Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Pourquoi donc les femmes abandonnent-elles leurs études avant les hommes?

Posté par ysengrimus le 31 mars 2009

On observe de plus en plus et ce, partout (y compris dans le tiers-monde) que les filles réussissent brillamment leurs études mais ne persévèrent pas dans leur formation académique et dans le cheminement professionnel qui s’ensuit. Pourquoi? Bon sang de bon soir, pourquoi? Dans l’ambiance généralisée d’indigence intellectuelle de ce temps, il faut se taper les explications proposées par certains de nos folliculaires. Tout est en question. Les hormones? Les grossesses? Les carences agressives de l’estrogène rendant inapte à la fatalité de l’espace compétitif? Oh, oh, calmons-nous… L’explication de la contradiction lancinante entre les résultats scolaires des filles (par rapport à ceux des garçons) et la non-durabilité de leur temps d’études n’est pas biologique mais historique, en ce sens qu’elle indique la crête d’un moment (cent ou cent cinquante ans à l’échelle de l’Histoire c’est un moment) de fracture historique. Par pitié, méfiez-vous de toute tentative d’explication de ce genre de problème académique ou intellectuel sur des bases biologiques, car c’est là une sinistre déviation réactionnaire. Mâle Alpha, à la niche…

Le flux des changements historiques se compare à un immense incendie dans une plaine. La paille sèche brûle et cela soulève d’épaisses volutes de fumée. Longtemps après l’extinction des flammes vives de l’incendie, la fumée perdure et c’est seulement l’intervention d’autres forces (vent, pluie) qui en viennent à finalement la dissiper, alors que c’est la fin de l’incendie, et rien d’autre, qui la condamne au départ. Dans la division sexuelle du travail qui caractérise les dizaines de millénaires agraires d’où nous venons tous, la femme, en sa qualité de version humaine de la génisse reproductrice, fut restreinte à la maison et au potager tandis que l’homme gardait les troupeaux, faisait la guerre et montait à la conquête des citadelles matérielles et intellectuelles. Depuis le début du siècle dernier, l’incendie patriarcal est bel et bien éteint mais la fumée est encore fort épaisse. Irréversiblement libérées de la division sexuelle effective du travail rural par l’industrialisation puis, en notre temps, par la tertiarisation de la civilisation, les femmes ont cependant encore les yeux embrouillés par une fumée patriarcale (souvent soufflée dans leur visage par un papa effectif) dont les fondements socio-économiques se sont pourtant bien éteints. Les idéologies retardent. Dirons-nous assez que les idéologies retardent et que cela fait desdites idéologies des représentations retardataires du monde? Les femmes se font donc éventuellement rattraper par des priorités et des représentations de nature domestiques qui gagnent d’ailleurs en importance dans la société civile mais qu’on pose encore, pour elles, en une criante dichotomie (artificiellement maintenu par les priorités de production du capitalisme) avec leurs activités de nature académique. Elles quittent donc la citadelle «des hommes» (qui n’en est pourtant plus une) pour retourner vers celle «des femmes» (qui n’en est plus une non plus). Les vieux réflexes intellectuels perdurent, dans un monde matériel nouveau. Il y a encore fumée sans feu. Et cette contradiction fondamentale déchire tragiquement la vie de la femme moderne. Mais, comme on le constate de plus en plus, leurs résultats scolaires augmentent. Tiens donc, tiens donc, ils augmentent, par rapport à ceux de leurs mères et de leurs grand-mères… Cette augmentation de leurs compétences académiques ne vient pas de nulle part non plus et n’est en rien le fruit du hasard. C’est de fait un indice cardinal de la capacité croissante des femmes à s’intégrer dans les nouveaux cadres sociaux qui, inexorablement en évolution à leur avantage, ne les discriminent plus. La qualité de leur travail vrille donc son chemin au sein de l’instruction et de la production et le jour viendra où leurs décisions subjectives archaïques tomberont, au profit de choix plus conformes aux capacités objectives qu’elles manifestent désormais sans ambivalence. Il ne faut pas se demander pourquoi les femmes se retirent encore des facultés malgré de bons résultats académiques. Il faut plutôt se demander pourquoi elles ont soudainement de très bons résultats académiques malgré le fait qu’elles se retirent encore des facultés. Et la réponse, au problème ainsi remis sur ses pieds, est alors que, chez les jeunes femmes de notre temps, la propension OBJECTIVE à ne plus se retirer des facultés se met fermement en place DE PAR ces susdits résultats, indices polymorphe moins de la conformité scolaire des petits filles, comme certains voudraient tellement le croire, que de leur intérêt croissant pour les choses du vaste monde. La force objective de leurs compétences fissurera bientôt les idées anciennes. Ce qu’elles peuvent et ce qu’elles veulent se rejoindra, non sans introduire une profondes révolution de nos représentations intellectuelles et émotives au passage. C’est une simple question de temps. La réponse à ma question en titre est que les vieilles valeurs perdent graduellement prise face à la puissance du fait encore tout nouveau et tout chaud, devant l’histoire, de l’émergence sociale et intellectuelle de la femme.

Maintenant attention. En détruisant le vieux mode de production agraire, le capitalisme a imposé l’égalité objective de l’homme et de la femme. En ce sens, il est une étape décisive vers quelque chose comme le socialisme. Mais, comme dans le cas des discriminations sur fondement ethnique ou racial, le capitalisme a aussi intérêt à perpétuer toutes les pratiques archaïques susceptibles de légitimer le profit et l’extorsion de la plus-value. Le mythe sexiste de la faiblesse intellectuelle ou matérielle des femmes est une de ces pratiques archaïques fort intéressantes pour le capitalisme. Si la femme travaille mais est moins qualifiée parce qu’ayant renoncé tôt à ses études, voilà, par transposition intellectuelle du vieux mythe, au réceptacle encore vivace, de la faiblesse physique de la femme, un prolétariat frais, compétent mais complexé, moins coûteux et fragilisé par la fumée de l’ancien mode de production qui l’étouffe encore. Le capitalisme voit que tout ce fatras réactionnaire et traditionaliste sur la femme est bon à prendre et n’oeuvre pas trop vite à parachever, dans les consciences, l’égalité en sexage qu’il a lui même imposée dans les faits, car, pour le capitalisme, dans sa logique socialement nivelante, égalité en sexage cela signifie égalité SALARIALE et rien d’autre. Le plus tard possible alors, dans la logique de notre cher Capi… Combien de chefs d’entreprise vous diront, sans faire de farces plates, qu’ils aiment embaucher des femmes parce que c’est une catégorie de personnel à la fois moins coûteux et plus fidèle à l’entreprise. L’entreprise investit des efforts fantastiques à perpétuer facticement les faiblesses et les douceurs dont elle entend profiter. Mais tout n’est pas joué, il s’en faut de beaucoup. Notre nouveau millénaire, je vous le redis, sera le millénaire de la femme. Et l’ordre qui va s’instaurer de par la mise en place, historique et collective, des femmes et des priorités intellectuelles et matérielles des femmes ne sera pas nécessairement un ordre entrepreneurial…

