Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Le mariage homosexuel au Canada: vers l’inévitable choc de la primauté des droits

Posté par ysengrimus le 15 mars 2009

Au Canada, les homosexuels se marient. Notre carte nationale est intégralement arc-en-ciel et ce, depuis le début du siècle. Nous sommes le quatrième pays au monde ayant pris ce tournant décisif (coiffé au fil d’arrivée uniquement par les Pays-Bas, par la Belgique et, de l’épaisseur d’un cheveu, par l’Espagne). Nous sommes le premier (et pour l’instant, le seul) pays des Amériques à respecter et à protéger juridiquement l’intégralité de l’amour. Même nos politiciens conservateurs, pense-petits, vétillards, démagogues et rétrogrades, n’osent plus soulever la question de la définition du mariage et les diverses tartufferies afférentes. S’ils osaient, ils se mettraient à dos et le Canada juridique, roide et sourcilleux, qui interprète notre ci-devant charte des droits, et le Canada libertaire, débridé et séditieux, qui prendrait sans hésiter la rue sur cette cause, surtout dans nos trois pétales de villes: Montréal, Toronto, Vancouver.

L’affaire du mariage homosexuel est close au Canada… juridiquement, s’entend

L’affaire du mariage homosexuel est close au Canada… juridiquement, s’entend.

L’affaire du mariage homosexuel est donc close au Canada… juridiquement, s’entend. Ethno-culturellement, c’est une toute autre histoire. Le multiculturalisme canadien paie, particulièrement sur cette question importante, le prix de sa non prise en compte de la tangible possibilité des dérives communautaristes. Certains de nos compatriotes planétaires viennent de régions du monde encore profondément patriarcales et où l’homophobie est purement et simplement une norme d’acier, implicite, évidente, sereinement dogmatique. Un enseignant de souche africaine d’une école secondaire du grand Toronto faisait récemment la promotion de la diversité des orientations sexuelles, en stricte conformité avec le programme académique de la province canadienne de l’Ontario. Un de ses élèves, de souche africaine aussi, lui annonça intempestivement que, s’il parlait comme ça de l’homosexualité en la valorisant, c’est qu’il n’était pas un vrai africain… Il y a aussi le cas de ce jeune homme, libanais de seconde génération, musulman, que sa mère a surpris au lit avec un autre homme… et qui, depuis le sermon unilatéral, rigide, sectaire et parfaitement illégal (couperosé notamment de menaces de mort) qu’elle lui a servi, craint que ses droits canadiens ne le mènent directement en «enfer»… Notons, et c’est absolument capital, que la dérive communautariste ne se restreint aucunement aux néo-canadiens. Nos bons compatriotes du cru, alors là, comprenons-nous bien, ne sont pas en reste. On peut ainsi mentionner ce jeune catholique de souche que son école catholique de souche a voulu empêcher d’aller au Bal de Graduation avec son amoureux, tout aussi catholique de souche. Ces deux là, certainement moins impressionnables que ne l’auraient été certains de nos compatriotes immigrants, sont allés dare-dare devant les tribunaux et ont eu gain de cause… juste à temps pour le bal. La charte canadienne des droits et libertés prime, en terre canadienne, sur les diktats des cultes et des sectes que notre multiculturalisme, tout aussi canadien et, il faut bien le dire, passablement élastique, autorise pourtant, malgré tout… et fort paradoxalement.

