Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Sur le féminisme de droite

Posté par ysengrimus le 15 octobre 2009

La question ressurgit de temps en temps chez nos folliculaires. Les organismes féminins gauchisants contemporains sont-ils des représentants légitimes de l’intégralité de la masse des femmes. Les femmes de droite répondent habituellement ouvertement par la négative à cette question épineuse. Elles sont bien en rogne qu’on prétende les représenter en mobilisant des portes-paroles qu’elles qualifient rageusement (et, en fait, pas très honnêtement) de «granolas lesbianisantes aux idées extrêmes». Sans vouloir jouer les esprits paradoxaux, j’ai quand même, spontanément, envie de poser la question suivante, un peu perfide: les femmes de droite, numériquement minoritaires, ouvertement élitaires, n’ont elles pas pourtant tout plein d’organismes (masculins ou mixtes) pour parler pour elles? Conseil du Patronat, Chambres de Commerces, comités et regroupements corporatifs de toutes farines, grands syndicats des médias, conseils ministériels, etc… Ma question ici postule, naturellement, que la femme de droite n’est pas trop distincte de l’homme de droite (ce postulat est respectueusement ouvert à discussion) et surtout, mon interrogation pose conséquemment la question toute simple et directe de savoir s’il y a un féminisme de droite

D’abord, il n’y pas à se conter de menteries. Il y a des noirs de droite, des gais et des lesbiennes de droite, des aborigènes canadiens de droite (et même antisémites), des handicapés de droite et indubitablement des femmes de droite. Les groupes sociaux à bases biologique ou ethnologique ne sont pas des classes sociales et l’appartenance à ces derniers n’est en rien le garant d’une position de classe conséquente. Mazette, il y a même des ouvriers, des chômeurs et des assistés sociaux de droite, alors je vous demande un peu… Il faut aussi assumer que la réflexion, spontanée ou articulée, sur la condition féminine n’est certainement plus un monopole à gauche. On dégage alors inexorablement deux types de femmes de droite. Il y a d’abord les femmes de droite qui sont ignorantes du féminisme ou le combattent. Elles vivent dans l’ombre de leur homme, jugent que tout va bien dans l’ordre machique et phallocrate des choses et que les valeurs traditionnelles priment. Dire qu’il y a des femmes de droite qui sont non féministes, c’est un truisme. Ces figures d’arrière-garde existent bien toujours mais, par contre aussi, il est légitime de suggérer que leur impact social est voué, dans la dynamique contemporaine, à demeurer faiblard. Que voulez-vous, c’est inévitable. Faire compulsivement la promotion de la soumission ne rend ni insoumise, ni puissante, ni même particulièrement active socialement. Sorte de caricature du passé, la femme soumise rétrograde, dont la cause est indubitablement foutue, servira, en fait, de repoussoir extrême, fort utile au féminisme de droite. Il est en effet toujours utile d’être (ou de paraître) en avance sur une autre instance et de s’en glorifier.

Il y a ensuite les femmes de droite qui font une promotion active (et parfaitement légitime, dans la logique, réformiste mais non révolutionnaire, qui est celle de tous les segments de la droite «novatrice») de la femme, de l’efficacité des femmes, du pouvoir des femmes, de l’éthique professionnelle des femmes, de la légitimité des particularités de la culture intime des femmes, de l’esprit de corps des femmes. Les femmes de droite, actives dans l’entreprise, le commerce, les médias et la politique observent vite la persistance rampante, un peu poisseuse, d’une mentalité masculine vieillotte, surannée, ou, plus insidieusement, d’une propension semi-consciente des hommes bien installés à imposer leur culture intime comme si c’était un implicite absolu et incontestable. Les chicanes sans fin sur la climatisation des bureaux, l’intendance des chiottes, les activités sociales d’entreprise, l’éthique entrepreneuriale et la tenue des cuisinettes attenantes aux salles de réunion est un symptôme tout à fait parlant du phénomène beaucoup plus vaste du choc des sexages parachevant le positionnement entrepreneurial des femmes. Inutile d’ajouter que les questions sérieuses où les femmes d’affaire sont solidement actives et en position de pouvoir sont, en fait, sans sexe et neutres en sexage. Ces femmes les traitent, y agissent, y jouent leur rôle et tout est dit.

On suggérera donc qu’un féminisme de droite considère simplement que la femme est l’égale de l’homme et mérite le même salaire, les mêmes tâches et la même considération MAIS, ce… dans un espace concurrentiel capitaliste que, d’autre part, le féminisme de droite promeut, postule et ne remet aucunement en cause. Ce féminisme, égalitaire mais non révolutionnaire, développe aussi un corporatisme féminin, c’est-à-dire une promotion ferme, solide, de toutes les particularités de la culture intime des femmes comme facette de la réalité sociale (capitaliste) postulée et axiomatisée. Il est d’ailleurs parfaitement usuel, pour l’esprit de corps féminin de droite, de nier purement et simplement être un féminisme. Le féminisme de droite en est pourtant bel et bien un. Le nier, c’est occulter son importante facette progressiste, bien sûr circonscrite, souvent bafouée (y compris en son sein même) mais bien réelle. Et le féminisme de droite est, de plus, extrêmement important pour la gauche parce qu’il contribue à démonter une des grandes illusions de ladite gauche, celle voulant (encore) que cause des femmes et lutte des classes soient intimement confondues et comme inextricablement fusionnées. Cette fausseté théorique est mise en relief par l’impact social croissant du féminisme de droite contemporain. Le féminisme de droite revendique une meilleure place pour les femmes d’affaire dans un monde des affaires qu’il n’a aucunement l’intention de questionner. Le féminisme de droite entend que les femmes de droite prennent leur place au côté des hommes de droite dans un système social toujours fondamentalement affairiste, ploutocrate, oppresseur et bourgeois. Progressiste en son espace strict, novateur dans le cadre restreint du dispositif qu’il postule, le féminisme de droite relègue inexorablement dans la fosse fétide de l’extrême droite ruinée la cause androhystérique de la soumission de la femme à l’homme et toute les facettes de l’anti-féminisme féminin (ou masculin) passéiste. Cette cause là est entendue autant pour le féminisme de droite que pour le féminisme de gauche. L’ensemble des femmes de droites se subdivise donc finalement en trois sous-ensemble: 1- les femmes effectivement non-féministes (ne les cherchez pas dans le milieu du travail. En bonne cohérence objective, elles sont devant leurs poêles); 2- les féministes de droites non assumées (elles refusent fermement de se dire féministes parce que cette notion pue la gauche à leurs narines. Ce sont souvent les «anti-féministes» les plus virulentes, du moins subjectivement, verbalement. Il faut observer leurs actions effectives, pas les illusions qu’elles entretiennent sur elles mêmes); 3- les féministes de droite assumées (les championnes explicites de l’esprit de corps féminin, implicitement affairiste et bourgeois).

L’existence du féminisme de droite (et le fait qu’il a de plus en plus pignon sur rue, notamment dans la politique et les médias) pose des problèmes très délicats à l’action militante. Le fait est qu’il faut combattre le féminisme de droite (surtout lorsqu’il est assumé, car alors il se légitimise sciemment comme progressiste) non pas parce qu’il est un féminisme mais bien parce qu’il est de droite. Il est donc indispensable de le dissoudre, méthodiquement et sans minimiser sa spécificité innovante, dans le reste de l’idéologie de droite qui, elle, est désormais de plus en plus sans sexe ni genre et sans doctrine spécifique du sexage. Et l’exemple cardinal ici, c’est nul autre que celui de notre bon gros Tony Soprano. Suivez-moi bien. Tony Soprano est un malfrat teigneux, un criminel notoire. Quand le FBI le serre de près, il pose un geste rhétorique tout particulier. Il se met à se lamenter parce qu’en s’en prenant à lui, on s’en prend(rait) à la communauté italo-américaine toute entière, qu’on empêche(rait) de s’épanouir. Certains aborigènes, ou pseudo-aborigènes (masqués), trafiquants de cigarettes, d’armes ou de cannabis, jouent la même carte. Quand la brigade des crimes économiques ou des stupéfiants les serre de trop près, ces criminels de droit commun, bien planqués dans le maquis de la légitimité de la cause aborigène, se mettent à dégoiser sur l’oppression de leur peuple par l’homme blanc… Il faut alors prudemment se dégluer de cette dangereuse chausse-trappe sociologique, en expliquant calmement à Tony Soprano que ce sont ses activités criminelles, et non son profil ethnique, qui lui méritent ses ennuis actuels. Vive la communauté italo-américaine. Vive les aborigènes. Haro sur la criminalité. Même message ici: vive l’augmentation du pouvoir des femmes tous azimuts et inconditionnel, haro sur le capitalisme et sur les femmes et les hommes qui en profitent. Car il est, lui aussi, rien de moins qu’un crime.

J’y faisais allusion en ouverture, le féminisme de droite combat ouvertement et farouchement le féminisme de gauche, non pas parce qu’il est un féminisme, mais bien parce qu’il est de gauche. C’est la base de l’accord sur la cause collectivement endossée et légitime (la cause féministe, dont la validité est incontestable) qui sert de vivier pour la lutte la plus fondamentale, la plus implacable, la plus cruciale: la lutte des classes. Si le féminisme de gauche a tort de croire qu’il parle pour l’intégralité des femmes (le capitalisme ayant su se réformer un petit peu en faveur des femmes de droites), le féminisme de droite a bien plus profondément tort de s’imaginer que l’arène exclusive de la lutte des femmes (comme êtres humains, en solidarité avec tous les êtres humains) est exclusivement cette société capitaliste inique dont les petites cheffes et les soldates n’ont pas plus de décence sociale que ses petits chefs et ses soldats.