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Le mariage homosexuel au Canada: vers l’inévitable choc de la primauté des droits

Posté par ysengrimus le 15 mars 2009

Au Canada, les homosexuels se marient. Notre carte nationale est intégralement arc-en-ciel et ce, depuis le début du siècle. Nous sommes le quatrième pays au monde ayant pris ce tournant décisif (coiffé au fil d’arrivée uniquement par les Pays-Bas, par la Belgique et, de l’épaisseur d’un cheveu, par l’Espagne). Nous sommes le premier (et pour l’instant, le seul) pays des Amériques à respecter et à protéger juridiquement l’intégralité de l’amour. Même nos politiciens conservateurs, pense-petits, vétillards, démagogues et rétrogrades, n’osent plus soulever la question de la définition du mariage et les diverses tartufferies afférentes. S’ils osaient, ils se mettraient à dos et le Canada juridique, roide et sourcilleux, qui interprète notre ci-devant charte des droits, et le Canada libertaire, débridé et séditieux, qui prendrait sans hésiter la rue sur cette cause, surtout dans nos trois pétales de villes: Montréal, Toronto, Vancouver.

L’affaire du mariage homosexuel est close au Canada… juridiquement, s’entend

L’affaire du mariage homosexuel est close au Canada… juridiquement, s’entend.

L’affaire du mariage homosexuel est donc close au Canada… juridiquement, s’entend. Ethno-culturellement, c’est une toute autre histoire. Le multiculturalisme canadien paie, particulièrement sur cette question importante, le prix de sa non prise en compte de la tangible possibilité des dérives communautaristes. Certains de nos compatriotes planétaires viennent de régions du monde encore profondément patriarcales et où l’homophobie est purement et simplement une norme d’acier, implicite, évidente, sereinement dogmatique. Un enseignant de souche africaine d’une école secondaire du grand Toronto faisait récemment la promotion de la diversité des orientations sexuelles, en stricte conformité avec le programme académique de la province canadienne de l’Ontario. Un de ses élèves, de souche africaine aussi, lui annonça intempestivement que, s’il parlait comme ça de l’homosexualité en la valorisant, c’est qu’il n’était pas un vrai africain… Il y a aussi le cas de ce jeune homme, libanais de seconde génération, musulman, que sa mère a surpris au lit avec un autre homme… et qui, depuis le sermon unilatéral, rigide, sectaire et parfaitement illégal (couperosé notamment de menaces de mort) qu’elle lui a servi, craint que ses droits canadiens ne le mènent directement en «enfer»… Notons, et c’est absolument capital, que la dérive communautariste ne se restreint aucunement aux néo-canadiens. Nos bons compatriotes du cru, alors là, comprenons-nous bien, ne sont pas en reste. On peut ainsi mentionner ce jeune catholique de souche que son école catholique de souche a voulu empêcher d’aller au Bal de Graduation avec son amoureux, tout aussi catholique de souche. Ces deux là, certainement moins impressionnables que ne l’auraient été certains de nos compatriotes immigrants, sont allés dare-dare devant les tribunaux et ont eu gain de cause… juste à temps pour le bal. La charte canadienne des droits et libertés prime, en terre canadienne, sur les diktats des cultes et des sectes que notre multiculturalisme, tout aussi canadien et, il faut bien le dire, passablement élastique, autorise pourtant, malgré tout… et fort paradoxalement.

Il est clair, il est criant, il est patent qu’un jour ou l’autre, le choc de la primauté des droits va vraiment claquer sec sur cette question incontournable. Nos réactionnaires canadiens de souche, catholiques irlandais, italiens, canadien-français, et protestants anglais, écossais, loyalistes (dont les deux cultes sont, trois fois hélas, protégés par la vieille constitution canadienne de 1867) vont, à un moment ou à un autre, établir leur jonction «solidaire» (de la solidarité calculatrice des causes circonscrites) avec nos réactionnaires néo-canadiens patriarcaux, issus de tous les coins du monde, musulmans, hindous, juifs, sikhs, pour chercher de nouveau à coller l’homosexualité masculine et féminine (ainsi, corollairement, que l’égalité essentielle des hommes et des femmes) au mur. En visite, il y a quelques années, dans un grand pays dont je tairai ici le nom (il ne s’agit pas de cibler un groupe ethnique ou un autre mais bien de cerner un problème de principe), le premier ministre du Canada de l’époque de la mise en place du mariage homosexuel s’est fait niaiser et ridiculiser par des officiels bien couillus et bien railleurs qui se payaient sa poire en se tenant les côtes parce qu’il venait d’un pays où les gens de même sexe se marient. Notre premier ministre, modeste et discret comme tout premier ministre canadien terne et blême qui se respecte, n’était pas chez lui. Il a donc écrasé le coup sans faire de vague… fournissant ainsi, en fait, sans malice, l’exemple à suivre, en ces temps de transition de la grande plaque tectonique des mentalités. Simple. À Rome, il a fait comme les Romains…

