Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

Articles Tagués ‘féminisme’

La dissolution de la division sexuelle du travail, c’est elle, la vraie innovation ethnologique de notre temps…

Publié par Paul Laurendeau le 8 mars 2012

En 2132, monsieur, si ça, ça continue,
En 2132, qui c’est qui montera par-dessus?
Attention au secours!
Qui c’est qui me parlera d’amour
Si la police s’appelle Alice?

Jean-Pierre Ferland, Women’s Lib (paroles de J.P. Lauzon), 1974.

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Le principe de la division sexuelle du travail est un archaïsme bien plus crucial et systémique que la perpétuation, de ci de là, de telle ou telle occupation traditionnelle ponctuelle, imposée aux femmes (ou aux hommes). Sur cette question, trop mal comprise, je ne résiste pas à l’envie de soumettre à votre attention sagace cette brève synthèse descriptive que l’on doit à l’important anthropologue du siècle dernier Ralph Linton (1893-1953).

Un potier en Inde, aux environs de 1929

Femme asiatique vannant le riz à l'ancienne (sans date)

La division et l’attribution des statuts selon le sexe semblent être à la base de tous les systèmes sociaux. Toutes les sociétés prescrivent des attitudes et des activités différentes pour les hommes et pour les femmes. La plupart d’entre elles essaient de rationaliser ces prescriptions en arguant de différences physiologiques entre les sexes ou de leur rôle différent dans la reproduction. Cependant, une étude comparative des statuts assignés aux femmes et aux hommes dans des cultures différentes semble montrer que si de tels facteurs peuvent avoir fourni un point de départ pour la division des statuts, c’est la culture qui détermine en fait, pour l’essentiel, leur attribution. Les caractéristiques psychologiques attribuées aux hommes et aux femmes dans des sociétés différentes varient tellement, elles aussi, qu’elles peuvent n’avoir que de faibles justifications physiologiques. La représentation que les sociétés modernes [occidentales de l’entre-deux-guerres – P.L.] se font de la femme comme angélique et secourable fait un contraste violent avec l’existence, chez les Iroquois par exemple, de femmes-bourreaux qui font preuve de beaucoup d’ingéniosité et de délectation sadique.

L’attribution des occupations, qui est somme toute partie intégrante du statut, donne lieu à des disparités encore plus marquées entre les différentes sociétés. Les femmes arapesh transportent couramment des fardeaux plus lourds que les hommes «parce que leur tête est bien plus dure et plus solide». Dans certaines sociétés, les femmes font la plus grande partie du travail manuel; dans d’autres, comme celles des îles Marquises, la cuisine, le ménage et la garde des enfants sont des occupations proprement masculines et les femmes passent le plus clair de leur temps à leur toilette. La règle générale elle-même selon laquelle, en raison des servitudes de la grossesse et de l’allaitement, les occupations les plus actives sont réservées aux hommes et les occupations les moins actives aux femmes connaît bien des exceptions. Ainsi, chez les Tasmaniens, la chasse au phoques était un travail dévolu aux femmes. Elles nageaient jusqu’aux rochers où se trouvaient les phoques, traquaient les bêtes et les assommaient. Les femmes tasmaniennes chassaient aussi l’opossum, ce qui les obligeait à grimper jusqu’au faîte d’arbres très hauts.

Même si la distribution des occupations selon le sexe varie beaucoup, en fait, le modèle de la division selon le sexe est constant. Il est très peu de sociétés où chaque activité importante n’ait pas été assignée définitivement soit aux hommes, soit aux femmes. Même lorsque les deux sexes coopèrent dans une activité particulière, le domaine de chacun des sexes est souvent bien délimité. Ainsi, pour la culture du riz à Madagascar, les hommes font les semis et les terrasses et préparent les champs pour le repiquage. Les femmes font le travail de repiquage qui est difficile et fatiguant; elles arrachent aussi la récolte mais ce sont les hommes qui la rentrent. Les femmes la transportent alors vers les aires où les hommes la battent, tandis que ce sont les femmes qui la vannent. Enfin, les femmes pilent le grain dans des mortiers et le cuisent.

Quand une société prend en charge une industrie nouvelle, il y a souvent une période d’incertitude pendant laquelle cette tâche peut être remplie par les individus des deux sexes. À Madagascar, la poterie est fabriquée par les hommes dans certaines tribus et par les femmes dans d’autres. Dans la seule tribu où elle est fabriquée à la fois par les hommes et les femmes, cet artisanat n’a été introduit qu’au cours des soixante dernières années [soit depuis 1870 – P.L.]; au cours des quinze dernières années [soit entre 1915 et 1930 – P.L.] en particulier, le nombre de potiers masculins a fortement diminué, beaucoup d’entre eux ayant abandonné cette activité. La baisse des bénéfices, habituellement avancée comme raison qui contraint les hommes à abandonner une de leurs occupations spécifiques quand les femmes l’envahissent en nombre, n’a certainement pas joué ici: le marché était loin d’être saturé et le prix des objets fabriqués par les hommes et les femmes était le même. Les hommes qui avaient abandonné le métier n’en donnaient en général que des raisons très vagues, mais quelques-uns avouaient avec franchise qu’ils répugnaient à se mesurer avec des femmes. Apparemment, l’entrée des femmes dans le métier avait ôté à ce dernier un certain prestige et désormais ce n’était plus l’affaire d’un homme, même escellent artisan, d’être potier.

Ralph Linton (1968), De l’Homme, Minuit, Le sens commun,  pp 140-142. (Titre original: The Study of Man, 1936) – cité depuis la copie papier de la version française de l’ouvrage.

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De nos jours, les hommes et les femmes se positionnent dans toutes les sphères d’activité et ce, selon un ratio tendant maximalement vers 50/50 dans chacune d’entre elles...

Je crois que la conclusion, au sujet des données anthropologiques synthétisées ici, est assez limpide. Même si les occupations varient amplement, une certaine perpétuation de la division sexuelle du travail dans notre société tertiarisée (les filles réceptionnistes, éducatrices en garderies, hygiénistes dentaires – les gars chauffeurs de taxi, éboueurs, dentistes) est indubitablement archaïsante. La vraie innovation que la civilisation contemporaine mondiale/mondialisée apporte, par rapport aux tendances observées dans les sociétés traditionnelles dont nous rendent compte les anthropologues, ce n’est pas le fait d’intervertir, comme le craignait tant le Jean-Pierre Ferland de 1974, le sexe des rôles professionnels (les femmes policières, pilotes d’avions et avocates, les hommes secrétaires, infirmiers, meneurs de claques). Des intervertissements de ce type sont maximalement attestés, de longue date, dans maintes civilisations traditionnelles, et leurs fort variables stature, statut, standing ou stabilité (sans parler, ayoye, de leur fondement «biologique» ou «naturel») sont complètement culturellement convenus, depuis des temps immémoriaux. Ce qui est vraiment nouveau, massivement nouveau au jour d’aujourd’hui, c’est bien le fait de dissoudre toute division sexuelle du travail et, qui plus est, de le faire non plus comme révélateur d’incertitude face à de nouvelles tâches ou industries mais bien comme redéfinition fondamentale du partage de toutes les tâche, anciennes ou nouvelles, dans toutes les industries. De nos jours, les hommes et les femmes se positionnent dans toutes les sphères d’activité et ce, selon un ratio tendant maximalement vers 50/50 dans chacune d’entre elles (et, oui, le tout impliquant, comme chez les potiers et potières malgaches de 1870-1930, un déclin tout aussi uniforme du «prestige» des professions traditionnelles – qu’y a-t-il de tant prestigieux à trimer de toute façon?). C’est alors la division sexuelle même des tâches qui perd toute fonction opératoire. Nous procédons, partout dans le monde d’aujourd’hui (pays émergents inclus), à une révolution tranquille des sexages qui laisserait un homme ménager des îles Marquises, une chasseuse de phoques tasmanienne, et les cultivateurs et cultivatrices de riz malgaches de jadis bien perplexes: celle de la dissolution radicale et sans appel du PRINCIPE ABSTRAIT FONDAMENTAL de la division sexuelle du travail. Il n’opère plus que comme trace résiduelle, pulsion réactionnaire, trait de culture intime de groupes non-professionnels, ou tic comportemental d’arrière-garde. On entrevoit clairement le moment où la division des activités professionnelles selon le sexe n’aura absolument plus aucun sens intelligible… et cela risque de rendre bien des romans, bien des films, bien des récits de notre corpus culturel contemporain et patrimonial pas mal difficiles à décoder et à saisir, attendu l’effilochement irrévocable de certains de leurs implicites fondamentaux, dans l’œil mondialement kaléidoscopique et dans toute la sphère des perceptions tangibles de nos consciences ordinaires modernes. Que dire de plus, quand même l’institution la plus hostile aux priorités de la société civile finit par, disons la chose sans calembour, se mettre au pas?

VERS L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES AU COMBAT

ARMÉE AMÉRICAINE – Interdites de servir au combat, les femmes de l’armée américaine ont pourtant versé le prix du sang en Afghanistan et en Irak: le Pentagone a levé, hier, une partie des restrictions faites aux femmes militaires. Environ 14,000 postes qui leur étaient interdits leurs sont désormais ouverts. Près de 280,000 américaines ont servit en Irak et en Afghanistan depuis 2001 et 144 y ont été tuées, dont 79 au combat. Malgré ces 14,000 nouveaux postes, un tiers des postes de l’armée de terre et des Marines reste réservé aux hommes – AFP.

Journal 24 heures, Montréal, fin de semaine du 10-12 février 2012, p. 25

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La vieille comptine mille fois rebattue de mon enfance: LES FILLES, LES GUÉNILLE. LES GARS, LES SOLDATS ne tient plus. C’est elle, justement, cette comptine, et la division en sexage qu’elle axiomatise, ou revendique, ou perpétue, qui se déguenille, qui part en quenouille. Bon, quant à moi, l’armée disparaitrait, corps et biens, avant même que la dissolution de la division sexuelle du travail dans ses rangs ne soit complétée, et cela ne me ferait pas de peine… Mais je vous fais une prédiction: ce ne sera pas le cas. C’est que même nos institutions les plus rétrogrades et les plus nuisibles (armée, management, haute finance, églises) montrent sans ambivalence que le dispositif clivé en sexage, dont Ralph Linton nous synthétisa jadis l’analyse, n’est plus.

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Ce malentendu entre hommes et femmes au sujet de la dimension érogène de l’intelligence

Publié par Paul Laurendeau le 14 février 2012

N’oublions jamais que l’intelligence, ou l’apparence de l’intelligence, c’est un aphrodisiaque puissant…

Le torontois inconnu
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Qu’est ce qui se passe donc ici, dans ce restaurant si représentatif?

Séduction, l’éternel ballet aux maldonnes. Alors, partons, si vous le voulez bien, de la femme contemporaine. Elle est intriguée, voire attirée, par une homme bien foutu et bien mis, certes, mais elle est érotisée, maximalement érotisée, par une cognition masculine. Elle attend de l’homme qui l’approche qu’il soit une intelligence. Une vraie intelligence, naturelle, spontanée, sensible mais mâle, originale mais sans dédain de l’autre, solide sur ses positions mais sans rigidité, magnanime mais sans condescendance, conversante et parlante mais sans verbosité ni gibbosité verbeuse, drôle, humoristique mais sans ce cabotinage facile, simplet ou grossier, si souverainement répandu. Dans son fameux roman De amor y de sombra (1985), l’écrivaine américano-péruvienne Isabel Allende nous annonce que la femme a son Point G dans les oreilles et qu’il serait parfaitement oiseux de le rechercher plus bas (Para las mujeres el mejor afrodisiaco son las palabras, el punto g está en los oídos, el que busque más abajo está perdiendo el tiempo)… En utilisant cette image, facétieuse mais fort ingénieuse, cette sagace romancière a fait beaucoup pour la compréhension de ce qui, en l’homme, érotise la femme. Pour séduire la femme, l’homme doit, de fait, savoir parler, s’ajuster verbalement, échanger authentiquement, s’articuler dans la conversation tout naturellement, sans affectation, ni malice. Ajoutons: cuistrerie tapageuse, encyclopédisme régurgitant, dédain du moins savant que soi, monologuisme égocentré, ton faux et vain, dogmatisme plat et unilatéral, s’abstenir. L’homme intelligent doit aussi, c’est crucial, savoir écouter. Écouter attentivement (cela ne se feint pas), s’intéresser effectivement à ce que la femme rapporte, raconte, relate, décrit. Une femme va toujours crucialement faire passer une narration de son choix à travers le cerveau de l’homme qui l’approche et mirer scrupuleusement le répondant qui se manifeste alors. L’homme vous écoute, il réfléchit effectivement à ce que vous dites, il commente avec finesse, sans excès, en manifestant un intérêt réel, il ne donne pas de conseils sans qu’on les lui demande (c’est tellement criant que l’homme qui se lance dans le conseillage intempestif est en fait un faux empathique, un auditeur superficiel qui ne cherche qu’à se débarrasser fissa-fissa du sujet que vous avez introduit). Si, en prime, il interagit poliment avec la serveuse du restaurant, parle de ses enfants avec une tendresse non feinte, et, donc, vous écoute sans faillir, en s’abstenant sans effort de déconner, vraiment, pour faveur ne le niez pas, vous allez vous mettre à vous sentir toute chaude en dedans…

C’est alors ici que les premiers éléments du malentendu sur la dimension érogène de l’intelligence se mettent tout doucement en place. Femme, érotisée que vous êtes par l’intelligence masculine, vous vous attendez à une réciproque frontale, une symétrique stricte, un renvoi d’ascenseur mécanique. Et, bon, bien, ouf, elle ne semble pas venir, cette réciproque, elle ne semble pas se manifester, cette symétrique, il ne semble pas remonter, cet ascenseur. Observez-vous en sa compagnie, dans ce restaurant. Vous êtes bardée de diplômes, articulée, savante, spirituelle, vive, subtile, nuancée. Il l’apprécie, le saisit. Il est parfaitement apte à vous décoder. Il y a indubitablement une affinité. Tous deux, vous le voyez. Et vous, au plus profond de vous, vous la sentez, qu’est-ce que vous la sentez. Vous tenez parfaitement la conversation, du tac au tac, tit for tat. Il n’y a pas de fausse modestie à cultiver: vous êtes brillante, vous brillez. Or, il attrape le ballon sans faillir mais, poisse, il ne semble pas du tout se réchauffer. Pire, il semble de plus en plus distrait, rêveur, instable. Il regarde vos mains manucurées à la dérobée. Il semble observer vos lèvres bouger plus qu’il ne semble s’imprégner vraiment du propos qui en coule. Puis, bien ça s’aggrave un petit peu. Il vous interrompt soudain, s’emporte un peu, perd sa faconde, roule des orbites, semble s’ennuyer. Il est jaloux de votre intelligence ou quoi? Vous lui faites de l’ombre, ou quelque chose? Summum de l’incohérence, injure jointe à l’insulte, voici qu’il complimente les boucles d’oreilles de la serveuse (jeune, dodue, empressée, un peu gauche et, indubitablement, pas une surdouée intellectuelle) et lui regarde les hanches d’un œil un peu fixe quand elle se retire discrètement. Késsako? Quid? Je te fais chier ou quoi? Alors vous vous drapez dans la dignité contrite de vos grandes conclusions critiques: l’homme n’aime pas l’intelligence chez une femme, voilà. Cela lui fait peur (ah, ce nouveau mythe contemporain: l’homme qui a peur). L’homme préfère les sottes plantureuses, cela le conforte, le rassure, lui évite de se confronter et se frotter à la femme moderne, cultivée, solide et intelligente de ce temps. L’homme veut une petite nunuche, pantelante, nou-nouille et docile. Ah mais dites donc… le féminisme avait raison.

Le féminisme (classique) avait effectivement raison. Oh, qu’il avait donc raison. Nos pères et nos grands-pères préféraient indubitablement une petite épouse qui ne bavardait pas trop, ne jouait pas les femmes savantes, bossait dur, obéissait au quart de tour, et baisait sec. Le féminisme a aussi eu raison de combattre cet homme là, de le terrasser, de l’abattre. Sauf que le féminisme, et la société en cours de tertiarisation dont il était l’intellectuelle émanation, ont tellement eu raison qu’ils l’ont emporté… De ça aussi, il faut s’aviser. L’homme d’aujourd’hui ne veut pas d’une petite nunuche, pantelante et docile. Il veut une femme intelligente, articulée, vive et savante. Mais alors qu’est ce qui se passe donc ici, dans ce restaurant fictif, mais si représentatif? Ce qui se passe ici, c’est lui le navrant malentendu sur la dimension érogène de l’intelligence. Il se formule comme suit: pour la femme, l’intelligence et la sincérité de l’homme SEXUALISENT graduellement l’ambiance de l’échange, parce que l’intelligence masculine authentique engendre le désir de la femme. Pour l’homme, l’intelligence et la sincérité de la femme DÉSEXUALISE, tout aussi graduellement, l’ambiance de l’échange, parce que l’intelligence authentique de la femme engendre l’admiration intellective chez l’homme (et que l’admiration intellective n’est pas un sentiment sexualisant pour lui). La perception que l’homme a de l’intelligence de la femme est mentale, abstraite. La perception que la femme a de l’intelligence de l’homme est concrète, sensualisée. La femme s’érotise en présence de l’homme intelligent et elle adore ça. L’homme s’intellectualise en présence de la femme intelligente et il adore ça aussi, simplement, si vous me passez la formulation, cette conversation là ne le fera pas bander, lui, comme elle la fait mouiller, elle. Pour l’homme, l’intelligence de la femme n’est pas un vecteur de séduction et le fait qu’il ne place pas l’intelligence féminine au centre de la parade amoureuse ne veut en rien dire qu’il n’en veut pas, au contraire. La force de votre intellect est un atout cardinal à long terme. Le séduire c’est une chose, le convaincre c’est vraiment pas mal non plus, dans le tout de la démarche d’approche. Le fait qu’il pense à autre chose que la chose, un petit peu, dans le dispositif, c’est hautement significatif, ça aussi. Je n’ai pas à vous faire un dessin. Ces deux canaux (celui de la séduction et celui de la conviction) sont proches, certes, mais, de fait, habituellement parallèles, dans la perception globale que l’homme contemporain échafaude de vous (imaginez deux fils électriques de couleurs contrastées, tortillonnés en une tresse serrée, et alimentant tous les deux pleinement la machine – mais sans mélange des fibres et des courants). La force de votre intellect va donc garantir la viabilité durable de la relation interpersonnelle avec cet homme intelligent, parce que votre intellect et la compatibilité de vos intelligences serviront de fondations solides et imperturbables à son admiration, son estime, et son respect pour vous. Mais votre intelligence n’opérera pas comme arme de charme, manifestant ou exprimant votre potentiel de séduction. Ce dernier est ailleurs. L’erreur de perception féminine sur cette question est une erreur fondamentalement symétriste. Elle voudrait que son intelligence de fille ait un impact de séduction aussi grand, aussi fort, aussi entier aussi unaire, unitaire, holiste, décompartimenté, monadique, total, sur le gars que l’intelligence du gars a un impact de séduction sur la fille. Elle voudrait que le gars sente la séduction comme une fille, en fait. Mais le gars n’est pas une fille…

Et c’est ici que le monumental et quasi-carcéral code déontologique de la femme intelligente va faire le plus violemment obstacle à la puissante séductrice d’homme qu’elle est effectivement, d’autre part. Le féminisme conséquent admet, sans complexe ni arrière-pensée d’aucune sorte, que, si les hommes et les femmes sont intégralement égaux en droits devant toutes les instances de la société civile, cela n’en fait pas du tout des êtres identiques. Il y a donc ici une problématique de la radicale diversité à appréhender et à dominer en priorité, si vous m’autorisez la formulation sidéralement songée… Pour dire la chose comme elle est, on a de fait affaire à une diversité reposant sur une nette inversion de la polarité des sensibilités. Tant et tant que plus votre intelligence de femme se déploiera, s’amplifiera, se complexifiera, plus votre homme vous admirera et… moins sa libido s’échauffera. Vous allez alors le subvertir, le dépayser, l’ébranler, le solliciter, l’interpeller, le captiver, le fasciner, l’intéresser, oui… mais l’allumer, l’émoustiller, ou l’érotiser, non… Bon, on baise ou on cause? est une formule binariste d’homme. Pour vous, femme, moniste que vous êtes, les deux vont ensemble, se touchent, se rejoignent, s’enlacent. Pas pour lui. Tant et tant que si vous voulez vous séduire vous-même, vous êtes fin parée, vous avez tous les atouts. Mais, comme de fait, pour le séduire lui, il va vous falloir faire un petit retour autocritique sur certains de vos subtils trésors les plus archaïques. Ils sont là, ils n’attendent que ça, servir vos objectifs. Ils sont comme des pièces d’échec devant vous ou de solides et fiables connecteurs logiques en vous… Et nananère… Et vive le crapaud de Voltaire

Qu’on m’autorise ici un petit détour à la fois récréatif et allégorique, parfumé et rose. Professeur pendant vingt ans dans une grande université canadienne, j’ai côtoyé des femmes supérieurement intelligentes, articulées, cohérentes, éduquées, géniales. La majorité d’entre elles étaient des féministes anglo-saxonnes convaincues, griffues et dentues. Certaines d’entre elles cachaient pourtant la revue Cosmopolitan ou des romans à l’eau de rose dans leur sac à main, entre Emmanuel Kant et Marshall McLuhan. Un petit peu mises au pied du mur sur la question, elles se comportaient alors peureusement, nerveusement, honteusement. C’est comme si admettre aimer la couleur rose, les potins de starlettes et le mascara représentait une atteinte fatale à le fabrique la plus intime du monument cimenté de leur crédibilité intellectuelle. C’était irrésistiblement sexy de la voir percoler comme ça, en catimini, cette infime vulnérabilité de culture intime de fille, simplette, badine, si fraiche, si fluide et si ancienne à la fois. Je ne leur disais pas ça (ces féministes dentues n’aiment pas, ou affectent de ne pas aimer, qu’on leur roucoule des choses comme ça dans le pavillon de l’oreille, surtout avec l’accent français). Je me contentais de les laisser chercher à me séduire de par leur vaste et encyclopédique intellect. Sans succès, évidemment. Peine perdue, naturellement. Elles me faisaient m’élever en une transcendance de tête hautement intéressante et satisfaisante… et je restais froid comme une banquise, bien marbrée et bien figée, un jour solennel de grand vent. Il s’en serait pourtant fallu de si peu. Mais poursuivons…

En ce navrant malentendu sur la dimension érogène de l’intelligence, l’erreur la plus commune de l’homme est une erreur de méthode. Tout juste comme dans le cas de la doctrine florale, il sait (abstraitement, sinon empiriquement) qu’une intelligence, qui ne l’émoustille pas spécialement lui, l’érotise maximalement elle. Ce que je me tue à lui expliquer ici, il le sait théoriquement sans le sentir physiquement. Il la joue donc complètement à tâtons, dans le noir opaque et, plus souvent qu’autrement, conséquement, boiteusement et/ou insincèrement. J’en ai parlé ailleurs, pour séduire la femme, il joue nunuchement sur le court terme. Il ment sciemment à la femme au sujet de sa propre nature intrinsèque de conneau (très légèrement) retardataire. Elle, pas bête la guêpe, finit, tôt ou tard, par s’en aviser, et notre intelligent insincère (l’intelligence, ça se feint fort difficilement. Pour ce qui est de tenter de feindre la sincérité, là, on entre carrément dans du paradoxal pur), eh bien, il voit son dispositif de séduction implacablement tomber en capilotade.

En ce navrant malentendu sur la dimension érogène de l’intelligence, l’erreur la plus commune de la femme est une erreur de jugement. Elle juge d’abord en conscience (après tout, y a pas de raisons) que son intelligence à elle devrait le séduire lui autant que son intelligence à lui la séduit elle. Comme ça fonctionne pas, elle se croit soit pas assez intelligente pour un homme fascinant qu’elle adule déjà pas mal, soit trop intelligente pour un conneau rétrograde, certainement un macho inévitablement attardé, qui rechercherait la sécurité non insécurisante d’une nunuche bien dodue, bien maquillée, bien sotte. Ces deux jugements faux (1- croire que l’intelligence est un vecteur de séduction pour Lui sous prétexte qu’elle l’est pour Elle, 2- croire que l’homme ne veut pas de l’intelligence d’une femme simplement parce qu’il ne s’érotise pas de par ladite intelligence) perpétuent le vieil épouvantail phallocrate déchu de l’homme qui aspire à cueillir une femme “fatalement” sectorielle-sensuelle, éventuellement à fonctions interactives circonscrites, et (donc… oh, le mauvais donc!) sotte. Totale erreur d’analyse. L’homme de 2012 veut de tout son être la femme de 2012… Simplement il ne veut pas que Tara Pornella se mette à penser de temps en temps, il veut plutôt que Rosa Luxemburg enlève sa robe de temps en temps…

Le message est entier, droit, fulgurant, passionnel, sensuel, sexuel. Enlevez votre robe, madame. Là, tout de suite, là, en public. Jouez du pied sous la table et des lèvres sur votre coupe de champagne. Posez votre main manucurée sur (ou dans… les deux options son légitimes, au jour d’aujourd’hui) la sienne, en lui coupant subitement le topo intellectif, comme on coupait sa chique au sémillant marinier, dans un vieux tripot portuaire d’autrefois. Séduisez-le, non dans je ne sais quel monde abstrus qui l’exalte cognitivement mais dans celui de vos sens, qui, lui, l’excite charnellement. Frappez-le, depuis l’épicentre tumultueux de cet autre champ d’excellence dont vous détenez, en tout droit et tout honneur, le si vaste héritage, et que vous dominez parfaitement désormais: celui de votre sensualité sinueuse et triomphante. Pourquoi abandonner un atout aussi percutant et imparable aux seules connes rétrogrades, qui, au demeurant, n’ont que lui à brandir et qui sont vouées aux futiles feux de paille de la passade éphémère sans fondations intellectives et/ou harmonie des grands esprits (elles sont d’ailleurs un peu trop médiatisée ces dites “connes” et, je vous le redis, il n’en veut même plus de toute façon)? Cela ne vous rendra pas subitement plus sotte de votre personne que de mobiliser toutes les pièces de l’échiquier. Il n’y a absolument rien de fautif à devenir sa propre marionnette. Non, que non, cela ne vous rendra pas plus conne, madame la marionnettiste intérieure. Plutôt, en fait, cela vous rendra subitement plus tempérée. Une femme qui se domine ne craint pas toutes les facettes de son image parce qu’une femme qui se domine domine, du geste et de l’oeil, tous les angles de la féminité dont elle hérite et qu’elle transcende. Alors, alors… pourquoi ne pas en jouer. C’est une danse de séduction, et dans une danse on ne ratiocine pas. On bouge…

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C’est une danse de séduction, et dans une danse on ne ratiocine pas. On bouge…

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I was just fired! [Je viens tout juste de me faire virer!]

