Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Promotion cyclique des produits, des choix, des options et des comportements «écologiques»

Posté par ysengrimus le 1 septembre 2009

J’appelle promotion cyclique le phénomène propagandiste qui consiste à mettre de l’avant un produit ou un comportement donné en affectant de le fonder dans une vérité incontestable puis, quelques décennies ou quelques années plus tard, mettre de l’avant le produit ou le comportement contraire en affectant de le fonder dans une vérité tout aussi incontestable (mais désormais, elle aussi, contraire) et ce, avec exactement la même ardeur et le même sens exacerbé de la certitude. C’est en matière écolo-environnementale que l’on rencontre les fleurons les plus mirobolants du phénomène vu que la promotion cyclique, contrairement à la publicité ordinaire, est censée nous éclairer sur la définition fondamentale de ce qui est crucial à la vie. Et ça, bien, c’est écolo-environnemental… du moins par les temps qui courent.

Un premier exemple, l’eau. Il n’y a pas si longtemps, on ne jurait que par l’eau en bouteilles. L’eau du robinet était suspecte de ne plus bénéficier de l’assainissement qui avait été celui de nos vertes années. Elle goûtait bizarre, était d’une couleur étrange. Il ne fallait plus s’en servir que pour laver la vaisselle. Soudain, vlan, revirement aqueux généralisé. L’eau en bouteilles est possiblement empoisonnée par la surface plastique desdites bouteille qui, en plus s’accumulent dans l’environnement, et l’eau du robinet est le nectar scintillant de la nouvelle source vive. En glissant le long de la transition des biberons, plastifiés et subitement nocifs eux aussi, on pourrait en venir à parler du lait. Lait maternel, lait de vache, simili-lait pour bébé, la faveur fluctue et les passions s’enflamment. À l’autre extrémité de bébé apparaissent ensuite les couches. Jetables ou lavables, une tension s’instaure. Les jetables polluent par accumulation mécanique alors que les lavables polluent par déversement chimique. La liste pourrait vite s’allonger, sur le chemin torve de l’accession aux ultimes vérités fortes et saines de l’écologie de notre temps. On pleure aujourd’hui d’avoir bazardé le tramway de Montréal et de l’avoir remplacé par des autobus, car le carburant fossile vient de percuter le fond de la promotion cyclique. Vive Toronto et son tram à l’ancienne. Mais demain le vieux réseau de filage électrique aérien s’avérera-t-il nuisible pour la santé torontoise tandis que les autobus montréalais vireront au vert limpide en ne fonctionnant plus au pétrole? Allez savoir. Le toutim à l’avenant…

Autorisez-moi ici un petit détour comparatif des plus singulier. Un espace privilégié pour la promotion cyclique –ce n’est pas une primeur- est indubitablement l’espace sociopolitique. L’ouvrage Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary. (1986) de Guy Hocquenghem exemplifie magistralement la promotion cyclique dans l’espace sociopolitique des «générations». Cultivons brièvement un exemple bien plus mesquin, malodorant et minable: les Conservateurs canadiens. Il n’y a pas si longtemps ils ne valaient pas une guigne aux yeux de quiconque. Aujourd’hui, nos Conservateurs boivent du petit lait tranquillement, avec un centre-gauche bien divisé, comme découpé. Leurs hantises de l’ère progressiste – allianciste – conservatrice – réformiste –réacs–épars–et-dispersés est bel et bien révolue. Souvenons-nous, mais souvenons-nous une petite minute, quand nos vieux bleus cherchaient le nouveau nom de leur serpent de mer de parti uni mais mal collé… Conservative Reformist Alliance Party(CRAP) avait même été susurré moqueusement par ceux qui les croyaient sans espoir à l’époque. C’est bien fini, tout ça. C’est pour les autres maintenant, cette «toute nouvelle» déroute. Parlant de nom, leur mérite aura été d’éliminer de notre tradition politique l’oxymoron grotesque Progressiste-Conservateur, qui faisait à la fois stagnation pendulaire et promotion cyclique emballée, faisait rire maint européens et… révélait un centrisme tortillon bien canadien… Enfin, bref, les Conservateurs (les vrais, les purs, les réacs bleu ciel) font désormais bel et bien partie du paysage politique canadien «de nouveau», c’est ça le plus triste… Ils n’ont plus, en ce jour, qu’à étaler doucement leur recentrage de Tartuffes et se préparer d’autres petites marées bleues bien tranquilles… Ce sont leurs adversaires que l’on donne désormais comme indubitablement foutus… pour le moment, toujours. Effarant… mais, soudain (et c’est ce que je vous annonçait plus haut comme hautement singulier), c’est absolument banal aussi, quelconque, plus du tout surprenant (dans le giron restreint de la politique politicienne). Ils étaient des minus sans intérêts ils sont maintenant le moyen terme acceptable. Cela me rappelle Ronald Reagan dans les années 1970, un bouffon grotesque, un ancien cabotin de cinéma, un pantin creux et godiche, dont personne ne voulait… lui qui allait devenir le «grand président historique» de la décennie suivante. Ce qui est si singulier, c’est que ces exemples criants de promotion cyclique ne surprennent plus du tout, dans l’espace précis de la politique politicienne. La politique politicienne est usée. La promotion cyclique y roule à vide et plus personne ne la remarque, dans le susdit champ politicien.

Promotion cyclique. Cherchez le vrai, dans tout ça. Bon, la mode est possiblement un type spécifique de promotion cyclique, mais il ne faut pas pour autant ramener les questions de promotion cyclique (surtout dans des cas aussi vitaux que celle procédant de l’écologique) à de simples questions de mode. Ce serait alors les atténuer et, en quelque sorte, les innocenter. La mode a au moins la décence intellectuelle, toute involontaire d’ailleurs, de ne pas renier systématiquement la tendance antérieure. La mode est une dérive orchestrée du goût, qui se boucle parfois. La promotion cyclique est un reniement des vérités, qui se contredit toujours. Cela se distingue dans le justificatif que se donne la promotion cyclique et que ne se donne pas la mode. Quand le discours de la mode vous annonce que l’automne sera dans les teintes de rouge et qu’on verra revenir le tricot en force, que l’été se vivra en souliers plats ou que le mauve lilas et le gris cendré sont à l’honneur, aucun justificatif n’est formulé. On ne vous dégoise pas sans fin que les talons aiguille heurtent la colonne vertébrale, que la laine respire mieux que le feutre ou que le noir attire indûment les rayons du soleil… La mode ne s’ontologise pas dans une doctrine du Vrai Souverain. C’est la mode, on n’a qu’à assumer, et advienne que pourra… qui m’aime me suive, quoi…

Dans le cas de la promotion cyclique, qu’il faut donc, en fait, crucialement distinguer de la mode, du changement frivole pour le changement frivole, une tension, un souque à la corde des justificatifs se met en place. On nous annonce subitement, il n’y a pas si longtemps, que les rayons UV, surtout chopés en salon de bronzage par des jeunôts, sont «désormais» cotés causes directes de cancer, au même titre que le tabac. Les salons de bronzage aboient, et vont rejoindre les compagnies de couches jetables, de simili-lait et de bouteilles et biberons en plastiques sous la lune variable à laquelle on hurle sa bonne foi. C’est que, derrière la promotion cyclique se profilent toujours des groupes de pressions, habituellement industriels, craignant, qui de perdre des parts de marché, qui de faire face à des poursuites, qui les deux à la fois. Ouf… Quelqu’un ment quelque part. Ce qui est (pourtant!) hurlant d’évidence dans les alternances du spectacle de notre chère petite politique politicienne devrait l’être autant sur tout ce qui fait l’objet d’une promotion «étayée» en cycles. C’est bien loin d’être le cas. On continue de tendre à croire que l’ultime vérité (sur la ligne du temps) est (enfin) la bonne (alors qu’on ne croit plus spécialement au parti politique du moment… pour le moment).

Car, fondamentalement, c’est la véracité de la promotion cyclique qui soulève les relents les plus purulents. Ne cherchez surtout pas, c’est toujours la dernière version retenue qui est la «vraie». Si nous l’endossons sans question, c’est que la promotion cyclique vient de nous épingler comme un papillon. Et nous mordons. Et nous chantons. Haro sur tout ce que se disait avant. La version actuelle est la seule qui vaille. On la sabordera dans quelques années mais qu’à cela ne tienne, c’est la «vraie». Jouant en plus à fond sur la propension du public à se culpabiliser en panavision, la promotion cyclique finit par planter dans la conscience des masses ce que l’on pourrait nommer l’angoisse des éoliennes. On promeut, dans l’abstrait, les éoliennes. Elles sont une solide alternative aux carburants plus polluants. Mais, dans le concret, on rejette les éoliennes. Elles donnent des maux de tête électrostatiques à ceux qui vivent dans leur voisinage, grincent avec fracas et gâchent la cruciale dimension visuelle du paysage naturel où on les implante. Éoliennes, Oui? Non? La promotion cyclique se met une fois de plus à tournoyer dans tous le sens et c’est l’angoissant tournis manichéen qui nous écoeure, à nouveau, à nouveau, à nouveau.