Il est clair, il est criant, il est patent qu’un jour ou l’autre, le choc de la primauté des droits va vraiment claquer sec sur cette question incontournable. Nos réactionnaires canadiens de souche, catholiques irlandais, italiens, canadien-français, et protestants anglais, écossais, loyalistes (dont les deux cultes sont, trois fois hélas, protégés par la vieille constitution canadienne de 1867) vont, à un moment ou à un autre, établir leur jonction «solidaire» (de la solidarité calculatrice des causes circonscrites) avec nos réactionnaires néo-canadiens patriarcaux, issus de tous les coins du monde, musulmans, hindous, juifs, sikhs, pour chercher de nouveau à coller l’homosexualité masculine et féminine (ainsi, corollairement, que l’égalité essentielle des hommes et des femmes) au mur. En visite, il y a quelques années, dans un grand pays dont je tairai ici le nom (il ne s’agit pas de cibler un groupe ethnique ou un autre mais bien de cerner un problème de principe), le premier ministre du Canada de l’époque de la mise en place du mariage homosexuel s’est fait niaiser et ridiculiser par des officiels bien couillus et bien railleurs qui se payaient sa poire en se tenant les côtes parce qu’il venait d’un pays où les gens de même sexe se marient. Notre premier ministre, modeste et discret comme tout premier ministre canadien terne et blême qui se respecte, n’était pas chez lui. Il a donc écrasé le coup sans faire de vague… fournissant ainsi, en fait, sans malice, l’exemple à suivre, en ces temps de transition de la grande plaque tectonique des mentalités. Simple. À Rome, il a fait comme les Romains…

Il va, un jour, falloir promouvoir cet exemple sous notre beau drapeau unifolié nunuche et mollasson, et choisir son camp. On va un jour, c’est triste mais c’est comme ça, devoir dire à certaines personnes: à Rome, eh bien… vous faites comme les Romains. Si vous aspirez à vire en ce pays, à bénéficier de son mode de vie et de ses libertés si durement acquises, il va falloir respecter… son mode de vie et ses libertés si durement acquises. Il va falloir, un jour ou l’autre, le dire. C’est d’autant plus douloureux, emmerdant, contrariant, que le multiculturalisme est aussi une valeur canadienne et que de devoir l’écorner ainsi ne se fera pas sans arguties, jonglages et dilemmes divers. Mais bon, la liberté d’expression pleine et entière aussi est une valeur canadienne, et cela n’en rend pas la propagande haineuse, le racisme, l’antisémitisme plus légitimes ou légaux. Il faut ajuster, accommoder et surtout, trancher sans faillir ce nœud gordien du paradoxe du choc des droits… Racisme: non. Sexisme: non. Homophobie: non. Fin du drame. J’avale alors la pilule et me console comme suit. Si nos compatriotes néo-canadiens passionnels provenaient de quelque république communiste rouge vif, ils se feraient dire, vite fait bien fait, d’écraser le coup avec leur doctrine prolétarienne libertaire et de respecter le bon capitalisme canadien ronron, en la ravalant, en vitesse, leur petite conception trublionne de la lutte des classes… Le souci multiculturel de nos sophistes juridiques unifoliés prendrait le bord de la sortie sans complexe, face à des cocos utopiques aux idées sociales élargies. Et, alors, alors seulement, le choc de la primauté des droits ne soulèverait pas le dixième des arguties que nous imposent notre complaisance, aussi excessive que suspecte, devant le tataouinage abscons des cultes, le byzantinisme veule des sectes, la tyrannie rigide des croyances irrationnelles et le flafla bringuebalent des temples portatifs. Conclueurs, concluez.

Voici donc ma prise de parti. Limpide. L’égalité essentielle des hommes et des femmes et l’intégralité des droits, matrimoniaux, parentaux et comportementaux, des personnes de toute orientation sexuelle prime, au Canada, sur toute autre croyance ou diktat. L’égalité des hommes et des femmes et la diversité des orientations sexuelles sont des droits fondamentaux, axiomatiques, inaltérables, inaliénables. Ce sont des droits de la personne, au sens le plus crucial du terme. Quiconque veut vivre au Canada doit respecter ces droits en toutes circonstances, comme nous nous devons tous de respecter l’égalité des races, l’égalité des chances et le droit à la libre expression. Il n’est pas possible de s’adapter convenablement en terre canadienne sans intérioriser la complète symétrie des droits hétérosexuels et homosexuels et l’intégrale égalité des hommes et des femmes. Ces droits priment sur toutes autres croyances, convictions ou valeurs.

Et… le monde entier, un jour, comprendra cela. Je demeure, l’un dans l’autre, optimiste.