Publié par Paul Laurendeau le 1 décembre 2011

Well, I try my best to be just like I am
But everybody wants you to be just like them
They say sing while you slave and I just get bored
I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more…

[Bon, j'ai fait de mon mieux pour être celle que je suis. Mais tout le monde veut que vous fassiez tout exactement comme eux. Ils me disaient de chanter en esclavage et j'ai fini par en avoir marre. Je ne travaillerai plus jamais à la ferme de Maggie...]

Bob Dylan, Maggie’s Farm, 1965

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Une lectrice assidue de ces pages, la toute gentille, discrète, effacée et polie PugLover de Winnipeg (Manitoba, Canada) vient de se faire abruptement saquer de son emploi contractuel (avant le terme du contrat). Elle écrit alors à Ysengrimus, dans la mouvance immédiate de l’impact du moment. Avec un petit mois de recul, et avec sa généreuse permission, je vous publie (et vous traduis) ici le texte brut de sa copieuse missive, pondue à chaud, toute détresse brandie et proclamée… Le fait est que je trouve ce texte aussi poignant et révoltant que profondément parlant sur le cancer social de la précarité professionnelle et son impact profond et délétère sur l’intégralité de notre psychologie collective.

Amber, Cassie et Lisa, vous êtes virées

[La traduction française suit]           «I was just fired, Ysengrimus! FUCKING FIRED! FUCKING FIRED FOR “TALKING EXCESSIVELY”! I SPOKE FOR TEN MINUTES YESTERDAY TO SOMEONE AND THE FUCKING ASSHOLE BOSS SAID HE WAS WATCHING ME AND THAT I SPOKE FOR THIRTY MINUTES. They fucking fired me!  I knew from the first day that that place was a shithole. My dear Ysengrimus, this is THE FUCKING LAST OFFICE JOB I WILL EVER HAVE!  I don’t care if I have to go a whole year unemployed. I have sufficient savings and I don’t buy anything or own anything in any case.

After it happened I cried so much that I shook and threw up. They told me that «other people» in the department had been complaining about my «excessive talking» for some time now. I asked them to identify these people and they refused. THEY FUCKING REFUSED! YSENGRIMUS, I DON’T TALK! I DON’T FUCKING EVER TALK! Yesterday I spoke for about ten minutes to the lady behind me, telling her about a store in town, that was it! The rest of the day I spent fucking emailing the same fucking text to fucking seventy people. My boss made me keep quotas of all the phone calls and emails I made every day and he told me that it was not good enough.

I am through with it, Ysengrimus. I don’t care if I have to live with my parents until I die. I will not EVER take a fucking office job again. I swear it on my husband’s head, on the heads of my parents and on the heads of my baby nieces. Ysengrimus, this life is pure garbage. I contemplated killing myself when I got home, but why would I do that to Pop and Mom, two of the very few decent people on this earth, and why would I do that to my beloved husband. I want to punish THEM, not the people I love. I am so hopeless, Ysengrimus.  I just can’t believe what has just happened to me. I just cannot believe it. I demanded to know why they did not give me any word of this before, that they needed to give me warning before firing me, and they said that that does not apply to contract employees. I am beyond furious, Ysengrimus.  I am beyond everything.  I am just numb.

Ysengrimus, why does everybody hate me? I FUCKING KNEW that women in that office fucking hated me and were scheming behind my back. It was likely they who made that shit up about me. I did not talk excessively. In fact, I did not talk AT ALL except for when I first arrived in the morning to say hello. What do I do, what do I do with this life that just does not ever work out for me? Why does this happen to me, Ysengrimus? Why? Why do so many people hate me without even knowing me? I mean, I never «talk excessively» period! I AM NOT THAT KIND OF PERSON!  I am a serious person who tries to do my best. I busted my ass for those cunts. My eyes became so sore staring at a monitor for so long that I bought an antiglare film for it! I made so many fucking phone calls that I would come home dehydrated. FUCK THEM!  FUCK THEM SO HARD! I am so enraged. I hate everything. My heart is filled with nothing but hatred. I hate this life so much. How could this happen to me?  The little girl on whose every report card the teacher wrote «needs to speak more in class»? I was so quiet that at places I have worked people have asked me if something was wrong!

 Maybe I should become a prostitute! Seriously! I am done with office SHIT! This motherfucker boss asking me to meet  fucking quotas for calls and emails, making me do over a whole fucking spreadsheet with about six hundred names on it and about five to fifteen file numbers for each BECAUSE HE DID NOT LIKE THE DATE FORMAT I USED! AND BECAUSE I PUT TEXT IN A COLUMN THAT WAS ONLY FOR DATES! THE FUCKING SPREADSHEET IS FOR MY USE ONLY, MOTHERFUCKER. WHO THE FUCK CARES WHAT DATE FORMAT I USE! And he made me CHANGE THE COLOUR OF HIGHLIGHTER!  That happened just the day before he fired me. WHAT KIND OF CUNT FACED MOTHERFUCKER TELLS ME THAT I TALK EXCESSIVELY! I DON’T TALK ENOUGH, MOTHERFUCKER! I am the most silent, non-confrontational, head-in-my-work person you can ever know! Never in my life, never, when I was killing myself studying in university, never when I was a leetol girl, never in my wildest imagination did I ever think that I would ever get fired for EXCESSIVE TALKING!  They said that I was distracting others from their work. Ysengrimus, I promise you that I never, ever even made a sound for more than fifteen minutes throughout the whole day, maximum. Why do people hate me? What did I ever do to deserve this?

 Later in the day, I spoke about this on the phone with Amber, my best friend. She has an idea for a book that we would write together. We have this shared interest in the persecution of so-called “witches” à la Salem and have exchanged ideas about a story. Not a Salem story, but it involves witches as proto-feminists. At least now I have plenty of time for writing… When I think about my loving Amber and her husband, I think that he is not as intelligent as her, that is for certain. I always think – and this is not exactly the feminist statement of the year – that a relationship functions better when the man is more intelligent than the woman. Woman more intelligent than the man only works with a man who is very evolved.  But when you have your classic ‘dude’ with an intelligent woman, conflict seems to reign.  She is so much more intelligent than he is yet he makes about $70,000 a year while she makes about $12,000… What I mean by all this is that my friend Amber, like me, is unable to function in the world of work. And I do not say that in a self-belittling way, no, not at all. We are sensitive, introverted, quiet and gentle people and we become nothing more than targets for the cruelty that runs amok in these places. The entire structure is toxic to people like me and Amber. I don’t know what our place is in this world. Sometimes I think that it is somewhere far, far from this place, literally and figuratively speaking. I am so lucky to have found her. Never have I had a friend who is so like me, who accepts me and truly understands me and genuinely empathizes with me as she does. We are incredibly alike. You should hear us talking. It is like a self-deprecation-fest, one trying to convince the other that they are perfect and wonderful as they are. All of my social anxiety and timidity and introversion, she shares all of that like nobody else I have ever known. It is so comforting to know that I am not alone. We are two misanthropic, introverted peas in a pod, prone to flights of fancy, just wanting to be left alone by the wider world of people. That is all I ever wanted from people:  to be left alone. I walk with my head down, I speak to as few people as possible, I fade into the woodwork, yet somehow I am always the object of attack. It disgusts and repulses the extent to which human beings take such satisfaction in preying upon the weak. On the wider level of society we see it in the marginalization of entire groups of people based on their refusal or incapacity to ‘conform’ to our bourgeois norms: the homeless, drug addicts, the mentally ill, prostitutes, the poor. We let loose all of our pent up rage on the most powerless, because human beings are, at base, cowardly, sadistic and perverse.

I am so completely bamboozled. I was shaking and crying all the way home. I mean, Ysengrimus, look! Here is what is written on my first grade report card: Lisa is growing in self-confidence. She is still quite shy but not as shy about contributing to class discussions as she was earlier in the year. She is happy at school and enjoys being with the other children. She is able to work independently completing her tasks in an appropriate length of time. What it says there is still true now. I know that you will think that this is paranoid, but I know that there were several women, and that fuckassed boss included, who had it in for me from the very first day. I knew it, I fucking knew it. It took them a month to get me a computer account, I had to bring in my own stationary – pens, paper, everything – because they would not give any to me. They sat me down at the cubicle – right next to the photocopier/scanner and shredder – literally threw a list of numbers at me and told me to start calling. I was not even to use my own name on the calls, I had to say “this is “Cassie” calling” because that was the name of the woman I worked with. I was a total non-person the whole time, and I tried, I tried. I hated that place from day one! I was trying to find things to like about it, but they fucking conspired against me. I was only supposed to be there for three months, in any case! And the clients I was phoning would comment on how friendly I was on the phone and even on how “well written” my messages were. I just don’t know what to do anymore with this life. I feel as though someone has ripped my guts out. How dare they do this to me, Ysengrimus?  What did I ever do to them to have them do this to me?  All I wanted was to do my work and be left alone. I mean, I BARELY SPOKE AT ALL there! With the exception of mandatory phone calls, I barely opened my mouth. And I had to tell the fuckcuntasshole how many calls and how many emails I made each day and he would tell me that it was not good enough and I tolerated all that because I am always made to believe that I am weak. But I am not weak! I am sick and tired of it all, and I don’t know what I am going to do. Join a Buddhist monastery? It is funny, when if was a teenager working at Mambo-Mart, I was once sent home because my skirt was “too short”… I was only fucking sixteen years old, and wearing thick tights under the skirt. In any case, the cunt who sent me home was fired a few weeks later for stealing from the company. Yeah stealing motherfucking RELIGIOUS videos! Why am I always the target of asshole managers, Ysengrimus? What is it about me that makes me so loathsome to people? I am so kind!  You know what, yesterday, I even brought in A BAG OF LEFTOVER HALLOWEEN CHOCOLATE BARS for everyone today!  I don’t understand, I don’t understand. What is it?  What could it possibly be? And I have no recourse because written in the employment contract is the following clause: You acknowledge that your employment may be terminated at any time, without cause…

Whenever bad things happen to me I retreat to my childhood. I was so happy as a little girl. Life had to come along and take it all from me. I loved my grade one teacher. She was kind and lovely and tall and blonde and French-Canadian. She was like some sort of tall kind fairy with her long hair and her gentle eyes. I discovered a few years ago that she shared with my mom that other teachers in the school seemed to hate her… Oh, mom and dad. They are so patient and loving. After bawling my eyes out to them, my poor, poor parents, I had to get myself to my piano. It is to my piano that I always go in moments of trauma and great sadness like this. My piano and my childhood. Funny, looking at my first grade report card – Mom kept all of my report cards in this beautiful little book – this is what it says about leetol me in the section entitled The Arts: Check this out. Grade one report card, French: Lisa has made an excellent effort in all phases of the program.  She is able to grasp the content of stories read to the class.  She involves herself in all forms of language drills. She enjoys dramatizations of fairy tales and reciting rhymes. An eagerness to express herself alone in French in apparent. And under “personal growth”: Lisa is empathetic and understanding of others in group situations. She encourages and helps others too. She spends most of her time happily participating in worthwhile learning activities. I was always kind. I don’t know why I am treated as I have been in these nightmarish workplaces. What did I ever do to these people, Ysengrimus? I was always a good person, why does shit like this happen to me? Well, actually, it happened to other people too and some of them are pretty much the best people. Horrid, horrid world, Ysengrimus. Lisa enjoys singing and learns the words to songs quickly.  She moves independently to music (e.g., she does not copy others) and she frequently volunteers appropriate musical ideas (e.g. ways to move to the music) [man, I was an awesome child!]  She uses a wide variety of art materials in very thoughtful ways.  Lisa dictates interesting stories about her pictures and enjoys reading them. 

Oh, I am no writer, but writing this to you, as tedious as I am sure it is for you to have to endure, is rather therapeutic. Writing most definitely has a cathartic, purgative quality to it. No wonder there are so many of these journal intime blogs. If they serve this purpose to people, then how could I criticize them? Perhaps they are not motivated by narcissistic pulsions but, rather, purgative and cathartic ones, a need to know that one is not alone in their misery. Now, Ysengrimus, I really need to know what, as a progressive blogger, you think of all of this. You know what is funny, today I wore the bracelet my husband gave me, the earrings my Amber gave me and the necklace my other friend Cassie gave me. It was as though all my loves were with me to protect me for what was going to happen. But I am stuck with this, Ysengrimus:  what did I do to deserve this?  I have so many things I want to say, that is why I write, write, write. What did I ever do to deserve the treatment I have received from people my whole life through?  It is as though the more kind and gentle and quiet you are, the more you are a target for cruelty. I don’t even feel like going out into the world again. I cannot take any more of it.

I also wrote about what just happened to me to three of my friends today and they were all very reassuring.  They know who I truly am and they know that what they said about me is nothing but deceptive awful lies. I am just so shocked. I am completely and utterly destabilized and shocked. But I guess I should not take this so seriously. I mean, plenty of people get fired. I read about a guy today who is about my age and who was fired from his job as a waiter – the only job he could get despite having two university degrees. And I have heard plenty of people speak in a very light and humorous manner about how they were canned from this or that job for some arbitrary reason or another. But it hurts, Ysengrimus, it hurts to have people conspire against you for no reason whatsoever. I always fear that they will take other retribution on me. I fear people so much, they can do anything to you and get away with it. I had very deep misgivings about this boss from the very moment I met him. That cuntprickasshole who fired me, I want him to crash into a tractor trailer and have his head severed. The smug manner in which he spoke to me, speaking vicious lies, if I could have kicked his skull in. But his life is likely suffering enough: meaningless little supervisor in a shithole call centre, having to report to two women (because he is the kind of fucking retrograde asshole who would be bothered by that).  He is a sniveling, pathetic, insecure, jealous, shit for brains, petty tyrant who does not even have the first idea of how to organize his own work. What I was doing there was the biggest waste of time and resources you could imagine. And he hated me so much. I was treated like shit and I should never have tolerated it and in the future I will not tolerate it for even one day. I have a host of other suspicions with regards to that workplace that I will not share in this text, since you are considering opening it to the public. All in all, this has left me with the feeling that I am good for nothing, not even working in a motherfucking call center.

But, hey no, fuck that. You know what, let me correct myself on this. I will rather say: it is not good to be in a workplace where you are the most intelligent and yet the lowest in the hierarchy. It generates extreme insecurity amongst those prone to such things and you fast become a target for their petty vindictiveness and jealousy. Intelligence is not valued in the workplace, at least not in that kind of workplace. What they want are docile, unquestioning, non-threatening, slaves. In my previous job, when I dared to expose some asshole’s misogyny, shit similar to this swiftly happened. Today, I keep thinking of how much I would like to fucking annihilate that fucking asshole boss. Those fucks deserve to come down with Ebola. Actually, no, Ebola is even too good for them. Oh how does one handle that type of situation with grace?  How does one just go on and forget about these assholes? I just keep replaying certain things he said. I want him to suffer. Do you think an asshole like that suffers? And he had the fucking audacity to say: «don’t take it personally». Idiots always say shit like that, they don’t even know what the fuck they are saying, just spewing meaningless stock phrases. How the fuck do you think I will take it? Spiritually? Aesthetically? Gastronomically? Philosophically? I mean, WHAT THE FUCK DOES THAT EVEN MEAN? Anything said about my person is FUCKING PERSONAL, YOU FUCKING TWAT!  “I want to cut you up into little pieces and feed you to vermin, but don’t take it personally”. “I think that your command of the English language is inferior to that of a cocker spaniel, but don’t take it personally”. “I consider that you don’t know your asshole from your armpit, but don’t take it personally”. “You are a petty tyrant with a miserable little life in an office prison, but don’t take it personally”. “You have the personality of a heap of rhinoceros shit, but don’t take it personally”. “You have the intelligence of plywood, your face could be mistaken for the anus of an aged hairless cat with a skin condition, and your wife prefers a cactus in her cunt to you, but, please, don’t take it personally”…

I can’t do this type of fucking office work anymore, Ysengrimus. I can’t. And all offices are the same, and it is the same whether your are a shitty servile underling like me or a fucking manager. Taking senseless orders from people who are more stupid than I am… it is a fucking tyrannical structure. There is no freedom. I could just kill myself. I can’t take it. I would rather farm for my family. I would rather plant trees and shovel pig caca… anything but this. And, oh, all in all, it is not really this event in particular that has my anxiety wreaking havoc on me. This event is the shit-covered  cherry atop the toxic sundae that is my accumulated experience in the workforce. At 35, I have only really been in the full-time workforce since 2008 -  everything prior to that being summer jobs between semesters at school – and it has been, for the most part, the most horrid experience of my life. It actually makes me really happy that I delayed entry to the workforce for so long.  Hyperbolic as it sounds, I must insist on the fact that I feel very traumatized by this event. Mark my words, I will never, ever work another office job. In terms of respect or fidelity for an employer, that is destroyed. More than that, my misanthropy is deepened. I am totally sickened by the majority of people. and I want so badly to get out of this town here. I want to start anew, I want to leave this behind, but I fear I could encounter the same anywhere. I really need to figure out a way of earning an income that involves the minimal contact with other human beings. What worries me most is basic survival. How am I going to earn a living?  I have been considering other options, but, by all accounts, everything seems little different, horrendous bureaucracy, endless work.  The only thing I could see being gratifying is the chance to help another human being, preferably a child. In any case, I don’t know what to do now. All I know is that this is the land of the living dead. End capitalism, end it now, make it die, oh people of the world, MAKE IT DIE!»

[English above]           Je viens tout juste de me faire virer, Ysengrimus! VIRER COMME UNE MERDE! VIRER COMME UNE MERDE POUR AVOIR «BAVARDÉ EXCESSIVEMENT». J’AI CONVERSÉ PENDANT DIX MINUTES HIER AVEC QUELQU’UN ET LE PETIT MERDEUX DE TROU DE CUL DE PETIT CHEF A DIT QU’IL M’AVAIT OBSERVÉE ET QUE J’AVAIS BAVARDÉ PENDANT UNE DEMI-HEURE. Ils m’ont saquée comme une merdeuse! Je savais depuis le début que cette place était un trou merdique. Mon cher Ysengrimus, CECI EST LA TOUTE DERNIÈRE SALOPERIE DE BOULOT DE BUREAU DE MERDE QUE JE ME TAPE. Je m’en fous si je doit passer une année entière sans travail. J’ai quelques économies et je ne compte pas m’acheter quoi que ce soit ou devenir propriétaire de quoi que ce soit.

Alors, quand c’est arrivé, j’ai tellement pleuré que je me suis mise à trembler et à vomir. Ils m’ont dit que «d’autres personnes» dans le département s’étaient plaintes, depuis un certain temps, de mon «bavardage excessif». Je leur ai demandé d’identifier ces personnes et ils ont refusé. CES PETITS MERDEUX ONT REFUSÉ! YSENGRIMUS, JE NE BAVARDE PAS, JE NE BAVARDE ABSOLUMENT JAMAIS, BORDEL DE MERDE! Hier, j’ai conversé une dizaine de minutes avec la dame qui est assise derrière moi, lui signalant l’existence d’une certaine boutique en ville et ce fut tout! Le reste de la journée je l’ai passé à envoyer ces merdasses de courriers électroniques contenant ces merdasses de paragraphes identiques à une foutue chiée d’environ soixante-dix personnes. Mon petit chef me faisait tenir un registre de tous les coups de fils et courriers électroniques que je faisais dans une journée et il m’avait affirmé que c’était insuffisant.

Là, c’est bien fini, tout ça, Ysengrimus. Je m’en fous si je dois vivre chez mes parents jusqu’à la fin de mes jours. Je ne reprends PLUS JAMAIS une de ces merdes de boulots de bureau. Je le jure sur la tête de mon mari, de mes parents et de mes toutes petites nièces. Ysengrimus, cette vie n’est rien d’autre qu’un tas d’immondices. En arrivant à la maison, j’ai envisagé de me suicider. Mais pourquoi irais-je faire un coup pareil à Poupa et Mouman, deux des rares personnes ayant un minimum de décence sur cette terre, et pourquoi irais-je faire un coup pareil à mon mari adoré. Je veux les punir EUX, pas les gens que j’aime. Je suis si désespérée, Ysengrimus. Je n’arrive tout simplement pas à croire ce qu’il vient juste de m’arriver. Je n’arrive pas à y croire. J’ai réclamé de me faire expliquer pourquoi il n’y avait pas eu d’avertissement antérieur sur ceci, en leur signalant qu’ils se devaient de me prévenir à l’avance avant de me virer. Et ils ont répondu que ce genre de contrainte ne s’applique pas aux employés contractuels. Je suis au-delà de la rage, Ysengrimus. Je suis au-delà de tout. Je suis comme insensibilisée, sonnée.

Ysengrimus, pourquoi est-ce que tout le monde me hait. MERDE, JE SAVAIS que certaines femmes dans ce bureau me vouaient une de ces saletés de haine compacte et qu’elles complotaient dans mon dos. Ce sont certainement elles qui ont orchestré ce dénigrement immonde contre moi. Je n’ai pas bavardé à l’excès. De fait, je n’ai pas bavardé DU TOUT, sauf en arrivant le matin, pour dire bonjour. Qu’est-ce que je fous, qu’est-ce que je fous de cette vie pour que rien ne fonctionne jamais pour moi? Pourquoi ça m’arrive à moi, Ysengrimus? Pourquoi? Pourquoi tant de gens me détestent ainsi, sans même me connaître? Je veux dire, jamais je ne «bavarde excessivement», point final. JE NE SUIS PAS CE GENRE DE PERSONNE. Je suis une personne sérieuse qui fait de son mieux. Je me suis fendu le cul en quatre pour ces salopes. Je me suis arrachés les yeux à mater sans fin cet écran d’ordi et les yeux me piquaient tellement que j’ai fini par m’acheter un de ces filtres plastifiés pare-écran, pour mon ordi. J’ai fait tellement d’appels téléphoniques que je revenais à la maison toute déshydratée. QU’ILS AILLENT SE FAIRE FOUTRE! QU’ILS AILLENT SE LA FOUTRE DANS LE CUL! Je suis tellement en colère. Je hais tout. Mon cœur n’est rempli de rien d’autre que de haine. Je hais tellement cette vie. Comment est-ce ce qu ça a pu m’arriver? Je suis la petite fille sur le bulletin scolaire de laquelle l’enseignante écrivait «devrait plus parler en classe». Je suis si calme et si tranquille qu’à certains endroits où j’ai bossé on me demandait constamment s’il y avait quelque chose qui n’allait pas.

Peut-être bien que je devrais devenir une prostituée. Je suis sérieuse. J’en ai bien fini avec ces MERDES de boulots de bureau. Cette bite molle de petit chef me demandait de tenir un registre et de rencontrer des quotas pour les coups de fil et les courriers électroniques, et ensuite il m’a fait refaire cette merdasse de cyber-fiche contenant environ six cent noms avec une quinzaine de numéros de dossiers par nom SIMPLEMENT PARCE QU’IL N’AIMAIT PAS LE FORMAT QUE J’UTILISAIT POUR NOTER LES DATES ET PARCE QUE J’AVAIS INSCRIT DU TEXTE DANS LA COLONNE PRÉVUE EXCLUSIVEMENT POUR LA SAISIE DES DATES! CETTE PUTASSERIE DE CYBER-FICHE EST POUR MON USAGE STRICTEMENT PERSONNEL, PAUVRE BITE MOLLE. QUI DONC VA CHIER ET SE SOUCIER DU FORMAT QUE J’UTILISE POUR NOTER CES DATES? Et il m’a fait CHANGER LA COULEUR DU SURLIGNAGE! Et cela est survenu le jour juste avant qu’il me vire. QUELLE SORTE DE CONNEAU À LA BITE MOLLE ME DIT QUE JE BAVARDE EXCESSIVEMENT. JE NE BAVARDE PAS ASSEZ, BITE MOLLE! Je suis la personne la plus silencieuse qu’on puisse imaginer, la plus anti-confrontation, avec ma pauvre petite gueule toujours enfoncée dans mon boulot. Jamais de ma vie, jamais quand je me tuais dans mes études universitaires, jamais quand j’étais une toutite fille, jamais dans mon délire imaginatif le plus exacerbé n’aurais-je osé imaginer me faire virer pour BAVARDAGE EXCESSIF! Ils ont dit que je distrayais les autres de leur travail. Ysengrimus, je te jure que je n’ai pas, absolument pas, émis le moindre son pour plus de quinze minutes sur une journée entière dans ce trou, et ça, c’est un maximum. Pourquoi les gens me haïssent tant. Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour me mériter ça?