Écoeuré, ça, je le suis. Je suis suprêmement écoeuré de tous ces pseudo-spécialistes qui recyclent leurs mensonges à géométrie variable, fonction de la puissance du groupe de pression du moment. Je n’ai jamais été trop chaud pour l’hyper-relativisation des vérités (qui est celle, par exemple, dans laquelle est désormais bien enlisée la politique politicienne… les bleus, les rouges, les verts, les orangés… faites tourner). Quand, pour l’eau, le lait, le vent, les rayons UV, le transport urbain et les pépettes de nos bébés on se met à faire le girouette, justement comme pour la politique politicienne, j’ai le net sentiment qu’on se paie ma poire, soit pour me faire les poches, soit pour me donner le tournis sociopolitique sur les questions écolo-environnementales, soit les deux. La promotion cyclique, c’est, de fait, le grand confusionnisme crypto-réactionnaire de notre temps, sur les questions environnementales. On noie le poisson écolo et on détourne le cours de la rivière scintillante de l’opinion pour faire de l’argent. On manipule de nouveau, à la fois nos émotions profondes et notre sens du devoir. On sème la confusion et on nous fait nous garrocher dans tous les sens. Cela tataouine et gaspille en grande, et le seul cycle de croissance que cela enclenche en fin de compte, c’est celui de ma vive et cuisante contrariété.

Retourner vers ceci pour le bien du monde et pour son bien à lui? Non? Oui?

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Typologie des carnets (blogues) électroniques

Posté par ysengrimus le 15 juillet 2009

C’est avec joie et reconnaissance que je constate que le Carnet d’Ysengrimus vient de passer le cap sensible des cent milles visites uniques ou multiples. Ça y est, donc. Il se consolide. Pourtant, en ce moment, on assiste en fait à un certain tassement du carnet électronique comme formule d’expression. La mode évanescente est désormais ailleurs. Le susdit tassement, c’est de fait la tombée en jachère d’un nombre immense de carnets. La lassitude devant la solitude semble le principal facteur d’abandon de la formule du carnet électronique. Les commentateurs médiatiques traditionnels (dans leur sourde panique face à l’inexorable démocratisation de la circulation des idées au sein des médias sociaux) se sont mis à gazouiller sur la question. Ils citent aussi, comme facteurs, l’effet de mode (les branchés sautillants migreraient vers Twitter) et un certain nombre de mauvaises expériences de cyber-harcèlement ayant découragé plusieurs vocations de carnetistes… Ou encore, on a renoncé à la notoriété ou on a compris qu’on ne pouvait pas l’acquérir. On s’est lassés. On s’est brûlés (au sens du choc ponctuel désagréable ou au sens de l’épuisement). On s’est retrouvé à sec de contenu. On s’est senti bien seul dans sa tourelle. Comme pour la musculation, le yoga et la tonte du gazon, on a senti le poids croissant de l’effet de corvée. Peu importe. Il y a bel et bien tassement du carnet électronique. Mais qui dit tassement dit justement aussi son contraire: consolidation. Et la consolidation du carnet électronique s’accompagne d’une intéressante organisation de tendance des carnets. Je dégage quatre principaux types relativement stables de carnets électroniques au jour d’aujourd’hui.

Le Carnet-télex. Ici on singe les blogues journalistiques à la page. On suit l’actualité cursivement, on la commente et on fait se dérouler le rouleau télex de l’info, comme le ferait un vrai de vrai journaleux. Il est frappant de constater combien les médias conventionnels sont désormais relayés, dans leur chapelet circonscrit de redites locales ou mondiales, par toute une camarilla de suiveux qui reprend leurs topos (et jusqu’à leurs photos) sur l’actualité, les glosent en mieux ou en pire, la colorant d’amateurisme en jouant les agences de presse de salon et en n’apportant pas grand-chose de plus à la description du factuel. Certains de ces cyber-journaleux se chamaillent en plus entre eux comme de vraies de vraies prima donna médiatiques et entrent dans toutes sortes de polémiques byzantines, souvent passablement vides de contenu. Ils s’accusent mutuellement de parasitisme ou encore de se tirer dans les pattes sous couvert de cyber-anonymat. Ils vont jusqu’à en oublier leur vocation initiale de télex pour faire dans l’empoigne interpersonnelle ardente. Journaux de demain, médias alternatifs ou simples copies carbones falotes s’assurant des visites à court terme en parlant des sujets attrapes qui font tourner les têtes du moment? Ce sera à l’Histoire de juger. Et dans la cyberculture, l’Histoire, ça débarque vite. Je crois qu’il y a, dans cette catégorie, bien des carnets aujourd’hui en jachère. Prétendre jouer au journaleux à la mode depuis le coin de son cubicule en copiant-collant les télex des autres, ça fait un temps. Il reste que dédoubler n’est pas innover et que le temps aura passé bien vite pour ce type de formule. La caractère étroitement suiviste, factuellement microscopique et ponctuellement circonscrit et limitée de l’information couverte fait aussi de ces documents des archives extrêmement limitatives. Je pense que les historiens ne consulteront que fort rarement ce type de carnet dédoublant les journaux d’une époque… Enfin on verra…

Le Carnet thématique. On traite ici un sujet engageant une pratique ou un corps d’activités spécifiques et on y diffuse des développements descriptifs et des recommandations concrètes de toutes natures. Cuisine, dressage des chiens de race, culture et consommation du cannabis, bande dessinée, sexualité sado-masochiste, navigation à voile, mécanique, jardinage. Le Carnet thématique est nettement en train de se substituer aux fameux précis des collections Vie pratique de jadis, comme Wikipédia est à se substituer aux encyclopédies de colportage de jadis. Habituellement, on découvre un carnet thématique suite à une recherche par mots clefs. On pourrait presque parler de wiki-carnets et la facette interactive du carnet prend souvent ici une tranquille et délicieuse dimension de discussion entre spécialistes vernaculaires. Autre fait important: le carnet thématique est souvent le plus effectivement multimédia du lot. L’image, fixe ou mobile, y revêt habituellement une qualité démonstrative qui change de la dimension souvent anecdotique, décorative ou cabotine qu’elle revêt ailleurs. Un type spécifique de carnet thématique prépare ou répertorie un événement et vit au rythme du moment qui s’annonce ou des étapes qui se franchissent en rapport avec cet événement: des floralies ou des régates, l’élection d’un candidat municipal, la fête nationale dans un patelin, le démarrage d’un orchestre alternatif ou d’une exposition d’art visuel, un chanteur, une sculpture collective. Dans tous les cas, c’est un thème spécifique vécu ou à vivre qui est le moyeu central et qui fonde l’effet fédérateur de la formule. Conséquemment, plusieurs carnets thématiques sont inévitablement centrés sur une personnalité publique ou artistique. On notera à cet effet que, dans certains autres cas spécifiques, c’est l’auteur(e), réel ou présumé, du carnet thématique qui en constituera de fait le thème. La reine de Jordanie, auteure (supposée – c’est un exemple fictif, du moins à ma connaissance) du carnet de commentaire social de la reine de Jordanie est en fait le thème central du carnet de la reine de Jordanie, puisque que ce sont les écrits de la reine de Jordanie sur quoi que ce soit et absolument rien d’autre qui assurent l’effet fédérateur du carnet… Écrits par un anonyme, les mêmes textes ne procèderaient plus du tout du même type de carnet.

Le Journal intime cyber-anonyme. Si le phénomène des carnets électroniques invitant à des commentaires a produit un moment de formidable originalité, c’est bien dans le cas de ces extraordinaires journaux intimes cyber-anonymes que leurs lecteurs et lectrices suivent comme de passionnant feuilletons. Ces discours remarquables sont sans correspondants ou ancêtres immédiats. Certain(e)s des auteur(e)s de ces rouleaux sont des plumes particulièrement incisives et ils/elles oeuvrent à la superbe et inédite tapisserie de la cyber-chronique de ce temps. Souvent tenus par des femmes, ces carnets abordent des sujets journaliers, ordinaires, intimes et assurent un suivi des développements riches en rebondissements et en manifestations de sagesse quotidienne. Semi-fictifs, semi-anonymes, ces documents en devenir nous invitent à les suivre et à en vivifier les fascinants protagonistes de nos encouragements et de nos conseils. Le revers terrible de ces œuvres savoureuses est qu’elles semblent engendrer le plus haut taux de cyber-harcèlement. Admirateurs ahuris ou détracteurs hargneux se nichent dans la bande passante de ces carnets spécifiques, en retracent les auteur(e)s, les harcèlent, les pourchassent, les enquiquine, les épuise. Celles-ci s’écoeurent et ferment éventuellement boutiques, nous privant aussitôt de leur extraordinaire production. Il semble aussi, inversement, que la solitude soit un facteur vif et douloureux de démobilisation en ce genre spécifique. Il faut noter que certains de ces journaux intimes sont «faux» en ce sens qu’ils relatent des drames largement ou entièrement fictifs et suscitent des flux émotionnels qui se transforment en tempêtes péronelles quand la faussaire s’avère «démasquée». C’est un tort regrettable de traquer, comme un travers ou un mal, la fiction de ces discours. Qui irait demander aux Mémoires d’une jeune fille rangée ou aux  Mémoires d’un tricheur d’être platement factuels?