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Le thaumaturge et le comédien

Posté par ysengrimus le 12 septembre 2008

Dans LE THAUMATURGE ET LE COMÉDIEN (roman de 362 pages, paru en 2008 chez les Écrits francs), je soulève la question des répercussions émotionnelles de la mémoire historique. Le roman est en deux tableaux. Le premier tableau s’intitule le thaumaturge, le second tableau s’intitule le comédien. Dans le premier tableau l’histoire est racontée par une femme nonagénaire s’adressant à son arrière petite fille de sept ou huit ans, qui deviendra la narratrice de trente-six ans du second tableau. Les deux narratrices portent le même nom: Rosèle Paléologue. On a donc Rosèle l’ancienne et Rosèle la nouvelle. Le premier tableau est exalté et tragique. Il gravite autour de l’irruption, dans les sphères d’un pouvoir autocratique décadent, d’un thaumaturge, un homme médecine, un guérisseur esbrouffeur qui frime à fond son entourage. Le second tableau est ordinaire et insolite. Il gravite autour du comédien chargé de jouer le rôle du thaumaturge du premier tableau, dans un film historique. Les événements évoqués dans le premier tableau voient la montée du pays fictif où se déroule l’action, le Domaine, vers la conflagration révolutionnaire que le transformera en la République Domaniale. Les passions sont à vif, les tensions sociales, à leur paroxysme. Dans le second tableau, plus stable socialement, une troupe d’acteurs cinématographiques cherche à mettre dans la boite un film de reconstitution historique aspirant à encapsuler les émotions et les passions décrites dans le récit du premier tableau.

Rosèle l’ancienne et Rosèle la nouvelle ne se racontent pas sur le même ton. Rosèle la nouvelle relate les mésaventures de la troupe travaillant sur le film qu’elle dirige sur le mode et le ton du journal quotidien. On partage ses angoisses, ses hésitations, ses coups de déprime, ses triches et ses bons coups. Rosèle la nouvelle est mariée à une femme qui est pour elle un facteur de stabilité intellectuelle, de chaleur humaine et d’amour pur. Quand Rosèle la nouvelle hésite, on hésite avec elle. Rosèle l’ancienne se relate plutôt sur le ton du témoignage testamentaire, du bilan de vie. Sa passion amoureuse, pour une femme aussi (interdite dans ce cas-ci, vu que c’est l’Ancien Régime), est une certitude d’acier, un absolu ultime. Il y a en elle la paix ferme et droite des personnalités modestes ayant réalisé tout naturellement de grandes choses, dans une phase historique favorable. Il y a aussi, en Rosèle l’ancienne, une gouaille rocailleuse, une férocité de ton, une intimité tranquille avec toutes ces personnes d’un ordre disparu, qui vivent encore en elle. Quand Rosèle l’ancienne voit son monde révolu se déployer devant elle, on le voit avec elle. Rosèle la nouvelle pourra-t-elle mettre cette vision en images? Elle écrit:

Ce long-métrage compte beaucoup pour moi. Je cherche à y capter en images un récit ancien qui me fut relaté dans mon enfance. Outre l’incroyable charge affective que représente en mon coeur le tournage d’un film sur mon arrière-grand-mère, dont le souvenir tendre et diffus m’obsède depuis des années, j’ai un autre problème qui, pour ce film spécifique, culmine, et atteint le niveau d’une crise aiguë. Ma belle Sylvane l’a bien cerné avant-hier soir en parlant d’un oscillement entre l’acteur et le comédien. Je tiens mordicus à la beauté visuelle du tableau, à l’harmonie bien dessinée des espaces, des volumes, des corps, et des visages des acteurs. L’image compte pour moi immensément. Elle est la vertu cardinale du cinéma. Mais je mise beaucoup, et de plus en plus, sur la force émotionnelle des comédiens, sur leur investissement entier dans le récit à construire, sur leur aptitude à intérioriser les ressentis à rendre. Aussi, pour les faire vivre ce qu’ils jouent, je n’hésite pas à imposer à mes acteurs de se placer en situation effective, quitte à attendre qu’ils sentent bien ce qu’ils ont à faire avant que la caméra ne se mette à tourner.