Plus tard dans la journée, j’ai bavardé de tout ça au téléphone avec Amber, ma meilleure amie. Elle a une idée pour un livre qu’on écrirait ensemble. On a cet intérêt mutuel pour la persécution des «sorcières» genre Salem et on a échangé des idées au sujet d’une histoire qu’on pourrait écrire. Ce ne serait pas une histoire à la Salem, mais on y retrouverait de ces sorcières qui sont des proto-féministes. Au moins là, j’ai plein de temps pour écrire… Quand je pense à ma gentille Amber et à son mari, je me dis qu’il n’est pas aussi intelligent qu’elle, ça c’est certain. Je me dis souvent –et ceci ne va pas sonner comme l’aphorisme féministe de l’année- qu’une relation amoureuse fonctionne bien mieux quand l’homme est plus intelligent que la femme. Le cas de figure avec la femme plus intelligente que l’homme ne fonctionne que si l’homme est vraiment évolué. Mais quand tu as le ‘mec’ ordinaire classique avec une femme intelligente, c’est le règne du conflit permanent. Elle est tellement plus intelligente que lui et pourtant il fait $70,000 par années et elle, elle fait $12,000… Ce que j’essaie de dire ici, c’est que mon amie Amber, tout comme moi, n’arrive pas à fonctionner dans l’univers du boulot. Et je ne suis pas en train de dire ça d’une façon auto-dénigrante, non, absolument pas. Nous sommes des personnes sensibles, introverties, calmes et gentilles et nous ne devenons rien d’autre que des cibles pour la cruauté en délire qui imprègne ces endroits. La totalité de cette structure de turbin est parfaitement toxique pour des gens comme Amber et moi. Je ne sais pas quelle est notre place en ce monde. Parfois, je me dis que notre place se trouve loin, très loin d’ici, tant au sens littéral qu’au sens figuratif… Je suis si chanceuse d’avoir rencontré Amber. Je n’ai jamais eu une amie qui me ressemble autant, m’accepte autant, me comprend vraiment et manifeste autant d’empathie à mon égard. Nous sommes incroyablement semblables. Tu devrais nous entendre converser. C’est un véritable festival de l’autodénigrement, chacune s’efforçant de convaincre l’autre que c’est elle (elle, l’autre) qui, telle qu’elle est, est la plus parfaite et la plus merveilleuse des deux. Toutes mes manifestations d’anxiété face à la vie sociale, mes poussées de timidité et d’introversion, elle les connaît intimement et les partage comme personne d’autre que j’ai connu. C’est si rassurant de savoir que je ne suis pas seule. Nous sommes deux sosies en misanthropie et en introversion. Nous nous évadons sans façon dans notre monde de rêves et nous n’attendons qu’une chose du vaste monde social: qu’il nous fiche la paix. C’est la seule chose que j’aie jamais exigé des gens: qu’ils me fichent la paix. Je marche la tête baissée. Je parle au moins de monde possible. Je me fonds dans le paysage, et pourtant je finis toujours par me faire agresser. Je suis profondément révulsée par cette façon constante qu’ont les êtres humains de transformer en proies ceux qui sont plus faible qu’eux. À l’échelle plus large de la société, on observe le même phénomène dans la marginalisation de groupes humains entiers, sur la base de leur inaptitude à ‘se conformer’ à nos normes bourgeoises, ou sur la base de leur refus de le faire: les sans-abri, les toxicomanes, les malades mentaux, les prostituées, les pauvres. On lâche la bonde de notre rage rentrée sur les plus impuissants de ce monde et on fait ça, parce que les êtres humains sont fondamentalement des lâches, des sadiques, des pervers.

Je suis dans un état de déroute totale. En rentrant à la maison, je pleurais et je tremblais. Je veux dire, Ysengrimus, regarde! Voici ce qui est écrit sur mon bulletin de première année. Lisa a de plus en plus confiance en elle-même. Elle est toujours très timide mais elle est bien moins gênée de contribuer aux discussions en classe qu’elle l’était au début de l’année. Elle est joyeuse à l’école et aime la compagnie des autres enfants. Elle arrive à travailler indépendamment et accomplis ses tâches dans les temps requis. Ce qui est écrit là est encore vrai à ce jour. Je me doute bien que tu vas penser que ceci manifeste des tendances paranoïdes de ma part mais je sais qu’il y avait plusieurs bonnes femmes, et ceci inclut ce sale bite-au-cul de petit chef, qui me regardaient de travers depuis le tout premier jour. Je le savais tellement. Saloperie de merde que je le savais donc. Ils ont mis un mois entier à me dégoter un compte d’ordi. Je devais apporter ma propre papeterie -les stylos, le papier, tout- parce qu’eux, ils ne m’en donnaient pas. Ils m’ont assise à un cubicule – tout près de la photocopieuse, du scanner et de la déchiqueteuse – m’ont littéralement balancé une liste de numéros de téléphones au visage et m’on dit de me mettre à téléphoner. Je ne pouvais même pas mentionner mon propre nom lors de ces appels. Il fallait que je dise «Ceci est un appel de Cassie» parce que c’était le nom de la dame avec laquelle je travaillais. J’étais une véritable non-personne et j’ai essayé, tellement essayé de bien faire. J’ai détesté cet endroit dès le tout premier jour. Je me suis efforcée de lui trouver des qualités, à cet endroit, mais ces petites merdouilles se sont mises à conspirer contre moi. Bon, de toutes façons, je n’étais sensée y rester que trois mois! Et pourtant, les clients auxquels je téléphonais faisaient observer combien amicale j’étais au téléphone et combien l’écriture de mes messages était élégante. Je ne sais plus du tout quoi faire de ma vie. Je me sens comme si je venais de me faire éviscérer. Comment ont-ils osé me faire ça, Ysengrimus? Qu’est-ce que j’ai bien pu leur faire pour qu’ils me fassent ça? Tout ce que je voulais c’était de faire mon boulot et qu’on me fiche la paix. Je veux dire JE NE PARLAIS PRESQUE PAS, dans cette place! Exception faite des coups de fils obligatoires, je n’ouvrais presque jamais la bouche. Et je devais dire au petit conneau-bite-au-cul combien de coups de fil et combien de courriers électroniques j’avais produit dans ma journée et il me disait que c’était insuffisant et moi je tolérais ça, parce qu’on me place toujours dans la position de croire que je suis une faible. Mais je ne suis pas une faible! Je suis bien écoeurée de tout ça et je ne sais vraiment pas ce que je vais faire. Me retirer dans un monastère bouddhiste? C’est marrant, quand j’étais adolescente et que je travaillais à Mambo-Mart, je me suis fait renvoyer à la maison, une fois, parce que ma jupe était «trop courte»… J’avais seulement seize ans, merde, et je portais des collants épais sous ladite jupe. Enfin bref, finalement, la pouffe qui m’avait renvoyée à la maison a fini par se faire virer quelques semaines plus tard parce qu’elle volait l’entreprise. Oh ouiiii, devine quoi, elle barbotait des connarderies de vidéos RELIGIEUX! Ysengrimus, pourquoi suis-je toujours la cible des vrais de vrais petits gérants trouduques? Aujourd’hui, tu sais, j’avais même apporté UN SAC DE PLAQUES DE CHOCOLAT QU’IL NOUS RESTAIT DE L’HALLOWEEN, pour tout le monde du bureau. Je ne comprends pas, je ne comprends tout simplement pas. C’est quoi l’affaire? Et je n’ai aucun recours parce que la clause suivante est écrite en toutes lettres dans le contrat d’embauche: vous acceptez le fait qu’il peut être mis un terme à votre situation d’embauche, en tous temps, sans qu’aucun motif ne soit invoqué…

À chaque fois que de vilaines choses m’arrivent, je me replie dans le monde de mon enfance. J’étais une petite fille si heureuse. Il a fallu que la vie se ramène et m’arrache tout ce bonheur. J’adorais mon enseignante de première année. Elle était gentille et aimable et grande et blonde et canadienne-française. Elle était comme une sorte de grande fée avec ses longs cheveux et ses yeux si doux. J’ai appris, quelques années plus tard, qu’elle avait raconté à ma mère combien les autres enseignantes de l’école semblaient la haïr. Oh, Poupa et Mouman, ils sont si patients et affectueux. Après avoir déversé toutes les larmes de mon corps sur eux, mes pauvres pauvres parents, il a fallu que je m’assoie à mon piano. C’est toujours vers mon piano que je me dirige dans des moments de traumatisme et de grande tristesse comme celui-ci. Mon piano et mon enfance. C’est drôle, en relisant mes bulletins de première année – Mouman a conservé tous mes bulletins dans un joli petit cahier – Voici ce que je lis à propos de toutite moi, dans la section intitulée Les Arts. Mate moi un peu ça. Bulletin de première année. Français: Lisa a produit un effort excellent à toutes les étapes du programme. Elle arrive à saisir le contenu d’historiettes lues en classe. Elle s’implique dans tous les types d’exercices langagiers.  Elle aime réciter des vers et mettre en scène des contes de fée. Une ferme volonté de s’exprimer par elle-même en français est manifeste. Et sous «croissance personnelle»: Lisa manifeste en groupe une attitude empathique et compréhensive. Aussi, elle aide et encourage les autres. Elle passe le clair de son temps à participer allègrement à des activités utiles à son apprentissage… J’ai toujours été si gentille. Aussi je ne comprends pas pourquoi on me traite comme on m’a constamment traitée dans tous ces cauchemardesques lieux de travail. Qu’est-ce que j’ai bien pu faire à ces gens, Ysengrimus? J’ai toujours été une personne bonne, pourquoi m’arrive-t-il des merdasseries de ce genre? Bon, en fait, il est vrai que c’est arrivé à d’autres personnes aussi et certaines de ces personnes sont vraiment les meilleurs des meilleurs. Quel monde horrible, Ysengrimus, horrible. Lisa adore chanter et apprend les paroles des chansons avec beaucoup de facilité. Elle bouge sur la musique de façon autonome (en ce sens qu’elle danse sans imiter les autres) et elle introduit souvent, spontanément, des idées musicales adéquates (notamment dans le cas des façons de bouger sur la musique) [Eh mon ami, j’étais une enfant remarquable!]. Elle utilise un vaste variété d’instruments artistiques de façon très réfléchie. Lisa dicte d’intéressantes histoires à propos de ses dessins et elle aime les lire.

Oh, je ne suis pas une écrivaine mais de t’écrire ceci, aussi ennuyeux à supporter que, j’en suis certaine, cela puisse te sembler, bien ça a une sorte d’effet thérapeutique. Indubitablement, écrire a une vertu cathartique, purgative. Pas étonnant qu’il y ait tant de ces blogues de type journal intime [en français dans le texte – P.L.]. S’ils on un tel effet sur les gens, comment donc ai-je bien pu tant les critiquer? Peut-être finalement que ce ne sont pas des pulsions narcissiques qui les motivent mais bel et bien le fait qu’ils ont des qualités cathartiques et purgatives, qu’ils sont la manifestation d’un besoin de savoir que l’on n’est pas complètement isolé dans son désespoir. Ceci dit, Ysengrimus, j’ai vraiment besoin de savoir ce que, en tant que carnetiste progressiste, tu penses de tout ça. Tu sais ce qui est marrant, aujourd’hui j’ai porté le bracelet que mon mari m’a donné, les boucles d’oreilles qu’Amber m’a donné et le collier que mon autre amie Cassie m’a donné. C’était comme si tous mes amours étaient là, avec moi, pour me protéger de ce qui allait arriver. Mais je reste tout de même avec ceci, qui me roule dans l’esprit: qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça? Il y a tellement de choses que je voudrais dire, c’est pour ça que j’écris, j’écris, j’écris. Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour me mériter le traitement que m’ont fait subir les gens, tout au cours de ma vie? On dirait que plus on est gentille, et douce, et calme, plus on devient la cible de toutes les cruautés. Je n’ai même plus envie de me présenter dans le monde. Je ne peux tout simplement plus supporter ça.

J’ai aussi écrit à propos de ce qu’il vient juste de m’arriver à trois autres de mes ami(e)s aujourd’hui et ils/elles ont tous eu une attitude rassurante à mon égard. Ils savent qui je suis vraiment et ils savent parfaitement que ce que ces gens ont dit à mon sujet est un fatras de mensonges affreux et malhonnêtes. Je suis dans un tel état de choc. Je suis complètement déstabilisée et choquée. Mais, bon, peut être que je ne dois pas prendre tout ça aussi sérieusement que ça. Je veux dire, il y a des tas de gens qui se font virer. J’ai lu aujourd’hui à propos d’un gars qui a à peu près mon âge et qui s’est tout juste fait virer de son boulot de serveur – le seul boulot qu’il avait pu se trouver, avec deux diplômes universitaires. Et j’ai entendu des tas de gens raconter, sur un ton badin et humoristique, comment ils se sont fait saquer de tel ou tel boulot pour une raison arbitraire ou pour une autre. Mais ça fait vraiment mal. Ysengrimus, ça fait si mal de se retrouver confrontée à des gens qui conspirent contre vous sans raison aucune. J’ai tellement la trouille qu’ils continuent d’agir contre moi. J’ai tellement peur des gens. Ils peuvent faire à peu près n’importe quoi contre toi et s’en tirer parfaitement indemnes. J’avais de très profondes appréhensions à propos de ce petit chef et ce, dès la toute première rencontre. Ce sale conneau de bite-au-cul de trouduque qui m’a viré, je veux qu’il fonce dans un poids lourd avec sa caisse et s’écrabouille la tête. La petite arrogance malodorante avec laquelle il s’est adressé à moi, vomissant ses vicieux mensonges. Si seulement j’avais pu lui aplatir le crâne. Mais sa vie est certainement déjà assez douloureusement misérable: un petit superviseur absurde et insignifiant dans un trou de merde de centre d’appels, dont, en plus, les deux supérieures hiérarchiques sont des femmes (il est le genre de petit trouduque rétrograde de merde à bien souffrir de ça). C’est un minable, infime, pathétique, insécure, envieux, et dont le cerveau est indubitablement sculpté dans la merde. C’est un petit tyranneau obtus, qui n’a pas la première idée de comment organiser son propre travail. Je m’adonnais là au plus formidable gaspillage de temps et de ressources qu’on puisse imaginer. Et il me détestait tellement. On m’a traité comme une merde et je n’aurais jamais du tolérer ça, et à l’avenir, et je ne vais plus tolérer ça, ne fut-ce qu’un seul jour. J’ai un tas d’autres soupçons concernant ce lieu de travail spécifique mais je ne vais pas en parler dans ce texte-ci, puisque tu envisages de le rendre public. Mais l’un dans l’autre, tout ceci m’a laissé avec l’impression que je ne suis bonne à absolument rien, pas même à travailler dans un petit bite-au-cul de centre d’appel de merde.

Mais, oh, hé, non, tu sais quoi, roule donc ce que je viens juste de dire dans la merde et ignore-le. Je me corrige. Je dirais plutôt: il n’est pas sain du tout de se retrouver sur un lieu de travail où vous êtes à la fois la personne la plus intelligente et la plus basse dans l’échelle hiérarchique, voilà. Car ça, ça engendre des sentiments d’extrême insécurité chez ceux qui tendent compulsivement à en ressentir et vous devenez vite la cible de leurs vindictes et jalousies de petit calibre. L’intelligence n’est pas valorisée sur le lieu de travail, à tout le moins pas sur ce type spécifique de lieu de travail. Ce qu’ils veulent ce sont des petits esclaves qui sont dociles, ne posent pas de questions et ne les remettent pas en question. Dans mon boulot antérieur, lorsque j’ai osé signaler la misogynie maladive d’un certain trouduque du coin, des emmerdements de ce type sont promptement survenus. Au jour d’aujourd’hui, je ne peux pas m’arrêter de penser à combien je voudrais pouvoir pulvériser cette saloperie de trou de cul de petit chef. Ces fumiers mériteraient d’attraper l’Ébola. En fait, non, l’Ébola, ce serait un sort encore trop doux et enviable pour eux. Ah, mais comment fait-on pour faire face à ce genre de situation avec détachement? Comment fait-on pour continuer d’exister en oubliant tous ces trouduques. Je me joue sans arrêt le ruban de certaines des choses qu’il a dit. Je voudrais qu’il souffre. Crois-tu qu’un trou de cul dans ce genre peut souffrir? Il a eu l’audace de dire: «ne le prenez pas personnellement». Les crétins disent toujours des merdes dans ce genre là, ils n’ont aucune idée précise de ce qu’ils chient au visage des gens, ils se contentent d’éructer des formules toutes faites qui ne veulent tout simplement rien dire. Comment, petit merdeux malodorant, voudrais-tu exactement que je le prenne? Spirituellement? Esthétiquement? Gastronomiquement? Je veux dire QU’EST-CE QUE CETTE AFFIRMATION DE MERDE PEUT BIEN EXACTEMENT SIGNIFIER? Quoi que ce soit qu’on affirme au sujet de ma personne est INÉVITABLEMENT PERSONNEL, SALOPERIE DE MERDE DE PETIT CONNARD PUANT! « Je me propose de vous lacérer en lambeaux et de vous jeter aux charognards, mais ne le prenez pas personnellement». «Je juge en conscience que vous êtes parfaitement inapte à établir la distinction adéquate entre votre trou de cul de votre dessous de bras, mais ne le prenez pas personnellement». «Vous n’êtes qu’un petit tyranneau minable menant une vie d’insecte misérable dans un bureau parfaitement carcéral, mais ne le prenez pas personnellement». «Votre personnalité a toutes les caractéristiques configuratives d’un étron de rhinocéros d’assez bon volume, mais ne le prenez pas personnellement». «Vous avez l’intelligence d’une planche de contreplaqué, on pourrait aisément confondre votre trogne avec l’anus d’un vieux chat de gouttière sur le retour souffrant d’une virulente maladie de peau, et votre épouse préfère de beaucoup s’enfiler un cactus là où je pense en lieu et place de la partie congrue de votre petite personne mais, je vous en supplie, pour faveur, n’allez surtout pas le prendre personnellement»…

Je ne peux plus me taper ce genre de boulot merdique de bureau, Ysengrimus. Je ne le peux tout simplement plus. Et tous les bureaux sont absolument les mêmes, et le boulot est le même, que vous soyez la dernière des sous-merdes comme moi, on une haute saloperie de cadre sup. Il s’agit fondamentalement d’encaisser les commandements absurdes de gens plus crétins que soi… c’est une putasserie de structure tyrannique. Il n’y a pas de liberté. Je vais finir par tout simplement me suicider. Je n’en peux plus. Je préférerais cultiver la terre pour ma famille. Je préférerais planter des arbres et pelleter du caca [en français dans le texte – P.L.] de cochon… tout plutôt que ça. Et, bon, l’un dans l’autre, ce n’est pas tellement cet événement spécifique qui a déclenché la grande explosion d’angoisse en moi. Cet événement spécifique est la cerise de merde durillonne posée sur le gros gâteau de fumier toxique du tout de mon expérience sur le marché du travail. J’ai trente-cinq ans et je ne travaille à temps plein que depuis 2008 – tous mes boulots avant ça c’était du travail d’été entre les semestres à la fac – et cette expérience de boulot, eh bien ça constitue l’ensemble des moments les plus horribles de ma vie. Je suis en fait bien contente d’avoir reporté si longtemps mon entrée sur le marché du travail. Au risque de sonner passablement hyperbolique, je me dois d’insister sur combien traumatisant a été pour moi le fait de vivre cette mise à pied. Note bien ces paroles: je ne travaillerais plus jamais de ma vie dans un bureau. Et pour ce qui est du respect ou de la fidélité envers un employeur, ceux-ci sont détruits à jamais. Qui plus est, ma misanthropie est désormais fortement amplifiée. Je suis profondément révulsée par la plupart des gens et, en plus, je voudrais tellement sortir de cette fichue ville. Je veux repartir sur des bases nouvelles. Je voudrais laisser tout ça derrière moi, mais j’ai tellement peur de ne trouver que la même chose partout. Je me dois de dénicher un moyen d’aller chercher un revenu qui impliquera un contact absolument minimal avec le reste des êtres humains. Ce qui m’inquiète le plus, bien, c’est la survivance élémentaire, naturellement. Comment vais-je maintenant gagner ma vie? J’ai évalué d’autres options mais, toutes choses considérées, tout semble s’emberlificoter et se rejoindre dans la bureaucratie la plus horripilante et le turbin le plus interminable. La seule chose dont je tirerais une certaine gratification serait d’aider un autre être humain, préférablement un enfant. Tout ça pour dire que je ne sais tout simplement pas quoi faire maintenant. Tout ce que je sais c’est que nous vivons tous dans la grande contrée des morts-vivants. Finissons-en avec le capitalisme, finissons-en maintenant, faisons le crever, oh peuple du monde, FAISONS-LE CREVER.

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Commentaire d’Ysengrimus: Chère Lisa (PugLover), merci de partager cet important témoignage avec nous. Vous me demandez mon opinion de carnetiste progressiste (comme vous dites) sur tout ceci. Bien la voici. L’employeur capitaliste (privé ou pseudo-parapublique) est une pourriture immonde qui assure, dans je ne sais quel soubresaut semi-conscient, l’intendance de mutations et de crises qui le dépassent et, vous nous le montrez magistralement, la tertiarisation n’arrange vraiment rien dans tout ce magmat fétide. On sait cela, indubitablement, on le comprend intellectuellement (strictement… tant qu’on n’a pas vraiment vécu ce que vous nous décrivez ici). Votre intervention, chère Lisa, par contre, nous montre la perturbation émotionnelle cuisante et la douleur profonde, irréversible, la perte des repères, des allégeances, de la «normalité adulte», du «sens de la droiture» (faussé et crochi de toute façon par les commandes faussement onctueuses de la canaille) que cette société inique implante froidement, dans des millions de gens, quand elle oeuvre unilatéralement au déploiement du rouleau compresseur des intérêts exclusifs de sa classe de parasites. La destruction, brouillonne et panique, de sa propre petite responsabilité sociale de toc à laquelle le capitalisme s’adonne, avec de plus en plus de cynisme véreux et insensible, est inexorablement bilatérale. Force objective plus que jamais, ce système social irrémédiablement ruiné pousse notre subjectivité tourmentée à répondre à son indifférence de machine par le repli urgent sur les douceurs familliales et les vraies amitiés du coeur, dernier refuge de la cohérence intime et, qui sait, possibles germes des solidarités subversives de demain. Vous nous montrez cela aussi, si généreusement, Lisa, en dépassant votre douleur cuisante du moment, dans un lumineux partage d’idées frais, naturel, indispensable. Cette souffrance insoutenable, cette blessure personnelle durable, cet auto-dénigrement mal polarisé de l’individu ployant sous le faix aveugle du grand frère abstrait, s’arrêtera avec la fin de ce mode de production gangrené de partout parce que fondamentalement putréfié, fini, foutu, en bout de course. Courage Lisa. Courage camarade et merci de votre lumineuse générosité. Vous avez mon (notre…) entière solidarité.

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SEX AND THE CITY, le sexe à la ville, décortiqué dans un angle résolument féminin

Publié par Paul Laurendeau le 15 mai 2011

Go get our girl…

Miranda Hobbes

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Carrie Bradshaw (jouée par Sarah Jessica Parker) tient, entre 1998 et 2004, une chronique journalistique hebdomadaire portant sur la sexualité à la ville (ou, selon le doublage québécois du feuilleton, sur le sexe à New York), pour un tabloïd new-yorkais (fictif), le New York Star. À mi-chemin entre l’ethnologie urbaine et le témoignage personnalisé à vif, la chronique Sex and the City nous est partiellement récitée par son auteure, tandis qu’elle mobilise pour nous, en guise d’exemples visualisés, dosant subtilement la tranche de vie parlante et le potin mondain, les facettes de la vie sentimentale de ses trois meilleures copines new-yorkaises ainsi que, bien sûr, de la sienne. Chaque épisode d’une demi-heure se construit autour de la question principale posée dans la chronique du jour, que Carrie Bradshaw rédige en notre compagnie, sur son mythique ordinateur portable noir, dans son petit apparte de Manhattan au placard rempli de paires de chaussures griffées. Les questions soulevées, avec une savoureuse finesse et une originalité chaque fois maintenue, se formulent comme suit (liste non exhaustive): Les femmes peuvent-elles baiser comme des hommes? La beauté est elle omnipotente? Y a-t’il des gens qui baisent des gens qu’ils ne présenteraient même pas à leurs ami(e)s? La monogamie à la ville est-elle une illusion perdue?  L’Idylle est-elle la nouvelle religion contemporaine? Quelles sont les lois et règles du code de la rupture sentimentale? Faut-il taire certaines choses en amour? Une relation sentimentale peut-elle vous faire revivre? Dans un monde si permissif, qu’est-ce que de tromper quelqu’un? Dans l’ambiance du cynisme urbain contemporain, le coup de foudre est-il encore possible? Peut-on changer un homme? Est-il possible de sortir avec quelqu’un qui ne soit pas de notre caste? Faut-il jouer toutes sorte de petits jeux douteux pour qu’une relation perdure? Sommes-nous en fait toujours en train de sortir avec la même personne? Embrasser un conjoint, est-ce embrasser toute sa famille? Peut-on rester amie avec un ex? Les femmes cherchent-elles un sauveur? Y a-t-il des femmes qui n’existent que pour nous (femmes) faire nous sentir mal? L’opposition entre les sexes est-elle une notion surannée? Qu’en est-il de ce tout petit élément concret insupportable qui anéantit une idylle? Faut-il hyper-dramatiser la relation pour qu’elle perdure? En amour, faut-il écouter son cœur ou son cerveau? Peut-on échapper à son passé amoureux? Devient-on plus sage, ou simplement plus vieux? L’âme sœur, un fait objectif ou un artéfact masochiste? Pourquoi voit-on si clairement en notre amie et si mal en nous-même? Lequel arrive le premier: le sexe ou l’idylle? Lequel est le plus crucial en amour: le geste ou la parole? À quel moment l’art du compromis devient-il tout simplement une compromettante compromission? Les hommes sont-ils simplement des femmes avec des couilles? Veut-on vraiment se marier et avoir des enfants où est-on simplement programmée pour le vouloir? Comment se figurer la figure paternelle? Peut-on tout simplement rater sa vie sentimentale? Est-ce vraiment une idylle si le petit déclic n’y est pas? L’homme contemporain a-t-il moins peur du pouvoir des femmes où joue-t-il, sur cette question, une adroite comédie? Sommes-nous devenues intolérantes au romantisme? Vient-il un moment où il faut cesser de se questionner?