Il va, un jour, falloir promouvoir cet exemple sous notre beau drapeau unifolié nunuche et mollasson, et choisir son camp. On va un jour, c’est triste mais c’est comme ça, devoir dire à certaines personnes: à Rome, eh bien… vous faites comme les Romains. Si vous aspirez à vire en ce pays, à bénéficier de son mode de vie et de ses libertés si durement acquises, il va falloir respecter… son mode de vie et ses libertés si durement acquises. Il va falloir, un jour ou l’autre, le dire. C’est d’autant plus douloureux, emmerdant, contrariant, que le multiculturalisme est aussi une valeur canadienne et que de devoir l’écorner ainsi ne se fera pas sans arguties, jonglages et dilemmes divers. Mais bon, la liberté d’expression pleine et entière aussi est une valeur canadienne, et cela n’en rend pas la propagande haineuse, le racisme, l’antisémitisme plus légitimes ou légaux. Il faut ajuster, accommoder et surtout, trancher sans faillir ce nœud gordien du paradoxe du choc des droits… Racisme: non. Sexisme: non. Homophobie: non. Fin du drame. J’avale alors la pilule et me console comme suit. Si nos compatriotes néo-canadiens passionnels provenaient de quelque république communiste rouge vif, ils se feraient dire, vite fait bien fait, d’écraser le coup avec leur doctrine prolétarienne libertaire et de respecter le bon capitalisme canadien ronron, en la ravalant, en vitesse, leur petite conception trublionne de la lutte des classes… Le souci multiculturel de nos sophistes juridiques unifoliés prendrait le bord de la sortie sans complexe, face à des cocos utopiques aux idées sociales élargies. Et, alors, alors seulement, le choc de la primauté des droits ne soulèverait pas le dixième des arguties que nous imposent notre complaisance, aussi excessive que suspecte, devant le tataouinage abscons des cultes, le byzantinisme veule des sectes, la tyrannie rigide des croyances irrationnelles et le flafla bringuebalent des temples portatifs. Conclueurs, concluez.

Voici donc ma prise de parti. Limpide. L’égalité essentielle des hommes et des femmes et l’intégralité des droits, matrimoniaux, parentaux et comportementaux, des personnes de toute orientation sexuelle prime, au Canada, sur toute autre croyance ou diktat. L’égalité des hommes et des femmes et la diversité des orientations sexuelles sont des droits fondamentaux, axiomatiques, inaltérables, inaliénables. Ce sont des droits de la personne, au sens le plus crucial du terme. Quiconque veut vivre au Canada doit respecter ces droits en toutes circonstances, comme nous nous devons tous de respecter l’égalité des races, l’égalité des chances et le droit à la libre expression. Il n’est pas possible de s’adapter convenablement en terre canadienne sans intérioriser la complète symétrie des droits hétérosexuels et homosexuels et l’intégrale égalité des hommes et des femmes. Ces droits priment sur toutes autres croyances, convictions ou valeurs.

Et… le monde entier, un jour, comprendra cela. Je demeure, l’un dans l’autre, optimiste.

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Ce que Michelle Obama symbolise

Posté par ysengrimus le 1 mars 2009

Dans la mise en place de la symbolique présidentielle en cours aux USA, Madame Michelle Obama joue un jeu fin, subtil, délicat, audacieux, et elle le joue sciemment. Elle travaille à la démonstration du fait qu’il est possible d’être à la fois “maman” et socialement affirmée et qu’une pleine appropriation non-sexiste des rôles traditionnels de la femme est viable. Il y a, de fait, des femmes qui s’identifieront profondément à cette dynamique dualiste et ce n’est pas, il faut l’admettre en toute impartialité, plus aventureux que ce que font certaines de nos dirigeantes d’entreprise… Il faudra voir ce qui en découlera et si une perspective progressiste effective sera mise sur rail par une telle option. C’est bel et bien là une autre des gageures “improbables” de l’aventure ultra-centriste des Obama… Fondamentalement il ne s’agit pas ici d’une question privée ou personnelle mais bel et bien d’un problème d’image publique. La posture de Première Dame case sa dépositaire dans une coche ET publique ET traditionnelle, donc, inévitablement, fondamentalement paradoxale, pour toute femme de sensibilité moderne et moderniste. C’est un problème, c’est même potentiellement assez ennuyeux. Il faut surveiller attentivement ce que Madame Obama fera de cette stature ambivalente et ce qui en adviendra à l’usure du temps. Mais le moins qu’on puisse en dire pour l’instant sur son compte est que sa compréhension de la situation est maximale et que le tout de la joute symbolique se joue, de fait, autour du fameux enjeu de la conciliation travail/famille, si sensible en notre temps.

On peut dors et déjà observer que Madame Sarah Palin, en 2008, tenta aussi, dans le corps de sa stratégie de communication électorale, de miser à fond sur ladite question de la conciliation travail/famille, mais, dans son cas, ce fut une déception intégrale, pour des raisons bien plus systémiques qu’on ne le pense. Madame Palin se posait en figure politique au sens classique du terme, pas en Première Dame. Or, le fait est que les femmes seront beaucoup plus douées comme leaders socialistes. Les politiciennes de droite, comme Sarah Palin, vivent une contradiction insoluble entre les valeurs progressistes que les femmes font émerger de par leur impact de masse dans la société civile et les intérêts réactionnaires qu’elles servent «littéralement» comme politiciennes de droite. La culture intime des femmes n’est pas très compatible avec le capitalisme, l’arrivisme et l’égoïsme. La femme politique, encore rare aujourd’hui, procède en fait de la politique de demain… et demain viendra, pour sûr. Sauf que, pour le moment, Sarah Palin, en super-maman avec bébé dans un bras et ordinateur portable dans l’autre, véhiculait les valeurs d’un chapitre déjà écrit par les femmes de ce temps. La position latérale de Michelle Obama, dans notre espace symbolique de représentation du pouvoir visible, fait qu’elle contourne l’écueil que Sarah Palin frappa de plein fouet, celui des fameux deux quarts de travail de la femme, professionnelle et mère de famille…

