Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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COÏNCIDENCE…

Publié par Paul Laurendeau le 1 avril 2011

Qu’on le constate froidement ou qu’on cherche à la nier, l’idée de coïncidence nous hante tous, à des degrés divers. Il s’agit, je ne vous apprend pas ça, d’une concomitance ou d’une succession fortuite d’événements dont la configuration est si harmonieuse et surprenante, dans son élégance, son équilibre, sa symétrie, autant que dans son imprévisibilité et son improbabilité, que l’on est comme irrésistiblement poussé à en inférer des causalités profondes ou secrètes, parfaitement inexistantes. Les coïncidences, dans l’ambiance exempte de sacré et de magie de notre temps, ont souvent tendance à susciter de fortes poussées d’irrationalité (grimées faussement en «vérités scientifiques») dans les esprits impressionnables et à leurs faire délirer des configurations secrètes de l’existence sociologique ou cosmologique, parfaitement non étayées.

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La toute première coïncidence qui marqua mon imaginaire débridé est celle de la si fameuse dualité Lincoln-Kennedy, que je découvris dans un petit journal de faits insolites quand je devais avoir quinze ou seize ans (vers 1973 environs). Je tapai pieusement ce texte à la machine à écrire et le gardai dans mes poches de collégien pendant de longues années, le montrant au tout venant et recueillant les réactions, tant irrationnelles que rationnelles, qu’il ne manquait pas de faire pétarader. Je vous le livre ici, sans vérification (il n’est pas intégralement fiable du point de vue des faits, point s’en faut), pour protéger l’origami fragile du montage coïncidencesque.

La dualité Lincoln-Kennedy. Notez que, dans cette cascade de coïncidences célèbre, tout n’est pas immédiatement vérifiable (je pense aux noms des secrétaires des deux présidents notamment, qui, je dois le dire, me laissent fort sceptique) et il y a une bonne enfarinade de faits fortuits inclus uniquement pour épaissir la sauce (deuil maternel des épouses, implication des deux victimes dans les droits civiques, zigomars aux noms commençant par la lettre G). La version originale de ce document donnait d’ailleurs Lincoln et Kennedy comme étant les deux seuls présidents américains à avoir été assassinés, ce qui est une fausseté factuelle (James Abram Garfield fut assassiné en 1881, William McKinley fut assassiné en 1901, tous les deux par arme à feu). Les dates, incroyablement symétriques, et les nombres de lettres sont eux, pas contre, parfaitement retracables, pour ce que cela change dans la grande équation des choses…

- Morts assassinés, John Fitzgerald Kennedy et Abraham Lincoln sont deux présidents majeurs qui ont dû résoudre des questions de droits civiques au cours de leur présidence.

- Lincoln est entré au Congrès en 1846 et a été élu président en 1860. Kennedy est entré au Congrès en 1946 et a été élu président en 1960.

- Lincoln et Kennedy ont tous les deux été mis en nomination, pour leurs investitures respectives, par un homme dont le nom commençait par la lettre G.

- Les successeurs de Kennedy et de Lincoln s’appelaient tous les deux Johnson. Ils étaient tous les deux des sénateurs démocrates du sud. Le successeur de Lincoln, Andrew Johnson, est né en 1808.  Le successeur de Kennedy, Lyndon Johnson, est né en 1908. Tous deux sont morts une décennie environ après l’assassinat des deux présidents, soit en 1873 pour Andrew Johnson et en 1973 pour Lyndon Johnson.

- L’assassin de Lincoln, John Wilkes Booth, est né en 1839. L’assassin de Kennedy, Lee Harvey Oswald, est né en 1939. Ces deux assassins étaient des extrémistes du sud adhérant à des idées impopulaires. Ils ont été eux-mêmes tous les deux assassinés par arme à feu, sans jugement.

- L’assassin de Lincoln a tiré sur le président depuis un théâtre et s’est réfugié dans un entrepôt. L’assassin de Kennedy a tiré sur le président depuis un entrepôt et s’est réfugié dans un théâtre.

- Lincoln et Kennedy sont morts un vendredi, en présence de leur femme, d’une balle tirée dans le dos et dans l’arrière de la tête, en une année impaire des années 1860 (1865 pour Lincoln) et 1960 (1963 pour Kennedy).

- Les épouses des deux présidents ont perdu un enfant alors qu’elles résidaient à la Maison Blanche.

- Le secrétaire de Lincoln, qui s’appelait Kennedy, lui recommanda de ne pas aller au théâtre. Le secrétaire de Kennedy, qui s’appelait Lincoln, lui recommanda de ne pas aller à Dallas.

- Les noms Lincoln et Kennedy contiennent chacun 7 lettres.

- Les noms Lyndon Johnson et Andrew Johnson contiennent chacun 13 lettres.

- Les noms John Wilkes Booth et Lee Harvey Oswald contiennent chacun 15 lettres.

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Les quatre (ou cinq) coïncidences personnelles de Paul Laurendeau. Sur un modus operandi beaucoup moins douloureux, moi aussi j’ai vécu mon lot personnel de coïncidences sidérantes. Je vous les livre ici. Faites–en ce que vous en voulez. C’est du vécu pur sucre. Garanti sans défaut, ni enjolivure. Ceci dit, il faut bien le dire, j’ai aussi vécu des centaines de milliers d’autres événements, isolés ou combinés, qui étaient, eux, exempts de la moindre coïncidence.

1-     Je viens juste d’être embauché par une université anglophone de Toronto et vais devoir donner un cours de français dans lequel un ouvrage spécifique est à l’étude. Ne connaissant pas encore la ville et surtout, ne sachant pas où on achète des ouvrages en français à Toronto, je gamberge depuis un moment au sujet de cet ouvrage en français que je vais devoir dénicher d’une façon ou d’une autre, afin de pouvoir préparer mes séances. Je suis dans le métro de Toronto, dans un recoin de cette ville de trois millions d’habitants situé bien loin de la fac, et je rumine cette idée, donc. Sur un des embarcadères de transition entre les rames, je croise une jeune femme. Elle tient à la main fort ostensiblement exactement l’ouvrage que je cherche. Sidéré, je l’aborde. Elle m’explique qu’elle suit le cours que je vais commencer à donner dans quelques jours (dans l’université où j’enseigne mais dans une autre section. Je n’ai jamais revu cette personne) et elle m’indique où aller me procurer l’ouvrage recherché.

2-     Je suis dans le métro de Toronto, station Union, la station de métro qui raccorde avec la grande gare ferroviaire Union, et voilà que sortent d’une rame, une demi-douzaine de touristes français. Ce sont des monsieurs et des madames Tout-le-Monde charmants, bien hexagonaux de leurs personnes. Ils cherchent leur chemin au centre-ville de Toronto, en s’informant au tout venant, dans un anglais difficultueux. Je les aborde en français et me propose de les aider à trouver ce qu’ils cherchent. On fraternise et, en bavardant, ils m’expliquent qu’ils font un grand voyage de tourisme de cinq semaines qui les mènera dans quatre provinces canadiennes, dont, naturellement, le Québec. Aucun détail plus fin ne m’est fourni sur leurs pérégrinations des prochaines semaines. Je les quitte et n’y repense plus. Trois semaines plus tard, je me dois de me rendre à Québec pour un colloque. Je viens juste de descendre de mon train à la gare de Sainte Foy et je me tiens devant un autre train, cherchant un peu mon chemin. Qui descend du wagon qui est fortuitement tout juste devant moi? Ma demi-douzaine de touristes français de la Ville-Reine. Nous éclatons de rire tous ensemble, comme des bossus, parfaitement sidérés par ce moment incroyablement insolite.

3-     Je suis dans le RER à Paris, à la station Maubert-Mutualité, pendant une grève de la RATP. Le service est réduit et le quai du RER est archi-bondé. Un foule résignée et incroyablement compacte se presse pour tenter de s’enfourner dans les rares rames que les services essentiels maintiennent en fonction. Une indienne en sari contourne d’autres personnes et s’avance directement vers moi, non sans avoir navigué et joué des coudes dans la masse des chalands pour me rejoindre. Elle me demande en anglais la direction pour la Place de l’Étoile. Je la lui indique et, un peu interloqué quand même, je lui demande pourquoi elle a fait ce détour évident dans la foule pour venir s’adresser spécifiquement à moi. Elle m’explique, en toute simplicité, qu’elle avait juste le sentiment, sur la foi de mon apparence, que je parlais anglais. Quatre jours plus tard, à Roissy, je monte dans l’avion me ramenant à Toronto. Qui vient s’asseoir à côté de moi et partage en ma compagnie une conversation de voyage fort agréable? Mon indienne en sari de la station de RER Maubert-Mutualité. Son sourire est radieux mais elle n’a même pas l’air sidérée, contrairement à moi.

4-     Encore le métro de Paris, mais cette fois-ci, il est deux heures du matin et ses corridors labyrinthiques sont complètement, sidéralement et intégralement déserts. J’y marche depuis de longues minutes, mes pas claquant en écho sur le sol. Je vais, suivant les indications si précises de ce superbe dispositif de transport public et je ne rencontre pas âme qui vive. Paris est une ville de dix millions d’habitants et, cette nuit là, il n’y a vraiment personne dans son métro. Vais-je rentrer à la Cité Universitaire sans avoir coudoyé le moindre chaland? Non, tiens, je finis par rencontrer, au hasard de cette intrication de vastes corridors vides, un couple d’un certain âge, qui s’étonne autant que moi que tout soit si intégralement désâmé. On fraternise, inévitablement, en rase campagne comme ça. Or, non seulement ce sont deux québécois, ce qui était encore passablement rare à Paris à cette époque, mais en plus, ils connaissent un bon copain à moi avec qui j’ai fait mes études de premier cycle universitaire, dans les glorieux Cantons de l’Est, et que je n’ai pas revu depuis des années. Je ne vais pas vous enquiquiner avec des histoires intempestives de probabilités statistiques, l’anecdote parle d’elle-même.

5-     À ce point-ci, il faut ajouter une cinquième coïncidence, une coïncidence de coïncidences en quelques sortes. Toutes ces grandes, ces immenses coïncidences de ma vie ont eu lieu dans les transports publics… Et de fait, pour la jouer ici comme dans la dualité Lincoln-Kennedy, toutes ces grandes coïncidences de ma vie impliquèrent des rencontres (quatre fois), à Toronto (deux fois) et à Paris (deux fois), soit avec des femmes plus jeunes que moi (deux fois, une à Toronto, une à Paris), soit avec des couples plus vieux que moi (les deux autres fois. Un couple une fois à Paris, plusieurs couples l’autre fois à Toronto et Québec). Y eurent un rôle à jouer soit la foule (une fois), soit l’absence de foule (une fois) ainsi que le passage vers un autre mode de locomotion (deux fois: le train et l’avion). Ces coïncidences impliquèrent en plus soit une rencontre se réitérant (deux fois) soit une rencontre ponctuelle unique (deux fois). S’y manifestèrent une interaction cordiale avec des gens que je n’ai jamais revu dans tous les cas, un rapport à la langue française (deux fois), anglaise (une fois), ou à aucune langue spécifique (une fois). Inutile de dire, pour conclure en grande, que j’ai respiré soit par la bouche, soit par le nez, soit les deux, dans tous ces cas, que j’ai cligné des yeux dans tous ces cas, et que mon cœur ne s’est arrêté de battre dans aucun de ces cas. Voilà. Vive les coïncidences. Elles instillent un insolite bien durillon, dans l’existence la plus mollassonne.

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Les coïncidences instillent un insolite bien durillon dans l’existence la plus mollassonne …

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L’étrange et insidieuse pérennité mentale de la publicité

Publié par Paul Laurendeau le 15 décembre 2010

Si on sortaient du coffre-fort toutes nos ziziques pis nos vieux sons
J’vous dit qu’ca f’rait tout un pow-wow, j’vous dit qu’ça f’rait toute une chanson.
Ça fait qu’nous autres on reste assis à chantonner su nos galeries
Des airs ou des paroles en l’air ou l’thème d’un commercial de bière…

Michel «Plume» Latraverse, Une chanson pour nous autres (1976)

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Allez, allez, faites tourner le vieux gramophone au disque rayé: Mettez un tigre dans votre moteur! C’est le vrai de vrai, c’est Coke, qu’on déguste à présent, universellement, c’est le vrai de vrai, Coca-cola c’est Coke! On est six millions, faut s’parler, on est six millions de presque parents, faut s’parler… D’la Molson c’est c’qu’on boit chez nous! Tell me, what does it mean? At McDonald’s, it’s clean! Qui ne subit pas les insidieuses séquelles mentales, sensorielles (auditives ou visuelles), de la publicité d’aujourd’hui ou de jadis. On a tous son imputrescible petit percolateur à réminiscences publicitaires dans la tête, pour le meilleur et (plus souvent qu’autrement) pour le pire. Mais, par delà les émotions diverses de nostalgie ou d’agacement (c’est selon) que le tout de la chose charrie inévitablement avec soi, une question fondamentale perdure, lancinante: la pube marche-t-elle, conditionne-t-elle, fait-elle effectivement acheter? Bon, on a tous, un torride jour d’été, eu subitement envie de boire un bon 7up en voyant bruisser tumultueusement l’incola en cascade glacée de quelque pube télé, sadiquement sensible (ou insensible) aux variations météo du moment. Mais peut-on en conclure que ça marche vraiment? Alors, on va touiller ça un petit peu, aujourd’hui. C’est qu’Ysengrimus -vous vous en serez avisés- en est arrivé à l’âge parcheminé où le cerveau, tant sursaturé que chambranlant, régurgite son fiel par jets torves et  aléatoires. Autant profiter alors du flux grognassier, pour enrichir minimalement la réflexion fondamentale, si tant est. Indubitablement, l’étrange corpus des pubes influenceresses est titanesque et je vais devoir m’en tenir ici à quelques petites aventures distinctivement représentatives, fonctionnant d’ailleurs chacune comme un cas d’espèce bien circonscrit. Ce seront des aventures de vieux, naturellement. Bienvenue dans la mangeoire suspecte d’un marmouset vorace blanchi sous le harnais, en consommant les merdes ambiantes d’un siècle (espérons-le) révolu. Au fait, pourquoi me concentrer ici sur les vieilles pubes, me direz-vous? Réponse (les autres quinquagénaires du rond me comprendront): les pubes contemporaines ne me sollicitent plus guère. Elles rebondissent stérilement sur le halo revêche de ma psyché bardée, braquée, chenue et hostile comme des coups de pieds sur un âne mort. Je n’achète rien de ce qui est de nos jours pubé, j’ai souvent le réflexe hargneux diamétralement opposé. Mais, attention, oh, attention, il y a ici un peu plus. Ysengrimus grogne sur le monde publicitaire, tabouère, mais surtout, il susurre ici l’axiome original fondant le présent billet. Malgré sa visée propre, inexorablement instantanéiste, c’est à long terme que la pube fait en fait sentir ses effets les plus imprévisiblement pervers, corrosifs, actifs, étranges, biscornus, bizarres, insidieux, délétères… La seule affiche publicitaire qui m’ait servi récemment d’aide-mémoire, si vous voulez, c’est l’annonce de l’exposition Paul-Émile Borduas au Musée d’Art Contemporain, dans le métro de Montréal. C’est dire… Le reste des pubes de mon présent me laisse insensible et/ou agacé et/ou las. Mais, par contre, les pubes de mon lointain passé de tendron… là… hon, hon…

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DOCTOR PEPPER RETARDATAIRE. J’ai sept ans environ et je vois régulièrement à la télévision une spectaculaire publicité de la boisson gazeuse Dr Pepper. D’un cageot de bois fort similaire à celui-ci:

une bouteille de Dr Pepper lévite subitement, comme par enchantement, s’envole, gire, tournoie, tourbillonne, perd sa capsule et le merveilleux breuvage rouge sombre jaillit en fontaine giratoire, se disperse, s’éparpille, sous des flux de lumière, pendant que la belle voix énergique de l’annonceur invisible baratine le produit. Ce genre d’effet spécial visuel est plutôt rare à l’époque et je suis émerveillé, captivé, subjugué, assoiffé. Consommateur assez assidu de boissons gazeuses dans mon enfance, j’ai bu du Coca-Cola (régulier, diète, cerise), du Pepsi Cola, du 7up, du Sprite, du Bubble Up, du soda mousse Snow White, du soda gingembre Canada Dry, de la racinette, de la bière d’épinette, des orangeades (Fanta et Crush surtout), des boissons gazeuses diverses de marques Kik, FBI, PopShoppe, A&W, Royal Crown (leur cola est sublime) et j’en oublie certainement. Fait crucial et indubitable pourtant, de toute mon enfance et mon adolescence, je n’ai jamais absorbé une seule goutte de Dr Pepper. Dire qu’une frustration, lancinante, occulte, souterraine et amère, s’est accumulée, dans mon petit cœur serré et sevré, de ne pas avoir assumé ma baignade dans la fontaine jaillissante du Dr Pepper publicitaire de mon enfance n’est pas, je crois, une formulation excessive. Enfin les années passent. Tempus fugit et bis repetitas…Tant et tant que, vers 1994, j’ai la bonne trentaine qui sonne, je vis à Toronto et, dans un magasin général près de chez moi, j’aperçois soudain ceci (pas en photo ou en illustration, hein, en vrai) et ça me glace, me fige, tout en me submergeant du plus insatiable des désirs:

Comme en éclatant, la pube oubliée du Dr Pepper de jadis jaillissant hors de sa bouteille et s’éparpillant sous un flux de lumière me revient instantanément à l’esprit, ainsi que la belle voix tonique de l’annonceur invisible (la sensation percussive du son de sa voix seulement, pour tout dire, les paroles explicites ne me reviennent pas, elles, sauf le nom du produit naturellement). Dont acte. Assouvissement. Je me mets d’abord au Dr Pepper régulier (la canette rouge). Vite, il s’avère proprement imbuvable, pour mes pauvres papilles désillusionnées d’adulte, parce que, là, ouf, vraiment trop sucré, et je passe donc au Dr Pepper diète (la canette argentée). Juste parfait. Ce sera mon exclusive boisson gazeuse pour une bonne douzaine d’années. Vous avez bien lu. Aujourd’hui, je suis revenu au Coca-Cola (régulier et diète) mais… je vous laisse à méditer, autour de cette première aventure, quel événement causa cette consommation unilatérale et assidue d’un produit, près de trente ans après le visionnement de la pube en faisant la promotion: le charme publicitaire effectif de l’époque ou alors… la frustration amplifiée de ne pas avoir assouvi ce petit désir infantile, au temps de son adéquation et de son archaïque innocence?

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IRISH SPRING EN RÉMINISCENCE. Quand nous sommes arrivés dans notre vénérable maison de campagne, le précédent propriétaire, un entrepreneur en construction célibataire parfaitement charmant que nous nommerons monsieur Buzbee, avait dû quitter précipitamment la résidence pour aller voir à ses affaires dans l’Ouest canadien. Il avait donc laissé un certain nombre d’objets personnels dans le grenier, les appentis et certaines salles de la maison. L’objet le plus intime que nous a abandonné monsieur Buzbee est un superbe savon de marque Irish Spring, fondu à peu près du tiers et qui, tapi sur le porte-savon du bain, se présente à peu près comme ceci:

C’est la seconde fois de ma vie que j’établis un contact personnel direct avec ce savon de corps pour homme bien connu. J’en avais utilisé un, volé sans doute comme disait Brassens de son parapluie, vers l’âge de seize ans, dans la douche du sous-sol de la maison parentale et, quoique l’affaire ait été sans lendemain, je n’en avais pas oublié l’odeur. Un mot, pour ceux qui aiment se gargariser de marketing, sur l’ingénierie sensorielle de ce produit de choc. Doté d’une senteur qui lui est donc ostensiblement spécifique, ce savon pour homme est de deux teintes de vert et il est fort originalement courbé. Il est reconnaissable entre mille et, même tout nu, on revoit mentalement son emballage noir et vert, et sa pétaradante identité est parfaitement indubitable: Irish Spring («Ruisseau irlandais» ou «Printemps irlandais»). Que faire de cet objet, menu et incongru, me dis-je alors. Le jeter, c’est du gaspillage. Le poster à monsieur Buzbee sur son adresse en Saskatchewan me parait aussi délirant qu’inapproprié. Il ne reste donc plus qu’une solution, à la fois respectueuse, modeste et sensée: l’utiliser. Me doutant que mes fils, Tibert-le-chat et Reinardus-le-goupil, auraient le dédain de s’impliquer dans l’utilisation d’un savon usagé ayant appartenu à quelqu’un d’autre, je me dois donc de payer de mon impudente personne. C’est en entrant dans la douche, ce savon orphelin à la main, que la dimension savoureusement multimédia de l’expérience se met alors en place. L’intégralité d’une pube télévisuelle vieille d’au moins une génération me revient subitement à l’esprit. Un irlandais tonique et sympathique portant casquette et pantalon de prolo, sur fond verdoyant et pluvieux d’Irlande, tire un canif de sa poche et pèle le rebord du savon Irish Spring, en vous baratinant (je me souviens de son sourire éclatant mais le texte du baratin m’échappe, tant dans la v.o. que dans la v.f. dont je sais par contre qu’elle était fort mal doublée, avec la bouche de l’irlandais qui ne bougeait pas avec son texte). Saperlipopette, il pèle le rebord du savon vert -double-vert- et courbé -spécifiquement-courbé- avec son canif, cela ne s’invente pas. Il fait cela, en je ne sais quelle démonstration parfaitement oiseuse et inutile, mais qui en jette un max. Je revois tangiblement l’acier mat de la lame du canif et les pétales de copeaux de savon. Quel accaparement parasitaire des sens, quand on y pense! Mieux, j’entends encore parfaitement le petit air musical de flûtiau irlandais de la pube et le sifflote même allègrement sous la douche, en me savonnant avec le vieux savon oublié de monsieur Buzbee. Cette pube, que j’avais bel et bien oubliée, elle aussi, et qui n’habitait aucunement la conscience consciente de mon moi conscient avant que je revoie le produit, agit pourtant bien ici, en moi, d’une façon ou d’une autre. Et solidement encore. Vous ne me direz pas qu’elle n’est pas intimement chevillée audit produit, cette salade verte commerciale si ruisselante et si spécifique, comme un mot dont on comprend le sens est chevillé pour notre esprit à son halo sémantique. L’association conditionnée est bien en place, rien à redire. Mazette, elle fonctionne même à rebours. La présence fortuite du produit dans ma chaumière fait fatalement revenir la pube dans mon esprit, alors que nos publicitaires préféreraient probablement que ce soit la présence fortuite de la pube dans mon esprit qui fasse fatalement (re)venir le produit dans ma chaumière! Sauf que, que s’est-il tant passé ensuite? Bien rien. J’ai fini de consommer le bel et bon savon Irish Spring de monsieur Buzbee et je suis ensuite revenu, droit comme un cèdre, à mes vieux savons Ivory Neige jaunis, achetés en vrac en 2004, et dont la réserve me durera bien dix ans encore… Si tangible et amusante qu’elle ait été, la réminiscence pubarde ne s’est pas, ici du moins, convertie en vente effective.

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MES BOULANGERS POM, ILS SONT TOUJOURS AVEC MOI! Toujours est-il que ce jour là, il s’avère que je suis vraiment tanné du pain biologique, organique, foncé, frappé, santé, entier, complet, brunet, incompréhensible. C’est méchant, c’est pas marrant, c’est snobinard et y en a marre. Je me pointe donc au supermarché avec la ferme intention de consommer, nommément, en l’occurrence, de m’acheter un bon pain Weston blanc, en tranches, comme dans le bon vieux temps. Misère de petite misère. Il faudrait faire une sociologie qualitative (avec commentaires pesteurs appropriés) et quantitative (avec statistiques, intempestives ou non) du consommateur se rendant dans un commerce avec un produit à consommer dans l’esprit et ne le trouvant désespérément pas. De pain Weston point, donc. Par contre, je tombe sur ceci:

Oubliez le pain brun et j’oublierai de vous signaler ce qu’il m’évoque. Concentrez votre attention ici sur le pain blanc. Il est de marque POM. Je pose la main dessus, en sent tactilement la texture suavement moelleuse et soudain, vlan, un slogan verbal vieux de plusieurs décennies explose dans mon cerveau. Une voix féminine s’exclame joyeusement: Mes boulangers POM, ils sont toujours avec moi! C’est tout ce que j’ai. Je ne suis même pas absolument certain de la formulation verbale exacte de ce slogan de baratin pubard, mais il s’agit bien de quelque chose comme ça, vu que le commercial d’autrefois misait sur l’âge vénérable du conglomérat de boulangers montréalais POM (qui date de 1890). Je vois aussi, pour tout dire, les camions de POM parcourant les villes et villages de mon enfance et de ma jeunesse, avec ces trois boulangers à longs chapeaux blancs de cuistots encadrant le P, le O et le M de leurs bras et de leurs corps. Le slogan verbal et les affiches sur les vieux camions, donc, c’est ça qui me revient, voilà. Le tout, fermement, en vrac dans ma caboche affamée, frustrée et bonasse. Voyez-moi au supermarché. Écoeuré des inextricables pains modernes à la con, je cherche un pain blanc de mon temps. Je cible explicitement Weston, pour son goût sublime, inégalé. Cuisante frustration, je ne le trouve pas. D’autre marques de pain blanc tranché s’offrent (s’imposent) alors à moi. Des théories de pains tranchés, renfrognés, rébarbatifs et anonymes, sur de longues tablettes, en cascade, en rafale. Une tapisserie panesque et panique, une mosaïque, une fortification, une muraille cyclopéenne de pains blancs en sachets de plastique. Je vais consommer, je le sais, c’est fixé. Picotement dans les papilles et dans les jointures de doigts, je suis en condition, je suis ici pour ça. J’assume. Il ne me manque qu’un signe… La marque POM l’emporte alors, à l’arraché, sur toutes les autres, à cause de l’appui inattendu de cet ancien slogan verbal et de ces vieilles illustrations de flancs de camions, ayant dormi trois ou quatre décennies dans mon subconscient, sans rien y faire de spécial, en attendant de bondir hors de la machine, comme quelque vieux clown sur un ressort. Savourez la subtile adéquation du texte, au demeurant. Weston est à vauvert mais au moins POM est toujours là, avec moi, quand le besoin s’en fait sentir. Cette marque de pain a battu en moi tous ses autres concurrents (sauf Weston qui la remplacera, si jamais je la trouve). Et la vieille pube embusquée dans ma mémoire ici, l’honnêteté intellectuelle m’oblige à l’admettre, a bel et bien fait la différence. J’achète du pain POM régulièrement en ce moment et ce slogan collégial, flagorneur et compagnon est toujours à sautiller sur mes lèvres quand je passe à l’acte contrit d’achat.