Le Carnet d’opinion. C’est, comme le carnet thématique, un rouleau qui n’est pas nerveusement soumis au flux microscopique de l’actualité vive. C’est, comme le carnet-télex, une couverture qui touche les grandes questions de notre temps sur le mode de la description et de l’explication factuelles. C’est, comme le journal intime cyber-anonyme, une intervention crucialement marquée au coin des opinions et de la sensibilité originales de son auteur. Souvent sociopolitique, parfois révolté, frondeur ou vitriolique, toujours personnel, le carnet d’opinion cartonne et commente, s’attire amis et adversaires, stimule le débat, campe une doctrine, tranche dans le vif, prend radicalement position, fout la merde. Le Carnet d’Ysengrimus a la modeste prétention de se définir comme un carnet d’opinion.

Comme dans le cas de toutes les typologies de ce genre, il est parfaitement envisageable d’observer des métissages. Une dame commentera un fait d’actualité ou un spectacle à la mode dans son carnet intime. Un jardinier ou un dresseur de chiens nous parlera de ses problèmes familiaux dans son carnet thématique. Certaines des aventures que je rapporte dans mon carnet d’opinion on été vécues en interaction avec mes enfants adorés. Je le mentionne sans rougir. Certains carnets-télex basculent dans la plus imprévue des originalités en articulant subitement une opinion novatrice. On dégage ici plutôt des tendanciels que des types rigides. J’ai été initialement tenté de fournir un exemple par type, en utilisant notamment mes superbes carnets amis, Loula la nomade, le Carnet du Dilettante, Humeur variable, mon merveilleux belge qui se soigne ou encore une femme libre, Ya Basta!, Mémoires d’outre-vie, VIVRE… sous le regard du Boudha! ou Ni putes ni soumises. Mais j’aurais horreur de vexer ces personnes extraordinaires en les étiquetant unilatéralement ou en les forçant dans un type ou un autre. Lisez-les, vous y retrouverez aisément les tendances que je viens de dégager. Chacun d’entre eux exemplifiera une des tendances en manifestation principale, zébrée d’un peu des autres. Même dans les cas de métissages plus profond, les tendances se dégagent nettement et il semble bien qu’elles se stabilisent, se consolident, avancent lentement vers la fondation des facettes d’un genre.

Finalement le carnet électronique qui marche, c’est quoi? Réponse, c’est comme n’importe quel autre texte qui marche. C’est le carnet qui parle du cœur, qui écrit d’avoir quelque chose à dire (et non pour attirer l’attention ou faire tourner la bécane d’un nouveau cyber-gadget) et qui se donne un rythme viable. Le mien, de rythme, c’est un billet aux deux semaines (je suis d’ailleurs un des rares qui entre des billets de longueurs stables à rythme fixe – laissant désormais l’intermittent, le fulgurant, l’évanescent et le courtichet à Twitter). Notons qu’habituellement la prolixité des carnets varie, que le rythme est dissymétrique et que les dates de tombée des billets sont habituellement aléatoires. Pas de problème avec ça si vous ne vous desséchez pas… Gardez en mémoire que l’exercice est fondamentalement interactif (contrairement à un simple site web). Donnez-vous un code d’éthique interactionnel ferme et répondez à vos correspondants, à leur contenu plutôt qu’à leur personne. Ne pensez pas trop à qui vous lira, au nombre de clics, au répertoriage, etc… Concentrez vous sur ce que vous avez à dire et, comme le clame la formule choc de certaines clefs d’entrées de commentaires, dites-le! Sur Twitter, on suit la trajectoire d’une personne adulée ou respectée. Ce qui compte dans cet espace, c’est qui vous êtes et ce que vous faites… qui vous twittez, qui vous twittera…  Sur les carnets on suit la trajectoire des idées de fond. Ce qui compte, c’est ce que vous dites, ce que vous traitez. La généralisation des agrégateurs, ces instruments présentoirs qui suivent cursivement les publications sur un ensemble circonscrit de carnets, intensifie le phénomène du carnet électronique dans sa dimension archivistique, si on me pardonne le terme, et lui donne une stabilité et une densité qui répond harmonieusement à sa pure et simple légitimité intellectuelle. On vous retrouve par les sujets ou par les mots-clefs. Les deux formules, l’un de l’ordre de l’être (Twitter), l’autre de l’ordre du dire (Blogue), sont promises à un superbe avenir. Et, comme dans toutes situations évolutives, il y aura les troncs, il y aura les branches et il y aura l’humus. Bonne continuation d’écriture et de lecture.

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Le canular de la conquête de la lune

Posté par ysengrimus le 15 juin 2009

Attention… attention… pas de panique. Ne nous énervons pas, ne sautillons pas dans tous les sens, ne crions pas tout de suite au conspirationnisme hirsute. Comme disait Plume Latraverse: J’essaye quelque chose, juste pour le fun. Imaginons simplement, frontalement, ouvertement, une seconde, que nous ne sommes jamais allés sur la lune, il y a quarante ans. Que ces six courts voyages sans encombre (et sans lendemain) sur notre satellite naturel, entre 1969 et 1972, c’était du pipeau champêtre en mondovision. De la propagande à la sauce hollywoodienne. Cultivons l’hypothèse que tout ça, un peu comme dans le film Capricorn One (1978), c’était un canular de la Guerre Froide déclenché par les délais irréalistes de Kennedy, monté avec des acteurs (pas les vrais astronautes…) dans un studio opaque, des éclairages giclant de partout, des figurants casqués soutenus dans la pénombre sans étoiles par des câbles, un drapeau flexible ou rigide (quelle différence?), un module lunaire en tôle sur du sable doux et, surtout, beaucoup de dessins animés sur nos petits écrans du temps. J’avais onze ans à l’époque et je me souviens parfaitement que ce qu’on voyait surtout sur nos postes, c’était une capsule spatiale en cartoon sur fond blafard en alternance avec Nixon en gabardine, la mâchoire crispée, contemplant le ciel…

Ensuite, encore une fois sans s’énerver, réécrivons l’histoire de la «conquête» américaine de l’espace, SANS la lune et SANS la moindre sortie de l’orbite terrestre. Faisons des «missions lunaires» de simples missions orbitales (les références à la lune qui perdurent ici son en italiques). Ce ne sera donc que l’histoire du progrès graduel de nos mises en orbite successives. Le fait est que, pour ou contre la thèse du canular, on fixe bien trop sur Apollo 11, et pas assez sur ce qui précède et ce qui suit cette iconique Prise de la Bastille sélénite. On est, en fait, bien plus isolationnistes que conspirationnistes quand on touille toute cette affaire dans notre mémoire collective et, franchement, c’est un tort. Alors voici comment la petite progression de la mise en contexte du mystérieux soubresaut lunatique de l’Histoire se déroulerait (je m’en tiens strictement au bazar américain). Suivez attentivement le mouvement. Sincèrement, ça parle de soi-même et c’est très profondément cohérent… sans la lune:

MISSIONS MERCURY (1959-1963) : d’abord 21 lancements inhabités suivis de 6 lancements habités (9 initialement prévus mais les trois derniers furent annulés). Toutes les missions Mercury sont à un seul astronaute. L’ogive, gracile et étroite, ne pouvait vraiment pas en contenir plus.
Mercury-Redstone 3: second humain et premier américain dans l’espace (pas d’orbite complète), Alan Shepard.
Mercury-Redstone 4: l’ogive se fracasse et sa trappe d’ouverture vole en éclat en retombant à la mer. Fameux pétard mais le type saute à l’eau juste à temps et ne se tue pas. L’ogive, par contre, boit la tasse et est perdue.
Mercury-Atlas 6: second humain et premier américain en orbite (trois orbites), John Glenn. Ils ont eu bien peur qu’il se rompe les os ou se calcine les ergots lors du retour.
Mercury-Atlas 7: trois orbite. L’ogive rate sa cible de 400 kilomètres au retour.
Mercury-Atlas 8: six orbites et des tests spatiaux.
Mercury-Atlas 9: premier vol orbital de plus d’une journée. Dernier américain en orbite en solo. Vingt-deux orbites.