Torrentielle passion saphique de portée historique… La compréhension et la perpétuation du mystère de l’amour peuvent-ils survivre aux changements d’époques? Il n’y a pourtant pas d’histoire des émotions. Il n’y a que l’histoire des actions et des faits qui les engendrent. Pour que la Révolution ne soit pas perdue pour l’Histoire, faudra-t-il la refaite? Rosèle l’ancienne –qui l’a faite, elle, en toute simplicité- n’est pourtant pas une jovialiste de la phase post-révolutionnaire. Elle dit à sa petite fille:

Crois-tu que nos historiens marchands m’auraient demandé mon compte rendu sur ce moment fatidique, crête ultime de la Magistrature Domaniale avant qu’elle ne plonge vers sa ruine finale? Penses-tu. On se contente de me faire animer des comités citoyens de raccommodeuses d’uniformes. Eh bien, ce compte rendu, le voici Rosèle, mon petit amour, juste pour toi.

Avant de prétendre reconstituer l’Histoire, taisons-nous modestement un moment, et dépêchons-nous d’écouter attentivement le récit des témoins avant qu’ils ne disparaissent…

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Homosexualité masculine et capitalisme

Posté par ysengrimus le 13 août 2008

Par rapport à la féodalité, le capitalisme est libérateur. Il fait éclater les vieux rapports de vassalité, de métayage, de servage et leur substitue un engagement commerçant. L’esclavage disparaît avec l’ancien mode de production agricole (il laisse une trace idéologique que le capitalisme recycle: le racisme), la division sexuelle du travail s’effiloche graduellement (elle laisse une trace idéologique que le capitalisme recycle: le sexisme) et, avec elle, les vieux schémas phallocratiques et paternalistes basculent dans l’archaïsme. Les anciens esclaves, les femmes (dans certaines portions du monde même les enfants) sont désormais salariés. L’égalité s’instaure graduellement, inexorablement. Par rapport à l’ancien ordre, tout est nivelé parce que monnayable. Une omniprésente inégalité, unique et constitutive, se maintient, en éliminant toutes les autres: celle de la quantité d’argent détenue et obtenue.

Les représentations idéologiques de nature féodale ne sont pas intégralement évacuées. De fait, comme la fumée après un grand incendie, l’idéologie traîne longtemps dans l’espace après l’extinction des conditions objectives de son engendrement. On peut même dire que la culture intime d’un groupe reste marquée par la phase historique de sa grandeur et que son idéologie en reste inévitablement durablement teintée. La période dorée laisse de la poussière d’or qui colle à la surface des idées nouvelles. L’hétérosexualité masculine connut son âge d’or sous la féodalité. L’homme homosexuel en ce temps était marginalisé, tyrannisé, éradiqué, rejeté, nié. L’homme hétérosexuel fleurissait dans la soumission de sa femme, de ses serfs et du clocher du village à sa loi et à son ordre. Encore aujourd’hui, l’homme hétérosexuel cardinal est celui qui se comporte en gentleman, ce qui implique un gestus, un ensemble de pratiques ordinaires, un ton, un style (singé ou surfait, naturel ou exagéré) directement hérités des temps féodaux et jouant toujours un rôle non négligeable dans la dynamique de séduction hétérosexuelle. L’amour courtois et ses photocopies contemporaines sont un culminement hétéro…

Dans le torrent de tout ce qu’il libère, le capitalisme libère aussi l’homosexualité masculine. Tous les verrous de l’armure de masculinité du hobereau féodal sautent les uns après les autres et l’admiration, ouverte ou secrète, qu’il ressentait pour son propre groupe se modifie insensiblement. La proximité virile qu’il entretenait au sein de sa propre culture intime peut graduellement sortir de l’enclos circonscrit de la camaraderie strictement codée des cercles masculins et se débrider. Sur les quelques siècles qui nous voient passer du capitalisme industriel au capitalisme tertiarisé, commerçant, transnational, mondialiste et technologique de notre temps, l’homosexualité passe de la culture de résistance d’un Oscar Wilde et d’un John Keynes à la culture de masse des parades de la fierté gay et du mariage homosexuel.

L’homosexualité devient un phénomène de masse sous le capitalisme.

L’homosexualité devient un phénomène de masse sous le capitalisme.