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DE LA MONNAIE SUR UN DOLLAR. Toujours au chapitre des produits insupportablement indisponibles dans lesquels à belles dents on remordra le jour où on les reverra, même à des années d’intervalle, je me dois de vous confier que mon comptoir de hamburgers à la chaîne favori (et je les ai testé tous, dans plusieurs pays) reste A&W. Je vous coupe le détail gastronomique, pourtant sublime, pour bien insister sur le fait que cela n’a, alors là, rien à voir avec leurs stratégies publicitaires, dont je me fous éperdument, et tout à voir avec le goût extraordinaire de certains de leurs hamburgers-fromages qui rappellent tellement les délices inimitables des vrais grills à l’ancienne. Manque de bol, pour trouver un A&W digne de ce nom sur Montréal, il faut faire tant de détours et de circonvolutions que cela transforme la notion de restauration rapide en une cuisante et satirique antithèse. Je dois donc, plus souvent qu’à mon tour, me rabattre, la papille en berne, sur le vaste et serein McDonald’s de la Gare Centrale, dont la superbe exposition de photographies ferroviaires anciennes ne rehausse en rien, malheureusement, la tristounetterie de la table. La réminiscence publicitaire me vient alors non au moment de consommer, ce qui est déjà en soit parlant, mais au moment de payer. Le baratin verbal d’une pube télé de Macdo de mes belles années ado se ravive alors implacablement en moi, avec une grinçante tendresse ironique. Un homme bien coiffé, frais et rose, se fait gentiment servir au comptoir impeccable d’un Macdo irréel par une Demoiselle Sourire en uniforme, tandis que l’animateur invisible nous livre, d’une voix feutrée et onctueuse, le baratin suivant, inoubliable. Quand vous achetez un repas complet chez McDonald’s, non seulement vous recevez un savoureux hamburger fait de bœuf pur à 100% et grillé à point, une portion de frites délicieuses et une boisson gazeuse impeccablement fraîche (on voit ces objets merveilleux se faire déposer, un à un, dans le sac du client, par la charmante serveuse-sourire, au maintien impeccable, à mesure que le baratin les énumère) Quand vous achetez un repas complet chez McDonald’s, vous recevez aussi quelque chose qui se fait, de nos jours, de plus en plus rare: de la monnaie sur un dollar. Ici le regard du client surpris et celui de la serveuse intègre se croisent et la piécette que la serveuse vient de rendre, de déposer dans la paume du client, scintille, pétille et reluit, un peu comme ceci:

Il la fait alors sauter dans sa paume et se barre en souriant, lui aussi, radieusement. De la monnaie sur un dollars! Il fallait le chier, quand même, vous me direz pas. Inutile de vous annoncer en primeur que, fluctuations inflationnistes obligent, cette pube n’existe plus depuis belle lurette. Or l’aventure est singulière ici, inédite, en fait. En effet, admettez-le avec moi, on fait bel et bien ici face à un cas de pube ancienne qui nuit sciemment à la crédibilité du produit actuel bien plus qu’elle ne le sert. On ne peut, au jour d’aujourd’hui, sur la base de cette réminiscence publicitaire d’avant-hier, que se dire que non seulement leur merde est moins bonne qu’avant, mais qu’en plus, ma foi, elle coûte désormais bien trop cher pour ce qu’elle est…

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EUH… C’ÉTAIT LA FAUTE DE L’AUTRE Un cran plus loin, j’ose aussi attester qu’il est même possible de garder en soi, ou avec soi et ses pairs, un phrasé publicitaire, pendant des décennies, bien explicite, bien mémorisé cette fois, pas subconscient du tout, au sein de sa culture vernaculaire, sans même se souvenir du produit qu’il pubait initialement, et ce, pour des raisons qui, de surcroît, n’ont plus rien de publicitaires. Les exemples de ceci sont légions. Voici le mien. Pendant les parties de hockey télévisées de mon enfance, à cette époque tendre de ma vie où les dessins animés étaient une telle source d’attention sans distraction et de plaisir sans mélange, on voyait apparaître, plusieurs fois par partie de hockey du samedi soir, un petit perso, très fier de lui, au volant d’une rutilante voiture rouge. Ce n’était pas ce perso de l’illustrateur contemporain Chud Tsankov:

mais c’était quelque chose de très approché. Oh, oh, je le vois encore. Ce petit perso revient donc plusieurs fois par soirées de hockey, nous hanter. Il s’agit certainement d’une pube pour de l’assurance ou quelque chose dans le genre, car le dialogue suivant, entre l’animateur invisible et le petit perso dans sa bagnole rouge, se met en place (je cite de mémoire, en m’excusant pour d’éventuelles inexactitudes):

Animateur: Jolie voiture!
Perso: hmm–hmm.
Animateur: C’est un modèle récent?
Perso: Assez récent.
Animateur: Elle a du kilométrage?
Perso: Un petit peu, mais pas trop…
Animateur: Elle est en parfaite condition?
Perso: En bonne condition, disons…
Animateur: Jamais eu d’accident?
Perso (perdant son sourire et devenant soucieux): Euh… c’était la faute de l’autre.

Ce moment du c’était la faute de l’autre est particulièrement cocasse et je me le remémore toujours avec un vif amusement. Et le dialogue se poursuit ainsi, faisant sentir que ce petit perso automobiliste devrait soit prendre une assurance, soit se prévaloir d’un suivi d’entretien, soit changer de voiture, je ne me rappelle pas exactement. Je ne me souviens vraiment plus du produit pubé. La même pube, ou une pube distincte du même produit impliquant des persos similaires, je ne sais plus, retrouve notre petit automobiliste chez le garagiste, en un dispositif dans le genre de celui-ci:

Tout le monde lui donne alors des infos en rafales sur comment améliorer la performance de son véhicule et, aux deux mécaniciens hilares présents ici, s’agglutinent vite une foule disparate et carnavalesque de faux experts et de mécanos de troquets, prodiguant des conseils de toutes sortes mobilisant une terminologie délirante, et dont le plus célèbre est resté: Si j’étais vous, j’frais vérifier mon zipatographe. En tapant, zipatographe dans votre moteur de recherche favori (pas de pube ici), vous constaterez d’ailleurs que ce terme bouffon, venu exclusivement de cette petite pube au produit oublié de jadis, est encore utilisé dans certains forums de mécanos amateurs comme marqueur de pseudo-compétence mécanicienne. Quand à l’aphorisme Euh… c’était la faute de l’autre, vous, je sais pas, mais moi, c’est devenu, dans mon cercle familial, l’expression ironique universelle que l’on déverse à quiconque refuse d’admettre soit ses torts, soit son inattention chronique, soit les dures contraintes de la réalité concrète. Tout cela, tout cet impact vernaculaire, humoristique et culturel, toute cette bande passante cérébrale mobilisée, concentrée, se trouvent activés par un petit court-métrage animé d’autrefois de trois fois rien (mais vu des douzaines de fois, à une heure de grande écoute), au sujet d’un produit commercial et publicitaire dont on ne se souvient même plus exactement la nature.

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NOSTALGIE NON FIGURATIVE DU TIGRE ESSO. N’ayant pas de voiture, je n’ai jamais acheté d’essence chez Esso/Exxon. Il m’a quand même été loisible de constater qu’ils ont ressorti récemment le fameux tigre du slogan culte Mettez un tigre dans votre moteur! (notons, pour la bonne bouche, qu’en v.o. ils le mettent dans «leur citerne»). Je m’en voudrais de ne pas conclure la présente quête introspective sur le vif souvenir que cela réanime en moi. Nous sommes en 1968, grosse année libératrice et anti-publicitaire s’il en fut, et j’ai dix ans. On se retrouve toute une bande d’enfants à faire du bricolage chez ma merveilleuse tante-années-soixante, que nous appellerons ici Géraldine. Avez-vous eu la chance d’avoir une tante-années-soixante, c’est-à-dire une tante qui était dans la trentaine dans les années soixante? C’est une expérience parfaitement extraordinaire. Tante Géraldine était tout: moderne, libérée, libertaire, libertine, subversive, bisexuelle, séparatiste, péquiste, felquiste, féministe, naturopathe, toxicophile, marxiste, anticapitaliste, libératrice, artiste… enfin, je n’ai pas besoin de vous faire un dessin. Nous voici donc, une ribambelle d’enfants autour de la table de sa cuisine, à confectionner des chapeaux de papier et de carton. Sous la houlette magnifique de tante Géraldine, la consigne est la suivante: trouver, dans des revues, des catalogues et des magazines, des illustrations que l’on collera ensuite sur ces chapeaux de carton que nous fabriquons et qui les décoreront. Je suis à feuilleter un vieux LIFE et, tournant une page, je tombe sur quelque chose comme ceci:

Ma tante Géraldine s’exclame aussitôt: Ça, c’est très bon pour ton chapeau. Je la regarde, un peu béat: Tu veux que je mette le tigre Esso sur mon chapeau? Tante Géraldine s’empare de la revue et dit : Ce n’est pas nécessairement un tigre, voyons, Paul. Ne te laisse pas détourner de tes objectifs par ce qu’ils te disent textuellement. Tu ne t‘intéresses pas au tigre Esso, tu t’intéresses au matériau qu’il te permet de t’approprier. Oublie que c’est un tigre. Regarde. D’un geste vif et sûr, tante Géraldine arrache la page de la revue et la plie de façon asymétrique. La tête du tigre et la bagnole ont disparu. On ne voit plus, dans un quadrilatère irrégulier n’évoquant rien, que les superbes stries qui, ventre-saint-gris, c’est bien que trop vrai, valent pour elles-mêmes, comme concret formel, comme agencement autonome de couleurs, comme intervention visuelle non figurative. Quand nous avons terminé de fabriquer nos chapeaux de carton et de papier et dansons frénétiquement, tous sur l’herbe du jardin, c’est le mien, avec cette belle surface de stries, ou zébrures, ou tigrures, éminemment non publicitaires, arboré sur son frontal qui me parait le plus réussi.

Et, en fait, je crois que c’est un peu ça, sans plus, la toute biscornue, insidieuse et étrange pérennité mentale de la publicité, sur le très long terme. C’est une série de pliures perceptuelles, telles celles métamorphosant le tigre Esso en un concret formel strié, décalé, labile, autonome, réinvesti et réapproprié. C’est en fait lui, le sort durable du discours qui cherche à vendre. Conditionnement forcé, irrégulièrement régurgité, il fait mouche parfois, si un manque frustré l’avantage. Il rate souvent, même si son souvenir tangible, agacé ou amusé, perdure. Poison lent, glue imprécise, corrosif inégal, acide ambivalent, la vieille pube s’altère et se distend toujours en nous. Dans ses acquis comme dans ses séquelles, elle est finalement, bon an mal an, un phénomène ethnoculturel comme un autre, totalement subordonné aux ballottements et aux embruns divers de notre tintinnabulante mémoire collective.

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Publié dans Civilisation du Nouveau Monde, Culture vernaculaire, Québec | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 5 Commentaires »

La promotion des armes à feu auprès des femmes progressistes (autour des affiches du propagandiste américain Oleg Volk)

Publié par Paul Laurendeau le 1 novembre 2010

Know your enemy [Connais ton ennemi]
Vieil adage

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C’est une erreur intellectuelle assez commune que de prendre l’intégralité des pro-flingues américains pour de parfaits abrutis. On imagine des gros malotrus pas de têtes, inintelligents, fachos, arriérés, demeurés, cow-boys, militaristes, réacs, xénophobes et, surtout, machos. Erreur… Croire cela, c’est faire bien peu de cas de l’incroyable et effarante sophistication de la culture des armes à feu chez nos voisins du sud. Know your enemy, my friend… La problématique pro-flingues US est beaucoup plus insidieuse, casuiste et subtile que ne le laisse croire le stéréotype grossier auquel on la réduit habituellement dans le monde, et il n’est pas inutile de prendre connaissance de l’argumentation mise de l’avant par certains promoteurs des armes à feu américains, surtout lorsqu’ils adressent leur message ouvertement aux femmes, aux citoyennes (et/ou aux citoyens) progressistes.

Le corpus spécialisé, largement diffusé chez nos bons ricains, sur lequel j’attire votre attention ici a été produit par le photographe et publicitaire Oleg Volk, un promoteur explicite des armes à feu aux États-Unis depuis 1995 et l’auteur de nombreux panneaux publicitaires, calendriers et sites web sur le sujet. Son «oeuvre» a été traduite dans de nombreuses langues dont notamment l’allemand, le russe et le portugais brésilien. Ce qui est représentatif et hautement pernicieux chez ce propagandiste spécifique, c’est moins l’œuvre photographique (quoique l’émotion véhiculée par la dimension visuelle du topo soit absolument cruciale, dans le pitch du message) que l’exercice argumentatif, faussement éclairé et moderne, que s’efforce de formuler le propos pro-flingues en jeu. Ce propagandiste photographie des femmes ordinaires, la majorité d’entre elles usagères effectives d’armes à feu. Il monte ensuite des affiches sur lesquelles il épingle l’argumentaire qu’il entend exposer. Son intervention est hautement intéressante comme tentative méthodique et systématique de récupération d’une sensibilité progressiste, réformiste, citoyenne, universaliste au service d’une propagande profondément réactionnaire et biaisée.

On cible (excusez le jeu de mot facile) exclusivement les femmes, donc, et on le fait avec une maestria et un sens de la mise en scène dramatique particulièrement sentis. Sans vendre un produit spécifique, sans mentionner nominalement la National Rifle Association, il s’agit de convaincre les citoyennes ordinaires, tertiarisées, centristes, pas spécialement militaristes ou bellicistes de se procurer une arme à feu et de s’entraîner au tir. On campe d’abord une ambiance de tension contenue en introduisant l’omniprésence feutrée et tangible du danger. On mise sur les peurs spontanées et naturelles des femmes (eu égard à un corps de contraintes sociales iniques et injustes qui restent intégralement dans l’implicite et le postulé). Un petit instrument fort commode dans un tel exercice de mise en condition, c’est l’indubitable lenteur du service 911 (le police secours des Amériques – les traduction des légendes sont de moi).

Légende: VERS MINUIT, ELLE SONNA LE 911. MAIS VERS MINUIT SIX, L’ENGAGEMENT ÉTAIT TERMINÉ. IL S’AVÉRA QU’IL N’ÉTAIT TOUT SIMPLEMENT PAS POSSIBLE D’ATTENDRE QUE L’AIDE ARRIVE. ELLE SE SERVIT DONC DE SA CARABINE POUR DÉFENDRE SA VIE

Légende: IL EST POSSIBLE QUE LA POLICE ARRIVE, À TEMPS POUR FAIRE INTERVENIR LE SERVICE DE NETTOYAGE DES CADAVRES. UNE RÉACTION PLUS PROMPTE EST REQUISE POUR QUE LE CADAVRE NETTOYÉ NE SOIT PAS LE VÔTRE

Légende: L’INTERVENTION POLICIÈRE SUITE À UN APPEL AU 911 PEUT PRENDRE JUSQU’À TRENTE MINUTES. L’INTRUS AYANT FAIT IRRUPTION DANS VOTRE DOMICILE PEUT VOUS ATTEINDRE EN TRENTE SECONDES. RESTEZ EN VIE, PENDANT QUE LES SECOURS ARRIVENT

Légende: TU FAIS FEU OU TU SONNES LE 911?

Légende: APPUYONS LE DROIT AU CHOIX

Légende: UNE ARME À LA MAIN VAUT BIEN MIEUX QUE LES FLICS AU BOUT DU FIL. SOYEZ BIEN ARMÉE QUAND VOUS ÊTES SEULE À LA MAISON

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L’ambiance de peur et de complicité veule du propagandiste dans ladite peur est bien en place. On veut montrer qu’on comprend les femmes. On cherche à faire sentir qu’on partage leur angoisse avec empathie, délicatesse et respect. On envisage que, dans leur esprit fondamentalement inquiet, un violeur peut toujours surgir. Ce qui est proposé à la femme progressiste ici, c’est purement et simplement un programme martial, exclusivement défensif, dont la légitimité foncière n’est pas directement questionnable, attendu la psychose sécuritaire que l’on s’autorise ouvertement à postuler.

Légende: LES EXPERTS ME DISENT DE JOUER LA PETITE SOURIS MORTE EN CAS DE VIOL. JE PRÉFÈRE DE LOIN JOUER L’HUMAINE VIVANTE QUI MANIE LE BON OUTIL

Légende: LE RÊVE ÉTHÉRÉ DU VIOLEUR. SON CAUCHEMAR LE PLUS INTENSE. LEQUEL FAUT IL RÉALISER?

Légende: DANS L’ŒIL D’UN VIOLEUR POTENTIEL (POUR UNE PÉRIODE D’ENVIRON DEUX DIXIÈMES DE SECONDE)

Légende: UN VIOL ÉVITÉ OU UN VIOL SUBI. C’EST ELLE QUI DEVRAIT POUVOIR CHOISIR

Légende: LE CONTRÔLE DES ARMES À FEU PROTÈGE LES VIOLEURS DE CE GENRE DE DÉCONVENUE

Légende: LES VIOLEURS NE PEUVENT RIEN FAIRE AUX FEMMES BIEN ARMÉES. C’EST BIEN POUR ÇA QUE BILL CLINTON VOULAIT QU’ELLES SOIENT SANS DÉFENSE!

Légende: ME FAIRE VIOLER. PLUS JAMAIS

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La petitesse physique de la femme, son désavantage psychologique dans une situation subite d’agression violente (par un agresseur anonyme qui est toujours donné comme un être extérieur, inconnu, radicalement autre) sont des impondérables ouvertement mis à profit pour faire avancer le point doctrinal. Il faut rétablir l’équilibre sociétal acquis historiquement et subitement rompu par l’abus physique hors contrôle de l’instant d’agression. Il faut égaliser les chances. L’arme à feu est l’instrument exclusif proposé à cette fin.

Légende: UNE VICTIME FACILE OU UNE CITOYENNE ARMÉE? AU SOIN DU CRIMINEL DE CHERCHER À DEVINER

Légende: LE BANDIT: DEUX CENT LIVRES. MOI: CENT LIVRES. L’ÉGALISEUR DE NOS CHANCES

Légende: DEUX FAÇONS DISTINCTES DE FAIRE OBSTACLE À UNE ATTAQUE VIOLENTE

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Les maladies et les infirmités sont, elles aussi, ostensiblement mises à profit. L’arme à feu se donne alors comme l’instrument neutre et serein assurant la protection de la femme isolée dans sa détresse et ses limitations physiques, son esprit étant présumé toujours alerte et sain, n’est-ce pas, vu qu’elle a eu la sagesse de s’armer.

Légende: UNE FEMME ATTEINTE D’ASTHME NE PEUT UTILISER LE POIVRE DE CAYENNE COMME ARME DÉFENSIVE. ELLE NE PEUT FUIR NON PLUS. CETTE ARME À FEU LA PROTÈGE. COMBATTONS LES POLITICIENS QUI CHERCHENT À LA PRIVER DE SA SÉCURITÉ!

Légende: ALLEZ DONC LUI DIRE DE FUIR À TOUTES JAMBES. LES PRÉDATEURS RECHERCHENT LES PROIES MALADES OU BLESSÉES. MAIS IL N’EST PAS OBLIGATOIRE DE VIVRE SOUS LEURS LOIS. LES HUMAINS NE SONT PAS AU MONDE POUR SERVIR DE PÂTURE AUX BANDITS. CEUX-CI JOUENT AUX DURS, MAIS ILS SERONT FREINÉS SEC PAR UN BON PRUNEAU QUI CLAQUE

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En passant glissandi à la femme enceinte, une autre étape affective est franchie et la manipulation émotive gagne en profondeur et en intensité. À mi-chemin entre handicap physique et abnégation maternelle, l’autoprotection s’ouvre graduellement, insidieusement, sur la protection de l’être cher, l’enfant.

Légende: NE PEUT COURIR OU FAIRE DU KARATÉ. MAIS PEUT (DÉGAINER SON FLINGUE)

Légende: ENCEINTE DE HUIT MOIS, PEUT-ELLE COURIR PLUS VITE QU’UN CRIMINEL? L’AUTODÉFENSE EST UN DROIT HUMAIN

Légende: SON BÉBÉ A UNE GARDE DU CORPS EN PERMANENCE. QU’EN EST-IL DU VÔTRE?

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Empathie féminine oblige, la référence à l’enfance jouera aussi, subtilement, d’une infantilisation de la personne que l’on cherche à convaincre, la femme même. Dans le ton, dans le contexte visuel, dans l’intimisme des ambiances, on pourra alors la traiter comme une petite fille «sans défense». On ne fait pas cela pour se faire mousser comme séducteur paterne au fait, oh que non. Ce dont-il s’agit en fait ici, c’est exclusivement de la promotion ouverte du flingue auprès de la femme adulte, ainsi que de la promotion graduelle et de plus en plus ouverte de la possession d’armes à feu chez la petite fille même.

Légende: LIBRE ET SANS PEUR. IL N’EST PAS TROP LOIN, MON PROTECTEUR

Légende: QUAND LES HARCELEURS N’ACCEPTENT PAS DE SE FAIRE DIRE «NON», PASSEZ À L’ARGUMENTATION NON VERBALE

Légende: PAIX SUR TERRE… SOUS LA GARDE DES BONNES FILLES ET DES BONS GARÇONS

Légende: MALGRÉ LE FAIT QU’ELLE NE SOIT QU’UNE ENFANT, PARFOIS SEULE À LA MAISON, ELLE EST PARFAITEMENT ENTRAINÉE POUR LA PROTECTION DES VIES HUMAINES, Y COMPRIS, NATURELLEMENT, LA SIENNE PROPRE. ON NE PEUT PAS SURVEILLER NOS ENFANT À CHAQUE HEURE DU JOUR, IL FAUT DONC LEUR INCULQUER LE SAVOIR FAIRE DE BASE PERMETTANT DE FERMEMENT TENIR LES INTRUS EN RESPECT

Légende: SI ELLE EST ASSEZ MÛRES POUR RESTER SEULE À LA MAISON, ELLE EST PRÊTE POUR POSSÉDER UNE ARME

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Cela nous amène aux inévitables dimensions famille et dépendance à l’homme qui seront traitées avec tout le tact progressiste requis. Il est clair qu’on s’adresse à une femme cheffe de famille dont le conjoint est un partenaire, si ce n’est carrément un subalterne. Le ton est indubitablement féministe, sans ambivalence. En douce, on fait valoir que l’homme ne suffit pas, ou plus, comme protecteur, qu’un bon flingue qu’on manie soi-même et dont on détient le contrôle intégral vaut mille fois mieux.

Légende: ELLE POURRAIT DÉFENDRE SA FAMILLE. LE POURRIEZ-VOUS? SOYEZ DES PARENTS RESPONSABLES. APPRENEZ À PROTÉGER VOS ENFANTS

Légende: FUIR LE DANGER EST SOUVENT LA MEILLEURE CHOSE À FAIRE. MAIS QUE FAIRE SI VOS ENFANTS NE COURENT PAS AUSSI VITE QUE VOUS? MOURIR EN TENTANT DE PROTÉGER VOTRE PROGÉNITURE, OU PLANIFIER À L’AVANCE ET JOUER GAGNANT?

Légende: JE FAIS CONFIANCE À MON MARI POUR LA PROTECTION DE NOTRE FAMILLE. JE ME CONTENTE DE POINTER LES DANGERS ET DE LEUR CARTONNER UNE MARQUE, IL SE CHARGE DE REVOIR LES CHOSES EN DÉTAILS

Légende: VOTRE HOMME PEUT-IL SORTIR CES DÉTRITUS? LE MÉNAGE DE LA MAISON N’EST PLUS UNE TÂCHE EXCLUSIVEMENT FÉMININE

Légende: VOTRE PARTENAIRE PEUT-IL/ELLE VOUS SERVIR DE RENFORT EN CAS D’INVASION DE VOTRE DOMICILE? ASSUREZ L’ENTRAINEMENT AU TIR DE VOTRE FAMILLE

Légende: C’EST PAS TOUTES LES FILLES QUI ONT BESOIN D’UN HOMME POUR SE PROTÉGER. MON INDÉPENDANCE, C’EST MA CAPACITÉ DE ME DÉFENDRE PAR MOI-MÊME

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Fondamentalement, la femme est seule face au danger. L’homme est périphérique et on n’opère pas du tout dans un cadre conservateur de représentations sur la vie féminine. Pas de phallocratisme ici. Indépendance est le maître mot. Et, de surcroît, le fait de flirter ouvertement avec le féminisme n’empêche pas notre matois propagandiste de rester en harmonie avec toutes les facettes de la féminité. L’arme à feu cherche ainsi à devenir un objet ordinaire, compagnon des vêtements, des bijoux, du sac à main. La culture intime des femmes est récupérée dans tous ses angles. Le message délicatement pro-flingues, tant dans ses dimensions verbales (et non verbales) que visuelles, se soumet totalement à ladite culture intime des femmes, dans la version sciemment individualiste qui est celle de notre temps.

Légende: CECI ME PROTÈGE BIEN MIEUX QUE N’IMPORTE QUEL MEC PACIFISTE

Légende: ABANDONNER MON ARME À FEU. JAMAIS! JE SUIS UNE BLONDE PAS UNE CONNE

Légende: LIBRE DE TOUTE PEUR. ÉDITION DOMICILIAIRE

Légende: DES VÊTEMENTS POUR ÈTRE BIEN AU CHAUD, UNE ARME DE POING POUR ÊTRE EN SÉCURITÉ: NE VOUS BALADEZ PAS TOUTE NUE EN PUBLIC!

Légende: LES MODES ET LES STYLES VONT ET VIENNENT MAIS LES ACCESSOIRES SÉCURITAIRES SONT TOUJOURS DE SAISON. PENSEZ SÉCURITÉ, SORTEZ ARMÉE

Légende: UN «NON» FORMULÉ AVEC EMPHASE

Légende: VA-T-EN! (DANS LE LANGAGE UNIVERSEL DES SIGNES)

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Même les femmes homosexuelles sont desservies, avec une ouverture d’esprit et une prise en compte de la diversité qui est explicite, crue et intégrale.

Légende: LES GOUINES ARMÉES PEUVENT VÉRITABLEMENT CHOISIR LEUR CIBLE. LES DÉSARMÉES NE LE POUVAIENT PAS

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On est d’ailleurs ici à l’épicentre d’une promotion des armes à feu qui endosse de plein pied toutes les formes de rectitude politique. Les races et groupes ethniques les plus divers sont représentés dans ce corpus d’affiches. Classiquement, désormais, les asiatiques sont traitées en toute neutralité, tandis que la prise en compte des spécificités socio-historiques de la culture afro-américaine se fait en harmonie intégrale et frontale avec la totalité des acquis de l’émancipation et des droits civiques. Même les musulmanes ne sont pas en reste. Ceux qui prennent les pro-flingues américains pour des racistes obtus et sans nuances devront attentivement méditer les promos suivantes.