Guidé(e)s par le thème lancé dans la question de la semaine, nous entrons alors dans la vie intime de Carrie Bradshaw et des ses trois grandes copines qui, disons-le sans hésiter, représentent chacune, au plan symbolique, une facette extrême de l’appareil mental de notre chroniqueuse. Samantha Jones (Kim Cattrall), c’est le Ça, le Id. L’aînée du quatuor, l’épicurienne sans concession, la professionnelle en relations publiques extravertie, Samantha est une célibataire endurcie aspirant à vivre ouvertement sa sexualité tyrannique en voyant à ne pas laisser les contraintes de la vie urbaine entraver l’assouvissement de ses pulsions gargantuesques. L’efficace bouffon, mais toujours subtil et charmant, de l’actrice nous donne à découvrir un grand nombre des facettes de la jubilation sexuelle et/ou fantasmatique féminine. On a dit de Samantha Jones qu’elle assouvissait sa sexualité comme un homme… mais bien des femmes ont explicitement démenti cette assertion. Charlotte York (Kristin Davis), c’est le Surmoi, le Super ego, la promotion intemporelle, indéfectible et conservatrice des valeurs traditionnelles et sociologiquement balisées du rôle féminin. Mariage, famille, ménage, conformité, parentalité, maritalité, romantisme codé, sentimentalisme bon teint, monogamie. C’est avec beaucoup de sens satirique et de vigueur ironique que l’on cheminera avec la toute tonique et pétulante Charlotte York, une conservatrice de galerie d’art qui démissionnera pour devenir reine du foyer, dans la lente mais inexorable mise en capilotade de ses aspirations initiales (constamment rajustées), par l’imprévisible cataclysme de la vie moderne. Miranda Hobbes (Cynthia Nixon), c’est le Moi ratiocinant, l’Ego défensif, la cuirasse logique sur fond de derme cuisant. Garçonne revêche mal dans sa peau, figure compulsivement protectrice barricadée de cynisme et de désillusion, femme moderne dans tous les sens du terme, professionnelle surmenée, avocate bardée de diplômes et ayant tout vu, urbaine inconditionnelle, mangeuse compulsive, téléphage assumée, mijaurée aigrie et crispée, observatrice-commentatrice féroce et dentue, laideron de service (À mes yeux cependant, elle est, de tous points de vue, la plus belle, la plus sexy, la plus dense, la plus sublime), Miranda Hobbes reste la figure vers laquelle on se tourne obligatoirement quand, après s’être bercée des langueurs volatiles du Ça (en compagnie de Samantha), et des rigidités prévisibles du Surmoi (en compagnie de Charlotte), on aspire tout simplement à se donner l’heure juste à soi-même, sans concession, sans illusion, sans faux-fuyant, sans bravade. Miranda, tu es et restera toujours ma Conscience Ironique (Carrie Bradshaw).

Miranda Hobbes, Charlotte York, Samantha Jones, Carrie Bradshaw

Au sein de ce gabarit narratif et thématique original et superbement mené, on vit la vie d’un feuilleton, écrit par des femmes, pour des femmes, où les pulsions et les tensions se formulent au rythme des idylles se nouant et se dénouant avec des hommes captivants ou ennuyeux, denses ou creux, flamboyants ou médiocres, normaux ou bizarres, salauds ou proprets, géniaux ou ineptes, nonchalants ou maniaques, louvoyants ou directs, furtifs ou collants, virils ou mollets, beaux ou laids, mais, l’un dans l’autre, toujours dignes qu’on en parle méthodiquement, sincèrement, généreusement, au moment du déjeuner rituel avec les trois autres copines perpétuellement exorbitées. Du sexe urbain consumériste et de la quête inconditionnelle et ininterrompue du grand amour, considérés, de front, de concert, comme deux Beaux-Arts inextricables. Série culte du tournant du siècle, Sex and the City (le feuilleton d’HBO – les films, c’est autre chose) est une expérience intellectuelle et esthétique parfaitement extraordinaire. Jamais une dramatique télévisuelle de grande écoute n’est allée aussi loin dans une formulation si explicite et si libre de la présentation de la culture intime des femmes. Problèmes de femmes, affaires de femmes, hantises de femmes, sexualité des femmes, écriture femme, tout y est. Le succès planétaire de ce feuilleton remarquable ne fait pas mentir sa touche particulière, son humour unique, sa justesse sociologique, son originalité indéfectible. Un certain féminisme a critiqué cette réflexion à l’emporte pièce, déplorant notamment le fait qu’elle ne fournit pas de modèles à la jeunesse (si tant est que la jeunesse se soucie tant que ça de ces histoires de trentenaires millénaristes). Je réponds respectueusement que l’on ne peut pas toujours faire une peinture de mœurs incisive et précise et dicter, tout didactiquement, des modèles comportementaux, dans le même souffle. Sex and the City capture avec brio et subtilité les hantises féminines de la culture occidentale urbaine-bourgeoise fin de siècle, et la nette saveur féministe de cet exercice, indéniable pour qui sait voir, se retrouve moins dans son discours explicite et/ou l’idéologie dépeinte que dans l’autocritique latente, puissante et sentie, dont il est maximalement gorgé. On se le repassera, en y voyant le vif et satirique fleuron d’une époque évaporée, frivole, dérisoire, illusoire et fière.

Dans les deux derniers épisodes du feuilleton, intitulés An American girl in Paris 1 & 2, pour des raisons dont je garde le secret mais dont la quête de l’amour avec un grand A n’est pas absente, Carrie Bradshaw quitte le journal pour lequel elle travaille. Le fil narratif, si original et si précieux, de la chronique journalistique Sex and the City est ainsi rompu et, indubitablement, quelque chose de plus profond se casse alors. Cela nous ouvre sur les films faits par la suite, gorgés, infatués, enflés, de la mythologie quadricéphale qui porta pourtant si bien le feuilleton. Sex and the City: the movie souffre d’une lourdeur, d’un vide de l’écriture, et d’une ostentation d’opulence et de fric que le charme de la réminiscence n’arrive pas à sauver du naufrage (seule Cynthia Nixon –Peut-on pardonner et oublier?- y est majestueuse de gravité et de férocité, mais je ne voudrais pas vous imposer mes préférences personnelles). Quant à Sex and the City 2, c’est un divertissement très moyen, très ouvertement féministe de droite, à la rhétorique très pesamment simili-militante, et qui a d’ailleurs valu aux quatre interprètes le Razzie (ou Golden Raspberry Award – l’«oscar» des plus mauvais acteurs) de la plus mauvaise actrice, ex aequo, pour l’année 2010 (je ne vous en dis pas plus).

Les deux long-métrages sont à éviter soigneusement. Ils ne rendent vraiment pas justice au tout de l’aventure Sex and the City. L’ethnocentrisme malsain américain bon teint, qui pointait déjà sa face hideuse dans les deux derniers épisodes du feuilleton, culmine, dans ces deux longs métrages à budgets pharaoniques, et c’est passablement insupportable. Ma recommandation, totale, inconditionnelle et enthousiaste, se restreint aux 94 épisodes de 30 minutes du feuilleton télévisuel d’origine. De tous points de vue, une petite merveille.

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Darren Starr, Sex and the City, avec Sarah Jessica Parker, Cynthia Nixon, Kim Cattrall, Kristin Davis, Chris Noth, David Eigenberg, 94 épisodes d’une demi-heure, diffusés initialement en 1998-2004 sur HBO (six coffrets DVD). Michael Patrick King, Sex and the City: the movie (2008, 145 minutes) et Sex and the City 2 (2010, 146 minutes).

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La cyber-provoque fallacieuse et réactionnaire du féminisme (de droite) de la SIMILI-MILITANTE

Publié par Paul Laurendeau le 15 novembre 2010

L’authentique hypocrisie contient toujours une solide touche de sincérité…

Attribué à Marie Catherine Sophie de Flavigny, comtesse d’Agoult (1805-1876)

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Bon, notons d’abord que la distinction entre gauche et droite en matière de représentations idéologiques, ce n’est pas juste une affaire de convictions personnelles ou de jargon journalistique. C’est, plus fondamentalement, une question de programme social, de vision de l’avenir collectif, sinon de vision du monde tout court. C’est en fait la classe sociale qu’on sert qui détermine si on est de gauche ou de droite… Et chercher à obscurcir les susdites descriptions par «étiquettes» n’est pas nécessairement un bien bon signe… Ces «étiquettes» sont des capteurs notionnels, des abréviations conceptuelles. Cela les rend aussi cruciales dans le débat que n’importe quelle autre idée s’y inscrivant. Pourquoi les craindre tant, alors? Serait-ce parce qu’il s’agit moins de débattre que de vendre, en douce? Je dis cela, en préambule, comme ça, d’arquebutte en blanc, parce que certaines mirettes délicates semblaient un peu pas mal écorchées l’autre fois, quand j’ai introduit la notion de féminisme de droite. Donc, soyons on ne peut plus clair. Est féministe une personne qui considère que les hommes et les femmes sont sociologiquement égaux malgré les différences naturelles et ethnoculturelles qui, ÉVENTUELLEMENT, les distinguent et ce, à l’encontre ferme d’un héritage historique fondé sur une division sexuelle du travail non-égalitaire. Sociologiquement égaux signifie, entre autres, égaux en droits, et cela n’est pas acquis. Il faut donc réaliser cette égalité… dans le strict cadre capitaliste (selon le féminisme de droite)… ou (plutôt!) en instaurant un ordre social nouveau, non-capitaliste, qui comptera l’égalité entre les hommes et les femmes au nombre de ses axiomes (selon le féminisme de gauche). Notons aussi, et c’est capital, que je dénonce le féminisme de droite non pas parce qu’il est un féminisme mais bien parce qu’il est de droite. La lutte des femmes pour leur égalité sociale intégrale ne tombe PAS, ici ou ailleurs, sous le coup de ma critique. Remember…

Légende de ce superbe aphorisme de la grande féministe de droite Faith Whittlesey (née en 1939): SOUVENEZ-VOUS QUE GINGER ROGERS A FAIT TOUT CE QUE FRED ASTAIRE A FAIT, SIMPLEMENT ELLE L'A FAIT DE RECULONS ET EN TALONS HAUTS.

Sur la base de ces postulats objectifs fermes, nous nommerons l’astucieuse agente de cyber-provoque analysée ici du nom de Simili Militante. Femme de média, solidement imprégnée d’une large cyber-culture, Simili Militante est une féministe mur à mur et sans ambiguïté aucune, mais, nuance capitale, c’est justement une féministe de droite, comme il y en a de plus en plus sous nos hémisphères, graduellement influencée, sans l’admettre ou se l’avouer, par les vues du Independent Women’s Forum et de groupes similaires. Elle sert donc, sans rougir et en toute sérénité, le programme politique et social de le droite. Simili Militante, qui, soit dit en passant, n’aime pas trop trop qu’on ose ouvertement la dé-sanctifier en la décrivant sociologiquement, se réclame en toute sincérité de la toute légitimisante rhétorique du plafond de verre. Sauf qu’il s’agit ici d’un plafond de verre bien soudé sur l’édifice d’un capitalisme de fer. L’axiome est alors: chipotons pour le verre et perpétuons hargneusement le fer. L’activisme «féministe» de Simili Militante est l’indice d’une tendance sociologique qu’il faut avoir attentivement à l’œil, celle du graduel dégauchissage du féminisme. Moi personnellement, un féminisme qui dit que les révolutions n’ont rien apporté aux femmes, que voulez-vous, j’ai de sérieuses réserves. Ce type de féminisme s’approprie et accapare une cause auto-sanctifiante et la met sciemment au service du Patron Fric. C’est donc un féminisme d’ajustement au capitalisme qui a su, avec un brio roué et subtil, moderniser (et verrouiller) son discours et aussi la diffusion et la promotion de ce dernier. On va essayer ici de décrire brièvement le mécanisme d’horlogerie pendulaire de la fort matoise et adroite doctrine de cyber-provoque de Simili Militante

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PHASE 1: LES CAUSES FALLACIEUSES. Donc Simili Militante est une réformiste intra-muros de choc. Tout doit se jouer dans la petite boite capitaliste. Ne lui parlez surtout pas de remise en question de l’ordre établi, c’est parfaitement inutile. Elle est solidement étanche à ce genre de réflexion… Intra muros, donc, Simili Militante oeuvre sur les signes, pas sur la crise sociale. Les dénominations, les titres, les prérogatives, les écarts verbaux sexistes de politiciens rétrogrades, les hommes d’église à la «doctrine sociale» ouvertement misogyne et arriérée, la déglingue comportementale du phallocratisme aussi foutu qu’évident, les success stories de femmes d’affaires novatrices et les résistances d’arrière-garde qu’elles combattent encore courageusement, en catimini ou tapageusement, les éructations d’éditorialistes conservateurs iraniens théocrates et hyper-réacissimes à la crédibilité intellectuelle parfaitement inexistante, le désordre des chaises sur le pont du Titanic, en somme, préoccupent hautement Simili Militante… Aussi, en plus, le sens tactique toujours en éveil de Simili Militante s’intéresse au plus haut point à l’univers polymorphe et mouvant des «pages féminines», nommément tout ce qui permet aux femmes (d’en haut) de tourmenter les femmes (d’en bas). Mentionnons, par exemple, le thème en haute vogue du nouvel hédonisme contraint des femmes «de notre temps» (entendre: occidentales, montées en graine, positionnées, «tendances» et bourgeoises, genre héroïnes de Sex and the city, rédactrices de Jezebel ou encore thuriféraires enthousiastes de Madonna & Lopez). Cette question, exemplaire et hautement culpabilisatrice, du nouvel hédonisme féminin fait l’objet d’une attention soutenue de la part de Simili Militante car le potentiel de cyber-provoque de cette problématique sexy-sexiste est maximal. Simili Militante adore justement ce genre de question pseudo-sensibles car, sans suggérer le moindre changement social fondamental, cela fait tout plein soumission, femme-objet, macho-sots, ma-fille-c’est-de-ta-faute-de-pas-voir-les-fautes-des-gars, etc et donne à Simili Militante une cause sécurisante et supériorisante, enrobée dans le (bon) sentiment qu’elle n’est pas enferrée dans un univers de réformettes circulaires et stériles. Donc Simili Militante tonne, par exemple, contre l’effeuillage généralisé des starlettes et aspirantes starlettes contemporaines et, plus insidieusement, contre la dérive des mœurs et la batifole tous azimuts, genre femmes jeunes avec vieux politiciens flétris. Mais attention, oh attention, n’allez pas commettre l’erreur sotte (comme tant d’hommes le font pour se sécuriser l’ego) de confondre Simili Militante avec une bigote, une mal baisée, une moraliste exaltée ou une arriérée sociologique qui pèterait un câble antique et perdrait le contrôle. Oh non, que non, j’insiste sur ce point, Simili Militante est une cyber-communicatrice aguerrie qui sait parfaitement ce qu’elle fait. Sagace, manipulatrice et observatrice, elle comprend sciemment que le web est un nid compact à petits frelons androhystériques et elle tape à grands coups de pieds dedans pour bien faire lever dudit nid ses nuées bourdonnantes d’astineux anonymes tout grotesques et tout insécures. Nos petits porte-bites 4chaneux niaiseux se rameutent alors par paquets compacts, et lui postent disons, pour filer l’exemple, sur la question de la dérive hédoniste des mœurs en politique, un genre de mème comme celui-ci:

Monica Lewinsky dit: JE VOTE MAINTENANT RÉPUBLICAIN CAR LES DÉMOCRATES M’ONT LAISSÉ UN GOÛT AMER DANS LA BOUCHE. La légende dit: LE FÉMINISME, PAS SEULEMENT POUR LES LIBÉRAUX. La description du féminisme de droite en émergence est valide ici, mais ce trait sexiste, facile et grossier, discrédite son auteur (masculin), notamment aux yeux des lectrices, et joue, en fait, le jeu victimisant et auto-sanctifiant de SIMILI MILITANTE

Petits cyber-mecs anonymes, je ne vous dis pas ce que vous devez faire avec votre liberté d’expression. Simplement, j’observe qu’en postant ce genre de défoulements mesquins, vous tombez directement dans le piège malodorant du T’AS DIT CACA de la cyber-provoque institutionnalisée que vous tend sous les pieds Simili Militante. Vous la servez pleinement, totalement, intégralement, avec ce genre de boutade idiote. C’est justement pour cela que son carnet, ses billets, ses cyber-interventions sont SCIEMMENT CONFIGURÉES pour justement lever, par bouffées malodorantes, du sexisme crétin, au premier degré, dans ce genre. Et plus c’est phallo-miso, cru et charrié, mieux c’est. C’est qu’elles lui servent d’écrin promotionnel, à notre fine mouche, vos conneries masculinistes là. De fait, on a toujours besoin d’un plus réac que soi et un élément droitier qui se fait mousser trouve toujours un élément plus droitier, dont il se démarque, qui le recentre en apparence et qui, ainsi, facilite une promotion élargie de sa doctrine. Aussi, avoir eu à censurer les pires commentaires, c’est crucial et cardinal pour Simili Militante. Cela légitime ET sa démarche anti-libertaire ET la censure médiatique proprement dite, tout en faisant vachement «débat social». Cela recycle et réactive en permanence l’auto-sanctification définissant Simili Militante. Cela dissimule et camoufle le caractère viscéralement conservateur de sa vision du monde. Cela sanctionne son action et, surtout, ses prémisses fondamentalement conformistes, affairistes, bobo-cadres, moralisatrices, culpabilisatrices, normatives et bien pensantes. Disons, plus prosaïquement, que c’est là de la grande provoque visqueuse en bloc pour lever de la petite provoque naïve en rafale. Et disons aussi que toi, mec neuneumèmeux anonyme qui se croit comique, séditieux et subtil, bien, tu te fourres le pied direct dedans… Phase 1, donc: un type insidieux de manipulation des masses est né, oui, oui, oui… et ici, c’est bel et bien le cyber-provocateur (troll) qu’on manipule à son tour.

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PHASE 2: LES CAUSES RÉACTIONNAIRES. Ceci dit et bien dit, l’activisme de Simili Militante ne s’arrête pas là. Il n’est pas uniquement une intervention auto-sanctifiante, une chausse-trappe sociologique, onctueuse mais un peu gratuite, pour attitrer l’attention, toujours aussi captivante et magnétisante, des frelons du web. Suivez bien la phase 2 du mouvement. Le sentiment féministe que s’approprie Simili Militante, et dans lequel elle drape sa dignité, est, en fait, désormais largement sociétal et consensuel. Il est donc pas mal ardu de questionner les prémisses d’une voix s’en réclamant bruyamment, sans faire face à des accusations, explicites ou implicites, hautement discréditantes. La sémantique de Simili Militante est une sémantique fondamentalement auto-protectrice et elle vous attend dans le tournant. Tout le féminisme de droite interagis comme ça, du reste. Ce sont des causes ouvertement reconnues dont on affecte de perpétuer le modernisme, strictement pour se faire mousser. Redisons-le: c’est visqueux au possible… et c’est justement hors de cette fange toxique que va pointer la véritable arme doctrinale de Simili Militante: la propagande réactionnaire, la manipulation droitière, le service docile de l’ordre établi, sous couvert féministe. Voici donc, par exemple, qu’un «taliban» chronométrique coupe le nez et les oreilles d’une femme afghane au moment où, comme par hasard, la guerre d’Afghanistan est au plus profond de son discrédit. Plus tard ou plus loin, un «régime iranien» s’apprête à lapider (jusqu’à ce que mort s’ensuive) une femme adultère au cœur des tensions politiques entre l’occident et l’Iran. Pétard planétaire. Le visage mutilé est en première page du Time. La personne menacée de lapidation est appuyée par de grandes personnalités occidentales, toutes femmes, ardentes, célèbres et riches. Sanctification aussi cardinale qu’imparable. Qui osera contester la gravité de ce type de drame? Mais absolument personne, évidemment. Forte d’un tel consensus, Simili Militante monte aussitôt au créneau. Son analyse (implicitement servile envers l’impérialisme US): il faut aller casser du Taliban, de l’Iranien, c’est urgent. Pourtant, la violence (incluant, sans s’y restreindre, la violence arriérée et rétrograde) contre les femmes est mondiale. Longtemps avant d’être des iraniens, des afghans et/ou des «talibans», les auteurs de ces crimes sont de hommes patriarcaux. Les indubitables hommes patriarcaux du grand Moyen-Orient Fantasmé sont-ils vraiment les seuls sur terre à se mériter tant de couverture médiatique? Pourquoi pas une clitoridectomisée africaine, ou une enfant-putain asiatique, ou une femme battue européenne, ou une divorcée assassinée américaine, ou une soldate canadienne violée et tuée par son commandant, en première page du Time et dans les appels à solidarité de nos occidentales riches et célèbres? Non, non, non, le féminisme ayant droit de citée dans le portail monumental de la presse mainstream, par les temps qui courent, c’est celui qui sert la propagande guerrière et xéno, de droite, du moment. Or, depuis septembre 2001, intoxidentale oblige, la violence sexiste n’est soudainement planétairement visible que si elle se manifeste dans les portions arriérées du monde que l’impérialisme US et/ou l’euro-xénophobie dardent de leur haine. Le trucage propagandiste est archi-grossier ici mais, implicitement militariste (contrairement à bien d’autres femmes) jusqu’à l’inconscience, Simili Militante relaye sans critique. Il faut d’urgence envoyer nos futurs petits batteurs de femmes, bien blancs, bien soldoques, bien réacs, encadrés par leurs officiers maladivement, psychotiquement, criminellement, misogynes, CASSER DU TALIBAN OU DE L’IRANIEN à gros tarif. Et aussi, par-dessus le tas, puisqu’on en parle, Simili Militante juge en conscience qu’il faut interdire le voile aux immigrantes effarouchée, qu’il ne faut pas négliger la «merveilleuse et rafraîchissante vitalité» du phénomène sociopolitique Sara Palin, que les adolescentes contemporaines sont hypersexualisées et, au fond, trop libérées avec leurs ordis incontrôlables et leur Edward Cullen impénétrable, que les femmes devraient pouvoir être ordonnées prêtres (au sein d’une église implicitement perpétuée, endossée et, avouons-le, pieusement aimée), que les femmes doivent faire carrière quitte à ne pas enfanter, que les mères doivent allaiter quitte à ne pas faire carrière, que les organismes institutionnels féminins/féministes gauchizoïdes ne «représentent pas toutes les femmes», que, pour le bien des mineures, la prostitution adulte doit rester illégale, que l’internet devrait être strictement modéré/censuré (car il y a de ces grossiers personnages, vous comprenez, sexistes en plus) et le cyber-anonymat aboli, que tu dois maigrir car tu es obèse et tu dois grossir car tu es anorexique, que les femmes pourraient tout à fait avoir une arme à feu pour se protéger de ces mâles violeurs, dont le subtil propagandiste Oleg Volk nous brosse un portrait si terrifiant. Et le reste à l’avenant. Il n’y a ici absolument rien d’improvisé. Les causes de Simili Militante sont limpides, solides, cohérentes et articulées. Même leurs contradictions pendulaires sont, en fait, des instruments pour dérouter, culpabiliser et déstabiliser les lectrices angoissées. Comme dans un programme politique politicien classique, on œuvre méthodiquement  à infléchir les mentalités, sous camouflage progressiste… Et retenez bien que si vous osez contester ceci, vous crevez le halo sanctifiant, le plafond de légitimation, et devenez hautement suspect(e)s de rouler pour le chauvinisme mâle hyper-arriéré de la pampa de grand-papa. Dire que la cause féministe est désormais une cause largement subordonnée, manipulée, déformée, trahie par la droite sociale et économique est toujours implicitement interdit. C’est pourtant là ce que la toute bourgeoise et toute réactionnaire Simili Militante a bel et bien accompli.

Légende de cette affiche d’Oleg Volk: UNE VRAIE FÉMINISTE N’A PAS BESOIN DES HOMMES POUR LA PROTÉGER. QU’EN EST-IL DE VOUS? Le fait est que SIMILI-MILITANTE sait parfaitement comment «se» protéger justement, et protéger les causes (manipulées) qu’elle endosse et promeut…

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La promotion des armes à feu auprès des femmes progressistes (autour des affiches du propagandiste américain Oleg Volk)

Publié par Paul Laurendeau le 1 novembre 2010

Know your enemy [Connais ton ennemi]
Vieil adage

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C’est une erreur intellectuelle assez commune que de prendre l’intégralité des pro-flingues américains pour de parfaits abrutis. On imagine des gros malotrus pas de têtes, inintelligents, fachos, arriérés, demeurés, cow-boys, militaristes, réacs, xénophobes et, surtout, machos. Erreur… Croire cela, c’est faire bien peu de cas de l’incroyable et effarante sophistication de la culture des armes à feu chez nos voisins du sud. Know your enemy, my friend… La problématique pro-flingues US est beaucoup plus insidieuse, casuiste et subtile que ne le laisse croire le stéréotype grossier auquel on la réduit habituellement dans le monde, et il n’est pas inutile de prendre connaissance de l’argumentation mise de l’avant par certains promoteurs des armes à feu américains, surtout lorsqu’ils adressent leur message ouvertement aux femmes, aux citoyennes (et/ou aux citoyens) progressistes.