L’hétérosexualité fut un phénomène de masse sous la féodalité. L’homosexualité devient un phénomène de masse sous le capitalisme. Cette médaille a évidemment son revers. La culture homosexuelle masculine sera donc, face à l’Histoire, une culture profondément et intrinsèquement marchande. Elle sera marquée aux coins de l’individualisme, du narcissisme, de la publicité, de la promotion de soi, de la compétition à outrance, de la mise en marché, de la surconsommation, du gaspillage, du cynisme insensible. Elle sera les USA du sexage, en quelques sortes. L’homme hétérosexuel s’engageait avec une femme et la trahissait crucialement en la trompant, car tout dans ses rapports de sexage procédait du lien, voulu éternel, s’établissant entre l’homme d’armes constant et la stabilité de la terre et du sain lignage du troupeau. L’homme homosexuel qui change de partenaires, temporairement ou non, ne transgresse aucun ordre. Il fait tout simplement rouler la marchandise. Il sélectionne un nouvel objet de plaisir, en évalue l’âge, le poids, l’attitude, la posture, le volume de la bite, les aptitudes de performance puis le consomme et jette après usage…

Notons, et c’est très important, que, même après la chute de la féodalité, le sexage hétérosexuel continue de fleurir et entre même dans une vaste dynamique de désaliénation qui le mène vers le droit au divorce, le caractère facultatif du mariage, les pratiques anticonceptionnelles, une plus forte égalité dans le couple, un déclin de la soumission servile des enfants etc. (toutes ces caractéristiques sont des manifestations de la déféodalisation de la culture hétérosexuelle). L’hétérosexualité contemporaine vit sa phase post-impériale, post-hégémonique. Elle prend graduellement sa vraie place, plus modeste, non dominante, non exclusive, non normative, un peu comme la France après le Grand Siècle ou l’Angleterre après Victoria. C’est l’homosexualité maintenant qui vit les grandeurs et les affres de sa phase hégémonique. Aussi, il faut voir clairement ce qui se passe et le dire. Une bonne partie de la crise promiscuitaire, des jalousies compétitives et du cynisme insensible de l’homme homosexuel ne sont en rien des traits inhérents de l’homosexualité (comme cherchent à le faire croire maints réactionnaires mal avisés). Ce sont plutôt là des traits conjoncturels du capitalisme, contexte social d’émergence de l’homosexualité masculine comme culture de masse.

Que vive et fleurisse l’homosexualité masculine. Et surtout, vivement qu’elle se libère du mode de production marchand qui la distord, restreint sa portée, rapetisse son universalité, enfreint son épanouissement légitime et l’expose aux jugements discriminatoires et aux descriptions superficielles de ses détracteurs d’arrière-garde.

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CRYSTAL METH: le témoignage fictif qui nuance toutes les propagandes

Posté par ysengrimus le 6 mai 2008

Ceci est un texte de FICTION anonyme que j’ai traduit de l’anglais.

Mon nom est Ulysse Darby. Je suis un personnage fictif. Je n’existe pas. Ce que je vous raconte ici n’existe pas non plus. Je suis un professionnel de Montréal (Canada) de 42 ans, célibataire et crypto-homosexuel. Je consomme de la Crystal Meth sur une base régulière. C’est une expérience à la fois fascinante et dangereuse dont il faut parler sans faire de propagande. Alors allons-y. Le plus difficile fut d’abord de trouver un dealer. Ils crèvent littéralement de trouille et vous prennent constamment pour un flic. C’est que les peines sont lourdes. À force de tirer des ficelles à gauche et à droite au bain sauna pour hommes, j’ai fini par rencontrer un quidam qui en connaissait un qui serait là dans une heure, s’est déplacé en fait après plusieurs heures et a palabré, s’est apprivoisé, a procédé à la transaction, m’a donné une adresse électronique à laquelle il n’a jamais répondu, et est retourné se cacher pour rester bien introuvable. La première erreur à ne pas commettre c’est de s’imaginer qu’on peu trouver de la meth comme on trouve de la mari. Beaucoup de temps et d’énergie sont perdus dans la simple recherche et la transaction avec le dealer tend à ne tenir qu’une seule fois. Le crystal est vendu par unités de $40. Chaque unité vaut pour une dose. Achetez plusieurs doses à la fois, sinon vous allez vous polluer l’existence en recherche infinie de dealers. Mais c’est une recommendation expresse de s’en tenir à une seule dose par experience…

