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OBAMA et le Monde. Le Discours de Berlin

Posted by Ysengrimus le 25 juillet 2008

Obama en Allemange

Il est très important d’écouter attentivement le Discours de Berlin de Barack Obama (Juillet 2008). On y retrouve une macédoine centriste fine et subtile: terrorisme, drogue, environnement, sécurité internationale, tout cela dans le même bol à salade. Gauche, droite, faites passer le plat et servez-vous. Et finalement l’homme politique demeure assez ferme envers l’Europe, notamment avec une mention de la “générosité du plan Marshall” [sic], des vesses anti-soviétiques bien senties et une insistance assez pesante sur le pont aérien berlinois de 1948. En un mot: l’Europe est notre meilleur partenaire et… on ne lâchera pas notre bout du bâton dans l’affaire monde…

Le choix de Berlin est crucial. C’est une prise de parti sur le caractère non parisien ou londonien de l’Europe utile. L’Allemagne, troisième économie du monde, est subitement prise très au sérieux. Les commentateurs politiques français ne sont arrivés, face à ce discours tenu devant un quart de millions de berlinois, qu’à éructer pures fadaises de politologues pseudo-savants et retardataires. Après le «candidat noir» (racistes comme les français sont hélas devenus même sans s’en rendre compte, cela va leur prendre encore un bon moment pour comprendre que Tiger Wood et Oprah Winfrey ne sont «plus» noirs), voici maintenant le «jeune candidat démocrate au programme vague sans plus». Franchement là: la barbe. Il est parfaitement non avenu de présenter Obama comme une sorte de démagogue éclectique et semi-confus qui câline un peu tout le monde pour des votes. Cela procède d’une superficialité d’analyse sidérale ou pire, de la malhonnêteté intellectuelle de l’objecteur de droite inavoué. Écoutons attentivement -et la tête bien froide-  ce Discours de Berlin, tout y est. On a affaire à un centriste solidement méthodique qui va faire le pari « improbable » [sic] suivant: travailler à dissoudre les antagonismes politiques du siècle précédent, amalgamer subtilement les problèmes sociaux, accréditant les uns au risque des autres (le terrorisme, la pollution, l’inflation, c’est tout un… Comment? Simple: notre dépendance aux carburants fossiles cause, dans une dynamique unique, réchauffement climatique, crispation oligarchique des pétro-lobbyistes, poussées inflationnistes et terrorisme international!), durcir en Afghanistan et mollir en Irak, en abandonnant la guerre truquée des lobbyistes pétroliers au profit d’une guerre «morale» rétablissant le Souverain Bien Impérial. Il parle donc d’encourager les musulmans modérés à se distancier des musulmans extrémistes et la mission afghane viserait à cela. Cela fait bien plus justicier que la conflit pétro-pillard d’Irak, tout en contentant bellicistes et pacifistes d’un seul coup de plumeau. Méthode, méthode, méthode. Procédure calculée finement pour recycler l’impérialisme américain sur un modus operandi plus diplomatique, lui assurant un atterrissage en douceur.

Obama est aujourd’hui massivement populaire en Europe parce que le centrisme de méthode qu’il instaure confirme un déclin de la politique polarisée traditionnelle, et de la crédibilité des couleurs de parti, auquel l’homme et la femme de la rue s’identifient profondément, surtout, justement, en Europe. Le fameux syndrome suisse (faisons donc travailler tous les partis ensemble au bien commun en atténuant le grondement des hiatus idéologiques) est nettement aujourd’hui un syndrome européen. Tout le monde se rejoint en Obama. Il joue de synthèse. En effet, initialement, Obama émerge à gauche. La gauche politicienne classique reste un espace de conviction, un lieu où on ne transige pas avec la doctrine sociale. Pour la gauche il faut (ramener les troupes, cesser la gabegie, financer les besoins sociaux criants, etc). Sauf qu’Obama doit d’abord gagner. Politicien foncièrement fédérateur opérant depuis le tremplin d’une nation de retraités crispés, il se recentre donc en trois phases: l’électorat de Madame Clinton d’abord, la frange centre des Républicains ensuite, le monde occidental finalement. Il peut parfaitement le faire, mais pour ce faire il doit composer sans se dissoudre, ratisser large sans se diluer politiquement. La politique traditionnelle ne permet pas de dégager cela. Il faut se fabriquer un Nouveau Centre. Il avait prévu ce recentrage depuis le début. Écoutez ses autres discours, tout est là aussi, depuis même avant la course à l’investiture (réformer Washington, travailler ensemble par delà les clivages – du grand syndrome suisse version Coca-Cola)… Sauf que la gauche sociale, la gauche réformiste de la rue y voit –et c’est imparable- une atteinte à son sens de l’intégrité et de l’intégralité. Son choix inexorable prend vite forme devant elle, hideux: un Obama articulé, organisé mais recentré ou… la vieille droite. La gauche politico-sociale non-révolutionnaire qui croit encore aux urnes ne pourra donc que dire un jour: Votons Obama, hélas… Elle sera aspirée pour un bon bout de temps dans la synthèse centriste d’Obama. Je m’afflige de ce nouveau mirage, mais c’est un fait. La droite, rigide, foutue, de nouveau crispée et vieillotte, sera marginalisée hors de la même synthèse. Son recentrage à elle (McCain tente de se recentrer aussi – c’est bien dans l’air du temps) n’aura pas les dimensions de changement qualitatif de celui d’Obama, et mordra finalement la poussière… Septembre 2001 marqua la fin du vingtième siècle politique. Novembre 2008 marquera la début effectif du vingt-et-unième siècle (néo)politique…

Incontestablement, c’est un événement historique qui nous roule sous le nez en ce moment. Il va y avoir des réveils difficiles des deux bords du plateau politique à l’ancienne… mais cela procède tout de même de l’Historique. C’est, d’une certaine façon, aussi gros que la vente de feu de Gorbatchev du début des années 1990. C’est que l’impérialisme américain est un couteau planté dans la chair du monde. Et, l’un dans l’autre, Obama annonce: bon ça va faire, on sort le couteau de là. Et il va le “retirer de façon responsable” mais ça va crier de toute façon… et le sang va pisser de partout. Et il va botter le train des “alliés”, européens notamment – mais aussi tous les guignols des différents théatres, pour qu’ils “fassent leur part” dans l’application du Nouveau Cataplasme. Un impérialisme en repli, ça crie aussi, et ce n’est pas le paradis… Sans compter les divers intérêts bellicistes qui ne voudront pas de ce mouvement de retrait de la lame et qui vont forcer pour la ré-enfoncer… ouille, ouille… Et de fait, quand l’Amérique manifestera de nouveau la dureté doctrinale de la nette constance impériale de ses choix post-impériaux face au monde, il faudra se souvenir de la rigidité bien enveloppée, de la main de fer d’Obama dans son déjà fameux gant de velours rhétorique, lors du Discours de Berlin.

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Paru aussi dans CentPapiers et (en version actualisée) dans Les 7 du Québec
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