Le corpus spécialisé, largement diffusé chez nos bons ricains, sur lequel j’attire votre attention ici a été produit par le photographe et publicitaire Oleg Volk, un promoteur explicite des armes à feu aux États-Unis depuis 1995 et l’auteur de nombreux panneaux publicitaires, calendriers et sites web sur le sujet. Son «oeuvre» a été traduite dans de nombreuses langues dont notamment l’allemand, le russe et le portugais brésilien. Ce qui est représentatif et hautement pernicieux chez ce propagandiste spécifique, c’est moins l’œuvre photographique (quoique l’émotion véhiculée par la dimension visuelle du topo soit absolument cruciale, dans le pitch du message) que l’exercice argumentatif, faussement éclairé et moderne, que s’efforce de formuler le propos pro-flingues en jeu. Ce propagandiste photographie des femmes ordinaires, la majorité d’entre elles usagères effectives d’armes à feu. Il monte ensuite des affiches sur lesquelles il épingle l’argumentaire qu’il entend exposer. Son intervention est hautement intéressante comme tentative méthodique et systématique de récupération d’une sensibilité progressiste, réformiste, citoyenne, universaliste au service d’une propagande profondément réactionnaire et biaisée.

On cible (excusez le jeu de mot facile) exclusivement les femmes, donc, et on le fait avec une maestria et un sens de la mise en scène dramatique particulièrement sentis. Sans vendre un produit spécifique, sans mentionner nominalement la National Rifle Association, il s’agit de convaincre les citoyennes ordinaires, tertiarisées, centristes, pas spécialement militaristes ou bellicistes de se procurer une arme à feu et de s’entraîner au tir. On campe d’abord une ambiance de tension contenue en introduisant l’omniprésence feutrée et tangible du danger. On mise sur les peurs spontanées et naturelles des femmes (eu égard à un corps de contraintes sociales iniques et injustes qui restent intégralement dans l’implicite et le postulé). Un petit instrument fort commode dans un tel exercice de mise en condition, c’est l’indubitable lenteur du service 911 (le police secours des Amériques – les traduction des légendes sont de moi).

Légende: VERS MINUIT, ELLE SONNA LE 911. MAIS VERS MINUIT SIX, L’ENGAGEMENT ÉTAIT TERMINÉ. IL S’AVÉRA QU’IL N’ÉTAIT TOUT SIMPLEMENT PAS POSSIBLE D’ATTENDRE QUE L’AIDE ARRIVE. ELLE SE SERVIT DONC DE SA CARABINE POUR DÉFENDRE SA VIE

Légende: IL EST POSSIBLE QUE LA POLICE ARRIVE, À TEMPS POUR FAIRE INTERVENIR LE SERVICE DE NETTOYAGE DES CADAVRES. UNE RÉACTION PLUS PROMPTE EST REQUISE POUR QUE LE CADAVRE NETTOYÉ NE SOIT PAS LE VÔTRE

Légende: L’INTERVENTION POLICIÈRE SUITE À UN APPEL AU 911 PEUT PRENDRE JUSQU’À TRENTE MINUTES. L’INTRUS AYANT FAIT IRRUPTION DANS VOTRE DOMICILE PEUT VOUS ATTEINDRE EN TRENTE SECONDES. RESTEZ EN VIE, PENDANT QUE LES SECOURS ARRIVENT

Légende: TU FAIS FEU OU TU SONNES LE 911?

Légende: APPUYONS LE DROIT AU CHOIX

Légende: UNE ARME À LA MAIN VAUT BIEN MIEUX QUE LES FLICS AU BOUT DU FIL. SOYEZ BIEN ARMÉE QUAND VOUS ÊTES SEULE À LA MAISON

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L’ambiance de peur et de complicité veule du propagandiste dans ladite peur est bien en place. On veut montrer qu’on comprend les femmes. On cherche à faire sentir qu’on partage leur angoisse avec empathie, délicatesse et respect. On envisage que, dans leur esprit fondamentalement inquiet, un violeur peut toujours surgir. Ce qui est proposé à la femme progressiste ici, c’est purement et simplement un programme martial, exclusivement défensif, dont la légitimité foncière n’est pas directement questionnable, attendu la psychose sécuritaire que l’on s’autorise ouvertement à postuler.

Légende: LES EXPERTS ME DISENT DE JOUER LA PETITE SOURIS MORTE EN CAS DE VIOL. JE PRÉFÈRE DE LOIN JOUER L’HUMAINE VIVANTE QUI MANIE LE BON OUTIL

Légende: LE RÊVE ÉTHÉRÉ DU VIOLEUR. SON CAUCHEMAR LE PLUS INTENSE. LEQUEL FAUT IL RÉALISER?

Légende: DANS L’ŒIL D’UN VIOLEUR POTENTIEL (POUR UNE PÉRIODE D’ENVIRON DEUX DIXIÈMES DE SECONDE)

Légende: UN VIOL ÉVITÉ OU UN VIOL SUBI. C’EST ELLE QUI DEVRAIT POUVOIR CHOISIR

Légende: LE CONTRÔLE DES ARMES À FEU PROTÈGE LES VIOLEURS DE CE GENRE DE DÉCONVENUE

Légende: LES VIOLEURS NE PEUVENT RIEN FAIRE AUX FEMMES BIEN ARMÉES. C’EST BIEN POUR ÇA QUE BILL CLINTON VOULAIT QU’ELLES SOIENT SANS DÉFENSE!

Légende: ME FAIRE VIOLER. PLUS JAMAIS

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La petitesse physique de la femme, son désavantage psychologique dans une situation subite d’agression violente (par un agresseur anonyme qui est toujours donné comme un être extérieur, inconnu, radicalement autre) sont des impondérables ouvertement mis à profit pour faire avancer le point doctrinal. Il faut rétablir l’équilibre sociétal acquis historiquement et subitement rompu par l’abus physique hors contrôle de l’instant d’agression. Il faut égaliser les chances. L’arme à feu est l’instrument exclusif proposé à cette fin.

Légende: UNE VICTIME FACILE OU UNE CITOYENNE ARMÉE? AU SOIN DU CRIMINEL DE CHERCHER À DEVINER

Légende: LE BANDIT: DEUX CENT LIVRES. MOI: CENT LIVRES. L’ÉGALISEUR DE NOS CHANCES

Légende: DEUX FAÇONS DISTINCTES DE FAIRE OBSTACLE À UNE ATTAQUE VIOLENTE

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Les maladies et les infirmités sont, elles aussi, ostensiblement mises à profit. L’arme à feu se donne alors comme l’instrument neutre et serein assurant la protection de la femme isolée dans sa détresse et ses limitations physiques, son esprit étant présumé toujours alerte et sain, n’est-ce pas, vu qu’elle a eu la sagesse de s’armer.

Légende: UNE FEMME ATTEINTE D’ASTHME NE PEUT UTILISER LE POIVRE DE CAYENNE COMME ARME DÉFENSIVE. ELLE NE PEUT FUIR NON PLUS. CETTE ARME À FEU LA PROTÈGE. COMBATTONS LES POLITICIENS QUI CHERCHENT À LA PRIVER DE SA SÉCURITÉ!

Légende: ALLEZ DONC LUI DIRE DE FUIR À TOUTES JAMBES. LES PRÉDATEURS RECHERCHENT LES PROIES MALADES OU BLESSÉES. MAIS IL N’EST PAS OBLIGATOIRE DE VIVRE SOUS LEURS LOIS. LES HUMAINS NE SONT PAS AU MONDE POUR SERVIR DE PÂTURE AUX BANDITS. CEUX-CI JOUENT AUX DURS, MAIS ILS SERONT FREINÉS SEC PAR UN BON PRUNEAU QUI CLAQUE

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En passant glissandi à la femme enceinte, une autre étape affective est franchie et la manipulation émotive gagne en profondeur et en intensité. À mi-chemin entre handicap physique et abnégation maternelle, l’autoprotection s’ouvre graduellement, insidieusement, sur la protection de l’être cher, l’enfant.

Légende: NE PEUT COURIR OU FAIRE DU KARATÉ. MAIS PEUT (DÉGAINER SON FLINGUE)

Légende: ENCEINTE DE HUIT MOIS, PEUT-ELLE COURIR PLUS VITE QU’UN CRIMINEL? L’AUTODÉFENSE EST UN DROIT HUMAIN

Légende: SON BÉBÉ A UNE GARDE DU CORPS EN PERMANENCE. QU’EN EST-IL DU VÔTRE?

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Empathie féminine oblige, la référence à l’enfance jouera aussi, subtilement, d’une infantilisation de la personne que l’on cherche à convaincre, la femme même. Dans le ton, dans le contexte visuel, dans l’intimisme des ambiances, on pourra alors la traiter comme une petite fille «sans défense». On ne fait pas cela pour se faire mousser comme séducteur paterne au fait, oh que non. Ce dont-il s’agit en fait ici, c’est exclusivement de la promotion ouverte du flingue auprès de la femme adulte, ainsi que de la promotion graduelle et de plus en plus ouverte de la possession d’armes à feu chez la petite fille même.

Légende: LIBRE ET SANS PEUR. IL N’EST PAS TROP LOIN, MON PROTECTEUR

Légende: QUAND LES HARCELEURS N’ACCEPTENT PAS DE SE FAIRE DIRE «NON», PASSEZ À L’ARGUMENTATION NON VERBALE

Légende: PAIX SUR TERRE… SOUS LA GARDE DES BONNES FILLES ET DES BONS GARÇONS

Légende: MALGRÉ LE FAIT QU’ELLE NE SOIT QU’UNE ENFANT, PARFOIS SEULE À LA MAISON, ELLE EST PARFAITEMENT ENTRAINÉE POUR LA PROTECTION DES VIES HUMAINES, Y COMPRIS, NATURELLEMENT, LA SIENNE PROPRE. ON NE PEUT PAS SURVEILLER NOS ENFANT À CHAQUE HEURE DU JOUR, IL FAUT DONC LEUR INCULQUER LE SAVOIR FAIRE DE BASE PERMETTANT DE FERMEMENT TENIR LES INTRUS EN RESPECT

Légende: SI ELLE EST ASSEZ MÛRES POUR RESTER SEULE À LA MAISON, ELLE EST PRÊTE POUR POSSÉDER UNE ARME

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Cela nous amène aux inévitables dimensions famille et dépendance à l’homme qui seront traitées avec tout le tact progressiste requis. Il est clair qu’on s’adresse à une femme cheffe de famille dont le conjoint est un partenaire, si ce n’est carrément un subalterne. Le ton est indubitablement féministe, sans ambivalence. En douce, on fait valoir que l’homme ne suffit pas, ou plus, comme protecteur, qu’un bon flingue qu’on manie soi-même et dont on détient le contrôle intégral vaut mille fois mieux.

Légende: ELLE POURRAIT DÉFENDRE SA FAMILLE. LE POURRIEZ-VOUS? SOYEZ DES PARENTS RESPONSABLES. APPRENEZ À PROTÉGER VOS ENFANTS

Légende: FUIR LE DANGER EST SOUVENT LA MEILLEURE CHOSE À FAIRE. MAIS QUE FAIRE SI VOS ENFANTS NE COURENT PAS AUSSI VITE QUE VOUS? MOURIR EN TENTANT DE PROTÉGER VOTRE PROGÉNITURE, OU PLANIFIER À L’AVANCE ET JOUER GAGNANT?

Légende: JE FAIS CONFIANCE À MON MARI POUR LA PROTECTION DE NOTRE FAMILLE. JE ME CONTENTE DE POINTER LES DANGERS ET DE LEUR CARTONNER UNE MARQUE, IL SE CHARGE DE REVOIR LES CHOSES EN DÉTAILS

Légende: VOTRE HOMME PEUT-IL SORTIR CES DÉTRITUS? LE MÉNAGE DE LA MAISON N’EST PLUS UNE TÂCHE EXCLUSIVEMENT FÉMININE

Légende: VOTRE PARTENAIRE PEUT-IL/ELLE VOUS SERVIR DE RENFORT EN CAS D’INVASION DE VOTRE DOMICILE? ASSUREZ L’ENTRAINEMENT AU TIR DE VOTRE FAMILLE

Légende: C’EST PAS TOUTES LES FILLES QUI ONT BESOIN D’UN HOMME POUR SE PROTÉGER. MON INDÉPENDANCE, C’EST MA CAPACITÉ DE ME DÉFENDRE PAR MOI-MÊME

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Fondamentalement, la femme est seule face au danger. L’homme est périphérique et on n’opère pas du tout dans un cadre conservateur de représentations sur la vie féminine. Pas de phallocratisme ici. Indépendance est le maître mot. Et, de surcroît, le fait de flirter ouvertement avec le féminisme n’empêche pas notre matois propagandiste de rester en harmonie avec toutes les facettes de la féminité. L’arme à feu cherche ainsi à devenir un objet ordinaire, compagnon des vêtements, des bijoux, du sac à main. La culture intime des femmes est récupérée dans tous ses angles. Le message délicatement pro-flingues, tant dans ses dimensions verbales (et non verbales) que visuelles, se soumet totalement à ladite culture intime des femmes, dans la version sciemment individualiste qui est celle de notre temps.

Légende: CECI ME PROTÈGE BIEN MIEUX QUE N’IMPORTE QUEL MEC PACIFISTE

Légende: ABANDONNER MON ARME À FEU. JAMAIS! JE SUIS UNE BLONDE PAS UNE CONNE

Légende: LIBRE DE TOUTE PEUR. ÉDITION DOMICILIAIRE

Légende: DES VÊTEMENTS POUR ÈTRE BIEN AU CHAUD, UNE ARME DE POING POUR ÊTRE EN SÉCURITÉ: NE VOUS BALADEZ PAS TOUTE NUE EN PUBLIC!

Légende: LES MODES ET LES STYLES VONT ET VIENNENT MAIS LES ACCESSOIRES SÉCURITAIRES SONT TOUJOURS DE SAISON. PENSEZ SÉCURITÉ, SORTEZ ARMÉE

Légende: UN «NON» FORMULÉ AVEC EMPHASE

Légende: VA-T-EN! (DANS LE LANGAGE UNIVERSEL DES SIGNES)

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Même les femmes homosexuelles sont desservies, avec une ouverture d’esprit et une prise en compte de la diversité qui est explicite, crue et intégrale.

Légende: LES GOUINES ARMÉES PEUVENT VÉRITABLEMENT CHOISIR LEUR CIBLE. LES DÉSARMÉES NE LE POUVAIENT PAS

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On est d’ailleurs ici à l’épicentre d’une promotion des armes à feu qui endosse de plein pied toutes les formes de rectitude politique. Les races et groupes ethniques les plus divers sont représentés dans ce corpus d’affiches. Classiquement, désormais, les asiatiques sont traitées en toute neutralité, tandis que la prise en compte des spécificités socio-historiques de la culture afro-américaine se fait en harmonie intégrale et frontale avec la totalité des acquis de l’émancipation et des droits civiques. Même les musulmanes ne sont pas en reste. Ceux qui prennent les pro-flingues américains pour des racistes obtus et sans nuances devront attentivement méditer les promos suivantes.

Légende: DES AMÉRICAINS ET DES AMÉRICAINES PORTANT UNE ARMES, IL EN EST DE TOUTES CULTURES, TAILLES ET COULEURS

Légende: LES CRIMINELS VIOLENTS DU MONDE ENTIERS SONT D’ACCORD SUR CE POINT. UNE FEMME INDÉPENDANTE ET BIEN ARMÉE N’EST VRAIMENT PAS FACILE À VICTIMISER

Légende: LES ADVERSAIRES DE L’AUTODÉFENSE ARMÉE CONCENTRENT LEUR ATTENTION SUR L’ARME À FEU. ILS IGNORENT LA PERSONNE PROTÉGÉE PAR CETTE ARME À FEU. LA VIE HUMAINE MÉRITE QU’ON LA DÉFENDE

Légende: "JE N’AIME PAS L’ÉPÉE FLAMBOYANTE POUR SON TRANCHANT, NI LA FLÈCHE POUR SA VIVE CÉLÉRITÉ, NI LE GUERRIER POUR SA GLOIRE. SIMPLEMENT, J’AIME CE QU’ILS DÉFENDENT." (J.R.R. TOLKIEN, LES DEUX TOURS)

Légende: L’AUTODÉFENSE EST UN DROIT CIVIQUE

Légende: LES HOMMES ET LES FEMMES LIBRES POSSÈDENT DES ARMES À FEU. LES ESCLAVES N’EN POSSÈDENT PAS. EXTRAIT DU JUGEMENT DE LA COURS SUPRÊME AMÉRICAINE SUR LA CAUSE DRED SCOTT CONTRE SANDFORD, 1856 : « Si les noirs disposaient des privilèges et des immunités que confère le statut de citoyen, cela les exempterais des opérations judiciaires spéciales et des régulations de police que les États du Sud considèrent comme indispensables à leur sécurité. Cela conférerait aux personnes de la race nègre ayant été reconnues citoyennes de n’importe quel état de l’Union… une liberté pleine et entière d’expression en public et en privé sur tout sujet qu’il est loisible à un citoyen de traiter, le droit de tenir des réunions publiques sur des questions politiques et DE DÉTENIR ET DE PORTER DES ARMES dans toutes leurs allées et venues. Ceci se ferait sous les yeux des autres personnes de même race et couleur, qu’ils soient esclaves ou libres, provoquant mécontentement et insubordination parmi eux, et mettant ouvertement en danger la paix et la sécurité de l’État.»

Légende: À L’ORIGINE, L’OBJECTIF DU CONTRÔLE DES ARMES À FEU ÉTAIT DE PROTÉGER LES HOMMES DU KU-KLUX-KLAN CONTRE LEURS VICTIMES. LE CONTRÔLE DES ARMES À FEU EST UNE PRATIQUE RACISTE

Légende: INUTILE DE TIRER PLUS DE DIX CARTOUCHES? ALLEZ RACONTER ÇA À QUELQU’UN QUI FAIT FACE À UNE BANDE DE LYNCHEURS!

Légende: LA MAJORITÉ DES COMPATRIOTES AMÉRICAINS DE CETTE FEMME N’IRAIENT PAS S’EN PRENDRE À ELLE À CAUSE DES MÉFAITS DES TERRORISTES. CECI DIT, CERTAINS RACISTES AURAIENT PEUT-ÊTRE BESOIN QU’ON LEUR PRÉSENTE UN ARGUMENT UN PEU PLUS FERME

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Il est patent et clair que, se donnant ouvertement comme progressiste (liberal dans le jargon politique américain), cette intervention propagandiste spécifique déploie un effort soutenu pour s’articuler comme une pensée, comme un programme social. Une batterie perfectionnée d’argumentations de nature juridique complète d’ailleurs le tableau doctrinal et ce, dans la réflexion (les droits et leurs interconnexions logiques), comme il l’avait campé initialement dans l’émotion (les peurs et leur impact affectif). L’argumentaire juridico-logique frôle aussi assez vite, mais légèrement, sans excès, la criticaillerie politique.

Légende: ABOLISSEZ LES CRIMINELS, PAS LES MOYENS QUE JE DOIS UTILISER POUR ME PROTÉGER CONTRE EUX!

Légende: DANS CERTAINS ÉTATS, L’APTITUDE TOUTE SIMPLE À SE DÉFENDRE EST PUNIE PLUS SÉVÈREMENT QUE LE VIOL, LE VOL À MAIN ARMÉE OU L’AGRESSION PHYSIQUE. C’EST JUSTE, ÇA?

Légende: AVOIR LE MOYENS DE PROTÉGER LA VIE, LA LIBERTÉ ET LA PROPRIÉTÉ EST UN DROIT HUMAIN FONDAMENTAL! INSISTEZ BIEN LÀ-DESSUS. UN DROIT HUMAIN FONDAMENTAL

Légende: À DIX-HUIT ANS, JE SUIS UNE ADULTE. JE PEUX VOTER, M’ENRÔLER, FONDER UNE FAMILLE. PAR CONTRE, AVANT VINGT-ET-UN ANS, LA LOI ME REFUSE LE MOYEN DE DÉFENDRE MA VIE

Légende: UN INTRUS NE CHERCHERA PAS À DÉSARMER CETTE FEMME, VOS REPRÉSENTANTS ÉLUS ONT PROMIS DE LE FAIRE À SA PLACE

Légende: LE CONTRÔLE DES ARMES À FEU ET LA CENSURE SONT LES ÉQUIVALENTS POLITIQUES DU LIGOTEMENT ET DU BÂILLONNEMENT D’UNE FUTURE VICTIME AVANT DE LA VIOLER ET DE LA TUER. CES PRATIQUES SONT HABITUELLEMENT MISES DE L’AVANT PAR LE MÊME TYPE DE BANDITS, DANS LES MÊMES BUTS DÉSAXÉS

Légende: ON NE PEUT ABOLIR LE VANDALISME EN BANISSANT LES CAILLOUX ET ON NE PEUT ABOLIR LES MEURTRES EN BANNISSANT LES CARTOUCHES. LA PROHIBITION DES ARMES À FEU N’A PAS RÉDUIT LE TAUX DE MEURTRES EN GRANDE-BRETAGNE OU EN RUSSIE, TANDIS QUE L’AUTODÉFENSE ARMÉE LÉGALE A RENDU L’AMÉRIQUE PLUS SÉCURITAIRE

Légende: MA CARABINE DE CHASSE, C’EST AUSSI L’ARME AVEC LAQUELLE JE PROTÈGE MA MAISONNÉE. LAQUELLE DES DEUX PRÉTENDEZ-VOUS INTERDIRE?

Légende: UNE PLAQUETTE D’ACIER DE TROIS MILLIMÈTRES PROTÈGE DES LAMES DE COUTEAUX. UNE ARMURE CORPORELLE FLEXIBLE PROTÈGE DES CARTOUCHES D’ARME DE POING. UN PISTOLET PROTÈGE DES HARCELEURS. UN ORDRE DE LA COURS RESTREIGNANT LES ALLÉES ET VENUES PROTÈGE DE RIEN DU TOUT

Légende: FREINER L’ACTION D’UN HARCELEUR, VRAIMENT, AVEC UN BOUT DE PAPIER? LA VALEUR EFFECTIVE D’UN ORDRE DE LA COURS RESTREIGNANT LES ALLÉES ET VENUES REPOSE EXCLUSIVEMENT SUR L’ENTRAINEMENT AU TIR ET L’ARMEMENT QUI PERMET DE L’IMPOSER DANS LES FAITS

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Dans le même ordre d’idée de sophistication doctrinale, il ne sera pas possible d’échapper à la batterie de références historiques. Par contre, celles-ci se déploient léger, léger, sans chauvinisme excessif, et surtout avec un focus très concentré sur l’histoire des droits et des luttes de guérilla sociale, effectives ou fantasmées, des femmes. De la culture de la frontière au terrorisme contemporain, en passant par les guerres du passé, les émeutes, les désastres et les ouragans, on vise à associer étroitement les femmes en armes à l’héroïsme américain ordinaire.

Légende: RÉSISTER À LA TYRANNIE N’EST PAS UN OBJECTIF DE PERFORMANCE SPORTIVE, C’EST LE SEUL ET UNIQUE OBJECTIF CONSTITUTIONNEL

Légende: AVANT MÊME D’AVOIR LE DROIT DE VOTE, LES FEMMES AVAIENT LE DROIT DE PORTER UNE ARME POUR SE DÉFENDRE. LES FEMMES DE CE TEMPS NE DEVRAIENT-ELLES PAS BÉNÉFICIER DES MÊMES DROITS?

Légende: 1907, LES FEMMES NE POUVAIENT PAS VOTER MAIS ELLES POUVAIENT S’ACHETER N’IMPORTE QUELLE CARABINE MILITAIRE MODERNE. 2007, LES FEMMES ONT LE DROIT DE VOTE MAIS NE PEUVENT PAS POSSÉDER DE CARABINES MILITAIRES CONTEMPORAINES. EST-CE LÀ UN PROGRÈS?

Légende: L’ÉGALITÉ? ELLE EST RENDUE POSSIBLE PAR SAM COLT

Légende: LES FEMMES DE CE PAYS ONT APPRIS DE LONGUE DATE QUE CEUX ET CELLES QUI NE PORTENT PAS UN SABRE PEUVENT QUAND MÊME MOURIR PAR LE SABRE. APPRENEZ L’AUTODÉDENSE!

Légende: IL FREINA L’ATTAQUE DES BANZAÏ À LA BATAILLE D’IWO JIMA. IL FREINA LA MARÉE HUMAINE HOSTILE À LA BATAILLE DU RÉSERVOIR DE CHOSIN. IL FREINERA AUSSI L’ENTRÉE D’UN INTRUS DANS LA CHAMBRETTE DE VOTRE GAMINE, SI VOUS FAITES VOTRE PART. ASSUREZ L’ENTRAINEMENT AU TIR DE VOTRE ENFANT

Légende: LORS DES ÉMEUTES DE LOS ANGELES EN 1992, LES POLICIERS ET LA GARDE NATIONALE ÉTAIENT INCAPABLES DE PROTÉGER TOUT LE MONDE DE LA FOULE DES TUEURS, DES PYROMANES ET DES PILLARDS. DES AMÉRICAINS ET DES AMÉRICAINES ORDINAIRES EN ARMES GARDÈRENT LA FOULE DES ÉMEUTIERS SOUS CONTRÔLE, SAUVANT AINSI UN NOMBRE INCALCULABLE DE VIES INNOCENTES

Légende: LES ÉMEUTES DE LOS ANGELES EN 1992. DES RÉSIDENCES ET DES COMMERCES FURENT PILLÉS ET BRÛLÉS… SAUF QUAND ILS ÉTAIENT DÉFENDUS PAR DES RÉSIDENTS ET DES RÉSIDENTES ARMÉS

Légende: LORS D’ÉMEUTES URBAINES MASSIVES, COMME À LOS ANGELES EN 1992 OU À LA NOUVELLE ORLÉANS EN 2005, LA POLICE NE PEUT PAS PROTÉGER TOUT LE MONDE. CETTE FEMME FAIT REMPART ENTRE LA POPULACE ET SA FAMILLE. QUI PROTÈGERA LA VÔTRE?