Légende: DES AMÉRICAINS ET DES AMÉRICAINES PORTANT UNE ARMES, IL EN EST DE TOUTES CULTURES, TAILLES ET COULEURS

Légende: LES CRIMINELS VIOLENTS DU MONDE ENTIERS SONT D’ACCORD SUR CE POINT. UNE FEMME INDÉPENDANTE ET BIEN ARMÉE N’EST VRAIMENT PAS FACILE À VICTIMISER

Légende: LES ADVERSAIRES DE L’AUTODÉFENSE ARMÉE CONCENTRENT LEUR ATTENTION SUR L’ARME À FEU. ILS IGNORENT LA PERSONNE PROTÉGÉE PAR CETTE ARME À FEU. LA VIE HUMAINE MÉRITE QU’ON LA DÉFENDE

Légende: "JE N’AIME PAS L’ÉPÉE FLAMBOYANTE POUR SON TRANCHANT, NI LA FLÈCHE POUR SA VIVE CÉLÉRITÉ, NI LE GUERRIER POUR SA GLOIRE. SIMPLEMENT, J’AIME CE QU’ILS DÉFENDENT." (J.R.R. TOLKIEN, LES DEUX TOURS)

Légende: L’AUTODÉFENSE EST UN DROIT CIVIQUE

Légende: LES HOMMES ET LES FEMMES LIBRES POSSÈDENT DES ARMES À FEU. LES ESCLAVES N’EN POSSÈDENT PAS. EXTRAIT DU JUGEMENT DE LA COURS SUPRÊME AMÉRICAINE SUR LA CAUSE DRED SCOTT CONTRE SANDFORD, 1856 : « Si les noirs disposaient des privilèges et des immunités que confère le statut de citoyen, cela les exempterais des opérations judiciaires spéciales et des régulations de police que les États du Sud considèrent comme indispensables à leur sécurité. Cela conférerait aux personnes de la race nègre ayant été reconnues citoyennes de n’importe quel état de l’Union… une liberté pleine et entière d’expression en public et en privé sur tout sujet qu’il est loisible à un citoyen de traiter, le droit de tenir des réunions publiques sur des questions politiques et DE DÉTENIR ET DE PORTER DES ARMES dans toutes leurs allées et venues. Ceci se ferait sous les yeux des autres personnes de même race et couleur, qu’ils soient esclaves ou libres, provoquant mécontentement et insubordination parmi eux, et mettant ouvertement en danger la paix et la sécurité de l’État.»

Légende: À L’ORIGINE, L’OBJECTIF DU CONTRÔLE DES ARMES À FEU ÉTAIT DE PROTÉGER LES HOMMES DU KU-KLUX-KLAN CONTRE LEURS VICTIMES. LE CONTRÔLE DES ARMES À FEU EST UNE PRATIQUE RACISTE

Légende: INUTILE DE TIRER PLUS DE DIX CARTOUCHES? ALLEZ RACONTER ÇA À QUELQU’UN QUI FAIT FACE À UNE BANDE DE LYNCHEURS!

Légende: LA MAJORITÉ DES COMPATRIOTES AMÉRICAINS DE CETTE FEMME N’IRAIENT PAS S’EN PRENDRE À ELLE À CAUSE DES MÉFAITS DES TERRORISTES. CECI DIT, CERTAINS RACISTES AURAIENT PEUT-ÊTRE BESOIN QU’ON LEUR PRÉSENTE UN ARGUMENT UN PEU PLUS FERME

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Il est patent et clair que, se donnant ouvertement comme progressiste (liberal dans le jargon politique américain), cette intervention propagandiste spécifique déploie un effort soutenu pour s’articuler comme une pensée, comme un programme social. Une batterie perfectionnée d’argumentations de nature juridique complète d’ailleurs le tableau doctrinal et ce, dans la réflexion (les droits et leurs interconnexions logiques), comme il l’avait campé initialement dans l’émotion (les peurs et leur impact affectif). L’argumentaire juridico-logique frôle aussi assez vite, mais légèrement, sans excès, la criticaillerie politique.

Légende: ABOLISSEZ LES CRIMINELS, PAS LES MOYENS QUE JE DOIS UTILISER POUR ME PROTÉGER CONTRE EUX!

Légende: DANS CERTAINS ÉTATS, L’APTITUDE TOUTE SIMPLE À SE DÉFENDRE EST PUNIE PLUS SÉVÈREMENT QUE LE VIOL, LE VOL À MAIN ARMÉE OU L’AGRESSION PHYSIQUE. C’EST JUSTE, ÇA?

Légende: AVOIR LE MOYENS DE PROTÉGER LA VIE, LA LIBERTÉ ET LA PROPRIÉTÉ EST UN DROIT HUMAIN FONDAMENTAL! INSISTEZ BIEN LÀ-DESSUS. UN DROIT HUMAIN FONDAMENTAL

Légende: À DIX-HUIT ANS, JE SUIS UNE ADULTE. JE PEUX VOTER, M’ENRÔLER, FONDER UNE FAMILLE. PAR CONTRE, AVANT VINGT-ET-UN ANS, LA LOI ME REFUSE LE MOYEN DE DÉFENDRE MA VIE

Légende: UN INTRUS NE CHERCHERA PAS À DÉSARMER CETTE FEMME, VOS REPRÉSENTANTS ÉLUS ONT PROMIS DE LE FAIRE À SA PLACE

Légende: LE CONTRÔLE DES ARMES À FEU ET LA CENSURE SONT LES ÉQUIVALENTS POLITIQUES DU LIGOTEMENT ET DU BÂILLONNEMENT D’UNE FUTURE VICTIME AVANT DE LA VIOLER ET DE LA TUER. CES PRATIQUES SONT HABITUELLEMENT MISES DE L’AVANT PAR LE MÊME TYPE DE BANDITS, DANS LES MÊMES BUTS DÉSAXÉS

Légende: ON NE PEUT ABOLIR LE VANDALISME EN BANISSANT LES CAILLOUX ET ON NE PEUT ABOLIR LES MEURTRES EN BANNISSANT LES CARTOUCHES. LA PROHIBITION DES ARMES À FEU N’A PAS RÉDUIT LE TAUX DE MEURTRES EN GRANDE-BRETAGNE OU EN RUSSIE, TANDIS QUE L’AUTODÉFENSE ARMÉE LÉGALE A RENDU L’AMÉRIQUE PLUS SÉCURITAIRE

Légende: MA CARABINE DE CHASSE, C’EST AUSSI L’ARME AVEC LAQUELLE JE PROTÈGE MA MAISONNÉE. LAQUELLE DES DEUX PRÉTENDEZ-VOUS INTERDIRE?

Légende: UNE PLAQUETTE D’ACIER DE TROIS MILLIMÈTRES PROTÈGE DES LAMES DE COUTEAUX. UNE ARMURE CORPORELLE FLEXIBLE PROTÈGE DES CARTOUCHES D’ARME DE POING. UN PISTOLET PROTÈGE DES HARCELEURS. UN ORDRE DE LA COURS RESTREIGNANT LES ALLÉES ET VENUES PROTÈGE DE RIEN DU TOUT

Légende: FREINER L’ACTION D’UN HARCELEUR, VRAIMENT, AVEC UN BOUT DE PAPIER? LA VALEUR EFFECTIVE D’UN ORDRE DE LA COURS RESTREIGNANT LES ALLÉES ET VENUES REPOSE EXCLUSIVEMENT SUR L’ENTRAINEMENT AU TIR ET L’ARMEMENT QUI PERMET DE L’IMPOSER DANS LES FAITS

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Dans le même ordre d’idée de sophistication doctrinale, il ne sera pas possible d’échapper à la batterie de références historiques. Par contre, celles-ci se déploient léger, léger, sans chauvinisme excessif, et surtout avec un focus très concentré sur l’histoire des droits et des luttes de guérilla sociale, effectives ou fantasmées, des femmes. De la culture de la frontière au terrorisme contemporain, en passant par les guerres du passé, les émeutes, les désastres et les ouragans, on vise à associer étroitement les femmes en armes à l’héroïsme américain ordinaire.

Légende: RÉSISTER À LA TYRANNIE N’EST PAS UN OBJECTIF DE PERFORMANCE SPORTIVE, C’EST LE SEUL ET UNIQUE OBJECTIF CONSTITUTIONNEL

Légende: AVANT MÊME D’AVOIR LE DROIT DE VOTE, LES FEMMES AVAIENT LE DROIT DE PORTER UNE ARME POUR SE DÉFENDRE. LES FEMMES DE CE TEMPS NE DEVRAIENT-ELLES PAS BÉNÉFICIER DES MÊMES DROITS?

Légende: 1907, LES FEMMES NE POUVAIENT PAS VOTER MAIS ELLES POUVAIENT S’ACHETER N’IMPORTE QUELLE CARABINE MILITAIRE MODERNE. 2007, LES FEMMES ONT LE DROIT DE VOTE MAIS NE PEUVENT PAS POSSÉDER DE CARABINES MILITAIRES CONTEMPORAINES. EST-CE LÀ UN PROGRÈS?

Légende: L’ÉGALITÉ? ELLE EST RENDUE POSSIBLE PAR SAM COLT

Légende: LES FEMMES DE CE PAYS ONT APPRIS DE LONGUE DATE QUE CEUX ET CELLES QUI NE PORTENT PAS UN SABRE PEUVENT QUAND MÊME MOURIR PAR LE SABRE. APPRENEZ L’AUTODÉDENSE!

Légende: IL FREINA L’ATTAQUE DES BANZAÏ À LA BATAILLE D’IWO JIMA. IL FREINA LA MARÉE HUMAINE HOSTILE À LA BATAILLE DU RÉSERVOIR DE CHOSIN. IL FREINERA AUSSI L’ENTRÉE D’UN INTRUS DANS LA CHAMBRETTE DE VOTRE GAMINE, SI VOUS FAITES VOTRE PART. ASSUREZ L’ENTRAINEMENT AU TIR DE VOTRE ENFANT

Légende: LORS DES ÉMEUTES DE LOS ANGELES EN 1992, LES POLICIERS ET LA GARDE NATIONALE ÉTAIENT INCAPABLES DE PROTÉGER TOUT LE MONDE DE LA FOULE DES TUEURS, DES PYROMANES ET DES PILLARDS. DES AMÉRICAINS ET DES AMÉRICAINES ORDINAIRES EN ARMES GARDÈRENT LA FOULE DES ÉMEUTIERS SOUS CONTRÔLE, SAUVANT AINSI UN NOMBRE INCALCULABLE DE VIES INNOCENTES

Légende: LES ÉMEUTES DE LOS ANGELES EN 1992. DES RÉSIDENCES ET DES COMMERCES FURENT PILLÉS ET BRÛLÉS… SAUF QUAND ILS ÉTAIENT DÉFENDUS PAR DES RÉSIDENTS ET DES RÉSIDENTES ARMÉS

Légende: LORS D’ÉMEUTES URBAINES MASSIVES, COMME À LOS ANGELES EN 1992 OU À LA NOUVELLE ORLÉANS EN 2005, LA POLICE NE PEUT PAS PROTÉGER TOUT LE MONDE. CETTE FEMME FAIT REMPART ENTRE LA POPULACE ET SA FAMILLE. QUI PROTÈGERA LA VÔTRE?

Légende: LES INONDATIONS DE NOLA EN 2005. LES PILLARDS ÉCUMAIENT LA VILLE. CETTE FEMME ÉTAIT EN SÉCURITÉ… JUSQU’À CE QUE LES FLICS LUI RETIRENT SON ARME

Légende: APRÈS L’OURAGAN, ELLE N’ÉTAIT PAS SEULE POUR FAIRE FACE À L’ÉMEUTE. TRENTE PETITS AUXILIAIRES ONT ASSURÉ SA SÉCURITÉ

Légende: APRÈS L’OURAGAN, LES PILLARDS SE SONT TENUS À DISTANCE RESPECTUEUSE DE SON VOISINAGE. DANS LE VÔTRE, GARDERAIENT-ILS LEURS DISTANCES AUSSI?

Légende: LES TALIBANS ONT PEUR DES FEMMES INDÉPENFANTES ET ARMÉES. QU’EN EST-IL DE VOUS?

Légende: POURQUOI LES POLITICIENS VEULENT-ILS TANT QUE LES AMÉRICAINS ET LES AMÉRICAINES SOIENT DÉSARMÉS DEVANT LA MENACE DU TERRORISME?

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Le dispositif idéologique et logique est alors bien en place pour réintroduire en douce la bonne vieille culture des vigilantes, si tenace, dans cet horizon culturel spécifique, et si peu moderniste. On le fait, en cultivant notamment un jeu logico-argumentatif de référence aux militaires et aux policiers. Même la critique des flics et l’antimilitarisme le plus explicite trouvent leur place dans ce déconcertant argumentaire.

Légende: UNE PROTECTION PERSONNELLE. CONTRAIREMENT AUX FLICS, ELLE EST TOUJOURS AVEC VOUS

Légende: LE MIEN, C’EST POUR PROTÉGER LA VIE HUMAINE. LES POLICIERS EN ONT UN POUR EXACTEMENT LA MÊME RAISON

Légende: (LA POLICIÈRE) REÇOIT DES RENFORTS SUR APPEL. (LA CITOYENNE) EST LAISSÉE À ELLE-MÊME. LES ARMES DÉFENSIVES MODERNES NE DEVRAIENT PAS ÊTRE RÉSERVÉES AUX FLICS

Légende: LE GOUVERNEMENT AMÉRICAIN FAIT CONFIANCE À CELLE-CI POUR CE QUI EST DE PROTÉGER VOTRE FAMILLE DE L’ENNEMI ÉTRANGER, AVEC UNE ARME AUTOMATIQUE. POURQUOI CERTAINS ÉTATS NE FONT-ILS PAS CONFIANCE À CELLE-CI, POUR CE QUI EST DE SE PROTÉGER ELLE-MÊME DES CRIMINELS, AVEC UNE ARME DE POING?

Légende: ON LUI FAIT CONFIANCE, UN AR15 ENTRE LES MAINS, POUR EN PROTÉGER D’AUTRES. ON DEVRAIT BIEN POUVOIR LUI FAIRE CONFIANCE AUSSI POUR CE QUI EST DE SE DÉFENDRE ELLE-MÊME

Légende: LA VRAIE PROTECTION DU TERRITOIRE DÉBUTE AU FOYER. «VEILLEZ À LA SÉCURITÉ DES ENFANTS, PENFANT QUE JE SUIS AU TRAVAIL»

Légende: SON DÉTENTEUR ANTÉRIEUR OFFICIEL L’UTILISA POUR ASSASSINER DES CIVILS. SA DÉTENTRICE ACTUELLE, UNE CIVILE, L’UTILISE POUR SE PROTÉGER. APPUYONS LA PROPRIÉTÉ CIVILE DES ARMES À FEU!

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Se protéger sans agresser est l’option cardinale. Or cela implique une désacralisation, une banalisation du flingue. Il se doit de cesser d’êtres une sorte d’objet de fascination irrationnelle. Instrument ordinaire, il faut le manier sans ostentation, comme n’importes quel objet de la vie courante. Cela s’apprend, cela s’acquiert, cela s’étudie. Une culture vernaculaire supporte cela. C’est alors l’argument du savoir-faire avec l’arme qui se met fermement en place. Il s’agit, dans le même mouvement, de faire la promotion de l’entraînement au tir et de démolir les arguments voulant qu’une femme risque de voir son arme à feu se retourner contre elle. L’idée fondamentale est de promouvoir le caractère infailliblement sécuritaire de la dissuasion les armes à la main, si celle-ci est éclairée, formée et efficacement instruite sur elle-même.

Légende: ET ALORS, C’EST ICI QUE L’INTRUS S’EXCLAMERAIT: «POUFIASSE, TU N’OSERA JAMAIS APPUYER SUR LA GÂCHETTE!» ET S’EFFORCERAIT ENSUITE DE LUI ARRACHER SON ARME?

Légende: «UNE ARME À FEU LUI SERAIT SIMPLEMENT ARRACHÉE DES MAINS ET ON LA RETOURNERAIT CONTRE ELLE». LES CHARLATANS DU CONTRÔLE DES ARMES À FEU CROIENT-ILS VRAIMENT À LEURS PROPRES MENSONGES?

Légende: JE PEUX CARTONNER UN PIGEON D’ARGILE DE CINQ POUCES DE DIAMÈTRE EN PLEN VOL. INTRUS ÉVENTUELS, VEUILLEZ PRENDRE NOTE

Légende: L’AUTODÉFENSE TYPE AVEC UNE ARME À FEU: PAS DE COUP DE FEU, PAS DE PREMIÈRE PAGE DANS LES JOURNAUX. JUSTE UN AUTRE BANDIT EFFRAYÉ, ET UNE AUTRE VIE INNOCENTE SAUVÉE

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Sur la question, jugée capitale dans un tel argumentaire, de l’entraînement méthodique au tir, un message subreptice est alors discrètement filé aux hommes, celui de la promotion de la transmission du savoir. L’homme classique passe la main à la femme moderne et cette main contient une arme, moderne elle aussi.

Légende: FAITES DON DE LA SÉCURITÉ. FORMEZ UN NOUVEAU TIREUR

Légende: PLACEZ L’APPROPRIATION DU POUVOIR ENTRE LES MAINS D’UNE AMIE. ENSEIGNEZ L’AUTODÉFENSE

Légende: LES ARMES À FEU DE L’AVENIR POURRAIT CHANGER D’APPARENCE. LES USAGERS DES ARMES À FEU DE L’AVENIR AUSSI. PARTAGEZ CE DROIT FONDAMENTAL. ENSEIGNEZ LE TIR

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Il devient alors de plus en plus difficile de ne pas se rendre compte que c’est d’une prolifération jovialiste des armes à feu qu’il s’agit ici. La croyance promue, de moins en moins crédible, de plus en plus délirante et imaginaire, dérape vers le fantasme d’une autodéfense individuelle totale, intégralement non-criminelle, dans un monde (pourtant!) implicitement violent et hostile qu’il faut coucher en joue et tenir en respect avec des armes d’assaut modernes au magasin bien garnis. On hallucine allègrement un programme pro-flingues opérant partout, à la ville, à la campagne, sur les campus universitaires, dans les avions de ligne, un programme pro-flingues pour jeunes filles souriantes, fraîches, lucides et sereines, dont la mise en place effective et pratique n’est décrite que sous forme de propositions lapidaires, vaguement ébauchées et fort mal étayées.

Légende: CEUX QUI ENTENDENT PROHIBER L’AUTODÉFENSE VEULENT QUE NOUS SOYONS TOUS SANS PROTECTION ET DÉPENDANTS. LES VICTIMES, ELLES, NE PEUVENT PLUS S’OBJECTER. ET VOUS, QU’EN DITES-VOUS?

Légende: LES INTRUS DOMESTIQUES NE LAISSENT PAS LE TEMPS À LEURS VICTIMES D’ENFILER LEUR CEINTURE DE MUNITIONS. LES ARMES À FEU AVEC UN GRAND MAGASIN DE CARTOUCHES SAUVENT DES VIES

Légende: CULTURE DE L’ARME À FEU. CULTURE DU BANDITISME. NE PAS CONFONDRE. UNE SEULE DES DEUX PRODUIT DES CRIMINELS

Légende: LES «ZONES DÉSARMÉES» DES CAMPUS ATTIRENT LES TUEURS. LES INSTITUTIONS D’ENSEIGNEMENT POURRAIENT TRANSFORMER LES CAMPUS EN CAMPS RETRANCHÉS, AVEC FILS BARBELÉS ET FOUILLES DE CORPS. OU ALORS ELLES POURRAIENT FAIRE LA PROMOTION D’UNE VRAIE AUTO-DÉFENSE EFFICACE

Légende: LA VRAIE DE VRAIE PASSAGÈRE SÉCURITAIRE, DANS UN AVION DE LIGNE, EST ARMÉE. DÉTOURNEZ DONC ÇA, SI VOUS LE POUVEZ!

Légende: À VIRGINIA TECH, TRENTE-DEUX PERSONNES MOURURENT INUTILEMENT. UN SEUL ÉTUDIANT OU ENSEIGNANT ARMÉ AURAIT PU ARRÊTER LE TUEUR. MAIS ILS MOURURENT TOUS, EN OBÉISSANT AUX RÈGLES. PLUS JAMAIS!

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Voilà. Passablement parlant, cette petite centaine d’affiches propagandistes, vous ne me direz pas. Bien plus pernicieux qu’on ne l’aurait cru, aussi. Un certain nombre de conclusions s’imposent face à un tel discours. Indubitablement, les causes réformistes sont récupérables et récupérées au service d’enjeux autres qu’elles-mêmes. Le flagornage faussement progressiste est un instrument argumentatif de plus en plus utilisé par la droite, en fait. Malgré ce qu’elle cherche constamment à faire croire, ladite droite est perpétuellement mise aux abois par le développement social de la roue de l’histoire. Elle peine, de plus en plus, pour tenir à bout de bras les enjeux dangereux et impopulaires qu’elle endosse, genre promotion des armes à feu, de la pollution industrielle, de la malbouffe, de la boursicote bancaire cynique, du militarisme et du bellicisme. Ici aussi, dans cet univers d’illusionniste, on ment sciemment aux masses. Ce type de campagne de propagande promotionnelle présente le porteur ou la porteuse d’arme à feu comme un être angélique, infaillible, imperméable au banditisme, qui se défend mais n’attaque jamais, ne commet pas d’erreur sur la personne, ne tiraille jamais à l’aveuglette dans l’obscurité, ne pointe jamais son arme sur son conjoint, ses enfants, ou ses proches, ne se colle jamais son flingue sur la tête ou dans la bouche, ne laisse pas son arme tomber entre des mains maladroites ou hostiles, ne se blesse pas malencontreusement avec, s’entraîne avec discipline et prudence sans la transformer en un objet magique mal connu et mal dominé, ne bascule pas dans le crime par désespoir ou par calcul. Charme, intelligence, climax visuel et fourberie mis à part, ce qu’on nous présente ici, c’est un monde fantasmé, simpliste, vide, faux et illusoire. Il est surtout parfaitement malhonnête, mensonger et fallacieux de laisser croire que la multiplication, la prolifération, le pullulement des armes de poing et des fusils d’assaut automatiques dans la société civile augmenterait la sécurité. C’est tout juste le contraire, et la doctrine racoleuse de l’égaliseur fonctionne en fait de façon implacablement bilatérale. À contexte social dogmatiquement inchangé, armez-vous, votre agresseur s’armera aussi et les mêmes proportions d’inégalités se rétabliront à très court terme. Ensuite –surtout- elles se perpétueront, le danger de mort constant et permanent en plus, ce dernier bien profondément inscrit dans la vie ordinaire et désormais parfaitement indécrottable. Comme le dit une de ces pubes, c’est la criminalité qu’il faut abolir. Or justement, il ne faut pas seulement le dire mais il faut le faire et ça, c’est un immense programme social et sociétal. Car ça requiert le tout d’un engagement articulé et sophistiqué qu’aucune solution simpliste, genre arme à feu dans les sacs à main et sur les tables de nuit, n’équivaudra jamais en valeur, en durabilité, en efficacité de fond, et en décence civique.

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L’HOMME QUI VISIONNE DE LA PORNO. Foire aux questions et mode d’emploi (en quinze points), à l’usage de sa conjointe

Publié par Paul Laurendeau le 15 septembre 2010

Bon, crotte, ça y est. Il visionne de la porno. Vous le savez, vous en avez la certitude, mieux: la preuve. Tout semble s’effondrer. Oh, le verrat fendant, moi qui le croyait différent. Il fait ça en cachette, en plus, comme un enfant. Oh, le crapotte insidieux. Moi qui espérait mieux. Si je lui en parle, il louvoie, il s’esquive, par-dessus le marché. Oh la lubrique vipère, moi qui le croyait sincère. Que faire? Vers qui vous tourner. Un psychologue, votre meilleure copine, son meilleur copain à lui (autant vous tourner vers la pègre), votre grand ami gai, votre mère, la pègre? Tournez-vous vers qui vous voudrez mais juste avant, consultez donc cette petite foire aux questions et ce petit mode d’emploi compréhensifs (en quinze points), une gracieuseté d’Ysengrimus. Homme maximalement traître à l’omerta masculine, Ysengrimus vous dira absolument tout. D’abord, la foire aux questions (vous ne vous intéressez qu’à une seule question: pourquoi?). Ensuite le mode d’emploi (que faire?).

Je rappelle aux éventuels hommes qui chercheraient de quoi se dédouaner ici que mon propos repose sur une axiomatique sciemment et fermement féministe. Comprenons-nous bien, donc, je ne justifie pas l’homme regardeux de porno ici. Je le décris, simplement, froidement, dans sa rigidité impitoyable. Ceci dit et bien dit, le féminisme implique, entre autres, une refonte en profondeur de l’existence du mec de demain et ladite refonte ne se fera pas dans l’ignorance nunuchement volontariste du mec d’aujourd’hui. Nier l’existence du répréhensible, du goujat, du tristounet et de l’inélégant ne le fera pas automatiquement disparaître de notre univers social, loin s’en faut. Féminisme n’est pas ignorance de la même façon que description n’est pas légitimation. Un vrai ami vous donne l’heure juste. Une féministe n’est pas une autruche. Masculinologie n’est pas masculinisme. On ne combat pas adéquatement le cancer en le décrivant comme une maladie bénigne. Minimiser n’est pas jouer. Le sujet (dans tous les sens du terme) est fort peu reluisant…  Soyons en tous et toutes avisé(e)s et assumons.

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FOIRE AUX QUESTIONS : POURQUOI  (ME) FAIT-IL CELA?

1- Fait-il cela à cause d’un manque dans mon apparence physique? Non. Je sais qu’il va vous falloir du temps avant de me croire, mais en fait, c’est le contraire. Un homme, un vrai, se soucie assez peu du détail technicien fin sans fin de l’apparence physique de la femme qu’il désire. Épaisseur des cuisses, longueur des cheveux, incarnat de peau, velouté des lèvres, ondulé des hanches, sacro-saint volume de la poitrine (cette hantise suprêmement oiseuse), lustré des maquillage, basta. L’homme pousse son lot de hurlements d’orignaux sur tout cela, certes, mais, réalité cruciale, il le fait en vrac, en gros, à la globale, sans même trop comprendre que ce n’est pas vraiment ceci et cela qui l’allume. Quand les femmes se sortiront-elles enfin de cette pitoyable mentalité hyper-analytique et chosifiante de foire agricole? Vous vous devez d’inverser l’équation ici, en fait. Il faut voir la chose ainsi (suivez bien le mouvement): si c’est bel et bien vous qui êtes dans son lit plutôt que quelque sosie de la terrible et torride actrice pornographique Tara Pornella (nom fictif), c’est que c’est vous, et vous seule, qui battez Tara Pornella à plate couture dans l’arène de l’apparence physique, pas le contraire. Pur et simple. Point barre. Rien à ajouter. La personne obsédée par votre apparence physique ici, c’est vous, pas lui. Vous vous comparez scrupuleusement, compas en main, loupe sur l’œil, tyranniques critères de filles en tête, aux femmes de papier (y compris celles des tout aussi tyranniques magazines féminins, du reste, que votre partenaire ne lit pourtant jamais). Lui ne fait pas cela. Il ne brouillerait pas son amour, son désir et sa passion pour vous en vous roulant dans la farine comparative de Tara Pornella. Le visionnement de porno est un comportement totalement non-comparatif. Votre partenaire vous désire, en cette fulgurante synthèse d’ardeur et d’amour, parce que vous déclenchez sa libido. C’est tout. Et l’équation libidineuse inclut l’apparence physique de la partenaire comme un paramètre parmi bien d’autres, certes, sans s’y réduire cependant.