MISSIONS GEMINI (1965-1966): d’abord 2 lancements inhabités suivis de 10 lancements habités. Toutes les missions Gemini sont à deux astronautes. Leur grande innovation sera la mise en place et la stabilisation des sorties d’astronautes dans l’espace.
Gemini 1: mission inhabitée pour tester le lanceur.
Gemini 2: mission inhabitée pour tester le lanceur.
Gemini 3: une journée. Trois orbites
Gemini 4: quatre jours. Première sortie dans l’espace.
Gemini 5: une semaine. Cent vingt orbites.
Gemini 6: annulée pour incapacité à rencontrer les échéances.
Gemini 7: quatorze jours en orbite.
Gemini 6a: assume un rendez-vous avec Gemini 7. Les deux capsules se seraient rapprochées jusqu’à 30 centimètres de distance l’une de l’autre.
Gemini 8: Premier contact avec un véhicule inhabité. Premier vol sérieux de Neil Armstrong. Une tuyère merde, la capsule gire dans tous les sens et ils effectuent la première rentrée d’urgence de l’histoire spatiale. Passent à un cheveu de se tuer.
Gemini 9: quarante-quatre orbites. Rate son rendez-vous avec un véhicule inhabité à cause de merdes diverses.
Gemini 10: quarante-trois orbites et un rendez-vous réussi avec un véhicule inhabité. Sortie dans l’espace.
Gemini 11: quarante quatre orbites et une altitude record de 1,190 kilomètres. Un rendez-vous réussi avec un véhicule inhabité. Sortie dans l’espace.
Gemini 12 : Un rendez-vous réussi avec un véhicule inhabité. Sortie dans l’espace d’une durée record de cinq heures trente minutes pour l’increvable Buzz Aldrin.

MISSIONS APOLLO (1966-1972) : d’abord une merde tragique qui cafouille tout, puis 5 lancements inhabités suivis de 11 lancements habités (14 initialement prévus mais les trois derniers furent annulés). Toutes les missions Apollo sont à trois astronautes. Rappelons qu’ici les «missions lunaires» sont converties en de simples missions orbitales de type Gemini amélioré  (les mentions de la lune sont en italiques).
Apollo 1: pète au sol pendant un test de lancement. Les trois astronautes sont carbonisés.
Apollo 2 (dite AS 203): mission inhabitée pour tester le lanceur.
Apollo 3 (dite AS 202): mission inhabitée pour tester le lanceur.
Apollo 4: mission inhabitée pour tester le lanceur.
Apollo 5: mission inhabitée pour tester le lanceur (avec, soit disant, le module lunaire).
Apollo 6: mission inhabitée pour tester le lanceur.
Apollo 7: mission orbitale autour de la terre de onze jours, genre Gemini 7 en un peu plus bref.
Apollo 8: mission orbitale de six jours, du 21 au 27 décembre 1968. (censée soudain s’être rendue jusqu’à la lune en trois jours et avoir tourné 10 fois autour).
Apollo 9: mission orbitale de dix jours, du 3 au 13 mars 1969. (censée avoir testé tout le bric-à-brac de la capsule et du module lunaire, mais uniquement dans l’orbite terrestre).
Apollo 10: mission orbitale de huit jours, du 18 au 26 mai 1969. (censée, en une sorte de fusion de 8 et de 9, s’être rendue jusqu’à la lune, avoir tourné autour, en avoir fait s’approcher le module lunaire jusqu’à une distance de 15 kilomètres, l’avoir récupéré et être rentrée. Le tout en une semaine).
Apollo 11: mission orbitale de huit jours, du 16 au 24 juillet 1969 (Solides vétérans des missions du programme Gemini, ultimes soldats de la Guerre Froide, Neil Armstrong et Buzz Aldrin étaient donc le choix parfait pour cette mission double d’exploration orbitale et de propagande mondiale. Ces deux figures paradoxales ont surtout prouvé, dans le dernier demi-siècle, leur capacité d’acier à bien la boucler. Mais, au soir de leur vie, la pression augmente… Comme à ce combattant japonais de 1944 retrouvé dans la jungle insulaire en 1974, il va falloir que leur commandant en chef ou un de ses porte-parole leur signale un jour, respectueusement, que la Guerre Froide est finie, qu’ils ont fait leur «devoir» selon la conception de leur temps et que l’Histoire attend maintenant le dénouement serein de la mascarade).
Apollo 12: mission orbitale de dix jours, du 14 au 24 novembre 1969.
Apollo 13: mission orbitale de six jours, du 11 au 17 avril 1970. Phrase historique: Houston, we got a problem… L’explosion d’une citerne à oxygène aurait forcé un retour d’urgence. Notons, un peu perfidement, qu’on pourrait avoir simplement eu affaire à une mission orbitale plus courte que les autres… une journée plus longue que celle de Gemini 5, en fait. (Fallait-il réintroduire l’impression de danger qui s’était perdue avec les quatre sorties lunaires mythologiques et parfaites antérieures? Fallait-il donner au programme Apollo son Gemini 8? Cette mission fut-elle versée aux profits et pertes de l’effet de réalisme? Je me souviens d’avoir eu très peur pour le retour de ces trois astronautes et que cela avait fortement réactivé mon attention déjà déclinante. Quoi qu’il en soit du détail de l’intendance du spectacle, l’Histoire dira que 13 a raté la lune).
Apollo 14: mission orbitale de neuf jours, du 31 janvier au 9 février 1971.
Apollo 15: mission orbitale de douze jours, du 26 juillet au 7 août 1971.
Apollo 16: mission orbitale de onze jours, du 16 au 27 avril 1972.
Apollo 17: mission orbitale de dix jours, du 7 au 19 décembre 1972.

MISSIONS SKYLAB (1973-1979): Le but réel des missions Apollo n’était donc pas la lune mais la mise en place d’une routine solide de rotation sur orbite terrestre, dans la pure et simple continuité de ce qui avait déjà été amorcé lors du programme Gemini (et partiellement raté après la quasi catastrophe de Gemini 8). Il est important de comprendre que ce n’était pas exclusivement un exercice de propagande, cette affaire. L’idée est qu’ils ont fait semblant d’aller hyperboliquement sur la lune tout en poursuivant linéairement le travail effectif lancé avec les programmes Mercury et Gemini. La suite logique alors de ces missions orbitales temporaires n’est pas Mars ou Vénus mais, plus modestement, une tentative de mise en orbite permanente. Ici non plus ce ne sera pas facile. Gravitant dans l’orbite terrestre pendant six ans (et visitée trois fois par des équipages), la station orbitale Skylab (distance de la Terre: 442 kilomètres en apogée) est en fait abandonnée dès 1974. Elle fait l’objet d’un silence opaque pendant quatre ans, puis se casse la gueule au large de l’Australie en juillet 1979 (il fallut bien alors en reparler). La NASA ne s’embarquera plus jamais seule dans la construction de stations orbitales. Il est clair et net que ce machin ne devait pas se planter si vite, s’il devait en tout et pour tout se planter. On peut parler sans exagérer de ratage intégral. Si on avait dit initialement au grand public que ce gros moulin à vent coûteux n’aurait qu’un an de vie utile (1973-1974), ça n’aurait pas passé la rampe. Pour citer Plume Latraverse une fois de plus, on peut dire que tout ce projet fut conçu par un génie dans une bouteille de Coke.

NAVETTES SPATIALES (1981-2009): Toujours dans une stricte logique non pas interplanétaire mais, plus modestement, orbitale, arrive ensuite le véhicule qui se met en orbite avec un lanceur et peut revenir autrement qu’en catastrophe. Les navettes, on l’a dit et redit, décollent comme des fusées et reviennent en atterrissant comme des avions. Elles sont aussi réutilisables. Leur univers, une fois de plus en toute cohérence, se restreint lui aussi à l’orbite terrestre dite inférieure. Et les difficultés sont toujours au rendez-vous. Columbia, (qui pète à l’atterrissage en 2003), Challenger (qui pète au décollage en 1986), Discovery, Atlantis et Endeavor ne peuvent pas s’éloigner de plus de 2,010 kilomètres de la Terre (820 kilomètres plus haut que Gemini 11 donc – rappelons pour mémoire que Paris et Montréal sont à une distance approximative de 7,000 kilomètres). Tant et tant que, pour placer un satellite en orbite géostationnaire (36,000 kilomètres), il faut recourir à un lanceur à étages comme la fusée européenne Ariane qui, notons-le au passage, positionne son satellite, largue ses caissons à carburant, comme le faisait jadis Saturn 5 (le lanceur des capsules Apollo), mais… a la décence réaliste de ne jamais revenir. Rappelons, toujours pour mémoire, que la lune est à environ 400,000 kilomètres (un peu moins ou un peu plus, fonction des variations entre son apogée et son périgée) de la Terre et que, mouvement des astres oblige, on ne s’y rendrait pas sur une trajectoire en ligne droite…