Légende: LES INONDATIONS DE NOLA EN 2005. LES PILLARDS ÉCUMAIENT LA VILLE. CETTE FEMME ÉTAIT EN SÉCURITÉ… JUSQU’À CE QUE LES FLICS LUI RETIRENT SON ARME

Légende: APRÈS L’OURAGAN, ELLE N’ÉTAIT PAS SEULE POUR FAIRE FACE À L’ÉMEUTE. TRENTE PETITS AUXILIAIRES ONT ASSURÉ SA SÉCURITÉ

Légende: APRÈS L’OURAGAN, LES PILLARDS SE SONT TENUS À DISTANCE RESPECTUEUSE DE SON VOISINAGE. DANS LE VÔTRE, GARDERAIENT-ILS LEURS DISTANCES AUSSI?

Légende: LES TALIBANS ONT PEUR DES FEMMES INDÉPENFANTES ET ARMÉES. QU’EN EST-IL DE VOUS?

Légende: POURQUOI LES POLITICIENS VEULENT-ILS TANT QUE LES AMÉRICAINS ET LES AMÉRICAINES SOIENT DÉSARMÉS DEVANT LA MENACE DU TERRORISME?

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Le dispositif idéologique et logique est alors bien en place pour réintroduire en douce la bonne vieille culture des vigilantes, si tenace, dans cet horizon culturel spécifique, et si peu moderniste. On le fait, en cultivant notamment un jeu logico-argumentatif de référence aux militaires et aux policiers. Même la critique des flics et l’antimilitarisme le plus explicite trouvent leur place dans ce déconcertant argumentaire.

Légende: UNE PROTECTION PERSONNELLE. CONTRAIREMENT AUX FLICS, ELLE EST TOUJOURS AVEC VOUS

Légende: LE MIEN, C’EST POUR PROTÉGER LA VIE HUMAINE. LES POLICIERS EN ONT UN POUR EXACTEMENT LA MÊME RAISON

Légende: (LA POLICIÈRE) REÇOIT DES RENFORTS SUR APPEL. (LA CITOYENNE) EST LAISSÉE À ELLE-MÊME. LES ARMES DÉFENSIVES MODERNES NE DEVRAIENT PAS ÊTRE RÉSERVÉES AUX FLICS

Légende: LE GOUVERNEMENT AMÉRICAIN FAIT CONFIANCE À CELLE-CI POUR CE QUI EST DE PROTÉGER VOTRE FAMILLE DE L’ENNEMI ÉTRANGER, AVEC UNE ARME AUTOMATIQUE. POURQUOI CERTAINS ÉTATS NE FONT-ILS PAS CONFIANCE À CELLE-CI, POUR CE QUI EST DE SE PROTÉGER ELLE-MÊME DES CRIMINELS, AVEC UNE ARME DE POING?

Légende: ON LUI FAIT CONFIANCE, UN AR15 ENTRE LES MAINS, POUR EN PROTÉGER D’AUTRES. ON DEVRAIT BIEN POUVOIR LUI FAIRE CONFIANCE AUSSI POUR CE QUI EST DE SE DÉFENDRE ELLE-MÊME

Légende: LA VRAIE PROTECTION DU TERRITOIRE DÉBUTE AU FOYER. «VEILLEZ À LA SÉCURITÉ DES ENFANTS, PENFANT QUE JE SUIS AU TRAVAIL»

Légende: SON DÉTENTEUR ANTÉRIEUR OFFICIEL L’UTILISA POUR ASSASSINER DES CIVILS. SA DÉTENTRICE ACTUELLE, UNE CIVILE, L’UTILISE POUR SE PROTÉGER. APPUYONS LA PROPRIÉTÉ CIVILE DES ARMES À FEU!

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Se protéger sans agresser est l’option cardinale. Or cela implique une désacralisation, une banalisation du flingue. Il se doit de cesser d’êtres une sorte d’objet de fascination irrationnelle. Instrument ordinaire, il faut le manier sans ostentation, comme n’importes quel objet de la vie courante. Cela s’apprend, cela s’acquiert, cela s’étudie. Une culture vernaculaire supporte cela. C’est alors l’argument du savoir-faire avec l’arme qui se met fermement en place. Il s’agit, dans le même mouvement, de faire la promotion de l’entraînement au tir et de démolir les arguments voulant qu’une femme risque de voir son arme à feu se retourner contre elle. L’idée fondamentale est de promouvoir le caractère infailliblement sécuritaire de la dissuasion les armes à la main, si celle-ci est éclairée, formée et efficacement instruite sur elle-même.

Légende: ET ALORS, C’EST ICI QUE L’INTRUS S’EXCLAMERAIT: «POUFIASSE, TU N’OSERA JAMAIS APPUYER SUR LA GÂCHETTE!» ET S’EFFORCERAIT ENSUITE DE LUI ARRACHER SON ARME?

Légende: «UNE ARME À FEU LUI SERAIT SIMPLEMENT ARRACHÉE DES MAINS ET ON LA RETOURNERAIT CONTRE ELLE». LES CHARLATANS DU CONTRÔLE DES ARMES À FEU CROIENT-ILS VRAIMENT À LEURS PROPRES MENSONGES?

Légende: JE PEUX CARTONNER UN PIGEON D’ARGILE DE CINQ POUCES DE DIAMÈTRE EN PLEN VOL. INTRUS ÉVENTUELS, VEUILLEZ PRENDRE NOTE

Légende: L’AUTODÉFENSE TYPE AVEC UNE ARME À FEU: PAS DE COUP DE FEU, PAS DE PREMIÈRE PAGE DANS LES JOURNAUX. JUSTE UN AUTRE BANDIT EFFRAYÉ, ET UNE AUTRE VIE INNOCENTE SAUVÉE

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Sur la question, jugée capitale dans un tel argumentaire, de l’entraînement méthodique au tir, un message subreptice est alors discrètement filé aux hommes, celui de la promotion de la transmission du savoir. L’homme classique passe la main à la femme moderne et cette main contient une arme, moderne elle aussi.

Légende: FAITES DON DE LA SÉCURITÉ. FORMEZ UN NOUVEAU TIREUR

Légende: PLACEZ L’APPROPRIATION DU POUVOIR ENTRE LES MAINS D’UNE AMIE. ENSEIGNEZ L’AUTODÉFENSE

Légende: LES ARMES À FEU DE L’AVENIR POURRAIT CHANGER D’APPARENCE. LES USAGERS DES ARMES À FEU DE L’AVENIR AUSSI. PARTAGEZ CE DROIT FONDAMENTAL. ENSEIGNEZ LE TIR

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Il devient alors de plus en plus difficile de ne pas se rendre compte que c’est d’une prolifération jovialiste des armes à feu qu’il s’agit ici. La croyance promue, de moins en moins crédible, de plus en plus délirante et imaginaire, dérape vers le fantasme d’une autodéfense individuelle totale, intégralement non-criminelle, dans un monde (pourtant!) implicitement violent et hostile qu’il faut coucher en joue et tenir en respect avec des armes d’assaut modernes au magasin bien garnis. On hallucine allègrement un programme pro-flingues opérant partout, à la ville, à la campagne, sur les campus universitaires, dans les avions de ligne, un programme pro-flingues pour jeunes filles souriantes, fraîches, lucides et sereines, dont la mise en place effective et pratique n’est décrite que sous forme de propositions lapidaires, vaguement ébauchées et fort mal étayées.

Légende: CEUX QUI ENTENDENT PROHIBER L’AUTODÉFENSE VEULENT QUE NOUS SOYONS TOUS SANS PROTECTION ET DÉPENDANTS. LES VICTIMES, ELLES, NE PEUVENT PLUS S’OBJECTER. ET VOUS, QU’EN DITES-VOUS?

Légende: LES INTRUS DOMESTIQUES NE LAISSENT PAS LE TEMPS À LEURS VICTIMES D’ENFILER LEUR CEINTURE DE MUNITIONS. LES ARMES À FEU AVEC UN GRAND MAGASIN DE CARTOUCHES SAUVENT DES VIES

Légende: CULTURE DE L’ARME À FEU. CULTURE DU BANDITISME. NE PAS CONFONDRE. UNE SEULE DES DEUX PRODUIT DES CRIMINELS

Légende: LES «ZONES DÉSARMÉES» DES CAMPUS ATTIRENT LES TUEURS. LES INSTITUTIONS D’ENSEIGNEMENT POURRAIENT TRANSFORMER LES CAMPUS EN CAMPS RETRANCHÉS, AVEC FILS BARBELÉS ET FOUILLES DE CORPS. OU ALORS ELLES POURRAIENT FAIRE LA PROMOTION D’UNE VRAIE AUTO-DÉFENSE EFFICACE

Légende: LA VRAIE DE VRAIE PASSAGÈRE SÉCURITAIRE, DANS UN AVION DE LIGNE, EST ARMÉE. DÉTOURNEZ DONC ÇA, SI VOUS LE POUVEZ!

Légende: À VIRGINIA TECH, TRENTE-DEUX PERSONNES MOURURENT INUTILEMENT. UN SEUL ÉTUDIANT OU ENSEIGNANT ARMÉ AURAIT PU ARRÊTER LE TUEUR. MAIS ILS MOURURENT TOUS, EN OBÉISSANT AUX RÈGLES. PLUS JAMAIS!

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Voilà. Passablement parlant, cette petite centaine d’affiches propagandistes, vous ne me direz pas. Bien plus pernicieux qu’on ne l’aurait cru, aussi. Un certain nombre de conclusions s’imposent face à un tel discours. Indubitablement, les causes réformistes sont récupérables et récupérées au service d’enjeux autres qu’elles-mêmes. Le flagornage faussement progressiste est un instrument argumentatif de plus en plus utilisé par la droite, en fait. Malgré ce qu’elle cherche constamment à faire croire, ladite droite est perpétuellement mise aux abois par le développement social de la roue de l’histoire. Elle peine, de plus en plus, pour tenir à bout de bras les enjeux dangereux et impopulaires qu’elle endosse, genre promotion des armes à feu, de la pollution industrielle, de la malbouffe, de la boursicote bancaire cynique, du militarisme et du bellicisme. Ici aussi, dans cet univers d’illusionniste, on ment sciemment aux masses. Ce type de campagne de propagande promotionnelle présente le porteur ou la porteuse d’arme à feu comme un être angélique, infaillible, imperméable au banditisme, qui se défend mais n’attaque jamais, ne commet pas d’erreur sur la personne, ne tiraille jamais à l’aveuglette dans l’obscurité, ne pointe jamais son arme sur son conjoint, ses enfants, ou ses proches, ne se colle jamais son flingue sur la tête ou dans la bouche, ne laisse pas son arme tomber entre des mains maladroites ou hostiles, ne se blesse pas malencontreusement avec, s’entraîne avec discipline et prudence sans la transformer en un objet magique mal connu et mal dominé, ne bascule pas dans le crime par désespoir ou par calcul. Charme, intelligence, climax visuel et fourberie mis à part, ce qu’on nous présente ici, c’est un monde fantasmé, simpliste, vide, faux et illusoire. Il est surtout parfaitement malhonnête, mensonger et fallacieux de laisser croire que la multiplication, la prolifération, le pullulement des armes de poing et des fusils d’assaut automatiques dans la société civile augmenterait la sécurité. C’est tout juste le contraire, et la doctrine racoleuse de l’égaliseur fonctionne en fait de façon implacablement bilatérale. À contexte social dogmatiquement inchangé, armez-vous, votre agresseur s’armera aussi et les mêmes proportions d’inégalités se rétabliront à très court terme. Ensuite –surtout- elles se perpétueront, le danger de mort constant et permanent en plus, ce dernier bien profondément inscrit dans la vie ordinaire et désormais parfaitement indécrottable. Comme le dit une de ces pubes, c’est la criminalité qu’il faut abolir. Or justement, il ne faut pas seulement le dire mais il faut le faire et ça, c’est un immense programme social et sociétal. Car ça requiert le tout d’un engagement articulé et sophistiqué qu’aucune solution simpliste, genre arme à feu dans les sacs à main et sur les tables de nuit, n’équivaudra jamais en valeur, en durabilité, en efficacité de fond, et en décence civique.

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L’HOMME QUI VISIONNE DE LA PORNO. Foire aux questions et mode d’emploi (en quinze points), à l’usage de sa conjointe

Publié par Paul Laurendeau le 15 septembre 2010

Bon, crotte, ça y est. Il visionne de la porno. Vous le savez, vous en avez la certitude, mieux: la preuve. Tout semble s’effondrer. Oh, le verrat fendant, moi qui le croyait différent. Il fait ça en cachette, en plus, comme un enfant. Oh, le crapotte insidieux. Moi qui espérait mieux. Si je lui en parle, il louvoie, il s’esquive, par-dessus le marché. Oh la lubrique vipère, moi qui le croyait sincère. Que faire? Vers qui vous tourner. Un psychologue, votre meilleure copine, son meilleur copain à lui (autant vous tourner vers la pègre), votre grand ami gai, votre mère, la pègre? Tournez-vous vers qui vous voudrez mais juste avant, consultez donc cette petite foire aux questions et ce petit mode d’emploi compréhensifs (en quinze points), une gracieuseté d’Ysengrimus. Homme maximalement traître à l’omerta masculine, Ysengrimus vous dira absolument tout. D’abord, la foire aux questions (vous ne vous intéressez qu’à une seule question: pourquoi?). Ensuite le mode d’emploi (que faire?).

Je rappelle aux éventuels hommes qui chercheraient de quoi se dédouaner ici que mon propos repose sur une axiomatique sciemment et fermement féministe. Comprenons-nous bien, donc, je ne justifie pas l’homme regardeux de porno ici. Je le décris, simplement, froidement, dans sa rigidité impitoyable. Ceci dit et bien dit, le féminisme implique, entre autres, une refonte en profondeur de l’existence du mec de demain et ladite refonte ne se fera pas dans l’ignorance nunuchement volontariste du mec d’aujourd’hui. Nier l’existence du répréhensible, du goujat, du tristounet et de l’inélégant ne le fera pas automatiquement disparaître de notre univers social, loin s’en faut. Féminisme n’est pas ignorance de la même façon que description n’est pas légitimation. Un vrai ami vous donne l’heure juste. Une féministe n’est pas une autruche. Masculinologie n’est pas masculinisme. On ne combat pas adéquatement le cancer en le décrivant comme une maladie bénigne. Minimiser n’est pas jouer. Le sujet (dans tous les sens du terme) est fort peu reluisant…  Soyons en tous et toutes avisé(e)s et assumons.

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FOIRE AUX QUESTIONS : POURQUOI  (ME) FAIT-IL CELA?

1- Fait-il cela à cause d’un manque dans mon apparence physique? Non. Je sais qu’il va vous falloir du temps avant de me croire, mais en fait, c’est le contraire. Un homme, un vrai, se soucie assez peu du détail technicien fin sans fin de l’apparence physique de la femme qu’il désire. Épaisseur des cuisses, longueur des cheveux, incarnat de peau, velouté des lèvres, ondulé des hanches, sacro-saint volume de la poitrine (cette hantise suprêmement oiseuse), lustré des maquillage, basta. L’homme pousse son lot de hurlements d’orignaux sur tout cela, certes, mais, réalité cruciale, il le fait en vrac, en gros, à la globale, sans même trop comprendre que ce n’est pas vraiment ceci et cela qui l’allume. Quand les femmes se sortiront-elles enfin de cette pitoyable mentalité hyper-analytique et chosifiante de foire agricole? Vous vous devez d’inverser l’équation ici, en fait. Il faut voir la chose ainsi (suivez bien le mouvement): si c’est bel et bien vous qui êtes dans son lit plutôt que quelque sosie de la terrible et torride actrice pornographique Tara Pornella (nom fictif), c’est que c’est vous, et vous seule, qui battez Tara Pornella à plate couture dans l’arène de l’apparence physique, pas le contraire. Pur et simple. Point barre. Rien à ajouter. La personne obsédée par votre apparence physique ici, c’est vous, pas lui. Vous vous comparez scrupuleusement, compas en main, loupe sur l’œil, tyranniques critères de filles en tête, aux femmes de papier (y compris celles des tout aussi tyranniques magazines féminins, du reste, que votre partenaire ne lit pourtant jamais). Lui ne fait pas cela. Il ne brouillerait pas son amour, son désir et sa passion pour vous en vous roulant dans la farine comparative de Tara Pornella. Le visionnement de porno est un comportement totalement non-comparatif. Votre partenaire vous désire, en cette fulgurante synthèse d’ardeur et d’amour, parce que vous déclenchez sa libido. C’est tout. Et l’équation libidineuse inclut l’apparence physique de la partenaire comme un paramètre parmi bien d’autres, certes, sans s’y réduire cependant.

2- Alors, fait-il cela à cause d’un manque dans ma performance sexuelle? Non et non. Je sais qu’il va encore vous falloir du temps avant de me croire, mais en fait, ici aussi, c’est le contraire. S’il ne jouissait pas de votre performance sexuelle, eh bien, sapristi, il se prendrait une maîtresse bien réelle, ou vous quitterait pour une autre conjointe, elle aussi, bien réelle… S’il regarde de la porno, c’est, au contraire, que vous êtes arrivée à le tenir en éveil lascif, à le faire pétiller libidineusement, à le stimuler sexuellement, ardemment et vivement. Le spectacle pornographique n’est pas, et ne sera jamais, en compétition avec vous. C’est une lanterne chinoise qui ne montre rien de vrai, rien d’humain. Fondamentalement c’est comme le scénario d’un roman ou le script d’un film. Votre amant trouve de fait, dans la porno, au mieux, un mode de ressourcement intellectuel pour mieux s’occuper de vous. Je ne plaisante absolument pas. Les femmes qui s’imaginent que leur homme regarde de la porno parce qu’elles ne «fournissent» pas sexuellement errent totalement. Elles confondent leurs propres motivations de femmes hédonistes contraintes contemporaines avec les siennes. De plus, si vous-même, vous observez un peu fixement un autre homme (vous-même vous-même si, si, ne niez pas!), vous voyez, de par cet autre homme, les défauts vestimentaires et comportementaux qu’il corrige chez votre propre conjoint, non? Hmmm? Pardon? C’est que, fantasmatiquement parlant, vous êtes monogame. Fantasmatiquement parlant, vous ne quittez votre moineau que pour un homme qui sera mieux que lui, supérieur, sublime. Or, ce n’est pas une raison pour croire que votre regardeux de porno fonctionne mécaniquement comme vous! C’est que, fantasmatiquement parlant, votre conjoint lui, voyez-vous, il est polygame. C’est un sultan onirique. Il a un vaste harem de femmes fantasmatiques dans sa tête et vous, eh bien, vous êtes la Favorite… c’est cela qui fait que vous êtes la vraie et que son monde de fantasme ne le ferait jamais au grand jamais vous quitter. Il est parfaitement inutile de compétitionner avec les silhouettes évanescente et embrumées du sérail creux et fictif peuplant la coupole crânienne de votre conjoint. Inutile et oiseux. Car le fait est que vous avez déjà gagné.

3- Ferait-il cela encore plus si je n’étais pas dans sa vie? Non. Ni plus ni moins, en fait. Des pensées sexuelles lui viennent et lui percolent dans la cervelle en permanence, comme les bulles de gaz fétide d’un marécage, et le visionnement de pornographie n’est qu’un type d’organisation visuelle, une classification, une mise en fichiers manipulables de pensées, diffuses ou précises, propres ou sales, belles ou laides, qui lui rouleraient dans la tête de toute façon, ordi, télévision, cinéma, magazines ou pas. Nos ancêtres avaient les statues, les peintures, le cinématographe… Des images de femmes, il y en aura toujours, intra et extra cerebra. La porno n’est jamais que la suite tangible de cette longue et falote sarabande d’imagerie, se manifestant au jour d’aujourd’hui par d’autres moyens, moins imaginatifs, du reste. Ferait-il cela encore moins si Marielle, son ex-copine, la rousse, était encore dans sa vie? Il ne le ferait pas moins, pas plus non plus, il le ferait tout autant. Il faut comprendre qu’il visionne de la porno comme il rote, vesse, se rase sans nettoyer le lavabo derrière lui ou se gratte les fesses. Vous placer, vous, et Marielle (nom fictif), et les autres vraies femmes de son passé et de son avenir sur un plateau de la balance et les femmes de papier et de pixels sur l’autre plateau est et sera toujours intégralement fallacieux. Et à ceux et celles qui disent que s’il n’y avait pas tant de porno disponible sur le marché, mon mec ne roulerait pas autant de pensées interlopes, je réponds: c’est tout juste le contraire. Si votre mec ne roulait pas autant de pensées interlopes, il n’y aurait pas tant de porno disponible sur le marché… Le capitalisme ne nous vend que ce qu’on consomme. Il ne se soucie pas plus de déséduquer que d’éduquer.

4- Si ce n’est pas répréhensible ou suspect, pourquoi se cache-t-il de moi en faisant cela? Vous n’approuvez pas. Je ne questionne pas la légitimité du fait que vous n’approuvez pas et ce sont vos droits de femme qui s’expriment dans cette réprobation. Mais il reste que vous n’approuvez pas. Une femme qui, d’ailleurs, fait semblant de l’approuver et de s’en amuser ou de s’en accommoder est quasi certainement la plus formidable des crâneuses imaginable et est vraiment bien peu crédible. Bref, vous réprouvez, c’est déjà une fichue de bonne raison de faire l’affaire en douce. Mais il y a des raisons encore plus profondes, plus cruciales, pour lui. Vite, il constate que vous voyez cela bien plus gros que ce n’est. Ces images, ces femmes de papier ou de pixels, sans épaisseur, sans existence, elles vous hantent et vous polluent votre existence, à vous. Vous confondez Tara Pornella, cet être fondamentalement bidimensionnel et vide dans sa vision à lui, avec la compétitrice de chair et d’os de votre vision à vous. Vous vous faites un mouron excessif et il n’est vraiment pas fier de cela et pas content de lui-même. Son incapacité chronique et paniquée à vous expliquer adéquatement que l’intemporelle Tara n’existe tout simplement pas complète ensuite le tableau secret. Au final, vous réprouvez, souffrez, pestez intensivement, il s’en veut pour cela et est incapable de vous démontrer passionnément ce que je vous démontre ici froidement, que c’est sans aucune espèce d’importance dans votre vie de couple. Alors il se planque. Les enfants en font autant pour se ronger les ongles ou se curer le nez, soyez préparée…

5- À ce qu’il me semble, les modèles qu’il mate ressemblent vachement à Marielle, son ex-copine, la rousse là, justement. Qu’en conclure? Avez-vous vu l’intégralité des modèles en question ou n’avez-vous entraperçu que quelques torsades rousses ici et là, sans systématicité? Prudence. Ce que nous avons ici c’est ceci: sur une surface d’écran ou de papier glacé, Tara Pornella, rousse sans doute, mais surtout dont le profil psychologique et comportemental est intégralement fantasmé, et deux femmes réelles, Marielle, son ex, qu’il a aimé, et vous. Il est parfaitement concevable que Tara Pornella, Marielle et vous-mêmes ressembliez toutes les trois à sa femme de fantasme oméga (qu’il connaît, conscientise et stabilise fort mal au demeurant), ce qui a comme effet secondaire une éventuelle ressemblance entre vous trois. Avant de nier rageusement ressembler à qui que ce soit, ne limitez pas vos investigations de cette subtile hypothèse aux simples critères superficiels et chosifiants de foire agricole. Je dis cela parce que c’est ici que sa perversité s’interrompt et que la vôtre entre en action. Frustrée, flétrie, déçue, vous commencez par vous occulter vous-même. Vous vous ratatinez, vous roulez en boule, vous oblitérez, vous et votre immense importance pour lui. Restent alors, dans votre colimateur rageur, Tara Pornella et Marielle, son ex, qui ont en commun, pour vous, d’être deux images plates et superficielles et rousses et flamboyantes et pétantes et roulures et haïes. Il devient alors aisément aisé de tout confondre, de juger hâtivement, et de trouver ces deux enquiquineuses fort semblables. Les faits sont pourtant les suivants. La personne la plus éloignée de ses aspirations fantasmatiques c’est d’abord Tara Pornella, femme de papier ou de pixels sans densité, ni épaisseur, ni conversation effective. La seconde personne la plus éloignée de ses aspirations fantasmatiques, c’est Marielle, femme réelle certes, et en cela milles fois plus dangereuse que Tara Pornella, mais aussi ex, souvenir, passade, foucade, nostalgie-non-nostalgique. La femme la plus proche de ses aspirations fantasmatiques, c’est vous. C’est vous qu’il prendra ce soir en hurlant à l’amour. C’est vous qui le tenez, dans les faits effectifs. C’est vous, l’incarnation concrète et charnue du point oméga de ses fantasmes, vu que c’est à vous qu’il se donne ici, maintenant et pour toujours.

