas) encore une fois de la mode. Consommer du symbolique, c’est aussi de la consommation, simplement elle joue socialement plutôt qu’individuellement. Et cette alternance utilitaire/symbolique variera non seulement avec les cultures mais avec les classes au sein d’une même culture. L’opposition québécois/français joue, encore une fois, à plein ici. Il faut en fait l’amplifier. Passons donc doucement de “québécois” à “nord-américain” dans notre analyse. C’est beaucoup plus juste, ethnologiquement, sur cette question, où nous sommes en fait plus continentaux que sur bien d’autres. Ce sera pour dire que je crois sincèrement que les observations sur l’euro-durable et l’américano-éphémère que l’on entend deci et delà s’appliquent en fait plus à la durabilité de l’échangeur Turcot et du transport en commun (les infrastructures lourdes, donc, où les Euros investissent beaucoup plus sérieusement que les Américanos sur le long terme) qu’aux produits de consommation légers et éphémères. IKEA est après tout une entreprise européenne… et se faire arnaquer avec un cossin joli et subtil mais qui casse ou déchire plus tôt que prévu sans garantie, c’est aussi une aventure typiquement européenne… Ce n’est pas qu’ils aiment le fragile et nous le costaud ou le contraire. C’est, plus simplement, que nous ne consommons pas les mêmes symboles…

Captivante, dans cette réflexion est aussi la relation que nos cultures établissent à l’objet gratuit. L’objet gratuit surprend, déroute. On cherche le truc, chacun dans son angle. La culture nord-américaine chaparde l’objet gratuit, car elle croit effectivement en sa valeur et fonce ouvertement vers le profit du moment. La culture européenne se méfie de l’objet gratuit, car elle est frileuse de son rapport à l’éphémère et appréhende plus profondément le jugement stigmatisant des pairs. L’artiste britannique qui a installé récemment des balancines dans des abribus londoniens s’en est avisé fort cocassement. Il croyait investiguer notre rapport à l’enfance, il analysait en fait notre rapport à la consommation de l’objet gratuit et à la charge symbolique s’en dégageant pour nous, face aux observateurs citadins qui nous jugent toujours comme consommateurs…

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