Le contenu du petit sachet ressemble à du gros sel. Il s’agit d’abord d’écraser le tout sans ouvrir le sachet avec le dos d’une cuillère jusqu’à ce que cela prenne la texture fine du sucre en poudre. On pose ensuite la ligne dans une assiette bien plate et bien noire et on renifle le tout en quatre ou cinq coups, comme on fait avec la cocaine. Vous toussez, les larmes vous montent aux yeux, la gorge s’irrite, le nez vous pique. Ces désagrements mécanico-chimiques du reniflage durent cinq à dix minutes. L’effet «récréatif» lui, est aussi subit et instantané que torrentiel et tumultueux, et c’est là que le premier danger débute car cette puissante sensation, issue d’une seule dose, va durer entre 12 et 14 heures (et, ça ce n’est pas une légende). Il est donc impératif de s’en tenir à une dose unique par expérience… De plus, il faut procéder avec méthode ou alors c’est la catastrophe. Après différents essais et erreurs, j’ai stabilisé une procédure qui maximalise mon plaisir et réduit les risques. Je fréquente un bain sauna pour hommes homosexuels depuis plusieurs années. J’y ai une routine stable, le personnel me connait, mes habitudes y sont rodées, j’ai même ma chambrette attitrée dont je peux verrouiller la porte à tout moment pour m’isoler (important)… Le premier grand danger étant celui de la perte des repères usuels, il faut absolument se donner ce genre de refuge stable sinon l’expérience peut vraiment tourner mal.

Que vous fait tant la crystal meth. D’abord, c’est un euphorisant. Un peu comme avec la cocaine, vous devenez «le roi de la terre». Ensuite, et corrolairement, c’est un déshinibiteur. La timidité, les hésitations, les contraintes de la vie sociales, l’autocritique gênée sont pulvérisées. Vous dites ce que vous pensez et vous faites ce que vous voulez au point de découvrir vous même ce que vous vouliez tant dire et faire… Finalement c’est un stimulant. Vous allez bouger, remuer, vous trémousser, vous agiter pendant des heures sans manger (la meth coupe l’appétit) ni dormir (la meth interromp le sommeil) et vous serez plus fort et résistant qu’à votre habitude (ce jour là… Le lendemain, c’est autre chose). Et surtout par dessus tout, ces trois effets DURENT DES HEURES. Il est donc clair qu’avec cette substance on s’embarque pour un voyage longuet, un voyage sublime, un voyage risqué.

Voici donc ma procédure. Je vous recommande expressément de vous en inspirer en faisant les transposition nécessaires. Je libère d’abord une fin de semaine de trois jours (une journée pour l’expérience, deux journées pour récupérer – c’est un minimum). Je renifle ce qui sera ma dose unique à 9:00 du matin le premier jour et je pars immédiatement pour le bain sauna. Je n’apporte absolument aucune autre substance avec moi. La réserve de meth reste sagement à la maison, une fois la dose prise. Il faut impérativement se séparer de la substance quand son effet démarre sinon l’envie pourrait venir d’en reprendre et là ce serait simplement trop. Souvenez-vous d’Ulysse et du chant des sirènes. Le trajet vers le bain douche dure cinquante minutes. Le temps pour l’euphorie de bien finir de se mettre en place. Inutile de dire qu’il ne faut pas conduire. Prendre le transport en commun est impératif, ce qui pose un autre problème. Il faut réprimer une envie irrésistible de parler aux gens, de les enquiquiner, de les narguer, de les draguer, de les enguirlander.  Il faut rester conscient que l’on n’est pas dans son état normal… ce qui est ardu, vu qu’on ne l’est pas! Je me réfugie dans l’anticipation de ma journée de plaisir et m’efforce au mieux de ficher la paix aux autres. Je n’y arrive pas toujours… Arrivé au bain douche, je fais opérer ma routine au mieux, mais il y a toutes sortes de pépins. Je subis des micro-pertes de mémoire. J’oublie mes clefs dans me chambrette, je ne verouille pas le cadenas du casier, j’égare des petits objets. Il faut se concentrer sur cette routine. Tout doit être stable. Vous ne voulez pas foutre une précieuse heure en l’air à chercher maniaquement des clefs ou un porte-monnaie. L’euphorie n’est pas censée se réduire à cela. Improviser sous l’effet de cette substance est un coup plus que hasardeux: dangereux. Il faut enclaver cette expérience dans un dispositf rodé et exempt au maximum d’imprévus imparables. Il y a une perte de compréhension des événements ordinaires et, oui, une certaine paranoia. Une paranoia compulsive, très certainement de nature chimique, un peu comme les petites souris qui ont peur de tout. Nous y reviendront.