Le précédent siècle a produit, surtout dans le Tiers-monde d’ailleurs, son lot de figures politiques féminines majeures, Margaret Thatcher, Golda Meir, Indira Ghandi, Benazir Bhutto, Corazon Aquino, Isabel Perón … Il ne s’agit pas ici de dire qu’il n’y a pas eu de femmes politiques au siècle dernier. Sauf que ces pionnières ont en fait établi leur position pour avoir su endosser les valeurs des hommes mieux que les hommes. Leur talent est une émanation directe de la discrimination qui bloqua leurs semblables. C’est comme pour Barack Obama lui-même. Le premier président noir sera un génie politique, qui se sera rendu au sommet malgré l’épais filtre discriminatoire qu’il aura justement su crever de par son talent… Ceci dit, on ne fait pas une féminisation des représentations politiques globales de toute une civilisation avec les success story ad hoc de Mesdames Thatcher, Meir, Ghandi et alii. La Femme Politique au sens fort de ce terme, avec un impact ethnologique effectif du fait féminin et une montée réelle de ce dernier dans les sphères de pouvoir, ça, ce sera pour ce siècle-ci. Car la femme politique de demain reflétera l’impact de masse croissant des femmes dans la joute politique. Sarah Palin tâtonna dans cette direction, mais son action procédait plus de la manipulation démagogique du pouvoir de masse féminin, par des combattants d’arrière garde, que de la mise en place effective des valeurs sociopolitiques des femmes. Hillary Clinton, pour sa part, défaite d’investiture oblige, prend simplement la place ordinaire qui lui revient dans les sphères supérieures, comme Mesdames Albright et Rice avant elle, sans moins, sans plus. Une femme politique majeure, dotée d’un impact symbolique profond, ce sera donc pour la prochaine fois, mais cela s’en vient… Et, pour l’instant, on peut, en fait, se demander si Michelle Obama ne marque pas, dans cette direction, une avancée plus fondamentale que les politiciennes effectives du siècle dernier ou même de ce siècle-ci… Car, indubitablement, Michelle Obama les positionne, elle, ces valeurs féminines de fond, à l’épicentre de l’espace symbolique du pouvoir politique…

Pour commencer à voir un peu comment ça se passe, un autre petit fait intangible doit être signalé, dans la dynamique symbolique se mettant en place ici. La fille de JFK, Caroline Kennedy, a ouvertement renoncé à devenir sénatrice de l’état de New York, l’ancienne position de Madame Clinton. Le symbole du renoncement d’une figure de l’ampleur de Caroline Kennedy est à la fois fort et subtil. Désormais, ce ne sont pas vos liens de famille (comme dans le cas des Bush) si prestigieux fussent-ils qui vous positionnent politiquement, mais vos compétences effectives. Il est fini, du moins pour l’instant, le temps glauque de la figure politique fantoche en pilotage automatique par ses sbires et conseillers. La remythologisation du politique (qui en a bien besoin) est à ce coût… Et, encore une fois, dans cet espace de représentation, Michelle Obama joue son instrument en solo et le joue juste. Elle n’est que Première Dame, l’assume et est là pour voir au maintient de la cohésion familiale et matrimoniale sous le poids écrasant des tâches. L’implication de Madame Marian Robinson, sa mère, dans l’aventure, donne un écho stéréophonique indubitable à la doctrine et aucune ambivalence n’est possible. Ces deux femmes tiendront leur place ancienne avec une solidité de femmes modernes. Il n’y aura pas de passe-droit politicien sur la base d’un quelconque copinage familial pour Michelle Obama.

Ainsi, quand on interroge Michelle Obama sur les positions politiques de son mari, elle répond, sans tergiverser: je ne suis pas sa conseillère politique. Une trajectoire en dérapage calculé, sur deux tableaux, à la Hillary Clinton, est donc fermement et sereinement exclue. Mais, par contre, quand Barack Obama déclara, pendant la campagne présidentielle de 2008, qu’il ne ferait pas de petite politique au rabais avec les ennuis familiaux de Sarah Palin, parce que les enfants et tout ce qui les concerne sont extérieurs à ce qui se joue dans l’arène politique, Michelle Obama eut ouvertement ce mot: C’est ce genre de position qui fait que je suis fière de mon mari, que je l’aime et que je sens que quelque chose de nouveau sera introduit par lui dans notre vie publique. On retrouve donc une femme qui endosse un homme pour l’harmonie profonde qu’elle ressent pour l’intelligence de son action et pour la stature et la cohérence de sa vision des questions sociales et familiales. Femme de ce temps, s’il en est… Il faut absolument aussi mentionner le rapport à la mode vestimentaire. Michelle Obama contourne encore une fois, toujours aussi adroitement, un autre écueil, un redoutable, celui-là. Elle ne deviendra pas la carte de mode abstraite, mondaine, élitaire et distante que fut Jacqueline Kennedy. Madame Obama alterne tenues modestes et sens original et frondeur du décorum. On la qualifie déjà de non-icône de mode et on investit haut et fort cette désignation nouvelle comme non péjorative. De la tenue, aux interventions publique et jusqu’à la sémiologie visuelle du geste et de la posture, Michelle Obama sait exactement ce qu’elle fait. Elle marche en avant, ses enfants bien groupés sous ses ailes. Et vingt pieds plus loin, Barack Obama marche seul, contemplant, devant lui, le petit groupe de ses amours sublimes tout en cogitant les affaires de l’état. L’image est saisissante d’originalité, de force, de relief novateur et incongru.