2- Alors, fait-il cela à cause d’un manque dans ma performance sexuelle? Non et non. Je sais qu’il va encore vous falloir du temps avant de me croire, mais en fait, ici aussi, c’est le contraire. S’il ne jouissait pas de votre performance sexuelle, eh bien, sapristi, il se prendrait une maîtresse bien réelle, ou vous quitterait pour une autre conjointe, elle aussi, bien réelle… S’il regarde de la porno, c’est, au contraire, que vous êtes arrivée à le tenir en éveil lascif, à le faire pétiller libidineusement, à le stimuler sexuellement, ardemment et vivement. Le spectacle pornographique n’est pas, et ne sera jamais, en compétition avec vous. C’est une lanterne chinoise qui ne montre rien de vrai, rien d’humain. Fondamentalement c’est comme le scénario d’un roman ou le script d’un film. Votre amant trouve de fait, dans la porno, au mieux, un mode de ressourcement intellectuel pour mieux s’occuper de vous. Je ne plaisante absolument pas. Les femmes qui s’imaginent que leur homme regarde de la porno parce qu’elles ne «fournissent» pas sexuellement errent totalement. Elles confondent leurs propres motivations de femmes hédonistes contraintes contemporaines avec les siennes. De plus, si vous-même, vous observez un peu fixement un autre homme (vous-même vous-même si, si, ne niez pas!), vous voyez, de par cet autre homme, les défauts vestimentaires et comportementaux qu’il corrige chez votre propre conjoint, non? Hmmm? Pardon? C’est que, fantasmatiquement parlant, vous êtes monogame. Fantasmatiquement parlant, vous ne quittez votre moineau que pour un homme qui sera mieux que lui, supérieur, sublime. Or, ce n’est pas une raison pour croire que votre regardeux de porno fonctionne mécaniquement comme vous! C’est que, fantasmatiquement parlant, votre conjoint lui, voyez-vous, il est polygame. C’est un sultan onirique. Il a un vaste harem de femmes fantasmatiques dans sa tête et vous, eh bien, vous êtes la Favorite… c’est cela qui fait que vous êtes la vraie et que son monde de fantasme ne le ferait jamais au grand jamais vous quitter. Il est parfaitement inutile de compétitionner avec les silhouettes évanescente et embrumées du sérail creux et fictif peuplant la coupole crânienne de votre conjoint. Inutile et oiseux. Car le fait est que vous avez déjà gagné.

3- Ferait-il cela encore plus si je n’étais pas dans sa vie? Non. Ni plus ni moins, en fait. Des pensées sexuelles lui viennent et lui percolent dans la cervelle en permanence, comme les bulles de gaz fétide d’un marécage, et le visionnement de pornographie n’est qu’un type d’organisation visuelle, une classification, une mise en fichiers manipulables de pensées, diffuses ou précises, propres ou sales, belles ou laides, qui lui rouleraient dans la tête de toute façon, ordi, télévision, cinéma, magazines ou pas. Nos ancêtres avaient les statues, les peintures, le cinématographe… Des images de femmes, il y en aura toujours, intra et extra cerebra. La porno n’est jamais que la suite tangible de cette longue et falote sarabande d’imagerie, se manifestant au jour d’aujourd’hui par d’autres moyens, moins imaginatifs, du reste. Ferait-il cela encore moins si Marielle, son ex-copine, la rousse, était encore dans sa vie? Il ne le ferait pas moins, pas plus non plus, il le ferait tout autant. Il faut comprendre qu’il visionne de la porno comme il rote, vesse, se rase sans nettoyer le lavabo derrière lui ou se gratte les fesses. Vous placer, vous, et Marielle (nom fictif), et les autres vraies femmes de son passé et de son avenir sur un plateau de la balance et les femmes de papier et de pixels sur l’autre plateau est et sera toujours intégralement fallacieux. Et à ceux et celles qui disent que s’il n’y avait pas tant de porno disponible sur le marché, mon mec ne roulerait pas autant de pensées interlopes, je réponds: c’est tout juste le contraire. Si votre mec ne roulait pas autant de pensées interlopes, il n’y aurait pas tant de porno disponible sur le marché… Le capitalisme ne nous vend que ce qu’on consomme. Il ne se soucie pas plus de déséduquer que d’éduquer.

4- Si ce n’est pas répréhensible ou suspect, pourquoi se cache-t-il de moi en faisant cela? Vous n’approuvez pas. Je ne questionne pas la légitimité du fait que vous n’approuvez pas et ce sont vos droits de femme qui s’expriment dans cette réprobation. Mais il reste que vous n’approuvez pas. Une femme qui, d’ailleurs, fait semblant de l’approuver et de s’en amuser ou de s’en accommoder est quasi certainement la plus formidable des crâneuses imaginable et est vraiment bien peu crédible. Bref, vous réprouvez, c’est déjà une fichue de bonne raison de faire l’affaire en douce. Mais il y a des raisons encore plus profondes, plus cruciales, pour lui. Vite, il constate que vous voyez cela bien plus gros que ce n’est. Ces images, ces femmes de papier ou de pixels, sans épaisseur, sans existence, elles vous hantent et vous polluent votre existence, à vous. Vous confondez Tara Pornella, cet être fondamentalement bidimensionnel et vide dans sa vision à lui, avec la compétitrice de chair et d’os de votre vision à vous. Vous vous faites un mouron excessif et il n’est vraiment pas fier de cela et pas content de lui-même. Son incapacité chronique et paniquée à vous expliquer adéquatement que l’intemporelle Tara n’existe tout simplement pas complète ensuite le tableau secret. Au final, vous réprouvez, souffrez, pestez intensivement, il s’en veut pour cela et est incapable de vous démontrer passionnément ce que je vous démontre ici froidement, que c’est sans aucune espèce d’importance dans votre vie de couple. Alors il se planque. Les enfants en font autant pour se ronger les ongles ou se curer le nez, soyez préparée…

5- À ce qu’il me semble, les modèles qu’il mate ressemblent vachement à Marielle, son ex-copine, la rousse là, justement. Qu’en conclure? Avez-vous vu l’intégralité des modèles en question ou n’avez-vous entraperçu que quelques torsades rousses ici et là, sans systématicité? Prudence. Ce que nous avons ici c’est ceci: sur une surface d’écran ou de papier glacé, Tara Pornella, rousse sans doute, mais surtout dont le profil psychologique et comportemental est intégralement fantasmé, et deux femmes réelles, Marielle, son ex, qu’il a aimé, et vous. Il est parfaitement concevable que Tara Pornella, Marielle et vous-mêmes ressembliez toutes les trois à sa femme de fantasme oméga (qu’il connaît, conscientise et stabilise fort mal au demeurant), ce qui a comme effet secondaire une éventuelle ressemblance entre vous trois. Avant de nier rageusement ressembler à qui que ce soit, ne limitez pas vos investigations de cette subtile hypothèse aux simples critères superficiels et chosifiants de foire agricole. Je dis cela parce que c’est ici que sa perversité s’interrompt et que la vôtre entre en action. Frustrée, flétrie, déçue, vous commencez par vous occulter vous-même. Vous vous ratatinez, vous roulez en boule, vous oblitérez, vous et votre immense importance pour lui. Restent alors, dans votre colimateur rageur, Tara Pornella et Marielle, son ex, qui ont en commun, pour vous, d’être deux images plates et superficielles et rousses et flamboyantes et pétantes et roulures et haïes. Il devient alors aisément aisé de tout confondre, de juger hâtivement, et de trouver ces deux enquiquineuses fort semblables. Les faits sont pourtant les suivants. La personne la plus éloignée de ses aspirations fantasmatiques c’est d’abord Tara Pornella, femme de papier ou de pixels sans densité, ni épaisseur, ni conversation effective. La seconde personne la plus éloignée de ses aspirations fantasmatiques, c’est Marielle, femme réelle certes, et en cela milles fois plus dangereuse que Tara Pornella, mais aussi ex, souvenir, passade, foucade, nostalgie-non-nostalgique. La femme la plus proche de ses aspirations fantasmatiques, c’est vous. C’est vous qu’il prendra ce soir en hurlant à l’amour. C’est vous qui le tenez, dans les faits effectifs. C’est vous, l’incarnation concrète et charnue du point oméga de ses fantasmes, vu que c’est à vous qu’il se donne ici, maintenant et pour toujours.

6- Tu te goures Ysengrimus, il m’a dit explicitement qu’il regardait de la porno à cause de mes manques physiques et/ou mes manques sexuels! Attention, me rapportez-vous l’intégralité des circonstances de cet «aveu» ici? Allons, allons, pas de triche entre nous. Laissez-moi vous les décrire, ces circonstances. Vous venez de le pincer, la face dans l’écran d’ordi, ou encore vous venez de vous décider à le mettre au pied du mur, d’aplomb et ouvertement, sur la question sensible de son regardage de porno. C’est votre droit, je vous le redis, votre devoir, même peut-être. Mais alors, c’est aussi la guerre, hein. Guerre de tactique, guerre de stratégie. Il faut l’assumer. Coincé, piégé, confronté, comme dit le bel anglicisme, il contre-attaque. Les hommes contre-attaquent, c’est comme ça. Ils sont actifs et proactifs, dans un conflit. Pris en souricière sur une question sensible, votre partenaire, terme fort ironique ici, contre-attaque efficace. Pas sincère: efficace. Il frappe donc pour porter une botte solide dans le défaut de votre cuirasse. Pas de quartier. Votre morbidité auto-dénigrante est une faiblesse dont il peut parfaitement prendre avantage dans ce genre de conflit. C’est de ta faute aussi… Tu ne t’habilles pas assez ceci… Ton cul n’est pas assez cela… Stupeur. Vol plané dramatique. Vous voici terrifiée, pétrifiée, congelée et gelée par cette douche froide critique/zap/autocritique. Tous vos préjugés auto-culpabilisateurs sont confirmés, d’un bloc. Vous le saviez! Ah, combien d’hommes qui trichent à la guerre misent ainsi sur l’immense et fulgurante propension autocritique des femmes? Les douze salopards ne sont pas que douze, allez. Ils sont un grand nombre, voyons, et ce nombre est en augmentation, maintenant que les hommes connaissent bien mieux les femmes qu’avant. Donc, le coup porte. Votre convoi déraille. Votre propos dévie. Vous en oubliez toute votre tirade d’attaque contre la porno. C’est de votre faute, il le dit, il l’avoue. Tombé, en un choc unique, le masque au sourire fixe de ses cent milles compliments d’antan. L’océan de sirop sucré se dissout dans cet unique jet de vinaigre. C’est votre corps qui est dans le tort. C’est votre performance sexuelle qui est en défaut. Tous vos préjugés tenaces sur vous-mêmes sont suavement confirmés. Il le dit ouvertement. Ysengrimus, il m’a dit EXPLICITEMENT… Eh bien il a explicitement menti, pardi. Il ment, il ment pour vous faire perdre votre contenance. Il ment parce que c’est une ruse de guerre, parce que c’est la guerre, parce que à la guerre comme à la guerre, et parce que vous avez ouvert les hostilités sur le regardage de porno. Et comme, contrairement à Ysengrimus, il n’est pas, lui, un traître à l’omerta masculine, il ne va pas se mettre à vous guider, tel Orphée aux enfers guidant Eurydice vers la surface, dans les méandres filandreux et grossiers de sa si courtichette fantasmatique. Non et non. Autant mentir et, jet d’encre du poulpe parfait, vous accuser de manques intégralement inexistants. Cela porte toujours, vous fait chier, vous cale, vous désamorce, vous fait pleurer. Ben c’est ça, pleure, cocotte, moi aussi j’ai bien envie de pleurer comme une madeleine devant la liste de mes sites porno favori que tu viens cruellement d’insérer entre ma poire et mon fromage. La femme à qui on a fait croire que c’est à cause d’elle qu’on mate de la porno vient de tomber dans le plus grossier des panneaux manipulateurs imaginable. Par pitié, ne mordez pas à cet hameçon là!

7- Et s’il m’approche d’une façon totalement non conflictuelle en me disant, froidement et posément, qu’il voudrait que je ressemble en tous points à Tara Pornella? Je ne réponds pas aux questions spéculatives de gamberges auto-mortifiantes, ici. L’a-t-il fait effectivement? Où? Quand? J’en doute fortement. S’il l’a vraiment fait et que vous êtes absolument certaine que c’était au premier degré, hors conflit, hors sursaut défensif, vous ne le fréquentez que depuis peu alors, et vous pouvez le saquer, c’est un inepte. Mais je pense que, si vous vous introspectez avec la sincérité requise, ce sera pour observer que ce cas de figure-ci est un pur produit de votre angoisse intérieure à vous, pas de sa fantasmatique sexuelle à lui. Les soi-disant sous-entendus que vous croyez détecter chez lui sont des ectoplasmes que vous vous fabriquez, de purs et non-fiables artéfacts, issus de vos propres hantises. Pourquoi? Tout simplement parce que sa fantasmatique sexuelle à lui s’ancre solidement en vous, pas en Tara Pornella. Donc, il ne fera tout simplement pas cela. Ceci, juste ici, est de la plus haute importance. Il faut absolument vous extraire de l’esprit la croyance que la vision de la porno inculquera des normes ou des standards d’apparence corporelle à votre conjoint, normes ou standards aussi hirsutement impossibles que ténébreusement implicites, qu’il vous faudra ensuite rencontrer en je ne sais quelle lutte compétitive sans fin vers l’asymptote. Croyance sinistrement répandue dans la culture intime (hautement normée, elle) des femmes, cette affaire de normes et de standards d’apparence corporelle venus de la porno et relayée par votre mec est une pure et simple fausseté factuelle. Une revue porno n’est pas un magazine de mode, ne le fut et ne le sera jamais (Et, je vous le redis, les magazine de mode, il ne les lit pas. Cela devrait vous faire méditer). Sortez vous cette idée de la tête, une bonne fois. Et s’il m’approche d’une façon non conflictuelle en me disant froidement qu’il voudrait que je ressemble en tous points à Marielle, son ex? Ça, c’est déjà bien plus réaliste, plus plausible. Bien des connards citent leurs ex en exemple. Pas de commentaire non plus, par contre ici, car nous voici alors de retour dans le monde de la compétition sentimentale réelle et, conséquemment, hors–sujet… Une fois pour toute: Marielle n’est pas Tara Pornella parce que Tara Pornella n’est pas…

8- Se masturbe-t-il sur la porno? Oui, oui, ça lui arrive, oui. Pas toujours mais parfois. Vous ne vous masturbez jamais, vous? Et vous pensez à quoi quand vous le faites? Et Ysengrimus devrait-il tirer de grandes conclusions angoissantes à propos de votre vie réelle sur la base de vos scénarios masturbatoires intimes et privés? Rassurez-vous, il ne tirera pas de telles conclusions, lui… Ce n’est pas la même chose et il le comprend, lui. Un fait intéressant, sur ce point hautement mal compris de la masturbation masculine ès porno au demeurant, est qu’il ne se masturbera sur Tara Pornella qu’une seule fois. La fois suivante, il lui faudra une autre image, puis une autre, puis une autre encore. Superficialité vide et évanescence limitative de l’ectoplasme sans âme. Des croustilles qu’on croque devant la télé. C’est pour cette raison, et aucune autre, que le marché de la porno est si pesamment cyclopéen. Signalons aussi, si nécessaire, que masturbation n’est pas jouissance ou sensualité ou intimité ou romance ou passion ou ardeur ou amour, mais tout prosaïque pis-aller hygiénique… Tsk, tsk, tsk… Vous en doutez, eh bien méditez ceci. Que pensez-vous que l’on retrouve dans le petit cagibi-chiotte ou l’on doit s’asseoir pour fournir un échantillon de sperme, au cabinet médical? Réponse, des revues porno, pour la stimulation psycho-sexuelle de l’auto-cueillette dudit échantillon. Eh oui… Fort peu romantique, merci…

9- Je l’ai bien traqué, bien enquiquiné, bien écoeuré, bien agressé, je le surveille en permanence. Il ne regarde plus de porno. Ai-je gagné? Vous avez surtout gagné qu’il se planque mieux que jamais pour le faire. Une seule chose le fera ralentir de consommer de la porno, la baisse de sa libido due à l’âge ou à la maladie. Elle est bien inutile, votre intervention répressive et hargneuse, produite au prix d’une perte significative de son affection (mais à ce point-ci son affection vous importe moins que votre amour-propre, hein, si vous avez vraiment agi de façon aussi répressive et hargneuse, justement). Vous pouvez lui couper l’ordi, la télévision et les magazines, mais vous ne pouvez pas lui couper la tête. Et c’est à l’intérieur de sa tête que se joue la plus grande, la plus tonitruante, la plus kaléidoscopique de toutes ses aventures pornographiques. Tout ce que vous lui avez appris à faire, c’est à mieux se cacher et à aller retrouver Tara Pornella loin, très loin, dans l’abstraction inane, éthérée et onctueuse de sa psyché. Et cela la rehausse, notre bonne Tara, au demeurant. Le vieil attrait séculaire du fruit défendu, poil au…

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MODE D’EMPLOI : QUE FAIRE?

10- Dois-je exprimer mes objections? Oui, que oui, explicitement. Mais les vraies objections, hein. Pas les pseudo-objections… Les vérités du coeur, pas les prétextes de tête. Les contrariétés émotionnelles, pas les parades sociologiques. Gardons la sociologie pour un autre jour ici, si vous le voulez bien. Laissons-la nous déterminer sans en cacasser à satiété. La langue de bois de la porno exploitation du corps de la femme ne vous mènera pas bien loin avec un homme, même articulé, même féministe, que vous venez de pincer le nez pincé dans une page centrale… Il vous répondra, dans sa tête ou explicitement, que cette transgression aux principes féministes est un geste qui est plus fort que lui, qu’il commet malgré lui et dont il comprend le caractère répréhensible de la même façon que vous comprenez qu’il est hautement répréhensible de vous empiffrer de pâtisseries poubelles, mauvaises pour la santé, non bio, non grano, chimiques… sauf que… bon… Boulimie, alcoolisme, toxicomanie, kleptomanie, agoraphobie, magasinage compulsif sont aussi fort répréhensibles socialement, et pourtant… Ceci dit, oui, oui, dites ce que vous pensez, oui, montrez le drapeau sans faillir. Soyez vraie. Objectez vous ouvertement, droitement, avec sincérité, en montrant bien combien cela vous contrarie, vous irrite, vous insulte, vous déplait. Qu’il voie les conséquences de ses actes, un petit peu. Cela ne le fera pas arrêter, mais cela le fera gamberger, ce qui est toujours utiles pour la cervelle, surtout la cervelle masculine. S’il s’engage à arrêter, surtout sur l’honneur, il ment à quelqu’un. À vous, ou pire, à lui-même. Enfin, il faut dire et redire ce que vous ressentez, sans artifice. C’est crucial. Dois-je alors le bloquer, le réprimer? Je ne vous dicterai pas jusqu’où doit aller l’expression d’une contrariété légitime. Réprimez tout ce que vous jugez bon de réprimer. Mon commentaire, dans tout ce billet, voyez-vous, porte sur votre savoir, pas sur vos actions. AGISSEZ SELON VOTRE CONSCIENCE, MAIS EN CONNAISSANCE DE CAUSE. Je vous dis donc simplement de ne pas cultiver des illusions sur une approche répressive face à ce type de pratique. Réprimé, il entrera dans le maquis, il durcira sa coquille, il mentira mieux, se planquera d’avantage, mais il ne réformera pas ses comportements. Réprimer oui, s’il faut en passer par là. Croire aux vertus éradicatrices de la répression, non. Ce serait, bien hypocritement, se mentir. Une vision, une perception et une compréhension franche et directe de votre contrariété et de votre frustration l’influenceront bien plus que de vous voir pathétiquement jouer les gardiennes d’enfants répressives, car, voyez vous, un fait demeure dans cette tourmente: il vous respecte et il vous aime.

11- Qu’il mate de la porno me refroidit souverainement. Dois-je ravaler ma frustration et jouer les allumeuses au lit, pour continuer de satisfaire monsieur? Certainement pas. Le principe général selon lequel il faut ne pas forcer le désir s’applique ici pleinement. Il faut que monsieur, comme vous dite, assume les conséquences de ses actes. Aidez-le un petit peu dans son effort intellectuel, par contre. Comme vos chances sont très fortes qu’il ne voie pas bien nettement le problème, dites lui ouvertement la vraie raison de votre frigidité hargneuse. Guidez-le, en toute droiture. N’allez pas inventer quelque prétexte oiseux pour bien finir de le dérouter et, volontairement ou non, esquiver le débat porno-regardard. Il a la responsabilité de rendre compte de ses actes, vous avez la responsabilité de l’explicitation droite et entière de votre dépit. Qu’il s’explique un petit peu sur les merveilleuses aventures polychromatiques du monde virtuel de Tara Pornella. La conversation sera palpitante, croyez-moi, surtout si vous voyez à la maintenir dans les limites du conflictuel tolérable. Il cherchera, en crevant de trouille, à éventuellement insinuer qu’il aimerait vous voir adopter telle ou telle des illustres postures ou tenues de la susdite Tara Pornella, lorsque vous faites l’amour avec lui. Je ne vous dis pas de le faire alors, hein, si cela vous refroidit. Je vous dis fermement, par contre, de cesser de vous imaginer qu’il veut vous faire essayer cette posture ou cette tenue pour que vous ressembliez à Tara Pornella, sa «femme idéale». Une fois de plus, c’est le contraire, en fait. Ce qu’il juge passable et honorable sur Tara Pornella il le juge extraordinaire sur vous, car C’EST VOUS, SA FEMME IDÉALE. Il instrumentalise cette pauvre Tara pour mieux s’érotiser sur son objet de désir effectif et exclusif: vous. Il ne s’extasie pas sur Tara Pornella à votre détriment, il plagie Tara Pornella à votre avantage. Et vous, terrible naïve morbide, vous vous imaginez le contraire, ligaturant ainsi des provignements importants de sa poussée libidinale. Faites ce que vous voulez mais, pour faveur à Ysengrimus, ne prenez pas le vrai pour le faux et la sincérité pour la duplicité. Quand il dit que vous êtes mille fois plus érotique que Tara Pornella, parole d’Ysengrimus, il est sincère, il le pense et il a raison.

12- Qu’il mate de la porno, ça m’excite en fait. Je le ferais bien en sa compagnie. Puis-je? Certainement. Dites-vous d’abord que si vous pensez ceci effectivement et sincèrement, vous faites partie d’une minorité. Pas de problème, au demeurant. C’est parfaitement légitime, moderne, sensass et sexy et… les minorités ont des droit. Vraiment, si cela vous excite effectivement, approchez-le, franco de port, sur la question. Ça m’excite vachement, tous ces sites et ces vidéos que tu mates là. Je peux regarder avec toi? Sa première réaction sera certainement sceptique (ne vous en offusquez pas, perle rare que vous êtes), puis ouvertement enthousiaste. Ce sera alors super. Vous aurez votre univers porno de couple, comme des tas de gens tendance, frais et émancipés d’ailleurs. Mais veuillez noter deux choses. D’abord, ne vous surprenez pas et ne vous vexez pas si vous vous apercevez qu’il continue, droit comme un cèdre, d’autre part, à mater de la porno, éventuellement différente, en solitaire. Cela ne se place en rien sur le plateau de la balance avec les moments pornos qu’il a avec vous. Ensuite, recommandation capitale: soyez sincère, avec lui et avec vous-même, quand vous dites/prétendez que cela vous excite. Ne vous (re)mettez pas, consciemment ou non, à crâner et à (vous) jouer la comédie de la femme peu impressionnable, ouverte, délurée, moderne et que ça excite vachement juste pour déguiser une surveillance crypto-furax de ses petites activités. Il le détectera à assez court terme et il n’en sortira, alors là, rien de bon. Inutile d’ajouter que si cela ne vous excite subitement plus, il faut vous dissocier de la démarche, sans tergiverser, ni temporiser. Exactement comme pour les joutes sportives à la télé, en fait, si vous voyez ce que je veux dire.

13- Dois-je réformer mes comportements? Vos comportements, peut-être pas. Vos croyances, là, certainement. Voyez-vous, si vous retenez une seule observation de tout le présent exercice, que ce soit celle-ci. Je vais même vous la formuler en «je» pour qu’elle s’imprègne encore mieux en vous. LE PAPIER ET LES PIXELS NE SONT QUE DES SUPPORTS (COMME JADIS, LES PEINTURES ET LES SCULPTURES) POUR UN DISPOSITIF FANTASMATIQUE QUE MON HOMME A DANS SA TÊTE ET QU’IL GARDERA DE TOUTE FAÇON DANS SA TÊTE POUR UNE BONNE PARTIE DE SA VIE ACTIVE. C’EST SA PSYCHOLOGIE DE LA SEXUALITÉ, C’EST SA FAÇON DE GAMBERGER SES FANTASMES ET CE QUI EST EST. JE NE SUIS PAS EN CAUSE OU EN QUESTION. CE PHÉNOMÈNE N’EST RIEN D’AUTRE QU’UN INDICE D’ARDEUR SEXUELLE COMME UN AUTRE. JE NE DOIS PAS PRENDRE TOUT CELA PERSONNEL, CELA NE ME CONCERNE QUE MARGINALEMENT OU PAS DU TOUT. C’EST QUAND IL ME FAIT L’AMOUR QUE MON HOMME MANIFESTE SON DÉSIR POUR MOI, ET MOI SEULE, SA SEULE ET UNIQUE VRAIE FEMME DE CHAIR ET DE VÉRITÉ. Que vous combattiez ce comportement de regardage de porno (ce qui est légitime) ou que vous l’acceptiez (ce qui n’est pas une capitulation), il ne faut pas traiter les femmes de papier ou de pixels comme vous traiteriez une rivale de chair et d’os. Fondamentalement, elles ne sont que des feux follets cérébraux, flammèches électriques émanant de sa cervelle à lui. Si cela vous dégoûte irrémédiablement, c’est alors que c’est lui qui vous dégoûte irrémédiablement, personne d’autre. Agissez alors en conséquence. Il ne faut, notamment, vous en prendre ni à Tara Pornella (intrinsèquement inutile), ni à Marielle son ex (diplomatiquement délicat), ni à vous-même (IL NE FAUT SURTOUT PAS VOUS EN PRENDRE À VOUS-MÊME). Ceci n’est pas une sordide et fallacieuse affaire de compétition entre femmes de plus, mais bien un tenace comportement masculin, exclusivement masculin. Il faut donc s’en prendre soit à lui, soit à personne… En d’autres termes, assumez vos émotions sans cultiver vos illusions.

14- Je ne veux tout simplement pas d’un partenaire visionneur de porno, point final. Que faire? Aussi simple que fatal. Aimez un homme plus vieux que vous de vingt bonnes années ET au passé sexuel maximalement comblé. Il a maté toute la porno qu’il pouvait dans sa jeunesse, sa libido ralentit, sa boite à images cérébrale racotille, sa lanterne chinoise s’obscurcit. Il a de la conversation, de la douceur, du charme, de l’expérience. Il vous parle en vous regardant dans les yeux. Il s’occupe de vous. Il vous trouve belle, comme être humain. Vous abordez la question porno ouvertement avec lui et sa réaction est compréhensive, sincèrement compréhensive de fait. Il n’ira certainement pas courir le risque de vous perdre, vous qui visiblement en faites une affaire pareille, pour je ne sais quelle Tara Qui déjà? Évidemment, votre vie sexuelle sera moins trépidante et plus raplapla, mais, et je le dis sans ironie, comme le disait ma vieille copine Égérie: le sexe, c’est pas tout dans la vie.