Le dispositif doit être rodé mais actif. Il faut, sans subvertir ledit dispositif, pouvoir danser, s’agiter, se trémousser, marcher fièrement dans des corridors, se dandiner langoureusement dans un jaccuzzi. Je n’ai pas besoin de m’étendre sur les formidables qualités aphrodisiaques de la chose, sauf pour dire qu’il faut demeurer prudent dans toutes les interactions, le partenaire n’étant pas enrubanné dans le même paradis jubilatoire que nous. Si quelque chose de bizarre se passe, il faut savoir lâcher prise en restant conscient qu’on ne perçoit pas totalement tout ce qu’on vient de faire ou de ne pas faire. De légères hallucinations pourront se manifester. Marchant dans un corridor sombre que je traversais pour la première fois (important), j’ai cru voir un visage dans un judas, alors qu’il n’y avait qu’un mur. Mais l’effet hallucinatoire reste marginal. On peut dire que la meth c’est l’opposé radical des champignons hallucinogènes. Les champigons sont passifs et contemplatifs. On peut rester des heures à converser les yeux dans les yeux avec le partenaire, et tout devient géométrique, tranquille et serein, et l’univers est beau et compréhensible. La meth est active et interactive. Elle fait exploser l’intégralité des passions sauvages, les belles et les moins belle. Elle nous donne temporairement le courage illusoire de notre folie.

Il faut constamment lutter contre l’assèchement de la bouche. Boire beaucoup, mais par petites quantités (éviter l’alcool. Son effet tranquilisant lutte absurdement contre l’effet euphorisant de la meth. C’est un mélange bien con, et en plus, l’alcool augmente la soif qu’il faut au contraire réduire), s’humecter la bouche, se gargariser. La meth rend la bouche vraiment très sèche. La meth rend ausi maniaque, obsessif, ça non plus ce n’est pas une légende. Les gestes compulsifs n’auront pas vraiment l’air de se répéter. Huit heures vont passer comme deux. Je répète: huit heures vont passer comme deux. Ayez toujours une montre à vue, on perd complètement la notion du déroulement du temps. Et, rétrospectivement, de ces 14 heures, on aura le plus de difficulté à se remémorer la troisième, la quatrième, et/ou la cinquième. Après huit heures de folie intensive, vous allez ressentir un petit mou, une légère baisse d’intensité. Vous n’êtes pas vraiment fatigué, mais vous recommencez à subrepticement économiser vos mouvements, vous vous remettez subtilement à hésiter socialement, vous n’ètes plus dans l’absolu absolu. C’est là le moment le plus traitre de tous. Le moment ou la décision se prend de savoir si vous contrôlez l’expérience ou si c’est l’expérience qui vous contrôle. C’est le moment ou on serait vraiment tenté de se reprendre une autre petite dose, histoire de retrouver promptement le plateau supérieur. Mais, oh sagesse, Ulysse a eu la prudence de laisser se réserve à la maison (ce qui est aussi une bonne protection contre les éventuelles descentes de flics. Vous n’avez rien sur vous au moment de l’action). Heureux qui, comme Ulysse, il est piégé dans sa méthode. Bon tant pis. Les quatre ou six prochaines heures seront très bien au niveau B, et on fera avec. Je vais continuer de m’amuser et me préparer doucement pour les terribles effets secondaires de demain. Si on se résume: 9:00, reniflage; 10:00 arrivée dans l’espace sécurisé et installation; 10:30 du matin à 7 00 du soir, fougeuse folie au palier A; 7:00 à 11:00, très honorable ardeur au palier B. Minuit, Cendrillon est-elle prête à rentrer du bal? Eh bien non. Elle subit alors le plus étrange et le plus maladif des effets de la meth. On pourrait l’appeller nostalgie instantanée et convulsionnaire du paradis perdu. Je… Je ne veux pas partir, je ne veux pas retourner en ce triste monde, je veux que cela continue, continue, continue. J’étire. Je temporise. Je m’éternise. Il faut donc se prévoir un autre trois heures ou l’effet euphorisant est bien diminué mais l’obsession paradisiaque est à son maximum. Cendrillon ne partira que vers trois heures du matin (en taxi, impérativement), triste, frustrée, renfrognée que les plaisirs soient si courts et que la vie soit si laide.