Toute une tradition solide, à la fois tutélaire et discrète, de maternité afro-américaine définit symboliquement Michelle Obama. Le président Obama lui-même, d’ailleurs, procède discrètement de cette dynamique. C’est, de ce point de vue, un homme très moderne, profondément et sereinement marqué par les figures maternelles. Sa mère (monoparentale) d’abord, puis sa grand-mère, puis la mère de Michelle Obama, puis Michelle Obama elle-même, comme mère, de surcroît, de deux jeunes filles. Le service symbolique, si je puis dire, est de fait mutuel. Michelle Obama incarne, majestueusement et solidement, la volonté politique ferme et inconditionnelle de son mari de recentrer l’Amérique sur ses affaires domestiques, santé, éducation, travail, famille. Tous ces éléments combinés font que la stature de Michelle Obama est unique et solidement connectée à l’âme populaire américaine, dans ce qu’elle a de progressiste autant que dans ce qu’elle a de traditionnel. Toutes les femmes américaines s’identifient déjà profondément à cette figure, se tenant tout juste à la bonne distance de son homme, qui, lui, comprend et admire son importance et sa force. Michelle Obama, c’est une Évita Perón (plutôt qu’une Isabel Perón, pour ceux qui saisiront la nuance), à la puissance mille, et à la mode sociale de ce temps. Et la synthèse symbolique du message est nette. Je m’occupe de nos enfants. Je sers de modèle de bonne tenue et de conscience sociale à nos filles. Je vois à ce qu’elles fassent leur lit, même à la Maison Blanche. Et, croyez-moi, j’en ai plein les bras. Cela ne me diminue en rien. On a affaire ici à un travail d’équipe et encadrer la vie civile des enfants, dans l’existence sociale contemporaine, est une tâche cardinale, cruciale et hautement méritoire. Je ne tourne pas le dos à la vie professionnelle. Je ne suis pas une femme rétrograde mais je ne suis pas une femme complexée non plus, et ma définition du professionnel et du familial n’est pas restrictive. Si je tourne le dos à quelque chose, en fait, c’est à la définition traditionnelle (et masculine) de l’étanchéité rigide entre enjeux professionnels et enjeux familiaux. C’est un jeu vraiment très délicat qui se joue ainsi et Michelle Obama le joue sciemment, ouvertement, frontalement. Elle a l’intelligence, le charisme et la subtilité intellectuelle de comprendre parfaitement ce qu’elle fait et d’assurer, solidement et sans déviation décadente ou autres, l’intendance de ce qu’elle représente. La réflexion enclenchée par ce que Michelle Obama symbolise pourrait imposer à nos conceptions, y compris à nos conceptions féministes, les plus importantes, les plus cruciales de toutes sur cette question, un redéploiement intellectuellement riche, mentalement stimulant et socialement utile. Les autres Premières Dames américaines introduisaient passivement un corps de valeurs implicites. Michelle Obama ouvre activement un espace explicite de débat. Son impact symbolique est hautement inusité et, de ce point de vue, indubitablement sans égal.

Je m’occupe de nos enfants. Je sers de modèle de bonne tenue et de conscience sociale à nos filles. Et, croyez-moi, j’en ai plein les bras.

Je m’occupe de nos enfants. Je sers de modèle de bonne tenue et de conscience sociale à nos filles. Et, croyez-moi, j’en ai plein les bras...

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Homosexualité masculine et capitalisme

Posté par ysengrimus le 13 août 2008

Par rapport à la féodalité, le capitalisme est libérateur. Il fait éclater les vieux rapports de vassalité, de métayage, de servage et leur substitue un engagement commerçant. L’esclavage disparaît avec l’ancien mode de production agricole (il laisse une trace idéologique que le capitalisme recycle: le racisme), la division sexuelle du travail s’effiloche graduellement (elle laisse une trace idéologique que le capitalisme recycle: le sexisme) et, avec elle, les vieux schémas phallocratiques et paternalistes basculent dans l’archaïsme. Les anciens esclaves, les femmes (dans certaines portions du monde même les enfants) sont désormais salariés. L’égalité s’instaure graduellement, inexorablement. Par rapport à l’ancien ordre, tout est nivelé parce que monnayable. Une omniprésente inégalité, unique et constitutive, se maintient, en éliminant toutes les autres: celle de la quantité d’argent détenue et obtenue.

Les représentations idéologiques de nature féodale ne sont pas intégralement évacuées. De fait, comme la fumée après un grand incendie, l’idéologie traîne longtemps dans l’espace après l’extinction des conditions objectives de son engendrement. On peut même dire que la culture intime d’un groupe reste marquée par la phase historique de sa grandeur et que son idéologie en reste inévitablement durablement teintée. La période dorée laisse de la poussière d’or qui colle à la surface des idées nouvelles. L’hétérosexualité masculine connut son âge d’or sous la féodalité. L’homme homosexuel en ce temps était marginalisé, tyrannisé, éradiqué, rejeté, nié. L’homme hétérosexuel fleurissait dans la soumission de sa femme, de ses serfs et du clocher du village à sa loi et à son ordre. Encore aujourd’hui, l’homme hétérosexuel cardinal est celui qui se comporte en gentleman, ce qui implique un gestus, un ensemble de pratiques ordinaires, un ton, un style (singé ou surfait, naturel ou exagéré) directement hérités des temps féodaux et jouant toujours un rôle non négligeable dans la dynamique de séduction hétérosexuelle. L’amour courtois et ses photocopies contemporaines sont un culminement hétéro…

Dans le torrent de tout ce qu’il libère, le capitalisme libère aussi l’homosexualité masculine. Tous les verrous de l’armure de masculinité du hobereau féodal sautent les uns après les autres et l’admiration, ouverte ou secrète, qu’il ressentait pour son propre groupe se modifie insensiblement. La proximité virile qu’il entretenait au sein de sa propre culture intime peut graduellement sortir de l’enclos circonscrit de la camaraderie strictement codée des cercles masculins et se débrider. Sur les quelques siècles qui nous voient passer du capitalisme industriel au capitalisme tertiarisé, commerçant, transnational, mondialiste et technologique de notre temps, l’homosexualité passe de la culture de résistance d’un Oscar Wilde et d’un John Keynes à la culture de masse des parades de la fierté gay et du mariage homosexuel.

L’homosexualité devient un phénomène de masse sous le capitalisme.

L’homosexualité devient un phénomène de masse sous le capitalisme.