L'ambivalent slogan d'une frange significative du féminisme de droite...

JE NE SUIS PAS UNE FÉMINISTE MAIS… L'ambivalent slogan d'une frange significative du féminisme de droite...

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Au travail, la femme tyrannise la femme. Alors, bon… haro sur le féminisme? Non: haro sur le capitalisme…

Posté par ysengrimus le 1 octobre 2009

Une des correspondantes américaines d’Ysengrimus, Claudia [nom fictif], une femme affirmée, moderne, n’ayant pas froid aux yeux, professionnelle dans un organisme gouvernemental chez nos voisins du sud, m’écrit ceci, en une diatribe de colère contre sa petite cheffe. Connaissant ma vive sensibilité féministe, elle prend un minimum de précautions, mais bon, vous allez voir que c’est assez raide quand même (publié et traduit avec l’autorisation de l’auteure):

Ysengrim, I know that you will consider this terrible, but I would so prefer to work for a man than a woman.  I so prefer to make a man look good than a woman, to work to enhance his image.  I enjoy being servile to men.  Women are petty imbeciles who deserve shit. They are tyrants always having to go over the fucking top to “prove” themselves.  There was a story in the New York Times about executive women wearing CATHETERS because they are determined to not let their elimination requirements get in the way of work. Women have only made the working environment worse, more oppressive.  They were better stuck in the home serving their men.  I would love to be a retro wife, working all day to make everything comfortable for my husband, greeting him at the door in an apron and heels and kneeling to receive his cock.  I am old fashioned that way…

[Ysengrim, je sais que ce que je vais te dire va sonner affreux à ton oreille, mais j’aimerais tellement plus travailler pour un homme que pour une femme. J’aime tellement plus cela, faire bien paraître un homme, oeuvrer à améliorer son image. J’adore être servile envers les hommes. Les femmes sont des sottes mesquines qui méritent bien qu’on les emmerde. Elles sont des tyrans qui doivent toujours en rajouter et en rajouter, putain, pour «faire leurs preuves». Il y avait ce reportage dans le New York Times à propos de femmes cadres portant des CATHÉTHERS, déterminées qu’elles sont de ne pas laisser leurs besoins d’évacuation des eaux troubles interférer avec le travail. Les femmes n’ont fait que détériorer le milieu du travail, le rendant pire qu’il était, plus opprimant. Elles étaient bien mieux, piégées à la maison, au service de leurs hommes. J’adorerais être une épouse rétro, me consacrant toute la journée au confort domestique de mon mari, l’accueillant à la porte en tablier et talons aiguilles et m’agenouillant pour recevoir sa bite. Je suis vieux jeu, dans ce genre…]

Pas question de remettre en question mon féminisme face à ce commentaire choc, légitime expression de colères et de frustrations diverses, venant d’une femme contemporaine n’ayant vraiment pas grand-chose de si vieux jeu que cela…. Analysons un peu les vues cruciales de Claudia, femme professionnelle critiquant vertement les femmes professionnelles. Bon, les femmes petites cheffes sont tyranniques, intrusives et condescendantes, surtout envers les autres femmes, sur lesquelles elles assouvissent leurs compulsions compétitives en toute impunité «professionnelle». Je ne vais pas nier cela. Des tas de travailleuses me le rapportent avec une ferme et tonitruante constance. Les hommes petits chefs sont baveux aussi, hein, ne nous y trompons pas. Ce ne sont tout simplement pas exactement les mêmes travers qui jaillissent, dans le feu quotidien de l’action. Le fait est que c’est, en fait, la position de petit(e) chef(fe) même qui est en cause. Véritable cancer social méconnu, le petit patron, le contremaître, le supérieur hiérarchique immédiat, le micromanager, le garde-chiourme ancillocrate, le chef de service, retors ou abstru, carotte ou bâton, mielleux ou fielleux, est souvent la cause de bien des démissions. On ne quitte pas une grande fonction, on quitte un petit patron, est un aphorisme qui a pris corps longtemps avant que les femmes ne se consolident dans le milieu de travail. Le drame est donc, tout simplement, que, désormais, la portion féminine de l’humanité occupe aussi cette position archie-honnie et purulente de soumission aussi cruelle que paradoxale du cadre. La femme assume en toute simplicité sa position de cadre, ne l’améliore pas, ne la transforme pas, ne la réforme pas, ne la bonifie pas et la poisse des ses propres défauts. Il y a certainement, pourquoi pas, un style condescendant, intrusif ou tyrannique typiquement femme et nul doute que la position de petite cheffe ne manque pas, les mois et les années aidant, de mettre ces caractéristiques en saillie, comme l’eau du ruisseau annonce les cailloux. Triste mais vrai. Quoi de plus efficace, en effet, que la culture intime des femmes pour tyranniser des femmes?

Donc, souffrir pour souffrir, sous le faix d’un petit chef ayant axiomatiquement (car c’est l’axiome de la hiérarchie du travail capitaliste qui ne bouge pas ici) ses défauts de petits chefs, Claudia (croit qu’elle) préfère un homme. Il semble bien que la douceur riche et onctueuse de ses fantasmes socialement régressants atténue(rait) l’inévitable douleur de se faire, de toute façon, traiter comme un chien sur le lieu de travail. Chez les autres femmes dudit lieu de travail, Claudia ne trouve que compétition forcenée, jalousie mesquine, et une amplification professionnelle des vieilles chicanes et arguties de prérogatives féminines. Leur arrivisme est accentué par l’exemple drolatique du port de cathéter au travail, dans un environnement où les pauses-pipi sont d’évidence encore conçues au rythme de vessies plus amples. Détermination, résistance physique, sens du devoir, débrouillardise, tous ces traits féminins de bonne futaie sont distordus et gauchis par l’entreprise qui se les approprie et les asservit, en fabriquant de toutes pièces la docilité des travailleuses et la tyrannie des petites cheffes et, surtout, en se perpétuant derechef en elles.

Ma sorcière bien aimée attendant son époux devant son fourneau devient alors (pour Claudia, qui ne cuisine pas et est célibataire) une sorte de vision abstraite de nostalgie idyllique. Le bon sauvage de Rousseau, en quelque sorte, attendu, naturellement, que Rousseau ne s’était pas trop promené pieds nus dans les bois au moment de la formulation d’un tel modèle social illusoirement régressant. Bon sauvage de Rousseau dont Marx disait qu’il était le bourgeois contemporain fallacieusement isolé de ses contraintes sociales immédiates et transposé dans une forêt immémoriale de toc. Les femmes n’ont fait que détériorer le milieu du travail, le rendant pire qu’il était, plus opprimant. Naturellement, les femmes sont férocement méthodiques, terriblement efficaces et, conséquemment, l’atelier tertiaire capitaliste ne va pas se transformer en communauté sociale civilisé et progressiste simplement parce qu’on en gave les structures de personnes méthodiques et efficaces… Si l’atelier tertiaire décline, tourne en rond, gaspille ses ressources et entretient des tâches absurdes pour protéger les parasites qui s’y nichent, remplacer l’homme qui fait tourner ce genre de rouage par une femme compétitive qui vaut aller jusqu’au bout pour «faire ses preuves», ne rendra l’atelier tertiaire que plus «performant»… justement, dans sa logique propre, qui est celle de son pensum délirant et de son fonctionnement socialement fautif.

La preuve est faite. Claudia peut en témoigner. La présence de femmes dans la structure d’exploitation capitaliste ne change pas fondamentalement le caractère inique de ladite exploitation capitaliste. Pourquoi le ferait-elle? La femme n’est pas la démiurge de la société entière. La femme n’est pas plus libre que l’homme du mode de production dans lequel elle évolue. Elle est l’égale de l’homme ici aussi… Les divers féminismes, comme les divers environnementalismes, ne peuvent pas (ou plus) cultiver la croyance globalisante voulant que la solution historique à une discrimination circonscrite réformera la société. Le réformisme est une faillite. Il est fautif d’accuser des femmes (ou des hommes) de ne pas avoir révolutionné des structures que justement, elles endossent au point d’y devenir des intervenantes d’avant-garde. La nouvelle Ministre de la Santé iranienne, une femme, est fermement ayatolliste et islamiste… Ne vous y trompez pas. Elle réforme plus par ce qu’elle est que par ce qu’elle fait ou pense. Il est naturellement aussi fautif de rêver de renvoyer la femme dans sa cuisine. Le commentaire caustique de Claudia, du haut de son célibat, le montre bien: il est plus aisé de fantasmer le soi-disant paradis perdu quand une robinsonnade idyllique ne nous en fait voir que le côté faussement sexy. Régresser à la campagne pour fuir l’industrialisation, est une vieille lune illusoire, digne du Charlie Chaplin de Modern Times.

La montée des femmes dans les structures hiérarchiques capitalistes ne démontre qu’une chose. Le problème n’est pas avec les femmes… les femmes, que voulez-vous, le temps historique venu, quand on ne les entrave plus, elles grimpent dans ces structures, y «réussissent» et y deviennent des louves pour la femme (et l’homme)) aussi efficacement que les hommes sont des loups pour l’homme (et la femme). Le problème est avec ces structures mêmes. Ni hommes, ni femmes, ni enfants, ni petits personnages verts de contes anciens ou de science-fiction moderne ne pourraient les réformer. Elles poursuivent leur développement aveugle qui est celui d’une mutation et d’une crise. La frustration régressante de Claudia impose une analyse progressiste: haro sur le féminisme? Non: sur le capitalisme… Le féminisme (même le féminisme de droite), et surtout, la montée en force du pouvoir des femmes, est un des nombreux révélateurs du fait que le capitalisme ne peut pas servir l’harmonie sociale et que des changement sociaux plus profonds sont encore à venir. Ce n’est donc pas que les femmes font pire… c’est que le capitalisme continue sur sa lancée de faire pire (selon sa tangente spécifique) malgré l’apport des femmes. La distinction homme/femme continue de s’estomper à mesure que les emmerdements des deux dignes représentants de l’humanité s’accentuent et convergent dans l’entreprise. La femme petite cheffe n’a en rien fermé le cycle des changements sociaux fondamentaux auxquels nous nous devons tous.