6- Tu te goures Ysengrimus, il m’a dit explicitement qu’il regardait de la porno à cause de mes manques physiques et/ou mes manques sexuels! Attention, me rapportez-vous l’intégralité des circonstances de cet «aveu» ici? Allons, allons, pas de triche entre nous. Laissez-moi vous les décrire, ces circonstances. Vous venez de le pincer, la face dans l’écran d’ordi, ou encore vous venez de vous décider à le mettre au pied du mur, d’aplomb et ouvertement, sur la question sensible de son regardage de porno. C’est votre droit, je vous le redis, votre devoir, même peut-être. Mais alors, c’est aussi la guerre, hein. Guerre de tactique, guerre de stratégie. Il faut l’assumer. Coincé, piégé, confronté, comme dit le bel anglicisme, il contre-attaque. Les hommes contre-attaquent, c’est comme ça. Ils sont actifs et proactifs, dans un conflit. Pris en souricière sur une question sensible, votre partenaire, terme fort ironique ici, contre-attaque efficace. Pas sincère: efficace. Il frappe donc pour porter une botte solide dans le défaut de votre cuirasse. Pas de quartier. Votre morbidité auto-dénigrante est une faiblesse dont il peut parfaitement prendre avantage dans ce genre de conflit. C’est de ta faute aussi… Tu ne t’habilles pas assez ceci… Ton cul n’est pas assez cela… Stupeur. Vol plané dramatique. Vous voici terrifiée, pétrifiée, congelée et gelée par cette douche froide critique/zap/autocritique. Tous vos préjugés auto-culpabilisateurs sont confirmés, d’un bloc. Vous le saviez! Ah, combien d’hommes qui trichent à la guerre misent ainsi sur l’immense et fulgurante propension autocritique des femmes? Les douze salopards ne sont pas que douze, allez. Ils sont un grand nombre, voyons, et ce nombre est en augmentation, maintenant que les hommes connaissent bien mieux les femmes qu’avant. Donc, le coup porte. Votre convoi déraille. Votre propos dévie. Vous en oubliez toute votre tirade d’attaque contre la porno. C’est de votre faute, il le dit, il l’avoue. Tombé, en un choc unique, le masque au sourire fixe de ses cent milles compliments d’antan. L’océan de sirop sucré se dissout dans cet unique jet de vinaigre. C’est votre corps qui est dans le tort. C’est votre performance sexuelle qui est en défaut. Tous vos préjugés tenaces sur vous-mêmes sont suavement confirmés. Il le dit ouvertement. Ysengrimus, il m’a dit EXPLICITEMENT… Eh bien il a explicitement menti, pardi. Il ment, il ment pour vous faire perdre votre contenance. Il ment parce que c’est une ruse de guerre, parce que c’est la guerre, parce que à la guerre comme à la guerre, et parce que vous avez ouvert les hostilités sur le regardage de porno. Et comme, contrairement à Ysengrimus, il n’est pas, lui, un traître à l’omerta masculine, il ne va pas se mettre à vous guider, tel Orphée aux enfers guidant Eurydice vers la surface, dans les méandres filandreux et grossiers de sa si courtichette fantasmatique. Non et non. Autant mentir et, jet d’encre du poulpe parfait, vous accuser de manques intégralement inexistants. Cela porte toujours, vous fait chier, vous cale, vous désamorce, vous fait pleurer. Ben c’est ça, pleure, cocotte, moi aussi j’ai bien envie de pleurer comme une madeleine devant la liste de mes sites porno favori que tu viens cruellement d’insérer entre ma poire et mon fromage. La femme à qui on a fait croire que c’est à cause d’elle qu’on mate de la porno vient de tomber dans le plus grossier des panneaux manipulateurs imaginable. Par pitié, ne mordez pas à cet hameçon là!

7- Et s’il m’approche d’une façon totalement non conflictuelle en me disant, froidement et posément, qu’il voudrait que je ressemble en tous points à Tara Pornella? Je ne réponds pas aux questions spéculatives de gamberges auto-mortifiantes, ici. L’a-t-il fait effectivement? Où? Quand? J’en doute fortement. S’il l’a vraiment fait et que vous êtes absolument certaine que c’était au premier degré, hors conflit, hors sursaut défensif, vous ne le fréquentez que depuis peu alors, et vous pouvez le saquer, c’est un inepte. Mais je pense que, si vous vous introspectez avec la sincérité requise, ce sera pour observer que ce cas de figure-ci est un pur produit de votre angoisse intérieure à vous, pas de sa fantasmatique sexuelle à lui. Les soi-disant sous-entendus que vous croyez détecter chez lui sont des ectoplasmes que vous vous fabriquez, de purs et non-fiables artéfacts, issus de vos propres hantises. Pourquoi? Tout simplement parce que sa fantasmatique sexuelle à lui s’ancre solidement en vous, pas en Tara Pornella. Donc, il ne fera tout simplement pas cela. Ceci, juste ici, est de la plus haute importance. Il faut absolument vous extraire de l’esprit la croyance que la vision de la porno inculquera des normes ou des standards d’apparence corporelle à votre conjoint, normes ou standards aussi hirsutement impossibles que ténébreusement implicites, qu’il vous faudra ensuite rencontrer en je ne sais quelle lutte compétitive sans fin vers l’asymptote. Croyance sinistrement répandue dans la culture intime (hautement normée, elle) des femmes, cette affaire de normes et de standards d’apparence corporelle venus de la porno et relayée par votre mec est une pure et simple fausseté factuelle. Une revue porno n’est pas un magazine de mode, ne le fut et ne le sera jamais (Et, je vous le redis, les magazine de mode, il ne les lit pas. Cela devrait vous faire méditer). Sortez vous cette idée de la tête, une bonne fois. Et s’il m’approche d’une façon non conflictuelle en me disant froidement qu’il voudrait que je ressemble en tous points à Marielle, son ex? Ça, c’est déjà bien plus réaliste, plus plausible. Bien des connards citent leurs ex en exemple. Pas de commentaire non plus, par contre ici, car nous voici alors de retour dans le monde de la compétition sentimentale réelle et, conséquemment, hors–sujet… Une fois pour toute: Marielle n’est pas Tara Pornella parce que Tara Pornella n’est pas…

8- Se masturbe-t-il sur la porno? Oui, oui, ça lui arrive, oui. Pas toujours mais parfois. Vous ne vous masturbez jamais, vous? Et vous pensez à quoi quand vous le faites? Et Ysengrimus devrait-il tirer de grandes conclusions angoissantes à propos de votre vie réelle sur la base de vos scénarios masturbatoires intimes et privés? Rassurez-vous, il ne tirera pas de telles conclusions, lui… Ce n’est pas la même chose et il le comprend, lui. Un fait intéressant, sur ce point hautement mal compris de la masturbation masculine ès porno au demeurant, est qu’il ne se masturbera sur Tara Pornella qu’une seule fois. La fois suivante, il lui faudra une autre image, puis une autre, puis une autre encore. Superficialité vide et évanescence limitative de l’ectoplasme sans âme. Des croustilles qu’on croque devant la télé. C’est pour cette raison, et aucune autre, que le marché de la porno est si pesamment cyclopéen. Signalons aussi, si nécessaire, que masturbation n’est pas jouissance ou sensualité ou intimité ou romance ou passion ou ardeur ou amour, mais tout prosaïque pis-aller hygiénique… Tsk, tsk, tsk… Vous en doutez, eh bien méditez ceci. Que pensez-vous que l’on retrouve dans le petit cagibi-chiotte ou l’on doit s’asseoir pour fournir un échantillon de sperme, au cabinet médical? Réponse, des revues porno, pour la stimulation psycho-sexuelle de l’auto-cueillette dudit échantillon. Eh oui… Fort peu romantique, merci…

9- Je l’ai bien traqué, bien enquiquiné, bien écoeuré, bien agressé, je le surveille en permanence. Il ne regarde plus de porno. Ai-je gagné? Vous avez surtout gagné qu’il se planque mieux que jamais pour le faire. Une seule chose le fera ralentir de consommer de la porno, la baisse de sa libido due à l’âge ou à la maladie. Elle est bien inutile, votre intervention répressive et hargneuse, produite au prix d’une perte significative de son affection (mais à ce point-ci son affection vous importe moins que votre amour-propre, hein, si vous avez vraiment agi de façon aussi répressive et hargneuse, justement). Vous pouvez lui couper l’ordi, la télévision et les magazines, mais vous ne pouvez pas lui couper la tête. Et c’est à l’intérieur de sa tête que se joue la plus grande, la plus tonitruante, la plus kaléidoscopique de toutes ses aventures pornographiques. Tout ce que vous lui avez appris à faire, c’est à mieux se cacher et à aller retrouver Tara Pornella loin, très loin, dans l’abstraction inane, éthérée et onctueuse de sa psyché. Et cela la rehausse, notre bonne Tara, au demeurant. Le vieil attrait séculaire du fruit défendu, poil au…

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MODE D’EMPLOI : QUE FAIRE?

10- Dois-je exprimer mes objections? Oui, que oui, explicitement. Mais les vraies objections, hein. Pas les pseudo-objections… Les vérités du coeur, pas les prétextes de tête. Les contrariétés émotionnelles, pas les parades sociologiques. Gardons la sociologie pour un autre jour ici, si vous le voulez bien. Laissons-la nous déterminer sans en cacasser à satiété. La langue de bois de la porno exploitation du corps de la femme ne vous mènera pas bien loin avec un homme, même articulé, même féministe, que vous venez de pincer le nez pincé dans une page centrale… Il vous répondra, dans sa tête ou explicitement, que cette transgression aux principes féministes est un geste qui est plus fort que lui, qu’il commet malgré lui et dont il comprend le caractère répréhensible de la même façon que vous comprenez qu’il est hautement répréhensible de vous empiffrer de pâtisseries poubelles, mauvaises pour la santé, non bio, non grano, chimiques… sauf que… bon… Boulimie, alcoolisme, toxicomanie, kleptomanie, agoraphobie, magasinage compulsif sont aussi fort répréhensibles socialement, et pourtant… Ceci dit, oui, oui, dites ce que vous pensez, oui, montrez le drapeau sans faillir. Soyez vraie. Objectez vous ouvertement, droitement, avec sincérité, en montrant bien combien cela vous contrarie, vous irrite, vous insulte, vous déplait. Qu’il voie les conséquences de ses actes, un petit peu. Cela ne le fera pas arrêter, mais cela le fera gamberger, ce qui est toujours utiles pour la cervelle, surtout la cervelle masculine. S’il s’engage à arrêter, surtout sur l’honneur, il ment à quelqu’un. À vous, ou pire, à lui-même. Enfin, il faut dire et redire ce que vous ressentez, sans artifice. C’est crucial. Dois-je alors le bloquer, le réprimer? Je ne vous dicterai pas jusqu’où doit aller l’expression d’une contrariété légitime. Réprimez tout ce que vous jugez bon de réprimer. Mon commentaire, dans tout ce billet, voyez-vous, porte sur votre savoir, pas sur vos actions. AGISSEZ SELON VOTRE CONSCIENCE, MAIS EN CONNAISSANCE DE CAUSE. Je vous dis donc simplement de ne pas cultiver des illusions sur une approche répressive face à ce type de pratique. Réprimé, il entrera dans le maquis, il durcira sa coquille, il mentira mieux, se planquera d’avantage, mais il ne réformera pas ses comportements. Réprimer oui, s’il faut en passer par là. Croire aux vertus éradicatrices de la répression, non. Ce serait, bien hypocritement, se mentir. Une vision, une perception et une compréhension franche et directe de votre contrariété et de votre frustration l’influenceront bien plus que de vous voir pathétiquement jouer les gardiennes d’enfants répressives, car, voyez vous, un fait demeure dans cette tourmente: il vous respecte et il vous aime.

11- Qu’il mate de la porno me refroidit souverainement. Dois-je ravaler ma frustration et jouer les allumeuses au lit, pour continuer de satisfaire monsieur? Certainement pas. Le principe général selon lequel il faut ne pas forcer le désir s’applique ici pleinement. Il faut que monsieur, comme vous dite, assume les conséquences de ses actes. Aidez-le un petit peu dans son effort intellectuel, par contre. Comme vos chances sont très fortes qu’il ne voie pas bien nettement le problème, dites lui ouvertement la vraie raison de votre frigidité hargneuse. Guidez-le, en toute droiture. N’allez pas inventer quelque prétexte oiseux pour bien finir de le dérouter et, volontairement ou non, esquiver le débat porno-regardard. Il a la responsabilité de rendre compte de ses actes, vous avez la responsabilité de l’explicitation droite et entière de votre dépit. Qu’il s’explique un petit peu sur les merveilleuses aventures polychromatiques du monde virtuel de Tara Pornella. La conversation sera palpitante, croyez-moi, surtout si vous voyez à la maintenir dans les limites du conflictuel tolérable. Il cherchera, en crevant de trouille, à éventuellement insinuer qu’il aimerait vous voir adopter telle ou telle des illustres postures ou tenues de la susdite Tara Pornella, lorsque vous faites l’amour avec lui. Je ne vous dis pas de le faire alors, hein, si cela vous refroidit. Je vous dis fermement, par contre, de cesser de vous imaginer qu’il veut vous faire essayer cette posture ou cette tenue pour que vous ressembliez à Tara Pornella, sa «femme idéale». Une fois de plus, c’est le contraire, en fait. Ce qu’il juge passable et honorable sur Tara Pornella il le juge extraordinaire sur vous, car C’EST VOUS, SA FEMME IDÉALE. Il instrumentalise cette pauvre Tara pour mieux s’érotiser sur son objet de désir effectif et exclusif: vous. Il ne s’extasie pas sur Tara Pornella à votre détriment, il plagie Tara Pornella à votre avantage. Et vous, terrible naïve morbide, vous vous imaginez le contraire, ligaturant ainsi des provignements importants de sa poussée libidinale. Faites ce que vous voulez mais, pour faveur à Ysengrimus, ne prenez pas le vrai pour le faux et la sincérité pour la duplicité. Quand il dit que vous êtes mille fois plus érotique que Tara Pornella, parole d’Ysengrimus, il est sincère, il le pense et il a raison.

12- Qu’il mate de la porno, ça m’excite en fait. Je le ferais bien en sa compagnie. Puis-je? Certainement. Dites-vous d’abord que si vous pensez ceci effectivement et sincèrement, vous faites partie d’une minorité. Pas de problème, au demeurant. C’est parfaitement légitime, moderne, sensass et sexy et… les minorités on des droit. Vraiment, si cela vous excite effectivement, approchez-le, franco de port, sur la question. Ça m’excite vachement, tous ces sites et ces vidéos que tu mates là. Je peux regarder avec toi? Sa première réaction sera certainement sceptique (ne vous en offusquez pas, perle rare que vous êtes), puis ouvertement enthousiaste. Ce sera alors super. Vous aurez votre univers porno de couple, comme des tas de gens tendance, frais et émancipés d’ailleurs. Mais veuillez noter deux choses. D’abord, ne vous surprenez pas et ne vous vexez pas si vous vous apercevez qu’il continue, droit comme un cèdre, d’autre part, à mater de la porno, éventuellement différente, en solitaire. Cela ne se place en rien sur le plateau de la balance avec les moments pornos qu’il a avec vous. Ensuite, recommandation capitale: soyez sincère, avec lui et avec vous-même, quand vous dites/prétendez que cela vous excite. Ne vous (re)mettez pas, consciemment ou non, à crâner et à (vous) jouer la comédie de la femme peu impressionnable, ouverte, délurée, moderne et que ça excite vachement juste pour déguiser une surveillance crypto-furax de ses petites activités. Il le détectera à assez court terme et il n’en sortira, alors là, rien de bon. Inutile d’ajouter que si cela ne vous excite subitement plus, il faut vous dissocier de la démarche, sans tergiverser, ni temporiser. Exactement comme pour les joutes sportives à la télé, en fait, si vous voyez ce que je veux dire.

13- Dois-je réformer mes comportements? Vos comportements, peut-être pas. Vos croyances, là, certainement. Voyez-vous, si vous retenez une seule observation de tout le présent exercice, que ce soit celle-ci. Je vais même vous la formuler en «je» pour qu’elle s’imprègne encore mieux en vous. LE PAPIER ET LES PIXELS NE SONT QUE DES SUPPORTS (COMME JADIS, LES PEINTURES ET LES SCULPTURES) POUR UN DISPOSITIF FANTASMATIQUE QUE MON HOMME A DANS SA TÊTE ET QU’IL GARDERA DE TOUTE FAÇON DANS SA TÊTE POUR UNE BONNE PARTIE DE SA VIE ACTIVE. C’EST SA PSYCHOLOGIE DE LA SEXUALITÉ, C’EST SA FAÇON DE GAMBERGER SES FANTASMES ET CE QUI EST EST. JE NE SUIS PAS EN CAUSE OU EN QUESTION. CE PHÉNOMÈNE N’EST RIEN D’AUTRE QU’UN INDICE D’ARDEUR SEXUELLE COMME UN AUTRE. JE NE DOIS PAS PRENDRE TOUT CELA PERSONNEL, CELA NE ME CONCERNE QUE MARGINALEMENT OU PAS DU TOUT. C’EST QUAND IL ME FAIT L’AMOUR QUE MON HOMME MANIFESTE SON DÉSIR POUR MOI, ET MOI SEULE, SA SEULE ET UNIQUE VRAIE FEMME DE CHAIR ET DE VÉRITÉ. Que vous combattiez ce comportement de regardage de porno (ce qui est légitime) ou que vous l’acceptiez (ce qui n’est pas une capitulation), il ne faut pas traiter les femmes de papier ou de pixels comme vous traiteriez une rivale de chair et d’os. Fondamentalement, elles ne sont que des feux follets cérébraux, flammèches électriques émanant de sa cervelle à lui. Si cela vous dégoûte irrémédiablement, c’est alors que c’est lui qui vous dégoûte irrémédiablement, personne d’autre. Agissez alors en conséquence. Il ne faut, notamment, vous en prendre ni à Tara Pornella (intrinsèquement inutile), ni à Marielle son ex (diplomatiquement délicat), ni à vous-même (IL NE FAUT SURTOUT PAS VOUS EN PRENDRE À VOUS-MÊME). Ceci n’est pas une sordide et fallacieuse affaire de compétition entre femmes de plus, mais bien un tenace comportement masculin, exclusivement masculin. Il faut donc s’en prendre soit à lui, soit à personne… En d’autres termes, assumez vos émotions sans cultiver vos illusions.

14- Je ne veux tout simplement pas d’un partenaire visionneur de porno, point final. Que faire? Aussi simple que fatal. Aimez un homme plus vieux que vous de vingt bonnes années ET au passé sexuel maximalement comblé. Il a maté toute la porno qu’il pouvait dans sa jeunesse, sa libido ralentit, sa boite à images cérébrale racotille, sa lanterne chinoise s’obscurcit. Il a de la conversation, de la douceur, du charme, de l’expérience. Il vous parle en vous regardant dans les yeux. Il s’occupe de vous. Il vous trouve belle, comme être humain. Vous abordez la question porno ouvertement avec lui et sa réaction est compréhensive, sincèrement compréhensive de fait. Il n’ira certainement pas courir le risque de vous perdre, vous qui visiblement en faites une affaire pareille, pour je ne sais quelle Tara Qui déjà? Évidemment, votre vie sexuelle sera moins trépidante et plus raplapla, mais, et je le dis sans ironie, comme le disait ma vieille copine Égérie: le sexe, c’est pas tout dans la vie.

15- Ysengrimus, je suis toujours aussi en colère. Fais-moi comprendre en un paragraphe bien senti cette insupportable affaire de visionnement de porno. Tu ne m’as vraiment rien dit de trop probant pour le moment. Bon. Merci. Sincérité hautement appréciée. La plus belle femme ne peut donner que… pardon… pardon… disons… à l’impossible nul n’est tenu, là. Mais je vais tout de même faire une ultime tentative relativiste, en vous proposant un petit exercice de transposition. Vous visionnez et re-visionnez, disons, les films de la saga Twilight. Edward Cullen vous fait rêver. Il a tout simplement tout. Beau, romantique, chevaleresque, fort, puissant, déférent, attentionné. Il aime Bella Swan, la respecte, la protège. C’est un amoureux à principes. Un homme, un vrai. Vous l’adorez et en cacassez sans fin avec vos copines qui l’adorent aussi, souvent plus ou moins en cachette d’ailleurs, comme vous. Votre partenaire de vie vous pince un beau jour, dans une de ces conversations, ou visionnement, ou lecture et s’assoit lourdement dans le plateau de la balance de l’autre côté duquel flotte majestueusement le pâle et translucide vampire des sylves de Forks. Que pensez-vous de cela? Mais, ça n’a rien à voir avec nous deux. C’est un monde de fantasmes, de rêveries éveillées, de… de… de papier. Mon monde intérieur… du roman, du cinéma. Ça… Ça n’a absolument aucune importance, vraiment. Eh bien voilà. L’homme visionne et lit batifole pesamment ostensible. La femme visionne et lit romantisme néo-gothique subtilement éthéré. Dans les deux cas, c’est parfaitement fantasmatique, psychologique, immatériel et innocent. Et, au fond, est-ce si différent?

Edward Cullen

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Nous faisons partie du Mouvement de Libération des Femmes…

Publié par Paul Laurendeau le 15 juin 2010

En hommage respectueux et admiratif aux luttes féministes de tous les temps, ce centième billet du Carnet d’Ysengrimus vous propose la version française d’un des plus fameux récitatifs de guerre féministe de l’époque du Women’s Liberation Movement. J’en suis le modeste traducteur. Construit comme un monologue verbal (l’absence de ponctuation est volontaire, conformément au texte original), ce texte éclatant n’a absolument rien perdu de son souffle initial…

Nous faisons partie du Mouvement de Libération des Femmes, parce que…

Parce que le travail des femmes est jamais fait et est sous-payé ou non payé ou ennuyeux ou répétitif et on est les premières vidées et notre dégaine de minette compte plus que ce qu’on fait et si on se fait violer c’est notre faute et si on prend des baffes on a bien dû courir après et si on élève la voix on est une bande de pétasses criardes et si on aime le sexe on est nymphos et si on l’aime pas on est frigides et si on aime les femmes c’est parce qu’on arrive pas à trouver un “vrai” homme et si on pose trop de questions à notre médecin on est névrosées et/ou carriéristes et si on réclame des garderies pour les gosses on est égoïstes et si on se tient debout pour défendre nos droits on est agressives et “si peu féminines” et si on le fait pas on est la faible femme type et si on veut se marier on s’apprête à mettre la corde au cou à un type et si on veut pas se marier on est dénaturées et parce qu’on ne peut pas encore obtenir un contraceptif adéquat et sûr pour nous alors que l’homme lui peut marcher sur la lune et quand on ne peut pas ou ne veut pas être enceintes on est vouées à se sentir coupables à propos de la question de l’avortement et… pour tout un tas d’autres raisons nous faisons partie du Mouvement de Libération des Femmes.


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Pourquoi l’implicite lesbien cinématographique continue-t-il de rester justement si… implicite?

Publié par Paul Laurendeau le 15 mai 2010

Il y a un demi-siècle ou plus, nous vivions l’âge d’or de l’implicite homosexuel masculin au sein du cinéma hollywoodien. Souvenons-nous allègrement de tous ces films A, B et C ou des gros types, musculeux et ardents, au corps luisants et en sandales et jupettes romaine étroites, se jetaient des regards langoureux et s’étreignaient de facto, tout en affectant de se bagarrer ou de lutter pour des causes antiques toutes plus ou moins turlupinées et obscures. Un des chefs d’œuvre du genre fif-rentré-faisant-dans-l’implicite-strict reste sans conteste le tout ostentatoire Ben-Hur (1959). Revoyez le, sereinement et avec le sain recul, à la lumière de l’hypothèse d’une dimension homo intégralement secrète et inavouée. De plan en plan, tout évidemment, l’évidence n’en arrêtera pas de vous paraître si évidemment évidente.

Ben-Hur (1959)

C’était aussi l’époque héroïque où les Cary Grant, Rock Hudson, Marlon Brando, Laurence Olivier, et tant d’autres dans l’espace hollywoodien, vivaient leur homosexualité ou leur bisexualité dans le maquis le plus opaque, en niant tout, copieusement et intégralement quand on les serrait de trop près, poursuites légales et tordages de bras juridiques à l’appui si nécessaire. Les mariages de convenance de vedettes masculines pleuvaient comme à Gravelotte et les mémoires, verbales ou écrites, de leurs veuves et divorcées vieillissantes, toutes plus ou moins furax d’avoir été utilisées et instrumentalisées ainsi, n’en finissent plus aujourd’hui de jeter une lumière crue et laiteuse sur cet autre temps glauque et ces autres mœurs insidieusement sexistes. Époque révolue, et, bon, on ne va pas pleurer. De nos jours les personnages homosexuels hommes se déploient avec de plus en plus de complexité et de richesse dans le cinéma mainstream hollywoodien et les couples masculins fleurissent dans tous les secteurs visibles de la cinématographie de masse, comme dans ceux du reste de la société capitaliste. L’implicite au premier degré d’homosexualité masculine, et toute la tension torride, secrète et subtile l’ayant accompagné, n’est plus. Il est devenu un explicite vrai ou factice, juste ou cloche, vif ou foireux, original ou stéréotypé, serein ou tumultueux, accepté ou combattu (par les navrants combattants d’arrière-garde qui traînent toujours de ci de là), mais c’est un explicite bien explicite. On fera encore certainement beaucoup de films SUR la crypto-homosexualité masculine, qui reste encore un thème hautement sensible dans nos sociétés, mais il est fort improbable qu’un film hollywoodien SOIT LUI-MÊME désormais crypto-pédé. L’implicite cinématographique d’homosexualité masculine a vécu.

Or, qu’en est-il tant de l’implicite lesbien? Suit-il, à la remorque (selon la fausse idée tenace et répandue d’une sorte de similarité abstraite des deux grandes homosexualités) ou développe-t-il sa propre dynamique autonome? Oh, certes, la télévision et le cinéma contemporains affectent de nous présenter un grand nombre de lesbiennes explicites, qui s’étreignent, s’embrassent se dorlotent et se câlinent langoureusement, à tire-larigot et à qui mieux mieux. Une toute pudique discrétion m’oblige à ne pas vous citer ici le courrier de lesbiennes effectives qui expriment à Ysengrimus toute la révolte et la révulsion que leur suscite ce pseudo lesbianisme de toc pour exciter les mecs. Je n’ai pas besoin non plus de vous démontrer par A plus B que les fantasmes masculins hétérosexistes sont bien plus une entrave et un emmerdement pour la saine évolution de la (vraie) dynamique d‘explicitation des ci-devant «gouines» que les fantasmes féminins hétérosexistes n’avaient été un emmerdement et une entrave pour l’évolution de la dynamique d’explicitation des ci-devant «tapettes». Les pédés de jadis combattaient un rejet, solide, compact, dense, frontal. Ils crevèrent courageusement ce plafond de verre et tout fut dit. Les lesbiennes, de jadis et d’aujourd’hui, combattent, au contraire, une prétendue acceptation, onctueuse, fallacieuse, molasse, minette, pseudo-moderne, faussement libertaire, illusoire, aliénante et gluante. C’est beaucoup plus délicat, compliqué et emmerdant de forcer et de pousser contre une mélasse pareille. Beaucoup de lesbiennes sont donc de fort méchante humeur, sur cette question cruciale. Il semble bien qu’on leur dicte une norme sur, justement, comment sortir des normes et que cela ne leur aille guère. Affligeant paradoxe.