15- Ysengrimus, je suis toujours aussi en colère. Fais-moi comprendre en un paragraphe bien senti cette insupportable affaire de visionnement de porno. Tu ne m’as vraiment rien dit de trop probant pour le moment. Bon. Merci. Sincérité hautement appréciée. La plus belle femme ne peut donner que… pardon… pardon… disons… à l’impossible nul n’est tenu, là. Mais je vais tout de même faire une ultime tentative relativiste, en vous proposant un petit exercice de transposition. Vous visionnez et re-visionnez, disons, les films de la saga Twilight. Edward Cullen vous fait rêver. Il a tout simplement tout. Beau, romantique, chevaleresque, fort, puissant, déférent, attentionné. Il aime Bella Swan, la respecte, la protège. C’est un amoureux à principes. Un homme, un vrai. Vous l’adorez et en cacassez sans fin avec vos copines qui l’adorent aussi, souvent plus ou moins en cachette d’ailleurs, comme vous. Votre partenaire de vie vous pince un beau jour, dans une de ces conversations, ou visionnement, ou lecture et s’assoit lourdement dans le plateau de la balance de l’autre côté duquel flotte majestueusement le pâle et translucide vampire des sylves de Forks. Que pensez-vous de cela? Mais, ça n’a rien à voir avec nous deux. C’est un monde de fantasmes, de rêveries éveillées, de… de… de papier. Mon monde intérieur… du roman, du cinéma. Ça… Ça n’a absolument aucune importance, vraiment. Eh bien voilà. L’homme visionne et lit batifole pesamment ostensible. La femme visionne et lit romantisme néo-gothique subtilement éthéré. Dans les deux cas, c’est parfaitement fantasmatique, psychologique, immatériel et innocent. Et, au fond, est-ce si différent?

Edward Cullen

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La partie de baseball du film TWILIGHT (glose et description détaillée, pour les «nuls»)

Publié par Paul Laurendeau le 15 juillet 2010

La fameuse partie de baseball dans le film Twilight (2008) est un moment extrêmement sympathique, attachant et magique de ce grand long-métrage-culte contemporain. Il s’agit vraiment, sans ironie aucune, d’un terrain de jeu indubitable pour l’interprétation culturelle. Cette courte séquence cinéma porte de très riches implicites de la culture vernaculaire américaine, tant et tant que beaucoup de nos amis (notamment francophones) hors-Amérique n’y voient goutte, et c’est vraiment dommage. Alors pas de tataouinage aujourd’hui, hein, on va vous décrire et vous expliciter tout ça hic et nunc, par le menu, dans la joie et la gaieté, pour que vous en dégustiez tout le substantifique suc. Je vais, entre autre, vous traduire le dialogue, en traduction-glose, rien de moins, avec formulations détaillées des implicites (Attention, je ne traduis pas pour la fidélité au texte ici, mais bien pour l’explicitation du contenu complet d’échanges verbaux parfois fort furtifs). Il ne serait pas inutile de revoir la vidéo YouTube de la sublime séquence, avant lecture, en v.o. préférablement (Les v.f., surtout hexagonales, ont été mitonnées par des zèbres qui n’ont tout simplement pas pigé le topo. La v.f. que je recommande, c’est toutefois celle-ci).

Il y a bien des choses qui se passent pendant ces deux minutes trente secondes et, pour bien les saisir, cela requiert une compréhension minimale du fameux passe temps des américains, pour reprendre l’expression consacrée (formule équivalente du noble art pour la boxe) qu’Edward sert d’ailleurs à Bella, juste avant la partie de baseball, pour lui «expliquer» que les vampires sont de ladite partie aussi. L’ironie de la situation générale ici débute de par cette clairière forestière retirée, avec massif de sapinages et cascade majestueuse, où il faut se rendre en véhicule tout terrain. Le baseball se joue habituellement sur une pelouse urbaine aménagée, au coin de la rue, dans le quartier, pas dans la lointaine cambrousse. Nos vampires se planquent bel et bien pour mettre la balle au jeu, c’est clair.

La formidable puissance desdits vampires baseballeurs se manifeste de plusieurs façons. D’abord, ils ont besoin de jouer pendant un orage pour que le bruit du tonnerre couvre le raffut qu’ils font quand ils frappent la balle (c’est là un autre effet d’ironie. En réalité, quand il pleut, la partie est dite annulée à cause de la pluie. Le baseball ne se joue en fait impérativement que par beau temps, ou dans un stade couvert). Cette balle au demeurant, nos vampires la frappent toujours, sans faute, infailliblement (les meilleurs joueurs des ligues majeures la frappent, eux, environ quatre fois sur dix). Nos inhumains surhumains ne s’arrêtent jamais sur les buts des coins du losange mais, ultrarapides et déterminés, ils courent imparablement jusqu’au marbre. Ils attrapent le terrible projectile à mains nues, sans gants de baseball. Ils ne portent pas de casques de sécurité et la receveuse ne porte ni masque grillagé ni plastron de protection. Non, non, n’essayez pas cela à la maison…  Ajoutons, et ce n’est pas rien, qu’ils jouent sans arrêt-balle.

Ce grand grillage derrière le marbre, c’est l’arrêt-balle. Indispensable quand votre lanceur lance haut ou quand votre receveur a la main molle. Nos vampires se foutent totalement de cet objet...

Chez nos formidables et surnaturels vampire, en plus, l’homme de champ poursuit la balle, la dépasse et la capture. Impossibilité physique, sauf pour une être courant plus vite qu’une balle frappée. Sauts fantastiques, super-grimpettes aux arbres, courses fulgurantes dans les champs intérieur et extérieur et sur le circuit, lancers tonitruants. Le reste de ces effets d’omnipotence n’échappe pas à l’observateur ordinaire. Ces charmants baseballeurs sont parfaitement mythologiques, amples, gigantesques et, pourtant, un certain nombre de nuances sensibles et précises de leurs interactions profondes vont se manifester, lors de ce trop court engagement.

Voyons un peu les deux équipes. Jouent en défensive (et sont donc en équipe les uns avec les autres) : Alice (lanceuse), Esme (receveuse), Emmett (arrêt court) et Edward (homme de champ). Jouent en offensive (et sont donc en équipe les uns avec les autres), les gens qui se succèdent au bâton : Rosalie, Carlisle, Jasper. L’arbitre de la rencontre sera Bella.

L’équipe offensive: Rosalie (première au bâton), Jasper (troisième au bâton), Carlisle (deuxième au bâton). Jasper et Carlisle sont «en file» hors du terrain. Ici, seule Rosalie est au jeu

Il faut donc commencer par bien les distinguer visuellement, ces deux équipes, si possible. Pas facile. Observez les casquettes d’Alice et d’Esme. Elles portent toutes les deux un C, pour Cullen (le nom patronymique de notre famille de vampires). La casquette de Rosalie porte, elle, un G (ce serait une erreur d’accessoire selon IMDB. C’est gros, ça, hmmm. Moi, j’ai mes doutes). J’ignore ce que ce G signifie mais il distingue imparablement Rosalie, (offensive) d’Alice et d’Esme (co-équipières en défensive). Ces deux casquettes en C de la lanceuse et de sa receveuse, par contre, ne font pas trop uniformes… Elles ne sont pas de la même teinte et ne sont pas rayées de la même façon (celle d’Alice, de fait, n’est même pas rayée du tout). L’uniforme distinct des deux équipes adversaires se réduit à cela, car autrement, les vampires sont vêtus avec des tenues superbes mais dépareillés, ce qui donne ce résultat de bric et de broc rehaussant tant le charme éclatant de ces vives personnalités. Notons aussi que, si le G de la casquette de Rosalie était un C loupé suite à une ci-devant erreur d’accessoire, on ferait face à la savoureuse et drolatique ironie de deux équipes adverses portant le même nom, symbolisé par la même lettre sur les casquettes des unes et des autres. Ceci n’est pas du tout exclu, au demeurant… Les casquettes de l’arbitre et des autres joueurs, quant à elles, sont banalisées, quand ils en portent une. Pour résumer l’affaire, on dira donc que les membres de l’équipe défensive casqués portent tous la casquette au label des Cullen, tandis que personne, dans l’équipe offensive, ne la porte.

Rosalie (en offensive – au bâton, casquette avec G)

Esme (en défensive – receveuse, casquette avec C) et Bella (arbitre, casquette banalisée)

Jasper (en offensive – au bâton, casquette banalisée)

Alice (en défensive – lanceuse, casquette avec C)

Si on regarde maintenant l’engagement lui-même. Esme, figure maternelle, puit de sagesse et de détachement, est receveuse. La receveuse, c’est le cerveau de l’équipe, en défensive. Elle conceptualise l’intégralité du dispositif et voit tout. Souvenons nous du mot du grand receveur Yogi Berra: On arrive à observer énormément simplement en regardant. La toute contemplative Esme est la personne parfaite pour ce rôle. Normalement, la receveuse a un rapport très profond et subtil avec sa lanceuse. Ils forment un tout intime, organique. Ce ne sera pourtant pas le cas ici, vu la présence inattendue et distrayante de Bella sur le terrain. L’attention d’Esme va négliger Alice (sa lanceuse) et se tourner vers Bella. Symbolisme? Il s’agit en tout cas de faire sentir à Bella qu’elle est la bienvenue et très importante pour tout le monde ici, même si elle n’a pas la puissance magique des vampires baseballeurs. C’est donc Esme qui va s’en charger, en lui assignant un autre type de puissance:

Esme: Glad you’re here. We need an umpire. [Je suis bien contente que tu sois là. Il nous faut un arbitre]

Emmett: She thinks we cheat… [Esme s’imagine que nous trichons]

Esme: I know you cheat. [Je SAIS PARFAITEMENT que vous trichez]

Notons l’impartialité transcendante d’Esme, qui n’hésite pas à traiter de tricheur un de ses co-équipiers, son propre arrêt court, Emmett, reconnaissable à la casquette blanche aux fines stries rouges qu’il porte de guingois, la visière au dessus de l’oreille. La casquette d’Emmett est faussement banalisée, elle porte en fait, elle aussi, le C rouge des Cullen…

Emmett (en défensive - arrêt court, la visière sur l’oreille et la langue bien pendue). Sa casquette porte aussi un C rouge. Elle ne semble banalisée que parce qu’il ne la porte pas de face

Tout le monde triche dans le coin, en fait. On nous le prouve d’ailleurs de visu. Car pendant qu’au second plan, Esme désigne Bella arbitre de la rencontre, on assiste au premier plan à la fugitive séance du jeu de mains sur le bâton de baseball. Cette procédure du jeu de mains, fort ancienne, est disparue depuis un bon moment des ligues majeures mais demeure bien en place, dans la culture du baseball des gens ordinaires. Quand on joue entre copains, il faut décider quelle équipe sera en premier au bâton. On tient donc le bâton perpendiculaire au sol, poignée en l’air, et on l’empoigne vivement d’une main, puis de l’autre, puis de l’autre, chacun son tour, en alternance, en remontant le long du manche. Celui ou celle qui touche le renflement terminal de la poignée du bâton représente l’équipe qui sera initialement en offensive. Cette procédure est aussi utilisée (c’est justement le cas ici) pour décider de l’ordre des frappeurs, au sein d’une équipe offensive déjà désignée. Maintenant, observez attentivement Rosalie, s’adonnant hâtivement à ce gestus. Elle va se faire tricher ouvertement par Carlisle, juste là, sous nos yeux, au premier plan. Elle gagne indubitablement à l’alternance des empoignes contre Carlisle (c’est elle qui touche le renflement terminal de la poignée du bâton. On le voit clairement). Carlisle feint pourtant une touche de plus sur le dessus du manche (vieux truc de tricheur), en couvrant la main de Rosalie de la sienne, grosse patte enveloppante. Ricanante et agacé, Rosalie s’empare du bâton et repousse vivement Carlisle, d’un air de dire: «La barbe, dégage tricheur, je suis au bâton». Ce fort douteux jeu de mains sur le bâton de baseball prouve imparablement ici que tout ce beau monde triche en grande… comme le «sait» si bien Esme. Aussi, Esme tient vraiment à ce que Bella soit une arbitre impartiale. Elle lui dit donc:

Esme: Call them as you see them, Bella. [Ne te laisse pas intimider, Bella. Juge et décris les jeux tels que tu les vois]

Bella: Okay [Compris]

N’importe quel américain moyen sait faire ce qui est demandé ici à Bella par Esme. C’est un trait massif de culture vernaculaire. C’est un peu comme demander à un français de cuire une omelette, de faire une vinaigrette ou… d’arbitrer un match de foot entre amis. Le baseball est un sport jugé, car les nuances se jouent si vite et sur des surfaces si infimes qu’il faut un observateur proche pour incontestablement les départager. Sans arbitre, votre partie risque vite de se transformer en une suite de disputes incessantes et lassantes sur l’interprétation des jeux. Tout classiquement, Esme, receveuse, s’accroupit derrière son adversaire Rosalie, au bâton, pour recevoir les lancers d’Alice (co-équipière d’Esme, au centre du losange) et Bella, arbitre, se tient debout, un peu courbée, derrière Esme, pour juger le passage de la balle au dessus du marbre. Je vous rappelle de ne pas essayer cela à la maison, sans masques et plastrons protecteurs. Le bâton est bien proche, la balle aussi.

Vue depuis le monticule (dans les yeux du lanceur), la structure que Rosalie, Esme et Bella reproduisent. Le frappeur (offensive), le receveur (accroupi avec le gant ouvert, co-équipier du lanceur en défensive), l’arbitre (en noir). Notez les équipements de protection de ces deux derniers

Bella n’hésite aucunement à se coller la face ainsi dans la trajectoire des balles d’Alice, confirmation de l’omnipotence protectrice d’Esme, qui peut les capter toutes et ne laissera certainement pas «son» arbitre se faire blesser. L’arbitre se doit de surveiller les frappes de balles et les arrivées des coureurs au marbre. Pour les frappes, l’arbitrage entre en ligne de compte surtout si le frappeur ne touche pas la balle. Il faut alors, selon un protocole dont je vous coupe le détail fin, démarquer, à chaque fois, les torts du lanceur des torts du frappeur. Je vous épargne justement cette portion du subtil règlement parce que, comme nos vampires surdoués frappent de toute façon toujours la balle, l’arbitrage de Bella ne sera pas utilisé pour juger des balles non frappées, imparablement inexistantes. Son arbitrage se mettra donc en place activement uniquement pour les arrivées des coureurs au marbre. Et pour cela, il nous faut un frappeur.

Or Rosalie est justement au bâton.

Rosalie porte une tenue complète de baseballeuse du dix-neuvième siècle. Si, dans la vaste configuration des choses, quelqu’un en vient un jour à se demander pourquoi deux équipes des ligues majeures intègrent le mot socks (chaussettes au pluriel, calligraphié Sox) dans leur dénomination (Les White Sox de Chigago et les Red Sox de Boston), c’est en réminiscence des longues chaussettes genouillères des uniformes de baseball de jadis, dont Rosalie nous montre ici un fort joli échantillon.

Ce dont l’uniforme de Rosalie est la réminiscence. Notez les stries du couvre-chef qui, chez Rosalie, apparaissent sur les chaussettes genouillères

Tout est donc en place. Alice, la lanceuse (il est savoureux de placer comme lanceuse la seule vampire de la tribu ayant un don de prémonition), adversaire cardinale de Rosalie, et qui porte elle aussi des chaussettes de baseball à l’ancienne, mais striées, elles, dans l’autre sens, se met alors à l’action. L’orage approche. Un coup de tonnerre se fait entendre, puis:

Alice: It’s time [c’est le moment de commencer la partie]

Alice lance la balle de la main droite en levant la jambe gauche très haut, presque comme une ballerine. Ce mouvement, si fluide, de la jambe opposée au bras qui lance, est parfaitement authentique. Il permet au lanceur ou à la lanceuse de renforcer l’impulsion imprimée à la balle en créant un contrepoids mobile avec la jambe.

Ce mouvement, si fluide, de la jambe opposée au bras qui lance, est parfaitement authentique

La balle lancée par Alice vole vers le marbre. La balle de baseball est exactement du format d’une balle de tennis mais elle est en cuir et est beaucoup plus lourde, dure et dense.

Rosalie cogne solidement la balle, dans un fracas de tempête qui, justement, sonne exactment comme le tonnerre. Bella est secouée par ce moment crucial.

Bella: okay, now I see why you need the thunder [Bon, maintenant je comprend pourquoi vous avez besoin de la couverture sonore du tonnerre]

La balle fonce droit vers le massif forestier, autre bizarrerie ici, car le baseball se joue normalement strictement sur pelouse intégralement découverte. Rosalie doit maintenant courir sur le losange (les sentiers, comme on dit dans le jargon, ne sont pas clairement dessinés dans ce pré. Nos vampires les identifient surtout par les coussins se trouvant sur les coins du losange, les buts) et elle doit s’arrêter soit à un des trois buts, soit au marbre (le «quatrième» but, celui qui complète le circuit, celui sur lequel l’attendent la receveuse et l’arbitre). Voici ce que nous voyons dans notre esprit, pendant que Rosalie court:

Le LOSANGE DE BASEBALL. Au premier plan: LE MARBRE (derrière lequel s’accroupissent le receveur et l’arbitre). En sable: LES SENTIERS (sur lesquels court le frappeur-coureur). Sur les coins: LES BUTS. Circulaire au centre: LE MONTICULE (sur lequel se tient le lanceur)

Nos vampires ne niaisent pas sur les sentiers, du reste. Ils comptent bien courir tout le circuit, jusqu’au marbre (il faut que le frappeur, devenu coureur, fasse le circuit complet du losange et revienne au marbre, pour arriver à marquer son point). Le marbre (le but de départ et d’arrivée, celui sur lequel on se tient pour frapper et vers lequel ont doit revenir pour marquer le point) est un petit pentagone en forme de maison. Les anglophones l’appellent donc home (la maison).

En français LE MARBRE, en anglais HOME (la maison), point de départ et d’arrivé du circuit, sur le losange

Métaphoriquement, c’est aussi la maison, le refuge, le bercail où il faut rentrer pour demeurer sain et sauf. Quand le circuit est complété à la course et qu’ainsi le point est marqué suite à une envolée unique de la balle frappée, les anglophones parlent d’un home run (une course –run- unique et complète sur les sentiers, vous ramenant directement à la maison –home-). Nous, en français, on parle plutôt d’un coup de circuit, c’est-à-dire un coup du bâton frappant la balle assez puissamment pour que le frappeur puisse courir la totalité du circuit et marquer un point en revenant au marbre. Pendant que Rosalie court, l’arbitre et la receveuse, observatrices privilégiées de l’intégralité du jeu, y vont de leur petite prospective, ainsi:

Bella: That’s gonna be home run, right? [Bon ici on se dirige vers un coup de circuit de Rosalie, non?]

Esme: Edward’s very fast… [Ce n’est pas certain. Edward est très rapide]

De fait, Rosalie court le plus vite qu’elle peut sur le losange. Mais de quoi se sauve-t-elle donc? Réponse: de la balle. Pendant que la frappeuse, en offensive, court son circuit sur ses sentiers pour aller marquer son point, l’homme de champ, en défensive, va œuvrer à remonter la balle (que Rosalie avait chassé le plus loin possible, en la frappant) vers le marbre, vers sa co-équipière, la receveuse Esme. C’est la course de la personne contre le projectile. Esme, le pied sur le marbre, attend la balle. Edward porte un uniforme très semblable à celui des mythiques Yankees de New York (les stries du col sont un peu plus foncées, s’il faut vraiment tout dire) et, cool jusque à la racine des cheveux, il est sans casquette.

Edward (en défensive - homme de champ, costumé comme les mythiques Yankees de New York et sans casquette)

Quand Esme dit à Bella que son co-équipier Edward est très rapide, elle fait référence à l’aptitude surhumaine de l’homme de champ à courir la balle dans le paysage lointain (ici, en l’occurrence, une forêt de conifères) et à la remonter vers le losange, plus précisément vers le marbre. En voyant bien à toucher du pied chacun des coussins des coins du losange, Rosalie court. Ne vous laissez pas distraire par Jasper, co-équipier de Rosalie, qui contemple le tout d’un air atterré, en faisant des mouvements acrobatiques avec un bâton. Il n’est pas encore au jeu, lui. C’est tout simplement un des prochains frappeurs en train de se réchauffer en préparation de son futur passage au marbre. Rosalie termine son circuit. On voit dans le fond Carlisle, son autre co-équipier, qui encourage Rosalie du geste. En une pose toute classique, Rosalie plonge latéralement sur le sentier et glisse vers le marbre, pour le toucher du bout du pied, sans se faire toucher par la balle. Mais Esme, et là, même un œil inexpérimenté peut le voir, a capté la balle, puis souri calmement, plusieurs secondes avant que la frappeuse-coureuse n’atteigne le marbre. Rosalie est donc indubitablement retirée. Malgré le caractère évident du jeu, Esme, qui s’est accroupie pour toucher Rosalie avec la balle, se tourne respectueusement vers l’arbitre et attend son verdict (tout, dans l’attitude d’Esme vise à montrer ostensiblement une haute déférence à l’égard de Bella):

Bella: You’re out [Tu es retirée, Rosalie]

Emmett: Out! Whoo! Babe, come on… It’s just a game… [Retirée! Ohh! allons, allons, mon chou, ne le prend pas sur ce ton là, c’est jamais qu’un jeu]

Au moment d’annoncer le retrait de Rosalie, Bella secoue le poing droit, en une sorte de petit bras d’honneur discret. Aucune arrogance n’est voulue, c’est rien de moins qu’une version esquissée du geste officiel (et fort ancien) des arbitres des ligues majeures et des ligues mineures pour signaler aux gradins le retrait d’un frappeur-coureur.

Ce geste de l’arbitre (le poing brandi) signale aux gradins que le frappeur-coureur est retiré

Emmett, par contre, en recevant la nouvelle, pousse son Out! Whooh! en faisant le geste d’un arbitre signalant aux gradins que le coureur-frappeur est sauf (n’est PAS retiré).

Le geste d’un arbitre annonçant aux gradin que le coureur-frappeur n’est pas retiré, qu’il est sauf. Emmett pose ce geste incongru et inane après le retrait de Rosalie, pour une raison qui reste parfaitement obscure

Ce geste délirant d’Emmett (le contenu en est faux et, en plus, seule l’arbitre est autorisée à diffuser ce type de message) est-il sa façon à lui de dire qu’il se sent lui-même «sauf», face à la neutralisation du terrible potentiel de puissance de Rosalie qu’il connaît bien, car elle est son épouse? Pas clair. Quoi qu’il en soit, oh, oh, ladite Rosalie n’est pas contente du tout. Sa bonne foi est fort questionnable, du reste, car le jugement de l’arbitre est ici aussi limpide que le jeu est raté. Rosalie se relève du sol juste après Esme. C’est l’occasion imprenable d’observer qu’Esme porte elle aussi des chaussettes de baseball à l’ancienne, partiellement striées comme celles de Rosalie et moins longues.

Et ici, c’est l’inversion des omnipotences. Rosalie, vampire herculéenne et anthropophage, pourrait simplement dévorer Bella toute crue, pour cette haïssable décision où, en plus, comble de l’agacement, Bella donne raison à Edward, son petit amoureux surdoué gnan-gnan-gnan du fond du champ. Ou encore, Rosalie pourrait crier à la collusion, au conflit d’intérêts, à la magouille généralisée. Boudeuse, elle toise Bella lourdement. Celle-ci baisse la tête modestement.

Mais il reste que, sur un losange de baseball, l’arbitre est une autre sorte de figure omnipotente. Si vous l’enquiquinez, il peut vous chasser du jeu, disqualifier votre équipe, vous suspendre pour le reste de la saison, vous bannir de la ligue. Sa décision ne sera jamais contestée. C’est une pure question de cohésion fondamentale, Rosalie doit se ressaisir. Elle doit reprendre son calme devant cet insecte humain, consacrée figure d’autorité suprême par la loi du jeu. Rosalie se calme, et Carlisle l’en remercie furtivement. Symbolisme annonciateur de l’évolution future de la relation entre Bella et Rosalie? En tout cas, pour le moment, c’est Carlisle que cela soulage:

Carlisle: Nice kid [Bonne attitude, Rosalie, tu as su rester calme devant la décision de l’arbitre qui pourtant te désavantageait]

Carlisle entre en scène ainsi. Il est maintenant au bâton. Tout de go, Edward se rapproche du champ intérieur, ce qui laisse déjà soupçonner que Carlisle est un cogneur moins puissant que Rosalie. Aussi, il frappe droitier, contrairement à ses deux autres co-équipiers. Les vampires sont-ils plus souvent gauchers que les humains? Quoi qu’il en soit, dans un geste de défi tout BabeRuthesque, Carlisle pointe le bâton vers un point indéterminé du champ centre. Annonce t’il la trajectoire future de son projectile? Je le crois… c’est que c’est là une allusion historique archi-connue qui connote tellement l’omnipotence mythique, au baseball…

Le geste de Carlisle est très certainement une allusion à la légende tenace voulant que, lors de la Série Mondiale de 1932, le mythique Babe Ruth aurait prophétiquement signalé aux gradins la trajectoire de sa prochaine balle frappée

Alice, l’air un petit peu découragé quand même face à ce futur qu’elle devine, lance. Carlisle cogne la balle. Elle semble bel et bien se diriger dans la direction qu’il a annoncée, un peu sur la droite du champ centre. Pour s’en aviser, il n’est qu’à suivre la trajectoire de la balle en traitant Alice comme le point de repère fournissant l’exact centre du terrain. La balle vole très légèrement sur la droite de notre lanceuse, par dessus elle naturellement. Ceci dit, contrairement à la balle de Rosalie, qui fonçait, rapide et droite comme une cartouche, (magiquement) parallèle au sol, on a ici ce qu‘on appelle dans le jargon un ballon ou une chandelle. Ce genre de balle qui fait une grande arabesque incurvée et ostensible, genre volant de badminton, se gaspille en hauteur, perd de la distance, flotte mollement, et, normalement, devrait être hautement facile à cueillir par les défenseurs. Or, quelque part dans le champ intérieur, Emmett et Edward sautent très haut vers la balle et se télescopent brutalement l’un l’autre. Il ne faut jamais courir la balle à deux, dans le champ. Il faut disposer d’une coordination et d’un découpage implicite des zones qui fait qu’on sait toujours qui la prendra, et où. Pas de cela ici, Emmett et Edward se font avoir comme deux enfants qui ont perdu le contrôle. Et voici pourquoi.