Voilà donc l’avancée graduelle, la progression chancelante, la suite d’étapes chèrement acquises de la version américaine de notre mise sur orbite terrestre. La suggestion que je vous fais maintenant est tout simplement la suivante. L’histoire ici se lit beaucoup plus facilement et selon un dégradé beaucoup plus constant, normal, plausible et équilibré si les mission Apollos 8 à 17 ne sont justement que de simples rotations dans l’orbite terrestre (tout simplement comme Apollo 7 juste avant elles), de durées variables, quelque chose oscillant doucement entre Gemini 5 (sept jours) et Gemini 7 (quatorze jours). Dans le tableau plus large du mouvement progressif global Mercury – Gemini – Apollo – Skylab – navettes, ponctué de pépins, d’écrasements, d’explosions mortelles et d’imprévus biscornus, emmerdants, douloureux et tragiques, les six sauts, sans encombre aucun, sur cette si petite période de 36 mois, vers la si lointaine lune, apparaissent comme une tache de science-fiction idéale, magique, éthérée, illogique, ad hoc, improbable et irréelle sur la surface rouillée et trépidante de la réalité raboteuse de la difficultueuse et héroïque conquête… de notre bien plus modeste jardin orbital.

Sur la lune avec cela?

Maintenant que vous disposez des splendeurs et des misères du tableau élargi, repensez-y froidement, juste une minute ou deux. C’était l’époque où un ordinateur était plus gros qu’une remise de jardin et carburait aux cartes perforées et aux bobines en girations sporadiques. On nous parle donc, en fait, d’une ogive teuf teuf genre Gemini (voir image supra: l’ogive d’Apollo 11) avec sur le bout du nez une espèce d’araignée improbable aux pattes griffues. Le zinzin bringuebalant est censé se rendre jusqu’à la lune en trois jours, tourner autour, décrocher le module sans ailes, le faire descendre et alunir sur ses pattes sans écrasement, ni fausse manœuvre, ni pépin d’aucune sorte. Puis ledit module est censé remonter (la tête seulement, hein, les pattes restant sur la lune), se ré-emboutir pif-poil sur le bout du nez de l’ogive chambranlante genre Gemini. On se doit ensuite de transférer les bonshommes d’un véhicule à l’autre, de larguer le module dans l’espace, de s’arracher de l’orbite lunaire et de rentrer au bercail un demi-million de kilomètres plus loin, sans carburant supplémentaire. Le tout six fois de suite, à de très courts intervalles, avec de la nouvelle quincaillerie à chaque fois (les navettes, elles, ont au moins la décence réaliste de voler à plusieurs reprise) et, surtout, sans la moindre merde notable à signaler. Mentionnons aussi, pour la bonne bouche, le silence opaque contemporain sur Apollo 9 (censée avoir décroché et raccroché le module lunaire sans quitter l’orbite terrestre inférieure. Il a volé où, dans l’intervalle, l’arachnide sans ailes aux pattes griffues?) et Apollo 10 (censée avoir produit une répétition générale intégrale, l’alunissage en moins, le module remontant in extremis sans toucher la surface lunaire. Je vous demande un peu à quoi ça rime). Allons… allons… C’est du Jules Vernes, du Cyrano de Bergerac.

Module lunaire en alu...

Sur la lune, en plus, pour compléter le tableau, on est censé tirer de cette minuscule araignée improbable (elle est bien plus petite, en volume utile, que l’ogive, voir image supra), un jeep portatif, des outils divers, un drapeau rigide, des caméras comme s’il en pleuvait (dont une doit rester sur son trépied sur la lune pour filmer le décollage de la tête du module), deux bonshommes en scaphandre et des bâtons de golf. Non, non, plus le temps passe, plus la distance historique s’installe, moins ça marche, cette histoire…  Et ensuite, en point d’orgue, on nous raconte sans rire que, les contraintes technologiques et économiques étant ce qu’elles sont, on devrait peut-être éventuellement arriver à «retourner» sur la lune vers 2020… Bon… Alors?… Bon alors qu’on ne me prive pas du précieux droit fondamental de douter quand même un tout petit peu… l’un dans l’autre… tout de même…

NOTE POST-SCRIPTUM. Grand merci aux si nombreux lecteurs et lectrices venus, sur ce billet spécifique, débattre la question vraiment fumante du canular lunaire. Le débat qui suit est ferme, vif, mouvementé, documenté (avec des hyperliens comme s’il en pleuvait), “tit for tat”, parfois mutin et ironique, mais les deux points de vue sont exposés de manière hautement circonstanciée et surtout, fait crucial et fort rare dans la blogosphère contemporaine, personne ne se comporte comme un cyber-provocateur (“troll”) ou comme un malotru, et c’est hautement apprécié. Je suis particulièrement reconnaissant à un de mes vigoureux adversaires de débat (autodésigné d’un pseudonyme qu’il m’interdit fermement de mentionner ici). Il a gentiment attiré mon attention sur un site assez ancien (vieux d’au moins quatre ans) intitulé APOLLO DATA qui défend, lui aussi, la thèse exclusivement orbitale des missions Apollo (en se concentrant exclusivement sur celles-ci), et qui le fait, ma foi, bien plus précisement et finement que moi.

Bienvenue à tous et à toutes et merci, encore une fois, à tous les intervenant(e)s…

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TWITTER représente-t-il la mise en place tranquille et ordinaire du totalitarisme volontaire?

Posté par ysengrimus le 1 juin 2009

Ce n’est pas mon genre de bougonner contre la technologie vibrante et innovante et mes vues sur le dispositif d’interaction sociale Twitter ne feront pas exception. Sur ces questions, toujours hautement fascinantes, je pense en permanence à ce cher vieux Alexander Graham Bell (1847-1922) en train d’inventer la transmission à distance par fil des sons intégraux. Le bon patenteux canadien croyait dur comme fer que le nouvel objet technique qu’il introduisait allait permettre exclusivement aux personnes souffrantes d’écouter un concert en direct sans s’y rendre… La notion de téléphone telle que nous la connaissons aujourd’hui s’est mise en place après l’appropriation par Bell du dispositif technologique requerrant son fonctionnement. Le téléphone tel qu’on le pratique de nos jours (pratique qui, elle aussi, est en pleine révolution) est un objet social autant qu’un objet technique. Comme le disait si bien Gilles Vigneault: On fabrique des chaises, on sait pas qui va s’asseoir dedans… Rutherford Hayes (président des USA de 1877 à 1881) doit lui aussi être invoqué ici, en absolue priorité. Pourquoi? Parce que le hautement obscur Hayes fut le premier président à justement utiliser un téléphone à la Maison Blanche… L’Histoire n’a pas fait grand cas des résistances qu’il rencontra (certainement) alors. Méditons ici son modeste héritage et évoluons dans les technologies de communication, bondance…

Mais évoluons dans les technologies de communication, bondance…

Mais évoluons dans les technologies de communication, bondance…

Il s’avère de fait que le dispositif Twitter suscite de la jubilation à ceux qui s’y adonnent et, effet de mode ou démarrage en force, cela fonde déjà sa validité plus que quoi que ce soit d’autre. Le plaisir fait partie des plaisirs, s’il-vous-plait, plait-il… J’ai même entendu un commentaire parfaitement convainquant me donnant le sentiment net et indubitable que Twitter peut s’avérer suprêmement commode pour des tas de gens. De fait, une femme politique californienne expliquait, il y a quelque temps, que Twitter lui permettait de rendre compte directement, disons, d’une réunion de travail à laquelle elle avait participé sur un dossier sensible, sans devoir subir le filtre des médias et des journalistes s’interposant entre la communication telle qu’elle entend la mettre en place et le public s’intéressant aux questions politiques qu’elle traite. Il est hautement intéressant de se dire que les personnalités publiques peuvent s’adresser à qui s’intéresse à leurs actions sans se taper les distorsions journalistiques d’usage. Le mérite de l’innovation technique est déjà là, entier. Les remous savoureux se manifestent eux aussi, naturellement (Il semble que l’Allemagne vive déjà son Twittergate. Le nom du président élu aurait été coulé avant le temps, sur Twitter). C’est un cas d’espèce finalement assez similaire à celui des ci-devant célébrités sans intermédiaire, qui inquiètent tellement tant de petits esprits bien en place.