Et ces changements sociaux fondamentaux viendront bien plus vite que Claudia ne retournera dans sa cuisine (sa cuisine réelle, de femme soumise d’autrefois. Sa cuisine de fantasmes, celle là, elle fait ce qu’elle veut avec).

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La femme n’est pas plus libre que l’homme d'un mode de production autoritaire. Elle est l’égale de l’homme ici aussi…

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L’état proxénète ou rien (décriminalisation ou légalisation de la prostitution?)

Posté par ysengrimus le 1 août 2009

Tatiana (nom fictif), prostituée à Toronto, m’écrit ceci (je traduis):

Je suis ce qu’on appelle ici une “escorte”. Prostitution complète. Je suis maquée par une organisation. Les macs individuels sont bien trop violents et imprévisibles. Je “travaille à mon compte” (pour une des nombreuses pègres ethniques de Toronto, en fait). Mes protecteurs sont chers mais ils font bien leur boulot. Tant qu’on sera illégales, il faudra faire comme ça. Les flics nous laissent un peu plus tranquilles. Ils s’en prennent plutôt au trafic des gamines, des mineures, cette dégueulasserie affreuse. Ça… Ça les putes dans mon genre sont dégoûtées pas ça. Quand on en est rendu que le tapin choque même la morale des putes, c’est que ça va mal… Les filles comme moi, on sollicite sur la rue. L’hiver, on s’habille chaudement (un manteau qui s’entrouvre) et l’apparte de travail est bien chauffé et bien protégé. Le pire c’est vraiment les pieds… et les petits imbéciles qui ont dans la poche une arme à feu comme ils auraient un appareil photo ou un téléphone portable… Se faire pointer un flingue dans le visage, ça fiche vraiment les jetons, je t’assure… c’est pas aussi facile à encaisser qu’au cinéma… Ça arrive rarement, heureusement…

Le problème de fond, vois-tu, Ysengrimus, c’est pas la prostitution même. Ça, ça se gère finalement assez facilement. J’ai ma clientèle régulière d’hommes mûrs, et les occasionnels ne fanfaronnent pas. Le problème c’est le racket de protection… Le «mac», en quelques sortes. Et, comme je te dis, ce n’est pas un mac artisanal. Dans mon cas, c’est un «organisme» (une organisation, en fait) que je ne vais pas nommer ici mais dont les représentants sont tous d’un groupe ethnique spécifique, que je ne vais pas désigner non plus. Ce sont des pégreux très style, d’un quartier ethnique. Quand on travaille comme ça, il y a des conséquences. On est un peu prises, un peu coincée là-dedans, si tu vois ce que je veux dire. Comme je rapporte bien, ils ne seraient pas chauds chauds de me voir partir… Si je me résume, pour faire ce que je fais et ne pas finir les dents cassées au fond d’une ruelle, il faut se rattacher à une organisation. Mais une organisation, ça chiffre. Je suis donc avec ces messieurs de la rue Spadina, à Toronto. Ils sont impecs pour chasser les frelons qui te harcèlent. Mais ils facturent sec et ne couvrent pas les flics. Si on chiffre un peu l’affaire, calcule en moyenne $100 par jour, tous les jours du mois (on ne travaille pas tous les jours, c’est trop tuant. J’ai pas mal de temps libre, en fait. C’est une moyenne nivelante que je te fais ici, OK?). $40 va à mes messieurs, pour la protection (indispensable) et $10 en faux frais (flics a arroser, taxis, et occasionnellement hôtels. Mes tenues sont à mes frais aussi). $50/jour x 30 jours. $1500 par mois au noir, donc, pour se sentir sale, dégoûtée et vivre dans la peur constante de la violence et des vénériennes… Fais ton calcul…

Et quand j’aborde la question de la légalisation de la prostitution, la réponse de Tatiana est on ne peut plus lapidaire. Il faut protéger les filles. Ça devient juste trop dangereux. C’est comme avec une bagnole. Conduire sans permis ou avec un permis, quelle différence, si tu chauffes comme un pied et te casses la figure et celle des autres? Me faire casser la gueule par un petit voleur à main armée en cherchant le «John» légalement, ben ça fait aussi mal qu’en le cherchant illégalement. Tu comprends? Tout ce flafla légaliste, si les filles ne sont pas protégées, ça n’ira nulle part. Bon, bien, voilà… Ma correspondance avec Tatiana m’a convaincu. Je suis pour la légalisation de la prostitution et contre sa décriminalisation. J’appuie la légalisation de la prostitution féminine et masculine des personnes de plus de 21 ans. C’est là le seul moyen de tirer les travailleurs et les travailleuses du sexe des pattes de la pègre (ce qui est bien plus avilissant que tout). Il faut, par contre, un état proxénète solide, présent sanitairement, sécuritairement responsable, qui assure l’encadrement correctement, et qui consacre ensuite le tout des ressources répressives gaspillées aujourd’hui dans ce monde complexe, sur l’éradication de la prostitution enfantine, qui, elle, ne sera JAMAIS légalisable ou légitime…

Décriminaliser sans plus, c’est se dédouaner sans vraiment agir. Il semble bien, en effet, que ce soit le fait de simplement autoriser les activités actuelles, sans plus, qui donne pignon sur rue aux maisons closes et aux «organismes» de tous les acabits, sans changement autre que la légitimation rampante de leurs extorsions et de leur violence sourde. On est parfaitement clair sur ce point crucial. Si la structure mise en place ainsi ne fonctionne pas comme la régie des liqueurs ou celle des jeux, ce n’est tout simplement pas intéressant d’introduire des changements juridiques, dans cet univers glauque. Légaliser, ce sera justement articuler et formuler solidement la loi sur l’état proxénète. Légaliser ne déresponsabilisera pas l’état mais, au contraire, le responsabilisera et requerra indubitablement l’implication de ses infrastructures. S’il s’agit simplement de se croiser les bras et de blanchir les activités pégreuses en cours, en espérant qu’elles accèderont graduellement à la respectabilité puis, bien éventuellement, à quelque forme de décence, alors là, non merci… C’est ici un axiome: pas de légalisation de la prostitution sans état proxénète.

La «tradition» (excusez l’ironie involontaire) de l’alcool et des jeux guide pourtant clairement la voie à emprunter sur la question des drogues récréatives et de la prostitution. Sur ces questions, pour l’état, légaliser c’est légiférer et légiférer ici, c’est prendre le service en charge dans le cadre d’une structure étatique chapeauté par une loi spécifique et explicite. Il faut bien comprendre qu’on ne parle pas de droits de la personne de nature privée ou intime comme ceux couverts par le Bill Omnibus ou, autrefois, les mariages interethniques ou, aujourd’hui, le port des signes religieux visibles, là. On parle d’un corps d’activités lucratives, ardues et difficiles, ouvertement encadrées et tenues illicitement et illégalement pas le crime organisé. Si ce dernier n’est pas fermement contraint de passer la main à l’état proxénète, alors là, ça déconne complètement et alors là, oui, tristement, notre génération n’est pas encore prête pour une refonte de cette situation et est peut être aussi bien de passer son tour…

Décriminalisation ou légalisation de la prostitution? Réponse: légalisation. N’utilisons pas la situation sociale des prostituées comme instrument hypocrite de promotion de l‘entreprise privée. C’est depuis la nuit des temps que les prostituées travaillent pour l’entreprise privée. On ne va pas mobiliser la saine et salutaire dissolution de la morale hypocrite et archaïque de jadis pour maintenir les prostituées dans leur condition. Oh, je suis bien conscient que l’attaque la plus ouverte sur la moralité publique/putride contemporaine, ce n’est pas celle qui approuve la prostitution mais… celle qui rejette l’entreprise privée. Sauf que, ce qui est est. Remettons nos canons moraux en question, mes bons. Les temps changent… Non à toutes les pègres, illégales OU légales. Oui à une industrie du sexe saine et sécuritaire et à une prise en charge collective des détails fins de la responsabilité sociale qui vient avec.

Il faut légaliser et légiférer

Il faut légaliser et légiférer

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Pourquoi donc les femmes abandonnent-elles leurs études avant les hommes?