En brun-jaune, le champ intérieur (zone d’Emmett, surtout sur la gauche, le statut du champ intérieur droit restant flou). Les trois points rouges, le champ extérieur (zone d’Edward, surtout sur la droite, mais il foncera bien à gauche s’il le faut, allez). Naturellement, capter la balle est une priorité qui prime sur le respect de ces frontières flottantes

Le baseball se joue habituellement dans un stade. Si la balle est frappée au-delà de la palissade dudit stade, elle ne pourra plus revenir au jeu et c’est, pour le frappeur-coureur, le coup de circuit (et le point) automatique. Mais ici, il n’y a pas de stade, pas de palissade, pas de limite. On court la balle dans le champ intérieur, puis le champ extérieur, puis la forêt, puis la montagne, à l’infini semble-t-il. Cela crée une ouverture, à l’infini aussi, du rayon d’action de l’homme de champ (Edward). Il tend donc à prendre du champ justement, tant vers l’horizon, que vers le losange (dans ce second cas, surtout sur la droite). Pas de stade pour le forclore, soudain, c’est comme si la terre entière lui appartenait. Cela l’amène immanquablement à, éventuellement, en faire trop et à empiéter sur le territoire de son co-équipier l’arrêt court (Emmett) qui, comme son titre l’indique, est chargé, lui, de capter la balle frappée sur les trajectoires courtes, plus proches du losange donc, dans le champ intérieur (surtout à gauche) ou même sur les sentiers. Les âmes subtiles vont me demander comment je sais qu’Emmett est arrêt court et pas, par exemple, second homme de champ (en effet, il en faudrait au moins un de chaque côté du champ, qui est fort vaste. Rappelons que nos vampires font la part du feu vu qu’ils jouent à personnel réduit). En quoi Emmett est-il arrêt court? Simple. Observez-le attentivement, le Emmett. Toutes ses interactions, ses éructations, ses objections, ses observations (y compris ses mouvements inanes de boxe en l’air et ses faux messages d’arbitrage) sont orientées vers le losange et les protagonistes du marbre. Il est patent qu’Emmett est tourné vers le terrain, tandis qu’Edward est tourné vers l’horizon. C’est la courte vue de la casquette torve, contre la vaste visée perspective sans casquette. Aussi, pour ne pas trop nuire à l’image positive d’Edward, on semble laisser supposer que ledit Edward était spacialement plus proche de la balle qu’Emmett, sur ce jeu spécifique, vu que ce dernier a du courir un peu plus pour s’en approcher. Comme la balle frappée par Carlisle est partie vers le champ centre, un peu sur la droite, on peut aisément supposer qu’Emmett se met à courir depuis quelque part entre le troisième but (3B) et le deuxième but (2B). Or, c’est là l’indubitable position de l’arrêt court.

SS (pour short stop, ARRÊT COURT, la position d’Emmett) RF (pour right field, CHAMP DROIT, la position d’Edward, mais, dans son cas, avec un rayon d’action plus vaste que la normale)

Souvenons-nous aussi qu’Edward s’est rapproché à la fois du champ centre (CF, center field, sur notre shéma) et de l’intérieur, en prévision du frapper de Carlisle, rendant de ce fait la frontière encore plus floue entre sa zone défensive et celle d’Emmett. Sauf que, cela ne change absolument rien au conflit des rôles représenté ici. Emmett juge que les concessions tactiques ne doivent pas prendre le dessus sur le rôle fondamental, tandis qu’Edward fait primer l’improvisation tacticienne, quitte à prendre ses distances face à son rôle effectif. Comparaison symbolique des deux personnages? Aux twilightologues de se prononcer…

En tout cas, au moment de ce saut collisif stérile, involontairement conflictuel, d’Edward et d’Emmett, la balle tombe derrière les deux co-équipiers défensifs et n’est pas reprise par eux. Ils chutent lamentablement au sol avec la balle qui tombe juste derrière eux. Couac des omnipotences. Abrupte aporie des puissances. Dans la terminologie technique dépouillée et détachée du baseball, on appelle cela une erreur. On dit alors aussi que la balle est en lieu sûr – un endroit du terrain où, aussi temporairement que décisivement, les hommes de champ, les arrêts courts, les hommes de buts, les lanceurs, perdront de précieuses secondes pour la remonter. Il semble bien qu’ici, Edward et Emmett y renoncent, en fait. Coureur ultrarapide, Carlisle glisse vers un but, présumément, et fort certainement, le marbre. Tandis que, dans le champ intérieur:

Edward: What are you doing? [Mais qu’est-ce que tu fous, Emmett?]

Emmett : Come on [Bon, laisse tomber et continuons, tu veux bien]

Cet échange scelle, dans le désaccord le plus aigre, cette faillite défensive intégrale. Edward est un peu de mauvaise foi ici, du reste, car celui qui n’est pas à sa place et qui empiète sur la zone de l’autre, techniquement, en fait, c’est lui. Pas facile de s’autocritiquer, monsieur le vampire-étoile… On notera aussi qu’il est bien difficile de décider s’il n’y a pas eu là une sorte de sabotage involontaire mutuel de la part des deux figures filiales pour discrètement s’éviter d’empêcher la figure paternelle de marquer son point. Quoi qu’il en soit, Carlisle marque ledit point, en faufilant sa balle, entre deux fils, dans les environs approximés du champ centre.

Jasper est maintenant au bâton. Il sera d’évidence suivi de Rosalie, qui se réchauffe déjà avec un bâton, en prévision de son prochain passage au marbre. Inutile de dire que tous ces réchauffements acrobatiques vampiriques, impliquant des manipulations de ce lourd bâton de bois franc comme si c’était une baguette de majorette, ne se font pas de cette façon là, dans les ligues majeures…

Jasper frappe solidement la balle. Elle décolle indubitablement vers la gauche, ce qui en fait une pâture assurée pour un arrêt court mobile, s’il se donne la peine de reculer et de déborder un peu vers le champ gauche. Emmett abrège originalement ce processus en grimpant à un arbre isolé du champ intérieur gauche (artefact incongru qu’on ne rencontrerait évidemment jamais sur un terrain de baseball réel). Costaud, tonique, il capte alors la balle frappée par Jasper et ce, directement au vol, avant qu’elle n’ait touché le sol, ou un autre joueur, ou un obstacle. Cet attrapé spécifique (habituellement potentiellement douloureux, même avec un gant) signifie le retrait automatique du frappeur. Jasper n’a même pas besoin de continuer de courir sur les sentiers. Emmett pour sa part, n’a même pas besoin de remonter la balle aussi vite qu’il le fait. Mais il le fait quand même, en signe de passion, d’intensité et de hargne. Cela accroche l’œil de Rosalie.

Rosalie: My monkey man… [mon petit homme-singe]

Ce commentaire de Rosalie est formulé avec un mélange de dépit, car ce beau jeu défensif improbable est au désavantage de l’équipe qui est au bâton, et d’admiration amoureuse de la susdite Rosalie, pour son tonique époux, Emmett. À ses côtés, Esme, imperturbable, n’attrape pas la balle lancée si vivement par Emmett. La balle est donc retournée directement au monticule, c’est-à-dire à Alice, la lanceuse, ce qui confirme, si nécessaire, qu’il n’y a personne d’autre à retirer, que les sentiers sont donc bel et bien vides et que Carlisle s’était bel et bien rendu au marbre.

Rosalie est de nouveau au bâton. Comme son équipe a peu de frappeurs, le cycle des frappeurs, qui s’avance selon un ordre fixe, reprend déjà à son début. Alice lance. Rosalie frappe de nouveau la balle et se rue sur les sentiers. Mais Alice, depuis le centre du losange, voit quelque chose venir au loin.

Alice: Stop! [Arrêtez la partie]

Les trois vampires intrus font alors leur apparition, dans une brume, ce qui interrompt la partie de baseball avant la fin de la première moitié de la première manche (une partie normale compte neuf manches et dure habituellement entre trois et quatre heures). Un seul point (compté par Carlisle), deux frappeurs retirés (Rosalie au marbre, sur décision de l’arbitre et Jasper par saisie au vol de la balle en arrêt court), une erreur (résultant de la collision d’Edward et d’Emmett) et une joueuse (Rosalie) laissée sur les sentiers. La marque est de un à zéro, après moins d’une demi-manche de jeu. Un deuxième point allait possiblement être compté par Rosalie vu que, les intrus rapportant la balle d’assez loin, cette dernière aurait possiblement échappé à l’attention de l’homme de champ Edward, déjà fort affairé à paniquer pour la sécurité de sa copine humaine. Il y a aussi les cheveux d’Esme accroupie, qui lui volent dans le visage au moment où Rosalie frappe la balle. Esme fut-elle subitement dépassée par ce nouveau coup de butoir offensif de son enfant? On ne le saura jamais…

Car le mystérieux monde des vampires, derechef dangereux et cruel après cette courte parenthèse récréative, vient de reprendre pleinement ses droits…

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Contre le Bébé-Bulle-Mentale

Publié par Paul Laurendeau le 1 juillet 2010

Oh really, he was a genius! Helen is a genius and Dennis is a genius. You know a lot of geniuses, you know. You should meet some stupid people once in a while, you know, you could learn something…

[Oh vraiment, c’était un génie! Helen est un génie et Dennis est un génie. Vous connaissez un grand nombre de génies, dites donc! Vous devriez rencontrer quelques personnes stupides de temps en temps, vous savez, cela vous permettrait d’apprendre des choses…]

Isaac Davis (Woody Allen) à Mary Wilke (Diane Keaton), dans Manhattan (1979)

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La vieille robinsonnade consistant à vouloir enfermer ses enfants hors du monde social connaît une vive résurgence, dans une version contemporaine toute pseudo-moderne, et la susdite robinsonnade ne manque pas de s’autolégitimer, sans balise critique aucune, en accusant de tous les maux le cirque hyper-informé contemporain. Une de ces fameuses mamans néo-contrôlantes soit disant éclairées de notre temps s’aperçoit soudain, un beau matin, que sa petite fille adorée chante, avec une précision de fine dentellière-parolière, la chanson sentimentale niaiseuse d’une de ces pubes télévisuelles ineptes, comme il y en a tant au tout venant. Sentant se plisser la bulle de son emprise et se jugeant partie prenante de notre chère petite élite frappée et fin-finaude début de siècle, Maman Néo-Contrôlante écrit tambour battant aux médias pour que cette pube idiote soit retirée des ondes, pendant les émissions pour enfants rosâtres de son petit trésor exclusif…  Et vlan, la détentrice de vérité a frappé un coup d’épée de plus dans l’eau saumâtre du grand marigot ringard contemporain. Suppression d’abord, jugeote après.

En proclamant unilatéralement que cette pube niaiseuse, enchâssé bien sottement dans une émission pour enfants populaire, n’est pas de l’âge de votre petit bébé-bulle, chère Maman Néo-Contrôlante de notre temps, vous n’avez rien expliqué, rien décrit et surtout, vous n’avez rien compris. Au lieu de vous insulariser intellectuellement en allant vous plaindre aveuglément aux toutes abstraites et sécurisantes autorités-aux-doigts-sur-le-piton au sujet de la présence de cette niaiserie navrante au milieu d’émissions pour enfants, et d’accuser du tout de la chose la Grande Quétainerie Universelle Extérieure, la question fondamentale qu’il faudrait articuler est: pourquoi la douce enfant en fleurs reprend-elle par le menu cette chanson sentimentale spécifique (et ignore toutes les autres pubes fétides du baril)? Réponse implacable: l’enfant est tout simplement déjà interpellée par la portion d’univers social évoquée dans cette chansonnette. Vouloir l’en priver, l’en hyper-protéger, c’est retomber dans le vieux réflexe convulsionnaire du parent encore et toujours en retard d’une coche évolutive… Réflexe réactionnaire s’il en fut et, alors là, bien plus vieux et archaïque que Télé Stupidité & Associé(e)s.

Quand ton enfant chante une chanson, c’est qu’il est fin paré pour interpréter cette chanson, dans tous les sens du terme. Pourquoi la Maman Néo-Contrôlante contemporaine, et son conjoint, aussi frappé et pas plus fin qu’elle au demeurant, préconisent-t-ils toujours, ouvertement ou en sous-main, la compulsion anti-progressiste? Pourquoi faut-il que la chaloupe chialante penche toujours sur le même bord: tribord (la droite). Mais c’est une rengaine populaire du tout venant sociologique que votre petiote roucoule là, sans malice, rien de plus… Tapez du pied et cessez de bougonner… Personnellement, j’entends bien protéger mes enfants du genre d’ineptie de droite décrite ici. Et je le ferai. Notons d’abord que si ces Parents Néo-Contrôlants, pour leur part, ont cru «protéger» leur enfant de leurs propres compulsions retardataires en sursautant tapageusement de la voir fredonner une rengaine sentimentale «trop vieille pour son âge», ils ont fait exactement le contraire. La gamine a vu et bien vu, de son jeune œil acéré de petite chouette, que ça pognait, les enquiquinait bien, les faisait superbement rissoler dans leur Réaction et elle ne la lâchera plus maintenant, cette ritournelle… C’est à la fois bien trop drôle et bien trop susceptible de finir par leur faire cracher le morceau informatif tant convoité. Pauvres petits parents néo-dogmatiques et sans ampleur aucune, il aurait fallu s’en foutre de cette chanson-chantage en fait et pour cela… il aurait fallu justement s’en foutre… sans artifice. Mais, comme le disait autrefois Brassens, pour se rendre compte que l’on est pas intelligent, il faudrait l’être…

Bon, soyons lumineusement limpide. Moi, je VEUX que mes enfants entendent des chansons sentimentales niaiseuses de pubes télévisuelles ineptes sur leur poste, quand je pionce le samedi matin en investissant, à mes risques, la télé du statut fort douteux de gardienne d’enfants. Je trouve cela parfaitement inoffensif et je juge, en conscience, que ceux et celles qui prétendent protéger leurs enfants (et dans le mouvement, les miens) de la niaiserie omniprésente par la suppression opaque généralisée font un pur et simple acte de CENSURE non assumé. Je ne partage pas ce genre d’implicites «protecteurs». Je les juge parfaitement nocifs et inaptes à créer les conditions intellectuelles et mentales amenant mes enfants à se poser puis à me poser, en toute sérénité, les bonnes questions. Je trouve mal avisé et hautement inefficace de ne pas du tout préparer mes enfants à affronter le torrent bouillonnant de la bêtise ambiante, à laquelle les chansons sentimentales niaiseuses et autres manifestations vernaculaires de la même farine les initie ouvertement et fort indubitablement. Le vaccin contre la niaiserie, cela s’instille petit à petit et la solution répressive-suppressive pour Bébé Bulle-Mentale est une pure errance illusoire. Censurer, pour s’épargner d’éduquer, n’est pas jouer…

C’est bien certain qu’il y aura toujours un élément de risque dans la découverte du monde (n’oublions pas que l’enfançon ici présent n’est pas tout seul devant ce mystérieux volatile de banc de parc. Son papa et sa maman sont derrière la caméra, encadrant, prudemment mais sans entrave, la surprenante découverte)

C’est bien certain qu’il y aura toujours un élément de risque dans la découverte du monde. Sauf que, hein, ne me donne pas ton poisson mais apprends moi à capturer mes propres poissons (Mao Zedong). L’absence de sens critique que les Parents Néo-Contrôlants imputent si rigidement aux enfants ne pourra se résorber que par une prise de contact initiale, empirique, directe, personnelle, authentique, libre avec la fadaise critiquable. C’est seulement quand la gamine chantonne les sottises de bon coeur que la saine gouvernance parentale entre en action. Pas avant… Si tout percute la muraille épaisse et onctueuse de la bulle mentale et comportementale de bébé-bulle par avance, et rebondit hors champ, la seule chose qu’on protège vraiment, c’est l’autocratisme convulsionnaire, la raideur régressante, l’illusoire autorité, la sécurité temporaire, et la paresse intellectuelle des parents de Bébé-Bulle-Mentale… Les réveils ultérieurs de tout ce beau monde n’en seront alors que plus abrupts. Mon vieux papa manifestait jadis son solide sens maïeutique en disant de ses enfants: "J’peux pas ‘es attacher apra leu couchette". Sagesse fruste mais fondamentalement correcte. Société de consommation ou pas, avec ordis, téloches, réseaux sociaux ou sans, votre mouflet va vous revenir un beau matin en fredonnant des fadaises douteuses et en fortillant dans un cadre de pensée suspect, que vous n’endossez pas. Ça, c’est fatal. Les gamins et les gamines choppent des trucs dans le grand bourbier de la flatulence universelle, eh oui, c’est dans le cycle de la vie. Il vous faudra alors insérer vos options entre l’écorce et l’arbre, en douce ou à la dure, rajuster, questionner, intervenir et ce, sur votre progéniture même, pas sur les sources torrentielles du fautif. Vous devrez agir sur la vision du monde de votre rejeton, déjà si différente de la vôtre, autant sinon plus que sur le monde même. Aucun appel au silence médiatique, aucun rejet a priori de la chienlit consumériste contemporaine ne vous épargnera ce rendez-vous crucial, devant votre enfançon, avec le débat critique des générations… Il faut donc laisser la fadaise bien agir, en ouverture, en l’enfant, sans malice, voir à distinguer ce qui glisse, de ce qui prend, de ce qui corrode et voir venir, en l’enfant toujours, son propre premier dégrossissage critique. Ce dernier sera souvent bien plus puissant que vous ne le soupçonniez… Il faut d’urgence cesser d’opérer en mobilisant l’implicite suivant, aussi cuisant que paradoxal: «Tous les petits enfants du monde sont intelligents, futés, aguerris, ‘street smart’, et ont suffisamment de sens critique, sauf le mien, mon pauvre petit Mozart en bulle»

Les parents contemporains interviennent trop. Ils bousillent purement et simplement l’univers maïeutique de leur enfant avec leurs grosses pattes bien intentionnées. Ils ne comprennent pas qu’ils sont les modestes instruments critiques de leurs enfants, pas leurs mentors ou leurs maîtres. Le reste de la société ne vaut d’ailleurs guère mieux. Elle y va aussi de son barouettage et de sa manipe. Se voulant des commentateurs sociétaux plus éthérés, subtils et autolégitimés que nos bons Parents Néo-Contrôlants, d’aucuns de nos pseudo-sociologues fins-finauds de toc se lancent aussi dans la promotion ouverte et hussarde de ces pulsions de censure, hypocritement déguisées en visées éducatives transcendantes. Ces pense-petits sans perspective affectent effectivement de se demander si, en laissant nos mouflets macérer dans le cloaque hyper-informé de notre temps, on ne les pousse pas trop vers le portail en fleurs vénéneuses du vedettariat instantané, de la mondanité superficielle, du ladygagaïsme à tous crins, ou de la vie creuse faussement enviable des gens riches et baveux, plutôt que de leur faire entrevoir le bonheur sain, sec et pur de la franche réalité et l’importance des métiers ancrés dans la vraie vie. On connaît bien cette rengaine là, aussi. En mirant le salaire et la gloriole de la dernière cinémateuse à la mode, comment voulez vous que nos petiotes aspirent à devenir chauffeuses de bus ou infirmières, s’écrient certains de nos folliculaires? Quoi maintenant? Il faudrait que je brise les reins des aspirations semi-fantasmées de l’enfance de mon enfant, comme au bon vieux temps du "curée de la famille", pour mieux faire plus de soldats dociles pour le capitalisme en ruine. Euh… Pas question. Vous voulez des infirmières et des chauffeuses de bus? Payez des salaires décents aux infirmières et aux chauffeuses de bus… Quand les infirmières feront autant que les médecins, les chauffeuses de bus autant que leur petits chefs, y en aura, des infirmières et des chauffeuses de bus… Ma position fut et demeure: tu seras ce que tu voudras mon enfant. Va vers tes aspirations. Il en sortira toujours quelque chose. Si le miroir aux alouettes polychrome de tes cyber-lectures et cyber-visionnements te fait fantasmer tout croche, c’est autre chose et on discutaillera de tout cela au cas par cas, sur pièce, sans tout verrouiller et tout interdire à l’aveuglette et par avance. La connerie ambiante n’est en rien une raison, par contre, pour mettre mon respect pour ton libre arbitre dans le collimateur de la remise en question ronflante et mal placée du droit au rêve de ceux de ton temps.

En tant que parent, je ne me définis pas comme engagé dans une surveillance répressive d’assiégé mais plutôt dans un encadrement critique ouvert sur un monde où le génial et le mystérieux côtoient le niais et le fallacieux, en un kaléidoscope fugace et fluide. La métaphore de l’immunisation tient bien mieux la route ici que celle de la bulle protectrice. Que mon petit trésor reçoive la foutaise ambiante frontal, de plein fouet, qu’elle le traverse de toutes parts, qu’il y macère, y percole, s’en imbibe un peu, l’affronte à bras le corps. Il n’en mourra pas, va. Ça va juste lui tanner le cuir, lui dresser les oreilles et lui ouvrir les yeux. Mon chouchou me posera bien ses questions au bon moment et l’occasion me sera amplement donnée de dire mes lignes critiques. Le fruit défendu, c’est rien d’autre que la clôture de broche qu’on fabrique et qu’on tortillonne autour qui rend son suc si illusoirement suave. Pourquoi vouloir écoper la mer quand il est bien plus marrant et instructif de s’y baigner, d’y barbotter sympa, et de se préparer sans complexe à y naviguer un jour.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Pourquoi l’implicite lesbien cinématographique continue-t-il de rester justement si… implicite?

Publié par Paul Laurendeau le 15 mai 2010

Il y a un demi-siècle ou plus, nous vivions l’âge d’or de l’implicite homosexuel masculin au sein du cinéma hollywoodien. Souvenons-nous allègrement de tous ces films A, B et C ou des gros types, musculeux et ardents, au corps luisants et en sandales et jupettes romaine étroites, se jetaient des regards langoureux et s’étreignaient de facto, tout en affectant de se bagarrer ou de lutter pour des causes antiques toutes plus ou moins turlupinées et obscures. Un des chefs d’œuvre du genre fif-rentré-faisant-dans-l’implicite-strict reste sans conteste le tout ostentatoire Ben-Hur (1959). Revoyez le, sereinement et avec le sain recul, à la lumière de l’hypothèse d’une dimension homo intégralement secrète et inavouée. De plan en plan, tout évidemment, l’évidence n’en arrêtera pas de vous paraître si évidemment évidente.

Ben-Hur (1959)

C’était aussi l’époque héroïque où les Cary Grant, Rock Hudson, Marlon Brando, Laurence Olivier, et tant d’autres dans l’espace hollywoodien, vivaient leur homosexualité ou leur bisexualité dans le maquis le plus opaque, en niant tout, copieusement et intégralement quand on les serrait de trop près, poursuites légales et tordages de bras juridiques à l’appui si nécessaire. Les mariages de convenance de vedettes masculines pleuvaient comme à Gravelotte et les mémoires, verbales ou écrites, de leurs veuves et divorcées vieillissantes, toutes plus ou moins furax d’avoir été utilisées et instrumentalisées ainsi, n’en finissent plus aujourd’hui de jeter une lumière crue et laiteuse sur cet autre temps glauque et ces autres mœurs insidieusement sexistes. Époque révolue, et, bon, on ne va pas pleurer. De nos jours les personnages homosexuels hommes se déploient avec de plus en plus de complexité et de richesse dans le cinéma mainstream hollywoodien et les couples masculins fleurissent dans tous les secteurs visibles de la cinématographie de masse, comme dans ceux du reste de la société capitaliste. L’implicite au premier degré d’homosexualité masculine, et toute la tension torride, secrète et subtile l’ayant accompagné, n’est plus. Il est devenu un explicite vrai ou factice, juste ou cloche, vif ou foireux, original ou stéréotypé, serein ou tumultueux, accepté ou combattu (par les navrants combattants d’arrière-garde qui traînent toujours de ci de là), mais c’est un explicite bien explicite. On fera encore certainement beaucoup de films SUR la crypto-homosexualité masculine, qui reste encore un thème hautement sensible dans nos sociétés, mais il est fort improbable qu’un film hollywoodien SOIT LUI-MÊME désormais crypto-pédé. L’implicite cinématographique d’homosexualité masculine a vécu.

Or, qu’en est-il tant de l’implicite lesbien? Suit-il, à la remorque (selon la fausse idée tenace et répandue d’une sorte de similarité abstraite des deux grandes homosexualités) ou développe-t-il sa propre dynamique autonome? Oh, certes, la télévision et le cinéma contemporains affectent de nous présenter un grand nombre de lesbiennes explicites, qui s’étreignent, s’embrassent se dorlotent et se câlinent langoureusement, à tire-larigot et à qui mieux mieux. Une toute pudique discrétion m’oblige à ne pas vous citer ici le courrier de lesbiennes effectives qui expriment à Ysengrimus toute la révolte et la révulsion que leur suscite ce pseudo lesbianisme de toc pour exciter les mecs. Je n’ai pas besoin non plus de vous démontrer par A plus B que les fantasmes masculins hétérosexistes sont bien plus une entrave et un emmerdement pour la saine évolution de la (vraie) dynamique d‘explicitation des ci-devant «gouines» que les fantasmes féminins hétérosexistes n’avaient été un emmerdement et une entrave pour l’évolution de la dynamique d’explicitation des ci-devant «tapettes». Les pédés de jadis combattaient un rejet, solide, compact, dense, frontal. Ils crevèrent courageusement ce plafond de verre et tout fut dit. Les lesbiennes, de jadis et d’aujourd’hui, combattent, au contraire, une prétendue acceptation, onctueuse, fallacieuse, molasse, minette, pseudo-moderne, faussement libertaire, illusoire, aliénante et gluante. C’est beaucoup plus délicat, compliqué et emmerdant de forcer et de pousser contre une mélasse pareille. Beaucoup de lesbiennes sont donc de fort méchante humeur, sur cette question cruciale. Il semble bien qu’on leur dicte une norme sur, justement, comment sortir des normes et que cela ne leur aille guère. Affligeant paradoxe.

Maintenant, pour tout vous avouer, je me dois de mentionner que ce sont les gloires et déboires récents de l’actrice hollywoodienne Sandra Bullock (née en 1964) qui m’ont mis sur la piste de l’implicite lesbien dans le cinéma de masse. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, cette actrice adulée est un véritable phénomène sociologique. Les films auxquels elle s’associe, habituellement d’une qualité artistique au demeurant toute moyenne, font des tabacs titanesques au guichet, en Amérique et ailleurs. Tant et tant que les avoirs financiers levés pas «l’œuvre» cinématographique de Madame Bullock ne se comptent plus en millions mais en milliards. Il y a là un mystère de popularité que je ne vais pas prétendre percer ici (l’Histoire s’en chargera bien un jour). Indubitablement, Sandra Bullock est la Nana Mouskouri du cinéma de masse, ou vice versa (Nana Mouskouri est la Sandra Bullock de la chanson populaire) et… et pourquoi pas. Les divers développements en mondovision de la vie privée de Madame Bullock (divorce d’un mari infidèle dont elle n’a pas d’enfant, prise en charge parentale d’un petit enfant, noir, donc très indubitablement adoptif) ont révélé la sidérale capacité de cette personnalité publique à la jouer intégralement poker face et à garder, pendant des mois et des années, des pans entiers de sa vie privée parfaitement secrets du public. Madame Bullock s’avance implacablement masquée, comme le firent jadis, avec tant de brio, Cary Grant et Rock Hudson. Mon hypothèse (hypothétique, comme toutes les hypothèses) est que Madame Bullock est de fait une crypto-lesbienne, impliquée dans un mariage de convenance riche en échanges de bons procédés (elle a notamment mis sa colossale fortune au service des luttes de garde d’enfant de son mari, contre ses ex-conjointes), et ayant été forcée récemment à mettre un terme audit mariage de convenance par le poids, harcelant et malodorant, de la vindicte conformiste anti-batifole de notre temps (sous le joug doctrinal de laquelle elle ne pourrait pas justifier les extramaritalités de son ex sans risquer de démasquer son propre lesbianisme – il a donc fallu jouer le cruel jeu conservateur jusqu’au bout de sa logique)… Mais bon, mon opinion personnelle et privée sur la vie personnelle et privée de cette actrice, qu’on surnomme toujours America’s Sweetheart et dont la toute nouvelle maternité légitimera désormais sans encombre le plus opaque des célibats, c’est, il faut le dire, la périphérie de mon propos mais… ce n’est pas le centre de mon propos. Revenons-en à ce dernier.