Je rentre alors chez moi, bois un petit verre d’une boisson sans alcool et me met au lit. Cette nuit là sera mauvaise, comme si vous aviez pris un café ou deux de trop un peu trop tard, et les étranges effets secondaires de la meth vont se manifester et venir vous hanter. Ils sont psychologiques d’abord. Je suis obsédé, obnubilé par mes activités des douze dernières heures. Je me repasse le film, je planifie des modifications, je cherche des options, j’imagine des scénarios, je fixe sans fin sur des moments. Cela va durer toute la journée suivante, cette fixation d’idée, cette langueur obsessive, cette rétention mentale et je ne pourrai rien faire de très utile de ce jours 2. La nuit, toujours, la paranoia de la petite souris peureuse revient alors en force, par bouffées. Le moindre petit déclic nocturne me terrifie. J’ai peur sans raison, comme dans l’enfance. Puis il y a cet étonnant effet sur la mâchoire. La propagande parle des «dents de meth» (les accros finissent avec les dents complètement niquées, émiettées, pour des raisons peu claires). Je n’ai pas ça pour l’instant, mais je corrobore une mâchoire de meth qui pourrait bien être une version atténuée du phénomène. C’est certainement un truc neurologique. Dans mon sommeil, ma mâchoire émet subitement un solide claquement, totalement incontrôlé, comme quand on claque des dents au froid. Mais un claquement unique, parfois assez subit pour vous réveiller. On sort de la première nuit les lèvres et la langue mordues par ces claquements de mâchoire incontrôlables. C’est très déplaisant et ce n’est pas fini au second jour. De plus, et là gare au choc, pendant mes deux jours de pause, je me sens plus confortable la bouche grande ouverte (ou même la bouche grande ouverte et la langue sortie, pendue littéralement – vous avez bien lu) que la bouche fermée. Il y a vraiment quelque chose là qui vous tourneboule les mâchoires pour vrai. C’est seulement quand je n’ai plus envie de me tenir comme un gogo qui baille en permanence que je juge que l’effet de la meth est l’un dans l’autre terminé. Cela ne se manifeste que vers la fin de mon troisième jour. Sinon, j’ai mal partout, comme le lendemain d’une sempiternelle randonnée en montagne, la bouche me picote, j’ai sommeil et je suis tristounet. L’appetit normal ne reviendra que le troisième jours. C’est aussi au debut du troisième jour que le pire du pire survient. Le manque apparait. Le manque terrible monte dans mon thorax. Je me sens comme un fumeur qui a envie de fumer, un buveur qui a envie de boire. Je veux que tout recommence au plus vite. Je veux me retrouver dans l’univers fou que j’ai associé à la substance. Je veux le tout, la sensation autant que l’action. Le bain sauna et la meth son indissolublement unis en mon désir et je les pense dans le manque comme une entité unique, un état paradisiaque aussi indistinct que cardinal. Pour l’instant, je résiste assez bien au manque et il finit pas s’en aller comme il est venu sans me faire altérer mon programme. Mais il revient de plus en plus souvent. Mes expériences restent séparées de trois bonnes semaines les unes des autres et mes doses n’augmentent pas. Mais comme tous les bourlingueurs qui frôlent ce genre de récif, moi, Ulysse, je ne peux absolument rien garantir pour l’avenir, tant au plan de mon comportement qu’au plan des effets à long terme de cette drogue terrible et merveilleuse sur mon cerveau.

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