Posté par ysengrimus le 31 mars 2009

On observe de plus en plus et ce, partout (y compris dans le tiers-monde) que les filles réussissent brillamment leurs études mais ne persévèrent pas dans leur formation académique et dans le cheminement professionnel qui s’ensuit. Pourquoi? Bon sang de bon soir, pourquoi? Dans l’ambiance généralisée d’indigence intellectuelle de ce temps, il faut se taper les explications proposées par certains de nos folliculaires. Tout est en question. Les hormones? Les grossesses? Les carences agressives de l’estrogène rendant inapte à la fatalité de l’espace compétitif? Oh, oh, calmons-nous… L’explication de la contradiction lancinante entre les résultats scolaires des filles (par rapport à ceux des garçons) et la non-durabilité de leur temps d’études n’est pas biologique mais historique, en ce sens qu’elle indique la crête d’un moment (cent ou cent cinquante ans à l’échelle de l’Histoire c’est un moment) de fracture historique. Par pitié, méfiez-vous de toute tentative d’explication de ce genre de problème académique ou intellectuel sur des bases biologiques, car c’est là une sinistre déviation réactionnaire. Mâle Alpha, à la niche…

Le flux des changements historiques se compare à un immense incendie dans une plaine. La paille sèche brûle et cela soulève d’épaisses volutes de fumée. Longtemps après l’extinction des flammes vives de l’incendie, la fumée perdure et c’est seulement l’intervention d’autres forces (vent, pluie) qui en viennent à finalement la dissiper, alors que c’est la fin de l’incendie, et rien d’autre, qui la condamne au départ. Dans la division sexuelle du travail qui caractérise les dizaines de millénaires agraires d’où nous venons tous, la femme, en sa qualité de version humaine de la génisse reproductrice, fut restreinte à la maison et au potager tandis que l’homme gardait les troupeaux, faisait la guerre et montait à la conquête des citadelles matérielles et intellectuelles. Depuis le début du siècle dernier, l’incendie patriarcal est bel et bien éteint mais la fumée est encore fort épaisse. Irréversiblement libérées de la division sexuelle effective du travail rural par l’industrialisation puis, en notre temps, par la tertiarisation de la civilisation, les femmes ont cependant encore les yeux embrouillés par une fumée patriarcale (souvent soufflée dans leur visage par un papa effectif) dont les fondements socio-économiques se sont pourtant bien éteints. Les idéologies retardent. Dirons-nous assez que les idéologies retardent et que cela fait desdites idéologies des représentations retardataires du monde? Les femmes se font donc éventuellement rattraper par des priorités et des représentations de nature domestiques qui gagnent d’ailleurs en importance dans la société civile mais qu’on pose encore, pour elles, en une criante dichotomie (artificiellement maintenu par les priorités de production du capitalisme) avec leurs activités de nature académique. Elles quittent donc la citadelle «des hommes» (qui n’en est pourtant plus une) pour retourner vers celle «des femmes» (qui n’en est plus une non plus). Les vieux réflexes intellectuels perdurent, dans un monde matériel nouveau. Il y a encore fumée sans feu. Et cette contradiction fondamentale déchire tragiquement la vie de la femme moderne. Mais, comme on le constate de plus en plus, leurs résultats scolaires augmentent. Tiens donc, tiens donc, ils augmentent, par rapport à ceux de leurs mères et de leurs grand-mères… Cette augmentation de leurs compétences académiques ne vient pas de nulle part non plus et n’est en rien le fruit du hasard. C’est de fait un indice cardinal de la capacité croissante des femmes à s’intégrer dans les nouveaux cadres sociaux qui, inexorablement en évolution à leur avantage, ne les discriminent plus. La qualité de leur travail vrille donc son chemin au sein de l’instruction et de la production et le jour viendra où leurs décisions subjectives archaïques tomberont, au profit de choix plus conformes aux capacités objectives qu’elles manifestent désormais sans ambivalence. Il ne faut pas se demander pourquoi les femmes se retirent encore des facultés malgré de bons résultats académiques. Il faut plutôt se demander pourquoi elles ont soudainement de très bons résultats académiques malgré le fait qu’elles se retirent encore des facultés. Et la réponse, au problème ainsi remis sur ses pieds, est alors que, chez les jeunes femmes de notre temps, la propension OBJECTIVE à ne plus se retirer des facultés se met fermement en place DE PAR ces susdits résultats, indices polymorphe moins de la conformité scolaire des petits filles, comme certains voudraient tellement le croire, que de leur intérêt croissant pour les choses du vaste monde. La force objective de leurs compétences fissurera bientôt les idées anciennes. Ce qu’elles peuvent et ce qu’elles veulent se rejoindra, non sans introduire une profondes révolution de nos représentations intellectuelles et émotives au passage. C’est une simple question de temps. La réponse à ma question en titre est que les vieilles valeurs perdent graduellement prise face à la puissance du fait encore tout nouveau et tout chaud, devant l’histoire, de l’émergence sociale et intellectuelle de la femme.

Maintenant attention. En détruisant le vieux mode de production agraire, le capitalisme a imposé l’égalité objective de l’homme et de la femme. En ce sens, il est une étape décisive vers quelque chose comme le socialisme. Mais, comme dans le cas des discriminations sur fondement ethnique ou racial, le capitalisme a aussi intérêt à perpétuer toutes les pratiques archaïques susceptibles de légitimer le profit et l’extorsion de la plus-value. Le mythe sexiste de la faiblesse intellectuelle ou matérielle des femmes est une de ces pratiques archaïques fort intéressantes pour le capitalisme. Si la femme travaille mais est moins qualifiée parce qu’ayant renoncé tôt à ses études, voilà, par transposition intellectuelle du vieux mythe, au réceptacle encore vivace, de la faiblesse physique de la femme, un prolétariat frais, compétent mais complexé, moins coûteux et fragilisé par la fumée de l’ancien mode de production qui l’étouffe encore. Le capitalisme voit que tout ce fatras réactionnaire et traditionaliste sur la femme est bon à prendre et n’oeuvre pas trop vite à parachever, dans les consciences, l’égalité en sexage qu’il a lui même imposée dans les faits, car, pour le capitalisme, dans sa logique socialement nivelante, égalité en sexage cela signifie égalité SALARIALE et rien d’autre. Le plus tard possible alors, dans la logique de notre cher Capi… Combien de chefs d’entreprise vous diront, sans faire de farces plates, qu’ils aiment embaucher des femmes parce que c’est une catégorie de personnel à la fois moins coûteux et plus fidèle à l’entreprise. L’entreprise investit des efforts fantastiques à perpétuer facticement les faiblesses et les douceurs dont elle entend profiter. Mais tout n’est pas joué, il s’en faut de beaucoup. Notre nouveau millénaire, je vous le redis, sera le millénaire de la femme. Et l’ordre qui va s’instaurer de par la mise en place, historique et collective, des femmes et des priorités intellectuelles et matérielles des femmes ne sera pas nécessairement un ordre entrepreneurial…

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Ce que Michelle Obama symbolise

Posté par ysengrimus le 1 mars 2009

Dans la mise en place de la symbolique présidentielle en cours aux USA, Madame Michelle Obama joue un jeu fin, subtil, délicat, audacieux, et elle le joue sciemment. Elle travaille à la démonstration du fait qu’il est possible d’être à la fois “maman” et socialement affirmée et qu’une pleine appropriation non-sexiste des rôles traditionnels de la femme est viable. Il y a, de fait, des femmes qui s’identifieront profondément à cette dynamique dualiste et ce n’est pas, il faut l’admettre en toute impartialité, plus aventureux que ce que font certaines de nos dirigeantes d’entreprise… Il faudra voir ce qui en découlera et si une perspective progressiste effective sera mise sur rail par une telle option. C’est bel et bien là une autre des gageures “improbables” de l’aventure ultra-centriste des Obama… Fondamentalement il ne s’agit pas ici d’une question privée ou personnelle mais bel et bien d’un problème d’image publique. La posture de Première Dame case sa dépositaire dans une coche ET publique ET traditionnelle, donc, inévitablement, fondamentalement paradoxale, pour toute femme de sensibilité moderne et moderniste. C’est un problème, c’est même potentiellement assez ennuyeux. Il faut surveiller attentivement ce que Madame Obama fera de cette stature ambivalente et ce qui en adviendra à l’usure du temps. Mais le moins qu’on puisse en dire pour l’instant sur son compte est que sa compréhension de la situation est maximale et que le tout de la joute symbolique se joue, de fait, autour du fameux enjeu de la conciliation travail/famille, si sensible en notre temps.

On peut dors et déjà observer que Madame Sarah Palin, en 2008, tenta aussi, dans le corps de sa stratégie de communication électorale, de miser à fond sur ladite question de la conciliation travail/famille, mais, dans son cas, ce fut une déception intégrale, pour des raisons bien plus systémiques qu’on ne le pense. Madame Palin se posait en figure politique au sens classique du terme, pas en Première Dame. Or, le fait est que les femmes seront beaucoup plus douées comme leaders socialistes. Les politiciennes de droite, comme Sarah Palin, vivent une contradiction insoluble entre les valeurs progressistes que les femmes font émerger de par leur impact de masse dans la société civile et les intérêts réactionnaires qu’elles servent «littéralement» comme politiciennes de droite. La culture intime des femmes n’est pas très compatible avec le capitalisme, l’arrivisme et l’égoïsme. La femme politique, encore rare aujourd’hui, procède en fait de la politique de demain… et demain viendra, pour sûr. Sauf que, pour le moment, Sarah Palin, en super-maman avec bébé dans un bras et ordinateur portable dans l’autre, véhiculait les valeurs d’un chapitre déjà écrit par les femmes de ce temps. La position latérale de Michelle Obama, dans notre espace symbolique de représentation du pouvoir visible, fait qu’elle contourne l’écueil que Sarah Palin frappa de plein fouet, celui des fameux deux quarts de travail de la femme, professionnelle et mère de famille…