Si je cherche ce qui me semble la manifestation d’une sensibilité lesbienne authentique dans le cinéma hollywoodien, mainstream, grand public, ronron, «populaire» et pas d’avant-garde, de notre temps, je la trouve, notamment et comme par hasard, dans Miss Congeniality (2000 – plus d’un quart de milliard de recettes au guichet) et Miss Congeniality 2 (2005 – moins heureux avec «seulement» cent cinquante millions au guichet), produits justement par Sandra Bullock et la mettant en vedette. Or c’est ici que l’œuvre (non la vie personnelle) de Madame Bullock révèle toute son importance ethnologique. En effet, la sensibilité lesbienne de ces deux opus se manifeste avec une incroyable intensité, et ce, sur l’équivalent transposé du mode implicite veule et secret des grands films crypto-pédés du siècle dernier. On ne mentionne jamais ce fait, pourtant patent, en plus. C’est incroyablement éloquent.

Miss Congeniality 2 (2005)

Bon, je vous épargne le résumé de ces deux œuvres mondialement connues (ainsi que le détail de mon jugement peu favorable sur leur qualité artistique – là n’est tout simplement pas la question). Je vous demande simplement de les revoir, à la lumière de l’hypothèse d’un implicite lesbien intégralement inavoué, cru, âpre, authentique, déroutant, et, par-dessus tout, singulièrement contrarié, frustré, rentré, cuisant et douloureux. Pour bien capter l’amplitude du mouvement, surtout sur la question ardue du rapport à l’homme ainsi qu’aux contraintes du genre comédie sentimentale, il est important (et vaut vraiment la peine, au sens fort du terme) de visionner les deux opus à la suite, comme s’ils formaient une oeuvre unique. Le personnage principal du cycle Miss Congeniality, la policière Gracie Hart (jouée par Sandra Bullock) est une garçonne brutale, névrosée et vindicative, qui n’arrive pas à maintenir une relation hétérosexuelle stable, et qui ne parvient pas, malgré des efforts soutenus, dictés plus par le devoir que par l’envie réelle, à entrer dans la sacro-sainte typification «féminine» (hétérosexiste, en fait) de son rôle social et de son apparence physique. Dans le second opus, une Gracie Hart difficultueusement et imparfaitement féminisée entre en conflit ouvert avec sa collègue Sam Fuller (jouée par Regina King – voir notre photo), garçonne afro-américaine courtaude, hargneuse, bagarreuse, célibataire et mal dans sa peau, pour laquelle Gracie finira par développer une affection dont la tension et la charge d’implicite nous ramène, par un angle densément actif et corrosif quoique parfaitement inavoué, aux grands moments des émotions «viriles» du Ben-Hur de jadis. Au demeurant, l’homosexualité masculine, assumée ou non-assumée, est ouvertement omniprésente dans ces deux opus et y joue un rôle communicatif non négligeable. Elle sert ouvertement d’écrin coloré, criard, scintillant et explicite, au sombre et secret joyau lesbien. Paradoxe: c’est l’écrin qui scintille et, bien souvent, il masque ouvertement la vision, autant qu’il l’invite si intensément et avec un tel sentiment d’urgence, en sous-main.

Ceci dit, en nos temps soi disant si libertaires et si éclairés, pourquoi donc l’émotion lesbienne cinématographique authentique continue-t-elle de rester si fermement et densément implicite? J’y vois, en fait, trois grandes raisons:

1-     Le cinéma de masse est désormais amplement encrassé par les pseudo-lesbiennes allumeuses manufacturées pour le plaisir des hommes. On a là un univers homosexuel de toc n’ayant virtuellement rien à voir avec le fait lesbien effectif. Croire connaître… inutile de dire qu’on ne fait pas une problématique lesbienne avec deux jolies actrices qui s’embrassent, tant s’en faut (méditez ceci: les vrais lesbiennes ne plaisent pas vraiment aux hommes…). Ce «lesbianisme» explicite et factice occupe parasitairement le champs, ni plus ni moins, et nuit considérablement, pour ne pas dire catastrophiquement, au progrès de l’implicite lesbien authentique vers la lumière.

2-     La féminisation de l’homme et la masculinisation de la femme ne sont pas deux processus similaires et mécaniquement symétriques. Le poids de l’histoire patriarcale ne se laisse pas ignorer comme cela, ici. En se féminisant, l’homme progresse inévitablement vers un sexage égalitaire, donc fatalement désaliénant. En se masculinisant, la femme régresse vers les siècles de la bagarre, des rapports simplifiés, de la raideur patriarcale et de la guerre. Il y a inévitablement, pour une femme, toute une nage à contre-courant dans une démarche consistant à légitimement s’approprier ses pulsions masculines, quand l’intégralité de la société, elle, se féminise. On a là un droit fondamental mais… qui s’acquiert fort douloureusement.

3-     La conformité hétérosexiste ambiante, si pesante au siècle dernier sur les larges épaules masculines, exerce aujourd’hui une pression fantastique sur le tout du corps et de l’esprit féminins, au demeurant si profondément réceptifs et empathiques. Fondamentalement, il s’agit d’un diktat, conformiste et nivelant, du monde social des femmes. La pression hétérosexiste requiert aujourd’hui, des femmes donc, d’avoir un conjoint mâle, beau, lumineux, prestigieux, ardent et diurne et d’affecter de ne pas lui résister trop trop. Le mariage hétéro, de nos jours, est en large partie un dogme implicite du groupe de pairs féminins… sa puissance est moins patriarcale, plus sororale et, aussi, plus prodigieuse que jamais…

Ouf… on comprend un peu Gracie Hart et Sam Fuller d’avoir leurs nerfs… Elles sont, en plus, des marionnettes de théâtre, prisonnières du tréteau rigide et limitatif de la comédie sentimentale pour grand public populaire, un genre cinématographique encore hautement hétérosexiste et réactionnaire. Sandra Bullock disait justement un jour qu’elle se demandait franchement pourquoi il fallait tant que le gars et la fille finissent obligatoirement toujours ensemble, dans ce genre de récit… Comédie sentimentale, au sens mainstream du terme, et (vrai) lesbianisme font donc encore bien mauvais ménage. C’est la vieille aporie des discours divergents au sein d’une œuvre idéologiquement contrainte. Impossible d’être Elvis et Bob Dylan en même temps, oh non… même quand on s’appelle Sandra Bullock. Seule solution, en ce moment, pour le (vrai) lesbianisme au sein du monde hautement codé des films de filles: le maquis, l’implicite à l’ancienne, la bonne vieille parade de la crypto-homosexualité cinématographique, discrète et rampante.

Il y a encore énormément à faire pour le bénéfice de la compréhension et de l’explicitation des deux grandes homosexualités qui nous habitent tous et toutes. Ne pas les assimiler unilatéralement l’une à l’autre est une responsabilité spécifique, essentielle, qui gagne de plus en plus en importance au jour d’aujourd’hui. Même en matière de lutte pour les droits homosexuels, les femmes partent avec un ensemble compliqué et lancinant de désavantages. L’implicite lesbien, cinématographique ou autre, accèdera à la lumière au rythme qui sera le sien et selon les modalités qui seront les siennes. Méfions nous simplement de nos certitudes le concernant et évitons de croire le comprendre ou le connaître. Ce qui est bien connu n’est pas connu, comme le disait si bien Hegel…

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L’orthographe, ce traumatisme culturel hautement bêtifiant

Publié par Paul Laurendeau le 15 avril 2010

Non plausiblement sans quelque malice, l’obsession de la "langue correcte" peut être très bien vue comme une inaptitude (d’ailleurs acquise par dressage négatif) à l’originalité.

Claude Gauvreau

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L’orthographe est un artéfact inutile, un tic culturel malsain, une gangrène mentale, un cancer intellectuel. L’orthographe ne joue absolument aucun rôle dans mon évaluation de l’intelligence ou de la connerie de quelqu’un qui écrit… Quand quelqu’un, que j’estime intellectuellement, esquinte l’orthographe, mon cœur saigne intérieurement pour lui ou elle et je me dis: «Encore un ou une qu’on n’écoutera pas pour les mauvaises raisons et qui va se faire enguirlander sans fin par les con-formistes (trait d’union volontaire) franco(pas le)phones (infixe volontaire)». L’orthographe, moi, je la subit ou je la subis ou je la subi. Au choix, mon Précieux, ma Précieuse… Mais toi, Ô orthographiste bêtifiant, tu me niques, me juges, me conchies, si je colle la mauvaise lettre en embout de la formulation d’une idée pourtant tellement, si tant tellement exacte. Viens pas me dire qu’il n’y a pas là une sorte de consensus d’hystérie collective hautement malsain, aux vues des leviers fondamentaux de la ci-devant culture universelle…

L’orthographe exacte, parfaite, intégrale, intégriste, totalitaire est une idée pourtant bien peu vénérable. Moi, ici, devant toi, tel que tu me lis, je ne dispose plus de la marge de mou scriptesque dont disposaient, par exemple, Descartes, Voltaire et Madame de l’Espinasse. C’est hautement jacobin et licteur, cette ortho-affaire, en fait. Je ne suis pas pour, pas pour du tout. Pour sûr, nos bonnets cyber-phrygiens accuseront les noblaillons de jadis, dans la mise en place du chic et du ton scryptique (mot-valise!) de notre culture écrite. Et ils pointeront du doigt le souci aristo de distinction démarcative et de soumission des masses du bourg. C’est le contraire en fait! Les poudré(e)s des quelques siècles antérieurs, surtout les salonnières, écrivaient librement "mais sans excès". La faute n’existait pas pour eux, pour elles. Vous avez bien lu. Ce sont les LIBRAIRES et les IMPRIMEURS qui ont imposé l’exactitude, rigoriste, absolu et docile, à leurs typographes PEU INSTRUITS d’abord, très marginalement, puis, via l’appareil scolaire se tentacularisant au XIXe siècle, à toute la société française, poudrés inclus. Eh oui… C’est un fait qu’initialement l’orthographe exacte, inflexible, était une mesure intégralement coercitive, ciblant exclusivement les illettrés et les ignorants et épargnant les gens de lettres. C’est qu’ils ne la décodaient pas, eux, ces gueux, la ci-devant "souplesse sans excès"…

De nos jours, le dispositif oppressif implicite en cause ici s’est intégralement inversé. Ben oui! On traite les savants d’aujourd’hui comme on traitait les ignorants de jadis. Aussi, regarde-toi, juste une minute, toi qui sursaute en voyant des fôtes d’ortograf dans le cévé d’un de tes futurs séides tertiarisés. Observe-toi, une toute petite seconde. Ta position d’autorité est complètement ravaudée, taraudée, par le tout cuisant traumatisme orthographique des libraires, des imprimeurs et des instituteurs de jadis. Tu as la compulsion aux tripailles de te comporter comme un proviseur de village, simplement parce que te voici en position d’évaluer ces gens, pourtant compétents, qui postulent dans ta boite de sous-merdes. Mais tu devrais jauger leurs cheminements de carrière, pas leur conformité de scribouilles. Ceci n’est plus la petite école, ma fille, mon gars. Élève tes critères, un petit peu. Diversifie tes réflexes. Raffine tes compulsions. Un plombier peut parfaitement savoir raccorder des tuyaux même si sa lettre-parapluie a raté l’accord de deux participes parasitaires… Raccorder n’est pas accorder! Petit chef inane, cesse donc une minute de me juger sur des graffitis sans entrailles ni substances. Ton orthographe, je la tringle. C’est un implicite de soumission foutaisier et nuisible, qui discrédite l’intégralité de la culture française.

Bon, penchons-nous un peu, brièvement, sur la chose, en exploitant quelques petits exemples bien innocents mais aussi bien lancinants. On distinguera soigneusement l’écriture (le fait, fort ancien, de représenter les sons par des lettres, selon le principe pratique UN SON – UNE LETTRE) de l’orthographe (le fait, un tout petit peu moins ancien, de représenter les sons par des lettres, en perdant justement de vue le principe pratique UN SON – UNE LETTRE, au profit de l’apparition d’ornements codés, hautement valorisés culturellement, mais parfaitement inutiles). L’écriture est une orthographe dépouillée de ses fioritures inutiles. L’orthographe est une écriture surchargée de lettres inutiles et brouillonnantes, fatales pour le sens pratique le plus élémentaire. L’orthographe, quelque part, procède plus d’une calligraphie que d’une graphie, au sens strict. Voici un exemple à la fois sublimement extrême et tristounettement banal. Dans le mot suivant:

OISEAU

pas une seule des maudites lettres ne se prononce selon la règle d’écriture ordinaire du français! C’est la foutaise orthographique pure, maximale, cardinale. Oh, haro sur ce culte maladif de la combinaison de lettres archaïque. Raymond Queneau et moi, on vote:

WAZO.

Le mot OISEAU est intégralement orthographique et, pour que le principe pratique totalement bousillé UN SON – UNE LETTRE soit restitué, il devra s’écrire WAZO. Ce cas est extrême et, en fait, la pondération écriture/orthographe fluctue et se déploie par degrés, fonction des mots. Ainsi, le mot ORTHOGRAPHE est très orthographique (il pourrait s’écrite ortograf sans la moindre perte de compréhension). Le mot ÉCRITURE l’est un peu moins (seul le e final est en trop, le reste colle parfaitement aux sons).

Il est avant tout capital de verser au caniveau, sans compensation, la soupe d’arguties, utilisée, au sein de notre chère culture française, pour noyer un fait tout simple, celui du caractère parfaitement non nécessaire et non essentiel de l’orthographe, aux fins d’écriture. L’écriture française n’est pas la langue française. L’écrit n’est pas non plus je ne sais quel "langage" fondamental, logico-transcendantal ou quoi encore. L’écrit, c’est juste un CODE, parfaitement ancillaire et subalterne, qui capte l’oral et le fait, totalement ou partiellement, circuler sur un support, initialement selon la formule implacable UN SON – UNE LETTRE. Quand cette formule est brouillée, dans l’histoire de l’écriture, l’orthographe s’installe, avec son lot de carences sociologiques et, justement, d’incohérences pratiques. Il faut alors ramener l’orthographe à une toute simple et toute soumise écriture en "réformant l’orthographe". Les anglophones et les hispanophones font cela de temps en temps, de ci de là, sans pomper, sans paniquer, tandis que c’est justement ici que les licteurs français en tous genres bloquent des quatre fers, en dégoisant et déglutissant sur la grande cohérence fondamentale de tous les "langages". Un exemple hurlant du caractère hirsutement fallacieux de ces postures de satrapes: l’accord. Celui-ci s’analyse "cognitivement" en deux mots simples: réflexe conditionné. Comparez:

Les petites filles
The little girls

On nous brame qu’il FAUT, "cognitivement" ou "langagièrement", accorder l’adjectif et l’article sur le pluriel du nom en français mais qu’il FAUT, "cognitivement" ou "langagièrement" toujours, ne pas les accorder en anglais… Vous allez me dire que les ricains, les brasseurs d’affaires du monde, savent pas compter les quantités et les marquer dans le "langage fondamental"? Que la langue française "sait" le quantitatif  "cognitif" mieux que quiconque, Yankees inclus? Allons. Ce sont tout simplement deux conventions ethnoculturelles de scribouilles distinctes, pas plus "profondes" ou "langagières" l’une que l’autre… Le reste orthographique est tout en tout et pour tout à l’avenant… C’est l’orthographe qui est en faillite, pas ceux qui la "pratiquent" (la subissent)… Pan, dans les dents de la grande psycho-scriptologie cosmologique de troquet. Observons maintenant, si vous me permettez, le petit cri du cœur suivant, qui exprime si crucialement le fond de mon opinion sur la question:

Bien digne de Zazie, de Petit Gibus ou de Jean Narrache, cette sublime note est pourtant parfaitement LISIBLE. Je la comprends. Fondamentalement, c’est ce qui compte. Pourquoi devrai-je en juger sociologiquement l’auteur(e) pour quelques ND et quelques ST en saupoudre ornementales (socialement convenues), qui manquent? Il faut bien distinguer, au demeurant, sur ce petit billet, les "fautes d’orthographe" à l’ancienne du procédé calligraphe volontaire pk, en remplacement de pourquoi, effet plus innovant, dérivé de la culture du nouveau serpent de mer de nos orthographistes: le code SMS. Dans le fameux susdit code SMS (qui décline déjà un peu, au demeurant, avec la disparition de la contrainte technique courtichette qu’il comblait l’un dans l’autre au mieux), il y a un fait omniprésent, qui ne passe que fort rarement en écriture ordinaire (orthographique ou non): c’est l’abréviation… Cela fait du SMS une scribouille "argotique" pour initiés, plus identifiable à la sténographie du siècle dernier (morte ou moribonde) qu’à nos écritures ordinaires, du tout venant. Or, justement, comme la sténo, le SMS restera circonscrit à la sphère de l’écriture hyperspécialisée, soit rapide, soit contrainte en espace (et aux thuriféraires de ces contraintes, s’il en reste demain). Pas de cela entre nous donc (je le prouve souvent!)… La question du SMS, à mon sens, revient donc simplement à cette interrogation, fort gracile et simplette: favorisez vous les abréviations en écriture? Ma réponse (toute personnelle): non pas. J’écris vingt pas 20 et Parti Québécois pas P.Q. (et pas juste à cause du ridicule, dans ce second cas!). Le SMS donc, je respecte entièrement mais très peu pour moi. Je laisse cela à mes mouflets téléphoniaques, qui dominent bien mieux la chose. Par contre, si, alarmiste toujours à l’affût du dernier agneau pascal, l’orthographiste revêche début-de-siècle me brandit, sans analyse, le SMS comme nouveau scripto-croquemitaine légitimant la rigidité orthographique de grand-papa, je réponds: faux problème… Laissons donc le SMS dans la déchiqueteuse techno de l’histoire et/ou dans sa marge de culture intime de croquants urbains (crypto-promotionnnels ou non), et passons au cas suivant.

Un mot tout à fait de circonstance en matière orthographique, le mot TOTALITAIRE, est écrit ce jour là, me rapporte-t-on, par quelque élève paniqué: TAUTALITHAIRE. Ô, mon orthographiste hystéro, tu cries, une fois de plus, à l’ignominie râpeuse du déclin des écoles. Car, corollaire fétide ici, le coup de clairon fêlé du déclin scolaire, fait soixante ans qu’on nous le sert… Pourtant, monsieur, madame le savant/la savante à pedigree, le cas TAUTALITHAIRE est le sublime produit scolaire pur sucre. Ce cas porte un joli nom bien explicite: c’est une HYPERCORRECTION. On rajoute trouillardeusement des lettres en saupoudre, parce que l’oppresseur l’exige fort souvent, férule en main, et on le fait au petit bonheur la chance, fautivement donc. Suis bien le mouvement. On te réclame hargneusement, ce matin là, le pluriel d’ANIMAL. Tu sais tout de suite comment se formule la sonorité de l’affaire, que c’est ANIMO et tu aimerais bien pouvoir l’écrire ainsi, sans malice, et passer à autres choses. Mais, c’est bien trop simple ça, bien trop pur. Il y a une astuce, une pogne, comme on dit dans mon beau pays, et tu le sens, à défaut de le savoir sans faille. Même s’il déraille plus souvent qu’à son tour, ton ortho-tic fait toc-toc. On t’a dressé sous le harnais à mépriser souverainement l’écriture "au son", à sentir cette pratique comme fautive, comme puant l’analphabétisme populacier. Alors? Alors, tu tâtonnes, tu en retartines une bonne couche corrective: ANIMOTS, ANIMEAUX, ANIMEAUS, ANIMAULTS, ANIMEAULTX. C’est chic mais ça cloche toujours. Les "règles" se bousculent et se télescopent dans ton esprit, en un vrai beau gâchis de mnémotechnie en déglingue, une émulsion mentale bien inutile, une vraie belle éclaboussure de matière grise foutue. Enfin, bon, hein, pendant que tu pioches comme ça, tu ne penses pas à autre chose, hein, bon. Tu n’envisages pas de te révolter. C’est déjà ça de pris… Dans une stricte écriture UN SON – UNE LETTRE, l’hypercorrection, cette tremblote institutionnelle de soumis peureux, disparaîtrait d’elle-même, emportant un tas d’autres "fautes" dans sa tourmente. La formule UN SON – UNE LETTRE, au fait, une culture mondiale majeure fait cela depuis des siècles: la culture hispanique. Cela ne lui a certainement pas nuit pour se répandre sur un continent entier… Pensez-y une seconde, du strict point de vue d’un non-francophone. Les apprenants francisants se forcent comme des dingues pour intégrer ces règles (calli)graphiques absurdes et insensées et, par-dessus le marché, se font regarder à cheval par les francophones. Les plus vexatoires ce sont encore ceux qui vous corrigent à tous bouts de champs, en vous coupant la chique d’un air régalien. Comme Gainsbourg, tiens: EN LISANT TA LETTRE D’AMOUR, JE CONSTATE QUE L’ORTHOGRAPHE ET TOI, ÇA FAIT DEUX… Au moins Gainsbourg avait la décence intellectuelle d’être bien conscient du mépris ostensible qu’il affichait, dans ce récitatif de rupture sentimentale…

Non, mes beaux francophones, l’orthographe, ce traumatisme culturel hautement bêtifiant, nous strangule la cervelle, nous lobotomise lentement, inexorablement. Il nous nuit mondialement (Oh!… French spelling is such a pain in the…!). Voyez l’affaire avec un regard neuf, épuré, purifié. Pensez-vous vraiment que Raymond Queneau était un idiot? Jugez-vous en conscience que son fameux roman ZAZIE DANS LE MÉTRO (1959) est "mal" écrit? Pas besoin, par dessus le tas, de nous la flatuler avec la peur du "chienglish". Nos propres auteurs francophones pavent la voie depuis un bon moment à la réforme effective et réelle de la structuration de l’orthographe française, dans une dynamique parfaitement franco-française! Qui dit structuration dit restructuration. Des réformes de l’orthographe, bien pudiques, bien minimales, bien déférentes et bien obséquieuses, ont été tentées. Il faudrait pourtant les épingler quelque part dans notre petit historique fantasmatique de la scripto-machin-chose… Elles ont été mises en échardes, par la Réaction Tonitruante, omniprésente, ces réformes. Or qui dit structure fixe dit fixation (pour pester avec Lacan)… L’internet (pour en dire un mot pudique, sans avoir besoin de vous faire un dessin) réintroduit de facto la graphie souple du poêle de Descartes et des fauteuils mollets des salonnières. Un espoir?

Finalement, l’expérience prouve aussi, et ce n’est pas rien, que les chercheux convulsionnaires de fautes d’orthographe sont souvent des objecteurs au contenu qui n’osent pas ouvertement tomber la cagoule. Crypto-astineux de toutes farines, prenez acte une bonne fois du fait que votre petite orthographe française absurde, s’il fallait la respecter intégralement, elle finirait pas parachever son rôle exclusif, qui est de bâillonner. Non, pisse-froid, je te le redis, ton orthographe, je la tringle. C’est un comédon culturel fétide, qui discrédite durablement la pensée française. Merci, si possible, lors de tes commentaires de ce billet, d’éviter d’exemplifier si généreusement le jacobinisme orthographiste crispé que justement, je t’impute ouvertement. Tu en magnifies les limites aux frontières du grotesque et c’est, ma foi, douloureusement utile, sinon agréable, aux fins de la démonstration en cours…

Des 6,000 langues et dialectes survivant encore dans le monde, il y en a, quoi, 350 avec une écriture. Effectivement, cherchez la là, l’arnaque ethnocentriste… Notre fameux colonialisme espagnol, pour en revenir à lui en point d’orgue, est celui qui a opéré la plus massive assimilation linguistique de toute l’histoire des Amériques et ce, truisme, sur des peuples initialement non hispanophones… Les autres envahisseurs européens, ni plus ni moins odieux que l’espagnol, ont procédé par comptoirs sans impact démographique (suédois, hollandais) ou par génocides sélectifs et déportations graduelles (français, anglais), plutôt que par assimilation linguistique ou ethnoculturelle. Cela s’explique par un ensemble de facteurs historiques. À sa place, ancillaire dans le tableau castillo-assimilateur, figure l’écriture non orthographique de la langue espagnole, facteur d’apprentissage hautement facilitant, aime, aime pas. Pour conclure justement, en compagnie de la langue de Sancho et de Che Guevara, observez, dans le panneau suivant, la petite lettre N, la première des deux.

Si le N se prononce ici, nous sommes dans un mot espagnol (qui signifie avec), si elle ne se prononce pas… eh bien… nous sommes, indubitablement dans un mot (orthographique: deux lettre pour un son, ça s’appelle un digramme) français, ah… si français. Cela dit tellement, tellement tout…

Bazardons l’orthographe, libérons l’écriture!

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Meredith et Jasmine sur les «droits des animaux»

Publié par Paul Laurendeau le 1 avril 2010

Pour aimer le genre humain, il faut en attendre peu…

Claude Adrien Helvétius (1715-1771)

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Le petit citoyen réactionnaire ordinaire peut parfois bien vous venir sur les nerfs. Meredith (nom fictif), de Vancouver (Canada) me signale souvent acrimonieusement son dépit navré sur le genre humain (bourgeois) contemporain. Il culmine ici, dans le compte-rendu qu’elle fait d’une soirée entre copines passée à déployer sa formidable empathie de femme de gauche pour le bénéfice exclusif de sa douce et pulpeuse grande amie Jasmine (nom fictif aussi). Le «droit des animaux» semble avoir été le thème récurrent de la soirée, lors de cet échange à bâtons rompus [la traduction suit]:

So, my dear Ysengrim, last night Jasmine really made me put to the test this maxim of yours that to love humankind one cannot expect too much. You are just going to LOVE this: Jasmine now thinks that she is an incarnate angel. Yes. You see, this is why she feels apart from the rest of humanity, why she is so sensitive and emotional. Even her body shape apparently confirms this hypothesis because incarnate angels are plump and cherubic.  And you will be so delighted to learn that I too am an incarnate angel, based not so much on my size but rather on these other features I share with Jasmine.  That must explain my stellar sexuality…

I have told you before how zoophiliac she is but now she has taken that ultimate step and become vegetarian, and a preachy, self-righteous vegetarian at that. I ordered some beautiful chicken tikka last night and was made to feel like a cannibalistic Waffen SS because of it. Oh, and my leather, bag, boots and gloves were not exactly welcome. For what is a cow good if not to make my beautiful new boots?

And once again the conversation – a misnomer as monologue describes more precisely what took place – was entirely focused on her: her husband (to whom I believe she is enormously unfair), her vegetarianism, her problems at work, her incapacity to understand the cruelty of other people, her critiques of various SanLource women’s hair, clothes, weight, attitude.  Not only was it a one-sided conversation, I barely said a word the whole night and when it was over she expressed how much she loves spending time with me and how she will miss me and how she wished she could stay in Vancouver a little longer. On what precisely she based that escapes me as she could have had the same evening with a log.