L’hétérosexualité fut un phénomène de masse sous la féodalité. L’homosexualité devient un phénomène de masse sous le capitalisme. Cette médaille a évidemment son revers. La culture homosexuelle masculine sera donc, face à l’Histoire, une culture profondément et intrinsèquement marchande. Elle sera marquée aux coins de l’individualisme, du narcissisme, de la publicité, de la promotion de soi, de la compétition à outrance, de la mise en marché, de la surconsommation, du gaspillage, du cynisme insensible. Elle sera les USA du sexage, en quelques sortes. L’homme hétérosexuel s’engageait avec une femme et la trahissait crucialement en la trompant, car tout dans ses rapports de sexage procédait du lien, voulu éternel, s’établissant entre l’homme d’armes constant et la stabilité de la terre et du sain lignage du troupeau. L’homme homosexuel qui change de partenaires, temporairement ou non, ne transgresse aucun ordre. Il fait tout simplement rouler la marchandise. Il sélectionne un nouvel objet de plaisir, en évalue l’âge, le poids, l’attitude, la posture, le volume de la bite, les aptitudes de performance puis le consomme et jette après usage…

Notons, et c’est très important, que, même après la chute de la féodalité, le sexage hétérosexuel continue de fleurir et entre même dans une vaste dynamique de désaliénation qui le mène vers le droit au divorce, le caractère facultatif du mariage, les pratiques anticonceptionnelles, une plus forte égalité dans le couple, un déclin de la soumission servile des enfants etc. (toutes ces caractéristiques sont des manifestations de la déféodalisation de la culture hétérosexuelle). L’hétérosexualité contemporaine vit sa phase post-impériale, post-hégémonique. Elle prend graduellement sa vraie place, plus modeste, non dominante, non exclusive, non normative, un peu comme la France après le Grand Siècle ou l’Angleterre après Victoria. C’est l’homosexualité maintenant qui vit les grandeurs et les affres de sa phase hégémonique. Aussi, il faut voir clairement ce qui se passe et le dire. Une bonne partie de la crise promiscuitaire, des jalousies compétitives et du cynisme insensible de l’homme homosexuel ne sont en rien des traits inhérents de l’homosexualité (comme cherchent à le faire croire maints réactionnaires mal avisés). Ce sont plutôt là des traits conjoncturels du capitalisme, contexte social d’émergence de l’homosexualité masculine comme culture de masse.

Que vive et fleurisse l’homosexualité masculine. Et surtout, vivement qu’elle se libère du mode de production marchand qui la distord, restreint sa portée, rapetisse son universalité, enfreint son épanouissement légitime et l’expose aux jugements discriminatoires et aux descriptions superficielles de ses détracteurs d’arrière-garde.

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OBAMA et le Monde. Le Discours de Berlin

Posté par ysengrimus le 25 juillet 2008

Obama en Allemange

Il est très important d’écouter attentivement le Discours de Berlin de Barack Obama (Juillet 2008). On y retrouve une macédoine centriste fine et subtile: terrorisme, drogue, environnement, sécurité internationale, tout cela dans le même bol à salade. Gauche, droite, faites passer le plat et servez-vous. Et finalement l’homme politique demeure assez ferme envers l’Europe, notamment avec une mention de la “générosité du plan Marshall” [sic], des vesses anti-soviétiques bien senties et une insistance assez pesante sur le pont aérien berlinois de 1948. En un mot: l’Europe est notre meilleur partenaire et… on ne lâchera pas notre bout du bâton dans l’affaire monde…

Le choix de Berlin est crucial. C’est une prise de parti sur le caractère non parisien ou londonien de l’Europe utile. L’Allemagne, troisième économie du monde, est subitement prise très au sérieux. Les commentateurs politiques français ne sont arrivés, face à ce discours tenu devant un quart de millions de berlinois, qu’à éructer pures fadaises de politologues pseudo-savants et retardataires. Après le «candidat noir» (racistes comme les français sont hélas devenus même sans s’en rendre compte, cela va leur prendre encore un bon moment pour comprendre que Tiger Wood et Oprah Winfrey ne sont «plus» noirs), voici maintenant le «jeune candidat démocrate au programme vague sans plus». Franchement là: la barbe. Il est parfaitement non avenu de présenter Obama comme une sorte de démagogue éclectique et semi-confus qui câline un peu tout le monde pour des votes. Cela procède d’une superficialité d’analyse sidérale ou pire, de la malhonnêteté intellectuelle de l’objecteur de droite inavoué. Écoutons attentivement -et la tête bien froide-  ce Discours de Berlin, tout y est. On a affaire à un centriste solidement méthodique qui va faire le pari “improbable” [sic] suivant: travailler à dissoudre les antagonismes politiques du siècle précédent, amalgamer subtilement les problèmes sociaux, accréditant les uns au risque des autres (le terrorisme, la pollution, l’inflation, c’est tout un… Comment? Simple: notre dépendance aux carburants fossiles cause, dans une dynamique unique, réchauffement climatique, crispation oligarchique des pétro-lobbyistes, poussées inflationnistes et terrorisme international!), durcir en Afghanistan et mollir en Irak, en abandonnant la guerre truquée des lobbyistes pétroliers au profit d’une guerre «morale» rétablissant le Souverain Bien Impérial. Il parle donc d’encourager les musulmans modérés à se distancier des musulmans extrémistes et la mission afghane viserait à cela. Cela fait bien plus justicier que la conflit pétro-pillard d’Irak, tout en contentant bellicistes et pacifistes d’un seul coup de plumeau. Méthode, méthode, méthode. Procédure calculée finement pour recycler l’impérialisme américain sur un modus operandi plus diplomatique, lui assurant un atterrissage en douceur.