Le précédent siècle a produit, surtout dans le Tiers-monde d’ailleurs, son lot de figures politiques féminines majeures, Margaret Thatcher, Golda Meir, Indira Ghandi, Benazir Bhutto, Corazon Aquino, Isabel Perón … Il ne s’agit pas ici de dire qu’il n’y a pas eu de femmes politiques au siècle dernier. Sauf que ces pionnières ont en fait établi leur position pour avoir su endosser les valeurs des hommes mieux que les hommes. Leur talent est une émanation directe de la discrimination qui bloqua leurs semblables. C’est comme pour Barack Obama lui-même. Le premier président noir sera un génie politique, qui se sera rendu au sommet malgré l’épais filtre discriminatoire qu’il aura justement su crever de par son talent… Ceci dit, on ne fait pas une féminisation des représentations politiques globales de toute une civilisation avec les success story ad hoc de Mesdames Thatcher, Meir, Ghandi et alii. La Femme Politique au sens fort de ce terme, avec un impact ethnologique effectif du fait féminin et une montée réelle de ce dernier dans les sphères de pouvoir, ça, ce sera pour ce siècle-ci. Car la femme politique de demain reflétera l’impact de masse croissant des femmes dans la joute politique. Sarah Palin tâtonna dans cette direction, mais son action procédait plus de la manipulation démagogique du pouvoir de masse féminin, par des combattants d’arrière garde, que de la mise en place effective des valeurs sociopolitiques des femmes. Hillary Clinton, pour sa part, défaite d’investiture oblige, prend simplement la place ordinaire qui lui revient dans les sphères supérieures, comme Mesdames Albright et Rice avant elle, sans moins, sans plus. Une femme politique majeure, dotée d’un impact symbolique profond, ce sera donc pour la prochaine fois, mais cela s’en vient… Et, pour l’instant, on peut, en fait, se demander si Michelle Obama ne marque pas, dans cette direction, une avancée plus fondamentale que les politiciennes effectives du siècle dernier ou même de ce siècle-ci… Car, indubitablement, Michelle Obama les positionne, elle, ces valeurs féminines de fond, à l’épicentre de l’espace symbolique du pouvoir politique…

Pour commencer à voir un peu comment ça se passe, un autre petit fait intangible doit être signalé, dans la dynamique symbolique se mettant en place ici. La fille de JFK, Caroline Kennedy, a ouvertement renoncé à devenir sénatrice de l’état de New York, l’ancienne position de Madame Clinton. Le symbole du renoncement d’une figure de l’ampleur de Caroline Kennedy est à la fois fort et subtil. Désormais, ce ne sont pas vos liens de famille (comme dans le cas des Bush) si prestigieux fussent-ils qui vous positionnent politiquement, mais vos compétences effectives. Il est fini, du moins pour l’instant, le temps glauque de la figure politique fantoche en pilotage automatique par ses sbires et conseillers. La remythologisation du politique (qui en a bien besoin) est à ce coût… Et, encore une fois, dans cet espace de représentation, Michelle Obama joue son instrument en solo et le joue juste. Elle n’est que Première Dame, l’assume et est là pour voir au maintient de la cohésion familiale et matrimoniale sous le poids écrasant des tâches. L’implication de Madame Marian Robinson, sa mère, dans l’aventure, donne un écho stéréophonique indubitable à la doctrine et aucune ambivalence n’est possible. Ces deux femmes tiendront leur place ancienne avec une solidité de femmes modernes. Il n’y aura pas de passe-droit politicien sur la base d’un quelconque copinage familial pour Michelle Obama.

Ainsi, quand on interroge Michelle Obama sur les positions politiques de son mari, elle répond, sans tergiverser: je ne suis pas sa conseillère politique. Une trajectoire en dérapage calculé, sur deux tableaux, à la Hillary Clinton, est donc fermement et sereinement exclue. Mais, par contre, quand Barack Obama déclara, pendant la campagne présidentielle de 2008, qu’il ne ferait pas de petite politique au rabais avec les ennuis familiaux de Sarah Palin, parce que les enfants et tout ce qui les concerne sont extérieurs à ce qui se joue dans l’arène politique, Michelle Obama eut ouvertement ce mot: C’est ce genre de position qui fait que je suis fière de mon mari, que je l’aime et que je sens que quelque chose de nouveau sera introduit par lui dans notre vie publique. On retrouve donc une femme qui endosse un homme pour l’harmonie profonde qu’elle ressent pour l’intelligence de son action et pour la stature et la cohérence de sa vision des questions sociales et familiales. Femme de ce temps, s’il en est… Il faut absolument aussi mentionner le rapport à la mode vestimentaire. Michelle Obama contourne encore une fois, toujours aussi adroitement, un autre écueil, un redoutable, celui-là. Elle ne deviendra pas la carte de mode abstraite, mondaine, élitaire et distante que fut Jacqueline Kennedy. Madame Obama alterne tenues modestes et sens original et frondeur du décorum. On la qualifie déjà de non-icône de mode et on investit haut et fort cette désignation nouvelle comme non péjorative. De la tenue, aux interventions publique et jusqu’à la sémiologie visuelle du geste et de la posture, Michelle Obama sait exactement ce qu’elle fait. Elle marche en avant, ses enfants bien groupés sous ses ailes. Et vingt pieds plus loin, Barack Obama marche seul, contemplant, devant lui, le petit groupe de ses amours sublimes tout en cogitant les affaires de l’état. L’image est saisissante d’originalité, de force, de relief novateur et incongru.

Toute une tradition solide, à la fois tutélaire et discrète, de maternité afro-américaine définit symboliquement Michelle Obama. Le président Obama lui-même, d’ailleurs, procède discrètement de cette dynamique. C’est, de ce point de vue, un homme très moderne, profondément et sereinement marqué par les figures maternelles. Sa mère (monoparentale) d’abord, puis sa grand-mère, puis la mère de Michelle Obama, puis Michelle Obama elle-même, comme mère, de surcroît, de deux jeunes filles. Le service symbolique, si je puis dire, est de fait mutuel. Michelle Obama incarne, majestueusement et solidement, la volonté politique ferme et inconditionnelle de son mari de recentrer l’Amérique sur ses affaires domestiques, santé, éducation, travail, famille. Tous ces éléments combinés font que la stature de Michelle Obama est unique et solidement connectée à l’âme populaire américaine, dans ce qu’elle a de progressiste autant que dans ce qu’elle a de traditionnel. Toutes les femmes américaines s’identifient déjà profondément à cette figure, se tenant tout juste à la bonne distance de son homme, qui, lui, comprend et admire son importance et sa force. Michelle Obama, c’est une Évita Perón (plutôt qu’une Isabel Perón, pour ceux qui saisiront la nuance), à la puissance mille, et à la mode sociale de ce temps. Et la synthèse symbolique du message est nette. Je m’occupe de nos enfants. Je sers de modèle de bonne tenue et de conscience sociale à nos filles. Je vois à ce qu’elles fassent leur lit, même à la Maison Blanche. Et, croyez-moi, j’en ai plein les bras. Cela ne me diminue en rien. On a affaire ici à un travail d’équipe et encadrer la vie civile des enfants, dans l’existence sociale contemporaine, est une tâche cardinale, cruciale et hautement méritoire. Je ne tourne pas le dos à la vie professionnelle. Je ne suis pas une femme rétrograde mais je ne suis pas une femme complexée non plus, et ma définition du professionnel et du familial n’est pas restrictive. Si je tourne le dos à quelque chose, en fait, c’est à la définition traditionnelle (et masculine) de l’étanchéité rigide entre enjeux professionnels et enjeux familiaux. C’est un jeu vraiment très délicat qui se joue ainsi et Michelle Obama le joue sciemment, ouvertement, frontalement. Elle a l’intelligence, le charisme et la subtilité intellectuelle de comprendre parfaitement ce qu’elle fait et d’assurer, solidement et sans déviation décadente ou autres, l’intendance de ce qu’elle représente. La réflexion enclenchée par ce que Michelle Obama symbolise pourrait imposer à nos conceptions, y compris à nos conceptions féministes, les plus importantes, les plus cruciales de toutes sur cette question, un redéploiement intellectuellement riche, mentalement stimulant et socialement utile. Les autres Premières Dames américaines introduisaient passivement un corps de valeurs implicites. Michelle Obama ouvre activement un espace explicite de débat. Son impact symbolique est hautement inusité et, de ce point de vue, indubitablement sans égal.

Je m’occupe de nos enfants. Je sers de modèle de bonne tenue et de conscience sociale à nos filles. Et, croyez-moi, j’en ai plein les bras.

Je m’occupe de nos enfants. Je sers de modèle de bonne tenue et de conscience sociale à nos filles. Et, croyez-moi, j’en ai plein les bras...

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Amir Khadir, l’espoir de mon enfant…

Posté par ysengrimus le 14 décembre 2008

Soirée des élections québécoises. Je suis devant le téléviseur en compagnie de mon fils de quinze ans. À cet âge, dans une conjoncture brutale comme la nôtre, la conscience sociale émerge déjà solidement mais… une soirée électorale se regarde quand même encore avant tout comme une joute de quilles ou de billard ou… une sorte de jeu vidéo, avec des comptes chiffrés, des gains, des pertes, une victoire à graduellement obtenir. La description de ces blêmes belligérants quasi-interchangeables ne fait pas sauter mon fils d’enthousiasme.

ADQ, parti démagogue, rétrograde, bien à droite, girouette, incohérent, flagorneur, arriviste, xénophobe, sorte d’équivalent québécois populiste et mollement francophiliaque des Conservateurs. PLQ, parti de droite-droite-droite, ronron, journalier, gestionnaire des affaires de conciergerie courantes, suppôt du libéralisme (comme son nom l’indique), bien engoncé dans la magouille politicienne et les combines des traditions électorales québécoises les plus fétides, intendant bonhomme et pro-capi du pouvoir (il gagnera une courte majorité parlementaire, dans cette élection). PQ, parti nationaleux (au nationalisme de plus en plus dépité, larmoyant et opportunistement épisodique), centre-droite, à la fois planificateur et affairiste, promoteur convulsionnaire de Québec Inc, insidieusement et semi-inconsciemment crypto-xéno, et dont la consolation minimale serait de faire élire la première femme Première Ministre du Québec (il formera l’opposition officielle, dans cette élection). Ajoutons toujours les Verts, parti blême, olivâtre, sans base ni assise, à cause circonscrite, négligeant tout programme global et qui, comme partout où les Verts verdissent, finissent en serviteurs bien intentionnés des suppôts les plus socialement et écologiquement toxiques du spectre politique.