Actually, I did make one contribution:  I discussed with her the sweet gentleman who sits outside of our building and how I want to give him food (and a winter coat too) and how lovely he is with his smile and his good morning greetings. She understood nothing of that. She who posits herself as a fucking angel understood nothing. Her face crinkled up in disgust when I brought up the subject, she expressed how she ignores the homeless (to whom she refers as "bums") because they are all mentally ill. I agreed that, yes, most of them are indeed on the street because they are mentally ill and instead of caring for these people, instead of offering a legitimate alternative to them, we let them die on the streets. Didn’t listen to that.  Went on to describe with repugnance a woman she used to see when she lived in Vancouver who would yell and scream and curse. Well, fuck, I would fucking scream and curse too were I forced to live as she did. Damn, I scream and curse NOW! Jasmine told me to not give food to "these people" because they are like pigeons and will keep coming back for more… some angel, eh!  There was so much upper middle-class hatred and ignorance in her face when she said that that she repulsed me.

Oh, and you will just be so enthused by her babbling on China.  She is enraged because, in her opinion, CEOs of the west sold their "manufacturing know-how" to the east in a sort of backhanded transaction. As though Asians are incapable of developing their own "manufacturing know-how"…  She equates this transmission of manufacturing "secrets" to a cold war act of treason.  "Selling our knowledge to communist China!"  So now, of course, China has all of the jobs and they put lead in everything and all of their goods are toxic and made by virtue of slave labour. Oh! And they make "leather" coats out of dogs and cats… Always with the dogs and cats when people speak of China… That brings us back to our poor animals…

Jasmine had even saved an article for me to read about a woman in Stratford, Ontario who rescues chickens from the slaughter.  She, of course, is an incarnate angel too. Jasmine told me that she believes health dollars are wasted on "horrible human beings" and some of that money should be devoted to animals.  Oh yes, of course, the tax dollars that allowed my mother to live, that are funding advancements in the treatment of AIDS, cancer, diabetes, addictions, mental illness, would be so much better directed to treating a goat’s allergies…

My theory on these matters is, as I have shared with you previously, fuck the chickens (figuratively speaking, of course), save the people.  My aunt from Saskatchewan left for Nairobi yesterday.  She is part of a woman’s group that raises money to support development projects in Africa.  She gave me the Department of Foreign Affairs and International Trade travel advisory document for Kenya and I was appalled by the suffering of these people, by the extreme levels of violence they are faced with on a daily basis and have been faced with for many, many years, and appalled also that we are not reading about this in the news.  This is criminal.  It is criminal that we are focused on e-health scandals and celebrity couple quarrels and Michael Ignatieff’s lack of charisma and Bo the presidential puppy when there exists this degree of human suffering.  In that light, it is, to me, criminal to devote one’s energies to saving poultry while men, women and children in Kenya and indeed many other parts of the world suffer through a level of violence, volatility and sickness that we could not possibly imagine.

[Alors, mon cher Ysengrim, hier soir, Jasmine m’a vraiment donné l’opportunité de prendre la mesure de ta maxime voulant que pour aimer le genre humain il ne faut pas trop en attendre. Tu vas tout simplement ADORER ceci: Jasmine considère maintenant qu’elle est un ange incarné. Oui, oui… Tu vois, c’est pour cela qu’elle se sent si distincte du reste de l’humanité, c’est pour cela qu’elle est si sensible et émotive. Il semble que même ses formes corporelles tendent à confirmer cette hypothèse, vu que les anges sont grassouillets et chérubinesques. Tu seras aussi ravi d’apprendre que je suis, moi aussi, un ange incarné, pas à cause de mon gabarit physique mais en vertu d’autres traits que j’ai en commun avec Jasmine. Cela explique probablement le caractère éthéré de ma vie sexuelle…

Je t’avais déjà mentionné ses propensions zoophiliaques, mais désormais la phase ultime est atteinte car elle est devenue végétarienne et, qui plus est, une végétarienne prosélyte et rigoriste. J’avais commandé de superbes tikkas au poulet hier soir et on me fit me sentir comme une sorte de Waffen SS cannibale de l’avoir fait. Oh, et mes objets de cuir, mon sac à main, mes bottes, mes gants, n’étaient pas spécialement les bienvenus. Et pourtant, à quoi peut bien servir une vache sinon à confectionner ma jolie paire de bottes neuves?

Et, encore une fois, oh, la conversation – bien mal nommée car le terme de monologue décrirait bien mieux ce qui advint -  fut centrée exclusivement sur elle: son mari (envers lequel je considère qu’elle est immensément injuste), son végétarisme, ses problèmes au boulot, son incapacité à comprendre la cruauté des autres, sa critique des diverses coiffures des femmes de SanLource, et de leurs vêtements, et de leur ligne, et de leurs comportements. Non seulement la conversation fut unilatérale – je n’en ai quasiment pas placé une de la soirée – mais, en plus, à la fin elle s’épancha sur combien elle aime passer du temps en ma compagnie et combien je vais lui manquer et qu’elle aimerait tant rester un peu plus longtemps à Vancouver. Sur quoi ce développement se basait-il exactement? Cela m’échappe, vu qu’elle aurait parfaitement pu passer le même genre de soirée en compagnie d’une souche.

J’ai, en fait, un peu contribué à la discussion. Je lui ai parlé du gentil monsieur qui s’assoit à la sortie de notre immeuble et de combien j’ai envie de lui donner à manger (et aussi un manteau pour l’hiver) et de combien il est adorable avec son sourire et ses bons souhaits matinaux. Elle n’a rien pigé. Elle, qui s’autoproclame un putain d’ange, n’a rien pigé. Sa tronche s’est renfrognée de dégoût quand j’ai abordé le sujet et elle m’a expliqué qu’elle ignore les sans-abri (qu’elle appelle les «voyous») parce qu’ils sont tous malades mentalement. J’ai admis que, oui, la majorité d’entre eux sont à la rue parce qu’ils sont malades mentalement et que plutôt que de prendre soin de ces gens, plutôt que de leur proposer des choix de vie décente, on les laisse crever dans les rues. N’a pas porté attention à cela. S’est mise à en rajouter à propos d’une femme qu’elle croisait parfois quand elle vivait à Vancouver, qui criait, hurlait et jurait. Ben merde, je hurlerais et jurerais moi aussi, putain, si j’étais contrainte de vivre comme elle vivait. Je hurle et je jure DANS MES CONDITIONS PRÉSENTES, bordel de merde. Jasmine m’a recommandé de ne pas donner de bouffe à «ces gens» car ils sont comme les pigeons et vont venir en redemander… Tout un ange, hein. Il y avait tant de cette haine et de cette ignorance de classe sur son visage quand elle disait cela que ça m’a révulsé.

Oh, et son baratin à propos de la Chine va te combler d’enthousiasme. Elle est furax parce que, selon elle, les PDG occidentaux ont vendu leur «savoir-faire industriel» à l’Orient en une sorte de marché de dupes suspect. Comme si les asiatiques étaient incapables de développer leur propre «savoir-faire industriel»… Elle assimile la transmission de ces «secrets» industriels à un acte de trahison, genre guerre froide. «Vendre nos connaissances à la Chine communiste». Et maintenant, naturellement, la Chine a tous les emplois et ils foutent du plomb dans tout et toutes leurs marchandises sont toxiques et produites par du travail d’esclaves. Oh, et ils fabriquent des manteaux de «cuir» à partir des peaux de chiens et de chats. Toujours ces histoires de chiens et de chats, quand les gens parlent de la Chine… Cela nous ramène aux pauvres animaux.

Jasmine avait même mis de côté pour moi un article à propos d’une femme de Stratford (Ontario) qui sauve des poulets de l’abattage. Cette femme est, bien sûr, elle aussi, un ange incarné. Jasmine m’a de plus affirmé que l’argent pour la santé est dilapidé sur «ces horribles êtres humains»  et qu’une portion de ce financement devrait être alloué au bien-être animal. Oh oui, certainement, l’argent qui permet à ma mère de survivre, qui finance les progrès de la recherche sur le SIDA, le cancer, le diabète, les dépendances, les déficiences mentales serait bien mieux utilisé pour traiter les allergies de quelque biquette.

Ma théorie sur ces questions, comme je te l’ai déjà signalé, se formule comme suit: Les poulets, je les encules (au sens figuré, bien sûr), ce sont les gens qu’il faut sauver. Ma tante de Saskatchewan est partie pour Nairobi hier. Elle fait partie d’un groupe de femmes qui procède à des levées de fonds pour financer des projets de développement en Afrique. Elle m’a mis dans les mains le document décrivant les directives du Département des Affaires Étrangères et du Commerce international pour le Kenya. J’ai été sidérée par la profondeur de la souffrance de ces gens, par le degré de violence quotidienne qu’ils subissent depuis des années et par le fait qu’on n’en entend jamais parler aux infos. C’est tout simplement criminel. Il est criminel de disperser notre attention sur des scandales de cyber-santé et sur les chicanes de couple des vedettes et sur le manque de charisme de Michael Ignatieff et sur Bo, le toutou présidentiel, quand il existe un tel degré de souffrance humaine. Conséquemment, je juge criminel d’investir son énergie dans le sauvetage de volailles quand les hommes, les femmes et les enfants du Kenya et d’autres portions du monde vivent sous le faix de la violence, de l’instabilité et des maladies, d’une façon qui confine à l’inimaginable.]

Cet ange incarné ami des bêtes juge, en conscience, que l’argent pour la santé est dilapidé sur «ces horribles êtres humains»

Ouf… Pour aimer le genre humain, il faut en attendre peu (Helvétius a dit ça). Mais quand lui-même se met à préférer les bêtes aux gens, il faut en attendre le pire (moi, Ysengrimus, j’ai dit ça). Grand merci Meredith, pour votre sagesse et votre patience…

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Affaires de mœurs de personnalités publiques et cyber-vindicte contemporaine: Haro sur BATIFOLE

Publié par Paul Laurendeau le 15 mars 2010

Nous nommerons le personnage en cause ici, un homme ou une femme peu importe, BATIFOLE. Et qui donc est BATIFOLE? Vous allez reconnaître la bête bien vite, allez. BATIFOLE, c’est une personnalité publique des arts, du spectacle, du sport professionnel ou de la politique. Il/Elle fait sa petite tambouille sans trompette, son petit spectacle, ses petits millions, jusqu’au jour ou, paf, on le ou la pince en train de BATIFOLER avec une personne autre que celle à laquelle le conformisme hyper-maladif de notre temps l’associe maritalement. BATIFOLE vient de s’empêtrer dans le vieux gluau narcotique et onctueux d’une affaire de mœurs. Cris et hurlements des Tartuffes et des Tartuffettes. Atermoiements de vétille, dans tous les sens. Préjugés et cyber-vindicte en mondovision. On se croirait subitement, en l’espace de quelques clics, revenus, vite fait bien fait, au haut Moyen-âge. Haro sur BATIFOLE. Toute la presse locale et/ou planétaire en parle. BATIFOLE est sur la touche. Rien ne vas plus, pour BATIFOLE. Ses camarillards et camarillardes font des papillotes et des montages douteux de ses photos suspectes. On YouTubardise BATIFOLE tous azimuts. Les médias des pays où ce genre de potinage fait l’objet d’une répression pénale se font déborder sur la bande par les médias, moins jacobins, des états lascifs limitrophes. Y a plus de frontière en BATIFOLE. La blogosphère, ce sempiternel super-télex à rallonge, bourdonne à la tonalité de BATIFOLE. On scrute son passé à la foreuse venimeuse. Chaque éclat vénéneux qui revole alors en flammèches produit une nouvelle cascade de cyber-primeurs. Ses commanditaires, commerciaux ou politiques, fuient ventre à terre et déchirent ses contrats à tous les diables. Rien ne compte plus, pour quelques heures, jours, semaines, mois. L’affaire BATIFOLE pourra s’étaler sur ces quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, ce qui n’est pas un tort en soi. Après tout, une information ne tombe pas subitement en obsolescence sous prétexte qu’on en papote depuis soixante-douze heures, sur Twitter, ou ailleurs. Il s’agit de s’informer et de commenter, pas de «scooper». En un mot, BATIFOLE fait «Buzz!» et tout notre petit cyber-monde en vibre. Mais alors, justement, les implicites aux ras des mottes que cela soulève, comme une lie gluante et fétide, montant subitement en cône de tornade quand cela perdure, ouille, ouille, je ne vous dis juste pas. Le fascisme ordinaire cardinal se remet en branle, tout d’un bloc dans le même sens, bourbier de panurge compact et tenace. C’est que nous en sommes là, dans notre univers social post-progressiste. Le retour en force du moralisme de vindicte s’étale partout, poisse tout, noie la cause BATIFOLE de ses flots brunâtres et submerge l’entier de l’univers de BATIFOLE ainsi que ses pourtours divers. Hypocrisie collective sur des millions d’écrans d’ordis et réponses biaiseuses et niaiseuses du troupeau veule. Pourriture des valeurs familiales absurdes sur leur pied de crypto-débauche. Façade. Vide. Mensonge. Fadaise fadasse. Traditionalisme fétide. Conformisme puant. Certitudes intransigeantes, fulgurantes, rigides et roides. Cloaque idéologique empoisonné. Électoralisme creux de suiveux cyniques suivant d’autres suiveux, strictement étroits, ceux-là. Réflexes conditionnés de vindicte jouant au quart de tour. Notre époque pseudo-moderne de faux jetons unidimensionnels vient de s’exprimer en criant de nouveau Haro sur BATIFOLE… Or, en fait, BATIFOLE, tu nous incarnes tous un peu, va…

LE FAIT DIVERS BATIFOLE S’ÉRIGE EN FAIT (TOUT COURT). Voici donc que cette affaire de mœurs de BATIFOLE, subitement, oui, tout le monde en parle. Elle se précipite, se solidifie dans les consciences, devient conséquemment cosmologiquement incontournable. Or, comme dans le cas de toutes ces étoiles blindées de platine et d’or du gratin contemporain, ce qui tuera BATIFOLE ce n’est certainement pas le potinage ad hoc sur ses affaires de mœurs de bric et de broc mais bien son succès commercial ou électoral de masse effectif. Et une célébrité comme BATIFOLE. ne verra pas son succès de masse diminuer abruptement pour une simple histoire de batifolage. BATIFOLE verra son succès de masse descendre graduellement un de ces jours, un bon jour, quand les sensibilités humoristiques, artistiques, sportives, politiques et/ou culturelles de ses contemporains s’altéreront d’elles mêmes, à leur rythme et selon leur logique. Mais, au jour d’aujourd’hui, BATIFOLE est dans la caca mondaine, sinon ethnoculturelle, mais sans plus. Ça va finir par passer, en fait. C’est superficiel, comme disent les esprits métaphysiques… Mais il reste qu’on se polarise bel et bien autour de BATIFOLE quand même, comme si l’entier du sort de la société civile en dépendait subitement. Quelques un(e)s de ses ami(e)s du gratin l’appuient mollement. C’est que BATIFOLE, et les célébrités qui l’épaulent encore dans la tempête s’aiment bien, peut-être. C’est des gens riches et baveux qui s’aiment bien entre eux et qu’on enquiquine jusqu’au trognon dans le giron du nouveau jeu de la pression ordinaire contemporaine et de l’insatiable soif aux scandales… D’autres trèfles télévisuels, pour se faire mousser et profiter de la manne en vogue, chahutent un peu BATIFOLE. Dans la logique paradoxale des clowns télévisuels contemporains, le pantalon qui fait tourner BATIFOLE en bourrique exprime en fait son soutien de BATIFOLE, par ses pantalonnades. C’est un silence opaque de ses pairs qui aurait exprimé une réprobation implicite envers BATIFOLE. Or de silence, point. Parfois, souvent, par-dessus le tas, la ou les personnes parfaitement ordinaires avec lesquelles BATIFOLE batifola sortent passablement plus salies que BATIFOLE même, de toute l’aventure scabreuse en cours. Car ce ou cette partenaire occasionnel(le) de BATIFOLE, qui n’est en rien une victime de BATIFOLE, risque bien de devenir, par contre, une victime directe de la cyber-vindicte planétaire visant et ciblant BATIFOLE. Mettons nous à la place de cette personne non-célèbre, subitement bien éclaboussée, une toute petite minute. Elle doit rager, en ces moments, de voir sa vie privée batifolante claironnée ainsi au tout venant de la goujaterie populacière universelle… On s’en fiche bien, en fait, de cette petite personne là, tant qu’on se divertit, hein. Vraiment puant, ce nouveau pilori-spectacle…

DANS CERTAINS CAS BIEN ATTESTÉS, BATIFOLE FAIT MÊME L’OBJET D’UN CHANTAGE. Au fait, en aparté pour la bonne bouche, ceux qui ont vu la couverture, souvent fort barbante au demeurant, que les français font de certaines des croustillantes histoires de BATIFOLE de notre temps, auront découvert ou redécouvert que nos bons cousins de la mère patrie appellent un maître-chanteur un CORBEAU. Cette fort jolie désignation est en fait une référence cinématographique. Vous me permettrez de l’adopter ici car je trouve cela bien plus imagé dans le minus, le noirâtre et le malodorant que maître-cossin-chanteur-crosse… Un corbeau, donc, cherche ici à faire chanter notre BATIFOLE mais, riche et influent(e), BATIFOLE ne s’en laisse pas montrer par ce charognard minus, qui fait le printemps au Canada en lieu et place des hirondelles. BATIFOLE dénonce frontalement son corbeau aux autorités. Excellent, j’approuve. C’est la seule façon de faire face au chantage. Je pousse alors mon cri de loup dans le tintamarre moral, à mon tour. Mon cri, le voici: J’approuve, j’approuve, j’approuve toute parade de BATIFOLE contre son corbeau. Enfin bon, ceci dit, cet autre épisode contrariant bu et consommé, calmons-nous, ressaisissons-nous maintenant. BATIFOLE et ses idylles occasionnelles ont bien droit à leurs vies privées, comme vous et moi, enfin, quoi! On vire vraiment au voyeurisme sur ces affaires de moeurs du gratin… On régresse au bon vieux temps des petits journaux jaunes, ma parole… Pendant ce temps de susdite régression collective panoramique à laquelle je viens de joindre mon cri de loup, justement, le corbeau plaide non coupable en douce et s’esquive, lui, de la vindicte ouverte. Le sens du geste criminel ou, pour reprendre le mot d’un humoriste américain bien connu, de la “chose terrible”, est vraiment totalement distordu, dans cette civilisation. En effet, BATIFOLE se prend la vindicte en pleine gueule et son corbeau est épargné… Ah, dans ses hauts comme dans ses bas, BATIFOLE est bien voué à le faire tinter, en notes justes comme en fausses notes, le diapason de ladite civilisation aux valeurs torves… Les corbeaux perfides de ce monde utilisent incidemment d’ailleurs fort souvent la cause des femmes pour se graisser cyniquement. Ceci, bien ferme et bien raide, dans les plumes de ceux qui prétendraient que quelque ancienne flamme faisait (in)justement chanter BATIFOLE. Il mérite bel et bien de tauler un moment, ce maître-chanteur là… le vrai corbeau de BATIFOLE, presque toujours un homme… Brûlons-le donc en effigie, rôtissons-le donc, lui, le volatile méconnu, puisqu’il faut tellement faire cramer quelqu’un… Dans toutes ces histoires de chantage d’affaires de mœurs de vedettes foutues batifolesques que leur présent ou leur passé reviennent hanter, ne cherchez pas la femme, cherchez l’homme… Bref, BATIFOLE ne cède pas au chantage, fait face, assume, s’excuse, brûle un cierge, se roule par terre, se fait fesser sur la carrosserie à coup de bâtons de golf, renonce à se porter candidat, perd du pognon à pleins jets, divorce, reconnaît sa progéniture secrète, admet avoir fait le folâtre dans des chiottes d’aéroport, reconnaît avoir fait le folâtre dans les douches du palais gouvernemental, avoue ne pas avoir avoué s’être twitté l’entrejambe pour le bénéfice d’une demi-douzaine de copines frivoles, dit aimer le chanteur populaire, affirme désirer la karatéka, se remémore (amèrement) cette baignade adolescente vieille d’un quart de siècle, se mortifie sur l’agora, braille, démissionne, garde son emploi de justesse, rend ou donne à des oeuvres l’argent de l’enveloppe brune physique ou abstraite, fait une moue contrites sur photos fixes, et la cyber-vindicte de continuer de croître et de se diversifier. Nous en arrivons enfin, fin du fin, à ce qui me captive et m’afflige le plus dans l’affaire de mœurs de BATIFOLE : vous et moi.

SI UN HOMME COMMENTE L’AFFAIRE DE MŒURS DE BATIFOLE. Il le fera dans la paranoïa sexiste sectaire la plus maladive en citant ses «expériences» bidons aux prises avec un lot foutaisier de Mata Hari oniroïde. Lesdites “expériences” machiques, semi-fictives, semi-fantasmées, invérifiables et érigées en axiomes, de l’anonyme beuglant ses vues fumeuses et chieuses sur l’affaire BATIFOLE sont de bien faibles cadres mentaux pour une compréhension de la réalité en cause ici. On parle pourtant du réel. Bon, on touille du potin malodorant, certes, mais on cherche des faits. Autrement dit, ouste, ouste, les petites vapeurs bati-fofolles à la Arthur Miller… L’analyse machiavélique-machique du topo batifolesque me révulse au possible. La Théorie du Complot des Cœurs m’écoeure. Il y a vraiment des types qui voient toute femme comme une saboteuse, une coureuse de dot ou une voleuse à la tire. Personnellement, je crois encore bien fort à l’innocence et à la spontanéité du geste et du frisson entre deux personnes, y compris en batifole. Si des folliculaires mal avisés n’avait pas voulu y faire leur beurre, on n’en parlerait pas, mais donc pas…. C’est passablement navrant, surtout ce bout là. Mais mon petit macho commentateur nous sert le tout de sa paranoïa misogyne mal réchauffée, en inversant les rôles corbeau/corneille. Il fantasme, au quart de tour, quelque femme arriviste en déshabillé noir qui prend son manche, ou celui de la guitare de BATIFOLE, pour un échelon social. Retardataires, ces fantasmes à la papa font errer mon petit macho sur la susdite question BATIFOLE, si tristement indicative et révélatrice de nos pensées les plus glauques. Tu te plantes l’échelon dans le faux, mon petit macho même pas beau. C’est surtout ça qui est bien triste.  Il faudrait que les détracteurs-salisseurs de la personne séductrice et perfide qui fit basculer BATIFOLE me la citent défendant ouvertement l’adultère, ou la double vie, ou l’extorsion, ou le chantage, ou l’arrivisme à scandale, ou la crypto-prostitution ou quoi encore? Je ne pense pas que le mépris fascisant, implicite et tout naturel qu’on cultive de nos jours pour la présomption d’innocence fasse partie de l’évolution légitime de l’humanité… Bondance de mes pieds, BATIFOLE et sa flamme se sont peut-être tout simplement aimés.

SI UNE FEMME COMMENTE L’AFFAIRE DE MŒURS DE BATIFOLE. Révélant son indécrottable fond de potineuse sans envergure, elle poussera imperturbablement ses hauts cris de déesse Némésis de bas calibre. “ Ils se sont peut être tout simplement aimés, tant que vous voudrez. Cela n’enlève rien au fait que c’est une trahison.” Je ne sais pas, Madame. Vous dites: sa trahison. Je dis: notre intrusion. Avis aux éventuels Monsieur BATIFOLE, cette dame ne voit rien de mal à vous condamner sans la moindre preuve et, ne vous y trompez pas, le «bon droit» implicite est de son bord à elle. “Je ne sais pas si le/la partenaire de BATIFOLE l’a fait dormir sur le sofa cette semaine, mais cet incident a dû jeter un petit froid dans le couple”. Mais pourquoi, pourquoi donc, Madame, postuler compulsivement le mariage bourgeois hystérico-jaloux type au sein du ménage BATIFOLE. Ils sont peut-être en union libre et ouverte, comme au bon vieux temps pur et joyeux de Janis Joplin et de Bobby McGee. Notre héritage de libération sexuelle laisse de plus en plus la libération maritale au bord du chemin… Tous ces aprioris matrimoniaux surannés, ces automatismes rétrogrades que l’on charrie, sans aucune vérification. Un peu de sens relatif, pour faveur… Essayons de bien ranger nos frustrations dans le bon carquois et de les décocher à ceux qui les méritent, sans moins, mais sans plus. Vous prétendez, Madame de Cyber-Vindicte, empocher une hypothèque totalement non fondée sur la nature des ententes maritales de Monsieur et de Madame BATIFOLE et sur la teneur de leur vision de la question, depuis leur toute première rencontre. Je regrette mais aucun des postulats de ce jugement lapidaire n’est fondé. Absolument aucun. “Certaines personnes ont un besoin maladif de charmer et de plaire, qu’il ne faut pas confondre avec un intérêt sincère pour autrui. C’est très superficiel et égoïste que de batifoler.” Ouf, le jugement, maman… Rien ne prouve que ceci s’applique au susdit cas BATIFOLE. Affirmations parfaitement non étayées. Du préjugé pur. Du fantasme hargneux. De la crispation maladivement uniformisante. Des réflexes conformistes incontrôlés et de l’auto-identification empathique vraiment mal appliquée. Tourner le dos si crûment à l’héritage intellectuel du féminisme ne vous a pas très bien servi, ma pauvre.

MES VUES PERSONNELLES SUR LE CAS BATIFOLE ET SUR CE QU’IL NOUS POUSSE IMPLACABLEMENT À RÉVÉLER DE NOUS-MÊMES ET DE LA PETITESSE DE NOTRE TEMPS. Simple, net, lapidaire. Je suis archi-écoeuré que la petite cyber-populace planétaire stupide et étroite utilise ces causes notoires parfaitement bidons pour implicitement-compulsivement dicter aux gens comment ils doivent vivre leur vie privée ou… exprimer leurs idées critiques (incluant leurs cadres moraux, leurs visions du monde, leurs conceptions politiques, leurs options sociales, leurs votes). Les tonnes de faits de la vie ordinaire qu’on pourrait citer ici, en porte-à-faux de tous ces faux scandales de croquignole. On n’a toujours pas le droit d’être homosexuel(le) ou divorcé(e) si on entend travailler dans une école catholique au Canada, mais Haro sur BATIFOLE. Une copine juive ayant fait un contrat de suppléance dans une école catho de Toronto, s’est fait dire, à la fin dudit contrat, qu’elle ne serait tout simplement pas payée, n’étant pas catholique. Et elle ne fut effectivement pas payée pour un travail pourtant fait et bien fait… Sauf que, Au poteau, BATIFOLE. Des trous béants dans la Charte des Droits, des instances qui l’ignorent ouvertement, il y en a un peu partout (le cas de mes têtes de cathos de turcs ici n’en est qu’un entre mille!) et ce, pas juste dans la vie maritale et extra-maritale de ce fantoche foutaisier, de cette poupée anodine de BATIFOLE… Mais… mais… qui s’en soucie, qui en parle? Canada, Terre de Caïn l’Hypocrite, vite, vite, Supplicie BATIFOLE et oublie allègrement le reste. Finalement, 100,000 morts en Irak par notre faute exclusive, 5,000,000 (cinq millions) de morts dans le grands conflit congolais du début du siècle, dans un silence médiatique opaque, et on grelotte dans le froc pour une escapade ou une foucade de BATIFOLE. Cela me répugne au plus haut point. Je me fiche souverainement de BATIFOLE et de ses gratino-congénères foutus dans leur fric et leur gloriole de toc… mais la santé sociologique de la masse compacte et fruste de leurs détracteurs et détracteuses épisodiques me cause, ma foi, bien du dépit.

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