Obama est aujourd’hui massivement populaire en Europe parce que le centrisme de méthode qu’il instaure confirme un déclin de la politique polarisée traditionnelle, et de la crédibilité des couleurs de parti, auquel l’homme et la femme de la rue s’identifient profondément, surtout, justement, en Europe. Le fameux syndrome suisse (faisons donc travailler tous les partis ensemble au bien commun en atténuant le grondement des hiatus idéologiques) est nettement aujourd’hui un syndrome européen. Tout le monde se rejoint en Obama. Il joue de synthèse. En effet, initialement, Obama émerge à gauche. La gauche politicienne classique reste un espace de conviction, un lieu où on ne transige pas avec la doctrine sociale. Pour la gauche il faut (ramener les troupes, cesser la gabegie, financer les besoins sociaux criants, etc). Sauf qu’Obama doit d’abord gagner. Politicien foncièrement fédérateur opérant depuis le tremplin d’une nation de retraités crispés, il se recentre donc en trois phases: l’électorat de Madame Clinton d’abord, la frange centre des Républicains ensuite, le monde occidental finalement. Il peut parfaitement le faire, mais pour ce faire il doit composer sans se dissoudre, ratisser large sans se diluer politiquement. La politique traditionnelle ne permet pas de dégager cela. Il faut se fabriquer un Nouveau Centre. Il avait prévu ce recentrage depuis le début. Écoutez ses autres discours, tout est là aussi, depuis même avant la course à l’investiture (réformer Washington, travailler ensemble par delà les clivages – du grand syndrome suisse version Coca-Cola)… Sauf que la gauche sociale, la gauche réformiste de la rue y voit –et c’est imparable- une atteinte à son sens de l’intégrité et de l’intégralité. Son choix inexorable prend vite forme devant elle, hideux: un Obama articulé, organisé mais recentré ou… la vieille droite. La gauche politico-sociale non-révolutionnaire qui croit encore aux urnes ne pourra donc que dire un jour: Votons Obama, hélas… Elle sera aspirée pour un bon bout de temps dans la synthèse centriste d’Obama. Je m’afflige de ce nouveau mirage, mais c’est un fait. La droite, rigide, foutue, de nouveau crispée et vieillotte, sera marginalisée hors de la même synthèse. Son recentrage à elle (McCain tente de se recentrer aussi – c’est bien dans l’air du temps) n’aura pas les dimensions de changement qualitatif de celui d’Obama, et mordra finalement la poussière… Septembre 2001 marqua la fin du vingtième siècle politique. Novembre 2008 marquera la début effectif du vingt-et-unième siècle (néo)politique…

Incontestablement, c’est un événement historique qui nous roule sous le nez en ce moment. Il va y avoir des réveils difficiles des deux bords du plateau politique à l’ancienne… mais cela procède tout de même de l’Historique. C’est, d’une certaine façon, aussi gros que la vente de feu de Gorbatchev du début des années 1990. C’est que l’impérialisme américain est un couteau planté dans la chair du monde. Et, l’un dans l’autre, Obama annonce: bon ça va faire, on sort le couteau de là. Et il va le “retirer de façon responsable” mais ça va crier de toute façon… et le sang va pisser de partout. Et il va botter le train des “alliés”, européens notammant – mais aussi tous les guignols des différents théatres, pour qu’ils “fassent leur part” dans l’application du Nouveau Cataplasme. Un impérialisme en repli, ça crie aussi, et ce n’est pas le paradis… Sans compter les divers intérêts bellicistes qui ne voudront pas de ce mouvement de retrait de la lame et qui vont forcer pour la ré-enfoncer… ouille, ouille… Et de fait, quand l’Amérique manifestera de nouveau la dureté doctrinale de la nette constance impériale de ses choix post-impériaux face au monde, il faudra se souvenir de la rigidité bien enveloppée, de la main de fer d’Obama dans son déjà fameux gant de velours rhétorique, lors du Discours de Berlin.

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Paru aussi dans CentPapiers
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Lettre ouverte à la Gouverneure Générale du Canada

Posté par ysengrimus le 26 mai 2008

Madame la très honorable Michaëlle Jean, C.C., C.M.M., C.O.M., C.D. Gouverneure Générale du Canada

Excellence,

J’aimerais vous dire haut et fort que j’ai été très profondément heurté, indigné et commotionné par les propos injurieux et inacceptables tenus à votre endroit par Monsieur Victor Lévy Beaulieu en mai 2008, et j’aimerais partager avec vous et les lecteurs et lectrices de mon carnet la réplique que je leur donne. Elle vous est respectueusement adressée.

Voici qu’on veut faire allusion au colonialisme et à l’esclavage? Très bien. À la fin du film SPARTACUS de Stanley Kubrick (1960), quand le plus grand soulèvement d’esclaves de tout l’Empire Romain vient d’être brutalement écrasé, un centurion crie dans la vallée ou agonisent des milliers de gladiateurs révoltés en demandant autoritairement: LEQUEL D’ENTRE VOUS EST SPARTACUS? Tous les esclaves encore valides se lèvent l’un après l’autre, lentement, dignement, sereinement et répondent à pleins poumons, un par un, comme en un écho infini: JE SUIS SPARTACUS!

Voici qu’on veut conjecturer sur les origines étrangères et nationalités multiples des uns et des autres? Tout bon. Pendant les événements de Mai 68, dont nous évoquons ces temps-ci le quarantième anniversaire, un notable français du temps alla dire, pour légitimer l’extradition vétillarde, abrupte et arbitraire de Daniel Cohn-Bendit, l’énormité suivante (citation libre): «Les troubles étudiants sont le fait de petits groupes dont un des meneurs est le juif allemand Cohn-Bendit». Les protestataires étudiants se levèrent alors tous d’un bloc à Paris et produisirent collectivement un des plus puissants de tous les slogans de Mai: NOUS SOMMES TOUS DES JUIFS ALLEMANDS!

Dans cette double ligne d’inspiration et avec la plus ferme et la plus profonde des solidarités humaines envers vous, comme figure institutionnelle, comme compatriote et, par dessus tout, comme personne, voici donc ma réponse. Je la formule au nom de tous les canadiens et de toutes les canadiennes qui pensent comme moi. Le plus grand nombre possible j’espère.

MADAME JEAN, JE SUIS UN NÈGRE, NOUS SOMMES TOUS DES NÈGRES, ET VOUS ÊTES NOTRE REINE.