Notant au passage que le Québec assure, ouvertement et sans façon, l’intendance de sa soirée électorale comme un véritable pays à part entière, mon fils trouve le tout de la chose passablement plus chiant et moins marrant que l’élection d’Obama, quelques semaines plus tôt, où on avait tous bu du petit lait en famille, comme des millions de gens à travers le monde. Torontois, nous ne votons pas dans cette élection provinciale (nous habitons une autre province canadienne que le Québec) et nous risquons de devoir combattre, les paupières lourdes, un ennui ferme mais… mais… c’est alors que le peu de sel de la soirée s’est manifesté:

Logo_Québec_solidaire

Mon fils: C’est quoi le parti du rond orange avec un bonhomme penché les bras ouverts dans le bas?
Moi: C’est Québec Solidaire. Un conglomérat de différents partis et mouvements de gauche et populaires initialement réunis sous deux parapluies, l’Union des Forces Progressistes et le mouvement Option Citoyenne, et qui se sont ensuite fusionnés en un parti politique unique. C’est, en ce moment, un parti qui se donne comme écologiste, féministe, altermondialiste et, quoique plus mollement, anti-capitaliste. Tu peux considérer que ce sont plus ou moins des socialistes. Ce parti a une particularité inédite, d’ailleurs. Il a deux chefs, un homme et une femme.
Mon fils: Cool. C’est la gauche donc.
Moi: En quelque sorte.
Mon fils: Tu n’as pas l’air complètement certain…
Moi: C’est qu’au moment de l’union des deux principaux mouvements le constituant, un des mouvements faisait la promotion de la souveraineté nationale du Québec, l’autre ne se prononçait pas sur la question. En s’unissant et en fusionnant leurs programmes, ils ont dû trancher cette question et ont décidé qu’ils étaient un parti souverainiste, comme le PQ, donc. Je trouverais personnellement plus cohérent, dans une perspective se voulant socialiste et altermondialiste, donc quand même fondamentalement internationaliste, de fermement renvoyer les fédérastes et les nationaleux dos à dos et d’éviter de s’enliser dans leurs débats stériles. Ce nouveau parti ne le fait pas complètement et j’y vois une faiblesse, une déviation bourgeoise, comme on disait dans le temps.
Mon fils: Nationalisme + Socialisme, risquant de virer à national-socialisme, c’est ça?…
Moi: Tu formules l’affaire en termes trop crus et caricaturaux, mais c’est en partie l’idée, oui. Le nationalisme, fondamentalement, n’est pas une valeur de gauche. Cette faiblesse de leur programme, à visée électoraliste, en fait (ils veulent ratisser la frange gauche du PQ) va leur nuire, éventuellement.
Mon fils: Bon, bon. Mais, pour le moment, c’est ce qu’on a de plus à gauche, ici.
Moi: Indubitablement, oui.
Mon fils: Très bien. Et tu as vu? Ils ont deux candidats en avance.
Moi: Oui, c’est probablement Madame David et Monsieur Khadir, les chefs des deux formations initiales.
Mon fils: Et ils se présentent où, ces deux socialistes?
Moi: Oh certainement dans deux de ces circonscriptions progressistes et gauchisantes du centre-ville de Montréal. Tu sais, si Québec Solidaire envoyait des députés à l’Assemblée Nationale, ce serait un petit événement historique.
Mon fils: Pourquoi? Ils ne seraient que deux…
Moi: Quand même…ils se lèveraient à la période de question et gueuleraient au gros Patapouf que ses politiques néolibérales de gestionnaire ruiné ne valent plus rien. Ils le brasseraient pas pour rire.
Mon fils: Cool…

C’est scellé. Mon fils vient de choisir son espoir de la soirée: Québec Solidaire. Il va compter pour eux ou prendre pour eux, comme on dit dans le jargon des joutes sportives. Il faut qu’ils fassent rentrer des députés, même si c’est en petit nombre. On connaît la suite de l’histoire. Madame David est malheureusement défaite par je ne sais qui et Monsieur Khadir l’emporte dans son compté de Mercier. Au moment de son petit discours, impromptu, vibrant et poignant, il cite des paroles de chanson à contenu social du chanteur Claude Dubois. Quelque chose comme ceci:

Mais autour d’eux il y aura plus petit et plus grand
Des hommes [Amir Khadir dit ici: et j’ajouterais, des femmes] semblables en dedans
Comme un million de gens
Qui pourraient se rassembler
Pour être beaucoup moins exploités
Et beaucoup plus communiquer…

Suave. Unique. Touchant. Enfin des références au corpus des artistes socialisants du Québec, qui est vaste, inspiré, et trop enterré sous la fadaise creuse depuis des années. Sorte d’Obama microscopique, Monsieur Khadir régurgite alors, en rythme, son credo social, sous les viva! de ses partisans en larmes. Quand ceux-ci l’applaudissent, il les applaudit aussi, en retour. Il dit aussi que la souveraineté, c’est quelque chose de global et d’intérieur, ou quelque chose dans le genre, je cite de mémoire (enfin cela se ramène à: noyons un peu le petit poisson des chenaux nationaliste, il en sortira toujours quelque chose à gauche). En contemplant cet homme nouveau, doux, raffiné, humain, charmant, planétaire, cette Chandelle de Mercier, je me suis inévitablement souvenu de quand j’avais les quinze ans de mon fils, mon enfant, mon amour, mon avenir. C’était en 1973. Une poignée flamboyante de péquistes en bois franc pétaradaient alors dans le poêle, à l’Assemblée Nationale, contre le libéral putride Bourassa. C’était trois ans avant que le PQ de René Lévesque ne prenne le pouvoir… et seulement quelques années avant qu’il ne se fasse botter hors de l’Internationale Socialiste pour dérive droitière…

Essayez de ne pas vous faire récupérer trop vite par la petite politique politicienne de merde, Monsieur Amir Khadir, député provincial solidariste du comté de Mercier (et ex-candidat, au fédéral, pour le Bloc Québécois, parti centriste nationaliste – pas un bon point pour vous, ça…). Si je vous en parle comme ça, entre nous, c’est que, à vous tout seul, bon an mal an… vous êtes l’espoir de mon enfant…

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Sur la beauté féminine, mes vues sont celles du crapaud de Voltaire

Posté par ysengrimus le 6 août 2008

Notre époque vit une véritable hystérie à la beauté physique et ce nouveau mal du siècle frappe de plein fouet les femmes. Je n’entre pas dans les détails chirurgicaux et autres. Le ton est donné par la folie de ce temps. Nos petits machos androhystériques semblent pousser des appels d’orignaux en dictant leurs critères unilatéralement et abruptement. La culture intime des femmes semble relayer cette nouvelle oppression docilement (j’ai mes doutes là dessus, mais bon…) et, pour une raison d’époque ou pour une autre,  tout le monde (féminin) s’exalte sur le fantasme de façonner son corps à volonté, de se sculpter une beauté dans la chair, de se métamorphoser pour mieux plaire.

Dans cette ambiance particulièrement réactionnaire, cruelle et (im)pitoyable, une vieille crise philosophique semble refaire surface, comme un abcès intellectuel de fixation. La question du caractère subjectif ou objectif des cadres esthétiques. En effet, sous cette pluie compacte de diktats dans le retour en force des canons de beauté, cette dernière semble soudain se chosifier, s’objectiver et s’imposer à nous comme un fait matériel stable, immuable, solide, comme une force, une nature. Les agences de recrutement de mannequins, particulièrement odieuses en la matière, vous décriront sans sourciller le beau visage éternel, grands yeux, frontal élevé, mâchoire ceci, tempes autre chose, racine des cheveux cela. Il y aura même des courbes et des angles, comme au compas. Inutile de mentionner aussi les sacro-saintes mesures corporelles, vieilles lunes esthétiques faussement universelles, enracinées comme le plus pugnace des préjugés. Ajouter, pour compléter ce tableau objectiviste, l’invocation de critères abstraits tenant bien mal la route critique: symétrie corporelle, harmonie des proportions, équilibre du mouvement, élégance de la courbe et votre affaire est dans le sac. Aux yeux des gogos et des effarouché(e)s de tous barils, l’esthétique du corps féminin apparaît soudain comme une doctrine aussi rigoureuse que la géométrie ou la mécanique.

Oublions la femme une seconde, si vous le voulez bien, et concentrons notre attention sur la beauté artistique. Le mythe de l’harmonie des proportions ne tient pas devant les extraordinaires portraits d’un Picasso et l’équilibre du mouvement ne pèse pas bien lourds dans les incroyables distorsions mélodiques apportées aux rengaines de Tin Pan Alley et de Broadway par un Art Tatum. On pourrait multiplier les exemples de ce type à l’infini et, si vous n’aimez pas Picasso et Tatum qu’à cela ne tienne puisque justement des goûts et des couleurs on ne discute pas. Peut-être aimez-vous la Cinquième Symphonie de Beethoven alors (Po-Po-Po-Pom…). Elle a aussi un rôle à jouer dans notre argumentation vue que, quand elle fut jouée pour la première fois à Vienne en 1802, elle représentait un tel bouleversement esthétique que les gens sortirent de la salle en pestant et en criant à la cacophonie innommable. Le sublissime Po-Po-Po-Pom, “harmonie des proportions” rythmiques et “équilibre du mouvement” musical par excellence pour nous, choqua profondément ses contemporains, en marquant tapageusement le passage de la musique classique à la musique romantique. En fouillant de plus en plus la question, on se rend compte que la beauté artistique varie très profondément avec les époques historiques et qu’aucun critère objectif ne perdure durablement la concernant et ce, dans tous les Arts. Prenons l’affaire par un autre bout. Si on vous demande froidement: quel est le plus bel instrument de musique de tous les temps? Moi, je répond sans hésiter: la contrebasse (surtout jouée pizzicato par Blanton, Brown ou Mingus) et quelqu’un d’autre répond: le piano (de Brahms, de Liszt, de Chopin). Qui a raison? Mais tout le monde et personne, naturellement, vu que cela dépend des goûts de chacun.