Maintenant, pour tout vous avouer, je me dois de mentionner que ce sont les gloires et déboires récents de l’actrice hollywoodienne Sandra Bullock (née en 1964) qui m’ont mis sur la piste de l’implicite lesbien dans le cinéma de masse. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, cette actrice adulée est un véritable phénomène sociologique. Les films auxquels elle s’associe, habituellement d’une qualité artistique au demeurant toute moyenne, font des tabacs titanesques au guichet, en Amérique et ailleurs. Tant et tant que les avoirs financiers levés pas «l’œuvre» cinématographique de Madame Bullock ne se comptent plus en millions mais en milliards. Il y a là un mystère de popularité que je ne vais pas prétendre percer ici (l’Histoire s’en chargera bien un jour). Indubitablement, Sandra Bullock est la Nana Mouskouri du cinéma de masse, ou vice versa (Nana Mouskouri est la Sandra Bullock de la chanson populaire) et… et pourquoi pas. Les divers développements en mondovision de la vie privée de Madame Bullock (divorce d’un mari infidèle dont elle n’a pas d’enfant, prise en charge parentale d’un petit enfant, noir, donc très indubitablement adoptif) ont révélé la sidérale capacité de cette personnalité publique à la jouer intégralement poker face et à garder, pendant des mois et des années, des pans entiers de sa vie privée parfaitement secrets du public. Madame Bullock s’avance implacablement masquée, comme le firent jadis, avec tant de brio, Cary Grant et Rock Hudson. Mon hypothèse (hypothétique, comme toutes les hypothèses) est que Madame Bullock est de fait une crypto-lesbienne, impliquée dans un mariage de convenance riche en échanges de bons procédés (elle a notamment mis sa colossale fortune au service des luttes de garde d’enfant de son mari, contre ses ex-conjointes), et ayant été forcée récemment à mettre un terme audit mariage de convenance par le poids, harcelant et malodorant, de la vindicte conformiste anti-batifole de notre temps (sous le joug doctrinal de laquelle elle ne pourrait pas justifier les extramaritalités de son ex sans risquer de démasquer son propre lesbianisme – il a donc fallu jouer le cruel jeu conservateur jusqu’au bout de sa logique)… Mais bon, mon opinion personnelle et privée sur la vie personnelle et privée de cette actrice, qu’on surnomme toujours America’s Sweetheart et dont la toute nouvelle maternité légitimera désormais sans encombre le plus opaque des célibats, c’est, il faut le dire, la périphérie de mon propos mais… ce n’est pas le centre de mon propos. Revenons-en à ce dernier.

Si je cherche ce qui me semble la manifestation d’une sensibilité lesbienne authentique dans le cinéma hollywoodien, mainstream, grand public, ronron, «populaire» et pas d’avant-garde, de notre temps, je la trouve, notamment et comme par hasard, dans Miss Congeniality (2000 – plus d’un quart de milliard de recettes au guichet) et Miss Congeniality 2 (2005 – moins heureux avec «seulement» cent cinquante millions au guichet), produits justement par Sandra Bullock et la mettant en vedette. Or c’est ici que l’œuvre (non la vie personnelle) de Madame Bullock révèle toute son importance ethnologique. En effet, la sensibilité lesbienne de ces deux opus se manifeste avec une incroyable intensité, et ce, sur l’équivalent transposé du mode implicite veule et secret des grands films crypto-pédés du siècle dernier. On ne mentionne jamais ce fait, pourtant patent, en plus. C’est incroyablement éloquent.

Miss Congeniality 2 (2005)

Bon, je vous épargne le résumé de ces deux œuvres mondialement connues (ainsi que le détail de mon jugement peu favorable sur leur qualité artistique – là n’est tout simplement pas la question). Je vous demande simplement de les revoir, à la lumière de l’hypothèse d’un implicite lesbien intégralement inavoué, cru, âpre, authentique, déroutant, et, par-dessus tout, singulièrement contrarié, frustré, rentré, cuisant et douloureux. Pour bien capter l’amplitude du mouvement, surtout sur la question ardue du rapport à l’homme ainsi qu’aux contraintes du genre comédie sentimentale, il est important (et vaut vraiment la peine, au sens fort du terme) de visionner les deux opus à la suite, comme s’ils formaient une oeuvre unique. Le personnage principal du cycle Miss Congeniality, la policière Gracie Hart (jouée par Sandra Bullock) est une garçonne brutale, névrosée et vindicative, qui n’arrive pas à maintenir une relation hétérosexuelle stable, et qui ne parvient pas, malgré des efforts soutenus, dictés plus par le devoir que par l’envie réelle, à entrer dans la sacro-sainte typification «féminine» (hétérosexiste, en fait) de son rôle social et de son apparence physique. Dans le second opus, une Gracie Hart difficultueusement et imparfaitement féminisée entre en conflit ouvert avec sa collègue Sam Fuller (jouée par Regina King – voir notre photo), garçonne afro-américaine courtaude, hargneuse, bagarreuse, célibataire et mal dans sa peau, pour laquelle Gracie finira par développer une affection dont la tension et la charge d’implicite nous ramène, par un angle densément actif et corrosif quoique parfaitement inavoué, aux grands moments des émotions «viriles» du Ben-Hur de jadis. Au demeurant, l’homosexualité masculine, assumée ou non-assumée, est ouvertement omniprésente dans ces deux opus et y joue un rôle communicatif non négligeable. Elle sert ouvertement d’écrin coloré, criard, scintillant et explicite, au sombre et secret joyau lesbien. Paradoxe: c’est l’écrin qui scintille et, bien souvent, il masque ouvertement la vision, autant qu’il l’invite si intensément et avec un tel sentiment d’urgence, en sous-main.

Ceci dit, en nos temps soi disant si libertaires et si éclairés, pourquoi donc l’émotion lesbienne cinématographique authentique continue-t-elle de rester si fermement et densément implicite? J’y vois, en fait, trois grandes raisons:

1-     Le cinéma de masse est désormais amplement encrassé par les pseudo-lesbiennes allumeuses manufacturées pour le plaisir des hommes. On a là un univers homosexuel de toc n’ayant virtuellement rien à voir avec le fait lesbien effectif. Croire connaître… inutile de dire qu’on ne fait pas une problématique lesbienne avec deux jolies actrices qui s’embrassent, tant s’en faut (méditez ceci: les vrais lesbiennes ne plaisent pas vraiment aux hommes…). Ce «lesbianisme» explicite et factice occupe parasitairement le champs, ni plus ni moins, et nuit considérablement, pour ne pas dire catastrophiquement, au progrès de l’implicite lesbien authentique vers la lumière.

2-     La féminisation de l’homme et la masculinisation de la femme ne sont pas deux processus similaires et mécaniquement symétriques. Le poids de l’histoire patriarcale ne se laisse pas ignorer comme cela, ici. En se féminisant, l’homme progresse inévitablement vers un sexage égalitaire, donc fatalement désaliénant. En se masculinisant, la femme régresse vers les siècles de la bagarre, des rapports simplifiés, de la raideur patriarcale et de la guerre. Il y a inévitablement, pour une femme, toute une nage à contre-courant dans une démarche consistant à légitimement s’approprier ses pulsions masculines, quand l’intégralité de la société, elle, se féminise. On a là un droit fondamental mais… qui s’acquiert fort douloureusement.

3-     La conformité hétérosexiste ambiante, si pesante au siècle dernier sur les larges épaules masculines, exerce aujourd’hui une pression fantastique sur le tout du corps et de l’esprit féminins, au demeurant si profondément réceptifs et empathiques. Fondamentalement, il s’agit d’un diktat, conformiste et nivelant, du monde social des femmes. La pression hétérosexiste requiert aujourd’hui, des femmes donc, d’avoir un conjoint mâle, beau, lumineux, prestigieux, ardent et diurne et d’affecter de ne pas lui résister trop trop. Le mariage hétéro, de nos jours, est en large partie un dogme implicite du groupe de pairs féminins… sa puissance est moins patriarcale, plus sororale et, aussi, plus prodigieuse que jamais…

Ouf… on comprend un peu Gracie Hart et Sam Fuller d’avoir leurs nerfs… Elles sont, en plus, des marionnettes de théâtre, prisonnières du tréteau rigide et limitatif de la comédie sentimentale pour grand public populaire, un genre cinématographique encore hautement hétérosexiste et réactionnaire. Sandra Bullock disait justement un jour qu’elle se demandait franchement pourquoi il fallait tant que le gars et la fille finissent obligatoirement toujours ensemble, dans ce genre de récit… Comédie sentimentale, au sens mainstream du terme, et (vrai) lesbianisme font donc encore bien mauvais ménage. C’est la vieille aporie des discours divergents au sein d’une œuvre idéologiquement contrainte. Impossible d’être Elvis et Bob Dylan en même temps, oh non… même quand on s’appelle Sandra Bullock. Seule solution, en ce moment, pour le (vrai) lesbianisme au sein du monde hautement codé des films de filles: le maquis, l’implicite à l’ancienne, la bonne vieille parade de la crypto-homosexualité cinématographique, discrète et rampante.

Il y a encore énormément à faire pour le bénéfice de la compréhension et de l’explicitation des deux grandes homosexualités qui nous habitent tous et toutes. Ne pas les assimiler unilatéralement l’une à l’autre est une responsabilité spécifique, essentielle, qui gagne de plus en plus en importance au jour d’aujourd’hui. Même en matière de lutte pour les droits homosexuels, les femmes partent avec un ensemble compliqué et lancinant de désavantages. L’implicite lesbien, cinématographique ou autre, accèdera à la lumière au rythme qui sera le sien et selon les modalités qui seront les siennes. Méfions nous simplement de nos certitudes le concernant et évitons de croire le comprendre ou le connaître. Ce qui est bien connu n’est pas connu, comme le disait si bien Hegel…

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La pilule érectile s’accompagne-t-elle d’une augmentation du pouvoir des femmes?

Publié par Paul Laurendeau le 1 février 2010

Question percussive. Apparue au tournant du siècle (vers 1998), la pilule érectile (type: Viagra, Cialis, Lévitra etc) est indubitablement avec nous pour rester, et elle prend une importance ethnologique de plus en plus déterminante. La révolution des moeurs qu’elle introduit, subrepticement mais sans ambivalence, est aussi cruciale, et, dans un sens, beaucoup plus radicale, que celle que l’on doit à la pilule anticonceptionnelle, apparue cinquante ans avant. Cette dernière, ultime produit d’un phallocratisme en capilotade, séparait la femme de sa fonction de génitrice et la convertissait en atout autonome de plaisir, pour l’homme d’abord, puis, ensuite, la pulsion libératrice de l’évolution sociale aidant, pour la femme elle-même. La pilule érectile sépare l’homme de quelque chose de bien plus enraciné: ses bonnes vieilles certitudes génitalistes. La forteresse masculine est ébranlée sous la poussée de nouveaux postulats concernant le séculaire flageolement viril et les divers inconforts qu’il engendre. La pilule érectile questionne la masculinité en son épicentre et oblige son chambranlant dépositaire à regarder ses limitations et ses inaptitudes bien en face, puis à se remuer et à agir. Il appert que, pour dissiper son angoisse croissante, homo viris doit effectivement mettre en place une action, un suivi. Il appert aussi que notre bonhomme n’est plus là simplement pour prendre son plaisir de par la femme mais pour servir le plaisir de cette dernière aussi, l’un dans l’autre…

Or, ce point est justement débattu. Dans les rapports de sexage actuels, on accuse effectivement souvent l’usage de la pilule érectile de perpétuer, d’accentuer, de pérenniser le pouvoir (y compris le pouvoir abuseur ou abusif) des hommes sur les femmes (pensons au stéréotype déjà rebattu de la vieille dame exténuée qui ne veut pas que son satyre vermoulu obtienne sa prescription). Si le regard critique, qui anime cette idée d’une corrélation entre utilisation de la pilule érectile et abus de la «chose» chez l’homme, est parfaitement légitime, l’analyse elle-même, sur laquelle repose cette croyance, cloche quand même un peu. En effet, il semble bien que s’y manifeste une présomption faussée de ce qui se passe dans les abysses de la physiologie et de la psychologie masculine, lors de l’absorption d’une pilule érectile. L’erreur présomptive la plus commune ici est de confondre cette médication avec un aphrodisiaque, ce qu’elle n’est aucunement. Disons la chose comme elle est. La dureté artificielle de l’organe a un coût physiologique dont on parle moins dans les pubes: sa nette et indubitable insensibilisation. La virilité manufacturée se paye du prix d’une perte de l’intégralité physique de l’extase orgastique masculin. Donnant, donnant… Tant et tant que, jouir ou faire jouir, voilà finalement la question fondamentale qui se profile. pour notre homme. Et comme on ne peut pas feindre une érection et une éjaculation masculines (alors qu’on peut parfaitement feindre un orgasme féminin), cette question devient vite une hantise lancinante pour notre petit menteur compulsif et séculairement hypergénitaliste de bonhomme. On notera le triste corollaire ici: tout cela ne va rien arranger pour une remise en question du vieux préjugé cultivant la confusion brouillonne entre orgasme masculin et simple éjaculation, mais bon, l’ère de l’épanouissement sexuel exclusif de l’homme touche son crépuscule, cela a ses petite contraintes, que voulez-vous.

L’omerta masculine sur la question (que je trahis ici allègrement) ne change rien au fait que l’homme paye un coût sexuel et émotionnel passablement important dans toute cette histoire de pilule érectile (sans compter le coût encore largement méconnu, sur sa santé à long terme). Je défends donc ouvertement ici l’idée que la pilule érectile procède, en fait, d’une augmentation du pouvoir des femmes sur leur vie, dans leurs rapports avec les hommes, dans l’espace du sexage et de la séduction. J’irai même jusqu’à dire que la pilule érectile n’a pu apparaître et se répandre mondialement si rapidement qu’en vertu du pouvoir actuel des femmes sur leurs propres pratiques sexuelles. Je commencerai par faire une toute petite observation qui est loin de manquer de charme autocritique déjà: cette fois-ci, c’est l’homme qui doit prendre une pilule

Cette fois-ci, c’est l’homme qui doit prendre une pilule...

Reportons nous d’abord aux temps, désormais quasi-immémoriaux, où les dysfonctions érectiles ne faisaient pas l’objet d’un traitement au moyen d’une médication. Inutile de dire qu’elles ne faisaient pas l’objet d’une conscience bien précise non plus. On les occultait massivement et, quand il n’était vraiment plus possible de faire autrement, on les conceptualisait sous une notion aussi vieillotte que rigolote: celle d’impuissance. Quand je pense à cette vieille notion, sacralisante, ontologisante et stigmatisante, d’impuissance, il me revient le tendre souvenir de l’acteur cinématographique Clark Gable (1901-1960). Cette figure culturelle, symbole au siècle dernier, s’il en fut un, de la masculinité flamboyante, était, aux dire de son épouse du temps, parait-il, un impuissant. La notion semble alors porter une sorte de vigueur iconoclaste, doublée d’une critique fondamentale de l’homme, et parait le frapper en l’épicentre de sa mythologie phallocrate. Mais, hélas, cette critique tombait vite court. Le fait est que, si l’épouse de Clark Gable pouvait déjà se permettre de critiquer ouvertement, au sein des réseaux mondains du temps, les capacités sexuelles de son illustre mari, dans le traintrain usuel des couples ordinaires, la situation était toute autre. On assistait en fait, bien plus souvent qu’autrement, à la mise en place de la vieille posture contrite du roy privé d’héritier, et l’absence d’ardeur sexuelle de l’homme faisait souvent une accusée qu’on n’attendrait plus guère aujourd’hui: sa femme. Si un homme ne bandait pas, autrefois, c’était la faute à sa copine et c’est elle qui intériorisait la culpabilisation «inhérente» à la chose. Pas assez séduisante, pas assez engageante, pas assez perverse, pas assez salace, pas assez imaginative, pas assez constante, pas assez patata, pas assez patati. Je n’ai pas besoin de m’étendre, c’est le cas de le dire, sur la question. On voit bien le tableau. Alors que, hum, hum… au jour d’aujourd’hui, quand un homme ne bande pas, bien, c’est son problème, son petit problème personnel, individuel, exclusif et privé et, comme pour une surdité naissante, une verrue encombrante ou une cheville arthritique, eh bien, qu’il voie son médecin (ou son dealer)

Maintenant, si vous me permettez, on va s’autoriser un petit détour qui nous fera furtivement passer par les aventures intimes d’un jeune couple de torontois charmant de ma connaissance et que nous nommerons, pour ne pas les offusquer ni les trahir, Duncan et Roberta. Dans le vestiaire de la salle d’arme médiévale, un beau jour, comme ça, au beau milieu de tout et de rien, Duncan s’exclame à la cantonade: What the fuck is a stretch mark anyway? (Finalement, qu’est-ce que c’est donc qu’une vergeture?). Aucun des spadassins ne sait exactement de quoi il s’agit, en fait. Ce sont donc les spadassines, fort informées, quand à elles, sur la question, qui se chargent d’expliquer au bouillant Duncan ce que c’est qu’une vergeture. Pressé ensuite de questions par les épéistes des deux sexes, Duncan se met ensuite à nous raconter, tout triste, que son amie de cœur Roberta a terriblement peur qu’il soit révulsé par des vergetures qu’elle aurait, selon ses dires propres, en stries sur les pourtours des fesses et dont, de fait, Duncan n’arrive même pas à commencer de conceptualiser l’existence. Mes lectrices me comprendront ici parfaitement. Il y a un grand nombre de menues caractéristiques physiologiques que les femmes dissimulent pudiquement le plus longtemps possible à leurs amants, croyant que ceux-ci vont les critiquer, les enquiquiner et les pinailler sur icelles, alors que lesdits amants, je vous le dit haut et fort mesdames, NE VOIENT RIEN DE CELA EN VOUS. Le détour à travers l’aventure des vergetures de la douce Roberta, indétectables par le sémillant Duncan, force ici une observation de portée générale: c’est un trait éminemment féminin que de cacher chafouinement certaines particularités de son anatomie et de s’angoisser outre mesure de l’opinion éventuelle du partenaire intime sur ces dernières. Encore une fois, je n’ai pas besoin d’épiloguer. Bien des lampes d’alcôve soigneusement éteintes s’expliquent par ce simple petit aphorisme. Or, cette angoisse de la caractéristique corporelle honnie et cachée, qui était si étrangère à l’homme jadis, ne l’est plus totalement aujourd’hui. Car, voyez-vous, comme il ne peut ni dissimuler son absence d’érection ni en feindre une, il cache au moins une chose jalousement à sa partenaire et c’est justement l’absorption de la pilule érectile aux fins du retour imparable de ladite érection. La pilule érectile, son manque et ses ratés (car cela ne marche pas toujours…) font donc l’objet, pour l’homme, d’une angoisse d’apparence aussi forte, aussi empirique et aussi intériorisée que l’angoisse de la femme pour ses vergetures (ou ses varices, ou ses formes, ou sa ligne, ou l’épaisseur de ses lèvres, ou la racine non teinte de ses cheveux, ou etc)…

Cette angoisse du paraître devient ensuite une peur panique ouverte quand le tourment masculin entre dans l’espace ancien, trouble et tempétueux de la compétition amoureuse. S’être inquiété du compétiteur séducteur qui est jeune, qui a des cheveux, qui cuisine, qui a une jolie voiture ou des lettres ou du prestige social, ce n’est rien, infinitésimalement rien, aux vues de l’homme, s’il faut maintenant craindre l’epsilon sans avantages particuliers qui loge au palier, tout simplement parce que, lui, il bande… On a envie de se rouler par terre et de crier androhystériquement que s’il bande, ce corniaud là, c’est exclusivement parce qu’il gobe des pilules érectiles comme… tiens, justement, tout juste comme une femme a bien souvent envie de crier que les nichons saillants de la voisine de palier sont des implants et que sa tignasse torsadée est une perruque. Pour la première fois de son existence ethnoculturelle, l’homme se tourmente intérieurement, se torture en continu, en se disant que, libre, plus que jamais historiquement, de sélectionner ses partenaires comme bon lui semble, sa conjointe pourrait tout simplement choisir un autre homme, plus à la hauteur sexuellement, si des carences «primordiales» (aux vues de l’homme, sa génitalité restant le soliveau essentialiste de toute existence en sexage) ne sont pas corrigées d’urgence, par l’intervention chimique appropriée…

Alors, si vous m’autorisez une petite pesanteur démonstrative qui s’impose ici plus qu’ailleurs, nous avons, de par la banalisation galopante de l’usage de la pilule érectile:

1-     Une généralisation absolue et totalement incontestable du syndrome de Clark Gable. Si tu ne bandes pas, gars, c’est uniquement et exclusivement ton problème. C’est une condition médicale privée et c’est intégralement à toi d’y voir. Passer la faute à l’autre sur ceci, c’est fini.

2-     Une généralisation absolue et totalement incontestable de l’effet vergetures. Il faut masquer ses petites imperfections discrètement et sans trompette, car (croit l’homme, outre mesure comme il se doit) elles pourraient soulever des arguties avec la partenaire et/ou le milieu social.

3-     Une généralisation absolue et totalement incontestable de la terreur compétitive. L’homme qui ne bande pas, quand, désormais, c’est remédiable, risque (croit l’homme, outre mesure comme il se doit) d’être distancé par l’homme qui bande, que ce soit naturellement ou parce qu’il y a justement (chimiquement) remédié.

Il est, dès lors, bien difficile de ne pas considérer cette analyse en trois points sans observer que désormais l’homme intériorise et magnifie des responsabilités, des peurs, des angoisses, un cadre de pensée qui étaient jadis des apanages exclusivement féminins. Si l’homme de ce siècle-ci commence à vivre des inquiétudes et des états d’âmes semblables à ceux d’une femme du siècle dernier, il n’y a pas de chanson à se chanter, c’est que son pouvoir s’étiole. Sceptiques? Oh, oh… Voyez simplement le topo dans l’angle de la question suivante, alors. Pensez-vous vraiment que le grand-père de l’homme contemporain se serait abaissé à prendre une pilule pour se faire bander? Mais poser la question, c’est y répondre. Voyons donc! Le machisme dans sa période doré n’aurait jamais cultivé ce genre de dérive involontairement autocritique pour lopette anxieuse puisant, dans une chimie suspecte, ce qu’elle ne trouve plus dans la «nature» (souvenons-nous des dénis masculins tonitruants face à une pilule anticonceptionnelle masculine. C’était tout simplement pas pour lui, ce genre de platitude routinière pharmaco-chiante)… Or, ce qui, pour son couillu d’aïeul, aurait été une humiliation absurde et inane, une incohérence mentale et un déni brouillon des évidences les plus fondamentales de l’Être, est, pour l’homme contemporain, un mode de vie, simple, ordinaire, généralisé, imparable.

Mesdames, prenez la simple mesure des faits. Votre partenaire sexuel consomme une pilule érectile, en secret, pour vous plaire, pour se survivre sexuellement à lui-même, et pour ne pas vous perdre. Ce faisant il est sordidement aliéné, me direz-vous peut-être, mais qui ne l’est pas? C’est, pour lui, un choix fatal, contraint et contrit. Il n’en rit pas, ne s’en tape vraiment pas sur les cuisses, ne s’en vante pas et n’en parle jamais avec ses copains (sauf dans le cadre sécurisant de l’humour douteux imputant cette pratique aux autres gars). Cela ne mousse aucunement son ego et ne rehausse en rien sa libido (redisons-le: l’action chimique est strictement localisée et sa portée est fondamentalement non orgastique). Secrètement, notre homme, en plus, eh bien, il s’inquiète, il a honte, il a peur, il craint ses pairs et ses concurrents. Hagard, il prend un strapontin dans l’univers contemporain de l’hédonisme contraint. Sentiment bien familier, mesdames, non? Bien son tour, un petit peu, non? Comment être certaines que telles sont vraiment ses émotions, me dites-vous? Simple. Il la prend la petite pilule. Il la gobe en silence. Il retourne chez le pharmacien, en catimini. C’est souverainement barbant pourtant, ce genre de routine (vous le savez bien, mesdames, depuis 1959), mais il le fait maintenant, en silence, et sans bougonner encore. Inusité, quand même. C’est là votre plus sûr garant de sa contrainte et de sa contrition. Laissez-le faire, un petit peu, au fait… Laissez le mariner dans cette nouvelle chimie des âges. Car, ce faisant, c’est sa compréhension intime de ce que vous vivez vous-même qui s’imprègne profondément en lui. Et plus votre partenaire vous comprendra, plus il vous ressemblera. Et plus il vous ressemblera, plus votre pouvoir, qui est autre, alternatif, moderne, nouveau, non patriarcal, communicatif, collaboratif et égalitaire (en ce sens qu’il tend à requérir une plus grande identité empathique des êtres), augmentera. Il faut que votre ordre et votre logique croissent et que la sienne diminue… un peu… un petit peu beaucoup, quand même.  On vise l’égalité.

La pilule érectile n’augmente pas obligatoirement, comme mécaniquement, le pouvoir des femmes. Il faut, de fait, inverser cette équation. C’est finalement plutôt l’augmentation du pouvoir et de la liberté sexuelle des femmes, survenue d’autre part –indépendamment- dans la vie sociale et la lutte pour les droits, qui rend possible, puis obligatoire, puis parfaitement ordinaire, aux tréfonds des replis physiologiques et mentaux de l’homme, la généralisation fulgurante de la pilule érectile.

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Publié dans Culture vernaculaire, Drogues récréatives, Sexage, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 28 Commentaires »

 
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