Ceci dit et bien dit, Ysengrimus est un vieux loup dont le poil se hérisse souvent dans le frisson du souvenir des luttes ordinaires de jadis. Revenons un quart de siècle en arrière. Je travaillais à l’époque dans un atelier lexicographique (un atelier de production d’articles de dictionnaires) et l’administration du service décida un beau jour que la production était trop lente et elle voulut voir plus précisément le détail fin de toutes les étapes du travail. On nous imposa alors de remplir des fiches  rendant compte de nos activités heure par heure (de vraies fiches en carton qu’on tirait d’un tiroir oblong qui glissait doucement et sentait le vieux vernis). Deux groupes se formèrent alors dans l’atelier. Ceux et celles qui jugeaient que c’était là un micro-management (le mot n’avait pas encore cours, mais l’idée, bien plus ancienne, y était bel et bien) inacceptable, une intrusion patronale indue dans le détail quotidien de la tâche et, en plus, que la susdite intrusion se déployait comme une agression permanente sur le sens éthique des travailleurs. Et, de l’autre côté, se polarisèrent ceux et celles qui jugeaient que la meilleure façon de pouvoir faire piger au patron que la lenteur du travail tenait à sa difficulté inhérente et non à de la perte de temps illégitime était, justement, de tenir, scrupuleusement on non, ce type de journal de bord. On assista ni plus ni moins à la lutte de la confiance bafouée contre la transparence défensive. Ce fut épique. Les deux camps avaient une seule opinion en commun, capitale. Ils jugeaient en conscience que tout le temps investi à décrire le travail en cours risquait de tout simplement… ralentir encore plus le travail effectif lui-même, aux fins d’un peaufinage de sa dimension de spectacle pour le garde-chiourme. Quiconque travaille de nos jours à la production d’un bien ou d’un service, par exemple dans le secteur informatique, pourra témoigner de la version électronique contemporaine de ce totalitarisme de la description suivie et détaillée des activités en cours. Vous me voyez venir, n’est ce pas? Mais faisons encore un tout petit détour vers le téléphone portable. Les jeunes travailleurs et travailleuses tertiarisés de notre temps vous parleront, les sourcils froncés, de ces emplois de différentes natures où il est exigé de disposer d’un téléphone portable pour obtenir le boulot. Le talkie-walkie Star Trek portatif contemporain vous rend automatiquement disponible 24 heures sur 24 à votre employeur qui ne se prive pas pour profiter de la chose, à ce qu’on me rapporte. Difficile de résister à cela désormais, le téléphone portable faisant, au jour d’aujourd’hui, si profondément partie de nos mœurs ordinaires.

Et, futurologistes de troquets cassez vos crayons une fois de plus, c’est dans ce contexte social hautement improbable qu’apparaît pourtant, flamboyant et sabre au clair, Twitter, un dispositif vous permettant de volontairement rendre des comptes au tout venant à propos de l’intégralité de vos activités, minutes par minutes. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, il faut admettre que c’est quand même parfaitement intriguant. C’est toute notre conception de la vie privée qui vire de bord et bascule dans une autre direction, subitement, une fois de plus (la première fois, c’était avec Facebook). Effet de mode? Il faudra voir comment les choses se placent à terme. Souvenons-nous prudemment des fantasmes futurologiques mal avisés d’Alexander Graham Bell… Mais, si vous me permettez, admettons quand même ensemble qu’il n’est pas besoin d’être Georges Orwell pour supputer que le patronat micromanagérial de notre temps va vite flairer l’aubaine. On peut supposer que, fort bientôt, pour obtenir le boulot, il faudra se raccorder à un Twitter quelconque, interne à l’entreprise, et la version fulgurante des fiches de chiourme de mon atelier lexicographique de jadis deviendra une norme comportementale, une sorte d’automatisme parfaitement incontournable pour être «professionnel(le)». Ce n’est plus seulement un Big Brother autoritaire à l’ancienne qui vous suivra alors pas à pas, mais un collectif de senteux anonymes, un aréopage de juges sociaux et comportementaux pouvant choper, commenter, orienter, influencer, manipuler, nos actions, en instantané.

Je ne suis pas en train de faire de l’alarmisme. Il s’agit plutôt ici d’un de ces raisonnements un peu abstraits mais relativement plausibles qui pétaradent dans certains esprits face à une nouvelle invention jaillissante. Le fondement de ce raisonnement est, lui, par contre, un fait objectif imparable, qui définit essentiellement la fameuse innovation Twitter: pour la première fois dans l’histoire connue, les communicateurs de tous calibres et leur public adhèrent en masse à un mécanisme les invitant à diffuser (et à se faire diffuser) en continu un carnet d’activité micro-détaillé. Ils le font, en plus, par choix, joyeusement, allègrement, compulsivement même dans certains cas (ça, ce pourrait être lui, l’effet de mode, mais bon). C’est inouï, incroyablement nouveau et, l’un dans l’autre, parfaitement incroyable. La propension totalitaire se tissant en sous-main ici n’a rien de nouveau, elle, par contre… C’est le fait de voir les masses se ruer la fleur au fusil pour se rallier à son étendard qui déroute et dérange passablement. Vient-on d’inventer (ou… de réinventer), tout tranquillement, le totalitarisme volontaire? Continuons de jouer avec Twitter et voyons lucidement la direction dans laquelle ça s’engage.

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Le cyber-anonymat, symptôme purulent du mal ENTREPRENEURIAL de notre «démocratie» paradoxale

Posté par ysengrimus le 29 novembre 2008

Une amie très chère, dont je vais taire le nom vous allez deviner pourquoi dans une seconde, est réceptionniste au quartier général d’une grande entreprise torontoise. Observatrice sagace dans une cage de verre, elle m’écrit privément des commentaires truculents sur sa vie de bureau, qui sont à hurler de rire d’humour et d’intelligence. Je lui écris: «Vous devriez consigner ces observations sur un carnet électronique. Le public devrait pouvoir profiter de l’incroyable justesse d’analyse de vos propos et de votre incomparable humour.». Elle me répond, laconique, que si elle le faisait, il faudrait qu’elle reste évasive et opère une telle chronique électronique sous l’anonymat le plus compact.

De temps en temps on observe un fait similaire sur les carnets publics de journaleux à la mode dont nous tairont les noms aussi ici, car certain(e)s d’entre eux/elles n’aiment pas trop être associé(e)s idéologiquement, de près ou de loin, avec les propos sulfureux d’Ysengrimus. De temps en temps donc, et toujours hors sujet, des discussions éclatent sur ces carnets électroniques journalistiques à propos justement du cyber-anonymat. Un intervenant outré reproche à un autre de ne pas signer sa diatribe vitriolée du moment. La majorité du peloton des participants, formé quasi exclusivement de cyber-anonymes, vole habituellement à la rescousse de l’anonyme initialement incriminé et donne alors à lire une volée de motivations en faveur de l’anonymat sur Internet qui, une fois le baratin auto-justificateur tamisé, se résume en fait l’un dans l’autre en un aphorisme ferme et unique : «je ne veux pas que mon employeur puisse accéder à mes opinions».

Le cyber-anonymat est un phénomène omniprésent qui soulève des problèmes totalement inédits. En ce moment le président Obama embauche. Ses équipes de recruteurs exigent des postulants qu’ils remettent la liste de tous les pseudos qu’ils ont utilisé sur Internet, dans le but de détecter les propos éventuellement politiquement emmerdants des futurs collègues. Je ne sais pas si ceux-ci vont apprécier cette exigence et fournir allègrement une information aussi paradoxalement sensible, mais le seul fait de la réclamer sans rougir manifeste une surenchère sur un fait de surveillance totalitaire aujourd’hui complètement banalisé (ce qui ne le rend pas moins putride et inique): votre employeur, présent ou futur, googlise votre nom sur Internet et retient tout ce qui s’y trouve, d’évidence plus contre vous qu’en votre faveur. Il existe même, semble-t-il, des entreprises qui, pour un prix d’amis, passent l’aspirateur dans Internet pour y effacer les traces de votre présence antérieure, jugée implicitement compromettante et automatiquement, comme fatalement, nuisible à votre avenir.