Alors revenons à la beauté de la femme. Nos petits males Alphas social-darwinistes nous diront alors: oh, oh, oh, le cas de “nos” femmes est différent de celui de la beauté artistiques qui, elle, relève complètement de la subjectivité de la culture. Ici l’objectivité de la nature entre en ligne de compte. Nous sommes une espèce de primates qui sera attirée par telles caractéristiques corporelles et repoussée par telle autre. Le Beau physiologique se fonde dans les exigences de performance dans l’action pour la survie et la reproduction torride chez la fleur, chez la chatte, chez la femme. Mensonge aussi odieux qu’inepte. Une analyse historique détaillée de l’esthétique du corps humain nous montre qu’il n’échappe pas aux vicissitudes de l’Histoire. Il y a cent ans, une civilisation de crèves-faims lascifs et natalistes valorisait une femme enveloppée avec de petits seins et de bonnes hanches. Aujourd’hui, une civilisation d’obèses narcissiques et hédonistes valorise une maigrasse filandreuse à gros nichons physiologiquement impossibles (et requérrant, comme par hasard, des interventions de chirurgies esthétiques inexistantes ou inabordables il y a cent ans…). Un simple visionnement mémorialiste et NON SÉLECTIF (très important, pour ne pas projeter indûment nos fantasmes contemporains dans un passé alors automatiquement biaisé!) de vieux films et de bandes d’actualités du siècle dernier nous montrera que les critères dictant la beauté des femmes ont fluctué aussi amplement que les critères de beauté artistique et que, finalement, on ne se sort pas du caractère subjectif et culturel des options esthétiques. Nature, nature, la barbe avec la nature. Tous les goûts sont dans la nature! Quiconque essaie de vous faire croire que la femme-piano est objectivement plus belle que la femme-contrebasse est en train de vous en passer une petite vite en cherchant à vous imposer en douce son canon de beauté féminine, comme par hasard celui qui fera vendre la camelote qu’il fourgue (ici, pas de doute: il est en train de vous vendre un piano!). Les femmes ne sont pas des instruments de musique. Les femmes ne sont pas des objets. Leur beauté, qui est humaine bien avant d’être matérielle, ne peut pas vraiment être fixée ou dictée…

Historiquement les philosophes réactionnaires croient au caractère objectif de la beauté (exemple: Kant) et les philosophes progressistes croient qu’elle est dans l’oeil de l’observateur (exemple: Spinoza). Conclueurs, concluez. Et ici, c’est encore le vieux Voltaire qui mérite la palme de la justesse de ton. Dans l’article BEAUTÉ de son Dictionnaire philosophique, Voltaire, toujours bouffon et comique selon sa manière, nous explique que si on demande à un crapaud ce qu’il y a de plus beau au monde, il répondra sans hésiter une seule seconde: Il n’y a rien de plus beau au monde que ma femelle. Or, sur la beauté féminine, mes vues sont justement celles du crapaud de Voltaire…

Méditons sa sagesse...

Méditons sa sagesse...

Mesdames, cessez de vous tourmenter et de vous torturer: vous êtes belles exactement comme vous êtes. Le crapaud de Voltaire a parlé, en assumant avec sa sérénité (faussement) animale la pure et simple subjectivité de ses vues esthétiques. Méditons sereinement sa sagesse…

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La culture intime des femmes nuit-elle aux femmes?

Posté par ysengrimus le 23 juillet 2008

Commençons avec un chiffre qui, sans procéder directement des questions de sexage, dit tout: dans nos civilisations, 70% de la totalité des investissements qui sont placés, casés, transigés, boursicotés ou circulent sont en fait… les dépenses de consommation ordinaire. Le capitalisme mise encore massivement sur la pure et simple consommation de tous les jours et, si vous vous demandez pourquoi les démarcheurs sont toujours sur votre dos comme des frelons pour vous faire les poches, repensez simplement à ce chiffre crucial. Le capitalisme ne vit pas de la Bourse. Il vit de vous et moi. Ceci, pour dire simplement que la pression à la consommation, ce n’est pas une petite affaire. C’est un poids immense, constant, tangible sur nous tous.

Ensuite, pensons à l’intelligence de la petite fille. Plus avancée plus tôt que le petit garçon (ils se rejoignent éventuellement plus tard), la petite fille fascine par son pif précoce pour le jeu social et son aptitude fulgurante à décoder les règles explicites ou implicites émanant d’un modèle comportemental, individuel ou collectif. Ajoutons à cela un sens du devoir qui s’articule très tôt, une ouverture naturelle aux questions sociales, aux enfants, aux animaux, à l’habitat, aux opprimés du monde, pour conclure qu’on a affaire, avec la petite fille et la jeune femme, à une personne configurée mentalement avec un sens aiguë du devoir-faire et du devoir-être.

Pif précoce pour le jeu social et aptitude fulgurante à décoder les règles explicites ou implicites émanant d’un modèle comportemental...

Pif précoce pour le jeu social et aptitude fulgurante à décoder les règles explicites ou implicites émanant d’un modèle comportemental...

Posons ensuite l’axiome féministe sur lequel repose tout le raisonnement proposé ici. Toute régression vers des valeurs patriarcales qui replaceraient la femme en position de subordination socio-économique et ethnologique devant l’homme, comme celles longtemps imposées dans la société rurale ancienne, est non recevable. La libération et la valorisation de la culture intime des femmes sont là pour rester et leur caractère irréversible s’impose dans les faits effectifs autant que dans la totalité de nos représentations éthiques. Le problème n’est pas que la femme soit libre (devant un ordre révolu). Le problème est qu’elle est “libre” dans une civilisation contemporaine qui, elle, ne l’est pas…

Car il faut constater froidement un fait catastrophique que le féminisme classique n’avait pas prévu. La rencontre d’un vif sens féminin du devoir-être et du capitalisme consumériste effréné de notre temps produit un mutant mental et comportemental, un monstre socio-culturel particulièrement pugnace: l’auto-dénigrement morbide face à un modèle de féminité irréaliste car conçu exclusivement pour amplifier des réflexes de consommation qui, pour perdurer, se doivent de ne jamais se voir assouvis. La moindre pube de teinture pour cheveux contient le tout du drame en un micro-théâtre regrettablement tragi-comique. Femme Lambda dit à Femme Epsilon : «Tu te crois bien coiffée, Cocotte? Grave erreur! Regarde plus attentivement la racine de tes cheveux dans ce miroir. Oh horreur, tu n’es plus conforme au canon, tu débordes poisseusement du moule comportemental, tu trahis la morale élémentaire du Souverain Beau, tu es moche et méprisable… Pourquoi? Tout simplement parce que regarde: la couleur naturelle de tes cheveux revient te hanter à leurs racines. Imite–moi, moi femme éclatante, abstraite, théorique, illusoire, dont tu revendiques le prestige. Jalouse moi d’abord. Imite moi ensuite. Consomme régulièrement la teinture Zinzin. Tes cheveux seront alors un modèle pour celui des autres femmes qui te surveillent et te jugent…» Libre de tous ses choix, la femme est aussi libre… de vendre de la saloperie à d’autres femmes en les terrorisant, selon la configuration (et les tics, et les perversions) d’une intelligence qu’elle connaît parfaitement puisqu’elle en procède librement. Libérée du patriarcat antique, la femme n’en est pas pour autant libérée du capitalisme. Et, sous le capitalisme, la femme est une louve pour la femme… égale de plus en plus effective de l’homme (qui est un loup pour l’homme, sous le même régime social).

La configuration de leur intelligence étant ce qu’elle est, les femmes feront des leaders socialistes extraordinaires. Quand la société civile se concentrera sur les devoir qu’elle doit assumer envers elle-même, sur ses enfants, sur la paix et la nutrition dans le monde, sur un environnement et un habitat sains, sur le respect mutuel et la résorption du grossier, du brutal, du violent, la configuration mentale des femmes les amènera à mettre en forme une culture intime, puis une culture de la cité, qui nous poussera tous vers plus de sens des responsabilités, plus de justice, plus de décence, plus de grandeur. On y arrive. Un jour viendra… Mais sous le capitalisme consumériste, le sens du devoir des femmes se gauchit, se déforme, se transmute en une fixation morbide sur les modèles hypertrophiés (martelés pour vendre) et sur un stéréotypage conformiste des rôles, dont l’effet est particulièrement cruel, insensible, normatif et toxique. La déontologie féminine est fondamentalement incompatible avec le cynisme marchand (et menteur) du capitalisme. La première est l’avenir et l’espoir du monde contemporain. Le second est le carcan rétrograde qui empoisonne l’existence contemporaine de la totalité de la société civile.

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Le chêne et le roseau. Pourquoi l’épanouissement identitaire serait-il un communautarisme? Pourquoi le repli identitaire serait il un multiculturalisme?