Paul Laurendeau

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La fin historique du racisme

Posté par ysengrimus le 1 mai 2008

Si le racisme se perpétue longtemps après l’effondrement des conditions objectives de son engendrement, cela s’explique d’une façon claire quoique souvent mécomprise: le racisme sert le capitalisme. Clarifions d’abord une chose: il n’y a pas de racisme dans la société esclavagiste. Vous avez bien lu. Il y a plutôt un phénomène bien pire, dont nous avons tout oublié: la division raciale du travail. L’esclavagisme requiert pour fonctionner efficacement qu’un signe distinctif imparable et inaltérable fasse la différence entre maîtres et esclaves. Certains signes afférents furent utilisés: le fait de marcher à pied plutôt que d’aller à cheval, certains attributs vestimentaires ou capillaires, la marque au fer rouge. Mais un esclave matois peut toujours voler un cheval et altérer son apparence. Tant et tant que le signe distinctif imparable se trouva vite sélectionné: la couleur de la peau. Comme l’or et l’argent supplanta vite le sel comme monnaie, la couleur de la peau, signe patent, intégral, inaliénable, inaltérable, imparable, inusable supplanta vite toute autres caractéristiques pour désigner l’esclave. Le culminement de ce phénomène, sa réalisation cardinale, c’est, naturellement, la Confédération Sudiste Américaine qui y accède. Dans une rue d’Atlanta de 1855 on pouvait, d’un seul coup d’oeil, distinguer les maîtres des esclaves. Cela se faisait dans la brutalité la plus absolue et la plus tranquille et de ce fait, sans animosité particulière. Le système social tenait, on n’avait pas à pester contre les races. La ségrégation inhérente à cette division raciale du travail était objective plutôt que subjective, si je puis dire. L’économie agricole reposait sur elle, en vivait. On donnait des ordres aux hommes et aux femmes noirs et on prenait les ordres des hommes et des femmes blancs. Il y avait deux classes distinctes d’êtres humains. Fin du drame. Le dispositif était rodé. Les maîtres étaient condescendants ou brutaux, placides ou cruels, matois ou bêtes, mais ils n’étaient pas spécialement racistes, au sens moderne du terme. Le servage d’occupation des anciennes colonies africaines fonctionnait selon un modus similaire -mais pas identique- de violence tranquille et de puissance foncière bonhomme. Pour des raisons de balance démographique et de fragilité inhérente à toutes les invasions coloniales, nos bons coloniaux rencontraient cependant toutes les contraintes objectives des occupants minoritaires.

Le capitalisme détruit inexorablement le système agricole basé sur l’esclavage et c’est alors, alors seulement, que le racisme apparaît. On ne devient raciste que lorsque la personne de l’autre race est objectivement notre égale. Le racisme est le regret subconscient de la division raciale du travail perdue. Il est une représentation idéologique illusoire et régressante, nostalgique de l’époque où le Noir et l’Arabe n’étaient pas un égal. Le racisme jaillit donc dans une société basée sur la mise en marché nivelante de la force de travail où toutes les races sont désormais intégralement égales face à l’exploitation capitaliste objectivement aveugle aux races. La contradiction est donc que le capitalisme, pour qui ne comptent plus que l’argent et le travail, engendre le racisme, moins en référence aux conditions qu’il met en place qu’aux conditions antérieures de paix sociale ségrégante qu’il détruit. Le Ku Klux Klan dans les Amériques est l’incarnation suprême de ce phénomène de nostalgie du temps où on ne forçait pas le noir et le blanc à s’asseoir à la même table. On regrette l’époque “idyllique” où le noir cueillait le coton et ou le blanc le surveillait sereinement les armes à la main. Désormais, capitalisme dixit, les cueilleurs et les surveillants sont de n’importe quelle couleur. Il faut imparablement que l’égalité entre les races et la disparition de la pertinence économique des races soient objectivement instaurées pour que son rejet subjectif régressant, le racisme, se manifeste.

Voyons par exemple les travailleurs et les travailleuses français, toutes origines ethniques confondues. Le capitalisme cultive envers eux, comme envers quiconque, un ensemble de procédures brouillantes et divisantes visant à perpétuer la compétition au sein du prolétariat pour retarder au maximum la mise en place d’une solidarité de classe. L’ensemble grouillant et nauséabond des représentations régressantes et nostalgiques est le vivier parfait où puiser. Si le racisme est instillé, préservé, maintenu, alors qu’on importe massivement du prolétariat frais, compétent et peu exigeant des anciennes colonies, la «race ennemie» tangible devient le prétexte idéal faisant écran de fumée parfait à l’ennemi réel intangible: l’exploitation capitaliste. Le racisme du charbonnier du travailleur français repose donc sur deux altérations idéologiques de son éducation prolétarienne perdue: nostalgie régressante de la supériorité coloniale et manifestation du fait que l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante. Dans ce second cas, le travailleur intègre la logique mentale du capitaliste au point de penser son camarade de classe comme un compétiteur étranger! La couleur de la peau, qui servait jadis au maître à cheval à distinguer ses esclaves sur le chantier agricole, sert maintenant à l’exploité non solidaire à sélectionner ses boucs émissaires sur le chantier industriel. On voit bien ici que la notion d’aristocratie ouvrière n’est pas un vain mot. Le rentier social tertiarisé qu’est devenu le travailleur occidental appréhende la perte de ses privilèges petit bourgeois que le prolétariat «racial» ne provoque pas objectivement mais incarne idéologiquement. Ayant perdu de longue date toute éducation communiste, le travailleur français s’attaque au symptôme superficiel de sa déchéance objective plutôt qu’à la cause profonde de son exploitation et de celle de l’exploité immigrant mondialiste, toutes races confondues. Et, au plan bassement politique, un concert bruyant d’échos est donné à cette malodorante gangrène d’idées. Par exemple, pour revenir sur notre continent, par le propos odieux qui marqua la mort de sa campagne d’investiture en 2008, Hillary Clinton instrumentalisa le racisme exactement comme notre culture ordinaire le fait enore. Elle alla dire: “Barack Obama est noir, cela ne marchera pas avec les travailleurs blancs”. Postulant un racisme imaginaire chez les masses, elle le perpétuait sans le confirmer et s’en servait comme instrument de division électoraliste, sur des questions qui n’avaient absolument rien de raciales. Aussi, sa défaite fut-elle une étape de plus… dans la défaite du racisme lui-même. Le fait est qu’implacablement, la réalité complexe et ouverte de la mondialisation portera ce racisme sans fondement objectif, cette compétiton discriminatoire aux assises imaginaires, cette ségrénation-gadget au fin fond de sa déchéance ultime.

Little Rock, Arkensas, 1957. On ne devient raciste que lorsque la personne de l’autre race est objectivement notre égale.

Little Rock, Arkensas, 1957. On ne devient raciste que lorsque la personne de l’autre race est objectivement notre égale.

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