Le mal profond que le symptôme purulent du cyber-anonymat révèle est clair et net. L’immense majorité de la population circulant sur la surface électronique ne veut pas que ses opinions, mêmes les plus ordinaires, ne soient associées à son identité. Une blogueuse canadienne fort spirituelle, sensible et brillante, qui maquille méthodiquement son identité et celle de tous les personnages qu’elle met talentueusement en scène, s’auto-désigne sereinement une femme libre… «libre» d’écrire mais pas trop libre de se montrer, d’évidence. En fait, la «liberté» d’expression sur Internet n’est pas une liberté individuelle au bénéficiaire identifiable. Cette pulsion libertaire n’arrive à se débrider (avec tous les dérapages que l’on connaît trop bien, notamment sur les carnets journalistiques à la mode) que si le silence le plus opaque perdure sur QUI s’exprime. Ils sont bien révolus au demeurant, de par la réalité de plus en plus massive du cyber-journalisme, les temps archaïques où un journal aurait refusé de publier une lettre anonyme. Aujourd’hui l’anonymat de celui ou celle qui prend la parole et diffuse électroniquement ses propos est respecté, comme il ne l’a probablement jamais été dans l’histoire moderne. Si un propos est jugé trop cru, illicite ou impropre, on le caviarde tout simplement, d’un coup, en bloc, sans jamais réclamer que son auteur ne s’identifie et prenne la responsabilité de ses salades. Contrainte technique? Je n’y crois pas trop. Contrainte sociale? Ah, là, par contre… Si la censure journalistique tolère le cyber-anonymat et le perpétue sans oser l’attaquer frontalement, c’est que, visiblement, tout le monde est conscient d’un danger et partage un implicite collectif au sujet dudit danger… Il faut remonter au Moyen Age, époque où le droit d’auteur n’avait pas d’existence juridique, pour retrouver un tel impact, sur l’univers de l’écriture, du scribe anonyme. Les choses se déploient ici à une échelle naturellement bien plus titanesque et sophistiquée, notamment autour de cette question apparemment si sensible de l’expression de l’opinion (le scribe médiéval était fondamentalement un copiste, même s’il glissait souvent ses petites interventions en douce sur le parchemin).

Pourquoi tant d’anonymes, tant de masques sur la toile? Il y a bien là priorité de l’expression de soi sur la reconnaissance. Une intimité toute en esquive prend corps et s’installe dans notre culture. C’est parfaitement captivant et incroyablement nouveau. Que resterait-il de ce corpus de commentaires brillants et de carnets électroniques lumineux si tout le monde déclinait son identité? Peu, si peu! Les carnets électroniques, journalistiques ou autres, qui imposent une identification plus explicite se survivent à eux-mêmes, et tout le monde sait que ce n’est pas là que ça se passe… ­Ça (ça, c’est la libre expression des idées qui percolent), se passe nulle part ailleurs que dans la fosse aux cyber-anonymes! Et, du fond de ce cloaque douteux, on va aller chialer contre la cyberculture des chinois?… et ce, alors que notre propre démocratie paradoxale produit un tel consensus, implicite et explicite, de la cagoule et du secret de la pensée vive? Holà… Bon, le blogueur et la blogueuse cyber-anonymes invoquent parfois des motivations familiales pour se planquer… C’est le cas notamment, justement, d’une femme libre – comme si les pairs de cette grande surdouée naïve n’allaient pas se reconnaître automatiquement s’ils tombaient sur ses développements, si fins, si riches en détails, si personnels, si intimes, en un mot (un autre problème affleure ici: peut on écrire intime ou intimiste tout en demeurant confidentiel?). Mais, je le redis haut et fort, l’explication massive et collectivement endossée de ce profond consensus en faveur du cyber-maquis se crie et s’écrit (je n’invente pas cela): «je ne veux pas que mon EMPLOYEUR puisse accéder à mes opinions».

Le symptôme est criant, ouvert, purulent. Notre «démocratie» est une fausseté hypocrite. Notre liberté d’expression est une illusion, serinée par la propagande intoxidentale. Notre société civile est constituée d’une multitude d’enclaves ouvertement et sereinement fascistes. Ouvrons les yeux une bonne fois. L’empereur est nu. Chacune de ces enclaves ouvertement et sereinement fascistes nous dicte quand aller à la toilette, comment nous habiller, qui fréquenter, quelle orientation sexuelle avoir, quand et pourquoi sourire, à quelle fête de fin d’année nous présenter. Au mépris de la ci-devant Charte des Droits (cette lettre morte du flatulent tartuffe politique), cette enclave ouvertement et sereinement fasciste tient son petit monde en sujétion, exerce une menace permanente sur la possibilité que ledit monde a de se nourrir et de nourrir ses enfants, l’oblige à rester disponible en permanence au bout du téléphone portable, et, aussi, méprise ses opinions, ses émotions et sa pensée au point de l’obliger à séparer, cruellement et injustement, son identité de ses paroles dans l’agora électronique mondial. Inutile de rajouter que cette enclave ouvertement et sereinement fasciste surveille assidûment Internet.

Mon amie, réceptionniste anonyme à Toronto, capitale inconditionnelle du «monde libre», ne peut pas dire publiquement ce qu’elle pense, justement à cause de cette enclave ouvertement et sereinement fasciste. Cette enclave ouvertement et sereinement fasciste, qui fleurit comme un cancer au sein de notre démocratie paradoxale et en fait une coquille vide sans portée effective, sans substance réelle, c’est l’entreprise.

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Débats sur blogues publics: le code d’éthique d’Ysengrimus

Posté par ysengrimus le 28 juin 2008

Laissez moi vous asséner les cinq mesures autocritiques permanentes d’Ysengrimus quand il ferraille sur des blogues publics :

1- Ysengrimus, mon bon, lis d’abord tous les commentaires. Si ton idée a déjà été exprimée, ne fais pas se répéter le blogue. Si le thème ne t’inspire pas, eh bien, reste silencieux, un autre jour viendra. Évite soigneusement redites, ritournelles et platitudes.

2- Traite le sujet, Ysengrimus, pas seulement le thème lancé mais l’argumentation formulée sur ce thème par l’animateur ou animatrice de la discussion ou par les intervenants. Ne digresse que pour exemplifier. Soit original, articulé, songé si possible, utile, fécond, agréable à lire. Apporte quelque chose. Soit bref. Si ton développement est trop long, résume–le ici et pose tout simplement un hyperlien. Ceux que cela captive iront. Les autres se passeront de ta diatribe en un saut plus court.

3- Si tu n’es pas d’accord avec des éléments de contenu venant de l’animateur ou l’animatrice du blogue ou des intervenants, critique-les explicitement sans complexe mais en focus strict sur le contenu et en évitant toute référence ad hominem. Car, mon Ysengrimus, tu es ici dans un débat d’idées pas dans une querelle de personnes. Corollairement, signe donc le tout de ton vrai nom, cela t’aidera à ne dire que ce que tu dirais sans que le cyber-anonymat ne se mette à te servir de planque involontaire.

4- Ysengrimus, gars, interviens le moins fréquemment possible. C’est souvent tentant et ça pique les doigts d’y retourner en cataracte, en mitraille, mais tu dois penser à ceux qui lisent en silence, pas seulement à ceux qui ferraillent avec toi sur l’agora. Aussi quand, comme souvent, cela vire à la conversation de papoteur électronique entre petits copains en mal de connivence, retire toi. Ceci n’est pas ton espace de communication personnel.

5- Et surtout, Ysengrimus, aime ces gens, aime cet animateur ou cette animatrice et ces intervenants. Ils sont à redéfinir la communication entre médias et lecteurs. C’est difficile mais ils le font et ils le font globalement de bonne foi. Si bien que, s’ils te cassent un verre, ils ne le font pas exprès et t’invitent, même sans le savoir, à te mettre un peu… au recyclage du verre…

blogue

Ysengrimus, gars, ceci n’est pas ton espace de communication personnel...

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Bill Gates, avancée technique, peut-être. Régression socio-économique, certainement

Posté par ysengrimus le 27 juin 2008

Le jugement sévère de l’Histoire est donc amorcé sur Bill Gates. Il a ouvertement volé les innovations des autres à son profit exclusif et re-banalisé le monopole avec privilège. Cet ultime nabab mythologique incarnera donc pour l’Histoire l’art peu subtil de mettre l’explosion technologique au service de l’engraissement du parasite obstructeur. Microsoft est un gros coucou destructeur posé pesamment sur le nid clignotant et souffreteux du NASDAQ. Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser… Les thuriféraires pâmés de Gates invoquent sa ci-devant générosité (gros salaires, musées gratis, etc) pour les employés de sa firme de gras durs sur Seattle. Il faut donc à ce jour avoir la carte du Parti M$ pour aller au musée… Générosité??? Élitisme et esprit de corps, oui. Opportunités pour la gagang de petits copains. Miettes éparses pour les dociles et les groupies qui suivent dans le sillage. Rien pour la société civile, dans cette manne aussi titanesque que sélective, gérée selon la doctrine régressante du plus insensible et du plus condescendant des ploutocratismes. Toute la doctrine sociale du capitalisme d’avant le New Deal est là, sur un mouchoir de poche… D’autres suppôts de Gates roucoulent à propos de son virage philanthropique. Holà, holà, ho! Avec entre 20 et 50 milliards de menue monnaie voletant dans mes poches, je vous en donne moi aussi de la philanthropie, pour me dédouaner de 30 ans d’extorsion et de strangulation totalitaire… Qu’il s’attaque donc à la rougeole comme il prétend le faire… le symbole est parlant. Je ne sais pas s’il va éradiquer la rougeole, mais il oeuvre certainement à éradiquer le rouge…

Bill Gates, c’est le capitalisme qui trahi sa propre doctrine de libre concurrence et remythologise le monopole. Si son entreprise, son «oeuvre», a peut-être fait avancer la technologie (?), elle a certainement fait régresser le capitalisme vers des doctrines (pseudo mirifiques) pré-1929. Ce potentat et ses lieutenants peuvent amplement se payer ces petits frais de cours ridicules imposés de droite et de gauche au bout du bras par quelques micro-nations vétillardes, pour leurs pratiques monopolistiques éléphantesque étalées sur une génération… On aurait prédit cet ITT à la puissance mille à FDR au moment du New Deal, il en serait tombé en bas de sa chaise roulante. Même dans leur logique de capi, c’est un totalitarisme monopolistique fou furieux. Ils ont exploité le besoin technique criant d’unifier le parc d’ordi mondial pour se graisser au présent et protéger leurs profits futurs. C’est exactement comme s’enrichir sur la faim… Et Bill Gates peut bien, après cela, se transformer en mascotte inepte et jouer les Colonel Sanders de la technologie. Le mal est fait. Un mal profond et durable. Un cancer lent. Car si l’individu Gates s’en va, on a encore MicroCrosse dans les jambes pour un bon moment… Magouilles… Dictature… Extortion… Médiocratie technique… Ce n’est vraiment pas fini, l’œuvre de Bill Gates.