Posté par ysengrimus le 16 juin 2008

L’un dans l’autre, la question de l’intégration multiculturelle ou pluriculturelle ou interculturelle rencontre deux traitements, celui du chêne et celui du roseau.

Le chêne: la France. La République se réclame d’un certains nombre de valeurs de base qui fonctionnent comme des principes axiomatiques. Tous les citoyens étant égaux devant la loi française (dont l’extraterritorialité est fondée et légitimée dans la ci-devant universalité -voulue ou réelle- des fameux droits humains – valeurs de 1789, que les ricains implémentèrent… en 1776, mais bon) et il faut se conformer. On ne touche pas plus à la laïcité qu’on ne touche aux congés payés. L’immigrant et ses descendants sont une sorte d’accident de parcours, un apport toléré s’il s’intègre, un candidat, serein ou rebelle, à l’assimilation. Politique identitaire est un terme péjoratif en France. Le concept central pour eux, c’est le communautarisme, synonyme de replis identitaire, de résistance indue face aux exigences élémentaire de la vie publique, de crispation passéiste.

Le roseau: le Canada. Terre d’immigration dotée de deux peuples fondateurs égaux en droits et en valeurs… sinon dans les faits. Décontraction très Nouveau Monde, ouverture (non exempte cependant d’un type tout particulier de condescendance onctueuse et bienveillante parfois presque fétide, oh que oui…). Toutes les religions, tous les restos, tous les langages. Port des couvre-chefs religieux autorisé partout, sans problème particulier. Tolérance est le maître mot, le calcul étant qu’une intégration saine et effective ne se fait pas sous la contrainte des lois mais par le serein exemple. Le Canada se réclame de la notion cardinale de multiculturalisme et l’épanouissement identitaire est une valeur endossée et promue. Huit personnes sur dix rencontrées sur la rue ignorent purement et simplement la signification glauque du mot communautarisme.

Attention important! Notez qu’il ne s’agit pas ici de reprendre le jugement de valeur porté par la fable de Lafontaine. Notre bon fabuliste n’est pas nécessairment un auteur réaliste! Si le chêne de la fable se déracine tandis que le roseau plie et reste indemne, la moindre promenade auprès d’un de nos beaux lacs canadiens vous montrera des roseaux ayant cassé net d’avoir été trop flexibles et des chênes ayant parfaitement résisté à l’orage…

Ceci dit, ces deux modèles gagneraient chacun à s’inspirer un peu de l’autre. L’exemple historique du Québec est ici particulièrement parlant. Au moment de la conquête anglaise de 1760, une population française de 60 000 âmes, implantée depuis plus de 150 ans, se retrouve subitement encadrée par un occupant n’alignant pas 20 000 gogos. Le cas est savoureux, piquant et fort utile à la réflexion car ici, c’est l’immigrant minoritaire qui tient le pouvoir économique et politique… Spontanément communautaristes, du communautarisme du charbonnier en quelque sorte, les canadiens français du temps voyaient à leurs affaires, leur religion de chapelle, leur cadastre rural, le mariage de leurs fils et de leur filles, leurs corvées villageoises, leur pot-au-feu, selon leurs lois, us, pratiques et coutumes traditionnels. Le conquérant, un peu ébahi par la cohérence bourrue de cette autonomie vernaculaire, a vite vu qu’il ne pouvait pas réformer et angliciser tout ça. Il a donc justement fait la part du feu. Les crimes, impliquant notamment mort d’homme, les arnaques majeures, les insurrections, seraient traités selon les lois de l’occupant. Pour le bazar de litiges, de cadastre, de récoltes, de constructions de chapelles et de mariages, arrangez-vous entre vous avec vos lois françaises. Le Québec a, encore aujourd’hui, un code civil français et un code criminel de common law britannique. Il tient aux deux, comme il tient fermement à son parlement de type britannique, où il traite ses affaires en français… En 1774, deux ans avant la révolution américaine, craignant que les français de la vallée du Saint Laurent ne veuillent s’associer à la république américaine naissante, les occupants britanniques du Dominion du Canada, toujours numériquement minoritaires, produisent la première loi multiculturelle ou interculturelle en terre nord-américaine, L’Acte de Québec. En un mot: OK les copains, vous pouvez rester catholiques, vous pouvez conserver la langue française, vous ne devez plus prêter explicitement serment au roi d’Angleterre. Les autres ont répondu Vive le Roi George! (en français) et les bataillons canadiens français eurent un rôle important à jouer pour empêcher la révolution américaine de s’exporter dans nos arpents de neige… Notons au passage qu’il y a donc, ici aussi, une république jouant un rôle de dynamo… extérieure, mais quand même…

Peut-on donner tort aux Québécois d’avoir continué de faire cuire leur couscous et de porter leurs voiles, si vous me passez l’analogie? Peut-on les accuser de replis identitaire pour avoir perpétué ainsi leur existence nationale, produisant une des cultures francophones les plus originale au monde hors de France, et imposant de facto à toute l’entité canadienne la notion profonde et définitoire de multiculturalisme, dont celle-ci, sans le dire trop fort, se serait bien passé autrement? Conseil d’ami: n’allez pas dire aux Québécois qu’ils auraient aussi bien pu s’assimiler, cela les crisperait fort. La notion d’assimilation est hautement péjorative pour eux. C’est purement et simplement la suprême exécration. La culture arabe de France ne pourrait-elle pas, modulo les ajustements requis, produire un résultat lumineux similaire? Par la force des faits, les britanniques paniqués des premières décennies de la Conquête de la Nouvelle France nous donnent la leçon du roseau.

Mais 250 ans plus tard, cette société québécoise, aujourd’hui laïque et moderniste, se rend compte soudain que cette souplesse anglo-saxonne qui fonda son existence commence à sérieusement gripper. Les québécois et les québécoises sont profondément féministes, le droit de la femme est pour eux un enjeu cardinal. Peuvent-ils reprocher à nos jacobins de Français, dans leur raideur et leur grandeur, de vouloir dire ça suffit! quand des pratiques juridiques inégalitaires grugent et compromettent de partout leur égalité républicaine qui est aussi un peu la nôtre? Sur le droit des femmes, si durement acquis, si fragile encore, si incomplet, la fermeté française en matière de replis identitaire (de ghetto ethnoculturel, de combines maritales louches, de magouilles d’immigration, d’oppression occulte de l’immigrante par l’immigrant – et, oui, comme la version française nous le suggère fortement, appellons un chat un chat) nous donne indubitablement la leçon du chêne.

Pourquoi l’épanouissement identitaire serait-il un communautarisme? Pensez au Québec, de plus en plus ouvert sur le monde et épanoui. Ce n’est pas un communautarisme. Pourquoi le repli identitaire serait il un multiculturalisme? Pensez aux femmes immigrantes ne bénéficiant pas effectivement des lois nationales et vivant incarcérées dans leur propre communauté, coupées du monde. Il n’y a pas grand chose de multiculturel là-dedans. Complexe.

Pensez, pensez… Pensez syncrétisme du chêne et du roseau…

Il faut doser ces deux apports, au cas par cas. Voile, bouffe, mariage, musique, héritage, patrimoine, tout doit y passer. Il faut patiemment tamiser. Chêne ici, roseau, là, Chêne pour ceci, roseau, pour cela, Il y en a pour une bonne génération. D’autres syncrétismes de grande valeur, ethnoculturels ceux-là, en émergeront, si c’est fait proprement… Je suis optimiste.

D’autres syncrétismes de grande valeur émergeront...

D’autres syncrétismes de grande valeur émergeront...

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Paru aussi dans CentPapiers

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Bill Clinton, cancre du sexage

Posté par ysengrimus le 29 avril 2008

Bill Clinton aura été nocif et nuisible aux vues de millions de femmes, y compris la sienne. Ethnologiquement parlant, Bill Clinton aura été le président du grand rendez-vous raté des américains avec le respect de la vie privée de leurs dirigeants. Sur Monica Lewinsky, ils passèrent en effet à deux doigts de quitter le ton de la potinade collective mijaurée et de dire «C’est pas de nos affaire. Ils font ce qu’ils veulent». Mais il a fallu que Bill Clinton bascule dans l’intimidation, le tordage de bras, les envois de gardes du corps en visite intempestive à son «adversaire». Derrière Monsieur Sourire se profila alors soudain Monsieur Fier-à-Bras et ce que les américains apprécient habituellement tellement en politique (étrangère notamment) se mit à clocher sur ce terrain là. Les femmes américaines surtout ne supportèrent pas ce genre de duplicité sur fond crypto-brutal. Elles furent profondément déçues et amères, surtout que la femme s’identifie toujours à la femme (Hillary, Chelsea, Monica, Paula…). Et le message collectif finalement fut: «Tord des bras et pète des gueules tant que ce sont des affaires d’état. Mais pour tes affaires de coeur, mon gars, ne manoeuvre pas comme ça, parce que ce sont les replis ordinaires de la nation que tu bafoues alors». L’erreur de mélanger le politique avec le privé, fondamentalement, c’est Clinton lui-même qui l’a commise. Le peuple américain ne fit que suivre, prisonnier de la logique malotrue que Bill Clinton avait instauré envers ces passades qu’il respecta si peu. Puis, pour parfaire le foutoir et lui donner toute l’amplitude des destins tragiques, il a fallu qu’il soit le mari de la première candidate de calibre à la Présidence de tous les temps. Le couple Clinton ne se sortira jamais de ce marasme qui les livra à la postérité subconscience de l’Amérique. Une bien triste leçon de l’histoire contemporaine des rapports de sexage.

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