Urgent. Il faut saisir la fortune de Bill Gates et construire des écoles et des cliniques avec. Laisser des avoir financiers colossaux du genre de la fortune de ce type entre les mains de propriétaires privés est un crime majeur contre l’humanité. Cela mène au bout du compte à des farfeluteries misanthropes genre milliards en legs à des Fondations pour Chiens… Tout cet argent est un avoir collectif extorqué. Je le redis: il doit être saisi sans délai ni compensation et alloué d’urgence à l’éducation et à la santé.

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Les retouches photographiques sont en train de devenir un enjeu sur lequel on nous juge

Posté par ysengrimus le 11 mai 2008

Les retouches photos faites à l’ordi, qui s’en souciait au tournant du siècle? Une photo de moi sur une vaste pelouse verte vif, tendrement penché sur mon épagneul Médor, me semblait ratée parce qu’Oncle Firmin apparaissait, titubant au loin, entre mon épagneul et moi, et comme grotesquement perché sur le bout de la truffe de ce dernier. Basta, en quelques clics et mouvements de souris, je pulvérisais le vieil oncle en fond et rapprochais légèrement Médor de moi, le tout, évidemment, sans altérer le vert serein de la pelouse. Deux amis fraternels et sans enquiquineur aucun étaient alors voués à s’aimer d’un amour sans mélange… visuel. Tout était alors dit, et nul n’y trouvait à redire. Puis, pourquoi pas, de fil en aiguille, je me suis mis à me noircir les cheveux, à me pâlir le teint, à me ciseler le nez, à me lisser les rides, à … me mincir le bide.

Le phénomène des retouche photos s’est répandu entre 2000 et 2010 comme une explosion de fond, au point de prendre l’ampleur et la proportion d’un vaste événement culturel collectif. Vers 2008 la majorité des photos de personnes ordinaires figurant sur le site de relations sociales Facebook étaient des retouchées. Le gratin ne fut naturellement pas en reste. Des acteurs et des actrices virent leur apparence altérée au point de devenir méconnaissables. Les peaux sont devenues comme plastifiées ou métallisées, les cheveux ont pris un lustré sci-fi irréel, les silhouettes sont devenues d’une cambrure impossible, la photo s’est transformée en une sorte de dessin animatronique figé dans ledit irréel et ledit impossible. Puis nos yeux –sinon ceux des persos de ces images- se sont graduellement descillés. On a commencé à pester devant les caisses du supermarché. Révolte de l’entendement. Une actrice a poursuivi un canard qui lui avait vissé la tête sur le corps d’une autre, un de ces corps de guêpe inepte qu’elle n’approuvait pas. Une compagnie de savonnette a basé une de ses pubes sur une dénonciation du caractère irréel et illusoire d’une images de jeune fille ordinaire engloutie sous une suites quasi ininterrpompue de retouches animatroniques aussi factices que déshumanisantes. Ce fut le choc empirique. La même enterprise s’est ensuite fait tancer pour avoir elle-même retouché des photos de modèles qui devaient pourtant avoir subversivement transgressé les normes ineptes de ce temps, en se démarquant comme natures et non soumises aux canons. Ce fut alors le choc moral…

Nous entrons maintenant nettement dans l’ère de la retouche photo comme discrédit sur lequel on nous juge. Je vous assure que, sous peu, apparaitront des labels comme CETTE ILLUSTRATION EST GARANTIE SANS RETOUCHE qui seront, eux aussi, vrais ou mensongers, ce sera selon. De fait, certaines feuilles à potins garantissent déjà le caractère non retouché de photos qu’elles utilisent… pour dénigrer l’apparence physique, ou la santé, ou le tonus d’une personnalité qu’elles mettent au ban des normes (car il y a aussi le monde sournois et perfide des anti-retouches). Et on débattera. Et les juristes s’en mêleront. La difficultueuse courbe d’évolution de la technologie des retouches photos est clairement en train de perdre tout de sa froide inertie technique de jadis et de devenir un autres épisode de la sourde résistance contemporaine des femmes à la tyrannie des normes d’apparence. Et quand un film attendu fera un bide à cause du fait que la tête d’affiche aura été retouchée sur ladite affiche, les vendeurs de beauté factice en prendront de la graine et, de nouveau, le technologique devra s’incurver devant les pressions du social. On entrera alors dans l’ère de la rectitude photographique. Oncle Firmin ne sera probablement pas restitué au bout de la truffe de Médor sur ma vieille photo de jeunesse… mais toute une imagerie privée et publique des corps et des visages entrera alors abruptement dans le souvenir papier-glacé 2000-2010… l’âge d’or de la retouche photo sauvage (dont nous ne voulons d’ailleurs plus et qui ne nous manque vraiment pas)…

Les retouches photographiques: un enjeu sur lequel on nous juge

Les retouches photographiques: un enjeu sur lequel on nous juge

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Microcélébrité?… ou célébrité sans intermédiaire

Posté par ysengrimus le 29 avril 2008

Une dame un peu forte se met subitement à chanter son petit karaoké sur YouTube. Sentiment étrange quand on l’écoute. Il y a un fond de velour là dedans. Cela vibre. on le sent vachement et… des dizaines de milliers d’autres internautes confirment notre impression diffuse mais imparable. Les journaleux, ces préchiprécheurs sur le déclin, nous crient alors: c’est une autre microcélébrité. Or, ce terme de “microcélébrité” est boiteux, téteux, condescendant, en un mot: médiatique. Il donne une impression de petitesse (comme dans “petit” peuple) qui déforme passablement les choses. Si ton cabotinage sur YouTube est cliqué par des miiliers, des millions de gogos, il n’y a rien de “micro” là-dedans. Je parlerais plutôt de CÉLÉBRITÉ SANS INTERMÉDIAIRE. Autrefois, cette dame un peu forte à la voix au petit velour se serait fait mettre dans le son (i.e. ici, ils lui auraient dit: vas-te coucher, tu chantes trop mal, tu es trop forte, cela ne pognera juste pas) par un studio, un agent, toute une vermine d’entremetteurs et de déformeurs qui sont aujourd’hui voués à lentement se reconvertir ou disparaître parce qu’ils sont remplacés par une technologie de masse simple d’accès. Mais il ne faut pas s’y tromper. Le public fait bel et bien toujours sa sélection. Il y a donc bel et bien toujours des gagnants et des perdants, mais les metteux dans le son et autres filtres élitaires ne sont plus là pour dicter la norme des goûts populaires. Je suis plutôt très pour. Aux gens de faire leur choix directement et de juger par eux mêmes ce qu’ils retiendront comme marquant leur temps. Et, j’insiste là dessus, une fois ces intermédiaires expurgés, eh bien… le problème intellectuel ou artistique reste entier. Il y a des millions de farfeluteries qui se déploient sur YouTube et ailleurs. Certaines ne drainent que huit commentaires et d’autres en drainent huit millions. Tout le monde a maintenant se chance et pourtant une sélection se fait encore. YouTube ou pas, il n’est toujours pas si évident de marquer son époque… La solution technique n’a pas du tout fourni la clef du mystère social en cause ici…

Le tout ici postule naturellement que YouTube ne se mette pas à censurer insidieusement ce genre de tendance vernaculaire… On sait déjà qu’ils protègent le copyright à fond le carton, ils pourraient tout autant -reniant alors ouvertement jusqu’à leur nom- se mettre à protéger l’intégralité de la Jet Set culturelle ancienne… moyennant rémunération discrète et sans trompette des instances menacées. Il faudra voir…

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